The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome IV.
by Napolon Bonaparte

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Title: Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome IV.

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: August 15, 2004 [EBook #13192]

Language: French

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OEUVRES

DE

NAPOLON

BONAPARTE.

TOME QUATRIME.

MDCCCXXI.



LIVRE CINQUIME.



EMPIRE. 1806.



Munich, le 6 janvier 1806[1].

_Au snat conservateur._

Snateurs,

La paix a t conclue  Presbourg et ratifie  Vienne entre moi et
l'empereur d'Autriche. Je voulais, dans une sance solennelle, vous en
faire connatre moi-mme les conditions; mais ayant depuis long-temps
arrt, avec le roi de Bavire, le mariage de mon fils le prince Eugne,
avec la princesse Augusta, sa fille, et me trouvant  Munich au moment
o la clbration du mariage devait avoir lieu, je n'ai pu rsister au
plaisir d'unir moi-mme les jeunes poux qui sont tous deux le modle de
leur sexe. Je suis, d'ailleurs, bien aise de donner  la maison royale
de Bavire, et  ce brave peuple bavarois, qui, dans cette circonstance,
m'a rendu tant de services et montr tant d'amiti, et dont tes anctres
furent constamment unis de politique et de coeurs  la France, cette
preuve de ma considration et de mon estime particulire.

Le mariage aura lieu le 15 janvier. Mon arrive au milieu de mon peuple
sera donc retarde de quelques jours; ces jours paratront longs  mon
coeur; mais aprs avoir t sans cesse livr aux devoirs d'un soldat,
j'prouve un tendre dlassement  m'occuper des dtails et des devoirs
d'un pre de famille. Mais ne voulant point retarder davantage la
publication du trait de paix, j'ai ordonn, en consquence de nos
statuts constitutionnels, qu'il vous ft communiqu sans dlai, pour
tre ensuite publi comme loi de l'empire.

NAPOLON.

[Note 1: A compter du 1er janvier 1806, le calendrier rpublicain a
t supprim par une loi.]



Munich, le 12 janvier 1806.

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Le snatus-consulte organique du 18 floral an 12 a pourvu  tout ce
qui tait relatif  l'hrdit de la couronne impriale en France.

Le premier statut constitutionnel de notre royaume d'Italie, en date du
19 mars 1805, a fix l'hrdit de cette couronne dans notre descendance
directe et lgitime, soit naturelle, soit adoptive[2].

Les dangers que nous avons courus au milieu de la guerre, et qui se
sont encore exagrs chez nos peuples d'Italie, ceux que nous pouvons
courir en combattant les ennemis qui restent encore  la France, leur
font concevoir de vives inquitudes: ils ne jouissent pas de la scurit
que leur offre la modration et la libralit de nos lois, parce que
leur avenir est encore incertain.

Nous avons considr comme un de nos premiers devoirs de faire cesser
ces inquitudes.

Nous nous sommes en consquence dtermin  adopter comme notre fils le
prince Eugne, archi-chancelier d'tat de notre empire, et vice-roi de
notre royaume d'Italie. Nous l'avons appel, aprs nous et nos enfans
naturels et lgitimes, au trne d'Italie, et nous avons statu qu'
dfaut, soit de notre descendance directe, lgitime et naturelle, soit
de la descendance du prince Eugne, notre fils, il appartiendra au
parent le plus proche de celui des princes de notre sang, qui, le cas
arrivant, se trouvera alors rgner en France.

Nous avons jug de notre dignit que le prince Eugne jouisse de tous
les honneurs attachs  notre adoption, quoiqu'elle ne lui donne des
droits que sur la couronne d'Italie; entendant que dans aucun cas, ni
dans aucune circonstance, notre adoption ne puisse autoriser ni lui, ni
ses descendans,  lever des prtentions sur la couronne de France,
dont la succession est irrvocablement rgle par les constitutions de
l'empire.

L'histoire de tous les sicles nous apprend que l'uniformit des lois
nuit essentiellement  la force et  la bonne organisation des empires,
lorsqu'elle s'tend au-del de ce que permettent, soit les moeurs des
nations, soit les considrations gographiques.

Nous nous rservons, d'ailleurs, de faire connatre par des
dispositions ultrieures les liaisons que nous entendons qu'il existe
aprs nous, entre tous les tats fdratifs de l'empire franais. Les
diffrentes parties indpendantes entre elles, ayant un intrt commun,
doivent avoir un lien commun.

Nos peuples d'Italie accueilleront avec des transports de joie les
nouveaux tmoignages de notre sollicitude; ils verront un garant de la
flicit dont ils jouissent, dans la permanence du gouvernement de ce
jeune prince, qui, dans des circonstances si orageuses, et surtout dans
ces premiers momens si difficiles pour les hommes mme expriments, a
su gouverner par l'amour, et faire chrir nos lois.

Il nous a offert un spectacle dont tous les instans nous ont vivement
intresss. Nous l'avons vu mettre en pratique, dans des circonstances
nouvelles, les principes que nous nous tions tudi  inculquer dans
son esprit et dans son coeur, pendant tout le temps o il a t sous nos
yeux. Lorsqu'il s'agira de dfendre nos peuples d'Italie, il se montrera
galement digne d'imiter et de renouveler ce que nous pouvons avoir fait
de bien dans l'art si difficile des batailles.

Au mme moment o nous avons ordonn que notre quatrime statut
constitutionnel ft communiqu aux trois collges d'Italie, il nous a
paru indispensable de ne pas diffrer un instant  vous instruire des
dispositions qui assoient la prosprit et la dure de l'empire sur
l'amour et l'intrt de toutes les nations qui le composent. Nous avons
aussi t persuads que tout ce qui est pour nous un sujet de bonheur et
de joie, ne saurait tre indiffrent ni  vous, ni  mon peuple.

NAPOLON.

[Note 2: Art. 2. La couronne d'Italie est hrditaire dans sa
descendance directe et lgitime, soit naturelle, soit adoptive, de mle
en mle, et  l'exclusion perptuelle des femmes et de leur descendance,
sans nanmoins que son droit d'adoption puisse s'tendre sur une autre
personne, qu'un citoyen de l'empire franais ou du royaume d'Italie
(_Statut constitutionnel du royaume d'Italie_, 19 mars 1805).]



Paris, le 2 mars 1806.

_Discours prononc par l'empereur  l'ouverture du corps lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, messieurs
les tribuns et les membres de mon conseil d'tat, depuis votre dernire
session, la plus grande partie de l'Europe s'est coalise avec
l'Angleterre. Mes armes n'ont cess de vaincre que lorsque je leur ai
ordonn de ne plus combattre. J'ai veng les droits des tats faibles,
opprims par les forts. Mes allis ont augment en puissance et en
considration; mes ennemis ont t humilis et confondus; la maison de
Naples a perdu sa couronne sans retour; la presqu'le de l'Italie toute
entire fait partie du grand empire. J'ai garanti, comme chef suprme,
les souverains et les constitutions qui en gouvernent les diffrentes
parties.

La Russie ne doit le retour des dbris de son arme, qu'au bienfait de
la capitulation que je lui ai accorde. Matre de renverser le trne
imprial d'Autriche, je l'ai raffermi. La conduite du cabinet de Vienne
sera telle, que la postrit ne me reprochera pas d'avoir manqu de
prvoyance. J'ai ajout une entire confiance aux protestations qui
m'ont t faites par son souverain. D'ailleurs, les hautes destines de
ma couronne ne dpendent pas des sentimens et des dispositions des
cours trangres. Mon peuple maintiendra toujours ce trne  l'abri
des efforts de la haine et de la jalousie; aucun sacrifice ne lui sera
pnible pour assurer ce premier intrt de la patrie.

Nourri dans les camps, et dans des camps toujours triomphans, je dois
dire cependant que, dans ces dernires circonstances, mes soldats ont
surpass mon attente; mais il m'est doux de dclarer aussi que mon
peuple a rempli tous ses devoirs. Au fond de la Moravie, je n'ai
pas cess un instant d'prouver les effets de son amour et de son
enthousiasme. Jamais il ne m'en a donn des marques qui aient pntr
mon coeur de plus douces motions. Franais! je n'ai pas t tromp dans
mon esprance. Votre amour, plus que l'tendue et la richesse de votre
territoire, fait ma gloire. Magistrats, prtres, citoyens, tous se sont
montrs dignes des hautes destines de cette belle France, qui, depuis
deux sicles, est l'objet des ligues et de la jalousie de ses voisins.

Mon ministre de l'intrieur vous fera connatre les vnemens qui se
sont passs dans le cours de l'anne. Mon conseil-d'tat vous prsentera
des projets de lois pour amliorer les diffrentes branches de
l'administration. Mes ministres des finances et du trsor public vous
communiqueront les comptes qu'ils m'ont rendus, vous y verrez l'tat
prospre de nos finances. Depuis mon retour, je me suis occup sans
relche de rendre  l'administration ce ressort et cette activit qui
portent la vie jusqu'aux extrmits de ce vaste empire. Mon peuple
ne supportera pas de nouvelles charges, mais il vous sera propos de
nouveaux dveloppemens au systme des finances, dont les bases ont t
poses l'anne dernire. J'ai l'intention de diminuer les impositions
directes qui psent uniquement sur le territoire, en remplaant une
partie de ces charges par des perceptions indirectes.

Les temptes nous ont fait perdre quelques vaisseaux aprs un combat
imprudemment engag. Je ne saurais trop me louer de la grandeur d'me et
de l'attachement que le roi d'Espagne a montrs dans ces circonstances
pour la cause commune. Je dsire la paix avec l'Angleterre. De mon
ct, je n'en retarderai jamais le moment. Je serai toujours prt  la
conclure, en prenant pour base les stipulations du trait d'Amiens.
Messieurs les dputs du corps lgislatif, l'attachement que vous m'avez
montr, la manire dont vous m'avez second dans les dernires sessions
ne me laissent point de doute sur votre assistance. Rien ne vous sera
propos qui ne soit ncessaire pour garantir la gloire et la sret de
mes peuples.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 15 mars 1806.

_Acte imprial._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais et roi d'Italie,  tous ceux gui les prsentes verront salut:

LL. MM. les rois de Prusse et de Bavire nous ayant cd respectivement
les duchs de Clves et de Berg dans toute leur souverainet,
gnralement avec tous droits, titres et prrogatives qui ont t de
tous temps attachs  la possession de ces deux duchs, ainsi qu'ils ont
t possds par eux, pour en disposer en faveur d'un prince  notre
choix, nous avons transmis lesdits duchs, droits, titres, prrogatives,
avec la pleine souverainet, ainsi qu'ils nous ont t cds, et
les transmettons par la prsente au prince Joachim, notre trs-cher
beau-frre, pour qu'il les possde pleinement et dans toute leur
tendue, en qualit de duc de Clves et de Berg, et les transmette
hrditairement  ses descendans mles naturels et lgitimes, d'aprs
l'ordre de primogniture, avec exclusion perptuelle du sexe fminin et
de sa descendance.

Mais si, ce que Dieu veuille prvenir, il n'existait plus de descendant
mle, naturel et lgitime dudit prince Joachim, notre beau-frre, les
duchs de Clves et de Berg passeront avec tous droits, titres et
prrogatives,  nos descendans mles, naturels et lgitimes, et s'il
n'en existe plus, aux descendans de notre frre le prince Joseph, et 
dfaut d'eux, aux descendans de notre frre le prince Louis, sans que
dans aucun cas lesdits duchs de Clves et de Berg puissent tre runis
 notre couronne impriale.

Comme nous avons t particulirement dtermins au choix que nous avons
fait de la personne du prince Joachim, notre beau-frre, parce que nous
connaissons ses qualits distingues, et que nous tions assur des
avantages qui doivent en rsulter pour les habitans des duchs de Berg
et de Clves, nous avons la ferme confiance qu'ils se montreront dignes
de la grce de leur nouveau prince, en continuant de jouir de la bonne
rputation acquise sous leur ancien prince, par leur fidlit et
attachement, et qu'ils mriteront par l notre grce et notre protection
impriale.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Nous avons charg notre cousin, l'archi-chancelier de l'empire, de vous
donner connaissance, pour tre transcrits sur vos registres: 1. Des
statuts qu'en vertu de l'article 14 de l'acte des constitutions de
l'empire, en date du 28 floral an 12, nous avons jug convenable
d'adopter: ils forment la loi de notre famille impriale. 2. De la
disposition que nous avons faite du royaume de Naples et de Sicile, des
duchs de Berg et de Clves, du duch de Guastalla et de la principaut
de Neufchtel, que diffrentes transactions politiques ont mis entre
nos mains. 3. De l'accroissement de territoire que nous avons trouv 
propos de donner, tant  notre royaume d'Italie, en y incorporant tous
les tats vnitiens, qu' la principaut de Lucques.

Nous avons jug, dans ces circonstances, devoir imposer plusieurs
obligations, et faire supporter plusieurs charges  notre couronne
d'Italie, au roi de Naples et au prince de Lucques. Nous avons ainsi
trouv moyen de concilier les intrts et la dignit de notre trne, et
le sentiment de notre reconnaissance pour les services qui nous ont t
rendus dans la carrire civile et dans la carrire militaire. Quelle
que soit la puissance  laquelle la divine Providence et l'amour de nos
peuples nous aient lev, elle est insuffisante pour rcompenser tant
de braves, et pour reconnatre les nombreux tmoignages de fidlit
et d'amour qu'ils ont donns  notre personne. Vous remarquerez dans
plusieurs des dispositions qui vous seront communiques, que nous ne
nous sommes pas uniquement abandonn aux sentimens affectueux dont nous
tions pntr, et au bonheur de faire du bien  ceux qui nous ont si
bien servi: nous avons t principalement guid par la grande pense de
consolider l'ordre social et notre trne qui en est le fondement et la
base, et de donner des centres de correspondance et d'appui  ce grand
empire; elle se rattache  nos penses les plus chres,  celle 
laquelle nous avons dvou notre vie entire, la grandeur et la
prosprit de nos peuples.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.

_Prambule de l'acte constitutif de la famille impriale._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions de l'tat, empereur
des Franais et roi d'Italie,  tous prsens et  venir, salut:

L'article 14 de l'acte des constitutions du 28 floral an 12, porte que
nous tablirons par des statuts auxquels nos successeurs seront tenus
de se conformer, les devoirs des individus de tout sexe, membres de
la maison impriale, envers l'empereur. Pour nous acquitter de cette
importante obligation, nous avons considr dans son objet et dans ses
consquences la disposition dont il s'agit, et nous avons pes les
principes sur lesquels doit reposer le statut constitutionnel qui
formera la loi de notre famille. L'tat des princes appels  rgner sur
ce vaste empire et  le fortifier par des alliances, ne saurait tre
absolument le mme que celui des autres Franais. Leur naissance, leur
mariage, leur dcs, les adoptions qu'ils pourraient faire, intressent
la nation toute entire, et influent plus ou moins sur ses destines;
comme tout ce qui concerne l'existence sociale de ces principes
appartient plus au droit politique qu'au droit civil, les dispositions
de celui-ci ne peuvent leur tre appliques qu'avec les modifications
dtermines par la raison d'tat; et si cette raison d'tat leur impose
des obligations dont les simples citoyens sont affranchis, ils doivent
les considrer comme une consquence ncessaire de cette haute dignit
 laquelle ils sont levs, et qui les dvoue sans rserve aux grands
intrts de la patrie et  la gloire de notre maison. Des actes aussi
importans que ceux qui constatent l'tat civil de la maison impriale,
doivent tre reus dans les formes les plus solennelles; la dignit du
trne l'exige, et il faut d'ailleurs rendre toute surprise impossible.

En consquence, nous avons jug convenable de confier  notre cousin
l'archi-chancelier de l'empire, le droit de remplir exclusivement,
par rapport  nous et aux princes et princesses de notre maison, les
fonctions attribues par les lois aux officiers de l'tat civil. Nous
avons aussi commis  l'archi-chancelier le soin de recevoir le testament
de l'empereur et le statut qui fixera le douaire de l'impratrice. Ces
actes, ainsi que ceux de l'tat civil, tiennent de si prs  la maison
impriale et  l'ordre politique, qu'il est impossible de leur appliquer
exclusivement les formes ordinairement employes pour les contrats et
pour les dispositions de dernire volont.

Aprs avoir rgl l'tat des princes et princesses de notre sang, notre
sollicitude devait se porter sur l'ducation de leurs enfans; rien de
plus important que d'carter d'eux, de bonne heure, les flatteurs qui
tenteraient de les corrompre; les ambitieux qui, par des complaisances
coupables, pourraient capter leur confiance, et prparer  la nation des
souverains faibles, sous le nom desquels ils se promettraient un jour de
rgner. Le choix des personnes charges de l'ducation des enfans des
princes et princesses de la maison impriale doit donc tre rserv 
l'empereur. Nous avons ensuite considr les princes et princesses dans
les actions communes de la vie. Trop souvent la conduite des princes a
troubl le repos des peuples, et produit des dchiremens dans l'tat.
Nous devons armer les empereurs qui rgneront aprs nous, de tout le
pouvoir ncessaire pour prvenir ces malheurs dans leur cause loigne,
pour les arrter dans leurs progrs, pour les touffer lorsqu'ils
clatent. Nous avons aussi pens que les princes de l'empire, titulaires
des grandes dignits, tant appels par leurs minentes prrogatives
 servir d'exemple au reste de nos sujets, leur conduite devait, 
plusieurs gards, tre l'objet de notre particulire sollicitude. Tant
de prcautions seraient sans doute inutiles, si les souverains qui sont
destins  s'asseoir un jour sur le trne imprial, avaient, comme nous,
l'avantage de ne voir autour d'eux que des parens dvous  leur service
et au bonheur des peuples, que des grands, distingus par un attachement
inviolable  leur personne; mais notre prvoyance doit se porter sur
d'autres temps, et notre amour pour la patrie nous presse d'assurer,
s'il se peut, aux Franais, pour une longue suite de sicles, l'tat de
gloire et de prosprit o, avec l'aide de Dieu, nous sommes parvenu 
les placer.

A ces causes, nous avons dcrt et dcrtons le prsent statut, auquel,
en excution de l'article 14 de l'acte des constitutions de l'empire, du
28 floral an 12, nos successeurs seront tenus de se conformer.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.

_Acte imprial_.

Les intrts de notre peuple, l'honneur de notre couronne, et la
tranquillit du continent de l'Europe, voulant que nous assurions d'une
manire stable et dfinitive le sort des peuples de Naples et de Sicile
tombs en notre pouvoir par le droit de conqute, et faisant d'ailleurs
partie du grand empire, nous avons dclar et dclarons par les
prsentes, reconnatre pour roi de Naples et de Sicile, notre frre bien
aim Joseph Napolon, grand-lecteur de France. Cette couronne sera
hrditaire par ordre de primogniture dans sa descendance masculine,
lgitime et naturelle. Venant  s'teindre, ce que Dieu ne veuille, sa
dite descendance, nous prtendons y appeler nos enfans mles, lgitimes
et naturels, par ordre de primogniture, et  dfaut de nos enfans
mles, lgitimes et naturels, ceux de notre frre Louis et de
sa descendance masculine, lgitime et naturelle, par ordre de
primogniture; nous rservant, si notre frre Joseph Napolon venait
 mourir de notre vivant, sans laisser d'enfans mles, lgitimes et
naturels, le droit de dsigner, pour succder  ladite couronne, un
prince de notre maison, ou mme d'y appeler un enfant adoptif, selon
que nous le jugerons convenable pour l'intrt de nos peuples et pour
l'avantage du grand systme que la divine Providence nous a destin 
fonder.

Nous instituons dans ledit royaume de Naples et de Sicile six grands
fiefs de l'empire, avec le titre de duch et les mmes avantages et
prrogatives que ceux qui sont institus dans les provinces vnitiennes
runies  notre couronne d'Italie, pour tre, lesdits duchs, grands
fiefs de l'empire,  perptuit, et le cas chant,  notre nomination
et  celle de nos successeurs. Tous les dtails de la formation desdits
fiefs sont remis aux soins de notre dit frre Joseph Napolon.

Nous nous rservons sur ledit royaume de Naples et de Sicile, la
disposition d'un million de rentes pour tre distribu aux gnraux,
officiers et soldats de notre arme qui ont rendu le plus de services
 la patrie et au trne, et que nous dsignerons  cet effet, sous
la condition expresse de ne pouvoir, lesdits gnraux, officiers ou
soldats, avant l'expiration de dix annes, vendre ou aliner lesdites
rentes qu'avec notre autorisation.

Le roi de Naples sera  perptuit grand dignitaire de l'empire, sous
le titre de grand-lecteur; nous rservant toutefois, lorsque nous le
jugerons convenable, de crer la dignit de prince vice-grand-lecteur.

Nous entendons que la couronne de Naples et de Sicile, que nous plaons
sur la tte de notre frre Joseph Napolon et de ses descendans,
ne porte atteinte en aucune manire que ce soit  leurs droits de
succession au trne de France. Mais il est galement dans notre volont
que les couronnes, soit de France, soit d'Italie, soit de Naples et de
Sicile, ne puissent jamais tre runies sur la mme tte.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.

_Acte imprial._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais et roi d'Italie,  tous prsens et  venir, salut:

La principaut de Guastalla tant  notre disposition, nous en avons
dispos, comme nous en disposons par les prsentes, en faveur de la
princesse Pauline, notre bien-aime soeur, pour en jouir, en toute
proprit et souverainet, sous le titre de princesse et duchesse de
Guastalla.

Nous entendons que le prince Borghse, son poux, porte le titre de
prince et duc de Guastalla; que cette principaut soit transmise,
par ordre de primogniture,  la descendance masculine, lgitime et
naturelle de notre soeur Pauline; et,  dfaut de ladite descendance
masculine, lgitime et naturelle, nous nous rservons de disposer de la
principaut de Guastalla,  notre choix, et ainsi que nous le jugerons
convenable pour le bien de nos peuples, et pour l'intrt de notre
couronne.

Nous entendons toutefois que le cas arrivant o ledit prince Borghse
survivrait  son pouse, notre soeur, la princesse Pauline, il ne cesse
pas de jouir personnellement et sa vie durant, de ladite principaut.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.

_Acte imprial._

Voulant donner  notre cousin le marchal Berthier, notre grand-veneur
et notre ministre de la guerre, un tmoignage de notre bienveillance
pour l'attachement qu'il nous a montr, et la fidlit et le talent
avec lesquels il nous a constamment servi, nous avons rsolu de lui
transfrer, comme en effet, nous lui transfrons par les prsentes, la
principaut de Neufchtel avec le titre de prince et duc de Neufchtel,
pour la possder en toute proprit et souverainet, telle qu'elle nous
a t cde par S.M. le roi de Prusse. Nous entendons qu'il transmettra
ladite principaut  ses enfans mles, lgitimes et naturels, par ordre
de primogniture, nous rservant, si sa descendance masculine lgitime
et naturelle venait  s'teindre, ce que Dieu ne veuille, de transmettre
ladite principaut aux mmes titres et charges,  notre choix, et ainsi
que nous le croirons convenable pour le bien de nos peuples et l'intrt
de notre couronne. Notre cousin le marchal Berthier prtera en nos
mains, et en sa dite qualit de prince et duc de Neufchtel, le serment
de nous servir en bon et loyal sujet. Le mme serment sera prt
 chaque vacance par ses successeurs. Nous ne doutons pas qu'ils
n'hritent de ses sentimens pour nous, et qu'ils nous portent, ainsi
qu' nos descendans, le mme attachement et la mme fidlit. Nos
peuples de Neufchtel mriteront, par leur obissance envers leur
nouveau souverain, la protection spciale qu'il est dans notre intention
de leur accorder constamment.

NAPOLON.



Paris, le 21 avril 1806.

_Copie d'une note remise par Napolon, lui-mme,  M. Talleyrand,
ministre des relations extrieures._

Faire un nouvel tat au nord de l'Allemagne, qui soit dans les intrts
de la France; qui garantisse la Hollande et la Flandre contre la Prusse,
et l'Europe contre la Russie.

Le noyau serait le duch de Berg, le duch de Clves, Hesse-Darmstadt,
etc., etc.: chercher, en outre, dans les entours tout ce qui pourrait y
tre incorpor, pour pouvoir former un million ou douze cent mille mes.

Y joindre, si l'on veut, le Hanovre.

Y joindre, dans la perspective, Hambourg, Bremen, Lubeck.

Donner la statistique de ce nouvel tat.

Cela fait, considrer l'Allemagne comme divise en huit tats: Bavire,
Bade, Wurtemberg, et le nouvel tat; ces quatre, dans les intrts de la
France.

L'Autriche, la Prusse, la Saxe, Hesse-Cassel, dans les quatre autres.

D'aprs cette division, supposez qu'on dtruise la constitution
germanique, et qu'on annule, au profit des huit grands tats, les
petites souverainets, il faut faire un calcul statistique pour savoir
si les quatre tats qui sont dans les intrts de la France perdront ou
gagneront plus  cette destruction, que les quatre tats qui n'y sont
pas.

Un rapport sur ces deux objets, dimanche matin.

NAPOLON.

_Nota._ Le dimanche tait le 23 d'avril.



Paris, le 5 juin 1806.

_Rponse de l'empereur  un discours de l'ambassadeur de la
Porte-Ottomane._

Monsieur l'ambassadeur, votre mission m'est agrable. Les assurances que
vous me donnez des sentimens du sultan Slim, votre matre, vont  mon
coeur. Un des plus grands, des plus prcieux avantages que je veux
retirer des succs qu'ont obtenus mes armes, c'est de soutenir et
d'aider le plus utile comme le plus ancien de mes allis. Je me plais 
vous en donner publiquement et solennellement l'assurance. Tout ce
qui arrivera d'heureux ou de malheureux aux Ottomans, sera heureux ou
malheureux pour la France. Monsieur l'ambassadeur, transmettez ces
paroles au sultan Slim; qu'il s'en souvienne toutes les fois que mes
ennemis, qui sont aussi les siens, voudront arriver jusqu' lui. Il ne
peut jamais rien avoir  craindre de moi; uni avec moi, il n'aura jamais
 redouter la puissance d'aucun de ses ennemis.



Paris, le 5 juin 1806.

_Rponse de l'empereur  une dputation du corps lgislatif hollandais._

Messieurs les reprsentans du peuple batave,

J'ai toujours regard comme le premier intrt de ma couronne de
protger votre patrie. Toutes les fois que j'ai d intervenir dans vos
affaires intrieures, j'ai d'abord t frapp des inconvniens attachs
 la forme incertaine de votre gouvernement. Gouverns par une assemble
populaire, elle et t influence par les intrigues, et agite par les
puissances voisines. Gouverns par une magistrature lective, tous les
renouvellemens de cette magistrature eussent t des momens de crise
pour l'Europe, et le signal de nouvelles guerres maritimes. Tous
ces inconvniens ne pouvaient tre pars que par un gouvernement
hrditaire. Je l'ai appel dans votre patrie par mes conseils, lors
de l'tablissement de votre dernire constitution; et l'offre que vous
faites de la couronne de Hollande au prince Louis, est conforme aux
vrais intrts de votre patrie, aux miens, et propre  assurer le repos
gnral de l'Europe. La France a t assez gnreuse pour renoncer 
tous les droits que les vnemens de la guerre lui avaient donns sur
vous; mais je ne pouvais confier les places fortes qui couvrent ma
frontire du Nord  la garde d'une main infidle, ou mme douteuse.

Messieurs les reprsentans du peuple batave, j'adhre au voeu de
LL.HH.PP. Je proclame roi de Hollande le prince Louis. Vous, prince,
rgnez sur ces peuples; leurs pres n'acquirent leur indpendance que
par les secours constans de la France. Depuis, la Hollande fut l'allie
de l'Angleterre; elle fut conquise; elle dut encore  la France son
existence. Qu'elle vous doive donc des rois qui protgent ses liberts,
ses lois et sa religion. Mais ne cessez jamais d'tre Franais. La
dignit de conntable de l'empire sera possde par vous et vos
descendans: elle vous retracera les devoirs que vous avez  remplir
envers moi, et l'importance que j'attache  la garde des places fortes
qui garantissent le nord de mes tats, et que je vous confie. Prince,
entretenez parmi vos troupes cet esprit que je leur ai vu sur les champs
de bataille. Entretenez dans vos nouveaux sujets des sentimens d'union
et d'amour pour la France. Soyez l'effroi des mchans et le pre des
bons: c'est le caractre des grands rois.

NAPOLON.



Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Nous chargeons notre cousin l'archichancelier de l'empire de vous faire
connatre, qu'adhrant au voeu de leurs hautes puissances, nous avons
proclam le prince Louis Napolon, notre bien aim frre, roi de
Hollande, pour ladite couronne tre hrditaire en toute souverainet,
par ordre de primogniture, dans sa descendance naturelle, lgitime et
masculine; notre intention tant en mme temps que le roi de Hollande et
ses descendans conservent la dignit de conntable de l'empire. Notre
dtermination dans cette circonstance nous a paru conforme aux intrts
de nos peuples. Sous le point de vue militaire, la Hollande possdant
toutes les places fortes qui garantissent notre frontire du Nord, il
importait  la sret de nos tats que la garde en ft confie  des
personnes sur l'attachement desquelles nous ne pussions concevoir aucun
doute. Sous le point de vue commercial, la Hollande tant situe 
l'embouchure des grandes rivires qui arrosent une partie considrable
de notre territoire, il fallait que nous eussions la garantie que le
trait de commerce que nous conclurons avec elle serait fidlement
excut, afin de concilier les intrts de nos manufactures et de notre
commerce avec ceux du commerce de ces peuples. Enfin, la Hollande est le
premier intrt politique de la France. Une magistrature lective aurait
eu l'inconvnient de livrer frquemment ce pays aux intrigues de nos
ennemis, et chaque lection serait devenue le signal d'une guerre
nouvelle.

Le prince Louis, n'tant anim d'aucune ambition personnelle, nous a
donn une preuve de l'amour qu'il nous porte, et de son estime pour les
peuples de Hollande, en acceptant un trne qui lui impose de si grandes
obligations.

L'archichancelier de l'empire d'Allemagne, lecteur de Ratisbonne et
primat de Germanie, nous ayant fait connatre que son intention tait
de se donner un coadjuteur, et que, d'accord avec ses ministres et les
principaux membres de son chapitre, il avait pens qu'il tait du bien
de la religion et de l'empire germanique qu'il nommt  cette place
notre oncle et cousin le cardinal Fesch, notre grand aumnier et
archevque de Lyon, nous avons accept ladite nomination au nom dudit
cardinal. Si cette dtermination de l'lecteur archichancelier de
l'empire germanique est utile  l'Allemagne, elle n'est pas moins
conforme  la politique de la France.

Ainsi, le service de la patrie appelle loin de nous nos frres et nos
enfans; mais le bonheur et les prosprits de nos peuples composent
aussi nos plus chres affections.

NAPOLON.



Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.

_Message au snat conservateur._

Snateurs, les duchs de Bnvent et de Ponte-Corvo taient un sujet
de litige entre le roi de Naples et la cour de Rome: nous avons jug
convenable de mettre un terme  ces difficults, en rigeant ces duchs
en fiefs immdiats de notre empire. Nous avons saisi cette occasion
de rcompenser les services qui nous ont t rendus par notre grand
chambellan et ministre des relations extrieures, Talleyrand, et par
notre cousin le marchal de l'empire, Bernadotte. Nous n'entendons pas
cependant, par ces dispositions, porter aucune atteinte aux droits
du roi de Naples et de la cour de Rome, notre intention tant de les
indemniser l'un et l'autre. Par cette mesure, ces deux gouvernemens,
sans prouver aucune perte, verront disparatre les causes de
msintelligence qui, en diffrens temps, ont compromis leur
tranquillit, et qui, encore aujourd'hui, sont un sujet d'inquitude
pour l'un et pour l'autre de ces tats, et surtout pour le royaume de
Naples, dans le territoire duquel ces deux principauts se trouvent
enclaves.

NAPOLON.



Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.

_Acte imprial._

Voulant donner  notre grand-chambellan et ministre des relations
extrieures, Talleyrand, un tmoignage de notre bienveillance pour les
services qu'il a rendus  notre couronne, nous avons rsolu de lui
transfrer, comme en effet nous lui transfrons par les prsentes la
principaut de Bnvent, avec le titre de prince et duc de Bnvent,
pour la possder en toute proprit et souverainet, et comme fief
immdiat de notre couronne.

Nous entendons qu'il transmettra ladite principaut  ses enfans mles,
lgitimes et naturels, par ordre de primogniture, nous rservant, si sa
descendance masculine, naturelle et lgitime venait  s'teindre, ce que
Dieu ne veuille, de transmettre ladite principaut, aux mmes titres et
charges,  notre choix et ainsi que nous le croirons convenable pour le
bien de nos peuples et l'intrt de notre couronne.

Notre grand chambellan et ministre des relations extrieures,
Talleyrand, prtera en nos mains, et en sa dite qualit de prince et duc
de Bnvent, le serment de nous servir en bon et loyal sujet. Le mme
serment sera prt  chaque vacance par ses successeurs.

NAPOLON.



Au palais de Saint-Cloud, le 11 septembre 1806.

_A.S.A.E. le prince primat._

Mon frre!

Les formes de nos communications en ma qualit de protecteur, avec les
souverains runis en congrs  Francfort, n'tant pas encore termines,
nous avons pens qu'il n'en tait aucune qui ft plus convenable que
d'adresser la prsente  votre A. Em., afin qu'elle en fasse part aux
deux collges. En effet, quel organe pouvions-nous plus naturellement
choisir, que celui d'un prince  la sagesse duquel a t confi le soin
de prparer le premier statut fondamental? Nous aurions attendu que
ce statut et t arrt par le congrs, et nous et t donn en
communication, s'il ne devait pas contenir des dispositions qui nous
regardent personnellement. Cela seul a d nous porter  prendre
nous-mme l'initiative pour soumettre nos sentimens et nos rflexions 
la sagesse des princes confdrs.

Lorsque nous avons accept le titre de protecteur de la confdration du
Rhin, nous n'avons eu en vue que d'tablir en droit ce qui existait de
fait depuis plusieurs sicles. En l'acceptant, nous avons contract la
double obligation de garantir le territoire de la confdration contre
les troupes trangres et le territoire de chaque confdr contre
les entreprises des autres. Ces observations, toutes conservatrices,
plaisent  notre coeur; elles sont conformes  ces sentimens de
bienveillance et d'amiti dont nous n'avons cess, dans toutes les
circonstances, de donner des preuves aux membres de la confdration.
Mais l se bornent nos devoirs envers eux. Nous n'entendons en rien nous
arroger la portion de souverainet qu'exerait l'empereur d'Allemagne
comme suzerain. Le gouvernement des peuples que la providence nous a
confi, occupant tous nos momens, nous ne saurions voir crotre nos
obligations sans en tre alarm. Comme nous ne voulons pas qu'on puisse
nous attribuer le bien que les souverains font dans leurs tats, nous ne
voulons pas non plus qu'on nous impute les maux que la vicissitude des
choses humaines peut y introduire. Les affaires intrieures de chaque
tat ne nous regardent pas. Les princes de la confdration du Rhin sont
les souverains qui n'ont point de suzerain. Nous les avons reconnus
comme tels. Les discussions qu'ils pourraient avoir avec leurs sujets,
ne peuvent donc tre portes  un tribunal tranger? La dite est
le tribunal politique, conservateur de la paix entre les diffrens
souverains qui composent la confdration. Ayant reconnu tous les autres
princes qui formaient le corps germanique, comme souverains indpendans,
nous ne pouvons reconnatre qui que ce soit comme leur suzerain. Ce
ne sont point des rapports de suzerainet qui nous lient  la
confdration, mais des rapports de simple protection. Plus puissant que
les princes confdrs, nous voulons jouir de la supriorit de notre
puissance, non pour restreindre leurs droits de suzerainet, mais pour
leur en garantir la plnitude.

