The Project Gutenberg EBook of Contes des fes, by Robert de Bonnires

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Title: Contes des fes

Author: Robert de Bonnires

Release Date: April 17, 2004 [EBook #12072]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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CONTES

DES FES

PAR

ROBERT DE BONNIRES





INTRODUCTION


En ce temps-l vivaient le Roi Charmant,
Serpentin-Vert et Florine ma-mie,
Et, dans sa tour pour cent ans endormie,
Dormait encor la Belle-au-Bois-Dormant.
C'tait le temps des palais de ferie,
De l'Oiseau Bleu, des Pantoufles de vair,
Des longs rcits dans les longs soirs d'hiver:

Moins sots que nous y croyaient, je vous prie.




LE ROSIER ENCHANT


COMMENT UNE GENTILLE FE TAIT RETENUE DANS UN
ROSIER, ET COMMENT ELLE OFFRIT SON
AMOUR A JEANNOT


Jeannot, un soir, cheminait dans le bois
Et regagnait la maison d'un pied leste,
Lorsqu'une Voix, qui lui parut cleste,
L'arrta net:

    --Jeannot! disait la Voix.
Qui fut surpris? Dame! ce fut notre homme.
Il ne s'tait aucunement dout
Qu'il cheminait dans le Bois Enchant.
S'il n'avait peur, ma foi! c'tait tout comme.

Il demeura tout sot et tout transi.

--Jeannot, mon bon Jeannot! redisait-elle.

Il n'tait pas, certe, une voix mortelle
Charmante assez pour supplier ainsi.

Or, en ce lieu, poussait plus haut qu'un orme
Un Rosier d'or aux roses de rubis.
Le paysan et eu mille brebis
D'un seul fleuron de ce rosier norme.

La Voix partait de ces rameaux touffus,
Car il y vit une gentille Fe,
De diamants et de perles coiffe.
Jeannot tira son bonnet, tout confus.
--Jeannot, je veux te conter ma misre,
Dit-elle; coute et remets ton bonnet.
Je te demande une chose qui n'est
Que trop plaisante  tout amant sincre.

Le jeune gars carquillait les yeux,
Comme en extase, et restait tout oreille.
Il n'avait vu jamais beaut pareille,
Ni de fichu d'argent aussi soyeux.
La Fe tait belle en beaut parfaite,
Rare, en effet, et mignonne  ravir,
Tant, qu' jamais, pour l'aimer et servir,
Je n'en voudrais pour moi qu'une ainsi faite!

--Mon bon Jeannot, aime-moi seulement,
Reprit la Fe; il n'est point de tendresses
Et de baisers et de bonnes caresses,
Que je ne fasse  mon fidle amant.
Aime-moi bien, puisque je suis jolie,
Aime-moi bien aussi, pour ma bont.
Je suis lie  cet arbre enchant:
Romps, en m'aimant, le charme qui me lie.

Je ne dis non, fit l'autre, et je m'en vais
Tout droit conter notre cas  ma mre.
Conseil ne nuit: l'on cueille pomme amre
Sans que pourtant le pommier soit mauvais.

Il fut conter la chose toute telle,
Riant, pleurant, amoureux et dispos.
Du coup, sa Mre en laissa choir deux pots
Qu'elle tenait.

        --Eh! mon gars, lui dit-elle,
Fais  ton gr. Ce nous est grand honneur.
Va, mon garon, et pousse l'aventure.
Nous aurons gens, malgr notre roture,
Pour nous donner bientt du Monseigneur!

Elle rvait dj vaisselle plate,
Non plus sal, mais belle venaison,
Vin en tonneaux et le linge  foison,
Cotte de soie et robe d'carlate.

Jeannot courut.

                L'aurore jusqu'aux cieux
Avait pouss sa lueur rosele;
La Fe tait bel et bien envole
Et tout le Bois rose et silencieux.


MORALIT


Ne tardez pas, quand l'heure heureuse sonne,
Gentils amants. Aimez-vous sans faon.
Le bel Amour n'a besoin de leon,
Le bel Amour ne consulte personne.




BELLE MIGNONNE


I

COMMENT BELLE-MIGNONNE AIMA LE PAGE PARFAIT
AU DTRIMENT DE BEAUX FILS DE ROIS


L'Infante avait seize printemps,
Dont je vous veux conter la vie.
La lgende que j'ai suivie
Fait rgner son pre du temps
Que l'histoire n'tait crite;
Il n'importe. Mais je voudrais
Faire aimer ses gentils attraits
Selon leur grce et leur mrite.

Belle-Mignonne tait son nom:
Ce nom, s'il faut que j'en raisonne,
Venait de ce que sa personne
N'avait trait qui ne fut mignon.
Parmi les plus belles merveilles,
Il n'tait point telle beaut,
Tant que chaque Prince invit
N'avait plus que soucis et veilles.
Ils amenaient de grands prsents
En or, joyaux et haquenes,
En toffes bien faonnes,
En santal, myrrhe et grains d'encens,
Ce qui faisait bien mieux l'affaire
Du Roi que les maigres cadeaux
Qu'en sonnets, dizains et rondeaux,
Les Potes lui venaient faire.

Parmi tous ces beaux fils de Roi,
Etait un pauvre petit page;
Il n'avait aucun quipage,
Or, ni joyaux, ni palefroi:
Le rang ne vaut me bien faite.
Son nom de page tait Parfait,
De ce que son me, en effet,
Comme sa mine, tait parfaite.

L'Infante l'aimait en secret,
Bien qu'encore aucune parole,
Bouquet parlant ou banderole
Et assur l'amant discret,
Et notre amant, mlancolique,
D'autre part, ne pouvait oser
A si grande Dame exposer
Sa trs amoureuse supplique.
Ils faisaient pourtant de grands voeux,
Ne voulant qu'tre unis ensemble.
Tout en n'avouant rien, ce semble,
Ne peut-on compter pour aveux
Rougeur et trouble en l'attitude
Qui ne trompe le bien-aim,
Et par coup d'oeil  point nomm
Leur bienheureuse inquitude?


II

COMMENT BELLE-MIGNONNE AVAIT EU DE SA MARRAINE
LE DON DE FAIRE NAITRE DES FLEURS SOUS SES
PAS AUSSITOT QU'ELLE AIMERAIT


Sachez, sans aller plus avant,
Que Mignonne eut  sa naissance,
D'une Fe, unique en puissance,
En magie et charme savant,
Le joli don de faire natre,
Sous ses pas, des fleurs  foison,
En tout temps et toute saison,
Quand Amour se ferait connatre.
Notre Marraine avait t
Malicieuse autant que bonne,
En cela contraire  Sorbonne,
Qui n'a malice ni bont.

Il advint, comme bien on pense,
Qu' son fait, petit  petit,
Leur mme dsir aboutit,
Et qu'Amour eut sa rcompense:
Le page reut, un beau jour,
Un message de sa matresse,
Qui lui mandait, par lettre expresse,
De l'attendre au pied de sa tour,
Qu'elle descendrait  sa vue,
Et que le soir mme elle irait,
Avec le Page, o Dieu voudrait.
Et de son seul amour pourvue.
Dans un pli de satin lger
L'Infante enferma son message,
Et quelque linot de passage
Fut au Page bon messager.

La rencontre eut lieu, j'imagine.
Et, cette nuit-l, par les champs
Il fut dit bien des mots touchants,
Et bien bais deux mains d'hermine.
--Laissons-les, o qu'ils soient alls:
Ds l'aube, une route fleurie
Vers nos amants, en ma ferie,
Nous conduira, si vous voulez;
Car le don que de sa Marraine
Eut Belle-Mignonne en naissant
Fit que ses pieds allaient traant
Un beau chemin de fleurs, sans graine.

Chacun de ses pas amoureux
Avait fait natre oeillets, pervenches,
Roses roses, rouges et blanches.
Pavots divers et lys nombreux,
Et natre mauves, pquerettes,
Herbe aux perles, reines des prs,
Hyacinthes, glaeuls pourprs,
Folle avoine aux folles aigrettes,
Et natre encore serpolets,
Muguets, sauges et vroniques,
Pivoines aux rouges tuniques,
Soleils d'or, iris violets,
Et roselettes centaures,
Basilics aux parfums troublants,
Menthes, liserons bleus ou blancs
Et belles-de-nuit azures,
--Et, s'il fallait dire en tout point
Les fleurs qu'elle avait fait clore,
Pas plus que les jardins de Flore,
Mon jardin n'y suffirait point.


III

COMMENT LE ROI ET LA COUR SUIVIRENT LES AMANTS
A LA TRACE ET DCOUVRIRENT UN CHATEAU
DE FLEURS AU LIEU DE FORET


Quand les servantes veilles
Virent jusqu'aux horizons bleus
Ce beau chemin miraculeux,
Du haut des tours ensoleilles,
En hte, aux Dames du palais
Elles furent conter la chose,
Et les Princes, pour mme cause,
Furent cherchs par leurs valets.
Ce fut un grand remue-mnage
Dans le chteau, jusqu' ce point
Qu'ayant mis son plus beau pourpoint,
Le Roi fut du plerinage.
La Cour entire par les prs
Marchait en bel ordre  sa suite,
Suivant nos amants et leur fuite
En tous ses dtours diaprs.

La surprise tait infinie
De ce que ce nouveau printemps
Foisonnt de fleurs dans le temps
Qu'il n'est aux champs qu'herbe jaunie.

Or cet admirable chemin
Menait  la fort prochaine:
Il n'tait charme, orme, if ou chne
Qui ne ft tendu de jasmin,
De chvre-feuille, de glycine,
De vigne vierge et d'autres fleurs,
Mlant et tramant leurs couleurs,
D'une branche  l'autre voisine.
Tant et si bien, qu'en ces beaux lieux
Ce n'est plus, comme en l'entourage,
Fort d'automne sans ombrage,
Mais plutt palais merveilleux,
Aux murs faits de branches tailles,
Et btis de fleurs en arceaux
O chantaient de rares Oiseaux,
Sur des corniches de feuilles.

De leurs cent voix, l'cho chanteur
Salua le Roi ds l'entre,
Dont l'me encor fut pntre
D'une mme et fraiche senteur,
Laquelle tait si bien forme
De tant de parfums diffrents,
Qu' mon embarras je comprends
Qu'aucun auteur ne l'ait nomme.
Le Roi, du portail, pas  pas
Poussa jusques aux galeries
O figuraient ses armoiries
De lys sur ne-m'oubliez-pas.
Il fut touch de cet hommage
De Fe  Monarque, d'autant
Que les Oiseaux allaient chantant
Ses hauts faits en humain ramage.


IV

COMMENT BELLE-MIGNONNE ET LE PAGE PARFAIT
FURENT TROUVS L'UN PRS DE L'AUTRE
ENDORMIS


Les Oiseaux avaient leur secret
Qui le prcdaient par vole,
Le menant d'alle en alle,
De salon en grotte et retrait.
Toute la noble multitude
Cueillait des fleurs, chemin faisant,
Et l'on parvint, en devisant
De solitude en solitude,
Jusqu' l'Antre d'or o, parmi
Des fleurs plus blanches que nature,
Mignonne, en belle crature,
Dormait prs du Page endormi.

Le Roi ne contint sa colre
Devant ce spectacle nouveau:
Tel cas  son royal cerveau
Ne pouvait, vraiment, que dplaire.
Et tout, dans le premier moment,
En voyant ce tableau coupable.
Il aurait bien t capable
D'ordonner qu'on pendt l'amant.
N'tait-ce point un pauvre sire,
N'ayant sou, ni maille, ni nom,
Si mince et petit compagnon
Qu'cuyer n'eut daign l'occire!

Ils taient pourtant beaux ainsi,
Tte contre tte penche,
Chevelure en blonde jonche,
Et bras enlacs  merci.
Ils souriaient, et dans leur rve,
Aussi charmant qu'eux et lger,
Ils semblaient encor prolonger
L'heure aux amants toujours trop brve;
Car ils balbutiaient entre eux
Des mots si doux de voix si tendre,
Qu'aux bois il n'est plus doux d'entendre
Ensemble ramiers amoureux.
--Je vous aime, Belle-Mignonne;
--Je vous aime, Page-Parfait;
Redisaient-ils. Amour de fait
Autrement ni plus ne jargonne.

Le bel Amour n'a jamais tort.
Le Roi pouvait-il d'aventure
Empcher que, contre nature,
Amant aim ft le plus fort?
Contre ouragan, feu, fer et flamme,
Contre vent, mare et fureurs,
Poisons, serpents, rois, empereurs,
Prvaut force aimante de l'me.
Notre Roi donc, bien qu' regret
Et bien qu'il perdit l'assurance
Des grands prsents qu'en esprance
Chaque Prince  sa fille offrait
(Ce dont il faisait le dcompte),
Consentit bien  les unir,
Ainsi qu'il devait advenir
De la faon que je raconte.
Tout bon courtisan approuva,
Quoiqu'il en et de jalousie.
Il n'est royale fantaisie
Qu'on ne suive comme elle va:
Aussi fut-ce chants d'hymene,
Fleurs en bouquets et compliments
Autour du rveil des amants
Et de leur grand'joie tonne.

Les noces durrent trois mois:
Il faudrait pour les conter telles
Les belles Muses immortelles
De Ronsard, le grand Vendomois.
Sachez seulement que la Reine
Et le Roi n'oublirent pas
De faire prier au repas
La malicieuse Marraine.


MORALIT


Ce chemin de fleurs peut montrer,
Si ma fable vous embarrasse,
Qu'Amour laisse aprs soi sa trace;
Et d'o je veux encor tirer
Qu'Amour est chose si fleurie.
Qu'il ne se peut longtemps cacher,
Ni ses belles fleurs empcher
D'tre telles qu'on s'en rcrie.




SAUGE-FLEURIE


I

COMMENT SAUCE-FLEURIE AIMA LE FILS
DU ROI


Alors vivait sans crdit ni richesse
Une Fe humble et seule; car il est
Des rangs parmi ces Dames, s'il vous plat,
Comme, chez nous, de vilaine  duchesse.
Bien qu'elle n'et ni renom ni pouvoir
Et qu'elle fut pauvre en sa confrrie,
Pauvre jusqu'au besoin, Sauge-Fleurie
--Tel est son nom--tait charmante  voir.
Au bord d'un lac tout fleuri de jonquilles,
Elle habitait le tronc d'un saule creux
Et ne quittait son rduit tnbreux
Plus que ne font les perles leurs coquilles.
Mais un beau jour que, chassant par le bois
Avec sa meute un superbe quipage,
Le fils du Roi menait  grand tapage
Du bois au lac un dix cors aux abois,
Pour voir les chiens et la belle poursuite
Et les pourpoints brillants des cavaliers,
Elle quitta son arbre, et des halliers
Voyait passer le Prince avec sa suite.
Le Fils du Roi, qui saluait dj
(Car c'est de Fe  Prince assez l'usage)
En voyant mieux un si charmant visage,
S'arrta court et la dvisagea.
Sauge, sans plus se cacher dans les branches,
En le voyant si beau, de son ct
Le regardait devant elle arrt,
Droit dans les yeux de ses prunelles franches.