Sur ce, nous prions Dieu, mon frre, qu'il vous ait en sa sainte et
digne garde.

NAPOLON.



Au palais de Saint-Cloud, le 21 septembre 1806.

_A.S.M. le roi de Bavire._

Monsieur mon frre!

Il y a plus d'un mois que la Prusse arme, et il est connu de tout le
monde qu'elle arme contre la France et contre la confdration du Rhin.
Nous cherchons les motifs sans pouvoir les pntrer. Les lettres que
S. M. prussienne nous crit sont amicales; son ministre des affaires
trangres a notifi,  notre envoy extraordinaire et ministre
plnipotentiaire, qu'elle reconnaissait la confdration du Rhin, et
qu'elle n'avait rien  objecter contre les arrangemens faits dans le
midi de l'Allemagne.

Les armemens de la Prusse sont-ils le rsultat d'une coalition avec la
Russie, ou seulement des intrigues des diffrens partis qui existent 
Berlin, et de l'irrflexion, du cabinet? Ont-ils pour objet de forcer la
Hesse, la Saxe et les villes ansatiques  contracter des liens que ces
deux dernires puissances paraissent ne pas vouloir former? La Prusse
voudrait-elle nous obliger nous-mme  nous dpartir de la dclaration
que nous avons faite, que les villes ansatiques ne pourront entrer dans
aucune confdration particulire; dclaration fonde sur l'intrt
du commerce de la France et du midi de l'Allemagne, et sur ce que
l'Angleterre nous a fait connatre que tout changement dans la situation
prsente des villes ansatiques, serait un obstacle de plus  la paix
gnrale? Nous avons aussi dclar que les princes de la confdration
germanique, qui n'taient point compris dans la confdration du Rhin,
devaient tre matres de ne consulter que leurs intrts et leurs
convenances, qu'ils devaient se regarder comme parfaitement libres, que
nous ne ferions rien pour qu'ils entrassent dans la confdration du
Rhin, mais que nous ne souffririons pas que qui que ce ft les fort
de faire ce qui serait contraire  leur volont,  leur politique, aux
intrts de leurs peuples. Cette dclaration si juste aurait-elle bless
le cabinet de Berlin, et voudrait-il nous obliger  la rtracter! Entre
tous ces motifs, quel peut tre le vritable? Nous ne saurions le
deviner, et l'avenir seul pourra rvler le secret d'une conduite aussi
trange qu'elle tait inattendue. Nous avons t un mois sans y faire
attention. Notre impassibilit n'a fait qu'enhardir tous les brouillons
qui veulent prcipiter la cour de Berlin dans la lutte la plus
inconsidre.

Toutefois, les armemens de la Prusse ont amen le cas prvu par l'un des
articles du trait du 12 juillet, et nous croyons ncessaire que tous
les souverains qui composent la confdration du Rhin, arment pour
dfendre ses intrts, pour garantir son territoire et en maintenir
l'inviolabilit. Au lieu de 200,000 hommes que la France est oblige de
fournir, elle en fournira 300,000, et nous venons d'ordonner que les
troupes ncessaires pour complter ce nombre, soient transportes en
poste sur le Bas-Rhin; les troupes de V. M. tant toujours restes sur
le pied de guerre, nous invitons V. M.  ordonner qu'elles soient mises,
sans dlai, en tat de marche avec leurs quipages de campagne, et de
concourir  la dfense de la cause commune, dont le succs, nous avons
lieu de le croire, rpondra  sa justice, si toutefois, contre nos
dsirs et contre nos esprances, la Prusse nous met dans la ncessit de
repousser la force par la force.

Sur ce, nous prions Dieu, mon frre, qu'il vous ait en sa sainte et
digne garde.

NAPOLON.



Au quartier imprial de Bamberg, le 6 octobre 1806.

_Proclamation  la grande arme._

Soldats,

L'ordre pour votre rentre en France tait parti; vous vous en tiez
dj rapprochs de plusieurs marches. Des ftes triomphales vous
attendaient, et les prparatifs pour vous recevoir taient commencs
dans la capitale.

Mais, lorsque nous nous abandonnions  cette trop confiante scurit,
de nouvelles trames s'ourdissaient sous le masque de l'amiti et de
l'alliance. Des cris de guerre se sont fait entendre  Berlin; depuis
deux mois nous sommes provoqus tous les jours davantage.

La mme faction, le mme esprit de vertige qui,  la faveur de nos
dissensions intestines, conduisit, il y a quatorze ans, les Prussiens au
milieu des plaines de la Champagne, domine dans leurs conseils. Si ce
n'est plus Paris qu'ils veulent brler et renverser jusque dans ses
fondemens, c'est, aujourd'hui, leurs drapeaux qu'ils se vantent de
planter dans les capitales de nos allis; c'est la Saxe qu'ils veulent
obliger  renoncer, par une transaction honteuse,  son indpendance,
en la rangeant au nombre de leurs provinces; c'est enfin vos lauriers
qu'ils veulent arracher de votre front. Ils veulent que nous vacuions
l'Allemagne  l'aspect de leur arme! les insenss!!! Qu'ils sachent
donc qu'il serait mille fois plus facile de dtruire la grande capitale
que de fltrir l'honneur des enfans du grand-peuple et de ses allis.
Leurs projets furent confondus alors; ils trouvrent dans les plaines
de la Champagne la dfaite, la mort et la honte: mais les leons de
l'exprience s'effacent, et il est des hommes chez lesquels le sentiment
de la haine et de la jalousie ne meurt jamais.

Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un
autre chemin que par celui de l'honneur. Nous ne devons y rentrer que
sous des arcs de triomphe.

Eh quoi! aurions-nous donc brav les saisons, les mers, les dserts;
vaincu l'Europe plusieurs fois coalise contre nous; port notre gloire
de l'orient  l'occident, pour retourner aujourd'hui dans notre patrie
comme des transfuges, aprs avoir abandonn nos allis, et pour entendre
dire que l'aigle franaise a fui pouvante  l'aspect des armes
prussiennes... Mais dj ils sont arrivs sur nos avant-postes...

Marchons donc, puisque la modration n'a pu les faire sortir de cette
tonnante ivresse. Que l'arme prussienne prouve le mme sort qu'elle
prouva il y a quatorze ans! qu'ils apprennent que s'il est facile
d'acqurir un accroissement de domaines et de puissance avec l'amiti du
grand-peuple, son inimiti (qu'on ne peut provoquer que par l'abandon de
tout esprit de sagesse et de raison) est plus terrible que les temptes
de l'Ocan.

NAPOLON.



Au quartier imprial de Bamberg, le 7 octobre 1806.

_Au snat conservateur._

Snateurs,

Nous avons quitt notre capitale, pour nous rendre au milieu de notre
arme d'Allemagne, ds l'instant que nous avons su avec certitude
qu'elle tait menace sur ses flancs par des mouvemens inopins. A
peine arriv sur les frontires de nos tats, nous avons eu lieu de
reconnatre combien notre prsence y tait ncessaire, et de nous
applaudir des mesures dfensives que nous avons prises avant de quitter
le centre de notre empire. Dj les armes prussiennes, portes au grand
complet de guerre, s'taient branles de toutes parts; elles avaient
dpass leurs frontires, la Saxe tait envahie, et le sage prince qui
gouverne tait forc d'agir contre sa volont, contre l'intrt de ses
peuples. Les armes prussiennes taient arrives devant les cantonnemens
de nos troupes. Des provocations de toutes espces, et mmes des voies
de fait avaient signal l'esprit de haine qui animait nos ennemis, et
la modration de nos soldats, qui, tranquilles  l'aspect de tous ces
mouvemens, tonns seulement de ne recevoir aucun ordre, se reposaient
dans la double confiance que donnent le courage et le bon droit. Notre
premier devoir a t de passer le Rhin nous-mme, de former nos camps,
et de faire entendre le cri de guerre. Il a retenti au coeur de tous
nos guerriers. Des marches combines et rapides les ont ports en un
clin-d'oeil au lieu que nous leur avons indiqu. Tous nos camps sont
forms; nous allons marcher contre les armes prussiennes, et repousser
la force par la force. Toutefois, nous osons le dire, notre coeur est
pniblement affect de cette prpondrance constante qu'obtient en
Europe le gnie du mal, occup sans cesse  traverser les desseins que
nous formons pour la tranquillit de l'Europe, le repos et le bonheur de
la gnration prsente, assigeant tous les cabinets par tous les genres
de sductions, et garant ceux qu'il n'a pu corrompre, les aveuglant sur
leurs vritables intrts, et les lanant au milieu des partis, sans
autre guide que les passions qu'il a su inspirer. Le cabinet de Berlin
lui-mme n'a point choisi avec dlibration le parti qu'il prend; il y
a t jet avec art et une malicieuse adresse. Le roi s'est trouv
tout--coup  cent lieues de sa capitale, aux frontires de la
confdration du Rhin, au milieu de son arme et vis--vis des troupes
franaises disperses dans leurs cantonnemens, et qui croyaient devoir
compter sur les liens qui unissaient les deux tats, et sur les
protestations prodigues en toutes circonstances par la cour de Berlin.
Dans une guerre aussi juste, o nous ne prenons les armes que pour
nous dfendre, que nous n'avons provoque par aucun acte, par aucune
prtention, et dont il nous serait impossible d'assigner la vritable
cause, nous comptons entirement sur l'appui des lois et sur celui des
peuples, que les circonstances appellent  nous donner de nouvelles
preuves de leur dvouement et de leur courage. De notre ct, aucun
sacrifice personnel ne nous sera pnible, aucun danger ne nous arrtera,
toutes les fois qu'il s'agira d'assurer les droits, l'honneur et la
prosprit de nos peuples.

Donn en notre quartier-imprial de Bamberg, le 7 octobre 1806.

NAPOLON.



Bamberg, le 8 octobre 1806.

_Premier bulletin de la grande arme._

La paix avec la Russie, conclue et signe le 20 juillet, des
ngociations avec l'Angleterre, entames et presque conduites  leur
maturit, avaient port l'alarme  Berlin. Les bruits vagues qui se
multiplirent, et la conscience des torts de ce cabinet envers toutes
les puissances qu'il avait successivement trahis, le portrent  ajouter
croyance aux bruits rpandus qu'un des articles secrets du trait conclu
avec la Russie, donnait la Pologne au prince Constantin, avec le titre
de roi; la Silsie  l'Autriche, en change de la portion autrichienne
de la Pologne, et le Hanovre  l'Angleterre. Il se persuada enfin que
ces trois puissances taient d'accord avec la France, et que de cet
accord rsultait un danger imminent pour la Prusse.

Les torts de la Prusse envers la France remontaient  des poques fort
loignes. La premire, elle avait arm pour profiter de nos dissensions
intestines. On la vit ensuite courir aux armes au moment de l'invasion
du duc d'Yorck en Hollande; et, lors des vnemens de la guerre,
quoiqu'elle n'et aucun motif de mcontentement contre la France, elle
arma de nouveau, et signa, le 1er octobre 1805, ce fameux trait de
Potsdam, qui fut, un mois aprs, remplac par le trait de Vienne.

Elle avait des torts envers la Russie, qui ne peut oublier l'inexcution
du trait de Potsdam et la conclusion subsquente du trait de Vienne.

Ses torts envers l'empereur d'Allemagne et le corps germanique, plus
nombreux et plus anciens, ont t connus de tous les temps. Elle se tint
toujours en opposition avec la dite. Quand le corps germanique tait
en guerre, elle tait en paix avec ses ennemis. Jamais ses traits
avec l'Autriche ne recevaient d'excution, et sa constante tude tait
d'exciter les puissances au combat, afin de pouvoir, au moment de la
paix, venir recueillir les fruits de son adresse et de leurs succs.

Ceux qui supposeraient que tant de versatilit tient  un dfaut de
moralit de la part du prince, seraient dans une grande erreur. Depuis
quinze ans, la cour de Berlin est une arne o les partis se combattent
et triomphent tour  tour; l'un veut la guerre, et l'autre veut la paix.
Le moindre vnement politique, le plus lger incident donne l'avantage
 l'un ou  l'autre, et le roi, au milieu de ce mouvement des passions
opposes, au sein de ce ddale d'intrigues, flotte incertain sans cesser
un moment d'tre honnte homme.

Le 11 aot, un courrier de M. le marquis de Lucchesini arriva  Berlin,
et y porta, dans les termes les plus positifs, l'assurance de ces
prtendues dispositions par lesquelles la France et la Russie seraient
convenues, par le trait du 20 juillet, de rtablir le royaume de
Pologne, et d'enlever la Silsie  la Prusse. Les partisans de la guerre
s'enflammrent aussitt; ils firent violence aux sentimens personnels du
roi; quarante courriers partirent dans une seule nuit, et l'on courut
aux armes.

La nouvelle de cette explosion soudaine parvint  Paris le 20 du
mme mois. On plaignit un alli si cruellement abus; on lui donna
sur-le-champ des explications, des assurances prcises, et comme une
erreur manifeste tait le seul motif de ces armemens imprvus, on espra
que la rflexion calmerait une effervescence aussi peu motive.

Cependant le trait sign  Paris, ne fut pas ratifi 
Saint-Ptersbourg, et des renseignemens de toute espce ne tardrent pas
 faire connatre  la Prusse, que M. le marquis de Lucchesini avait
puis ses renseignemens dans les runions les plus suspectes de la
capitale, et parmi les hommes d'intrigues qui composaient sa socit
habituelle. En consquence il fut rappel, on annona pour lui succder
M. le baron de Knobelsdorff, homme d'un caractre plein de droiture et
de franchise, et d'une moralit parfaite.

Cet envoy extraordinaire arriva bientt  Paris, porteur d'une lettre
du roi de Prusse, date du 23 aot.

Cette lettre tait remplie d'expressions obligeantes et de dclarations
pacifiques, et l'empereur y rpondit d'une manire franche et
rassurante.

Le lendemain du jour o partit le courrier porteur de cette rponse, on
apprit que des chansons outrageantes pour la France avaient t
chantes sur le thtre de Berlin; qu'aussitt aprs le dpart de M. de
Knobelsdorff les armemens avaient redoubl, et que, quoique les hommes
demeurs de sang-froid eussent rougi de ces fausses alarmes, le parti
de la guerre soufflant la discorde de tous cts, avait si bien exalt
toutes les ttes que le roi se trouvait dans l'impuissance de rsister
au torrent.

On commena ds-lors  comprendre  Paris, que le parti de la paix ayant
lui-mme t alarm par des assurances mensongres et des apparences
trompeuses, avait perdu tous ses avantages, tandis que le parti de la
guerre mettant  profit l'erreur dans laquelle ses adversaires s'taient
laiss entraner, avait ajout provocation  provocation, et accumul
insulte sur insulte, et que les choses taient arrives  un tel point,
qu'on ne pourrait sortir de cette situation que par la guerre.

L'empereur vit alors que telle tait la force des circonstances, qu'il
ne pouvait viter de prendre les armes contre son alli. Il ordonna ses
prparatifs.

Tout marchait  Berlin avec une grande rapidit: les troupes prussiennes
entrrent en Saxe, arrivrent sur les frontires de la confdration, et
insultrent les avant-postes.

Le 24 septembre, la garde impriale partit de Paris pour Bamberg, o
elle est arrive le 6 octobre. Les ordres furent expdis pour l'arme,
et tout se mit en mouvement.

Ce fut le 25 septembre que l'empereur quitta Paris; le 28 il tait 
Mayence, le 2 octobre  Wurtzbourg, et le 6  Bamberg.

Le mme jour, deux coups de carabine furent tirs par les hussards
prussiens sur un officier de l'tat-major franais. Les deux armes
pouvaient se considrer comme en prsence.

Le 7, S. M. l'empereur reut un courrier de Mayence, dpch par le
prince de Bnvent, qui tait porteur de deux dpches importantes:
l'une tait une lettre du roi de Prusse, d'une vingtaine de pages, qui
n'tait rellement qu'un mauvais pamphlet contre la France, dans le
genre de ceux que le cabinet anglais fait faire par ses crivains  cinq
cents livres sterling par an. L'Empereur n'en acheva point la lecture,
et dit aux personnes qui l'entouraient: Je plains mon frre le roi
de Prusse, il n'entend pas le franais, il n'a srement pas lu
cette rapsodie. A cette lettre tait jointe la clbre note de M.
Knobelsdorff. Marchal, dit l'Empereur au marchal Berthier, on nous
donne un rendez-vous d'honneur pour le 8; jamais un Franais n'y a
manqu; mais comme on dit qu'il y a une belle reine qui veut tre tmoin
des combats, soyons courtois, et marchons, sans nous coucher, pour la
Saxe. L'empereur avait raison de parler ainsi, car la reine de Prusse
est  l'arme, habille en amazone, portant l'uniforme de son rgiment
de dragons, crivant vingt lettres par jour pour exciter de toute part
l'incendie. Il semble voir Armide dans son garement, mettant le feu 
son propre palais; aprs elle le prince Louis de Prusse, jeune prince
plein de bravoure et de courage, excit par le parti, croit trouver une
grande renomme dans les vicissitudes de la guerre. A l'exemple de ces
deux grands personnages, toute la cour crie  la guerre; mais quand
la guerre se sera prsente, avec toutes ses horreurs, tout le monde
s'excusera d'avoir t coupable, et d'avoir attir la foudre sur
les provinces paisibles du Nord; alors par une suite naturelle des
inconsquences des gens de cour, ou verra les auteurs de la guerre, non
seulement la trouver insense, s'excuser de l'avoir provoque, et dire
qu'ils la voulaient, mais dans un autre temps; mais mme en faire
retomber le blme sur le roi, honnte homme, qu'ils ont rendu la dupe de
leurs intrigues et de leurs artifices.

Voici la disposition de l'arme franaise:

L'arme doit se mettre en marche par trois dbouchs.

La droite, compose des corps des marchaux Soult et Ney et d'une
division des Bavarois, part d'Amberg et de Nuremberg, se runit 
Bayreuth, et doit se porter sur Hoff, o elle arrivera le 9.

Le centre, compos de la rserve du grand-duc de Berg, du corps du
marchal prince de Ponte-Corvo et du marchal Davoust, et de la garde
impriale, dbouche par Bamberg sur Cronach, arrivera le 8  Saalbourg,
et de l se portera par Saalbourg et Schleitz sur Gra.

La gauche, compose des corps des marchaux Lannes et Augereau, doit se
porter de Schwenfurth sur Cobourg, Graffental et Saalfed.



De mon camp imprial de Gra, le 12 octobre 1806.

_Au roi de Prusse._

Monsieur mon frre, je n'ai reu que le 7 la lettre de V. M., du 25
septembre. Je suis fch qu'on lui ait fait signer cette espce de
pamphlet[3]. Je ne lui rponds que pour lui protester que jamais je
n'attribuerai  elle les choses qui y sont contenues; toutes sont
contraires  son caractre et  l'honneur de tous deux. Je plains et
ddaigne les rdacteurs d'un pareil ouvrage. J'ai reu immdiatement
aprs la note de son ministre, du 1er octobre. Elle m'a donn
rendez-vous le 8: en bon chevalier, je lui ai tenu parole; je suis au
milieu de la Saxe. Qu'elle m'en croie, j'ai des forces telles que toutes
ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. Mais pourquoi
rpandre tant de sang? A quel but? Je tiendrai  V. M. le mme langage
que j'ai tenu  l'empereur Alexandre deux jours avant la bataille
d'Austerlitz. Fasse le ciel que des hommes vendus ou fanatiss, plus
les ennemis d'elle et de son rgne, qu'ils ne sont les miens et de ma
nation, ne lui donnent pas les mmes conseils pour la faire arriver au
mme rsultat!

Sire, j'ai t ami de V. M. depuis six ans. Je ne veux point profiter
de cette espce de vertige qui anime ses conseils, et qui lui ont fait
commettre des erreurs politiques dont l'Europe est encore tout tonne,
et des erreurs militaires de l'normit desquelles l'Europe ne tardera
pas  retentir. Si elle m'et demand des choses possibles, par sa note,
je les lui eusse accordes; elle a demand mon dshonneur, elle devait
tre certaine de ma rponse. La guerre est donc faite entre nous,
l'alliance rompue pour jamais. Mais pourquoi faire gorger nos sujets?
Je ne prise point une victoire qui sera achete par la vie d'un bon
nombre de mes enfans. Si j'tais  mon dbut dans la carrire militaire,
et si je pouvais craindre les hasards des combats, ce langage serait
tout  fait dplac. Sire, votre majest sera vaincue; elle aura
compromis le repos de ses jours, l'existence de ses sujets sans l'ombre
d'un prtexte. Elle est aujourd'hui intacte, et peut traiter avec moi
d'une manire conforme  son rang; elle traitera avant un mois dans une
situation diffrente. Elle s'est laiss aller  des irritations qu'on a
calcules et prpares avec art; elle m'a dit qu'elle m'avait souvent
rendu des services; eh bien! je veux lui donner la plus grande preuve
du souvenir que j'en ai; elle est matresse de sauver  ses sujets les
ravages et les malheurs de la guerre;  peine commence, elle peut la
terminer, et elle fera une chose dont l'Europe lui saura gr. Si elle
coute les furibonds qui, il y a quatorze ans, voulaient prendre Paris,
et qui aujourd'hui l'ont embarque dans une guerre, et immdiatement
aprs dans des plans offensifs galement inconcevables, elle fera  son
peuple un mal que le reste de sa vie ne pourra gurir. Sire, je n'ai
rien  gagner contre V. M.; je ne veux rien et n'ai rien voulu d'elle;
la guerre actuelle est une guerre impolitique. Je sens que peut-tre
j'irrite dans cette lettre une certaine susceptibilit naturelle  tout
souverain; mais les circonstances ne demandent aucun mnagement; je lui
dis les choses comme je les pense; et d'ailleurs, que V. M. me permette
de le lui dire, ce n'est pas pour l'Europe une grande dcouverte que
d'apprendre que la Francs est du triple plus populeuse et aussi brave et
aguerrie que les tats de V. M. Je ne lui ai donn aucun sujet rel de
guerre. Qu'elle ordonne  cet essaim de malveillans et d'inconsidrs
de se taire  l'aspect de son trne dans le respect qui lui est d; et
qu'elle rende la tranquillit  elle et  ses tats. Si elle ne retrouve
plus jamais en moi un alli, elle retrouvera un homme dsireux de ne
faire que des guerres indispensables  la politique de mes peuples, et
de ne point rpandre le sang dans une lutte avec des souverains qui
n'ont avec moi aucune opposition d'industrie, de commerce et de
politique. Je prie V. M. de ne voir dans cette lettre que le dsir
que j'ai d'pargner le sang des hommes, et d'viter  une nation qui,
gographiquement, ne saurait tre ennemie de la mienne, l'amer repentir
d'avoir trop cout des sentimens phmres qui s'excitent et se calment
avec tant de facilit parmi les peuples. Sur ce, je prie Dieu, monsieur
mon frre, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

De votre majest, le bon frre, NAPOLON.

[Note 3: Ceci a rapport  une lettre du roi de Prusse, compose de
vingt pages, vritable rapsodie, et que trs-certainement le roi n'a pu
ni lire ni comprendre. Nous ne pouvons l'imprimer, attendu que tout ce
qui tient  la correspondance particulire des souverains, reste dans
le portefeuille de l'empereur, et ne vient point  la connaissance
du public. Si nous publions celle de S. M., c'est parce que beaucoup
d'exemplaires en ayant t faits au quartier-gnral des Prussiens,
o on la trouve trs-belle, une copie en est tombe entre nos mains.
(_Moniteur_)]



Auma, le 13 octobre 1806.

_Deuxime bulletin de la grande arme._

L'empereur est parti de Bamberg le 8 octobre,  trois heures du matin,
et est arriv  neuf heures  Cronach. Sa majest a travers la fort de
Franconie  la pointe du jour du 9, pour se rendre a Ebersdorff, et de
l elle s'est porte sur Schleitz, o elle a assist au premier combat
de la campagne. Elle est revenue coucher  Ebersdorff, en est repartie
le 10 pour Schleitz, et est arrive le 11  Auma, o elle a couch aprs
avoir pass la journe  Gera. Le quartier-gnral part dans l'instant
mme pour Gera. Tous les ordres de l'empereur ont t parfaitement
excuts.

Le marchal Soult se portait le 7  Bayreuth, se prsentait le 9 
Hoff, a enlev tous les magasins de l'ennemi, lui a fait plusieurs
prisonniers, et s'est port sur Planen le 10.

Le marchal Ney a suivi son mouvement  une demi-journe de distance.

Le 8, le grand duc de Berg a dbouch avec la cavalerie lgre,
de Cronach, et s'est port devant Saalbourg, ayant avec lui le
vingt-cinquime rgiment d'infanterie lgre. Un rgiment prussien
voulut dfendre le passage de la Saale; aprs une canonnade d'une
demi-heure, menac d'tre tourn, il a abandonn apposition et la Saale.

Le 9, le grand duc de Berg se porta sur Schleitz; un gnral prussien y
tait avec dix mille hommes. L'empereur y arriva  midi, et chargea
le marchal prince de Ponte-Corvo d'attaquer et d'enlever le village,
voulant l'avoir avant la fin du jour. Le marchal fit ses dispositions,
se mit  la tte de ses colonnes; le village fut enlev et l'ennemi
poursuivi. Sans la nuit, la plus grande partie de cette division et t
prise. Le gnral Walter, avec le quatrime rgiment de hussards et
le cinquime rgiment de chasseurs, fit une belle charge de cavalerie
contre trois rgimens prussiens; quatre compagnies du vingt-septime
d'infanterie lgre se trouvant en plaine, furent charges par les
hussards prussiens; mais ceux-ci virent comme l'infanterie franaise
reoit la cavalerie prussienne. Deux cents cavaliers prussiens restrent
sur le champ de bataille. Le gnral Maisons commandait l'infanterie
lgre. Un colonel ennemi fut tu, deux pices de canon prises, trois
cents hommes furent faits prisonniers, et quatre cents tus. Notre perte
a t de peu d'hommes; l'infanterie prussienne a jet ses armes, et a
fui, pouvante, devant les baonnettes franaises. Le grand-duc de Berg
tait au milieu des charges, le sabre  la main.

Le 10, le prince de Ponte-Corvo a port son quartier-gnral  Auma;
le 11, le grand-duc de Berg est arriv  Gera. Le gnral de brigade
Lasalle, de la cavalerie de rserve, a culbut l'escorte des bagages
ennemis; cinq cents caissons et voitures de bagage ont t pris par
les hussards franais. Notre cavalerie lgre est couverte d'or. Les
quipages de pont et plusieurs objets importans font partie du convoi.

La gauche a eu des succs gaux. Le marchal Lannes est entr  Cobourg
le 8, se portait le 9 sur Graffenthal. Il a attaqu, le 10,  Saalfeld,
l'avant-garde du prince Hohenlohe, qui tait commande par le prince
Louis de Prusse, un des champions de la guerre. La canonnade n'a dur
que deux heures; la moiti de la division du gnral Suchet a seule
donn. La cavalerie prussienne a t culbute par les neuvime et
dixime rgimens d'hussards; l'infanterie prussienne n'a pu conserver
aucun ordre de retraite; partie a t culbute dans un marais, partie
disperse dans les bois. On a fait mille prisonniers, six cents hommes
sont rests sur le champ de bataille; trente pices de canon sont
tombes au pouvoir de l'arme.

Voyant ainsi la droute de ses gens, le prince Louis de Prusse, en brave
et loyal soldat, se prit corps  corps avec un marchal-des-logis
du dixime rgiment de hussards. _Rendez vous, colonel,_ lui dit le
hussard, _ou vous tes mort._ Le prince lui rpondit par un coup de
sabre; le marchal-des-logis riposta par un coup de pointe, et le prince
tomba mort. Si les derniers instans de sa vie ont t ceux d'un mauvais
citoyen, sa mort est glorieuse et digne de regrets. Il est mort comme
doit dsirer de mourir tout bon soldat. Deux de ses aides-de-camp ont
t tus  ses cts. Ou a trouv sur lui des lettres de Berlin, qui
font voir que le projet de l'ennemi tait d'attaquer incontinent, et que
le parti de la guerre,  la tte duquel taient le jeune prince et la
reine, craignait toujours que les intentions pacifiques du roi, et
l'amour qu'il porte  ses sujets ne lui fissent adopter des tempramens,
et ne djouassent leurs cruelles esprances. On peut dire que les
premiers coups de la guerre ont tu un de ses auteurs.

Dresde ni Berlin ne sont couverts par aucun corps d'arme. Tourne par
sa gauche, prise en flagrant dlit au moment o elle se livrait aux
combinaisons les plus hasardes, l'arme prussienne se trouve, ds le
dbut, dans une position assez critique. Elle occupe Eisenach, Gotha,
Erfurt, Weimar. Le 12, l'arme franaise occupe Saalfed et Gera, et
marche sur Naumbourg et Jena. Des coureurs de l'arme franaise inondent
la plaine de Leipsick.

Toutes les lettres interceptes peignent le conseil du roi dchir
par des opinions diffrentes, toujours dlibrant et jamais d'accord.
L'incertitude, l'alarme et l'pouvante paraissent dj succder 
l'arrogance,  l'inconsidration et  la folie.

Hier 11, en passant  Gera devant le vingt-septime rgiment
d'infanterie lgre, l'empereur a charg le colonel de tmoigner sa
satisfaction  ce rgiment, sur sa bonne conduite.

Dans tous ces combats, nous n'avons  regretter aucun officier de
marque: le plus lev en grade est le capitaine Campobasso, du
vingt-septime rgiment d'infanterie lgre, brave et loyal officier.
Nous n'avons pas eu quarante hommes tus et soixante blesss.



Gera, le 13 octobre 1806.

_Troisime bulletin de la grande arme._

Le combat de Schleitz, qui a ouvert la campagne, et qui a t
trs-funeste  l'arme prussienne, celui de Saalfeld qui l'a suivi le
lendemain, ont port la consternation chez l'ennemi. Toutes les lettres
interceptes disent que la consternation est  Erfurt, o se trouvent
encore le roi et la reine, le duc de Brunswick, etc.; qu'on discute sur
le parti  prendre sans pouvoir s'accorder. Mais pendant qu'on dlibre,
l'arme franaise marche. A cet esprit d'effervescence,  cette
excessive jactance, commencent  succder des observations critiques
sur l'inutilit de cette guerre, sur l'injustice de s'en prendre  la
France, sur l'impossibilit d'tre secouru, sur la mauvaise volont
des soldats, sur ce qu'on n'a pas fait ceci, et mille et une autres
observations qui sont toujours dans la bouche de la multitude, lorsque
les princes sont assez faibles pour la consulter sur les grands intrts
politiques au-dessus de sa porte.

Cependant, le 12 au soir, les coureurs de l'arme franaise taient aux
portes de Leipsick; le quartier-gnral du grand-duc de Berg, entre
Zeist et Leipzick; celui du prince de Ponte-Corvo,  Zeist; le quartier
imprial  Gera; la garde impriale et le corps d'arme du marchal
Soult,  Gera; le corps d'arme du marchal Ney,  Neustadt; en premire
ligne, le corps d'arme du marchal Davoust,  Naumbourg, celui du
marchal Lannes,  Jena; celui du marchal Augereau,  Kala. Le prince
Jrme, auquel l'empereur a confi le commandement des allis et d'un
corps de troupes bavaroises, est arriv  Schleitz, aprs avoir fait
bloquer le fort de Culenbach par un rgiment.

L'ennemi, coup a Dresde, tait encore le 11  Erfurt, et travaillait 
runir ses colonnes qu'il avait envoyes sur Cassel et Wurtzbourg, dans
des projets offensifs; voulant ouvrir la campagne par une invasion en
Allemagne. Le Weser, o il avait construit des batteries, la Saale qu'il
prtendait galement dfendre, et les autres rivires, sont tournes
-peu-prs comme le fut l'Iller l'anne passe; de sorte que l'arme
franaise borde la Saale, ayant le dos  l'Elbe et marchant sur l'arme
prussienne qui, de son ct, a le dos sur le Rhin, position assez
bizarre, d'o doivent natre ds vnemens d'une grande importance.

Le temps, depuis notre entre en campagne, est superbe, le pays
abondant, le soldat plein de vigueur et de sant. On fait des marches de
dix lieues, et pas un traneur; jamais l'arme n'a t si belle.

Toutes les intentions du roi de Prusse se trouvent excutes: il voulait
que le 8 octobre l'arme franaise et vacu le territoire de la
confdration, et elle l'avait vacu; mais au lieu de repasser le Rhin,
elle a pass la Saale.



Gera, le 14 octobre 1806.

_Quatrime bulletin de la grande arme._

Les vnemens se succdent avec rapidit. L'arme prussienne est prise
en flagrant dlit, ses magasins enlevs: elle est tourne.

Le marchal Davoust est arriv  Naumbourg le 12,  neuf heures du soir,
y a saisi les magasins de l'arme ennemie, fait des prisonniers et pris
un superbe quipage de 18 pontons de cuivre attels.

Il parat que l'arme prussienne se met en marche pour gagner
Magdebourg; mais l'arme franaise a gagn trois marches sur elle.
L'anniversaire des affaires d'Ulm sera clbre, dans l'histoire de
France.

Une lettre qui vient d'tre intercepte, fait connatre la vraie
situation des esprits, mais cette bataille dont parle l'officier
prussien, aura lieu dans peu de jours. Les rsultats dcideront du sort
la guerre. Les Franais doivent tre sans inquitude.



Jna, 15 octobre 1806.

_Cinquime bulletin de la grande arme._

La bataille de Jna a lav l'affront de Rosbach et dcid, en sept
jours, une campagne qui a entirement calm cette frnsie guerrire qui
s'tait empare des ttes prussiennes.

Voici la position de l'arme au 13:

Le grand-duc de Berg et le marchal Davoust, avec leurs corps d'arme,
taient  Naumbourg, ayant des partis sur Leipsick et Halle.

Le corps du marchal prince de Ponte-Corvo tait en marche pour se
rendre  Dornbourg.

Le corps du marchal Lannes arrivait  Ina.

Le corps du marchal Augereau tait en position  Kala.

Le corps du marchal Ney tait  Roda.

Le quartier-gnral,  Gera.

L'empereur, en marche pour se rendre  Jna.

Le corps du marchal Soult, de Gera tait en marche pour prendre une
position plus rapproche,  l'embranchement des routes de Naumbourg et
d'Jna.