Naf amour par pudeur s'enhardit:
Le Fils du Roi baissa les yeux par contre;
Chacun s'en fut mditant la rencontre:
--Tous deux s'aimaient et ne s'taient rien dit.


II

COMMENT UNE MAITRESSE-FE CONDAMNA
SAUGE-FLEURIE


Or tout se sait: une Matresse-Fe
Fit donc venir Sauge  son tribunal.
Vtue ainsi que l'oiseau cardinal,
La Vieille tait d'aspics bouriffe:
Elle tait vieille, et par cela j'entends
Que de jeunesse elle tait ennemie.
--On le va voir:--Je veux, Sauge, ma mie,
Te corriger, s'il en est encor temps,
Lui dit la Vieille aigrement. Sans mon zle,
Vous nous l'alliez donner belle  ravir
Et par ma foi vous nous alliez servir
Un joli plat d'amour, Mademoiselle.
Passe un beau Sire et, sans plus de faons,
Voil mes gens amoureux face  face!
Pardieu! plutt que la chose se fasse
Je ferai pendre ici dix beaux garons.
Et ce disant en parut si mchante
Qu'elle et fait peur mme au Roi Trs Chrtien
Par sa beaut, sa grce et son maintien,
Sauge-Fleurie tait pourtant touchante.
Mais rien ne fait contre haine et pouvoir.
--Il faudra bien que ton beau bec rponde,
Car, sans chanter, il n'est poule qui ponde,
Sauge ma mie--et je te vais pourvoir!

Je vous dirai, sans tarder davantage,
Si votre coeur s'intresse  son sort,
Qu'aimer un homme tait un cas de mort
Pour Sauge, esprit n'ayant chair en partage:
Ce que prouva la Vieille en un latin
Qui dpassait l'intellect en puissance,
Et distingua des cas de quintessence
A drouter Sauge et l'abb Cotin.

Sauge, pourtant, demeurait bouche close
Et de cela ne voulait seulement
Qu'aimer le Prince et mourir en l'aimant
Comme disait la Vieille avec sa glose.
Sans moi dj vous avez pu songer
Qu'en cette affaire ayant la loi formelle
Et des aveux, notre juge femelle
Condamna Sauge, et sans rien mnager.
Et pensez bien que la Fe amoureuse
Ne marchanda son immortalit,
Et que du coup, comme on me l'a cont,
Elle s'en fut-plus que vivante heureuse![1]

[Note 1: Voir la note  la fin du volume.]


III

COMMENT SAUGE-FLEURIE ALLA TROUVER LE PRINCE
EN SON CHATEAU


Or nul pouvoir ne pouvait s'opposer,
Malgr l'arrt de notre Vieille en rage,
Au libre emploi de son gentil courage
Non plus qu'au choix de son premier baiser.
--Sauge,  pied donc comme en plerinage,
Alla trouver le Prince en son chteau,
Et tout le long de la route un manteau
Rude et grossier cacha son personnage.
Elle arriva par la pluie et le vent,
Sur elle ayant laiss crever la nue;
Et, si d'abord fut des gens mconnue,
Ne surprit point le Prince en arrivant.

--Mon coeur, dit-il, vous attendait, Princesse;
Du bois au lac, je vous cherchais, ma Fleur,
Et fatiguais du cri de ma douleur
L'onde et le ciel, n'ayant repos ni cesse.

--Et ce disant, il se prit  baiser
A deux genoux sa main mignonne et fine,
Et puis voulut sur l'heure  la Dauphine
Prsenter Sauge avant de l'pouser:
Il lui fit faire un peu de belle flamme
Pour la scher d'abord. Tant de beaut,
De naturel et de simplicit
En cet tat le touchait jusqu' l'me.
Il fit venir perles, saphirs, rubis,
Bijoux monts et beaux luths de Vrone.
Il fit de mme apporter la couronne
Et prparer des merveilleux habits.


IV

COMMENT SAUGE-FLEURIE FIT AU PRINCE UN NOBLE
ET TOUCHANT DISCOURS


Sauge admira ces objets sans envie
Et dit:
        Seigneur, les beaux jours sont compts.
Aimez-moi bien, et jamais ne doutez
Du bel amour dont j'ai l'me ravie.
Est-il pour moi besoin de tant d'apprt?
N'aimez-vous point la belle solitude,
Et des amants n'est-ce plus l'habitude
De mieux s'aimer quand l'amour est secret?
Restons ici sans plus, si bon vous semble;
Nos yeux pourront se parler  loisir,
Et nous n'aurons de si charmant plaisir
Que seul  seul  demeurer ensemble.
Auprs de vous, je sens mon coeur lger;
Lgre est l'heure aussi qui me convie
Et l, tout beau! je vous donne ma vie.
Prenez-la donc, mais sans m'interroger.

Elle lui fit un gnreux sourire
Ne regrettant ce qu'elle avait bien fait,
N'y songeant mme.--Et son bonheur parfait
En mots humains ne se pourrait dcrire.
--Amour et Mort sont toujours  l'afft:
Ne croyez pas que celle que je pleure
Fut pargne.
              Elle scha sur l'heure
Comme une fleur de sauge qu'elle fut.


MORALIT


Je compte peu qu'une femme ainsi m'aime
Jusqu' mourir: ceci montre, pourtant,
Que pour aimer, ne ft-ce qu'en instant,
L'on brave tout, Madame, et la Mort mme.




LES TROIS PETITES PRINCESSES

COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX
DONS A TROIS PETITES PRINCESSES


Trois filles d'un Roi sarrazin,
Le mme jour, furent pries
Et le mme jour maries
Aux trois fils d'un Prince voisin.
Elles eurent mmes grossesses:
Au bout de neuf mois mmement,
Il leur naquit, pareillement,
Trois petites princesses.
Le Roi maure, dit le Conteur,
Fit proclamer leur dlivrance
En Inde, en Perse et jusqu'en France,
Et dpcha son enchanteur
Auprs de trois gentilles Fes
Qui, dans trois chars tendus d'orfrois,
Se prsentrent toutes trois,
D'aurore et de lune attiffes.
Aprs qu'il fut fait maint salut
Et que luth et lyre eurent cesse,
Chaque Fe  chaque Princesse
Fit le plus beau don qu'il lui plut.

A sa Princesse, la Premire
Donna pour don qu'elle serait
Faite comme elle, trait pour trait,
Et plus Belle que la lumire.

--Bien que soit richesse en honneur
Chez les mortels, dit la Seconde,
Mon don n'est perle de Golconde
Mais belle perle de Bonheur.

Vint la Troisime.--Il est encore,
Dit-elle, un don plus prcieux!
En couvrant l'enfant jusqu'aux yeux
D'un suaire tiss d'aurore.
En faisant ce don, elle tait
Si bonne, si douce et si tendre,
Qu'on ne se lassa pas d'attendre
Le grand bien qu'elle promettait.
Grand bien n'est pas ce qu'on prsente
Souvent pour tel; car l, tout beau!
On mit la petite au tombeau,
Qui mourut  l'aube naissante.


MORALIT


Mieux que Bonheur et Beaux Appas
Vaut la Mort, pour ce qu'est la Vie:
Ne la plaignez: Qui ne l'envie
Ne vcut et ne m'entend pas.




LE PETIT CASTEL DE CIRE


I

COMMENT ROSE-ROSE AVAIT LE DON D'ENTENDRE LE
LANGAGE DES ABEILLES, CE QU'EXPOSE L'AUTEUR
EN MANIRE D'INTRODUCTION


Parmi tous les dons de vertu.
De beaut, de grce et dcence
Que Rose-Rose,  sa naissance,
Eut d'une Fe, elle avait eu
Le don d'entendre sans tude
Les Abeilles en leurs fredons,
Aussi bien que nous entendons
Le bon franais par habitude.
Et grce  ce rare savoir,
Elle avait sur le Roi, son pre,
Pour gouverner l'tat prospre,
Tout crdit, conseil et pouvoir:
L'hiver n'empchait pas les roses
D'clore en ces temps merveilleux,
Et les Abeilles en tous lieux
En savaient long sur toutes choses.

Ceci n'est qu'un conte amoureux
Que je ddie aux coeurs fidles.
Aimez seulement mes modles
Aussi bien que je fais pour eux.


II

COMMENT ROSE-ROSE ET MYRTIL EURENT UN SONGE
SEMBLABLE, ET DES PROPOS QUE ROSE-ROSE EUT
AVEC LES ABEILLES


Rose-Rose,  peine veille,
Ds la premire aube appela
Ses femmes, et ce matin-l,
De blanc voulut tre habille:
Elle fut donc vtue ainsi
Que sont les blanches fiances.
Mais nul ne savait ses penses.
L'amour n'avait pu jusqu'ici
Troubler une dame aussi sage.
On assurait qu'il n'tait point
De prtendant qui, sur ce point,
Et vu rougir son beau visage.
Quand on eut peign ses cheveux,
Plus blonds qu'une moisson dore,
Et qu'elle fut ainsi pare
Et belle assez selon ses voeux,
Elle fit, contre l'habitude,
loigner ses Dames d'honneur,
Comme si son secret bonheur
S'augmentait de sa solitude.

Elle s'en fut seule au jardin
Pour causer avec les Abeilles.
--Des parterres et des corbeilles,
Des bosquets, des gazons, soudain
Toutes s'empressrent vers elle,
Et par mille souhaits charmants,
Grces, bonjours et compliments,
Lui tmoignrent de leur zle.
Aprs tous ces gentils discours,
Prenant sa voix la plus menue,
Rose leur dit:--Je suis venue
Vous demander aide et secours;
Et tout d'abord je vous rends grce
De ce que vous ne m'avez fait
Encor dfaut d'aucun bienfait:
Voici le cas qui m'embarrasse.

J'aime un Prince que je n'ai vu
Qu'en songe encor, cette nuit mme;
Rien ne m'est plus, sinon qu'il m'aime
Et qu'il m'a prise au dpourvu.
Amour donc jamais ne nous laisse
Sans aimer, car je ne suis plus,
Malgr mes ddains rsolus,
Que joie, espoir, trouble et faiblesse!

--Le lieu de mon songe tait tel,
Que je vis en cette aventure
Ce mme jardin en peinture,
Ces fleurs et ce petit Castel
Que vous m'avez sur la colline
Tout bti de cire, au dessus
Du petit lac aux bords moussus
Et de ce jardin qui dcline.
Ce fut l qu'il me vint chercher
Et me put expliquer sa flamme
En mots si vrais, que jusqu' l'me
Son bel amour me sut toucher:
Et comme en un miroir immense
Je me voyais lui souriant
Et lui de mme me priant
Tout obtenir de ma clmence.
--Je suis fils de Roi, disait-il,
Et je veux vous aimer sans cesse.
Vous pouvez, sans honte, Princesse,
M'aimer aussi! J'ai nom Myrtil.
--Mon nom, lui dis-je, est Rose-Rose,
--Et, dans l'instant, nos jeunes fronts
Furent, ainsi que nous serons,
Couronns de myrte et de rose.
En me voyant si belle ainsi,
Et lui plus beau que la lumire,
Je donnai mon amour premire
Au beau Prince que j'ai choisi.

Songe alors n'tait pas mensonge,
Car Myrtil eut, de son ct,
Comme on l'a depuis rapport,
Cette mme nuit mme songe:
Il vit, dans le mme moment,
Au mme lieu, sa mme image
A Rose-Rose rendre hommage.
Et lui faire mme serment,
Dans ce mme Castel de cire
O, sans penser au lendemain,
Rose avait bien promis sa main,
A n'en douter,  ce beau Sire.

Et Rose dit en mme temps:
--Allez vite, Abeilles fidles.
Vite autant que vous aurez d'ailes.
Dire  Myrtil que je l'attends!
Allez du couchant  l'aurore,
Et ne revenez pas sans lui;
Allez, et dites  celui
Que j'aime, au pays que j'ignore,
Lorsque vous l'aurez rencontr,
Qu'approuve ou que combattue,
Toute de blanc ainsi vtue,
En ce Castel je l'attendrai
Chaque jour,  cette mme heure,
A chaque aube que Dieu fera,
Et que, s'il faut, l'on m'y verra
Venir jusqu'au jour que je meure!


III

COMMENT LES ABEILLES ENTREPRIRENT UN LONG VOYAGE
ET COMMENT ROSE-ROSE ATTENDIT LEUR RETOUR


On ne pouvait pas, en effet,
Contredire en cette occurrence,
Car il n'tait pas mme en France
De Prince en tout point si parfait:
Et les Abeilles,  l'entendre,
D'une part avaient approuv
Tout ce que Rose avait rv
De beau, de sincre et de tendre,
Mais, d'autre part, le pire tait
Que par mainte et mainte contre
Elles la savaient spare
De Myrtil, et qu'il habitait
Au del des terres connues,
En des pays si fort distants,
Qu'il leur faudrait bien bien longtemps
Avant que d'tre revenues.
Car le monde est grand, ce dit-on.
Pourtant, nos bonnes confidentes,
Quoique trs sages et prudentes,
N'objectrent rien sur ce ton,
Sachant que l'amour ne raisonne
Et n'en veut qu' son bon plaisir,
N'ayant le got ni le loisir
De croire ou d'entendre personne.
--En rien donc ne contrariant
Son dessein, l'ambassade aile
Aprs s'tre au ciel assemble,
Tourna son vol vers l'Orient:
Elle allait si fort admire,
Comme un globe d'or dans les cieux.
Et paraissait  tous les yeux
Si prompte, si belle et dore,
Que telle ambassade, je crois,
N'alla du Louvre ou de Versailles
Ngocier les fianailles
D'aucune fille de nos rois!