Voici la position de l'ennemi:

Le roi de Prusse voulut commencer les hostilits au 9 octobre, en
dbouchant sur Francfort par sa droite, sur Wurtzbourg par son centre,
et sur Bamberg par sa gauche, toutes les divisions de son arme taient
disposes pour excuter ce plan; mais l'arme franaise tournant sur
l'extrmit de sa gauche, se trouva en peu de jours  Saalbourg, 
Lobenstein,  Schleitz,  Gera,  Naumbourg. L'arme prussienne,
tourne employa, les journes des 9, 10, 11 et 12  rappeler tous ses
dtachemens, et le 13, elle se prsenta en bataille entre Capelsdorf et
Auerstaedt, forte de prs de cent cinquante mille hommes.

Le 13,  deux heures aprs-midi, l'empereur arriva  Ina, et sur un
petit plateau qu'occupait notre avant-garde, il aperut les dispositions
de l'ennemi qui paraissait manoeuvrer pour attaquer le lendemain, et
forcer les divers dbouchs de la Saale. L'ennemi dfendait en force,
et par une position inexpugnable, la chausse de Jna  Weimar, et
paraissait penser que les Franais ne pourraient dboucher dans la
plaine, sans avoir forc ce passage. Il ne paraissait pas possible en
effet de faire monter de l'artillerie sur le plateau, qui d'ailleurs
tait si petit, que quatre bataillons pouvaient  peine s'y dployer. On
fit travailler toute la nuit  un chemin dans le roc, et l'on parvint 
conduire l'artillerie sur la hauteur.

Le marchal Davoust reut l'ordre de dboucher par Naumbourg pour
dfendre les dfils de Koesen si l'ennemi voulait marcher sur
Naumbourg, ou pour se rendre  Apolda pour le prendre  dos, s'il
restait dans la position o il tait.

Le corps du marchal prince de Ponte-Corvo fut destin  dboucher de
Dornbourg, pour tomber sur les derrires de l'ennemi, soit qu'il se
portt en force sur Naumbourg, soit qu'il se portt sur Jna.

La grosse cavalerie qui n'avait pas encore rejoint l'arme, ne pouvait
la rejoindre qu' midi; la cavalerie de la garde impriale tait 
trente-six heures de distance, quelque fortes marches qu'elle et faites
depuis son dpart de Paris. Mais il est des momens  la guerre o aucune
considration ne doit balancer l'avantage de prvenir l'ennemi et de
l'attaquer le premier. L'empereur fit ranger sur le plateau qu'occupait
l'avant-garde, que l'ennemi paraissait avoir nglig, et vis--vis
duquel il tait en position, tout le corps du marchal Lannes; ce corps
d'arme fut rang par les soins du gnral Victor, chaque division
formant une aile. Le marchal Lefebvre fit ranger au sommet la garde
impriale en bataillon carr. L'empereur bivouaqua au milieu de ses
braves. La nuit offrait un spectacle digne d'observation, celui de deux
armes dont l'une dployait son front sur six lieues d'tendue, et
embrasait de ses feux l'atmosphre, l'autre dont les feux apparens
taient concentrs sur un petit point; et dans l'une et l'autre arme,
de l'activit et du mouvement; les feux des deux armes taient  une
demi-porte de canon; les sentinelles se touchaient presque, et il ne se
faisait pas un mouvement qui ne fut entendu.

Les corps des marchaux Ney et Soult passaient la nuit en marche. A la
pointe du jour, toute l'arme prit les armes. La division Gazan tait
range sur trois lignes, sur la gauche du plateau. La division Suchet
formait la droite; la garde impriale occupait le sommet du monticule;
chacun de ces corps ayant ses canons dans les intervalles. De la ville
et des valles voisines on avait pratiqu des dbouchs qui permettaient
le dploiement le plus facile aux troupes qui n'avaient pu tre places
sur le plateau; car c'tait peut-tre la premire fois qu'une arme
devait passer par un si petit dbouch.

Un brouillard pais obscurcissait le jour. L'empereur passa devant
plusieurs lignes. Il recommanda aux soldats de se tenir en garde contre
cette cavalerie prussienne qu'on peignait comme si redoutable. Il les
fit souvenir qu'il y avait un an qu' la mme poque ils avaient
pris Ulm; que l'arme prussienne, comme l'arme autrichienne, tait
aujourd'hui cerne, ayant perdu sa ligne d'oprations, ses magasins;
qu'elle ne se battait plus dans ce moment pour la gloire, mais pour sa
retraite; que cherchant  faire une troue sur diffrens points, les
corps d'arme qui la laisseraient passer, seraient perdus d'honneur et
de rputation. A ce discours anim, le soldat rpondit par des cris de
_marchons_. Les tirailleurs engagrent l'action, la fusillade devint
vive. Quelque bonne que ft la position que l'ennemi occupait, il en fut
dbusqu, et l'arme franaise, dbouchant dans la plaine, commena 
prendre son ordre de bataille.

De son ct, le gros de l'arme ennemie, qui n'avait eu le projet
d'attaquer que lorsque le brouillard serait dissip, prit les armes. Un
corps de cinquante mille hommes de la gauche, se posta pour couvrir les
dfils de Naumbourg et s'emparer des dbouchs de Koesen; mais il avait
dj t prvenu par le marchal Davoust. Les deux autres corps formant
une force de 80,000 hommes, se portrent en avant de l'arme franaise
qui dbouchait du plateau de Jna. Le brouillard couvrit les deux armes
pendant deux heures, mais enfin il fut dissip par un beau soleil
d'automne. Les deux armes s'aperurent  petite porte de canon. La
gauche de l'arme franaise, appuye sur un village et des bois, tait
commande par le marchal Augereau. La garde impriale la sparait du
centre qu'occupait le marchal Lannes. La droite tait forme par le
corps du marchal Soult; le marchal Ney n'avait qu'un simple corps de
trois mille hommes, seules troupes qui fussent arrives de son corps
d'arme.

L'arme ennemie tait nombreuse et montrait une belle cavalerie. Ses
manoeuvres taient excutes avec prcision et rapidit. L'empereur et
dsir retarder de deux heures d'en venir aux mains, afin d'attendre
dans la position qu'il venait de prendre aprs l'attaque du matin, les
troupes qui devaient le joindre, et surtout sa cavalerie; mais l'ardeur
franaise l'emporta. Plusieurs bataillons s'tant engags, au village de
Hollstedt, il vit l'ennemi s'branler pour les en dposter. Le marchal
Lannes reut ordre sur-le-champ de marcher en chelons pour soutenir ce
village. Le marchal Soult avait attaqu un bois sur la droite; l'ennemi
ayant fait un mouvement de sa droite sur notre gauche, le marchal
Augereau fut charg de le repousser; en moins d'une heure, l'action
devint gnrale; deux cent cinquante ou trois cent mille hommes avec
sept ou huit cents pices de canon, semaient partout la mort, et
offraient un de ces spectacles rares dans l'histoire. De part et
d'autre, on manoeuvra constamment comme  une parade. Parmi nos troupes,
il n'y eut jamais le moindre dsordre, la victoire ne fut pas un moment
incertaine. L'empereur eut toujours auprs de lui, indpendamment de la
garde impriale, un bon nombre de troupes de rserve pour pouvoir parer
 tout accident imprvu.

Le marchal Soult ayant enlev le bois qu'il attaquait depuis deux
heures, fit un mouvement en avant. Dans cet instant, on prvint
l'empereur que la division de cavalerie franaise de rserve commenait
 se placer, et que deux divisions du corps du marchal Ney se plaaient
en arrire sur le champ de bataille. On fit alors avancer toutes les
troupes qui taient en rserve sur la premire ligne, et qui, se
trouvant ainsi appuyes, culbutrent l'ennemi dans un clin-d'oeil, et le
mirent en pleine retraite. Il la fit en ordre pendant la premire heure;
mais elle devint un affreux dsordre du moment que nos divisions de
dragons et nos cuirassiers, ayant le grand-duc de Berg  leur tte,
purent prendre part  l'affaire. Ces braves cavaliers, frmissant de
voir la victoire dcide sans eux, se prcipitrent partout o ils
rencontrrent l'ennemi. La cavalerie, l'infanterie prussienne ne purent
soutenir leur choc. En vain l'infanterie ennemie se forma en bataillons
carrs, cinq de ces bataillons furent enfoncs; artillerie, cavalerie,
infanterie, tout fut culbut et pris. Les Franais arrivrent  Weimar
en mme temps que l'ennemi, qui fut ainsi poursuivi pendant l'espace de
six lieues.

A notre droite, le corps du marchal Davoust faisait des prodiges.
Non-seulement il contint, mais mena battant pendant plus de trois
lieues, le gros des troupes ennemies qui devait dboucher du ct de
Koesen. Ce marchal a dploy une bravoure distingue et de la fermet
de caractre, premire qualit d'un homme de guerre. Il a t second
par les gnraux Gudin, Friant, Morand, Daultanne, chef de l'tat-major,
et par la rare intrpidit de son brave corps d'arme.

Les rsultats de la bataille sont trente  quarante mille prisonniers;
il en arrive  chaque moment; vingt-cinq  trente drapeaux, trois cents
pices de canon, des magasins immenses de subsistances. Parmi les
prisonniers, se trouvent plus de vingt gnraux, dont plusieurs
lieutenants-gnraux, entr'autres le lieutenant-gnral Schmettau. Le
nombre des morts est immense dans l'arme prussienne. On compte qu'il y
a plus de vingt mille tus ou blesss; le feld-marchal Mollendorff a
t bless; le duc de Brunswick a t tu; le gnral Rchel a t tu;
le prince Henri de Prusse grivement bless. Au dire des dserteurs, des
prisonniers et des parlementaires, le dsordre et la consternation sont
extrmes dans les dbris de l'arme ennemie.

De notre ct, nous n'avons  regretter parmi les gnraux que la perte
du gnral de brigade de Billy, excellent soldat; parmi les blesss,
le gnral de brigade Conroux. Parmi les colonels morts, les colonels
Vergs, du douzime rgiment d'infanterie de ligne; Lamotte, du
trente-sixime; Barbengre, du neuvime de hussards; Marigny, du
vingtime de chasseurs; Harispe, du seizime d'infanterie lgre;
Dulembourg, du premier de dragons; Nicolas, du soixante-unime de ligne;
Viala, du quatre-vingt-unime; Higonet, du cent-huitime.

Les hussards et les chasseurs ont montr dans cette journe une audace
digne des plus grands loges. La cavalerie prussienne n'a jamais tenu
devant eux; et toutes les charges qu'ils ont faites devant l'infanterie,
ont t heureuses.

Nous ne parlons pas de l'infanterie franaise; il est reconnu depuis
long-temps que c'est la meilleure infanterie du monde. L'empereur
a dclar que la cavalerie franaise, aprs l'exprience des deux
campagnes et de cette dernire bataille, n'avait pas d'gale.

L'arme prussienne a dans cette bataille perdu toute retraite et toute
sa ligne d'oprations. Sa gauche, poursuivie par le marchal Davoust,
opra sa retraite sur Weimar, dans le temps que sa droite et son centre
se retiraient de Weimar sur Naumbourg. La confusion fut donc extrme. Le
roi a d se retirer  travers les champs,  la tte de son rgiment de
cavalerie.

Notre perte est value  mille ou douze cents tus et  trois mille
blesss. Le grand-duc de Berg investit en ce moment la place d'Erfurth,
o se trouve un corps d'ennemis que commandent le marchal de
Mollendorff et le prince d'Orange.

L'tat-major s'occupe d'une relation officielle, qui fera connatre dans
tous ses dtails cette bataille et les services rendus par les diffrens
corps d'arme et rgimens. Si cela peut ajouter quelque chose aux titres
qu'a l'arme  l'estime et  la considration de la nation, rien ne
pourra ajouter au sentiment d'attendrissement qu'ont prouv ceux qui
ont t tmoins de l'enthousiasme et de l'amour qu'elle tmoignait 
l'empereur au plus fort du combat. S'il y avait un moment d'hsitation,
le seul cri de vive l'empereur! ranimait les courages et retrempait
toutes les ames. Au fort de la mle, l'empereur voyant ses ailes
menaces par la cavalerie, se portait au galop pour ordonner des
manoeuvres et des changemens de front en carrs; il tait interrompu 
chaque instant par des cris de _vive l'empereur!_ La garde impriale 
pied voyait avec un dpit qu'elle ne pouvait dissimuler, tout le monde
aux mains et elle dans l'inaction. Plusieurs voix firent entendre les
mots _en avant_? Qu'est-ce? dit l'empereur; ce ne peut tre qu'un jeune
homme qui n'a pas de barbe qui peut vouloir prjuger ce que je dois
faire; qu'il attende qu'il ait command dans trente batailles ranges,
avant de prtendre me donner des avis. C'taient effectivement des
vlites, dont le jeune courage tait impatient de se signaler.

Dans une mle aussi chaude, pendant que l'ennemi perdait presque tous
ses gnraux, on doit remercier cette Providence qui gardait notre
arme. Aucun homme de marque n'a t tu ni bless. Le marchal Lannes a
eu un biscaen qui lui a ras le poitrine sans le blesser. Le marchal
Davoust a eu son chapeau emport et un grand nombre de balles dans ses
habits. L'empereur a toujours t entour, partout o il a paru, du
prince de Neufchtel, du marchal Bessires, du grand marchal du
palais, Duroc, du grand-cuyer Caulincourt, et de ses aides-de-camp et
cuyers de service. Une partie de l'arme n'a pas donn, ou est encore
sans avoir tir un coup de fusil.



De notre camp imprial de Weimar, le 15 octobre 1806.

_Aux archevques et vques de l'empire._

Monsieur l'vque, le succs que nous venons de remporter sur nos
ennemis, avec l'aide de la divine providence, imposent  nous et 
notre peuple l'obligation d'en rendre au Dieu des armes de solennelles
actions de graces. Vous avez vu, par la dernire note du roi de Prusse,
la ncessit o nous nous sommes trouv de tirer l'pe pour dfendre le
bien le plus prcieux de notre peuple, l'honneur. Quelque rpugnance que
nous ayons eue, nous avons t pouss  bout par nos ennemis; ils ont
t battus et confondus. Au reu de la prsente, veuillez donc runir
nos peuples dans les temples, chanter un _Te Deum_, et ordonner des
prires pour remercier Dieu de la prosprit qu'il a accorde  nos
armes. Cette lettre n'tant pas  une autre fin, je prie Dieu, M.
l'vque, qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Weimar, le 15 octobre 1806.

_Sixime bulletin de la grande arme._

Six mille Saxons et plus de trois cents officiers ont t faits
prisonniers. L'empereur a fait runir les officiers, et leur a dit qu'il
voyait avec peine que leur arme lui faisait la guerre; qu'il n'avait
pris les armes que pour assurer l'indpendance de la nation saxonne, et
s'opposer  ce qu'elle ft incorpore  la monarchie prussienne; que son
intention tait, de les renvoyer tous chez eux s'il donnait leur parole
de ne jamais servir contre la France; que leur souverain, dont il
reconnaissait les qualits, avait t d'une extrme faiblesse en cdant
ainsi aux menaces des Prussiens, et en les laissant entrer sur son
territoire; mais qu'il fallait que tout cela fint; que les Prussiens
restassent en Prusse, et qu'ils ne se mlassent en rien des affaires
de l'Allemagne; que les Saxons devaient se trouver runis dans la
confdration du Rhin, sous la protection de la France, protection qui
n'tait pas nouvelle, puisque depuis deux cents ans, sans la France, ils
eussent t envahis par l'Autriche, ou par la Prusse; que l'empereur
n'avait pris les armes que lorsque la Prusse avait envahi la Saxe; qu'il
fallait mettre un terme  ces violences; que le continent avait besoin
de repos, et que, malgr les intrigues et les basses passions qui
agitent plusieurs cours, il fallait que ce repos existt, dt-il en
coter la chute de quelques trnes.

Effectivement tous les prisonniers saxons ont t renvoys chez eux avec
la proclamation de l'empereur aux Saxons, et des assurances qu'on n'en
voulait point  leur nation.



Weimar, le 16 octobre 1806.

_Septime bulletin de la grande arme._

Le grand-duc de Berg a cern Erfurth le 15, dans la matine. Le 16, la
place a capitul. Par ce moyen, quatorze mille hommes, dont huit mille
blesss et six mille bien portans, sont devenus prisonniers de guerre,
parmi lesquels sont le prince d'Orange, le feld-marchal Mollendorff, le
lieutenant-gnral Larisph, le lieutenant-gnral Graver, les gnraux
majors Leffave et Zveilfel. Un parc de cent vingt pices d'artillerie
approvisionn est galement tomb en notre pouvoir. On ramasse tous les
jours des prisonniers.

Le roi de Prusse a envoy un aide-de-camp  l'empereur, avec une lettre
en rponse  celle que l'empereur lui avait crite avant la bataille;
mais le roi de Prusse n'a rpondu qu'aprs. Cette dmarche de l'empereur
Napolon tait pareille  celle qu'il fit auprs de l'empereur de
Russie, avant la bataille d'Austerlitz; il dit au roi de Prusse: Le
succs de mes armes n'est point incertain. Vos troupes seront battues;
mais il en cotera le sang de mes enfans; s'il pouvait tre pargn par
quelque arrangement compatible avec l'honneur de ma couronne, il n'y a
rien que je ne fasse pour pargner un sang si prcieux. Il n'y a que
l'honneur qui,  mes yeux, soit encore plus prcieux que le sang de mes
soldats.

Il parat que les dbris de l'arme prussienne se retirent sur
Magdebourg. De toute cette immense et belle arme, il ne s'en runira
que des dbris.



Weimar, le 16 octobre 1806, au soir.

_Huitime bulletin de la grande arme._

Les diffrens corps d'arme qui sont  la poursuite de l'ennemi,
annoncent  chaque instant des prisonniers, la prise de bagages, de
pices de canon, de magasins, de munitions de toute espce. Le marchal
Davoust vient de prendre trente pices de canon; le marchal Soult, un
convoi de trois mille tonneaux de farine; le marchal Bernadotte, quinze
cents prisonniers; l'arme ennemie est tellement disperse et mle
avec nos troupes, qu'un de ses bataillons vint se placer dans un de nos
bivouacs, se croyant dans le sien.

Le roi de Prusse tche de gagner Magdebourg. Le marchal Mollendorf est
trs-malade  Erfurth, le grand-duc de Berg lui a envoy son mdecin.

La reine de Prusse a t plusieurs fois en vue de nos postes; elle est
dans des transes et dans des alarmes continuelles. La veille, elle avait
pass son rgiment en revue. Elle excitait sans cesse le roi et les
gnraux. Elle voulait du sang, le sang le plus prcieux a coul. Les
gnraux les plus marquans sont ceux sur qui sont tombs les premiers
coups.

Le gnral de brigade Durosnel a fait, avec les septime et vingtime de
chasseurs, une charge hardie qui a eu le plus grand effet. Le major du
vingtime rgiment s'y est distingu. Le gnral de brigade Colbert, 
la tte du troisime de hussards et du douzime de chasseurs, a fait sur
l'infanterie ennemie plusieurs charges qui ont eu le plus grand succs.



Weimar, le 17 octobre 1806.

_Neuvime bulletin de la grande arme._

La garnison d'Erfurth a dfil. On y a trouv beaucoup plus de monde
qu'on ne croyait. Il y a une grande quantit de magasins. L'empereur a
nomm le gnral Clarke commandant de la ville et citadelle d'Erfurth
et du pays environnant. La citadelle d'Erfurth est un bel octogone
bastionn, avec casemates, et bien arm. C'est une acquisition prcieuse
qui nous servira de point d'appui au milieu de nos oprations.

On a dit dans le cinquime bulletin qu'on avait pris vingt-cinq  trente
drapeaux; il y en a jusqu'ici quarante-cinq au quartier-gnral. Il est
probable qu'il y en aura plus de soixante. Ce sont des drapeaux donns
par le grand Frdric  ses soldats. Celui du rgiment des gardes, celui
du rgiment de la reine, brod des mains de cette princesse, se trouvent
du nombre. Il parat que l'ennemi veut tcher de se rallier sur
Magdebourg; mais pendant ce temps-l on marche de tous cts. Les
diffrens corps de l'arme sont  sa poursuite par diffrens chemins.
A chaque instant arrivent des courriers annonant que des bataillons
entiers sont coups, des pices de canon prises, des bagages, etc.

L'empereur est log au palais de Weimar, o logeait quelques jours avant
la reine de Prusse. Il parat que ce qu'on a dit d'elle est vrai. Elle
tait ici pour souffler le feu de la guerre. C'est une femme d'une jolie
figure, mais de peu d'esprit, incapable de prsager les consquences
de ce qu'elle faisait. Il faut aujourd'hui, au lieu de l'accuser, la
plaindre, car elle doit avoir bien des remords des maux qu'elle a faits
 sa patrie, et de l'ascendant qu'elle a exerc sur le roi son mari,
qu'on s'accorde  prsenter comme un parfait honnte homme, qui voulait
la paix et le bien de ses peuples.



Naumbourg, le 18 octobre 1806.

_Dixime bulletin de la grande arme._

Parmi les soixante drapeaux qui ont t pris  la bataille de Jna, il
s'en trouve plusieurs des gardes du roi de Prusse et un des gardes du
corps, sur lequel la lgende est crite en franais.

Le roi de Prusse a fait demander un armistice de six semaines.
L'empereur a rpondu qu'il tait impossible, aprs une victoire, de
donner  l'ennemi le temps de se rallier.

Cependant les Prussiens ont fait tellement courir ce bruit, que
plusieurs de nos gnraux les ayant rencontrs, on leur a fait croire
que cet armistice tait conclu.

Le marchal Soult est arriv le 16  Greussen, poursuivant devant lui
la colonne o tait le roi, qu'on estimait forte de dix ou douze mille
hommes. Le gnral Kalkreuth, qui la commandait, fit dire au marchal
Soult qu'un armistice avait t conclu. Ce marchal rpondit qu'il tait
impossible que l'empereur et fait cette faute; qu'il croirait  cet
armistice, lorsqu'il lui aurait t notifi officiellement. Le gnral
Kalkreuth tmoigna le dsir de voir le marchal Soult, qui se rendit aux
avant-postes. Que voulez-vous de nous, lui dit le gnral prussien? le
duc de Brunswick est mort, tous nos gnraux sont tus, blesss ou pris,
la plus grande partie de notre arme est en fuite; vos succs sont assez
grands. Le roi a demand une suspension d'armes, il est impossible que
votre empereur ne l'accorde pas.--Monsieur le gnral, lui rpondit le
marchal Soult, il y a long-temps qu'on en agit ainsi avec nous; on en
appelle  notre gnrosit quand on est vaincu, et on oublie un instant
aprs la magnanimit que nous avons coutume de montrer. Aprs la
bataille d'Austerlitz, l'empereur accorda un armistice  l'arme russe;
cet armistice sauva l'arme. Voyez la manire indigne dont agissent
aujourd'hui les Russes. On dit qu'ils veulent revenir: nous brlons du
dsir de les revoir. S'il y avait eu chez eux autant de gnrosit que
chez nous, on nous aurait laiss tranquilles enfin, aprs la modration
que nous avons montre dans la victoire. Nous n'avons en rien provoqu
la guerre injuste que vous nous faites. Vous l'avez dclare de gat de
coeur; la bataille de Jna a dcid du sort de la campagne. Notre mtier
est de vous faire le plus de mal que nous pourrons. Posez les armes, et
j'attendrai dans cette situation les ordres de l'Empereur. Le vieux
gnral Kalkreuth vit bien qu'il n'avait rien  rpondre. Les deux
gnraux se sparrent, et les hostilits recommencrent un instant
aprs: le village de Greussen fut enlev, l'ennemi culbut et poursuivi
l'pe dans les reins.

Le grand-duc de Berg et les marchaux Soult et Ney doivent, dans les
journes des 17 et 18, se runir par des marches combines et craser
l'ennemi. Ils auront sans doute cern un bon nombre de fuyards; les
campagnes en sont couvertes, et les routes sont encombres de caissons
et de bagages de toute espce.

Jamais plus grande victoire ne fut signale par de plus grands
dsastres. La rserve que commande le prince Eugne de Wurtemberg,
est arrive  Halle; ainsi nous ne sommes qu'au neuvime jour de la
campagne, et dj l'ennemi est oblig de mettre en avant sa dernire
ressource. L'empereur marche  elle; elle sera attaque demain, si elle
tient dans la position de Halle.

Le marchal Davoust est parti aujourd'hui pour prendre possession de
Leipsick et jeter un pont sur l'Elbe. La garde impriale  cheval vient
enfin nous joindre.

Indpendamment des magasins considrables trouvs  Naumbourg, on en a
trouv un grand nombre  Weissenfels.

Le gnral en chef Rchel a t trouv, dans un village, mortellement
bless; le marchal Soult lui a envoy son chirurgien. Il semble que ce
soit un dcret de la Providence, que tous ceux qui ont pouss  cette
guerre aient t frapps par ses premiers coups.



Mersebourg, le 19 octobre 1806.

_Onzime bulletin de la grande arme._

Le nombre des prisonniers qui ont t faits  Erfurth est plus
considrable qu'on ne le croyait. Les passeports accords aux officiers
qui doivent retourner chez eux sur parole, en vertu d'un des articles de
la capitulation, se sont monts  six cents.

Le corps du marchal Davoust a pris possession le 18 de Leipsick.

Le prince de Ponte-Corvo, qui se trouvait le 17  Eisleben, pour couper
des colonnes prussiennes, ayant appris que la rserve de S. M. le roi de
Prusse, commande par le prince Eugne de Wurtemberg, tait arrive
 Halle, s'y porta. Aprs avoir fait ses dispositions, le prince de
Ponte-Corvo fit attaquer Halle par le gnral Dupont, et laissa la
division Drouet en rserve sur sa gauche. Le trente-deuxime et le
neuvime d'infanterie lgre passrent les trois ponts au pas de charge,
et entrrent dans la ville, soutenus par le quatre-vingt-seizime. En
moins d'une heure tout fut culbut. Les deuxime et quatrime rgimens
de hussards et toute la division du gnral Rivaut traversrent la ville
et chassrent l'ennemi de Dienitz, de Peissen et de Rabatz. La cavalerie
prussienne voulut charger le huitime et le quatre-vingt-seizime
d'infanterie, mais elle fut vivement reue et repousse.

La rserve du prince de Wurtemberg fut mise dans la plus complte
droute, et poursuivie l'espace de quatre lieues.

Les rsultats de ce combat, qui mrite une relation particulire et
soigne, sont cinq mille prisonniers, dont deux gnraux et trois
colonels, quatre drapeaux et trente-quatre pices de canon.

Le gnral Dupont s'est conduit avec beaucoup de distinction.

Le gnral de division Rouyer a eu un cheval tu sons lui. Le gnral de
division Drouet a pris en entier le rgiment de Treskow.

De notre ct, la perte ne se monte qu' quarante hommes tus et deux
cents blesss. Le colonel du neuvime rgiment d'infanterie lgre a t
bless.

Le gnral Lopold Berthier, chef de l'tat-major du prince de
Ponte-Corvo, s'est comport avec distinction.

Par le rsultat du combat de Halle, il n'est plus de troupes ennemies
qui n'aient t entames.

Le gnral prussien Blucher, avec cinq mille hommes, a travers la
division de dragons du gnral Klein, qui l'avait coup. Ayant allgu
au gnral Klein qu'il y avait un armistice de six semaines, ce gnral
a eu la simplicit de le croire.

L'officier d'ordonnance prs de l'empereur, Montesquiou, qui avait t
envoy en parlementaire auprs du roi de Prusse l'avant-veille de la
bataille, est de retour. Il a t entran, pendant plusieurs jours,
avec les fuyards ennemis; il dpeint le dsordre de l'arme prussienne
comme inexprimable. Cependant la veille de la bataille, leur jactance
tait sans gale. Il n'tait question de rien moins que de couper
l'arme franaise et d'enlever des colonnes de quarante mille hommes.
Les gnraux prussiens singeaient, autant qu'ils pouvaient, les manires
du grand Frdric.

Quoique nous fussions dans leur pays, les gnraux paraissaient tre
dans l'ignorance la plus absolue de nos mouvements; ils croyaient qu'il
n'y avait sur le petit plateau de Jna que quatre mille hommes; et
cependant la plus grande partie de l'arme a dbouch sur ce plateau.

L'arme ennemie se retire  force sur Magdebourg. Il est probable que
plusieurs colonnes seront coupes avant d'y arriver. On n'a point de
nouvelles depuis plusieurs jours du marchal Soult, qui a t dtach
avec quarante mille hommes pour poursuivre l'arme ennemie.

L'empereur a travers le champ de bataille de Rosbach; il a ordonn que
la colonne qui y avait t leve, ft transporte  Paris.

Le quartier-gnral de l'empereur a t le 18  Mersebourg; il sera le
19  Halle. On a trouv dans cette dernire ville des magasins de toute
espce, trs-considrables.



Halle, le 19 octobre 1806.

_Douzime bulletin de la grande arme._

Le marchal Soult a poursuivi l'ennemi jusqu'aux portes de Magdebourg.
Plusieurs fois les Prussiens ont voulu prendre position, et toujours ils
ont t culbuts.

On a trouv  Nordhausen des magasins considrables, et mme une caisse
du roi de Prusse, remplie d'argent.

Pendant les cinq jours que le marchal Soult a employs  la poursuite
de l'ennemi, il a fait douze cents prisonniers et pris trente pices de
canon, et deux ou trois cents caissons.

Le premier objet de la campagne se trouve rempli. La Saxe, la
Westphalie, et tous les pays situs sur la rive gauche de l'Elbe, sont
dlivrs de la prsence de l'arme prussienne. Cette arme, battue et
poursuivie l'pe dans les reins pendant plus de cinquante lieues, est
aujourd'hui sans artillerie, sans bagages, et sans officiers, rduite
au-dessous du tiers de ce qu'elle tait il y a huit jours; et, ce qui
est encore pis que cela, elle a perdu son moral et toute confiance en
elle-mme.

Deux corps de l'arme franaise sont sur l'Elbe, occups  construire
des ponts.

Le quartier-gnral est  Halle.



Halle, le 20 octobre 1806.

_Treizime bulletin de la grande arme._

Le gnral Macon, commandant  Leipsick, a fait aux banquiers, ngocians
et marchands de cette ville une notification[4]. Puisque les oppresseurs
des mers ne respectent aucun pavillon, l'intention de l'empereur est de
saisir partout leurs marchandises et de les bloquer vritablement dans
leur le.

On a trouv dans les magasins militaires de Leipsick quinze mille
quintaux de farine et beaucoup d'autres denres d'approvisionnement.

Le grand-duc de Berg est arriv  Halberstadt le 19. Le 20, il a inond
toute la plaine de Magdebourg, par sa cavalerie, jusqu' la porte du
canon. Les troupes ennemies, les dtachemens isols, les hommes perdus,
seront pris au moment o ils se prsenteront pour entrer dans la place.

Un rgiment de hussards ennemis croyait que Halberstadt tait encore
occup par les Prussiens; il a t charg par le deuxime de hussards,
et a prouv une perte de trois cents hommes.

Le gnral Beaumont s'est empar de six cents hommes de la garde du roi,
et de tous les quipages de ce corps.

Deux heures auparavant, deux compagnies de la garde royale  pied
avaient t prises par le marchal Soult.

Le lieutenant-gnral, comte de Schmettau, qui avait t fait
prisonnier, vient de mourir  Weimar.

Ainsi, de cette belle et superbe arme qui, il y a peu de jours,
menaait d'envahir la confdration du Rhin, et qui inspirait  son
souverain une telle confiance, qu'il osait ordonner  l'empereur
Napolon de sortir de l'Allemagne avant le 8 octobre, s'il ne voulait
pas y tre contraint par la force; de cette belle et superbe arme,
disons-nous, il ne reste que les dbris, chaos informe qui mrite plutt
le nom de rassemblement que celui d'arme. De cent soixante mille hommes
qu'avait le roi de Prusse, il serait difficile d'en runir plus de
cinquante mille, encore sont-ils sans artillerie et sans bagages, arms
en partie, en partie dsarms. Tous ces vnemens justifient ce que
l'empereur a dit dans sa premire proclamation, lorsqu'il s'est
exprim ainsi: Qu'ils apprennent que s'il est facile d'acqurir un
accroissement de domaines et de puissance avec l'amiti du grand peuple,
son inimiti est plus terrible que les temptes de l'Ocan.

Rien ne ressemble en effet davantage  l'tat actuel de l'arme
prussienne que les dbris d'un naufrage. C'tait une belle et nombreuse
flotte qui ne prtendait pus moins qu'asservir les mers; les vents
imptueux du nord ont soulev l'Ocan contre elle. Il ne rentre au port
qu'une petite partie des quipages qui n'ont trouv de salut qu'en se
sauvant sur des dbris.

Trois lettres interceptes peignent au vrai la situation des choses.

Une autre lettre galement intercepte, montre  quel point le cabinet
prussien a t dupe de fausses apparences. Il a pris la modration de
l'empereur Napolon pour de la faiblesse. De ce que ce monarque ne
voulait pas la guerre, et faisait tout ce qui pouvait tre convenable
pour l'viter, on a conclu qu'il n'tait pas en mesure, et qu'il avait
besoin de deux cent mille conscrits pour recruter son arme.

Cependant l'arme franaise n'tait plus claquemure dans les camps de
Boulogne; elle tait en Allemagne: M. Ch. L. de Hesse et M. d'Haugwitz
auraient pu la compter. Reconnaissons donc ici la volont de cette
providence qui ne laisse pas  nos ennemis des yeux pour voir, des
oreilles pour entendre, du jugement et de la raison pour raisonner.

Il parat que M. Charles Louis de Hesse convoitait seulement Mayence.
Pourquoi pas Metz? pourquoi pas les autres places de l'ouest de la
France? Ne dites donc plus que l'ambition des Franais vous a fait
prendre les armes; convenez que c'est votre ambition mal raisonne qui
vous a excits  la guerre. Parce qu'il y avait une arme franaise
 Naples, une autre en Dalmatie, vous avez projet de tomber sur le
grand-peuple; mais en sept jours vos projets ont t confondus. Vous
vouliez attaquer la France sans courir aucun danger, et dj vous avez
cess d'exister.

On rapporte que l'empereur Napolon ayant, avant de quitter Paris,
rassembl ses ministres, leur dit: Je suis innocent de cette guerre; je
ne l'ai provoque en rien: elle n'est point entre dans mes calculs. Que
je sois battu si elle est de mon fait. Un des principaux motifs de la
confiance dans laquelle je suis que mes ennemis seront dtruits, c'est
que je vois dans leur conduite le doigt de la providence, qui, voulant
que les tratres soient punis, a tellement loign toute sagesse de
leurs conseils, que lorqu'ils pensent m'attaquer dans un moment de
faiblesse, ils choisissent l'instant mme o je suis le plus fort.

[Note 4: Cette notification tait une injonction  tous les
ngocians de dclarer les marchandises anglaises, dont la saisie tait
ordonne.]



Dessau, le 22 octobre 1806.

_Quatorzime bulletin de la grande arme._

Le marchal Davoust est arriv le 20  Wittemberg, et a surpris le pont
sur l'Elbe au moment o l'ennemi y mettait le feu.