Rose ainsi fit qu'aux messagres
Elle avait dit qu'elle ferait;
Chaque jour, elle se parait
D'toffes blanches et lgres;
Les myrtes aux roses mls
Ceignaient son front, et sre d'elle
Et de son bel amour fidle,
Malgr bien des jours couls
Dans l'attente et la solitude,
En son Castel, chaque matin,
Elle attendait l'poux lointain
Sans trouble et sans incertitude.
Et tel tait son sentiment
Et sa foi, que la longue attente
Ne la rendait que plus constante,
Et que l'on admirait comment
Sa magnifique indiffrence
Mettant la Cour en dsarroi
Dconcertait maint fils de Roi
Venu dans une autre esprance,
Son Pre tait tout dconfit
Et le pauvre homme en cette affaire
Ne savait vraiment plus que faire:
Et que vouliez-vous bien qu'il fit?
Larmes, prires, taient vaines;
Et ce fut tout de mme en vain
Qu'il s'enquit d'un fameux devin
Et qu'il ordonna des neuvaines.
Rose n'entendait pas raison.
Et revenait, sans tre lasse,
Chaque jour  la mme place
Consulter le ple horizon
Ds l'aube.--Et la belle songeuse
Ne songeait  rien qu' l'amant,
Que lui ramenait srement
Son ambassade voyageuse.


IV

COMMENT MYRTIL FIT A TRAVERS LE MONDE UN VOYAGE
MERVEILLEUX QUI DURA CENT ET
CINQUANTE ANNEES.


Myrtil s'tait mis en chemin,
Guid par les bonnes Abeilles.
Lorsqu'il les eut de ses oreilles
Ou, comme en langage humain,
Qui contaient l'histoire suivie
De son beau songe trait pour trait,
Et comment Rose l'attendrait
S'il le fallait, toute la vie,
Aussitt le Prince amoureux,
Malgr tout le noble entourage,
Qui ne craignait que son courage
En ce dpart aventureux,
Prit une belle et bonne arme
Et se mit en marche  travers
Tant et tant de peuples divers,
Pour retrouver sa bien aime,
Qu'il n'est Monarque ou Conqurant
Qui, pour de moins belles victoires
Et des travaux moins mritoires,
N'en ait reu le nom de Grand.

L'Amant, dont la fortune heureuse
N'avait que des coups surprenants,
Par les mers et les continents
Promenait sa gloire amoureuse.
--Mais, si je tire du rcit,
Dont j'ai suivi le commentaire,
Qu'il venait du bout de la terre,
Notre monde se rtrcit
Et n'a plus la mme apparence;
Car, outre les pays connus
Dont bien des gens sont revenus,
Tels que Chine, Inde, Egypte et France,
Il avait encor parcouru
Bien des mers depuis ignores
Et de fabuleuses contres
Qui de ce monde ont disparu:
La mer o chantaient les Sirnes
Et les vallons mlodieux
Peupls de Hros et de Dieux
Encor chers aux Muses sereines.
Le jardin d'Eden, o tomba
Adam et la race insoumise
Des hommes, la Terre Promise
Et le Royaume de Saba,
La cte d'Ophir et, prs d'elle,
L'or en montagne accumul,
Le Venusberg, l'le Thul,
O mourut le Vieux Roi fidle,
Et les terres des Paladins,
Et la Fort o j'imagine
Que vivaient Morgane et Brangine,
L'Ile d'Armide et ses jardins
Avant Renaud et la Croisade,
Et tout l'Orient enchant,
En mille et une nuits cont
Par la bonne Schhrazade:
Et Myrtil allait  travers
Le monde, entrainant  sa suite,
En son amoureuse poursuite,
Tous les peuples de l'Univers!
Car les Abeilles taient Fes,
Et, ds que son glaive avait lui,
Les rois vaincus dressaient pour lui
Des colonnes et des trophes.

Si le voyage fut si grand
Que je n'ai pu faire le compte
Des merveilles qu'on en raconte,
Je puis, du moins, en comparant
Les dates qui m'en sont donnes.
Conclure que, pour parcourir
L'Univers et le conqurir,
Il mit cent et cinquante annes.[1]

[Note 1: Ce calcul est insuffisant,
Car alors la belle dure
Des longs ans tait mesure
Autrement qu'elle est  prsent.

(Note de l'auteur)]


V

COMMENT MYRTIL VIT LE PETIT CASTEL DE CIRE ET
LES ADMIRABLES CHANGEMENTS QUI S'TAIENT
FAITS DANS LA NATURE DU JARDIN


Il est clair qu'un si grand concours
De peuples en tel quipage
Ne se meut point sans grand tapage.
Donc, par les chemins les plus courts,
Tous les courriers de la frontire
Revenaient en hte, annonant
A Rose qu'un Roi tout Puissant
Avait conquis la terre entire
Et n'avait plus qu' conqurir
Ce seul royaume, en telle sorte
Que son arme tait si forte,
Qu'il entrerait sans coup frir.

Rose out ce prliminaire
Comme Reine, sans s'mouvoir,
Ayant hrit du pouvoir
De son pre mort centenaire,
(On vivait trs vieux en ce temps).
Mais l'on s'tonnait que la Reine
Demeurt d'humeur si sereine
Devant ces prils clatants.
Or, sans vous creuser la cervelle.
Vous avez devin comment
Rose ne s'mut nullement
En entendant cette nouvelle,
Car vous pouvez vous figurer
Que quelque Abeille avant-coureuse
Avait dit  notre amoureuse
Plus que de quoi la rassurer.
La Mouche-Fe,  son oreille,
Comme une clochette d'or fin,
Sonna si doucement, qu'enfin
Rose n'eut joie autre ou pareille.
Comme moi, vous pouvez dj
Conclure de cette arrive
Que, ds que l'aube fut leve
Dans le ciel et se propagea,
Myrtil avait quitt sa tente,
Et prcd du bel Essaim
Qui le servait en son dessein,
Poursuivait sa course constante,
Et cela de telle faon,
Que Myrtil, comme je vais dire,
Vit le Petit Castel de cire
Dont notre Essaim fut le maon.

Toutes choses taient changes
Sinon de lieu, du moins de fait:
Les mmes lilas, en effet,
Et les buis en belles ranges,
Avec l'ge taient devenus
Si grands, si grands, que les grands chnes,
Que l'on voit aux forts prochaines,
N'taient que brins d'herbe menus,
Et que les reines marguerites,
Ainsi que les jeunes rosiers,
Abeilles, o vous vous posiez,
Sans rien perdre de leurs mrites,
Etaient en telle floraison,
Qu'en une rose, n'en dplaise,
Rose aurait dormi mieux  l'aise
Qu'en son lit, par comparaison.
Et l'odeur frache et pntrante
De tant de parfums, dit l'auteur,
Avait fait une eau de senteur
De l'onde unie et transparente
Du lac, qui s'tait tant port
Hors de ses bornes naturelles,
Que ses eaux pouvaient bien entre elles
Couvrir notre monde habit.
Car toutes choses, au contraire
De s'enlaidir, avaient t
Vieillissant en telle beaut
Qu'il est malais de pourtraire
Les admirables changements
Qui s'taient faits dans la nature
Du jardin qu'avaient, en peinture,
Montr deux songes si charmants.


VI

COMMENT LES COLOMBES BLANCHES ACCOMPAGNRENT
ROSE-ROSE JUSQU'AU CASTEL DE CIRE ET
COMMENT MYRTIL L'Y REJOIGNIT.


Si la blancheur est un des signes
De la vieillesse, je dirai
Que les Biches au poil dor,
Les Tourtereaux bleus et les Cygnes
Plus noirs alors que les corbeaux,
Si j'en crois l'auteur que je cite,
Etaient en ce merveilleux site
Si blancs de vieillesse et si beaux,
Que de race en race engendre
Jusqu' leurs derniers rejetons,
Aux pays que nous habitons
Leur blancheur en est demeure.
C'est seulement depuis ce temps
Que nous voyons le blanc plumage
Des colombes au doux ramage,
Biches blanches et merles blancs.

Quoi qu'il soit de cette origine,
Vous eussiez vu l ce matin
Les belles brouteuses de thym,
Plus blanches que l'on n'imagine.
S'arrter de brouter pour voir
Passer la blanche fiance
Grave et ds longtemps exerce
Au long amour de son devoir:
Tandis que la troupe fidle
Des colombes allait volant
Jusqu'au Castel, et s'emmlant
Par couple lger autour d'elle.
Car les colombes, par milliers,
Que ce bel amour intresse,
Escortaient leur bonne matresse
A ses rendez-vous journaliers.

Vous dirai-je encor davantage?
Si d'une part les verts ormeaux
Et les cdres aux noirs rameaux,
A mesure de leur grand ge,
Avaient pouss leur front serein
Et leur taille extraordinaire
Bien haut au dessus du tonnerre,
D'autre part, l'effort souterrain
De leurs racines biscornues,
Travaillant la colline, avait
Fait que le Castel se trouvait
Comme un temple parmi les nues.
Et ce n'tait plus comme avant
Colline humble, pente et mi-cte,
Mais pic d'azur, montagne haute
O ne peut atteindre le vent.
L'accs au Prince en fut facile,
Soit qu'alors un char enchant
Ou quelque autre engin l'ait port
Auprs de Rose en cet asile
D'amour, de gloire et de repos,
D'o l'on voyait par les valles
Dix mille villes assembles,
Comme en leurs parcs, de blancs troupeaux,
Les mers et les eaux miroitantes,
Et les moissons et les forts,
Et sur cent mille arpents, auprs
Du lac profond, cent mille tentes!


VII

COMMENT ROSE ACCUEILLIT MYRTIL ET DU DISCOURS
QU'ELLE LUI TINT


Myrtil s'avanait au milieu
Des Colombes, parmi les nues,
Et des Abeilles revenues
De leur voyage en ce haut lieu,
D'o Rose eut le monde en offrande.
Mais cette fois le Conqurant,
Au monde mme indiffrent,
Trouve enfin que la terre est grande
Assez, puisqu'il a retrouv
Rose-Rose et son doux sourire,
Et, tel que je l'ai pu dcrire,
Le Castel qu'il avait rv.
Et comme il dposait son glaive
En s'agenouillant sur le seuil,
Rose s'en vient lui faire accueil
De ses deux bras et le relve:

--Heureux le jour o je te vois,
Myrtil, heureuses les annes
Qui rassemblent nos destines!
Dit-elle. Et le son de sa voix,
Limpide comme une fontaine,
Est frais comme les belles eaux
O viennent boire les oiseaux
Aprs une course lointaine.
Heureux le songe o je t'ai vu!
Et vous, compagnes dvoues
De son retour, soyez loues,
Abeilles, pour avoir pourvu
De tant d'honneur son beau courage,
Et pour me l'avoir ramen
Aux lieux o notre amour est n,
Dans le premier temps de notre ge.
Cher poux, tu m'es donc rendu,
Mais je n'eus que joie  t'attendre,
Puisque je t'ai d'un coeur plus tendre,
En toute assurance, attendu:
Et cette assurance tait telle
Et me faisait vivre si fort
Que j'eusse attendu sans effort
Jusqu' devenir immortelle!
Non, non, les ans n'ont apport
A notre amour aucun dommage,
Amour a toujours le mme ge,
Et t'ai-je seulement quitt!
Car, malgr les longues annes,
Tu vois que sur mon front les fleurs
Dont nos noms portent les couleurs,
Ne sont point seulement fanes.
Viens, Myrtil, donne-moi la main.
Et bien que ta vertu connaisse
L'arche d'amour et de jeunesse,
Je veux te montrer le chemin,
Et comment en notre demeure
Pour nous un mme trne est prt
O j'avais dit qu'on me verrait
Venir jusqu'au jour que je meure!

Et sur leur trne radieux
Ils furent, comme deux statues
Augustes et de blanc vtues,
Comme on imagine les dieux
Auprs des desses insignes:
Et leurs cheveux en s'argentant
Etaient devenus blancs autant
Que les colombes et les cygnes:
Car, puisqu'il faut vous dire tout
En un mot, sachez, je vous prie,
(Bien qu'un miracle de ferie
Et t bien mieux de mon got)
Que l'ge en cette conjoncture
Avait de mme, parait-il,
Rendu Rose-Rose et Myrtil
Aussi vieux qu'tait la nature.
Oh! que s'il m'et t permis,
Ainsi qu'aux potes antiques.
De crer des dieux authentiques,
Je les eusse en un temple mis
Parmi les plus touchants exemples
D'amour et de fidlit,
Chacun contre l'autre accot,
Sous un dais de pourpre aux plis amples,
Tels quels avec leurs blancs habits
Ainsi qu'avec les myrtes ples
Changs soudain en fleurs d'opales
Parmi des roses de rubis:
Car en mme temps leurs prunelles
Et leur sourire, en vrit,
Avaient pris l'immobilit
Qui n'est qu'aux choses ternelles!

De cela, vous ne doutez pas,
Comme il apparat, ce me semble,
Qu'ils taient runis ensemble
Et passs de vie  trpas,
Dans le petit Castel de cire
Qui devint ainsi leur tombeau:
Et leur sort m'a paru si beau,
Qu'il m'a plu de vous le dcrire.


VIII

COMMENT LES ABEILLES CHANTRENT, CE QUE L'AUTEUR
EXPOSE EN MANIRE DE CONCLUSION


Le vieux conte que j'ai suivi,
Dit encore, entre autres merveilles,
Que sur ce les bonnes Abeilles,
S'empressant toutes  l'envi,
De miel et de cire embaume
Vinrent murer le monument
O notre glorieux amant
Dormait avec sa bien-aime;
Et que notre Essaim tout autour
De cette belle spulture,
Dont il avait clos l'ouverture,
Forma jusqu'au dclin du jour
Des chants faits de si doux bruits d'ailes,
Qu'il tait plus croyable encor
Qu'il clbrt les noces d'or
Des Epoux  jamais fidles.




LES DEUX TALISMANS

COMMENT LA FEE ARBIANNE AVAIT DEUX AMANTS


La Fe Arbianne avait deux talismans:
Un Casque d'or qui rendait invisible,
Et, d'autre part, une pe invincible.
Arbianne avait de mme deux amants.

Si je l'en blme, au moins que l'on m'accorde,
Au lieu d'aller se creuser le cerveau,
Qu'en avoir trois chez nous n'est pas nouveau,
Et qu'aux beaux luths, il n'est point qu'une corde.