Le marchal Lannes est arriv  Dessau; le pont tait brl; il a fait
travailler sur-le-champ  le rparer.

Le marquis de Lucchesini s'est prsent aux avant-postes avec une lettre
du roi de Prusse. L'empereur a envoy le grand-marchal de son palais,
Duroc, pour confrer avec lui.

Magdebourg est bloqu. Le gnral de division Legrand, dans sa marche
sur Magdehourg, a fait quelques prisonniers. Le marchal Soult a ses
postes autour de la ville. Le grand-duc de Berg y a envoy son chef
d'tat-major le gnral Belliard. Ce gnral y a vu le prince de
Hohenlohe. Le langage des officiers prussiens tait bien chang.
Ils demandent la paix  grands cris. Que veut votre empereur, nous
disent-ils? Nous poursuivra-t-il toujours l'pe dans les reins? Nous
n'avons pas un moment de repos depuis la bataille. Ces messieurs
taient sans doute accoutums aux manoeuvres de la guerre de sept ans.
Ils voulaient demander trois jours pour enterrer les morts. Songez aux
vivans, a rpondu l'empereur, et laissez-nous le soin d'enterrer les
morts; il n'y a pas besoin de trve pour cela.

La confusion est extrme dans Berlin. Tous les bons citoyens, qui
gmissaient de la fausse direction donne  la politique de leur pays,
reprochent avec raison aux boute-feux excits par l'Angleterre, les
tristes effets de leurs menes. Il n'y a qu'un cri contre la reine dans
tout le pays.

Il parat que l'ennemi cherche  se rallier derrire l'Oder.

Le souverain de Saxe a remerci l'empereur de la gnrosit avec
laquelle il l'a trait, et qui va l'arracher  l'influence prussienne.
Cependant bon nombre de ses soldats ont pri dans toute cette bagarre.

Le quartier-gnral tait, le 21,  Dessau.



Wittemberg, le 23 octobre 1806.

_Quinzime bulletin de la grande arme._

Voici les renseignemens qu'on a pu recueillir sur les causes de cette
trange guerre.

Le gnral Schmettau (mort prisonnier  Weymar) fit un mmoire crit,
avec beaucoup de force et dans lequel il tablissait que l'arme
prussienne devait se regarder comme dshonore, qu'elle tait cependant
en tat de battre les Franais, et qu'il fallait faire la guerre.

Les gnraux Ruchel (tu) et Blucher (qui ne s'est sauv que par un
subterfuge, en abusant de la bonne foi franaise), souscrivirent ce
mmoire, qui tait rdig en forme de ptition au roi. Le prince
Louis-Ferdinand de Prusse (tu) l'appuya de toutes sortes de sarcasmes.
L'incendie gagna toutes les ttes. Le duc de Brunswick (bless
trs-grivement), homme connu pour tre sans volont et sans caractre,
fut enrl dans la faction de la guerre. Enfin, le mmoire tant ainsi
appuy, on le presenta au roi. La reine se chargea de disposer l'esprit
de ce prince, et de lui faire connatre ce qu'on pensait de lui. Elle
lui rapporta qu'on disait qu'il n'tait pas brave, et que, s'il ne
faisait pas la guerre, c'est qu'il n'osait pas se mettre  la tte de
l'arme. Le roi, rellement aussi brave qu'aucun prince de Prusse, se
laissa entraner sans cesser de conserver l'opinion intime qu'il faisait
une grande faute.

Il faut signaler les hommes qui n'ont pas partag les illusions des
partisans de la guerre. Ce sont le respectable feld-marchal Mollendorf
et le gnral Kalkreuth.

On assure qu'aprs la belle charge du neuvime et du dixime rgiment
de hussards  Saalfeld, le roi dit: Vous prtendiez que la cavalerie
franaise ne valait rien, voyez cependant ce que fait la cavalerie
lgre, et jugez ce que feront les cuirassiers. Ces troupes ont acquis
leur supriorit par quinze ans de combats. Il en faudrait autant, afin
de parvenir  les galer; mais qui de nous serait assez ennemi de la
Prusse pour dsirer cette terrible preuve?

L'empereur, dj matre de toutes les communications et des magasins de
l'ennemi, crivit le 12 de ce mois la lettre ci-jointe (nous l'avons
rapporte  son ordre de date), qu'il envoya au roi de Prusse par
l'officier d'ordonnance Montesquiou.

Cet officier arriva le 13,  quatre heures aprs midi, au quartier du
gnral Hohenlohe, qui le retint auprs de lui, et qui prit la lettre
dont il tait porteur.

Le camp dit roi de Prusse tait  deux lieues en arrire. Ce prince
devait donc recevoir la lettre de l'empereur au plus tard  six heures
du soir. On assure cependant qu'il ne la reut que le 14,  neuf heures
du matin, c'est--dire, lorsque dj l'on se battait. On rapporte aussi
que le roi de Prusse dit alors: Si cette lettre tait arrive plus tt,
peut-tre aurait-on pu ne pas se battre; mais ces jeunes gens ont la
tte tellement monte, que s'il et t question hier de la paix, je
n'aurais pas ramen le tiers de mon arme  Berlin.

Le roi de Prusse a eu deux chevaux tus sous lui, et a reu un coup de
fusil dans la manche.

Le duc de Brunswick a eu tous les torts dans cette guerre; il a mal
conu et mal dirig les mouvemens de l'arme; il croyait l'empereur
 Paris, lorsqu'il se trouvait sur ses flancs; il pensait avoir
l'initiative des mouvemens, et il tait dj tourn.

Au reste, la veille de la bataille, la consternation tait dj dans les
chefs; ils reconnaissaient qu'on tait mal post, et qu'on allait jouer
le va-tout de la monarchie. Ils disaient tous: Eh bien? nous paierons
de notre personne. Ce qui est, d'ordinaire, le sentiment des hommes qui
conservent peu d'esprance.

La reine se trouvait toujours au quartier-gnral  Weimar; il a bien
fallu lui dire enfin que les circonstances taient srieuses, et que le
lendemain il pouvait se passer de grands vnemens pour la monarchie
prussienne. Elle voulait que le roi lui dt de s'en aller; et, en effet
elle fut mise dans le cas de partir.

Lord Morpelh, envoy par la cour de Londres pour marchander le sang
prussien, mission vritablement indigne d'un homme tel que lui, arriva
le 11  Weimar, charg de faire des offres sduisantes, et de proposer
des subsides considrables. L'horizon s'tait dj fort obscurci, le
cabinet ne voulut pas voir cet envoy; il lui fit dire qu'il y avait
peut-tre peu de sret pour sa personne, et il l'engagea  retourner
 Hambourg, pour y attendre l'vnement. Qu'aurait dit la duchesse de
Devonshire, si elle avait vu son gendre charg de souffler le feu de la
guerre, de venir offrir un or empoisonn, et oblig de retourner sur
ses pas tristement et en grande hte? Ou ne peut que s'indigner de voir
l'Angleterre compromettre de la sorte des agens estimables et jouer un
rle aussi odieux.

On n'a point encore de nouvelles de la conclusion d'un trait entre la
Prusse et la Russie, et il est certain qu'aucun Russe n'a paru, jusqu'
ce jour, sur le territoire prussien. Du reste, l'arme dsire fort les
voir; ils trouveront Austerlitz en Prusse.

Le prince Louis-Ferdinand de Prusse, et les autres gnraux qui ont
succomb sous les premiers coups des Franais, sont aujourd'hui dsigns
comme les principaux moteurs de cette incroyable frnsie. Le roi, qui
en a couru toutes les chances, et qui supporte tous les malheurs qui en
ont t le rsultat, est de tous les hommes entrans par elle, celui
qui y tait demeur le plus tranger.

Il y a  Leipsick une telle quantit de marchandises anglaises, qu'on a
dj offert soixante millions pour les racheter.

On se demande ce que l'Angleterre gagnera  tout ceci. Elle pouvait
recouvrer le Hanovre, garder le cap de Bonne-Esprance, conserver Malte,
faire une paix honorable, et rendre la tranquillit au Monde. Elle a
voulu exciter la Prusse contre la France, pousser l'empereur et la
France  bout; eh bien! elle a conduit la Prusse  sa ruine, procur
 l'empereur une plus grande gloire,  la France une plus grande
puissance; el le temps approche o l'on pourra dclarer l'Angleterre en
tat de blocus continental. Est-ce donc avec du sang que les Anglais
ont espr alimenter leur commerce et ranimer leur industrie? De grands
malheurs peuvent fondre sur l'Angleterre; l'Europe les attribuera  la
perte de ce ministre honnte homme, qui voulait gouverner par des ides
grandes et librales, et que le peuple anglais pleurera un jour avec des
larmes de sang.

Les colonnes franaises sont dj en marche sur Potsdam et Berlin. Les
dputs de Potsdam sont arrivs pour demander une sauve-garde.

Le quartier imprial est aujourd'hui  Wittemberg.



Wittemberg, le 24 octobre 1806.

_Seizime bulletin de la grande arme._

Le duc de Brunswick a envoy son marchal du palais  l'empereur. Cet
officier tait charg d'une lettre par laquelle le duc recommandait ses
tats  S.M.

L'empereur lui a dit: Si je faisais dmolir la ville de Brunswick, et si
je n'y laissais pas pierre sur pierre, que dirait votre prince? La loi
du talion ne me permet-elle pas de faire  Brunswick ce qu'il voulait
faire dans ma capitale? Annoncer le projet de dmolir des villes, cela
peut tre insens; mais vouloir ter l'honneur  toute une arme de
braves gens, lui proposer de quitter l'Allemagne par journes d'tapes,
 la seule sommation de l'arme prussienne, voil ce que la postrit
aura peine  croire. Le duc de Brunswick n'et jamais d se permettre
un tel outrage; lorsqu'on a blanchi sous les armes, on doit respecter
l'honneur militaire, et ce n'est pas d'ailleurs dans les plaines de
Champagne que ce gnral a pu acqurir le droit de traiter les drapeaux;
franais avec un tel mpris. Une pareille sommation ne dshonorera que
le militaire qui l'a pu faire. Ce n'est pas au roi de Prusse que restera
ce dshonneur, c'est au chef de son conseil militaire, c'est au gnral
 qui, dans ces circonstances difficiles, il avait remis le soin des
affaires; c'est enfin le duc de Brunswick que la France et la Prusse
peuvent accuser seul de la guerre. La frnsie dont ce vieux gnral a
donn l'exemple, a autoris une jeunesse turbulente et entran le roi
contre sa propre pense et son intime conviction. Toutefois, monsieur,
dites aux habitans du pays de Brunswick qu'ils trouveront dans les
Franais des ennemis gnreux, que je dsire adoucir  leur gard les
rigueurs de la guerre, et que le mal que pourrait occasionner le passage
des troupes, serait contre mon gr. Dites au gnral Brunswick qu'il
sera trait avec tous les honneurs dus  un officier prussien; mais que
je ne puis reconnatre dans un gnral prussien, un souverain. S'il
arrive que la maison de Brunswick perde la souverainet de ses anctres,
elle ne pourra s'en prendre qu' l'auteur de deux guerres qui, dans
l'une, voulut saper jusque dans ses fondemens la grande capitale;
qui, dans l'autre, prtendit dshonorer deux cent mille braves, qu'on
parviendrait peut-tre  vaincre, mais qu'on ne surprendra jamais hors
du chemin de l'honneur et de la gloire. Beaucoup de sang a t vers en
peu de jours; de grands dsastres psent sur la monarchie prussienne.
Qu'il est digne de blme cet homme qui d'un mot pouvait les prvenir,
si, comme Nestor, levant la parole au milieu des conseils, il avait
dit:

Jeunesse inconsidre, taisez-vous; femmes, retournez  vos fuseaux et
rentrez dans l'intrieur de vos mnages; et vous, sire, croyez-en le
compagnon du plus illustre de vos prdcesseurs: puisque l'empereur
Napolon ne veut pas la guerre, ne le placez pas entre la guerre et le
dshonneur; ne vous engagez pas dans une lutte dangereuse avec une arme
qui s'honore de quinze ans de travaux glorieux, et que la victoire a
accoutume  tout soumettre. Au lieu de tenir ce langage qui convenait
si bien  la prudence de son ge et  l'exprience de sa longue
carrire, il a t le premier  crier aux armes. Il a mconnu jusqu'aux
liens du sang, en armant un fils contre son pre; il a menac de planter
ses drapeaux sur le palais de Stuttgard, et accompagnant ses dmarches
d'imprcations contre la France, il s'est dclar l'auteur de ce
manifeste insens qu'il avait dsavou pendant quatorze ans, quoiqu'il
n'ost pas nier de l'avoir revtu de sa signature.

On a remarqu que pendant cette conversation, l'empereur avec cette
chaleur dont il est quelquefois anim, a rpt souvent: renverser et
dtruire les habitations des citoyens paisibles, c'est un crime qui se
rpare avec du temps et de l'argent; mais dshonorer une arme, vouloir
qu'elle fuie hors de l'Allemagne, devant l'aigle prussienne, c'est une
bassesse que celui-l seul qui la conseille, tait capable de commettre.

M. de Lucchesini est toujours au quartier-gnral; l'empereur a refus
de le voir, mais on observe qu'il a de frquentes confrences avec le
grand-marchal du palais Duroc.

L'empereur a ordonn de faire prsent, sur la grande quantit de draps
anglais trouve  Leipsick, d'un habillement complet  chaque officier,
et d'une capote et d'un habit  chaque soldat.

Le quartier-gnral est  Kropstadt.



Potsdam, le 25 octobre 1806.

_Dix-septime bulletin de la grande arme._

Le corps du marchal Lannes est arriv le 24  Potsdam.

Le corps du marchal Davoust a fait son entre le 25,  dix heures du
matin,  Berlin.

Le corps du marchal prince de Ponte-Corvo est  Brandenbourg.

Le corps du marchal Augereau fera son entre  Berlin, demain 26.

L'empereur est arriv hier  Potsdam, et est descendu au palais. Dans la
soire, il est all visiter le nouveau palais, Sans-Soucy, et toutes
les positions qui environnent Potsdam. Il a trouv la situation et la
distribution du chteau de Sans-Soucy, agrables. Il est rest quelque
temps dans la chambre du grand Frdric, qui se trouve tendue et meuble
telle qu'elle l'tait  sa mort.

Le prince Ferdinand, frre du grand Frdric, est demeur  Berlin.

On a trouv dans l'arsenal de Berlin cinq cents pices de canon,
plusieurs centaines de milliers de poudre et plusieurs milliers de
fusils.

Le gnral Hullin est nomm commandant de Berlin.

Le gnral Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, s'est rendu  Spandau,
la forteresse se dfend; il en a fait l'investissement avec les dragons
de la division Dupont.

Le grand-duc de Berg s'est rendu  Spandau pour se mettre  la poursuite
d'une colonne qui file de Spandau sur Stettin, et qu'on espre couper.

Le marchal Lefebvre, commandant la garde impriale  pied, et le
marchal Bessires, commandant la garde impriale  cheval, sont arrivs
 Potsdam le 24  neuf heures du soir. La garde  pied a fait quatorze
lieues dans un jour.

L'empereur reste toute la journe du 25  Potsdam.

Le corps du marchal Ney bloque Magdebourg.

Le corps du marchal Soult a pass l'Elbe  une journe de Magdebourg,
et poursuit l'ennemi sur Stettin.

Le temps continue  tre superbe; c'est le plus bel automne que l'on ait
vu.

En route, l'empereur tant  cheval, pour se rendre de Wittemberg 
Potsdam, a t surpris par un orage, et a mis pied  terre dans la
maison du grand-veneur de Saxe. S.M. a t fort tonne de s'entendre
appeler par son nom par une jolie femme; c'tait une gyptienne, veuve
d'un officier franais de l'arme d'gypte, et qui se trouvait en Saxe
depuis trois mois; elle demeurait chez le grand-veneur de Saxe, qui
l'avait recueillie et honorablement traite. L'empereur lui a fait une
pension de 1200 fr. et s'est charg de placer son enfant. C'est la
premire fois, a dit l'empereur, que je mets pied  terre pour un orage;
j'avais le pressentiment qu'une bonne action m'attendait l.

On remarque comme une singularit, que l'empereur Napolon est arriv 
Potsdam,, et descendu dans le mme appartement, le jour mme, et presque
 la mme heure que l'empereur de Russie, lors du voyage que fit ce
prince, l'an pass, et qui a t si funeste  la Prusse. C'est de ce
moment, que la reine a quitt le soin de ses affaires intrieures et les
graves occupations de la toilette, pour se mler des affaires d'tat,
influencer le roi, et susciter partout ce feu dont elle tait possde.

La saine partie de la nation prussienne regarde ce voyage comme un des
plus grands malheurs qui soit arriv  la Prusse. On ne se fait point
d'ide de l'activit de la faction pour porter le roi  la guerre malgr
lui.

Le rsultat du clbre serment fait sur le tombeau du grand Frdric
le 4 novembre 1805, a t la bataill d'Austerlitz et l'vacuation de
l'Allemagne par l'arme russe,  journes d'tapes. On fit quarante-huit
heures aprs, sur ce sujet, une gravure qu'on trouve dans toutes les
boutiques, et qui excite le rire mme des paysans. On y voit le bel
empereur de Russie, prs de lui la reine, et de l'autre ct le roi
qui lve la main sur le tombeau du grand Frdric; la reine elle-mme,
drape d'un schall  peu prs comme les gravures de Londres reprsentent
lady Hamilton, appuie la main sur son coeur, et a l'air de regarder
l'empereur de Russie. On ne conoit point que la police de Berlin ait
laiss rpandre une aussi pitoyable satire.

Toutefois, l'ombre du grand Frdric n'a pu que s'indigner de cette
scne scandaleuse. Son esprit, son gnie et ses voeux taient avec la
nation qu'il a tant estime, et dont il disait que s'il en tait roi, il
ne se tirerait pas un coup de canon en Europe, sans sa permission.



Potsdam, le 26 octobre 1806.

_Dix-huitime bulletin de la grande arme._

L'empereur a pass  Potsdam la revue de la garde  pied, compose
de dix bataillons et de soixante pices d'artillerie, servie par
l'artillerie  cheval. Ces troupes, qui ont prouv tant de fatigues,
avaient la mme tenue qu' la parade de Paris.

A la bataille de Jna, le gnral de division Victor a reu un biscaen
qui lui a fait une contusion: il a t oblig de garder le lit pendant
quelques jours. Le gnral de brigade Gardanne, aide-de-camp de
l'empereur, a eu un cheval tu et a t lgrement bless. Quelques
officiers suprieurs ont eu des blessures, d'autres des chevaux tus, et
tous ont rivalis de courage et de zle.

L'empereur a t voir le tombeau du grand Frdric. Les restes de ce
grand homme sont renferms dans un cercueil de bois recouvert en
cuivre, plac dans un caveau sans ornemens, sans trophes, sans aucune
distinction qui rappellent les grandes actions qu'il a faites.

L'empereur a fait prsent  l'Htel-des-Invalides de Paris, de l'pe
de Frdric, de son cordon de l'Aigle-Noir, de sa ceinture de gnral,
ainsi que des drapeaux que portait sa garde dans la guerre de sept ans.
Les vieux invalides de l'arme de Hanovre accueilleront avec un respect
religieux tout ce qui a appartenu  un des premiers capitaines dont
l'histoire conservera le souvenir.

Lord Morpelh, envoy d'Angleterre auprs du cabinet prussien, ne se
trouvait, pendant la journe de Jna, qu' six lieues du champ de
bataille. Il a entendu le canon; un courrier vint bientt lui annoncer
que la bataille tait perdue, et en un moment il fut entour de fuyards
qui le poussaient de tous cts. Il courait en criant: _Il ne faut pas
que je sois pris!_ Il offrit jusqu' soixante guines pour obtenir un
cheval; il en obtint un et se sauva.

La citadelle de Spandau, situe  trois lieues de Berlin, et  quatre
lieues de Potsdam, forte par sa situation au milieu des eaux, et
renfermant douze cents hommes de garnison, et une grande quantit de
munitions de guerre et de bouche, a t cerne le 24 dans la nuit. Le
gnral Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, avait dj reconnu la
place. Les pices taient disposes pour jeter des obus et intimider
la garnison. Le marchal Lannes a fait signer par le commandant la
capitulation de cette place.

On a trouv  Berlin des magasins considrables d'effets de campement et
d'habillement; ou en dresse les inventaires.

Une colonne, commande par le duc de Weimar, est poursuivie par le
marchal Soult. Elle s'est prsente le 23 devant Magdebourg. Nos
troupes taient l depuis le 20. Il est probable que nette colonne,
forte de quinze mille hommes, sera coupe et prise. Magdebourg est le
premier point de rendez-vous des troupes prussiennes. Beaucoup de corps
s'y rendent. Les Franais le bloquent.

Une lettre de Helmstadt, rcemment intercepte, contient des dtails
curieux.

MM. le prince d'Hatzfeld, Basching, prsident de la police, le prsident
de Kercheisen; Formey, conseiller intime; Polzig, conseiller de la
municipalit; MM. Ruek, Siegr et Hermensdorf, conseillers dputs de la
ville de Berlin, ont remis ce matin  l'empereur,  Potsdam, les clefs
de cette capitale. Ils taient accompagns de MM. Grote, conseiller des
finances; le baron de Vichnitz et le baron d'Eckarlstein. Ils ont dit
que les bruits qu'on avait rpandus sur l'esprit de cette ville taient
faux; que les bourgeois et la masse du peuple avaient vu la guerre avec
peine; qu'une poigne de femmes et de jeunes officiers avaient fait
seuls ce tapage; qu'il n'y avait pas un seul homme sens qui n'et vu
ce qu'on avait  craindre, et qui pt deviner ce qu'on avait  esprer.
Comme tous les Prussiens, ils accusent le voyage de l'empereur Alexandre
des malheurs de la Prusse. Le changement qui s'est ds-lors opr dans
l'esprit de la reine, qui, de femme timide et modeste, s'occupant de son
intrieur, est devenue turbulente et guerrire, a t une rvolution
subite. Elle a voulu tout  coup avoir un rgiment, aller au conseil;
elle a si bien men la monarchie, qu'en peu de jours elle l'a conduite
au bord du prcipice.

Le quartier-gnral est  Charlottembourg.



Charlottembourg, le 27 octobre 1806.

_Dix-neuvime bulletin de la grande arme._

L'empereur, parti de Potsdam aujourd'hui  midi, a t visiter la
forteresse de Spandau. Il a donn des ordres au gnral de division
Chasseloup, commandant le gnie de l'arme, sur les amliorations 
faire aux fortifications de cette place. C'est un ouvrage superbe;
les magasins sont magnifiques. On a trouv  Spandau des farines,
des grains, de l'avoine pour nourrir l'arme pendant deux mois, des
munitions de guerre pour doubler l'approvisionnement de l'artillerie.
Cette forteresse, situe sur la Spre,  deux lieues de Berlin, est une
acquisition inestimable. Dans nos mains, elle soutiendra deux mois de
tranche ouverte. Si les Prussiens ne l'ont pas dfendue, c'est que le
commandant n'avait pas reu d'ordre, et que les Franais y sont arrivs
en mme temps que la nouvelle de la bataille perdue. Les batteries
n'taient pas faites et la place tait dsarme.

Pour donner une ide de l'extrme confusion qui rgne dans cette
monarchie, il sufft de dire que la reine,  son retour de ses ridicules
et tristes voyages d'Erfurt et de Weimar, a pass la nuit  Berlin, sans
voir personne; qu'on a t long-temps sans avoir de nouvelles du roi;
que personne n'a pourvu  la sret de la capitale, et que les bourgeois
ont t obligs de se runir pour former un gouvernement provisoire.

L'indignation est  son comble contre les auteurs de la guerre. Le
manifeste, que l'on appelle  Berlin un indcent libelle o aucun grief
n'est articul, a soulev la nation contre son auteur, misrable scribe
nomm Gentz, un de ces hommes sans honneur qui se vendent pour de
l'argent.

Tout le monde avoue que la reine est l'auteur des maux que souffre la
nation prussienne. On entend dire partout: Elle tait si bonne, si
douce il y a un an! mais depuis cette fatale entrevue avec l'empereur
Alexandre, combien elle est change!

Il n'y a eu aucun ordre donn dans les palais, de manire qu'on a trouv
 Potsdam l'pe du grand Frdric, la ceinture dgnrai qu'il portait
 la guerre de sept ans, et son cordon de l'Aigle-Noir. L'empereur s'est
saisi de ces trophes avec empressement, et a dit: J'aime mieux cela
que vingt millions. Puis, pensant un moment  qui il confierait ce
prcieux dpt: Je les enverrai, dit-il,  mes vieux soldats de la
guerre d'Hanovre, j'en ferai prsent au gouverneur des Invalides: cela
restera  l'Htel.

On a trouv dans l'appartement qu'occupait la reine,  Potsdam, le
portrait de l'empereur de Russie, dont ce prince lui avait fait prsent;
on a trouv  Charlottembourg sa correspondance avec le roi, pendant
trois ans, et des mmoires rdigs par des crivains anglais, pour
prouver qu'on ne devait tenir aucun compte des traits conclus avec
l'empereur Napolon, mais se tourner tout  fait du ct de la Russie.
Ces pices surtout sont des pices historiques; elles dmontreraient,
si cela avait besoin d'une dmonstration, combien sont malheureux les
princes qui laissent prendre aux femmes l'influence sur les affaires
politiques. Les notes, les rapports, les papiers d'tat taient musqus,
et se trouvaient mls avec les chiffons et d'autres objets de la
toilette de la reine. Cette princesse avait exalt les ttes de toutes
les femmes de Berlin; mais aujourd'hui elles ont bien chang: les
premiers fuyards ont t mal reus; on leur a rappel, avec ironie, le
jour o ils aiguisaient leurs sabres sur les places de Berlin, voulant
tout tuer et tout pour fendre.

Le gnral Savary, envoy avec un dtachement de cavalerie  la
recherche de l'ennemi, mande que le prince de Hohenlohe, oblig de
quitter Magdebourg, se trouvait, le 25, entre Rattenau et Ruppin, se
retirant sur Stettin.

Le marchal Lannes tait dj  Zehdenick; il est probable que les
dbris de ce corps ne parviendront pas  se sauver sans tre de nouveau
entams.

Le corps bavarois doit tre entr ce matin  Dresde, on n'en a pas
encore de nouvelles.

Le prince Louis-Ferdinand, qui a t tu dans la premire affaire de la
campagne, est appel publiquement,  Berlin, le petit duc d'Orlans. Ce
jeune homme abusait de la bont du roi au point de l'insulter. C'est lui
qui,  la tte d'une troupe de jeunes officiers, se porta, pendant une
nuit,  la maison de M. de Haugwitz, lorsque ce ministre revint de
Paris, et cassa ses fentres.

On ne sait si l'on doit le plus s'tonner de tant d'audace ou de tant de
faiblesse.

Une grande partie de ce qui a t dirig de Berlin sur Magdebourg et sur
l'Oder a t intercept par la cavalerie lgre. On a dj arrt
plus de soixante bateaux charge d'effets d'habillement, de farine
d'artillerie. Il y a des rgimens d'hussards qui ont plus de 500,000
francs. On a rendu compte qu'ils achetaient de l'or pour de l'argent 
cinquante pour cent de perte.

Le chteau de Charlottembourg, o loge l'empereur, est situ  une lieue
de Berlin, sur la Spre.



Charlottembourg, le 27 octobre 1806.

_Vingtime bulletin de la grande arme._

Si les vnemens militaires n'ont plus l'intrt de l'incertitude, ils
ont toujours l'intrt des combinaisons, des marches et des manoeuvres.
L'infatigable grand-duc de Berg se trouvait  Zehdenick le 26,  trois
heures aprs-midi, avec la brigade de cavalerie lgre du gnral
Lasalle, et les divisions de dragons des gnraux Beaumont et Grouchy
taient en marche pour arriver sur ce point.

La brigade du gnral Lasalle contint l'ennemi, qui lui montra prs de
six mille hommes de cavalerie. C'tait toute la cavalerie de l'arme
prussienne, qui, ayant abandonn Magdebourg, formait l'avant garde du
corps du prince de Hohenlohe, qui se dirigeait sur Stettin. A quatre
heures aprs midi, les deux divisions de dragons tant arrives, la
brigade du gnral Lasalle chargea l'ennemi avec cette singulire
intrpidit qui a caractris les hussards et les chasseurs franais
dans cette campagne, La ligne de l'ennemi, quoique triple, fut rompue,
l'ennemi poursuivi dans le village de Zehdenick et culbut dans les
dfils. Le rgiment des dragons de la reine voulut se reformer; mais
les dragons de la division Grouchy se prsentrent, chargrent l'ennemi,
et en firent un horrible carnage. De ces six mille hommes de cavalerie,
partie a t culbute dans les marais; trois cents hommes sont rests
sur le champ de bataille; sept cents ont t pris avec leurs chevaux, le
colonel du rgiment de la reine et un grand nombre d'officiers sont de
ce nombre. L'tendard de ce rgiment a t pris. Le corps du marchal
Lannes est en pleine marche pour soutenir la cavalerie. Les cuirassiers
se portent en colonne sur la droite, et un autre corps d'arme se porte
sur Granse. Nous arriverons  Stettin avant cette arme, qui, attaque
dans sa marche en flanc, est dj dborde par sa tte. Dmoralise
comme elle l'est, on a lieu d'esprer que rien n'chappera, et que toute
la partie de l'arme prussienne qui a inutilement perdu deux jours 
Magdebourg pour se rallier, n'arrivera pas sur l'Oder.

Ce combat de cavalerie de Zehdenick a son intrt comme fait militaire.
De part et d'autre, il n'y avait pas d'infanterie; mais la cavalerie
prussienne est si loin de la ntre, que les vnemens de la campagne
ont prouv qu'elle ne pouvait tenir vis  vis de forces moindres de la
moiti.

Un adjoint de l'tat-major, arrt par un parti ennemi du ct de la
Thuringe, lorsqu'il portait des ordres au marchal Mortier, a t
conduit  Custrin, et y a vu le roi. Il rapporte qu'au-del de l'Oder,
il n'est arriv que trs-peu de fuyards, soit  Stettin, soit  Custrin;
il n'a presque point vu de troupes d'infanterie.



Berlin, le 28 octobre 1806.

_Vingt-unime bulletin de la grande arme._

L'empereur a fait, hier 27, une entre solennelle  Berlin. Il tait
environn du prince de Neufchtel, des marchaux Davoust et Augereau,
de son grand-marchal du palais, de son grand-cuyer et de ses
aides-de-camp. Le marchal Lefebvre ouvrait la marche,  la tte de la
garde impriale  pied; les cuirassiers de la division Nansouty taient
en bataille sur le chemin. L'empereur marchait entre les grenadiers et
les chasseurs  cheval de sa garde. Il est descendu au palais  trois
heures aprs-midi; il a t reu par le grand-marchal du palais,
Duroc. Un foule immense tait accourue sur son passage. L'avenue de
Charlottembourg  Berlin est trs-belle; l'entre par cette porte
est magnifique. La journe tait superbe. Tout le corps de la ville,
prsent par le gnral Hullin, commandant de la place, est venu  la
porte offrir les clefs de la ville  l'empereur; ce corps s'est rendu
ensuite chez S.M. Le gnral prince d'Hatzfeld tait  la tte.

L'empereur a ordonn que les deux mille bourgeois les plus riches se
runissent a l'htel-de-ville, pour nommer soixante d'entr'eux, qui
formeront le corps municipal. Les vingt cantons fourniront une garde
de soixante hommes chacun; ce qui fera douze cents des plus riches
bourgeois pour garder la ville et en faire la police. L'empereur a dit
au prince d'Hatzfeld: Ne vous prsentez pas devant moi, je n'ai pas
besoin de vos services. Retirez-vous dans vos terres. Il a reu le
chancelier et les ministres du roi de Prusse.

Le 28,  neuf heures du matin, les ministres de Bavire, d'Espagne,
de Portugal et de la Porte, qui taient  Berlin, ont t admis 
l'audience de l'empereur. Il a dit au ministre de la Porte d'envoyer
un courrier  Constantinople, pour porter des nouvelles de ce qui se
passait, et annoncer que les Russes n'entreraient pas aujourd'hui en
Moldavie, et qu'ils ne tenteraient rien contre l'empire ottoman. Ensuite
il a reu tout le clerg protestant et calviniste. Il y a  Berlin plus
de dix ou douze mille Franais rfugis par suite de l'dit de Nantes.
S. M. a caus avec les principaux d'entr'eux. Il leur a dit qu'ils
avaient de justes droits  sa protection, et que leurs privilges et
leur culte seraient maintenus. Il leur a recommand de s'occuper de
leurs affaires, de rester tranquilles, et de porter obissance et
respect  _Csar_.

Les cours de justice lui ont t prsentes par le chancelier. Il s'est
entretenu avec les membres de la division des cours d'appel et de
premire instance; il s'est inform de la manire dont se rendait la
justice.

M. le comte de Nale s'tant prsent dans les salons de l'empereur,
S.M. lui a dit: Eh! bien, Monsieur, vos femmes ont voulu la guerre,
en voici le rsultat; vous deviez mieux contenir votre famille. Des
lettres de sa fille avaient t interceptes: Napolon, disaient ces
lettres, ne veut pas la guerre, il faut la lui faire. --Non, dit S.M.
 M. de Nale, je ne veux pas la guerre, non pas que je me mfie de ma
puissance, comme vous le pensez, mais parce que le sang de mes peuples
m'est prcieux, et que mon premier devoir est de ne le rpandre que pour
sa sret et son honneur. Mais ce bon peuple de Berlin est victime de
la guerre, tandis que ceux qui l'ont attire se sont sauvs. Je rendrai
cette noblesse de cour si petite, qu'elle sera oblige de mendier son
pain.

En faisant connatre ses intentions au corps municipal, j'entends, dit
l'empereur, qu'on ne casse les fentres de personne. Mon frre le roi de
Prusse a cess d'tre roi le jour o il n'a pas fait pendre le prince
Louis-Ferdinand, lorsqu'il a t assez os pour aller casser les
fentres de ses ministres.

Aujourd'hui 28, l'empereur est mont  cheval pour passer en revue le
corps du marchal Davoust; demain S.M. passera en revue le corps du
marchal Augereau.

Le grand-duc de Berg, et les marchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo
sont  la poursuite du prince de Hohenlohe. Aprs le brillant combat de
cavalerie de Zehdenick, le grand-duc de Berg s'est port  Templin; il
y a trouv les vivres et le dner prpars pour les gnraux et les
troupes prussienne.

 Granse, le prince de Hohenlohe a chang de route, et s'est dirig sur
Furstemberg. Il est probable qu'il sera coup de l'Oder, et qu'il sera
envelopp et pris.

Le duc de Weimar est dans une position semblable vis--vis du marchal
Soult. Ce duc a montr l'intention de passer l'Elbe  Tanger-Munde, pour
gagner l'Oder. Le 25, le marchal Soult l'a prvenu. S'il est joint, pas
un homme n'chappera; s'il parvient  passer, il tombe dans les mains du
grand-duc de Berg et des marchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo. Une
partie de nos troupes borde l'Oder. Le roi de Prusse a pass la Vistule.

M. le comte de Zastrow a t prsent  l'empereur le 27, 
Charlottembourg, et lui a remis une lettre du roi de Prusse. Au moment
mme l'empereur reoit un aide-de-camp du prince Eugne, qui lui annonce
une victoire remporte sur les Russes en Albanie.

Voici la proclamation que l'empereur a faite  ses soldats:


_Proclamation de l'empereur  l'arme._

Soldats! vous avez justifi mon attente, et rpondu dignement  la
confiance du peuple franais. Tous avez support les privations et les
fatigues avec autant de courage que vous avez montr d'intrpidit et
de sang-froid au milieu des combats. Vous tes les dignes dfenseurs de
l'honneur de ma couronne et de la gloire du grand peuple; tant que vous
serez anims de cet esprit, rien ne pourra vous rsister. Je ne sais
dsormais  quelle arme je dois donner la prfrence.... vous tes tous
de bons soldats. Voici les rsultats de nos travaux.

Une des premires puissances militaires de l'Europe, qui osa nagure
nous proposer une honteuse capitulation, est anantie. Les forts, les
dfils de la Franconie, la Saale, l'Elbe, que nos pres n'eussent pas
traverss en sept ans, nous les avons traverss en sept jours, et livr
dans l'intervalle quatre combats et une grande bataille, Nous avons
prcd  Potsdam,  Berlin, la renomme de nos victoires. Nous avons
fait soixante mille prisonniers, pris soixante-cinq drapeaux, parmi
lesquels ceux des gardes du roi de Prusse; six cents pices de canon,
trois forteresses, plus de vingt gnraux. Cependant, prs de la moiti
de vous regrettent de n'avoir pas encore tir un coup de fusil. Toutes
les provinces de la monarchie prussienne, jusqu' l'Oder, sont en notre
pouvoir.

Soldats! les Russes se vantent de venir  nous. Nous marcherons  leur
rencontre, nous leur pargnerons la moiti du chemin, ils retrouveront
Austerlitz au milieu de la Prusse. Une nation qui a aussitt oubli la
gnrosit dont nous avons us envers elle aprs cette bataille, o son
empereur, sa cour, les dbris de son arme n'ont d leur salut qu' la
capitulation que nous leur avons accorde, est une nation qui ne saurait
lutter avec succs contre nous.

Cependant, tandis que nous marchons au-devant des Russes, de nouvelles
armes, formes dans l'intrieur de l'empire, tiennent prendre notre
place pour garder nos conqutes. Mon peuple tout entier s'est lev,
indign de la honteuse capitulation que les ministres prussiens, dans
leur dlire, nous ont propose. Nos routes et nos villes frontires sont
remplies de conscrits qui brlent de marcher sur vos traces. Nous ne
serons plus dsormais les jouets d'une paix tratresse, et nous ne
poserons plus les armes que nous n'ayons oblig les Anglais, ces
ternels ennemis de notre nation,  renoncer au projet de troubler le
continent, et  la tyrannie des mers.

Soldats! je ne puis mieux vous exprimer les sentimens que j'ai pour
vous, qu'en vous disant que je vous porta dans mon coeur l'amour que
vous me montrez tous les jours.

NAPOLON.



Berlin, le 29 octobre 1806.

_Vingt-deuxime bulletin de la grande arme._

Les vnemens se succdent avec rapidit. Le grand-duc de Berg est
arriv le 27  Hasleben avec une division de dragons. Il avait envoy 
Boitzenhourg le gnral Milhaud, avec le treizime rgiment de chasseurs
et la brigade de cavalerie lgre du gnral Lasalle, sur Prentzlow.
Instruit que l'ennemi tait en force  Boitzenbourg, il s'est port
 Wigneensdorf. A peine arriv l, il s'aperut qu'une brigade de
cavalerie ennemie s'tait porte sur la gauche, dans l'intention de
couper le gnral Milhaud. Les voir, les charger, jeter le corps des
gendarmes du roi dans le lac, fut l'affaire d'un moment. Ce rgiment se
voyant perdu, demanda  capituler. Cinq cents hommes mirent pied 
terre et remirent leurs chevaux. Les officiers se retirent chez eux sur
parole. Quatre tendards de la garde, tous d'or, furent le trophe du
petit combat de Wigneensdorf, qui n'tait que le prlude de la belle
affaire de Prentzlow.

Ces clbres gendarmes, qui ont trouv tant de commisration aprs la
dfaite, sont les mmes qui, pendant trois mois, ont rvolt la ville de
Berlin par toutes sortes de provocations. Ils allaient sous les fentres
de M. Lafort, ministre de France, aiguiser leurs sabres: les gens de
bon sens haussaient les paules; mais la jeunesse sans exprience, et
les femmes passionnes,  l'exemple de la reine, voyaient dans cette
fanfaronnade, un pronostic sr des grandes destines qui attendaient
l'arme prussienne.

Le prince de Hohenlohe, avec les dbris de la bataille de Jna,
cherchait  gagner Stettin. Il avait t oblig de changer de route,
parce que le grand-duc de Berg tait  Templin avant lui. Il voulut
dboucher de Boitzenbourg sur Hasleben, il fut tromp dans son
mouvement. Le grand-duc de Berg jugea que l'ennemi cherchait  gagner
Prentzlow; cette conjecture tait fonde. Le prince marcha toute la
nuit avec les divisions de dragons des gnraux Beaumont et Grouchy,
claires par la cavalerie lgre du gnral Lasalle. Les premiers
postes de nos hussards arrivrent  Prentzlow avec l'ennemi, mais
ils furent obligs de se retirer le 28 au matin devant les forces
suprieures que dploya le prince de Hohenlohe. A neuf heures du matin,
le grand-duc de Berg arriva  Prentow, et  dix heures, il vit l'arme
ennemie en pleine marche. Sans perdre de temps en vains mouvemens, le
prince ordonna, au gnral Lasalle de charger dans les faubourgs de
Prentzlow, et le fit soutenir par les gnraux Grouchy et Beaumont, et
leurs six pices d'artillerie lgre. Il ft traverser  Golmitz la
petite rivire qui passe  Prentzlow, par trois rgimens de dragons,
attaquer le flanc de l'ennemi, et chargea son autre brigade de dragons
de tourner la ville. Nos braves canonnires  cheval placrent si bien
leurs pices, et tirrent avec tant d'assurance, qu'ils mirent de
l'incertitude dans les mouvemens de l'ennemi. Dans le moment, le gnral
Grouchy reut ordre de charger: ses braves dragons s'en acquittrent
avec intrpidit. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fut culbut
dans les faubourgs de Prentzlow. On pouvait entrer ple-mle avec
l'ennemi dans la ville; mais le prince prfra les faire sommer par le
gnral Belliard. Les portes de la ville taient dj brises; Sans
esprance, le prince de Hohenlohe, un des principaux boute-feux de cette
guerre impie, capitula, et dfila devant l'arme franaise avec seize
mille hommes d'infanterie, presque tous gardes ou grenadiers; six
rgimens de cavalerie, quarante-cinq drapeaux et soixante-quatre pices
d'artillerie atteles. Tout ce qui avait chapp des gardes du roi de
Prusse  la bataille de Jna, est tomb en notre pouvoir. Nous avons
tous les drapeaux des gardes  pied et  cheval du roi. Le prince de
Hohenlohe, commandant en chef, aprs la blessure du duc de Brunswick,
un prince de Mecklembourg-Schwerin et plusieurs gnraux sont nos
prisonniers.

Mais il n'y a rien de fait, tant qu'il reste  faire, crivit
l'empereur au grand-duc de Berg. Vous avez dbord une colonne de huit
mille hommes, commande par le gnral Blucher; que j'apprenne bientt
qu'elle a prouv le mme sort.

Une autre de dix mille hommes a pass l'Elbe; elle est commande par le
duc de Weimar. Tout porte  croire que lui et toute sa colonne vont tre
envelopps.

Le prince Auguste-Ferdinand, frre du prince Louis, tu  Saalfeld, et
fils du prince Ferdinand, frre du Grand-Frdric, a t pris par nos
dragons les armes  la main.

Ainsi, cette grande et belle arme prussienne a disparu comme un
brouillard d'automne au lever du soleil. Gnraux en chef, gnraux
commandant les corps d'arme, princes, infanterie, cavalerie,
artillerie, il n'en reste plus rien. Nos postes tant entrs  Francfort
sur l'Oder, le roi de Prusse s'est port plus loin. Il ne lui reste pas
quinze mille hommes; et pour un tel rsultat, il n'y a presque aucune
perte de notre ct.

Le gnral Clarke, gouverneur du pays d'Erfurth, a fait capituler un
bataillon saxon qui errait sans direction.

L'empereur a pass, le 28, la revue du corps du marchal Davoust, sous
les murs de Berlin. Il a nomm  toutes les places vacantes, il
a rcompens les braves. Il a ensuite runi les officiers et
sous-officiers en cercle, et leur a dit: Officiers et sous-officiers du
troisime corps d'arme, vous vous tes couverts de gloire  la bataille
de Jna; j'en conserverai un ternel souvenir. Les braves qui sont
morts, sont morts avec gloire. Nous devons dsirer de mourir dans
des circonstances si glorieuses. En passant la revue des douzime,
soixante-unime et quatre-vingt-cinquime rgimens de ligne qui ont
le plus perdu  cette bataille, parce qu'ils ont d soutenir les plus
grands efforts, l'empereur a t attendri de savoir morts, ou grivement
blesss, beaucoup de ses vieux soldats dont il connaissait le dvouement
et la bravoure depuis quatorze ans. Le douzime rgiment surtout a
montr une intrpidit digne des plus grands loges.

Aujourd'hui  midi, l'empereur a pass la revue du septime corps, que
commande le marchal Augereau. Ce corps a trs-peu souffert. La moiti
des soldats n'a pas eu occasion de tirer un coup de fusil, mais tous
avaient la mme volont et la mme intrpidit. La vue de ce corps tait
magnifique. Votre corps seul, a dit l'empereur, est plus fort que tout
ce qui reste au roi de Prusse, et vous ne composez pas le dixime de mon
arme.

Tous les dragons  pied que l'empereur avait fait venir  la grande
arme sont monts, et il y a au grand dpt de Spandau quatre mille
chevaux sells et brids dont on ne sait que faire, parce qu'il n'y
a pas de cavaliers qui en aient besoin. On attend avec impatience
l'arrive des dpts.

Le prince Auguste a t prsent  l'empereur, au palais de Berlin,
aprs la revue du septime corps d'anne. Ce prince a t renvoy chez
son pre, le prince Ferdinand, pour se reposer et se faire panser de ses
blessures.

Hier, avant d'aller  la revue du corps du marchal Davoust, l'empereur
avait rendu visite  la veuve du prince Henri, et au prince et  la
princesse Ferdinand, qui se sont toujours fait remarquer par la manire
distingue avec laquelle ils n'ont cess d'accueillir les Franais.

Dans le palais qu'habite l'empereur  Berlin, se trouve la soeur du roi
de Prusse, princesse lectorale de Hesse-Cassel. Cette princesse est en
couche. L'empereur a ordonn  son grand-marchal du palais de veiller
 ce qu'elle ne ft pas incommode du bruit et des mouvemens du
quartier-gnral.

Le dernier bulletin rapporte la manire dont l'empereur a reu le prince
d'Hatzfeld  son audience. Quelques instans aprs ce prince fut arrt.
Il aurait t traduit devant une commission militaire et invitablement
condamn  mort: des lettres de ce prince au prince Hohenlohe,
interceptes aux avant-postes, avaient appris que, quoiqu'il se dit
charg du gouvernement civil de la ville, il instruisait l'ennemi des
mouvemens des Franais. Sa femme, fille du ministre Schulenbourg, est
venue se jeter aux pieds de l'empereur; elle croyait que son mari tait
arrt  cause de la haine que le ministre Schulenbourg portait  la
France. L'empereur la dissuada bientt, et lui fit connatre qu'on avait
intercept des papiers dont il rsultait que son mari faisait un double
rle, et que les lois de la guerre taient impitoyables sur un pareil
dlit. La princesse attribuait  l'imposture de ses ennemis cette
accusation, qu'elle appelait une calomnie. Vous connaissez l'criture
de votre mari, dit l'empereur, je vais vous faire juge. Il fit apporter
la lettre intercepte, et la lui remit. Cette femme, grosse de plus de
huit mois, s'vanouissait  chaque mot qui lui dcouvrait jusqu' quel
point tait compromis son mari, dont elle reconnaissait l'criture.
L'empereur fut touch de sa douleur, de sa confusion, des angoisses qui
la dchiraient. Eh! bien, lui dit-il, vous tenez cette lettre, jetez-la
au feu; cette pice anantie, je ne pourrai plus faire condamner votre
mari. (Cette scne touchante se passait prs de la chemine). Madame
d'Hatzfeld ne se le fit pas dire deux fois. Immdiatement aprs, le
prince de Neufchtel reut ordre de lui rendre son mari. La commission
militaire tait dj runie. La lettre seule de M. d'Hatzfeld le
condamnait; trois heures plus tard il tait fusill.



Berlin, le 30 octobre 1806.

_Vingt-troisime bulletin de la grande arme._

Le duc de Weimar est parvenu  passer l'Elbe  Havelberg. Le gnral
Soult s'est port le 9  Rathnau, et le 30  Wertenhausen.

Le 29, la colonne du duc de Weimar tait  Rhinsberg, et le marchal
prince de Ponte-Corvo  Furstemberg. Il n'y a pas de doute que ces
quatorze mille hommes ne soient tombs ou ne tombent, dans ce moment, au
pouvoir de l'arme franaise. D'un autre ct, le gnral Blucher, avec
sept mille hommes, quittait Rhinsberg, le 29 au matin, pour se porter
sur Stettin, le marchal Lannes et le grand-duc de Berg avaient trois
journes de marche d'avance sur lui. Cette colonne est tombe en notre
pouvoir, ou y tombera sous quarante-huit heures.

Nous avons rendu compte, dans le dernier bulletin, qu' l'affaire de
Prentzlow, le grand-duc de Berg avait fait mettre bas les armes au
prince de Hohenlohe et  ses dix-sept mille hommes. Le 29, une colonne
ennemie de six mille hommes a capitul dans les mains du gnral Milhaud
 Passewalk. Cela nous donne encore deux mille chevaux sells et brids,
avec les sabres. Voil plus de six mille chevaux que l'empereur a ainsi
 Spandau, aprs avoir mont toute sa cavalerie.

Le marchal Soult, arriv  Rathnau, a rencontr cinq escadrons de
cavalerie saxonne qui ont demand  capituler. Il leur a fait signer une
capitulation. C'est encore cinq cents chevaux pour l'arme.

Le marchal Davoust a pass l'Oder  Francfort. Les allis bavarois et
wurtembergeois, sous les ordres du prince Jrme, sont en marche de
Dresde sur Francfort.

Le roi de Prusse a quitt l'Oder, et a pass la Vistule; il est
 Graudentz. Les places de la Silsie sont sans garnison et sans
approvisionnemens. Il est probable que la place de Stettin ne tardera
pas  tomber en notre pouvoir. Le roi de Prusse est sans arme, sans
artillerie, sans fusils. C'est beaucoup que d'valuer  douze ou quinze
mille hommes ce qu'il aura pu runir sur la Vistule. Rien n'est curieux
comme les mouvemens actuels. C'est une espce de chasse o la cavalerie
lgre, qui va aux aguets des corps d'arme, est sans cesse dtourne
par des colonnes ennemies qui sont coupes.

Jusqu' cette heure, nous avons cent cinquante drapeaux, parmi lesquels
sont ceux brods des mains de la belle reine, beaut aussi funeste aux
peuples de Prusse, que le fut Hlne aux Troyens.

Les gendarmes de la garde ont travers Berlin pour se rendre prisonniers
 Spandau. Le peuple, qui les avait vus si arrogans il y a peu de
semaines, les a vus dans toute leur humiliation.

L'empereur a fait aujourd'hui une grande parade, qui a dur depuis onze
heures du matin, jusqu' six heures du soir. Il a vu en dtail toute sa
garde  pied et  cheval, et les beaux rgimens des carabiniers et des
cuirassiers de la division Nansouty; il a fait diffrentes promotions,
en se faisant rendre compte de tout dans le plus grand dtail.

Le gnral Savary, avec deux rgimens de cavalerie, a dj atteint le
corps du duc de Weimar, et sert de communication pour transmettre des
renseignemens au grand-duc de Berg, au prince de Ponte-Corvo et au
marchal Soult.

On a pris possession des tats du duc de Brunswick. On croit que ce duc
s'est rfugi en Angleterre. Toutes ses troupes ont t dsarmes. Si ce
prince a mrit,  juste titre, l'animadversion du peuple franais, il
a aussi encouru celle du peuple et de l'arme prussienne; du peuple qui
lui reproche d'tre l'un des auteurs de la guerre; de l'arme; qui se
plaint de ses manoeuvres et de sa conduite militaire. Les faux calculs
des jeunes gendarmes sont pardonnables; mais la conduite de ce vieux
prince, g de soixante-douze ans, est un excs de dlire dont la
catastrophe ne saurait exciter de regrets. Qu'aura donc de respectable
la vieillesse, si, au dfaut de son ge, elle joint la fanfaronnade et
l'inconsidration de la jeunesse?



Berlin, le 31 octobre 1806.

_Vingt-quatrime bulletin de la grande arme._

Stettin est en notre pouvoir. Pendant que la gauche du grand-duc de
Berg, commande par le gnral Milhaud, faisait mettre bas les armes, 
une colonne de six mille hommes  Passewalk, la droite, commande par
le gnral Lasalle, sommait la ville de Stettin, et l'obligeait 
capituler. Stettin est une place en bon tat, bien arme et bien
palissade: cent-soixante pices de canon, des magasins considrables,
une garnison de six mille hommes de belles troupes, prisonnire,
beaucoup de gnraux, tel est le rsultat de la capitulation de Stettin,
qui ne peut s'expliquer que par l'extrme dcouragement qu'a produit
sur l'Oder et dans tous les pays de la rive droite la disparition de la
grande arme prussienne.

De toute cette belle arme de cent quatre-vingt mille hommes, rien n'a
pass l'Oder. Tout a t pris, ou erre encore entre l'Elbe et l'Oder, et
sera pris avant quatre jours. Le nombre des prisonniers montera  prs
de cent mille hommes. Il est inutile de faire sentir l'importance de la
prise de la ville de Stettin, une des places les plus commerantes de
la Prusse, et qui assure  l'arme un bon pont sur l'Oder et une bonne
ligne d'oprations.

Du moment que les colonnes du duc de Weimar et du gnral Blucher, qui
sont dbordes par la droite et la gauche, et poursuivies par la queue,
seront rendues, l'arme prendra quelques jours de repos.

On n'entend point encore parler des Russes. Nous dsirons fort qu'il en
vienne une centaine de milliers. Mais le bruit de leur marche est une
vraie fanfaronnade. Ils n'oseront pas venir  notre rencontre. La
journe d'Austerlitz se reprsente  leurs yeux. Ce qui indigne les gens
senss, c'est d'entendre l'empereur Alexandre et son snat dirigeant,
dire que ce sont les allis qui ont t battus. Toute l'Europe sait bien
qu'il n'y a pas de familles en Russie qui ne portent le deuil.

Ce n'est point la perte des allis qu'elle pleure: cent
quatre-vingt-quinze pices de bataille russes qui ont t prises, et qui
sont  Strasbourg, ne sont pas les canons des allis.

Les cinquante drapeaux russes qui sont suspendus a Notre-Dame de Paris,
ne sont point les drapeaux des allis. Les bandes de Russes qui sont
morts dans nos hpitaux, ou sont prisonniers dans nos villes, ne sont
pas les soldats des allis.

L'empereur Alexandre, qui commandait  Austerlitz et  Vischau, avec un
si grand corps d'arme, et qui faisait tant de tapage, ne commandait pas
les allis.

Le prince qui a capitul, et s'est soumis  vacuer l'Allemagne par
journes d'tapes, n'tait pas sans doute un prince alli. On ne peut
que hausser les paules  de pareilles forfanteries. Voil le rsultat
de la faiblesse des princes et de la vnalit des ministres. Il tait
bien plus simple pour l'empereur Alexandre de ratifier le trait de
paix qu'avait conclu son plnipotentiaire, et de donner le repos
au continent. Plus la guerre durera, plus la chimre de la Russie
s'effacera, et elle finira par tre anantie; autant la sage politique
de Catherine tait parvenue  faire de sa puissance un immense
pouvantail, autant l'extravagance et la folie des ministres actuels la
rendront ridicule en Europe.

Le roi de Hollande, avec l'avant-garde de l'arme du Nord, est arriv,
le 21,  Gottingue. Le marchal Mortier, avec les deux divisions du
huitime corps de la grande arme, commandes par les gnraux Lagrange
et Dupas, est arriv le 26  Fulde.

Le roi de Hollande a trouv,  Munster, dans le comt de la Marck et
autres tats prussiens, des magasins et de l'artillerie.

On a t  Fulde et  Brunswick les armes du prince d'Orange et celles
du duc. Ces deux princes ne rgneront plus. Ce sont les principaux
auteurs de cette nouvelle coalition.

Les Anglais n'ont pas voulu faire la paix; ils la feront; mais la France
aura plus d'tats et de ctes dans son systme fdratif.



Berlin, le 2 novembre 1806.

_Vingt-cinquime bulletin de la grande arme._

Le gnral de division Beaumont a prsent aujourd'hui  l'empereur
cinquante nouveaux drapeaux et tendards pris sur l'ennemi; il a
travers toute la ville avec les dragons qu'il commande, et qui
portaient ces trophes; le nombre des drapeaux, dont la prise a t la
suite de la bataille de Jna, s'lve en ce moment  deux cents.

Le gnral Davoust a fait cerner et sommer Custrin, et cette place s'est
rendue. On y a fait quatre mille hommes prisonniers de guerre. Les
officiers retournent chez eux sur parole, et les soldats sont conduits
en France. Quatre-vingt-dix pices de canon ont t trouves sur les
remparts; la place, en trs-bon tat, est situe au milieu des marais;
elle renferme des magasins considrables. C'est une des conqutes les
plus importantes de l'arme; elle a achev de nous rendre matre de
toutes les places sur l'Oder.

Le marchal Ney va attaquer en rgle Magdebourg, et il est probable que
cette forteresse fera peu de rsistance.

Le grand-duc de Berg avait son quartier gnral, le 31,  Friedland. Ses
dispositions faites, il a ordonn l'attaque de la colonne du gnral
prussien Bila que le gnral Beker a charg dans la plaine en avant
de la petite ville d'Anklam, avec la brigade de dragons du gnral
Boussart. Tout a t enfonc, cavalerie et infanterie, et le gnral
Beker est entr dans la ville avec les ennemis, qu'il a forcs de
capituler. Le rsultat de cette capitulation a t quatre mille
prisonniers de guerre: les officiers sont renvoys sur parole, et les
soldats sont conduits en France. Parmi ces prisonniers, se trouve le
rgiment de hussards de la garde du roi, qui, aprs la guerre de sept
ans, avaient reu de l'impratrice Catherine, en tmoignage de leur
bonne conduite, des pelisses de peau de tigre.

La caisse du corps du gnral Bila, et une partie des bagages avaient
pass la Penne et se trouvaient dans la Pomranie sudoise. Le grand-duc
de Berg les a fait rclamer.

Le 1er novembre au soir, le grand-duc avait son quartier-gnral 
Demmin.

Le gnral Blucher et le duc de Weimar, voyant le chemin de Stettin
ferm, se portaient sur leur gauche, comme pour retourner sur l'Elbe;
mais le marchal Soult avait prvu ce mouvement: et il y a peu de doute
que ces deux corps ne tombent bientt entre nos mains.

Le marchal a runi son corps d'arme  Stettin, o l'on trouve encore
chaque jour des magasins et des pices de canon.

Nos coureurs sont dj entrs en Pologne.

Le prince Jrme, avec les Bavarois et les Wurtembergeois, formant un
corps d'arme, se porte en Silsie.

S.M. a nomm le gnral Clarke gouverneur gnral de Berlin et de la
Prusse, et a dj arrt toutes les bases de l'organisation intrieure
du pays.

Le roi de Hollande marche sur Hanovre, et le marchal Mortier sur
Cassel.



Berlin, le 3 novembre 1806.

_Vingt-sixime bulletin de la grande arme_.

On n'a pas encore reu la nouvelle de la prise des colonnes du gnral
Blucher et du duc de Weimar. Voici la situation de ces deux divisions
ennemies et celle de nos troupes. Le gnral Blucher, avec sa colonne,
s'tait dirig sur Stettin. Ayant appris que nous tions dj dans cette
ville, et que nous avions gagn deux marches sur lui, il se reploya, de
Granse, o nous arrivions en mme temps que lui, sur Neustrelitz, o
il arriva le 30 octobre, ne s'arrtant point l, et se dirigeant sur
Wharen, o on le suppose arriv le 31, avec le projet de chercher  se
retirer du ct de Rostock pour s'y embarquer.

Le 31, six heures aprs son dpart, le gnral Savary, avec une colonne
de six cents chevaux, est arriv  Strelitz, o il a fait prisonnier le
frre de la reine de Prusse, qui est gnral au service du roi.

Le 1er novembre, le grand-duc de Berg tait  Demmin, filant pour
arriver a Rostock, et couper la mer au gnral Blucher.

Le marchal prince de Ponte-Corvo avait dbord le gnral Blucher. Ce
marchal se trouvait le 31, avec son corps d'arme,  Neubrandebourg, et
se mettait en marche sur Wharen, ce qui a d le mettre aux prises, dans
la journe du 1er, avec le gnral Blucher.

La colonne commande par le duc de Weimar tait arrive le 29 octobre
 Neustrelitz; mais instruit que la route de Stettin tait coupe, et
ayant rencontr les avant-postes franais, il fit une marche rtrograde,
le 29, sur Wistock. Le 30, le marchal Soult en avait connaissance
par ses hussards, et se mettait en marche sur Wertenhausen. Il l'a
immanquablement rencontr le 31 ou le 1er. Ces deux colonnes ont donc
t prises hier, ou aujourd'hui au plus tard.

Voici leurs forces: le gnral Blucher a trente pices de canon, sept
bataillons d'infanterie et quinze cents hommes de cavalerie. Il est
difficile d'valuer la force de ce corps; ses quipages, ses caissons,
ses munitions ont t pris. Il est dans la plus pitoyable situation.

Le duc de Weimar a douze bataillons et trente-cinq escadrons en bon
tat; mais il n'a pas une pice d'artillerie.

Tels sont les faibles dbris de toute l'arme prussienne: il n'en
restera rien. Ces deux colonnes prises, la puissance de la Prusse est
anantie, et elle n'a presque plus de soldats. En valuant  dix mille
hommes ce qui s'est retir avec le roi sur la Vistule, ce serait
exagrer.

M. Schulenbourg s'est prsent  Strelitz pour demander un passeport
pour Berlin. Il a dit au gnral Savary: Il y a huit heures que j'ai vu
passer les dbris de la monarchie prussienne. Vous les aurez aujourd'hui
ou demain. Quelle destine inconcevable et inattendue! La foudre nous a
frapps. Il est vrai que depuis que l'empereur est entr en campagne,
il n'a pas pris un moment de repos. Toujours en marches forces,
devinant constamment les mouvemens de l'ennemi. Les rsultats en sont
tels qu'il n'y en a aucun exemple dans l'histoire. De plus de cent
cinquante mille hommes qui se sont prsents  la bataille de Jna,
pas un ne s'est chapp pour en porter la nouvelle au-del de l'Oder.
Certes, jamais agression ne fut plus injuste; jamais guerre ne fut plus
intempestive. Puisse cet exemple servir de leon aux princes faibles,
que les intrigues, les cris et l'or de l'Angleterre excitent toujours 
des entreprises insenses.

La division bavaroise, commande par le gnral Wrede, est partie de
Dresde le 31 octobre. Celle commande par le gnral Deroi est partie
le 1er novembre. La colonne wurtembergeoise est partie le 3. Toutes ces
colonnes se rendent sur l'Oder; elles forment le corps d'arme du prince
Jrme.

Le gnral Durosnet a t envoy  Odesberg avec un parti de cavalerie
immdiatement aprs notre entre  Berlin, pour intercepter tout ce
qui se jetterait du canal dans l'Oder. Il a pris plus de quatre-vingts
bateaux chargs de munitions de toute espce qu'il a envoys  Spandau.

On a trouv  Custrin des magasins de vivres suffisans pour nourrir
l'arme pendant deux mois.

Le gnral de brigade Macon, que l'empereur avait nomm commandant de
Leipsick, est mort dans cette ville d'une fivre putride. C'tait un
brave soldat et un parfait honnte homme. L'empereur en faisait cas, et
a t trs-afflig de sa mort.



Berlin, le 6 novembre 1806.

_Vingt-septime bulletin de la grande arme_.

On a trouv  Stettin une grande quantit de marchandises anglaises, 
l'entrept sur l'Oder; on y a trouv cinq cents pices de canon et des
magasins considrables de vivres.

Le 1er novembre, le grand-duc de Berg tait  Demmin: le 2  Tetetow,
ayant sa droite sur Rostock. Le gnral Savary tait le 1er 
Kratzebourg, et le 2, de bonne heure,  Wharen et  Jabel. Le prince
de Ponte-Corvo attaqua, le soir du 1er  Jabel, l'arrire-garde de
l'ennemi. Le combat fut assez soutenu; le corps ennemi fut plusieurs
fois mis en droute: il et t entirement enlev si les difficults de
passer le pays de Mecklembourg ne l'eussent encore sauv ce jour-l. Le
prince de Ponte-Corvo, en chargeant avec la cavalerie, a fait une chute
de cheval, qui n'a eu aucune suite. Le marchal Soult est arriv le 2 
Plauer.

Ainsi, l'ennemi a renonc  se porter sur l'Oder. Il change tous les
jours de projets. Voyant que la route de l'Oder lui tait ferme, il a
voulu se retirer sur la Pomranie sudoise. Voyant celle-ci galement
intercepte, il a voulu retourner sur l'Elbe; mais le marchal Soult
l'ayant prvenu, il parat se diriger sur le point le plus prochain des
ctes. Il doit avoir t  bout le 4 ou le 5 novembre. Cependant tous
les jours un ou deux bataillons, et mme des escadrons de cette colonne
tombent en notre pouvoir. Elle n'a plus ni caissons, ni bagages.

Le marchal Lannes est  Stettin; le marchal Davoust  Francfort; le
prince Jrme en Silsie. Le duc de Weimar a quitt le commandement pour
retourner chez lui, et l'a laiss  un gnral peu connu.

L'empereur a pass aujourd'hui la revue de la division de dragons
du gnral Beaumont, sur la place du palais de Berlin. Il a fait
diffrentes promotions.

Tous les hommes de cavalerie qui se trouvaient  pied, se sont rendus a
Potsdam, o l'on a envoy les chevaux de prise. Le gnral de division
Bourcier a t charg de la direction de ce grand dpt. Deux mille
dragons  pied qui suivaient l'arme, sont dj monts.

On travaille avec activit  armer la forteresse de Spandau, et 
rtablir les fortifications de Wittemberg, d'Erfurt, de Custrin et de
Stettin.

Le marchal Mortier, commandant le huitime corps de la grande arme,
s'est mis en marche le 30 octobre sur Cassel: il y est arriv le 31.



Berlin, 7 novembre 1806.

_Vingt-huitime bulletin de la grande arme._

Sa majest a pass aujourd'hui, sur la place du palais de Berlin, depuis
onze heures du matin jusqu' trois aprs-midi, la revue de la division
de dragons du gnrai Klein. Elle a fait plusieurs promotions. Cette
division a donn avec distinction  la bataille de Jna et a enfonc
plusieurs carrs d'infanterie prussienne. L'empereur a vu ensuite
dfiler le grand parc de l'arme, l'quipage de pont et le parc
du gnie: le grand parc est command par le gnral d'artillerie
Saint-Laurent; l'quipage de pont, par le colonel Boucher, et le parc de
gnie, par le gnral du gnie Casals.

S.M. a tmoign au gnral Songis, inspecteur-gnral, sa satisfaction
de l'activit qu'il mettait dans l'organisation des diffrentes parties
du service de l'artillerie de cette grande arme.

Le gnral Savary a tourn prs de Wismar sur la Baltique,  la tte de
cinq cents chevaux du premier de hussards et du septime de chasseurs,
le gnral prussien Husdunne, et l'a fait prisonnier avec deux brigades
de hussards et deux pices de canon. Cette colonne appartient au corps
que poursuivent le grand-duc de Berg, le prince de Ponte-Corvo et le
marchal Soult, lequel corps, coup de l'Oder et de la Pomranie, parat
accul du ct de Lubeck.

Le colonel Excelmans, commandant le premier rgiment de chasseurs du
marchal Davoust, est entr  Posen, capitale de la Grande-Pologne. Il
a t reu avec un enthousiasme difficile  peindre; la ville tait
remplie de monde, les fentres pares comme en un jour de fte;:  peine
la cavalerie pouvait-elle se faire jour pour traverser les rues.

Le gnral du gnie Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, s'est embarqu
sur le lac de Stettin, pour faire la reconnaissance de toutes les
passes.

On a form  Dresde et  Wittemberg un quipage de sige pour
Magdebourg: l'Elbe en est couvert. Il est  esprer que cette place ne
tiendra pas long-temps. Le marchal Ney est charg de ce sige.



Berlin, le 9 novembre 1806.

_Vingt-neuvime, bulletin de la grande arme._

La brigade de dragons du gnral Beker a paru aujourd'hui  la parade.

S.M. voulant rcompenser la bonne conduite des rgimens qui la
composent, a fait diffrentes promotions.

Mille dragons, qui taient venus  pied  l'arme, et qui ont t monts
au dpt de Potsdam, ont pass hier la revue du gnral Bessires; ils
ont t munis de quelques objets d'quipement qui leur manquaient, et
ils partent aujourd'hui pour rejoindre leurs corps respectifs, pourvus
de bonnes selles et monts sur de bons chevaux, fruits de la victoire.

S.M. a ordonn qu'il serait frapp une contribution de cent cinquante
millions sur les tats prussiens et sur ceux des allis de la Prusse.

Aprs la capitulation du prince Hohenlohe, le gnral Blucher, qui le
suivait, changea de direction, et parvint  se runir  la colonne
du duc de Weimar,  laquelle s'tait jointe celle du prince
Frdric-Guillaume Brunswick-Oels, fils du duc de Brunswick. Ces trois
divisions se trouvrent ainsi sous les ordres du gnral Blucher.
Diffrentes petites colonnes se joignirent galement  ce corps. Pendant
plusieurs jours, ces troupes essayrent de pntrer par des chemins que
les Franais pouvaient avoir laisss libres; mais les marches combines
du grand-duc de Berg, du marchal Soult et du prince de Ponte-Corvo
avaient obstru tous les passages. L'ennemi tenta d'abord de se porter
sur Anklam, et ensuite sur Rostock: prvenu dans l'excution de ce
projet, il essaya de revenir sur l'Elbe; mais s'tant trouv encore
prvenu, il marche devant lui pour gagner Lubeck.