Son choix ne fut ni bas ni hasardeux:
Tous deux taient fils de Roi, dit le conte.
Elle donna l'pe  l'un pour compte,
Le Casque  l'autre, et les aima tous deux.
--De garde au pied de sa tour d'meraude,
L'un de l'pe allait tout pourfendant,
Monstre, dragon, harpie et prtendant,
Et la gardait, en se gardant de fraude.
--L'autre invisible allait surprendre ainsi
La Fe  point en son bain d'eau de rose,
Et, comme on dit, ce ne fut point en prose
Qu'il lui conta son amoureux souci.


MORALIT


L'amant au Casque est l'amant qu'on prfre:
Et je dduis d'Amour et de ses lois,
Que vaillants coups d'pe et beaux exploits
Ne valent pas prudence et savoir faire.




MULOT ET MULOTTE

COMMENT MULOT ET MULOTTE REURENT DANS LEUR
CABANE UNE VIEILLE HORRIBLE


Deux vieux poux, pauvres et gens de bien,
Vivaient du temps de ma Grand'Mre l'Oie,
Comme beaucoup des hros que j'emploie.
Ils se nommaient, si je me souviens bien,
L'homme Mulot et la femme Mulotte.
Tous deux taient couchs dans le moment,
Et, dans leurs lits, ils dormaient chaudement:
Vieil amour mme empche qu'on grelotte.
Cette remarque est ici de saison;
La neige avec la bise faisait rage
Tant et si bien, qu'en cette nuit l'orage
Menaait fort d'emporter la maison.
Je dis maison, je veux dire cabane.
Car au maon, qui n'usa de cordeau,
Il ne fallut qu'un peu de terre et d'eau,
Non plus de bois que la charge d'un ne.
Comme ils dormaient, une Voix appela,
Une et deux fois, puis trois, de telle sorte
Qu'il tait clair que quelqu'un  la porte
Demandait aide.

        --Eh! Parbleu, me voil!
Fit le bonhomme, en quittant sa paillasse.
Et rien n'est plus cruel que lorsqu'il faut
Quitter ainsi pour l'air froid le lit chaud.
En aurions-nous fait autant  sa place?

--Oh! Pour l'amour de Dieu! demandait-on
D'une voix douce autant que douloureuse.

Mulot ouvrit.

Mais une Vieille affreuse

Entra:

    La voix, du coup, changea de ton.
--Fort bien! dit-elle.

        Elle tait secoue
De fivre ensemble et de froid, les pieds nus,
Et puis lpreuse,  des signes connus,
Car elle avait une voix enroue
Comme ont les chiens aprs de longs abois,
La face ardente avec les chairs putrides,
L'oeil clair dans l'ombre, et sur la peau des rides
Rches autant que l'corce du bois.
Vous auriez eu la preuve  voir sa mine,
Ses yeux mchants et ses ongles crochus,
Que pour bons coeurs il n'est gens si dchus,
Puisqu'en piti l'on prit cette vermine
Et que nos gens la mirent en leur lit.
Mulot jeta dans l'tre une bourre,
Donna le linge, et Mulotte affaire
Eut du courage aux soins qu'elle accomplit.


II

COMMENT CETTE VIEILLE TAIT UNE BELLE FE, ET COMMENT
ELLE OFFRIT DE DONNER A MULOT ET A
MULOTTE RICHESSES ET HONNEURS


Comme on lavait cette triple Mgre
Voil-t-il pas que, sans dsemparer.
Elle en vient toute  se transfigurer,
Tant qu'en beaut le Conteur n'exagre,
Et qu'elle en a blonds cheveux  monceaux,
Les traits charmants, les chairs amignonnes
Comme au matin des roses fleuronnes,
Et les yeux bleus du bleu profond des eaux.
--D'un trait  l'autre on ne vit le passage--
Et puis drap d'or, taffetas et satin,
Couleur d'iris et couleur du matin
Lui font gentils cotillon et corsage.
Elle sauta du lit pour mieux causer,
Ayant un astre au front, qui l'illumine.
Lors elle tait de si gentille mine,
Qu'il et fallu le Roi pour l'pouser!

C'tait alors une ordinaire chose
Que Fe errante et Fantmes changeants:
Aussi ni l'un ni l'autre de nos gens
Ne s'tonna de la mtamorphose.

--Ami, je suis satisfaite de vous,
Leur dit la Fe; et sa voix naturelle
Etait ainsi qu'un chant de tourterelle,
Et son sourire encor tait si doux,
Que nos bons vieux en furent vite  l'aise.
--a, faites-moi de grands souhaits, je veux
En un moment accomplir tous vos voeux,
Reprit la Fe.

MULOT

Eh! ne vous en dplaise,
De votre part, c'est bien de la bont.

LA FE

Dis, que veux-tu pour bonne rcompense?

MULOT

Dam! rien.

LA FE

Quoi! rien?

MULOT

Rien du moins que je pense.

LA FE

--Oh! oh! Le cas est rare en vrit,
Et je vois bien qu'il faut que je vous aide.
--Et je sais trop, se dit-elle en songeant,
Par o le prendre: il n'est souci d'argent
Que l'homme riche ou pauvre ne possde.
Et ce disant la Fe avait raison:
Dpense induit en nouvelle dpense.
Richesse autant que misre dispense
D'avoir un sou vaillant  la maison.

LA FE

Ami Mulot, veux-tu devenir riche
A ton souhait?

MULOT

        Et ne le suis-je pas?
Ma femme et moi faisons nos deux repas,
Ma belle Dame, et mon bien n'est en friche.
J'ai pour ma vache assez de foin fauch,
Mes trois pommiers emplissent dix corbeilles.
Je mouds vingt sacs de seigle, et les abeilles
Valent, par an, deux cus au march.
Je puis encor tous les jours de l'anne
--Sans vous fcher--donner aux pauvres gens,
Clercs en voyage ou moines indigents,
L'aide du ciel que je vous ai donne.

LA FE ( part.)

--Le Roi toujours n'eut si bon compagnon,
Et noble coeur fait souche de noble homme.
Mulot, ma foi! serait bon gentilhomme.
On en a vu bien d'autres: pourquoi non?

(S'adressant  Mulot.)

Matre Mulot, veux-tu que je te fasse
Seigneur cans, cuyer ou baron?
J'attacherai moi-mme l'peron.
Tu prendras nom Mulot de Bonne-Face;
Et tu pourras porter en mon honneur
Le champ d'azur de mon blason de Fe
Dragon d'argent et colombe coiffe.
Et si sur ce quelque beau raisonneur
Vient  gloser, il l'ira dire  Rome!

MULOT

--Je suis certain, belle Dame,  vous voir
Que vous avez magnifique pouvoir
Et ne voulez vous rire d'un pauvre homme.
Mais, voyez-vous, honneurs sont dangereux.
L'autre semaine en notre voisinage
Un vieux Seigneur,  peu prs de mon ge,
Fut bien occis aux croix du chemin creux.
Il fut, pourtant, charitable en sa vie,
De bon esprit comme de bon aloi.
Je ne pourrais, en mon nouvel emploi,
Non mieux que lui, me garder de l'envie.
Car je ne suis bien savant ni bien fort,
Et n'eus jamais encrier ni rapire.
Et sans compter que mon cousin Grand-Pierre
Se gausserait certe, et n'aurait pas tort.