Le 4 novembre, il prit position  Crevismulen; le prince de Ponte-Corvo
culbuta l'arrire-garde, mais il ne put entamer ce corps, parce qu'il
n'avait que six cents hommes de cavalerie, et que celle de l'ennemi
tait beaucoup plus forte. Le gnral Vattier a fait, dans cette
affaire, de trs-belles charges, soutenues par les gnraux Pactod et
Maisons, avec le vingt-septime rgiment d'infanterie lgre et le
huitime de ligne.

On remarque, dans les diffrentes circonstances de ce combat, qu'une
compagnie d'claireurs du quatre-vingt-quatorzime rgiment, commande
par le capitaine Razout, fut entoure par quelques escadrons ennemis:
mais les voltigeurs franais ne redoutent point le choc des cuirassiers
prussiens; ils les reurent de pied-ferme, et firent un feu si bien
nourri, et si adroitement dirig, que l'ennemi renona  les enfoncer.
On vit alors les voltigeurs  pied poursuivre la cavalerie  toute
course: les Prussiens perdirent sept pices de canon, et mille hommes.

Mais le 4 au soir, le grand-duc de Berg, qui s'tait port sur la
droite, arriva avec sa cavalerie sur l'ennemi, dont le projet tait
encore incertain. Le marchal Soult marcha par Ratzbourg; le prince de
Ponte-Corvo marcha par Rebna. Il coucha du 5 au 6  Schoenberg, d'o il
partit  deux heures aprs minuit. Arriv  Schlukup sur la Trave, il
fit environner un corps de seize cents Sudois, qui avaient enfin jug
convenable d'oprer leur retraite du Lauenbourg, pour s'embarquer sur
la Trave. Des coups de canon coulrent les btimens prpars pour
l'embarquement. Les Sudois, aprs avoir ripost, mirent bas les armes.
Un convoi de trois cents voitures que le gnral Savary avait poursuivi
de Wismar, fut envelopp par la colonne du prince de Ponte-Corvo, et
pris.--Cependant l'ennemi se fortifiait  Lubeck. Le marchal Soult
n'avait pas perdu de temps dans sa marche de Ratzbourg; de sorte qu'il
arriva  la porte de Mullen lorsque le prince de Ponte-Corvo arrivait 
celle de la Trave. Le grand-duc de Berg, avec sa cavalerie, tait entre
deux. L'ennemi avait arrang  la hte l'ancienne enceinte de Lubeck; il
avait dispos des batteries sur les bastions; il ne doutait pas qu'il ne
pt gagner l une journe; mais le voir, le reconnatre et l'attaquer
fut l'affaire d'un instant. Le gnral Drouet,  la tte
du vingt-septime rgiment d'infanterie lgre, et des
quatre-vingt-quatorzime et quatre-vingt-quinzime rgimens, aborda les
batteries avec ce sang-froid et cette intrpidit qui appartiennent aux
troupes franaises. Les portes sont aussitt enfonces, les bastions
escalads et l'ennemi mis en fuite; et le corps du prince de Ponte-Corvo
entre par la porte de la Trave. Les chasseurs corses, les tirailleurs
du P et le vingt-sixime d'infanterie lgre, composant la division
d'avant-garde du gnral Legrand, qui n'avaient point encore combattu
dans cette campagne, et qui taient impatiens de se mesurer avec
l'ennemi, marchrent avec la rapidit de l'clair: redoutes, bastions,
fosss, tout est franchi, et le corps du marchal Soult entre par la
porte de Mullen. C'est en vain que l'ennemi voulut se dfendre dans les
rues, dans les places, il fut poursuivi partout. Toutes les rues, toutes
les places furent jonches de cadavres. Les deux corps d'arme arrivant
de deux cts opposs, se runirent au milieu de la ville. A peine
le grand-duc de Berg put-il passer, qu'il se mit  la poursuite des
fuyards: quatre mille prisonniers, soixante pices de canon, plusieurs
gnraux, un grand nombre d'officiers tus ou pris, tel est le rsultat
de cette belle journe.

Le 7, avant le jour, tout le monde tait  cheval, et le grand-duc de
Berg cernait l'ennemi prs de Schwartau avec la brigade Lasalle et la
division de cuirassiers d'Hautpoult, Le gnral Blucher, le prince
Frdric-Guillaume de Brunswick-Oels, et tous les gnraux se prsentent
alors aux vainqueurs, demandent  signer une capitulation, et dfilent
devant l'arme franaise.

Ces deux journes ont dtruit le dernier corps qui restait de l'arme
prussienne, et nous ont valu le reste de l'artillerie de cette arme,
beaucoup de drapeaux et seize mille prisonniers, parmi lesquels se
trouvent quatre mille hommes de cavalerie.

Ainsi ces gnraux prussiens qui, dans le dlire de leur vanit,
s'taient permis tant de sarcasmes contre les gnraux autrichiens,
ont renouvel quatre fois la catastrophe d'Ulm, la premire, par la
capitulation d'Erfurt, la seconde, par celle du prince Hohenlohe;
la troisime, par la reddition de Stettin, et la quatrime par la
capitulation de Schwartau.

La ville de Lubeck a considrablement souffert: prise d'assaut, ses
places et les rues ont t le thtre du carnage. Elle ne doit
s'en prendre qu' ceux qui ont attir la guerre dans ses murs. Le
Mecklembourg a t galement ravag par les armes franaises et
prussiennes. Un grand nombre de troupes se croisant en tout sens, et 
marches forces sur ce territoire, n'a pu trouver sa subsistance qu'aux
dpens de cette contre. Ce pays est intimement li avec la Russie;
son sort servira d'exemple aux princes d'Allemagne qui cherchent des
relations loignes avec une puissance  l'abri des malheurs qu'elle
attire sur eux, et qui ne fait rien pour secourir ceux qui lui sont
attachs par les liens les plus troits du sang et par les rapports les
plus intimes.

L'aide-de-camp du grand-duc de Berg, Dery, a fait capituler le corps
qui escortait les bagages qui s'taient retirs derrire la Penne. Les
Sudois ont livr les fuyards et les caissons. Cette capitulation a
produit quinze cents prisonniers, une grande quantit de bagages et de
chariots. Il y a aujourd'hui des rgimens de cavalerie, qui possdent
plusieurs centaines de milliers d'cus.

Le marchal Ney, charg du sige de Magdebourg, a fait bombarder cette
place. Plusieurs maisons ayant t brles, les habitans ont manifest
leur mcontentement, et le commandant a demand  capituler. Il y
a, dans cette forteresse, beaucoup d'artillerie, des magasins
considrables, seize mille hommes appartenant  plus de soixante-dix
bataillons, et beaucoup de caisses des corps.

Pendant ces vnemens importans, plusieurs corps de notre arme arrivent
sur la Vistule.

La malle de Varsovie a apport beaucoup de lettres de Russie qui ont t
interceptes. On y voit que dans ce pays les fables des journaux anglais
trouvent une grande croyance; ainsi, l'on est persuad en Russie que
le marchal Massna a t tu; que la ville de Naples s'est souleve;
qu'elle a t occupe par les Calabrais; que le roi s'est rfugi 
Rome, et que les Anglais, avec cinq ou six mille hommes, sont matres de
l'Italie. Il ne faudrait cependant qu'un peu de rflexion pour rejeter
de pareils bruits. La France n'a-t-elle donc plus d'arme en Italie? Le
roi de Naples est dans sa capitale; il a quatre-vingt mille Franais; il
est matre des deux Calabres; et  Ptersbourg on croit les Calabrais
 Rome. Si quelques galriens arms et endoctrins par cet infme
Sidney-Smith, la honte des braves militaires anglais, tuent des hommes
isols, gorgent des propritaires riches et paisibles, la gendarmerie
et l'chafaud en font justice.

La marine anglaise ne dsavouera point le titre d'infamie donne 
Sidney-Smith. Les gnraux Stuart et Fox, tous les officiers de terre
s'indignent de voir le nom anglais associ  des brigands. Le brave
gnral Stuart s'est mme lev publiquement contre ces menes aussi
impuissantes qu'atroces, et qui tendent  faire du noble mtier de
la guerre, un change d'assassinats et de brigandages. Mais quand
Sidney-Smith a t choisi pour seconder les fureurs de la reine, on n'a
vu en lui qu'un de ces instrumens que les gouvernemens emploient trop
souvent, et qu'ils abandonnent au mpris qu'ils sont les premiers 
avoir pour eux. Les Napolitains feront connatre un jour avec dtail les
lettres de Sidney-Smith, les missions qu'il a donnes, l'argent qu'il a
rpandu pour l'excution des atrocits dont il est l'agent en chef.

On voit aussi dans les lettres de Ptersbourg, et mme dans les dpches
officielles, qu'on croit qu'il n'y a plus de Franais dans l'Italie
suprieure: on doit savoir cependant que, indpendamment de l'arme de
Naples, il y a encore en Italie cent mille hommes prts  punir ceux qui
voudraient y porter la guerre.

On attend aussi de Ptersbourg des succs de la division de Corfou; mais
ou ne tardera pas  apprendre que cette division,  peine dbarque aux
bouches de Cattaro, a t dfaite par le gnral Marmont; qu'une partie
a t prise, et l'autre rejete dans ses vaisseaux. C'est une chose fort
diffrente d'avoir affaire  des Franais, ou  des Turcs que l'on tient
dans la crainte et dans l'oppression, en fomentant avec art la discorde
dans les provinces. Mais quoi qu'il en puisse tre, les Russes ne seront
point embarrasss pour dtourner d'eux l'opprobre de ces rsultats.

Un dcret du snat-dirigeant a dclar qu' Austerlitz, ce n'taient
point les Russes, mais leurs allis, qui avaient t battus. S'il y
a sur la Vistule une nouvelle bataille d'Austerlitz, ce sera encore
d'autres qu'eux qui auront t vaincus, quoiqu'aujourd'hui, comme alors,
leurs allis n'aient point de troupes  joindre  leurs troupes, et que
leur arme ne puisse tre compose que de Russes. Les tats de mouvemens
et ceux des marches de l'arme russe seul tombs dans les mains de
l'tat-major franais. Il n'y aurait rien de plus ridicule que les plans
d'oprations des Russes, si leurs vaines esprances n'taient plus
ridicules encore.

Le gnral Lagrange a t dclar gouverneur-gnral de Cassel et des
tats de Hesse.

Le marchal Mortier s'est mis en marche pour le Hanovre et pour
Hambourg, avec son corps d'arme.

Le roi de Hollande a fait bloquer Hamelin. Il faut que cette guerre
soit la dernire, et que ses auteurs soient si svrement punis, que
quiconque voudra dsormais prendre les armes contre le peuple Franais,
sache bien, avant de s'engager dans une telle entreprise, quelles
peuvent en tre les consquences.



Berlin, le 10 novembre 1806.

_Trentime bulletin de la grande arme_.

La place de Magdebourg s'est rendue le 8: le 9, les portes ont t
occupes par les troupes franaises.

Seize mille hommes, prs de huit cents pices de canon, des magasins de
toute espce tombent en notre pouvoir.

Le prince Jrme a fait bloquer la place de Glogau, capitale de la
Haute-Silsie, par le gnral de brigade Lefebvre,  la tte de deux
mille chevaux bavarois. La place a t bombarde le 8 par dix obusiers
servis par de l'artillerie lgre. Le prince fait l'loge de la conduite
de la cavalerie bavaroise. Le gnral Deroy, avec sa division, a investi
Glogau le 9: on est entr en pourparler pour sa reddition.

Le marchal Davoust est entr  Posen avec un corps d'arme le 10. Il
est extrmement content de l'esprit qui anime les Polonais. Les agens
prussiens auraient t massacrs, si l'arme franaise ne les et pris
sous sa protection.

La tte de quatre colonnes russes, fortes chacune de quinze mille
hommes, entrait dans les tats prussiens par Georgenbourg, Olita, Grodno
et Jalowka. Le 25 octobre, ces ttes de colonnes avaient fait deux
marches, lorsqu'elles reurent la nouvelle de la bataille du 14 et des
vnemens qui l'ont suivie; elles rtrogradrent sur-le-champ. Tant de
succs, des vnemens d'une si haute importance, ne doivent pas ralentir
en France les prparatifs militaires; on doit, au contraire, les
poursuivre avec une nouvelle nergie, non pour satisfaire une ambition
insatiable, mais pour mettre un terme  celle de nos ennemis. L'arme
franaise ne quittera pas la Pologne et Berlin que la Porte ne soit
rtablie dans toute son indpendance, et que la Valachie et la Moldavie
ne soient dclares appartenant en toute suzerainet  la Porte.

L'arme franaise ne quittera point Berlin, que les possessions des
colonies espagnoles, hollandaises et franaises ne soient rendues, et la
paix gnrale faite.

On a intercept une malle de Dantzick, dans laquelle on a trouv
beaucoup de lettres venant de Ptersbourg et de Vienne. Ou use  Vienne
d'une ruse assez simple pour rpandre de faux bruits. Avec chaque
exemplaire des gazettes, dont le ton est fort rserv, on envoie, sous
la mme enveloppe, un bulletin  la main, qui contient les nouvelles les
plus absurdes. On y lit que la France n'a plus d'arme en Italie; que
toute cette contre est en feu; que l'tat de Venise est dans le plus
grand mcontentement et a les armes  la main; que les Russes ont
attaqu l'arme franaise en Dalmatie, et l'ont compltement battue.

Quelque fausses et ridicules que soient ces nouvelles, elles arrivent de
tant de cts  la fois, qu'elles obscurcissent la vrit. Nous sommes
autoriss  dire que l'empereur a deux cent mille hommes en Italie, dont
quatre-vingt mille  Naples, et vingt-cinq mille en Dalmatie; que le
royaume de Naples n'a jamais t troubl que par des brigandages et des
assassinats; que le roi de Naples est matre de toute la Calabre; que
si les Anglais veulent y dbarquer avec des troupes rgulires, ils
trouveront a qui parler; que le marchal Massna n'a jamais eu que des
succs, et que le roi est tranquille dans sa capitale, occup des soins
de son arme et de l'administration de son royaume; que le gnral
Marmont, commandant l'arme franaise en Dalmatie, a compltement battu
les Russes et les Montngrins, entre lesquels la division rgne; que
les Montngrins accusent les Russes de s'tre mal battus, et que les
Russes reprochent aux Montngrins d'avoir fui; que de toutes les
troupes de l'Europe, les moins propres  faire la guerre en Dalmatie
sont certainement les troupes russes. Aussi y font-elles en gnral une
fort mauvaise figure.

Cependant le corps diplomatique, endoctrin par ces fausses directions
donnes  Vienne  l'opinion, gare les cabinets par ses rapsodies. De
faux calculs s'tablissent l-dessus; et comme tout ce qui est bti sur
le mensonge et sur l'erreur tombe promptement en ruine, des entreprises
aussi mal calcules tournent  la confusion de leurs auteurs.
Certainement dans la guerre actuelle, l'empereur n'a pas voulu affaiblir
son arme d'Italie; il n'en a pas retir un seul homme; il s'est
content de faire venir huit escadrons de cuirassiers, parce que les
troupes de cette arme sont inutiles en Italie. Ces escadrons ne sont pas
encore arrivs  Inspruck. Depuis la dernire campagne, l'empereur a, au
contraire, augment son arme d'Italie de quinze rgimens qui taient
dans l'intrieur, et de neuf rgimens du corps du gnral Marmont.
Quarante mille conscrits, presque tous de la conscription de 1806, ont
t dirigs sur l'Italie; et par les tats de situation de cette arme
au 1er novembre, vingt-cinq mille y taient dj arrivs. Quant
au peuple des tats vnitiens, l'empereur ne saurait tre que
trs-satisfait de l'esprit qui l'anime. Aussi, S.M. s'occupe-t-elle des
plus chers intrts des Vnitiens; aussi a-t-elle ordonn des travaux
pour rparer et amliorer leur port, et pour rendre la passe de Malmocco
propre aux vaisseaux de tout rang.

Du reste, tous ces faiseurs de nouvelles en veulent beaucoup  nos
marchaux et  nos gnraux; il ont tu le marchal Massna  Naples;
ils ont tu en Allemagne le grand-duc de Berg, le marchal Soult. Cela
n'empche heureusement personne de se porter trs-bien.



Berlin. le 12 novembre 1806.

Trente-unime bulletin de la grande arme.

La garnison de Magdebourg a dfil le 11,  neuf heures du matin, devant
le corps d'arme du marchal Ney. Nous avons vingt gnraux, huit cents
officiers, vingt-deux mille prisonniers, parmi lesquels deux mille
artilleurs, cinquante-quatre drapeaux, cinq tendards, huit cents pices
de canon, un million de poudre, un grand quipage de pont et un matriel
immense d'artillerie.

Le colonel Grard et l'adjudant-commandant Ricard ont prsent, ce
matin,  l'empereur, au nom des premier et quatrime corps, soixante
drapeaux qui ont t pris  Lubeck au corps du gnral prussien Blucher:
il y avait vingt-deux tendards; quatre mille chevaux tout harnachs,
pris dans cette journe, se rendent au dpt de Potsdam.

Dans le vingt-neuvime bulletin, on a dit que le corps du gnral
Blucher avait fourni seize mille prisonniers, parmi lesquels quatre
mille de cavalerie. On s'est tromp, il y avait vingt-un mille
prisonniers, parmi lesquels cinq mille hommes de cavalerie monts; de
sorte que, par le rsultat de ces deux capitulations, nous avons cent
vingt drapeaux et tendards, et quarante-cinq mille prisonniers. Le
nombre des prisonniers qui ont t faits dans la campagne passe cent
quarante mille; le nombre des drapeaux pris passe deux cent cinquante;
le nombre des pices de campagne prises devant l'ennemi et sur le champ
de bataille, passe huit cents; celui des pices prises  Berlin et dans
les places qui se sont rendues, passe quatre mille.

L'empereur a fait manoeuvrer hier sa garde  pied et  cheval, dans une
plaine aux portes de Berlin. La journe a t superbe.

Le gnral Savary, avec sa colonne mobile, s'est rendu  Rostock, et y a
pris quarante ou cinquante btimens sudois sur leur lest: il les a fait
vendre sur-le-champ.



Berlin, le 16 novembre 1806.

_Trente-deuxime bulletin de la grande arme_.

Aprs la prise de Magdebourg et l'affaire de Lubeck, la campagne contre
la Prusse se trouve entirement finie.

Voici quelle tait la situation de l'arme prussienne en entrant en
campagne: Le corps du gnral Ruchel, dit de Westphalie, tait compos
de trente-trois bataillons d'infanterie, de quatre compagnies de
chasseurs, de quarante-cinq escadrons de cavalerie, d'un bataillon
d'artillerie et de sept batteries, indpendamment des pices de
rgiment. Le corps du prince de Hohenlohe tait compos de vingt-quatre
bataillons prussiens et de vingt-cinq bataillons saxons, de
quarante-cinq escadrons prussiens et de trente-six escadrons saxons, de
deux bataillons d'artillerie, de huit batteries prussiennes et de huit
batteries saxonnes. L'arme commande par le roi en personne, tait
compose d'une avant-garde de dix bataillons et de quinze escadrons,
commande par le duc de Weimar, et de trois divisions; la premire,
commande par le prince d'Orange, tait compose de onze bataillons
et de vingt escadrons; la seconde division, commande par le gnral
Wartensleben, tait compose de onze bataillons et de quinze escadrons;
la troisime division, commande par le gnral Schmettau, tait
compose de dix bataillons et de quinze escadrons. Le corps de rserve
de cette arme, que commandait le gnral Kalkreuth, tait compos de
deux divisions, chacune de dix bataillons des rgimens de la garde ou
d'lite, et de vingt escadrons. La rserve que commandait le prince
Eugne de Wurtemberg, tait compose de dix-huit bataillons et de vingt
escadrons. Ainsi, le total gnral de l'arme prussienne tait de cent
soixante bataillons et de deux cent trente-six escadrons, servie par
cinquante batteries, ce qui faisait, prsens sous les armes, cent quinze
mille hommes d'infanterie, trente mille de cavalerie, et huit cents
pices de canon, y compris les canons de bataillons; Toute cette arme
se trouvait  la bataille du 14, hormis le corps du duc de Weimar, qui
tait encore sur Eisenach, et la rserve du prince de Wurtemberg; ce qui
porte les forces prussiennes qui se trouvaient  la batailles  cent
vingt-six mille hommes. De ces cent vingt-six mille hommes, pas un n'a
chapp. Du corps du duc de Weimar, pas un homme n'a chapp. Du corps
de rserve du duc de Wurtemberg, qui a t battu  Halle, pas un homme
n'est chapp. Ainsi, ces cent quarante-cinq mille hommes ont tous t
pris, blesss ou tus; tous les drapeaux, tendards, tous les canons,
tous les bagages, tous les gnraux ont t pris, et rien n'a pass
l'Oder. Le roi, la reine, le gnral Kalkreuth, et  peine dix ou douze
officiers, voil tout ce qui s'est sauv. Il reste aujourd'hui au roi de
Prusse un rgiment dans la place de Gros-Glogau qui est assige, un
 Breslau, un  Brieg, deux  Varsovie, et quelques rgimens 
Koenigsberg, en tout  peu prs quinze mille hommes d'infanterie et
trois ou quatre mille hommes de cavalerie. Une partie de ces troupes
est enferme dans des places fortes. Le roi ne peut pas runir 
Koenigsberg, o il s'est rfugi dans ce moment, plus de huit mille
hommes. Le souverain de Saxe a fait prsent de son portrait au gnral
Lemarrois, gouverneur de Wittemberg, qui, se trouvant  Torgau, a remis
l'ordre dans une maison de correction, parmi six cents brigands qui
s'taient arms et menaaient de piller la ville. Le lieutenant Lebrun
a prsent hier  l'empereur quatre tendards de quatre escadrons
prussiens que commandait le gnral Pelet, et que le gnral Drouet a
fait capituler du ct de Lauembourg. Ils s'taient chapps du corps du
gnral Blucher. Le major Ameil,  la tte d'un escadron du seizime de
chasseurs, envoy par le marchal Soult le long de l'Elbe, pour ramasser
tout ce qui pourrait s'chapper du corps du gnral Blucher, a fait un
millier de prisonniers, dont cinq cents hussards, et a pris une grande
quantit de bagages.

Voici la position de l'arme franaise. La division des cuirassiers du
gnral d'Hautpoult, les divisions de dragons des gnraux Grouchy et
Sahuc, la cavalerie lgre du gnral Lasalle, faisant partie de la
rserve de cavalerie que le grand-duc de Berg avait  Lubeck, arrivent 
Berlin. La tte du corps du marchal Ney, qui a fait capituler la place
de Magdebourg, est entre aujourd'hui  Berlin. Les corps du prince de
Ponte-Corvo et du marchal Soult sont en route pour venir  Berlin.
Le corps du marchal Soult y arrivera le 20; celui du prince de
Ponte-Corvo, quelques jours aprs. Le marchal Mortier est arriv avec
le huitime corps  Hambourg, pour fermer l'Elbe et le Weser. Le gnral
Savary a t charg du blocus de Hameln avec la division hollandaise. Le
corps du marchal Lannes est  Thorn. Le corps du marchal Augereau est
 Bromberg et vis--vis Graudentz. Le corps du marchal Davoust est
en marche de Posen sur Varsovie, o se rend le grand-duc de Berg avec
l'autre partie de la rserve de cavalerie, compose des divisions
de dragons des gnraux Beaumont, Klein et Beker, de la division de
cuirassiers du gnral Nansouty, et de la cavalerie lgre du
gnral Milhaud. Le prince Jrme, avec le corps des allis, assige
Gros-Glogau; son quipage de sige a t form  Custrin. Une de ses
divisions investit Breslau. Il prend possession de la Silsie. Nos
troupes occupent le fort de Lenczyc,  mi-chemin de Posen  Varsovie;
on y a trouv des magasins et de l'artillerie. Les Polonais montrent la
meilleure volont, mais jusqu' la Vistule ce pays est difficile; il y
a beaucoup de sable. Pour la premire fois, la Vistule voit l'aigle
gauloise. L'empereur a dsir que le roi de Hollande retournt dans son
royaume pour veiller lui-mme  sa dfense. Le roi de Hollande a fait
prendre possession du Hanovre par le corps du gnral Mortier. Les
aigles prussiennes et les armes lectorales en ont t tes ensemble.



Berlin, le 1er novembre 1806.

_Trente-troisime bulletin de la grande arme._

Une suspension d'armes a t signe hier  Charlottembourg. La saison
se trouvant avance, cette suspension d'armes assoit les quartiers de
l'arme. Partie de la Pologne prussienne se trouve ainsi occupe par
l'arme franaise, et partie est neutre.

(_Suit la teneur de cette suspension_).



Berlin, le 31 novembre 1806.

Message au snat.

Snateurs, nous voulons, dans les circonstances o se trouvent les
affaires gnrales de l'Europe, faire connatre,  vous et  la nation,
les principes que nous avons adopts comme rgle gnral.

Notre extrme modration, aprs chacune des trois premires guerres, a
t la cause de celle qui leur a succd. C'est ainsi que nous avons
eu  lutter contre une quatrime coalition, neuf mois aprs que la
troisime avait t dissoute, neuf mois aprs ces victoires clatantes
que nous avait accordes la providence, et qui devaient assurer un long
repos au continent.

Mais un grand nombre de cabinets de l'Europe est plus tt ou plus
tard influenc par l'Angleterre; et sans une solide paix avec cette
puissance, notre peuple ne saurait jouir des bienfaits qui sont le
premier but de nos travaux, l'unique objet de notre vie. Aussi, malgr
notre situation triomphante, nous n'avons t arrts, dans nos
dernires ngociations avec l'Angleterre, ni par l'arrogance de son
langage, ni par les sacrifices qu'elle a voulu nous imposer. L'le de
Malte,  laquelle s'attachait pour ainsi dire l'honneur de cette guerre,
et qui, retenue par l'Angleterre au mpris des traits, en tait la
premire cause, nous l'avions cde; nous avions consenti  ce qu' la
possession de Ceylan et de l'empire du Myssoure, l'Angleterre joignt
celle du cap de Bonne-Esprance.

Mais tous nos efforts ont d chouer lorsque les conseils de nos ennemis
ont cess d'tre anims de la noble ambition de concilier le bien du
monde avec la prosprit prsente de leur patrie, et la prosprit
prsente de leur patrie avec une prosprit durable; et aucune
prosprit ne peut tre durable pour l'Angleterre, lorsqu'elle sera
fonde sur une politique exagre et injuste qui dpouillerait soixante
millions d'habitans, leurs voisins, riches et braves, de tout commerce
et de toute navigation. Immdiatement aprs la mort du principal
ministre de l'Angleterre, il nous fut facile de nous apercevoir que la
continuation des ngociations n'avait plus d'autre objet que de couvrir
les trames de cette quatrime coalition, touffe ds sa naissance.

Dans cette nouvelle position, nous avons pris pour principes invariables
de notre conduite, de ne point vacuer ni Berlin, ni Varsovie, ni les
provinces que la force des armes a fait tomber en nos mains, avant
que la paix gnrale ne soit conclue; que les colonies espagnoles,
hollandaises et franaises ne soient rendues; que les fondemens de la
puissance ottomane ne soient raffermis, et l'indpendance absolue de
ce vaste empire, premier intrt de notre peuple, irrvocablement
consacre. Nous avons mis les les britanniques en tat de blocus, et
nous avons ordonn contre elles des dispositions qui rpugnaient 
notre coeur. Il nous en a cot de faire dpendre les intrts des
particuliers de la querelle des rois, et de revenir, aprs tant d'annes
de civilisation, aux principes qui caractrisent la barbarie des
premiers ges des nations. Mais nous avons t contraints, pour le bien
de nos allis,  opposer  l'ennemi commun les mmes armes dont il
se servait contre nous. Ces dterminations, commandes par un juste
sentiment de rciprocit, n'ont t inspires ni par la passion, ni
par la haine. Ce que nous avons offert aprs avoir dissip les trois
coalitions qui avaient tant contribu  la gloire de nos peuples, nous
l'offrons encore aujourd'hui que nos armes ont obtenu de nouveaux
triomphes. Nous sommes prts  faire la paix avec l'Angleterre; nous
sommes prts  la faire avec la Russie, avec la Prusse; mais elle ne
peut tre conclue que sur des bases telles qu'elle ne permette  qui que
ce soit, de s'arroger aucun droit de suprmatie  notre gard, qu'elle
rende les colonies a notre mtropole, et qu'elle garantisse  notre
commerce et  notre industrie la prosprit  laquelle ils doivent
atteindre. Et si l'ensemble de ces dispositions loigne de quelque temps
encore le rtablissement de la paix gnrale, quelque court que soit ce
retard, il paratra long  notre coeur. Mais nous sommes certains que
nos peuples apprcieront la sagesse de nos motifs politiques, qu'ils
jugeront avec nous qu'une paix partielle n'est qu'une trve qui nous
fait perdre tous nos avantages acquis pour donner lieu  une nouvelle
guerre, et qu'enfin ce n'est que dans une paix gnrale que la France
peut trouver le bonheur. Nous sommes dans un de ces instans importans
pour la destine des nations; et le peuple franais se montrera digne de
celle qui l'attend. Le snatus-consulte que nous avons ordonn de vous
proposer, et qui mettra  notre disposition, dans les premiers jours
de l'anne, la conscription de 1807, qui, dans les circonstances
ordinaires, ne devrait tre leve qu'au mois de septembre, sera excut
avec empressement par les pres, comme par les enfans. Et dans quel plus
beau moment pourrions-nous appeler aux armes les jeunes Franais! ils
auront  traverser, pour se rendre  leurs drapeaux, les capitales de
nos ennemis et les champs de bataille illustrs par les victoires de
leurs ans!



En notre camp Imprial de Berlin, le 21 novembre 1806.

_Dcret constitutif du blocus continental._

Napolon, empereur des Franais et roi d'Italie, considrant:

1. Que l'Angleterre n'admet point le droit des gens suivi
universellement par tous les peuples polics;

2. Qu'elle rpute ennemi tout individu appartenant  l'tat ennemi, et
fait en consquence prisonniers de guerre, non-seulement les quipages
des vaisseaux arms en guerre, mais encore les quipages des vaisseaux
de commerce et des navires marchands, et mme les facteurs du commerce
et les ngocians qui voyagent pour les affaires de leur ngoce;

3. Qu'elle tend aux btimens et marchandises du commerce et aux
proprits des particuliers, le droit de conqute, qui ne peut
s'appliquer qu' ce qui appartient  l'tat ennemi;

4. Qu'elle tend aux villes et ports de commerce non fortifis, aux
havres et aux embouchures des rivires, le droit de blocus, qui, d'aprs
la raison et l'usage de tous les peuples polics, n'est applicable
qu'aux places fortes; qu'elle dclare bloques des places devant
lesquelles elle n'a pas mme un seul btiment de guerre, quoiqu'une
place ne soit bloque que quand elle est tellement investie, qu'on ne
puisse tenter de s'en approcher sans un danger imminent; qu'elle dclare
mme en tat de blocus des lieux que toutes ses forces runies seraient
incapables de bloquer, des ctes entires et tout un empire;

5. Que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que
d'empcher les communications entre les peuples, et d'lever le commerce
et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine de l'industrie et du
commerce du continent;

6. Que tel tant le but vident de l'Angleterre, quiconque fait sur le
continent le commerce des marchandises anglaises, favorise par-l ses
desseins et s'en rend le complice;

7. Que cette conduite de l'Angleterre, digne en tout des premiers ges
de la barbarie, a profit  cette puissance au dtriment de toutes les
antres;

8. Qu'il est de droit naturel d'opposer  l'ennemi les armes dont il
se sert, et de le combattre de la mme manire qu'il combat, lorsqu'il
mconnat toutes les ides de justice et tous les sentimens libraux,
rsultat de la civilisation parmi les hommes; nous avons rsolu
d'appliquer  l'Angleterre les usages qu'elle a consacrs dans sa
lgislation maritime. Les dispositions du prsent dcret seront
constamment considres comme principe fondamental de l'empire, jusqu'
ce que l'Angleterre ait reconnu que le droit de la guerre est un et le
mme sur terre que sur mer; qu'il ne peut s'tendre ni aux proprits
prives, quelles qu'elles soient, ni  la personne des individus
trangers  la profession des armes, et que le droit de blocus doit
tre restreint aux places fortes rellement investies par des forces
suffisantes.

Nous avons en consquence dcrt et dcrtons ce qui

Art. 1er. Les Iles-Britanniques sont dclares en tat de blocus.

2. Tout commerce et toute correspondance avec les Iles-Britanniques sont
interdits.

En consquence, les lettres ou paquets adresss ou en Angleterre ou  un
Anglais, ou crits en langue anglaise, n'auront pas cours aux postes, et
seront saisis.

3. Tout individu sujet de l'Angleterre, de quelque tat et condition
qu'il soit, qui sera trouv dans les pays occups par nos troupes ou par
celles de nos allis, sera fait prisonnier de guerre.

4. Tout magasin, toute marchandise, toute proprit, de quelque nature
qu'elle puisse tre, appartenant  un sujet de l'Angleterre, sera
dclar de bonne prise.

5. Le commerce des marchandises anglaises est dfendu; et toute
marchandise appartenant  l'Angleterre, ou provenant de ses fabriques et
de ses colonies, est dclare de bonne prise.

6. La moiti du produit de la confiscation des marchandises et
proprits dclares de bonne prise par les articles prcdens, sera
employe  indemniser les ngocians des pertes qu'ils ont prouves par
la prise des btimens de commerce qui ont t enlevs par les croisires
anglaises.

7. Aucun btiment venant directement de l'Angleterre ou des colonies
anglaises, ou y ayant t depuis la publication du prsent dcret, ne
sera reu dans aucun port.

3. Tout btiment qui, au moyen d'une fausse dclaration, contreviendra
 la disposition ci-dessus, sera saisi, et le navire et la cargaison
seront confisqus comme s'ils taient proprit anglaise.

9. Notre tribunal des prises de Paris est charg du jugement dfinitif
de toutes les contestations qui pourront survenir dans notre empire ou
dans les pays occups par l'arme franaise, relativement  l'excution
du prsent dcret. Notre tribunal des prises  Milan sera charg du
jugement dfinitif desdites contestations qui pourront survenir dans
l'tendue de notre royaume d'Italie.

10. Communication du prsent dcret sera donne, par notre ministre des
relations extrieures, aux rois d'Espagne, de Naples, de Hollande et
d'trurie, et  nos autres allis dont les sujets sont victimes, comme
les ntres, de l'injustice et de la barbarie de la lgislation maritime
anglaise.

11. Nos ministres des relations extrieures, de la guerre, de la marine,
des finances, de la police, et nos directeurs-gnraux des postes sont
chargs, chacun en ce qui le concerne, de l'excution du prsent dcret.

NAPOLON.



Berlin, le 23 novembre 1806.

_Trente-quatrime bulletin de la grande arme._

On n'a pas encore de nouvelles que la suspension d'armes, signe le
17, ait t ratifie par le roi de Prusse, et que l'change des
ratifications ait eu lieu. En attendant, les hostilits continuent
toujours, ne devant cesser qu'au moment de l'change.

Le gnral Savary, auquel l'empereur avait confi le commandement du
sige de Hameln, est arriv le 19  Ebersdorff, devant Hameln, a eu
une confrence, le 20, avec le gnral Lecoq et les gnraux prussiens
enferms dans cette place, et leur a fait signer une capitulation.
Neuf mille prisonniers, parmi lesquels six gnraux, des magasins pour
nourrir dix mille hommes pendant six mois, des munitions de toute
espce, une compagnie d'artillerie  cheval, et trois cents hommes 
cheval sont en notre pouvoir.

Les seules troupes qu'avait le gnral Savary taient un rgiment
franais d'infanterie lgre, et deux rgimens hollandais, que
commandait le gnral hollandais Dumonceau.

Le gnral Savary est parti sur-le-champ pour Nienbourg, pour faire
capituler cette place, dans laquelle on croit qu'il y a deux ou trois
mille hommes de garnison.

Un bataillon prussien de huit cents hommes, tenant garnison 
Czentoschau,  l'extrmit de la Pologne prussienne, a capitul, le 18,
devant cent cinquante chasseurs du deuxime rgiment, runis  trois
cents Polonais confdrs qui se sont prsents devant cette place. La
garnison est prisonnire de guerre; il y a des magasins considrables.

L'empereur a employ toute la journe  passer en revue l'infanterie du
quatrime corps d'arme, command par le marchal Soult. Il a fait des
promotions et distribu des rcompenses dans chaque corps.



Posen, le 38 novembre 1806.

_Trente-cinquime bulletin de la grande-arme._

L'empereur est parti de Berlin le 25,  deux heures du matin, et est
arriv  Custrin le mme jour,  dix heures du matin. Il est arriv 
Meseritz le 26, et  Posen le 27,  dix heures du soir. Le lendemain,
S.M. a reu les diffrens ordres des Polonais. Le marchal du palais,
Duroc, a t jusqu' Osterode, o il a vu le roi de Prusse, qui lui a
dclar qu'une partie de ses tats tait occupe par les Russes, et
qu'il tait entirement dans leur dpendance; qu'en consquence il
ne pouvait ratifier la suspension d'armes qu'avaient conclue ses
plnipotentiaires, parce qu'il ne pourrait pas en excuter les
stipulations. S.M. se rendait  Koenigsberg.

Le grand-duc de Berg, avec une partie de sa rserve de cavalerie et les
corps des marchaux Davoust, Lannes et Augereau, est entr  Varsovie.
Le gnral russe Benigsen, qui avait occup la ville avant l'approche
des Franais, l'a vacue, apprenant que l'arme franaise venait  lui
et voulait tenter un engagement.

Le prince Jrme, avec le corps des Bavarois, se trouve  Kalitsch. Tout
le reste de l'arme est arriv  Posen, ou en marche par diffrentes
directions pour s'y rendre. Le marchal Mortier marche sur Anklam,
Rostock et la Pomranie sudoise, aprs avoir pris possession des villes
Ansatiques. La reddition d'Hameln a t accompagne d'vnemens assez
tranges. Outre la garnison destine  la dfense de cette place,
quelques bataillons prussiens paraissent s'y tre rfugis aprs la
bataille du 14. L'anarchie rgnait dans cette nombreuse garnison. Les
officiers taient insubordonns contre les gnraux, et les soldats
contre les officiers. A peine la capitulation tait-elle signe, que le
gnral Savary reut une lettre du gnral Von Schoeler,  laquelle il
rpondit. Pendant ce temps la garnison tait insurge, et le premier
acte de la sdition fut de courir aux magasins d'eaux-de-vie, de les
enfoncer et d'en boire outre mesure. Bientt anims par ces boissons
spiritueuses, on se fusilla dans-les rues, soldats contre soldats,
soldats contre officiers, soldats contre bourgeois; le dsordre tait
extrme. Le gnral Von Schoeler envoya courrier sur courrier au gnral
Savary, pour le prier de venir prendre possession de la place avant le
moment fix pour sa remise. Le gnral Savary accourut aussitt, entra
dans la ville  travers une grle de balles, fit filer tous les soldats
de la garnison par une porte, et les parqua dans une prairie. Il
assembla ensuite les officiers, leur fit connatre que ce qui arrivait
tait un effet de la mauvaise discipline, leur fit signer leur cartel,
et rtablit l'ordre dans la ville. On croit que dans le tumulte, il y a
eu plusieurs bourgeois Posen, le 1er dcembre 1806.



_Trente-sixime bulletin de la grande arme._

Le quartier-gnral du grand-duc de Berg tait le 27  Lowiez. Le
gnral Benigsen, commandant l'arme russe, esprant empcher les
Franais d'entrer  Varsovie, avait envoy une avant-garde border la
rivire de Bsura. Les avant-postes se rencontrrent dans la journe du
26; les Russes furent culbuts. Le gnral Beaumont passa la Bsura 
Lowiez, rtablit le pont, tua ou blessa plusieurs hussards russes, fit
prisonniers plusieurs cosaques, et les poursuivit jusqu' Blonic. Le
27, quelques coups de sabre furent donns entre les grand'-gardes
de cavalerie; les Russes furent poursuivis; on leur fit quelques
prisonniers. Le 28,  la nuit tombante, le grand-duc de Berg, avec sa
cavalerie, entra  Varsovie. Le corps du marchal Davoust y est entr
le 29. Les Russes avaient repass la Vistule en brlant le pont. Il est
difficile de peindre l'enthousiasme des Polonais. Notre entre dans
cette grande ville tait un triomphe, et les sentimens que les Polonais
de toutes les classes montrent depuis notre arrive ne sauraient
s'exprimer. L'amour de la patrie et le sentiment national sont
non-seulement conservs eu entier dans le coeur du peuple, mais il a t
retremp par le malheur; sa premire passion, son premier dsir est de
redevenir nation. Les plus riches sortent de leurs chteaux pour venir
demander  grands cris le rtablissement de la nation, et offrir
leurs enfans, leur fortune, leur influence. Ce spectacle est vraiment
touchant. Dj ils ont partout repris leur ancien costume, leurs
anciennes habitudes. Le trne de Pologne se rtablira-t-il, et cette
grande nation reprendra-t-elle son existence et son indpendance? Du
fond du tombeau renatra-t-elle  la vie? Dieu seul, qui tient dans ses
mains les combinaisons de tous les vnemens, est l'arbitre de ce grand
problme politique; mais certes il n'y eut jamais d'vnement plus
mmorable, plus digne d'intrt, et, par une correspondance de sentimens
qui fait l'loge des Franais, des tranards qui avaient commis quelque
excs dans d'autres pays, ont t touchs du bon accueil du peuple,
et n'ont eu besoin d'aucun effort pour se bien comporter. Nos soldats
trouvent que les solitudes de la Pologne contrastent avec les campagnes
riantes de leur patrie; mais ils ajoutent aussitt: _Ce sont de bonnes
gens que les Polonais._ Ce peuple se montre vraiment sous des couleurs
intressantes.



Au quartier imprial de Posen, le 2 dcembre 1806.

_Proclamation  la grande arme._

Soldats!

Il y a aujourd'hui un an,  cette heure mme, que vous tiez sur
le champ mmorable d'Austerlitz. Les bataillons russes, pouvants,
fuyaient en droute, ou, envelopps, rendaient les armes  leurs
vainqueurs. Le lendemain ils firent entendre des paroles de paix; mais
elles taient trompeuses. A peine chapps par l'effet d'une gnrosit
peut-tre condamnable, aux dsastres de la troisime coalition, ils
en ont ourdi une quatrime. Mais l'alli, sur la tactique duquel ils
fondaient leur principale esprance, n'est dj plus. Ses places fortes,
ses capitales, ses magasins, ses arsenaux, deux cent quatre-vingts
drapeaux, sept cents pices de bataille, cinq grandes places de guerre,
sont en notre pouvoir. L'Oder, la Wartha, les dserts de la Pologne, les
mauvais temps de la saison n'ont pu vous arrter un moment. Vous avez
tout brav, tout surmont; tout a fui  votre approche. C'est en vain
que les Russes ont voulu dfendre la capitale de cette ancienne et
illustre Pologne; l'aigle franaise plane sur la Vistule. Le brave
et infortun Polonais, en vous voyant, croit revoir les lgions de
Sobieski, de retour de leur mmorable expdition.

Soldats, nous ne dposerons point les armes que la paix gnrale n'ait
affermi et assur la puissance de nos allis, n'ait restitu  notre
commerce sa libert et ses colonies. Nous avons conquis sur l'Elbe
et l'Oder, Pondichery, nos tablissemens des Indes, le cap de
Bonne-Esprance et les colonies espagnoles. Qui donnerait le droit de
faire esprer aux Russes de balancer les destins? Qui leur donnerait le
droit de renverser de si justes desseins? Eux et nous ne sommes-nous pas
les soldats d'Austerlitz?

NAPOLON.



De notre camp imprial de Posen, le 2 dcembre 1806.

_Ordre du jour._

Napolon, empereur des Franais et roi d'Italie,

Avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. Il sera tabli sur l'emplacement de la Madelaine de notre
bonne ville de Paris, aux frais du trsor et de notre couronne,
un monument ddi  la grande arme, portant sur le frontispice:
_L'empereur Napolon aux soldats de la grande arme._

2. Dans l'intrieur du monument seront inscrits, sur des tables de
marbre, les noms de tous les hommes, par corps d'arme et par rgiment,
qui ont assist aux batailles d'Ulm, d'Austerlitz et de Jena; et sur des
tables d'or massif, les noms de tous ceux qui sont morts sur les champs
de bataille. Sur des tables d'argent sera grave la rcapitulation, par
dpartement, des soldats que chaque dpartement a fournis  la grande
arme.

3. Autour de la salle seront sculpts des bas-reliefs o seront
reprsents les colonels de chacun des rgimens de la grande arme avec
leurs noms; ces bas-reliefs seront faits de manire que les colonels
soient groups autour de leurs gnraux de division et de brigade par
corps d'arme. Les statues en marbre des marchaux qui ont command des
corps ou qui ont fait partie de la grande arme, seront places dans
l'intrieur de la salle.

3. Les armures, statues, monumens de toutes espces, enlevs par la
grande arme dans ces deux campagnes; les drapeaux, tendards et
tymbales conquis par la grande arme, avec les noms des rgimens ennemis
auxquels ils appartenaient, seront dposs dans l'intrieur du monument.

5. Tous les ans, aux anniversaires des batailles d'Austerlitz et de
Jena, le monument sera illumin, et il sera donn vu concert, prcd
d'un discours sur les vertus ncessaires au soldat, et d'un loge de
ceux qui prirent sur le champ de bataille dans ces journes mmorables.
Un mois avant, un concours sera ouvert pour recevoir la meilleure
pice de musique analogue aux circonstances. Une mdaille d'or de cent
cinquante doubles Napolons, sera donne aux auteurs de chacune de ces
pices qui auront remport le prix. Dans les discours et odes, il est
expressment dfendu de faire aucune mention de l'empereur.

6. Notre ministre de l'intrieur ouvrira sans dlai un concours
d'architecture pour choisir le meilleur projet pour l'excution de ce
monument. Une des conditions du prospectus sera de conserver la partie
du btiment de la Madelaine qui existe aujourd'hui, et que la dpense ne
dpasse pas trois millions. Une commission de la classe des beaux-arts
de notre institut sera charge de faire un rapport  notre ministre
de l'intrieur, avant le mois de mars 1807, sur les projets soumis au
concours. Les travaux commenceront le 1er mai, et devront tre achevs
avant l'an 1809. Notre ministre de l'intrieur sera charg de tous les
dtails relatifs  la construction du monument, et le directeur-gnral
de nos muses, de tous les dtails des bas-reliefs, statues et tableaux.

7. Il sera achet cent mille francs de rente en inscriptions sur le
grand-livre, pour servir  la dotation du monument et  son entretien
annuel.

8. Une fois le monument construit, le grand-conseil de la lgion
d'honneur sera spcialement charg de sa garde, de sa conservation, et
de tout ce qui est relatif au concours annuel.

9. Notre ministre de l'intrieur et l'intendant des biens de notre
couronne, sont chargs de l'excution du prsent dcret.

NAPOLON.



Posen, le 2 dcembre 1806.

_Trente-Septime bulletin de la grande arme._

Le fort de Czentoschau a capitul. Six cents hommes qui en formaient
la garnison, trente bouches  feu, des magasins sont tombs en notre
pouvoir. Il y a un trsor form de beaucoup d'objets prcieux, que la
dvotion des Polonais avait offerts  une image de la vierge, qui est
regarde comme la patronne de la Pologne. Ce trsor avait t mis sous
le squestre, mais l'empereur a ordonn qu'il ft rendu. La partie de
l'arme qui est  Varsovie continue  tre satisfaite de l'esprit qui
anime cette grande capitale. La ville de Posen a donn aujourd'hui un
bal  l'empereur. S.M. y a pass une heure. Il y a eu aujourd'hui un _Te
Deum_ pour l'anniversaire du couronnement de l'empereur.



Posen, le 5 dcembre 1806.

_Trente-huitime bulletin de la grande arme._

Le prince Jrme, commandant l'arme des allis, aprs avoir resserr le
blocus de Glogau et fait construire des batteries autour de cette place,
se porta avec les divisions bavaroises, Wrede et Deroi, du ct de
Kalistch  la rencontre des Russes, et laissa le gnral Vandamme et
le corps wurtembergeois continuer le sige de Glogau. Des mortiers
et plusieurs pices de canon arrivrent le 29 novembre. Ils furent
sur-le-champ mis en batterie, et aprs quelques heures de bombardement,
la place s'est rendue, et la capitulation a t signe.

Les troupes allies du roi de Wurtemberg se sont bien montres. Deux
mille cinq cents hommes, des magasins assez considrables de biscuits,
de bl, de poudre, prs de deux cents pices de canon sont les rsultats
de cette conqute importante, surtout par la bont de ses fortifications
et par sa situation. C'est la capitale de la basse Silsie. Les Russes
ayant refus la bataille devant Varsovie, ont repass la Vistule. Le
grand-duc de Berg l'a passe aprs eux; il s'est empar du faubourg de
Praga. Il les poursuit sur le Bug. L'empereur a donn en consquence
l'ordre au prince Jrme, de marcher par sa droite sur Breslaw, et de
cerner cette place, qui ne tardera pas de tomber en notre pouvoir. Les
sept places de la Silsie seront successivement attaques et bloques.
Vu le moral des troupes qui s'y trouvent, aucune ne fait prsumer une
longue rsistance. Le petit fort de Culmbach, nomm _Plassembourg_,
avait t bloqu par un bataillon bavarois: muni de vivres pour
plusieurs mois, il n'y avait pas de raison pour qu'il se rendt.
L'empereur a fait prparer  Cronach et  Forcheim des pices
d'artillerie pour battre ce fort et l'obliger  se rendre. Le 24
novembre, vingt-deux pices taient en batterie, ce qui a dcid le
commandant  livrer la place. M. de Beker, colonel du sixime rgiment
d'infanterie de ligne Bavarois, et commandant le blocus, a montr de
l'activit et du savoir-faire dans cette circonstance. L'anniversaire de
la bataille d'Austerlitz et du couronnement de l'empereur, a t clbr
 Varsovie avec le plus grand enthousiasme.



Posen, le 7 dcembre 1806.

_Trente-neuvime bulletin de la grande arme._

Le gnral Savary, aprs avoir pris possession d'Hameln, s'est port
sur Nienbourg. Le gouverneur faisait des difficults pour capituler. Le
gnral Savary entra dans la place, et aprs quelques pourparlers, il
conclut la capitulation. Un courrier vient d'arriver, apportant la
nouvelle  l'empereur que les Russes ont dclar la guerre  la Porte;
que Choczin et Bender sont cerns par leurs troupes, qu'ils ont pass
 l'improviste le Dniester, et pouss jusqu' Jassy. C'est le gnral
Michelson qui commande l'arme russe en Valachie. L'arme russe,
commande par le gnral Benigsen, a vacu la Vistule, et parat
dcide  s'enfoncer dans les terres. Le marchal Davoust a pass
la Vistule, et a tabli son quartier-gnral en avant de Praga; ses
avant-postes sont sur le Bug. Le grand-duc de Berg est toujours 
Varsovie. L'empereur a toujours son quartier-gnral  Posen.



Posen, le 9 dcembre 1806.

_Quarantime bulletin de la grande arme._

Le marchal Ney a pass la Vistule, et est entr le 6  Thorn. Il se
loue particulirement du colonel Savary, qui,  la tte du
quatorzime rgiment d'infanterie, et des grenadiers et voltigeurs
du quatre-vingt-seizime et du sixime d'infanterie lgre, passa le
premier la Vistule. Il eut  Thorn un engagement avec les Prussiens,
qu'il fora, aprs un lger combat, d'vacuer la ville. Il leur tua
quelques hommes et leur fit vingt prisonniers.

Cette affaire offre un trait remarquable. La rivire large de quatre
cents toises, charriait des glaons. Le bateau qui portait notre
avant-garde, retenu par les glaces, ne pouvait avancer; de l'autre rive,
des bateliers polonais s'lancrent au milieu d'une grle de balles pour
le dgager. Les bateliers prussiens voulurent s'y opposer: une lutte 
coups de poing s'engagea entre eux. Les bateliers polonais jetrent les
prussiens  l'eau, et guidrent nos bateaux jusqu' la rive droite.
L'empereur a demand le nom de ces braves gens pour les rcompenser.

L'empereur a reu aujourd'hui la dputation de Varsovie, compose de
MM. Gutakouski, grand-chambellan de Lithuanie, chevalier des ordres de
Pologne; Gorzenski, lieutenant-gnral, chevalier des ordres de
Pologne; Lubienski, chevalier des ordres de Pologne; Alexandre Potocki;
Rzetkowki, chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas; Luszewki.



Posen, le 14 dcembre 1806.

_Quarante-unime bulletin de la grande arme._

Le gnral de brigade Belair, du corps du marchal Ney, partit de
Thorn le 9 de ce mois, et se porta sur Galup. Le sixime, bataillon
d'infanterie lgre et le chef d'escadron Schoeni, avec soixante hommes
du troisime de hussards, rencontrrent un parti de quatre cents chevaux
ennemis. Ces deux avant-postes en vinrent aux mains. Les Prussiens
perdirent un officier et cinq dragons faits prisonniers, et eurent
trente hommes tus, dont les chevaux restrent en notre pouvoir.
Le marchal Ney se loue beaucoup du chef d'escadron Schoeni. Nos
avant-postes de ce ct arrivent jusqu' Strasbourg.

Le 11,  six heures du matin, la canonnade se ft entendre du ct du
Bug. Le marchal Davoust avait fait passer cette rivire au gnral
de brigade Gauthier,  l'embouchure de la Wrka, vis--vis le village
d'Okunin.

Le vingt-cinquime de ligne et le quatre-vingt-neuvime tant passs,
s'taient dj couverts par une tte de pont, et s'taient ports une
demi-lieue en avant, au village de Pomikuwo, lorsqu'une division russe
se prsenta pour enlever ce village; elle ne fit que des efforts
inutiles, fut repousse, et perdit beaucoup de monde. Nous avons eu
vingt hommes tu ou blesss.

Le pont de Thorn, qui est sur pilotis, est rtabli; on relve les
fortifications de cette place. Le pont de Varsovie, au faubourg de
Praga, est termin; c'est un pont de bateaux. On fait au faubourg de
Praga un camp retranch; le gnral du gnie Chasseloup dirige en chef
ces travaux.

Le 10, le marchal Augereau a pass la Vistule entre Zakroczym et
Utrata. Ses dtachemens travaillent sur la rive droite  se couvrir par
des retranchemens. Les Russes paraissent avoir des forces  Pultusk.

Le marchal Bessires dbouche de Thorn avec le second corps de la
rserve de cavalerie, compos de la division de cavalerie lgre du
gnral Tilly, des dragons des gnraux Grouchy et Sahuc, et des
cuirassiers du gnral d'Hautpoult.

MM. de Lucchesini et de Zastrow, plnipotentiaires du roi de Prusse, ont
pass le 10  Thorn pour se rendre  Koenigsberg auprs de leur matre.

Un bataillon prussien de Klock a dsert tout entier du village de Brok.
Il s'est dirig par diffrens chemins sur nos postes. Il est compos en
partie de Prussiens et de Polonais. Tous sont indigns du traitement
qu'ils reoivent des Russes. Notre prince nous a vendus aux Russes,
disent-ils; nous ne voulons point aller avec eux.

L'ennemi a brl les beaux faubourgs de Breslaw, beaucoup de femmes
et d'enfans ont pri dans cet incendie. Le prince Jrme a donn des
secours  ces malheureux habitans. L'humanit l'a emport sur les lois
de la guerre qui ordonnent de repousser dans une place assige les
bouches inutiles que l'ennemi veut en loigner. Le bombardement tait
commenc.

Le gnral Gouvion est nomm gouverneur de Varsovie.



Posen, le 15 dcembre 1806.

_Quarante-deuxime bulletin de la grande arme._

Le pont sur la Narew,  son embouchure dans le Bug, est termin. La tte
de pont est finie et arme de canons.

Le pont sur la Vistule, entre Zakroczym et Utrata, auprs de
l'embouchure du Bug, est galement termin. La tte de pont, arme d'un
grand nombre de batteries, est un ouvrage trs-redoutable.

Les armes russes viennent sur la direction de Grodno et sur celle de
Bielk, en longeant la Narew et le Bug. Le quartier-gnral d'une de
leurs divisions, tait le 10  Pultusk sur la Narew.

Le gnral Dulauloi est nomm gouverneur de Thorn.

Le huitime corps de la grande arme, que commande le marchal Mortier,
s'avance; il a sa droite  Stettin, sa gauche  Rostock, et son
quartier-gnral  Anklain. Les grenadiers de la rserve du gnral
Oudinot arrivent  Custrin.

La division des cuirassiers, nouvellement forme sous le commandement
du gnral Espagne, arrive  Berlin. La division italienne du gnral
Lecchi se runit  Magdebourg.

Le corps du grand-duc de Bade est  Stettin; sous quinze jours il
pourra entrer en ligne. Le prince hrditaire a constamment suivi le
quartier-gnral, et s'est trouv  toutes les affaires.

Le division polonaise de Zayonschek, qui a t organise  Haguenau, et
qui est forte de six mille hommes, est  Leipsick, pour y former son
habillement.

S.M. a ordonn de lever dans les tats prussiens au-del de l'Elbe, un
rgiment qui se runira  Munster. Le prince de Hohenzollern-Sigmaringen
est nomm colonel de ce corps.

Une division de l'arme de rserve du gnral Kellermann est partie de
Mayence. La tte de cette division est dj arrive  Magdebourg.

La paix avec l'lecteur de Saxe et le duc de Saxe-Weimar a t signe 
Posen.

Tous les princes de Saxe ont t admis dans la confdration du Rhin.

S.M. a dsapprouv la leve des contributions frappes sur les Etats de
Saxe-Gotha et Saxe-Meinungen, et a ordonn de restituer ce qui a t
peru. Ces princes n'ayant point t en guerre avec la France, et
n'ayant point fourni de contingent  la Prusse, ne devaient point tre
sujets  des contributions de guerre.

L'arme a pris possession du pays de Mecklembourg. C'est une suite du
trait sign  Schwerin le 25 octobre 1805. Par ce trait, le prince de
Mecklembourg avait accord passage sur son territoire aux troupes russes
commandes par le gnral Tolstoy.

La saison tonne les habitans de la Pologne. Il ne gle point. Le soleil
parait tous les jours, et il fait encore un temps d'automne.

L'empereur part cette nuit pour Varsovie.



Kutno, le 17 dcembre 1806.

_Quarante-troisime bulletin de la grande arme._

L'empereur est arriv  Kutno  une heure aprs midi, ayant voyag toute
la nuit dans des calches du pays, le dgel ne permettant pas de se
servir de voitures ordinaires. La calche dans laquelle se trouvait le
grand-marchal du palais, Duroc, a vers. Cet officier a t grivement
bless  l'paule, sans cependant aucune espce de danger. Cela
l'obligera  garder le lit huit  dix jours.

Les ttes de pont de Prag, de Zakroczym, de la Narew et de Thorn,
acquirent tous les jours un nouveau degr de force.

L'empereur sera demain  Varsovie.

La Vistule tant extrmement large, les ponts ont partout trois  quatre
cents toises; ce qui est un travail trs-considrable.



Varsovie, le 21 dcembre 1806.

_Quarante-quatrimes bulletin de la grande arme._

L'empereur a visit hier les travaux de Prag. Huit belles redoutes
palissades et fraises, ferment une enceinte de quinze mille toises, et
trois fronts bastionns de six cents toises de dveloppement, forment le
rduit d'un camp retranch.

La Vistule est une des plus grandes rivires qui existent.

Le Bug, qui est comparativement beaucoup plus petit, est cependant
beaucoup plus fort que la Seine. Le pont sur ce dernier fleuve est
entirement termin. Le gnral Gauthier, avec les vingt-cinquime et
quatre-vingt-cinquime rgimens d'infanterie, occupe la tte du pont,
que le gnral Chasseloup a fait fortifier avec intelligence; de manire
que cette tte de pont, qui n'a cependant que quatre cents toises de
dveloppement, se trouvant appuye  des marais et  la rivire, entoure
un camp retranch qui peut renfermer, sur la rive droite, toute une
arme  l'abri de toute attaque de l'ennemi. Une brigade de cavalerie
lgre de la rserve a tous les jours de petites escarmouches avec la
cavalerie russe.

Le 18, le marchal Davoust sentit la ncessit, pour rendre son camp
sur la rive droite meilleur, de s'emparer d'une petite le situe 
l'embouchure de la Wrka. L'ennemi reconnut l'importance de ce poste.
Une vive fusillade d'avant-garde s'engagea, mais la victoire et l'le,
restrent aux Franais. Notre perte a t de peu d'hommes blesss.
L'officier de gnie Clouet, jeune homme de la plus grande esprance, a
eu une balle dans la poitrine. Le 19, un rgiment de cosaques, soutenu
par des hussards russes, essaya d'enlever la grand'garde de la brigade
de cavalerie lgre place en avant de la tte du pont du Bug; mais la
grand'garde s'tait place de manire  tre  l'abri d'une surprise. Le
1er d'hussards sonna  cheval. Le colonel se prcipita  la tte d'un
escadron, et le treizime s'avana pour le soutenir. L'ennemi fut
culbut. Nous avons eu dans cette petite affaire trois ou quatre hommes
blesss, mais le colonel des cosaques a t tu. Une trentaine d'hommes
et vingt-cinq chevaux sont rests en notre pouvoir. Il n'y a rien de si
lche et de si misrable que les cosaques; c'est la honte de la nature
humaine. Ils passent le Bug et violent chaque jour la neutralit de
l'Autriche, pour piller une maison en Galicie, ou pour se faire donner
un verre d'eau-de-vie, dont ils sont trs-friands; mais notre cavalerie
lgre est familiarise, depuis la dernire campagne, avec la manire
de combattre ces misrables, qui peuvent arrter par leur nombre et
le tintamarre qu'ils font en chargeant, des troupes qui n'ont pas
l'habitude de les voir, mais, quand on les connat, deux mille de ces
malheureux ne sont pas capables de charger un escadron qui les attend de
pied ferme.

Le marchal Augereau a pass la Vistule  Utrata. Le gnral Lapisse est
entr  Plousk, et en a chass l'ennemi.

Le marchal Soult a pass la Vistule  Vizogrod.

Le marchal Bessires est arriv le 18  Kikol avec le second corps
de rserve de cavalerie. La tte est arrive  Siepez, Diffrentes
rencontres de cavalerie avaient eu lieu avec des hussards prussiens,
dont bon nombre a t pris. La rive droite de la Vistule se trouve
entirement nettoye.

Le marchal Ney, avec son corps d'arme, appuie le marchal Bessires.
Il tait arriv le 18  Rypin. Il avait lui-mme sa droite appuye par
le marchal prince de Ponte-Corvo.

Tout se trouve donc en mouvement. Si l'ennemi persiste  rester dans sa
position, il y aura une bataille dans peu de jours. Avec l'aide de Dieu,
l'issue n'en peut tre incertaine. L'arme russe est commande par le
marchal Kamenskoy, vieillard de soixante-quinze ans. Il a sous lui les
gnraux Benigsen et Buxhowden.

Le gnral Michelson est dcidrent entr en Moldavie. Des rapports
assurent qu'il est entr le 29 novembre  Yassi. On assur mme qu'un de
ses gnraux a pris d'assaut Bender, et a tout pass au fil de l'pe.
Voil donc une guerre dclare  la Porte sans prtexte ni raison; mais
on avait jug  Saint-Ptersbourg que le moment o la France et
la Prusse, les deux puissances les plus intresses  maintenir
l'indpendance de la Turquie, taient aux mains, devenait le moment
favorable pour assujettir cette puissance. Les vnemens d'un mois ont
dconcert ces calculs, et la Porte leur devra sa conservation.

Le grand-duc de Berg est malade de la fivre. Il va mieux. Le temps est
doux comme  Paris au mois d'octobre, et humide, ce qui rend les chemins
difficiles. On est parvenu  se procurer une assez grande quantit de
vin pour soutenir la force du soldat.

Le palais des rois de Pologne est beau et bien meubl. Il y a  Varsovie
un grand nombre de beaux palais et de belles maisons. Nos hpitaux y
sont bien tablis, ce qui n'est pas un petit avantage dans ce pays.
L'ennemi parat avoir beaucoup de malades; il a aussi beaucoup de
dserteurs. On ne parle pas des Prussiens, car mme des colonnes
entires ont dsert pour ne pas tre, sous les Russes, obligs de
dvorer de continuels affronts.



Haluski, le 27 dcembre 1806.

_Quarante-cinquime bulletin de la grande arme._

Le gnral russe Benigsen commandait une arme que l'on valuait 
soixante mille hommes. Il avait d'abord le projet de couvrir Varsovie,
mais la renomme des vnemens qui s'taient passs en Prusse lui porta
conseil, et il prit le parti de se retirer sur la frontire russe. Sans
presque aucun engagement, les armes franaises entrrent dans Varsovie,
passrent la Vistule et occuprent Prag. Sur ces entrefaites, le
feld-marchal Kaminski arriva  l'arme russe au moment mme o la
jonction du corps de Benigsen avec celai de Buxhowden, s'oprait.
Il s'indignait de la marche rtrograde des Russes. Il crut qu'elle
compromettait l'honneur des armes de sa nation, et il marcha en
avant. La Prusse faisait instances sur instances, se plaignant qu'on
l'abandonnait aprs lui avoir promis de la soutenir, et disant que le
chemin de Berlin n'tait ni par Grodno, ni par Olita, ni par Brezsc; que
ses sujets se dsaffectionnaient; que l'habitude de voir le trne de
Berlin occup par des Franais tait dangereuse pour elle et favorable 
l'ennemi. Non-seulement le mouvement rtrograde des Russes cessa, mais
ils se reportrent en avant. Le 5 dcembre, le gnral Benigsen rtablit
son quartier-gnral  Pultusk. Les ordres taient d'empcher les
Franais de passer la Narew, de reprendre Prag, et d'occuper la Vistule
jusqu'au moment o l'on pourrait effectuer des oprations offensives
d'une plus grande importance.

La runion, des gnraux Kaminski, Buxhowden et Benigsen, fut clbre
au chteau de Sierock par des rjouissances et des illuminations, qui
furent aperues du haut des tours de Varsovie.

Cependant, au moment mme o l'ennemi s'encourageait par des ftes, la
Narew se passait; huit cents Franais jets de l'autre ct de cette
rivire,  l'embouchure de la Wrka, s'y retranchrent cette mme nuit;
et lorsque l'ennemi se prsenta le matin pour, les rejeter dans la
rivire, il n'tait plus temps; ils se trouvaient  l'abri de tout
vnement.

Instruit de ce changement survenu dans les oprations de l'ennemi,
l'empereur partit de Posen le 16. Au mme moment, il avait mis en
mouvement son arme. Tout ce qui revenait des discours des Russes
faisait comprendre qu'ils voulaient reprendre l'offensive.

Le marchal Ney tait depuis plusieurs jours matre de Thorn. Il runit
son corps d'arme  Gallup. Le marchal Bessires, avec le deuxime
corps de la cavalerie de la rserve, compos des divisions de dragons
des gnraux Sahuc et Grouchy, et de la division des cuirassiers
d'Hautpoult, partit de Thorn pour se porter sur Biezan. Le marchal
prince de Ponte-Corvo partit avec son corps d'arme pour le soutenir.
Le marchal Soult passait la Vistule vis  vis de Plock, le marchal
Augereau la passait vis  vis de Zakroczym, o l'on travaillait  force
 tablir un pont. Celui de la Narew se poussait aussi vivement.

Le 22, le pont de la Narew fut termin. Toute la rserve de cavalerie
passa sur-le-champ la Vistule  Prag, pour se rendre sur la Narew. Le
marchal Davoust y runit tout son corps. Le 23,  une heure du matin,
l'empereur partit de Varsovie, et passa la Narew  neuf heures. Aprs
avoir reconnu l'Wrka et les retranchemens considrables qu'avait levs
l'ennemi, il fit jeter un pont au confluent de la Narew et de l'Wrka. Ce
pont fut jet en deux heures par les soins du gnral d'artillerie.

_Combat de nuit de Czarnowo._

La division Morand passa sur-le-champ pour aller s'emparer des
retranchemens de l'ennemi prs du village de Czarnowo. Le gnral de
brigade Marulaz la soutenait avec sa cavalerie lgre. La division de
dragons du gnral Beaumont passa immdiatement aprs. La canonnade
s'engagea  Czarnowo. Le marchal Davoust ft passer le gnral Petit
avec le douzime de ligne pour enlever les redoutes du pont. La nuit
vint, on dut achever toutes les oprations au clair de la lune; et a
deux heures du matin, l'objet que se proposait l'empereur fut rempli.
Toutes les batteries du village de Czarnowo furent enleves; celles du
pont furent prises; quinze mille Hommes qui les dfendaient furent mis
en droute, malgr leur vive rsistance.

Quelques prisonniers et six pices de canon restrent en notre pouvoir.
Plusieurs gnraux ennemis furent blesses. De notre ct, le gnral de
brigade Boussard a t lgrement bless. Nous avons eu peu de morts,
mais prs de deux cents blesss. Dans le mme temps,  l'autre extrmit
de la ligne d'oprations, le marchal Ney culbutait les restes de
l'arme prussienne, et les jetait dans les bois de Lauterburg, en leur
faisant prouver une perte notable. Le marchal Bessires avait une
brillante affaire de cavalerie, cernait trois escadrons de hussards
qu'il faisait prisonniers, et enlevait plusieurs pices de canon.

_Combat de Nasielsk._

Le 24, la rserve de cavalerie et le corps du marchal Davoust
se dirigrent sur Nasielsk. L'empereur donna le commandement de
l'avant-garde au gnral Rapp. Arriv  une lieue de Nasielsk, on
rencontra l'avant-garde ennemie.