III

COMMENT LA FE VOULUT RENDRE A MULOT ET A MULOTTE
LA JEUNESSE, ET DE LA BONNE ODEUR DE
LILAS QUI SE RPANDIT DANS LA CABANE


Quoiqu'un peu sotte en toute cette affaire,
La bonne Fe eut le coeur de chercher
Quel nouveau don le pourrait bien toucher
Et quel grand bien elle lui pourrait faire:
Et tout  coup elle lui demanda:

--Aimes-tu bien ta femme?

MULOT

        Il n'est, pardienne!
Bonne besogne encore que la sienne.

LA FE

Et l'as-tu bien toujours aime?

MULOT

        Oui-da!
Je m'en souviens, elle tait de votre ge,
C'tait le mois qui suivit la moisson,
Il se peut bien alors qu'un bon garon
Fasse sa cour sans manquer  l'ouvrage.
Et, sans avoir le teint que vous avez,
Elle tait bonne et belle  sa manire
Et frache ainsi qu'une fleur printanire.
Bref, en deux mois nous tions arrivs
(Nous connaissant dj de longue date)
A nous aimer. Si bien que les voisins
En me voyant ramener ses poussins,
Fendre le bois et lui porter sa jatte,
Disaient:--A quand la noce et le repas?
Quoique la chose encor ne ft pas faite,
Car les parents sont toujours de la fte.
Et cependant ils ne se trompaient pas.
J'tais un gars de quelque conomie,
Et je sus bien, le jour qu'il en fut temps,
Aller qurir vingt bons sous d'or comptants
Pour les bailler aux parents de ma mie.
Et depuis, dam! j'ai sem notre bl,
Et nous avons vcu toujours ensemble.
N'est-ce pas tout vous dire, ce me semble?
Le temps, ainsi que l'eau coule, a coul.

--Matre Mulot, lui dit la bonne Fe,
--Et dans l'instant, le vent de renouveau
Qui remplit l'air vous et pris le cerveau,
Comme un parfum de lilas par bouffe.--
Matre Mulot, veux-tu redevenir
Jeune, et revivre une jeunesse telle
Avec Mulotte?--Et Mulotte veut-elle
En mme temps que Mulot rajeunir?
Parle, Mulot,--et parle aussi, Mulotte;
Car jusqu'ici tu n'as beaucoup parl,
Et Fe ou femme, en notre dml,
N'et pas manqu de porter la culotte.

Mulotte, ainsi qu'elle et fait  vingt ans,
Baissa les yeux; car, pour femme soumise,
Parler devant son homme n'est de mise:
L'exemple est bon aux femmes de tous temps.

Et Mulot dit:

--Si ma pense est nette,
Respect gard, pourtant je ne puis point
Vous satisfaire encore sur ce point
Non plus que faire une rponse honnte.
Excusez-en, Madame, un vieux barbon.
Vivre deux fois est-il un avantage,
Et si je fais peau neuve en mon grand ge,
Serais-je bien Mulot pour tout de bon?
L'homme se prend aux ruses qu'il machine.
Et je prfre encor ne rien changer,
Bon bcheron n'a son fagot lger,
Et les ans lourds, qui me courbent l'chine,
M'ont plu comme un fagot  fagoter,
Et bien qu'encor la charge soit pesante,
Je crois qu'avec Mulotte, ici prsente,
Nous viendrons bien  bout de la porter.
Votre bont passe en tout mon envie,
Et pour ma part j'ai le sens trop troit
Pour tre induit  tenter par surcroit
Le sort chanceux d'une seconde vie.


IV

COMMENT LA FE EN BONNE PERSONNE BUT ET MANGEA
AVEC MULOT ET MULOTTE


Le Conteur dit que l'on ne poussa pas,
Et que la Fe tait bonne personne.

--Chacun, dit-elle,  sa mode en raisonne,
Ami Mulot. Vous tes, en tout cas,
De braves gens,--le reste vous regarde.

Puis, honorant Mulot comme il voulait,
Elle trempa du pain bis dans du lait
Et but avec nos bons vieux.

        Dieu les garde!




LE PRINCE AZUR

COMMENT GENEVIEVE ATTENDAIT LE PRINCE AZUR, ET
DE LA MORALIT GNRALE QUE CHACUN PEUT
TIRER DES CONTES DES FES


Genevive a quinze ans. Elle aime les toiles:
A l'heure o l'araigne aux herbes tend ses toiles.
Le bois devient pour elle un lieu d'enchantement:
La nuit s'emplit de Voix magiques. Par moment,
L'effroi surnaturel des choses l'enveloppe:
Elle frmit ainsi qu'une blanche antilope
Qu'meut l'errant amour de son poux lointain.
Elle a dans sa main frle une branche du thym,
Et dans ses cheveux noirs des fleurs de renoncule.
Sous la lune, en un ple et moite crpuscule,
Confiante, elle attend que quelque char ail
L'emporte doucement vers le ciel toil,
Et croit, sitt qu'un souffle anime les broussailles,
Que le beau Prince Azur vient pour des fianailles;
Mais craintive pourtant du Prince ravisseur,
Comme pour se garder, joint les mains sur son coeur.

Garde, garde ton coeur,  petite amoureuse!
Et crains que le grand mal d'aimer, un jour, ne creuse
Un amer et profond sillon sous tes beaux yeux:
Victime dvoue  l'Amour soucieux,
Crains, trop aimante enfant, que, dans ton choix peu sre,
Tu ne joignes les mains, un jour, sur la blessure
Que te fera de tous le seul qui t'aura plu,
Mais qui n'tait pas tel que tu l'avais voulu!




PILOGUE


_La ruse n'en n'est pas nouvelle:
--Le vieux Conteur que j'ai cit
N'a jamais encore exist
Autre part que dans ma cervelle.
Tout ce que je vous en ai dit
Est pour donner  chaque conte
Que j'invente et que je raconte
Plus de force et plus de crdit,
Je connais la nature humaine,
Et sais qu'un pote inconnu
N'en serait autrement venu
A vous mener o je vous mne.

9 novembre 1880._




NOTE


Jamais amour n'a pu mieux s'exprimer
Qu'en quatre mots que je cite  mon aise,
Et j'aime fort la Dame Lyonnaise
Qui ft ce vers comme elle sut aimer!
--Pour le plaisir d'crire oeuvre si belle
Je veux citer tout entier le sonnet.
--N'aimez la Dame autrement si ce n'est
De tout l'amour que je me sens pour elle.

SONNET

Oh! si j'tais en ce beau sein ravie
De celui-l pour lequel vais mourant,
Si avec lui vivre le demeurant
De mes courts jours ne m'empchait envie.

Si m'accolant, me disait: Chre Amie,
Contentons-nous l'un l'autre, s'assurant
Que ja tempte, Euripe, ni courant
Ne nous pourra desjoindre en notre vie,
Si de mes bras le tenant accol,
Comme du Lierre est l'arbre encercel,
La mort venant, de mon aise envieuse:

Lorsque souef plus il me baiserait,
Et mon esprit, sur ses lvres fuirait,
Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse.

Cf. Oeuvres de Louise Lab, Lyonnaise, Sonnet XIII




TABLE


INTRODUCTION

LE ROSIER ENCHANT

BELLE-MIGNONNE

SAUGE-FLEURIE

LES TROIS PETITES PRINCESSES

LE PETIT CASTEL DE CIRE

LES DEUX TALISMANS

MULOT ET MULOTTE

LE PRINCE AZUR

PILOGUE

NOTE

TABLE






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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
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Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

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unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
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