Le gnrai Lemarrois partit avec deux rgimens de dragons, pour tourner
un grand bois et cerner celle avant-garde. Ce mouvement, fut excut
avec promptitude. Mais l'avant-garde ennemie, voyant l'arme franaise
ne faire aucun mouvement pour avancer, souponna quelque projet et ne
tint pas. Cependant il se ft quelques charges, dans l'une desquelles
fut pris le major Ourvarow, aide-de-camp de l'empereur de Russie.
Immdiatement aprs, un dtachement arriva sur la petite ville de
Nasielsk. La canonnade devint vive. La position de l'ennemi tait bonne;
il tait retranch par des marais et des bois. Le marchal Kaminski
commandait lui-mme. Il croyait pouvoir passer la nuit dans cette
position, en attendant que d'autres colonnes vinssent le joindre. Vain
calcul; il en fut chass, et men tambour battant pendant plusieurs
lieues. Quelques gnraux russes furent blesss, plusieurs colonels
faits prisonniers, et plusieurs pices de canon prises. Le colonel
Beker, du huitime rgiment de dragons, brave officier, a t blesse
mortellement.

_Passage de Wrka_

Au mme moment, le gnral Nansouty, avec la division Klein et une
brigade de cavalerie lgre, culbutait, en avant de Kursomb, les
cosaques et la cavalerie ennemie, qui avait pass l'Wrka sur ce point,
et traversait l cette rivire. Le septime corps d'arme, que commande
le marchal Augereau, effectuait son passage de l'Wrka  Kursomb, et
culbutait les quinze mille hommes qui la dfendaient. Le passage du pont
fut brillant. Le quatorzime de ligne l'excuta en colonnes serres,
pendant que le seizime d'infanterie lgre tablissait une vive
fusillade sur la rive droite. A peine le quatorzime eut-il dbouch
du pont, qu'il essuya une charge de cavalerie, qu'il soutint avec
l'intrpidit ordinaire  l'infanterie franaise; mais un malheureux
lancier pntra jusqu' la tte du rgiment, et vint percer d'un coup de
lance le colonel qui tomba raide mort. C'tait un brave soldat; il tait
digne de commander un si brave corps. Le feu  bout portant qu'excuta
son rgiment, et qui mit la cavalerie ennemie dans le plus grand
dsordre, fut le premier des honneurs rendus  sa mmoire.

Le 25, le troisime corps, que commande le marchal Davoust, se porta 
Tykoczyn, o s'tait retir l'ennemi. Le cinquime corps command par le
marchal Lannes, se dirigeait sur Pultusk, avec la division de dragons
Beker.

L'empereur se porta, avec la plus grande partie de la cavalerie de
rserve,  Ciechanow.

_Passage de la Sonna._

Le gnral Gardanne, que l'empereur avait envoy avec trente hommes de
sa garde pour reconnatre les mouvemens de l'ennemi, rapporta qu'il
passait la rivire de Sonna  Lopackzin, et se dirigeait sur Tykoczyn.

Le grand-duc de Berg, qui tait rest malade a Varsovie, n'avait
pu rsister  l'impatience de prendre part aux vnemens qui se
prparaient. Il partit de Varsovie et vint rejoindre l'empereur. Il prit
deux escadrons des chasseurs de la garde pour observer les mouvemens de
la colonne ennemie. Les brigades de cavalerie lgre de la rserve, et
les divisions Klein et Nansouty, pressrent le pas pour le joindre.
Arriv au pont de Lopackzin, il trouva un rgiment de hussards russes,
qui le gardait. Ce rgiment fut aussitt charg par les chasseurs de
la garde, et culbut dans la rivire, sans autre perte de la part des
chasseurs, qu'un marchal-des-logis bless.

Cependant la moiti de cette colonne n'avait pas encore pass; elle
passait plus haut. Le grand-duc de Berg la ft charger par le colonel
Dalhmann,  la tte des chasseurs de la garde, qui lui prit trois pices
de canon, aprs avoir mis plusieurs escadron en droute.

Tandis que la colonne que l'ennemi avait si imprudemment jete sur la
droite, cherchait  gagner la Narew, pour arriver  Tykoczyn, point de
rendez-vous, Tykoczyn tait occup par le marchal Davoust, qui y prit
deux cents voitures de bagages et une grande quantit de tranards qu'on
ramassa de tous cts.

Toutes les colonnes russes sont coupes, errantes  l'aventure, dans
un dsordre difficile  imaginer. Le gnral russe a fait la faute de
cantonner son arme, ayant sur ses flancs l'arme franaise, spare,
il est vrai, par la Narew, mais ayant un pont sur cette rivire. Si
la saison tait belle, on pourrait prdire que l'arme russe ne se
retirerait pas et serait perdue sans bataille; mais dans une saison o
il fait nuit  quatre heures, et o il ne fait jour qu'a huit, l'ennemi
qu'on poursuit a toutes les chances pour se sauver, surtout dans un pays
difficile et coup de bois. D'ailleurs, les chemins sont couverts de
quatre pieds de boue, et le dgel continue. L'artillerie ne peut faire
plus de deux lieues dans un jour. Il est donc  prvoir que l'ennemi se
retirera de la position fcheuse o il se trouve, mais il perdra toute
son artillerie, toutes ses voitures, tous ses bagages.

Voici quelle tait, le 25 au soir, la position de l'arme franaise.

La gauche, compose des corps du marchal prince de Ponte-Corvo et des
marchaux Ney et Bessires, marchant de Bizon sur la route de Grodno;

Le marchal Soult arrivant a Ciechanow;

Le marchal Augereau marchant sur Golymin;

Le marchal Davoust entre Golymin et Pultusk;

Le marchal Lannes  Pultusk.

Dans ces deux jours nous avons fait quinze  seize cents prisonniers,
pris vingt-cinq  trente pices de canon, trois drapeaux et un tendard.

Le temps est extraordinaire ici; il fait plus chaud qu'au mois d'octobre
 Paris, mais il pleut, et dans un pays o il n'y a pas de chausses, on
est constamment dans la boue.



Golymin, le 28 dcembre 1806.

_Quarante-sixime bulletin de la grande arme._

Le marchal Ney, charg de manoeuvrer pour dtacher le
lieutenant-gnral prussien Lestocq de l'Wrka, dborder et menacer ses
communications, et pour le couper des Russes, a dirig ses mouvemens
avec son habilet et son intrpidit ordinaires. Le 23, la division
Marchand se rendit  Gurzno, Le 24, l'ennemi a t poursuivi jusqu'
Kunsbroch. Le 25, l'arrire garde de l'ennemi a t entame. Le 26,
l'ennemi s'tant concentr  Soldan et Mlawa, le marchal Ney rsolut de
marcher  lui et de l'attaquer. Les Prussiens occupaient Soldan avec
six mille hommes d'infanterie et un millier d'hommes de cavalerie; ils
comptaient, protgs par les marais et les obstacles qui environnent
cette ville, tre  l'abri de toute attaque. Tous ces obstacles ont t
surmonts par les soixante-neuvime et soixante-seizime. L'ennemi s'est
dfendu dans toutes les rues, et a t repouss partout  coups de
baonnette. Le gnerai Lestocq, voyant le petit nombre de troupes qui
l'avaient attaqu, voulut reprendre la ville. Il fit quatre attaques
successives pendant la nuit, dont aucune ne russit. Il se retira 
Niedenbourg: six pices de canon, quelques drapeaux, un assez bon nombre
de prisonniers, ont t le rsultt du combat de Soldan. Le marchal Ney
se loue du gnral Wonderveid, qui a t bless. Il fait une mention
particulire du colonel Brun, du soixante-neuvime, qui s'est fait
remarquer par sa bonne conduite. Le mme jour, le cinquante-neuvime a
pass sur Lauterburg.

Pendant le combat de Soldan, le gnral Marchand, avec sa division,
repoussait l'ennemi de Mlawa, o il eut un trs-brillant combat.

Le marchal Bessires, avec le second corps de la rserve de cavalerie,
avait occup Bizun ds le 19. L'ennemi reconnaissant l'importance de
cette position, et sentant que la gauche de l'arme franaise voulait
sparer les Prussiens des Russes, tenta de reprendre ce poste; ce qui
donna lieu au combat de Bizun. Le 23,  huit heures, il dboucha par
plusieurs routes. Le marchal Bessires avait plac les deux seules
compagnies d'infanterie qu'il avait, prs du pont. Voyant l'ennemi venir
en trs-grande force, il donna ordre au gnral Grouchy de dboucher
avec sa division. L'ennemi tait dj matre du village de Karmidjeu, et
y avait jet un bataillon d'infanterie.

Charge par la division Grouchy, la ligne ennemie fut rompue. Cavalerie
et infanterie prussienne, fortes de six mille hommes, ont t enfonces
et jetes dans les marais; cinq cents prisonniers, cinq pices de canon,
deux tendards, sont le rsultat de cette charge. Le marchal Bessires
se loue beaucoup du gnral Grouchy, du gnral Rouget, et de son chef
d'tat-major le gnral Roussel. Le chef d'escadron Reni, du sixime
rgiment de dragons, s'est distingu. M. Launay, capitaine de la
compagnie d'lite du mme rgiment, a t tu.

M. Bourreau, aide-de-camp du marchal Bessires, a t bless. Notre
perte est, du reste, peu considrable. Nous avons eu huit hommes tus et
une vingtaine de blesss. Les deux tendards ont t pris par le dragon
Plet, du sixime rgiment de dragons, et par le fourrier Jeuffroy, du
troisime rgiment.

S.M. dsirant que le prince Jrme et occasion de s'instruire l'a fait
appeler de Silsie. Ce prince a pris part  tous les combats qui ont eu
lieu, et s'est trouv souvent aux avant-postes.

S.M. a t satisfaite de la conduite de l'artillerie, pour
l'intelligence et l'intrpidit qu'elle a montres devant l'ennemi, soit
dans la construction des ponts, soit pour faire marcher l'artillerie au
milieu des mauvais chemins.

Le gnral Marulaz, commandant la cavalerie lgre du troisime corps,
le colonel Excelmans, du premier de chasseurs, et le gnral Petit, ont
fait preuve d'intelligence et de bravoure.

S.M. a recommand que dans les relations officielles des diffrentes
affaires, on ft connatre un grand nombre de traits qui mritent de
passer  la postrit; car c'est pour elle, et pour vivre ternellement
dans sa mmoire, que le soldat franais affronte tous les dangers et
toutes les fatigues.



Pultusk, le 30 dcembre 1806.

_Quarante-septime bulletin de la grande arme._

Le combat de Czarnowo, celui de Nasielsk, celui de Kursomb, le combat de
cavalerie de Lopackzin, ont t suivis par les combats de Golymin et
de Pultusk; et la retraite entire et prcipite des armes russes a
termin l'anne et la campagne.

_Combat de Pultusk._

Le marchal Lannes ne put arriver vis  vis Pultusk que le 26 au matin.
Tout le corps de Benigsen s'y tait runi dans la nuit. Les divisions
russes qui avaient t battues  Nasielsk, poursuivies par la troisime
division du corps du marchal Davoust, entrrent dans le camp de Putulsk
 deux heures aprs minuit. A dix heures le marchal Lannes attaqua,
ayant la division Suchet en premire ligne, la division Gazan en seconde
ligne, la division Gudin, du troisime corps d'arme, commande par le
gnral Daultanne, sur sa gauche. Le combat devint vif. Aprs diffrens
engagemens, l'ennemi fut culbut. Le dix-septime rgiment d'infanterie
lgre et le trente-quatrime se couvrirent de gloire. Les gnraux
Vedel et Claparde ont t blesss. Le gnral Treillard, commandant la
cavalerie lgre du corps d'arme, le gnral Boussard, commandant une
brigade de la division de dragons Beker, le colonel Barthelemy, du
quinzime rgiment de dragons, ont t blesss par la mitraille.
L'aide-de-camp Voisin, du marchal Lannes, et l'aide-de-camp Curial, du
gnral Suchet, ont t tus l'un et l'autre avec gloire. Le marchal
Lannes a t touch d'une balle. Le cinquime corps d'arme a montr,
dans cette circonstance, ce que peuvent des braves, et l'immense
supriorit de l'infanterie franaise sur celle des autres nations. Le
marchal Lannes, quoique malade depuis huit jours, avait voulu suivre
son corps d'arme. Le quatre-vingt-cinquime rgiment a soutenu
plusieurs charges de cavalerie ennemie avec sang-froid et succs.
L'ennemi, dans la nuit, a battu en retraite et a gagn Ostrolenka.

_Combat de Golymin._

Pendant que le corps de Benigsen tait  Pultusk, et y tait battu,
celui de Buxhowden se runissait  Golymin,  midi. La division Panin,
de ce corps, qui avait t attaque la veille par le grand-duc de Berg,
une autre division qui avait t battue  Nasielsk, arrivaient par
diffrens chemins au camp de Golymin.

Le marchal Davoust, qui poursuivait l'ennemi depuis Nasielsk,
l'atteignit, le chargea, et lui enleva un bois prs du camp de Golymin.

Dans le mme temps, le marchal Augereau arrivant de Golaczima, prenait
l'ennemi en flanc. Le gnral de brigade Lapisse, avec le seizime
d'infanterie lgre, enlevait  la baonnette un village qui servait de
point d'appui  l'ennemi. La division Heudelet se dployait et marchait
 lui. A trois heures aprs midi, le feu tait des plus chauds. Le
grand-duc de Berg fit excuter avec le plus grand succs plusieurs
charges, dans lesquelles la division de dragons Klein se distingua.
Cependant la nuit arrivant trop tt, le combat continua jusqu' onze
heures du soir. L'ennemi fit sa retraite en dsordre, laissant son
artillerie, ses bagages, presque tous ses sacs, et beaucoup de morts.
Toutes les colonnes ennemies se retirrent sur Ostrolenka.

Le gnral Fenerolle, commandant une brigade de dragons, fut tu d'un
boulet. L'intrpide gnral Rapp, aide-de-camp de l'empereur, a t
bless d'un coup de fusil,  la tte de sa division de dragons. Le
colonel Sml, du brave vingt-quatrime de ligne, a t bless. Le
marchal Augereau a eu un cheval tu sous lui.

Cependant le marchal Soult, avec son corps d'arme, tait dj arriv
 Molati,  deux lieues de Makow; mais les horribles boues, suite des
pluies et du dgel, arrtrent sa marche et sauvrent l'arme russe,
dont pas un seul homme n'et chapp sans cet accident. Les destins de
l'arme de Benigsen et de celle de Buxhowden devaient se terminer en
de de la petite rivire d'Orcye; mais tous les mouvemens ont t
contraris par l'effet du dgel, au point que l'artillerie a mis jusqu'
deux jours pour faire trois lieues. Toutefois, l'arme russe a perdu
quatre-vingt pices de canon, tous ses caissons, plus de douze cents
voitures de bagages, et douze mille hommes tus, blesss ou faits
prisonniers. Les mouvemens des colonnes franaises et russes seront un
objet de vive curiosit pour les militaires, lorsqu'ils seront tracs
sur la carte. On y verra  combien peu il a tenu que toute cette arme
ne ft prise et anantie en peu de jours, et cela, par l'effet d'une
seule faute du gnral russe.

Nous avons perdu huit cents hommes tus, et nous avons eu deux mille
blesss. Matre d'une grande partie de l'artillerie ennemie, de toutes
les positions ennemies, ayant repouss l'ennemi  plus de quarante
lieues, l'empereur a mis son arme en quartiers d'hiver.

Avant cette expdition, les officiers russes disaient qu'ils avaient
cent cinquante mille hommes: aujourd'hui ils prtendent n'en avoir eu
que la moiti. Qui croire, des officiers russes avant la bataille, ou
des officiers russes aprs la bataille?

La Perse et la Porte ont dclar la guerre  la Russie. Michelson
attaque la Porte. Ces deux grands empires, voisins de la Russie, sont
tourments par la politique fallacieuse du cabinet de Saint-Ptersbourg,
qui agit depuis dix ans chez eux comme elle a fait pendant cinquante ans
en Pologne.

M. Philippe Sgur, marchal-des-logis de la maison de l'empereur, se
rendant  Nasielsk, est tomb dans une embuscade de cosaques, qui
s'taient placs dans une maison de bois qui se trouve derrire
Nasielsk. Il en a tu deux de sa main, mais il a t fait prisonnier.

L'empereur l'a fait rclamer; mais le gnral russe l'avait sur-le-champ
dirig sur Saint-Ptersbourg.



De notre camp imprial de Pultusk, le 31 dcembre 1806.

M. l'archevque (ou vque), les nouveaux succs que nos armes ont
remports sur les bords du Bug et de la Narew, o, en cinq jours
de temps, elles ont mis en droute l'arme russe, avec priode son
artillerie, de ses bagages et d'un grand nombre de prisonniers, en les
obligeant  vacuer toutes les positions importantes o elle s'tait
retranche, nous portent  dsirer que notre peuple adresse des
remercmens au ciel, pour qu'il continue  nous tre favorable, et pour
que le Dieu des armes seconde nos justes entreprises, qui ont pour but
de donner enfin,  nos peuples, une paix stable et solide, que ne puisse
troubler le gnie du mal. Cette lettre n'tant pas  autre fin, nous
prions Dieu, M. l'archevque (ou vque), qu'il vous ait en sa sainte
garde.

NAPOLON.



Varsovie, le 3 janvier 1807.

_Quarante-huitime bulletin de la grande arme._

Le gnral Corbineau, aide-de-camp de l'empereur, est parti de Pultusk
avec trois rgiments de cavalerie lgre, pour se mettre  la poursuite
de l'ennemi. Il est arriv le 1er janvier  Ostrowiec, aprs avoir
occup Brock. Il a ramass quatre cents prisonniers, plusieurs officiers
et plusieurs voitures de bagages.

Le marchal Soult, ayant sous ses ordres les trois brigades de cavalerie
lgre de la division Lasalle, borde la petite rivire d'Orcye, pour
mettre  couvert les cantonnemens de l'arme. Le marchal Ney, le
marchal prince de Ponte-Corvo et le marchal Bessires ont leurs
troupes cantonnes sur la gauche. Les corps d'arme des marchaux Soult,
Davoust et Lannes, occupent Pultusk et les bords du Bug.

L'arme ennemie continue son mouvement de retraite.

L'empereur est arriv le 2 janvier  Varsovie,  deux heures aprs midi.

Il a gel et neig pendant deux jours, mais dj le dgel recommence,
et les chemins, qui paraissaient s'amliorer sont devenus aussi mauvais
qu'auparavant.

Le prince Borghse a t constamment  la tte du premier rgiment des
carabiniers, qu'il commande. Les braves carabiniers et cuirassiers
brlaient d'en venir aux mains avec l'ennemi; mais les divisions de
dragons qui marchaient en avant ayant tout enfonc, ne les ont pas mis
dans le cas de fournir une charge.

S.M. a nomm le gnral Lariboissire gnral de division, et lui a
donn le commandement de l'artillerie de sa garde. C'est un officier du
plus rare mrite.

Les troupes du grand-duc de Wurtzbourg forment la garnison de Berlin.
Elles sont composes de deux rgimens qui se font distinguer par leur
belle tenue.

Le corps du prince Jrme assige toujours Breslaw. Cette belle ville
est rduite en cendres. L'attente des vnemens, et l'esprance qu'elle
avait d'tre secourue par les Russes, l'ont empche de se rendre; mais
le sige avance. Les troupes bavaroises et wurtembergeoises ont mrit
les loges du prince Jrme et l'estime de l'arme franaise.

Le commandant de la Silsie avait runi les garnisons des places qui ne
sont pas bloques et en avait form un corps de huit mille hommes, avec
lequel il s'tait mis en marche pour inquiter le sige de Breslaw.
Le gnral Hdouville, chef de l'tat-major du prince Jrme, a
fait marcher contre ce corps le gnral Montbrun, commandant les
Wurtembergeois, et le gnral Minucci, commandant les Bavarois. Ils ont
atteint les Prussiens  Strehlen, les ont mis dans une grande droute,
et leur ont pris quatre cents hommes, six cents chevaux, et des convois
considrables de subsistances que l'ennemi avait le projet de jeter
dans la place. Le major Erschet,  la tte de cent cinquante hommes
des chevau-lgers de Linange, a charg deux escadrons prussiens, les a
rompus, et leur a fait trente-six prisonniers.

S.M. a ordonn qu'une partie des drapeaux pris au sige de Glogau ft
envoye au roi de Wurtemberg, dont les troupes se sont empares de cette
place. S.M., voulant aussi reconnatre la bonne conduite de ces troupes,
a accord au corps de Wurtemberg dix dcorations de la Lgion d'Honneur.

Une dputation du royaume d'Italie, compose de MM. Prima, ministre des
finances, et homme d'un grand mrite; Renier, podestat de Venise,
et Guasta Villani, conseiller-d'tat, a t prsente aujourd'hui 
l'empereur.

S.M. a reu le mme jour toutes les autorits du pays, et les diffrens
ministres trangers qui se trouvent  Varsovie.



Varsovie, le 8 janvier 1807.

_Quarante-neuvime bulletin de la grande arme._

Breslaw s'est rendu. On n'a pas encore la capitulation au
quartier-gnral. On n'a pas non plus l'tat des magasins de
subsistances, d'habillement et d'artillerie. On sait cependant qu'ils
sont trs-considrables. Le prince Jrme a d faire son entre dans la
place. Il va assiger Brieg, Schweidnitz et Kosel.

Le gnral Victor, commandant le dixime corps d'arme, s'est mis en
marche pour aller faire le sige de Colberg et de Dantzick, et prendre
ces places pendant le reste de l'hiver.

M. de Zastrow, aide-de-camp du roi de Prusse, homme sage et modr, qui
avait sign l'armistice que son matre n'a pas ratifi, a cependant
t charg,  son arrive  Koenigsberg, du porte-feuille des affaires
trangres.

Notre cavalerie lgre n'est pas loin de Koenigsberg.

L'arme russe continue son mouvement sur Grodno. On apprend que dans
les dernires affaires elle a eu un grand nombre de gnraux tus et
blesss. Elle montre assez de mcontentement soldats disent que si l'on
avait jug leur arme assez forte pour se mesurer avec avantage contre
les Franais, l'empereur, sa garde, la garnison de Saint-Ptersbourg et
les gnraux de la cour, auraient t conduits  l'arme par cette mme
scurit qui les y amena l'anne dernire; que si, au contraire, les
vnemens d'Austerlitz et ceux d'Jna ont fait penser que les Russes ne
pouvaient pas obtenir des succs contre l'arme franaise, il ne fallait
pas s'engager dans une lutte ingale. Ils disent aussi: L'empereur
Alexandre a compromis notre gloire. Nous avions toujours t vainqueurs;
nous avions tabli et partag l'opinion que nous tions invincibles. Les
choses sont bien changes. Depuis deux ans on nous fait promener des
frontires de la Pologne en Autriche, de Dniester  la Vistule, et
tomber partout dans les piges de l'ennemi. Il est difficile de ne pas
s'apercevoir que tout cela est mal dirig.

Le gnral Michelson est toujours en Moldavie. On n'a pas de nouvelles
qu'il se soit port contre l'arme turque qui occupe Bucharest et la
Valachie. Les faits d'armes de cette guerre se bornent jusqu' prsent 
l'investissement de Choczym et de Bender. De grands mouvemens ont lieu
dans toute la Turquie pour repousser une aussi injuste agression.

Le gnral baron de Vincent est arriv de Vienne  Varsovie, porteur de
lettres de l'empereur d'Autriche pour l'empereur Napolon.

Il tait tomb beaucoup de neige, et il avait gel pendant trois
jours. L'usage des traneaux avait donn une grande rapidit aux
communications, mais le dgel vient de recommencer. Les Polonais
prtendent qu'un pareil hiver est sans exemple dans ce pays-ci. La
temprature est effectivement plus douce qu'elle ne l'est ordinairement
 Paris dans cette saison.



Varsovie, le 13 janvier 1807.

_Cinquantime bulletin de la grande arme._

Les troupes franaises ont trouv  Ostrolenka quelques malades russes
que l'ennemi n'avait pu transporter. Indpendamment des pertes de
l'arme russe en tus et en blesss, elle en prouve encore de
trs-considrables par les maladies, qui se multiplient chaque jour.

La plus grande dsunion s'est tablie entre les gnraux Kaminski,
Benigsen et Buxhowden.

Tout le territoire de la Pologne prussienne se trouve actuellement
vacu par l'ennemi.

Le roi de Prusse a quitt Koenigsberg, et s'est rfugi  Memel.

La Vistule, la Narew et le Bug, avaient, pendant quelques jours charri
des glaons; mais le temps s'est ensuite radouci, et tout annonce que
l'hiver sera moins rude  Varsovie qu'il ne l'est ordinairement  Paris.

Le 8 janvier, la garnison de Breslaw, forte de cinq mille cinq cents
hommes, a dfil devant le prince Jrme. La ville a beaucoup souffert.
Ds les premiers momens o elle a t investie, le gouverneur prussien
avait fait brler ses trois faubourgs. La place ayant t assige en
rgle, on tait dj  la brche lorsqu'elle s'est rendue. Les Bavarois
et les Wurtembergeois se sont distingus par leur intelligence et leur
bravoure. Le prince Jrme investit dans ce moment et assige  la fois
toutes les autres places de la Silsie. Il est probable qu'elles ne
feront pas une longue rsistance.

Le corps de dix mille hommes que le prince de Pless avait compos de
tout ce qui tait dans les garnisons des places, a t mis en pices
dans les combats du 29 et du 30 dcembre.

Le gnral Montbrun, avec la cavalerie wurtembergeoise, fut  la
rencontre du prince de Pless vers Ohlau, qu'il occupa le 28 au soir. Le
lendemain,  cinq heures du matin, le prince de Pless le fit attaquer.
Le gnral Montbrun, profitant d'une position dfavorable o se trouvait
l'infanterie ennemie, fit un mouvement sur sa gauche, la tourna, lui tua
beaucoup de monde, lui prit sept cents hommes, quatre pices de canon et
beaucoup de chevaux.

Cependant, les principales forces du prince de Pless taient derrire la
Neisse, o il les avait rassembles aprs le combat de Strehlen. Parti
de Schurgaft, et marchant jour et nuit, il s'avana jusqu'au bivouac de
la brigade wurtembergeoise, plac en arrire de d'Hub sous Breslaw. A
huit heures du matin, il attaqua avec neuf mille hommes le village
de Grietern, occup par deux bataillons d'infanterie et par les
chevau-lgers de Linange, sous les ordres de l'adjudant-commandant
Duveyrier; mais il fut reu vigoureusement et forc  une retraite
prcipite. Les gnraux Montbrun et Minucci, qui revenaient d'Hobleau,
eurent aussitt l'ordre de marcher sur Schweidnitz, pour couper la
retraite  l'ennemi; mais le prince de Pless s'empressa de disperser
toutes ses troupes, et les fit rentrer par dtachemens dans les places,
en abandonnant dans sa fuite une partie de son artillerie, beaucoup de
bagages et des chevaux. Il a, de plus, perdu dans cette affaire beaucoup
d'hommes tus et huit cents prisonniers.

S. M. a ordonn de tmoigner sa satisfaction aux troupes bavaroises et
wurtembergeoises.

Le marchal Mortier entre dans la Pomranie sudoise.

Des lettres arrives de Bucharest donnent des dtails sur les
prparatifs de guerre de Barayctar et du pacha de Widdin. Au 20
dcembre, l'avant-garde de l'arme turque, forte de quinze mille hommes,
tait sur les frontires de la Valachie et de la Moldavie. Le prince
Dolgoroucki s'y trouvait aussi avec ses troupes. Ainsi l'on tait en
prsence. En passant  Bucharest, les officiers turcs paraissaient fort
anims; ils disaient  un officier franais qui se trouvait dans
cette ville: Les Franais verront de quoi nous sommes capables. Nous
formerons la droite de l'arme de Pologne; nous nous montrerons digne
d'tre lous par l'empereur Napolon.

Tout est en mouvement dans ce vaste empire: les scheicks et les ulhemas
donnent l'impulsion, et tout le monde court aux armes pour repousser la
plus injuste des agressions.

M. Italinski n'a vit jusqu' prsent d'tre mis aux Sept-Tours, qu'en
promettant qu'au retour de son courrier les Russes auraient l'ordre
d'abandonner la Moldavie, et de rendre Choczim et Bender.

Les Serviens, que les Russes ne dsavouent plus pour allis, se sont
empars d'une le du Danube qui appartient  l'Autriche, et d'o
ils canonnent Belgrade. Le gouvernement autrichien a ordonn de la
reprendre.

L'Autriche et la France sont galement intresses  ne pas voir la
Moldavie, la Valachie, la Servie, la Grce, la Romlie, la Natolie,
devenir le jouet de l'ambition des Moscovites.

L'intrt de l'Angleterre dans cette contestation est au moins
aussi vident que celui de la France et de l'Autriche, mais le
reconnatra-t-elle? Imposera-t-elle silence  la haine qui dirige son
cabinet? coutera-t-elle les leons de la politique et de l'exprience?
Si elle ferme les yeux sur l'avenir, si elle ne vit qu'au jour le jour,
si elle n'coute que sa jalousie contre la France, elle dclarera
peut-tre la guerre  la Porte; elle se fera l'auxiliaire de
l'insatiable ambition des Russes; elle creusera elle mme un abme dont
elle ne reconnatra la profondeur qu'en y tombant.



Varsovie, le 14 janvier 1807.

_Cinquante-unime bulletin de la grande arme._

Le 29 dcembre, une dpche du gnral Benigsen parvint  Koenigsberg,
au roi de Prusse. Elle fut sur-le-champ publie et placarde dans toute
la ville, o elle excita les transports de la plus vive joie. Le roi
reut publiquement des complimens, mais le 31 au soir, on apprit, par
des officiers prussiens et par d'autres relations du pays, le vritable
tat des choses. La tristesse et la consternation furent alors d'autant
plus grandes, qu'on s'tait plus entirement livr  l'allgresse. On
songea ds-lors  vacuer Koenigsberg, et l'on en fit sur-le-champ
tous les prparatifs. Le trsor et les effets les plus prcieux furent
aussitt dirigs sur Memel. La reine, qui tait assez malade, s'embarqua
le 3 janvier pour cette ville. Le roi partit le 6 pour s'y rendre. Les
dbris de la division du gnral Lestocq se replirent aussi sur cette
place, en laissant  Koenigsberg deux bataillons et une compagnie
d'invalides.

Le ministre du roi de Prusse est compos de la manire suivante:

M. le gnral de Zastrow est nomm ministre des affaires trangres;

M. le gnral Ruchel, encore malade de la blessure qu'il a reue  la
bataille de Jna, est nomm ministre de la guerre;

M. le prsident de Sagebarthe est nomm ministre de l'intrieur.

Voici en quoi consistent maintenant les forces de la monarchie
prussienne:

Le roi est accompagn par quinze cents hommes de troupes, tant  pied
qu' cheval.

Le gnral Lestocq a -peu-prs cinq mille hommes, y compris les deux
bataillons laisss  Koenigsberg avec la compagnie d'invalides;

Le lieutenant-gnral Hamberg commande  Dantzick, o il a six mille
hommes de garnison. Les habitans ont t dsarms. On leur a intim
qu'en cas d'alerte, les troupes feront feu sur tous ceux qui sortiront
de leurs maisons.

Le gnral Gutadon commande  Colberg avec dix-huit cents hommes.

Le lieutenant-gnral Courbire est  Graudentz avec trois mille hommes.

Les troupes franaises sont en mouvement pour cerner et assiger ces
places.

Un certain nombre de recrues que le roi de Prusse avait fait runir, et
qui n'taient ni habilles ni armes, ont t licencies, parce qu'il
n'y avait plus de moyen de les contenir.

Deux ou trois officiers anglais taient  Koenigsberg, et faisaient
esprer l'arrive d'une arme anglaise.

Le prince de Pless a en Silsie douze ou quinze cents hommes enferms
dans les places de Brieg, Neisse, Schweidnitz et Kosel, que le prince
Jrme a fait investir.

Nous ne dirons rien de la ridicule dpche du gnral Benigsen;
nous remarquerons seulement qu'elle parat contenir quelque chose
d'inconcevable. Ce gnral semble accuser son collgue le gnral
Buxhowden; il dit qu'il tait  Makow. Comment pouvait-il ignorer que le
gnral Buxhowden tait all jusqu' Golymin, o il avait t battu? Il
prtend avoir remport une victoire, et cependant il tait en pleine
retraite  dix heures du soir, et cette retraite fut si prcipite,
qu'il abandonna ses blesss. Qu'il nous montre une seule pice de canon,
un seul drapeau franais, un seul prisonnier, hormis douze ou quinze
hommes isols qui peuvent avoir t pris par les cosaques sur les
derrires de l'arme, tandis que nous pouvons lui montrer six mille
prisonniers, deux drapeaux qu'il a perdus prs de Pultusk, et trois
mille blesss qu'il a abandonns dans sa fuite. Il dit encore qu'il a eu
contre lui le grand-duc de Berg et le marchal Davoust, tandis qu'il
n'a eu affaire qu' la division Suchet, du corps du marchal Lannes.
Le dix-septime d'infanterie lgre, le trente-quatrime de ligne, le
soixante-quatrime et le quatre-vingt-huitime, sont les seuls rgimens
qui se soient battus contre lui. Il faut qu'il ait bien peu rflchi
sur la position de Pultusk, pour supposer que les Franais voulaient
s'emparer de cette ville. Elle est domine  porte de pistolet.

Si le gnral Buxhowden a fait de son ct une relation aussi vridique
du combat de Golymin, il deviendra vident que l'arme franaise a t
battue, et que, par suite de sa dfaite, elle s'est empare de cent
pices de canon et de seize cents voitures de bagages, de tous les
hpitaux de l'arme russe, de tous ses blesss, et des importantes
positions de Sieroch, de Pultusk, d'Ostrolenka, et qu'elle a oblig
l'ennemi  reculer de quatre-vingt lieues.

Quant  l'induction que le gnral Benigsen veut tirer de ce qu'il n'a
pas t poursuivi, il suffira d'observer qu'on se serait bien gard de
le poursuivre, puisqu'il tait dbord de deux journes, et que, sans
les mauvais chemins, qui ont empch le marchal Soult de suivre ce
mouvement, le gnral russe aurait trouv les Franais  Ostrolenka.

Il ne reste plus qu' chercher quel peut tre le but d'une pareille
relation. Il est le mme, sans doute, que celui que se proposaient les
Russes dans les relations qu'ils ont faites de la bataille d'Austerlitz.
Il est le mme, sans doute, que celui des ukases par lesquels l'empereur
Alexandre refusait la grande dcoration de l'ordre de Saint-Georges,
parce que, disait-il, il n'avait pas command  cette bataille, et
acceptait la petite dcoration pour les succs qu'il y avait obtenus,
quoique sous le commandement de l'empereur d'Autriche.

Il y a cependant un point de vue sous lequel la relation du gnral
Benigsen peut tre justifie. On a craint sans doute l'effet de la
vrit dans les pays de la Pologne prussienne et de la Pologne russe,
que l'ennemi avait  traverser, si elle y tait parvenue avant qu'il
et pu mettre ses hpitaux et ses dtachemens isols  l'abri de toute
insulte.

Ces relations, aussi videmment ridicules, peuvent avoir encore pour les
Russes l'avantage de retarder de quelques jours l'lan que des rcits
fidles donneraient aux Turcs, et il est des circonstances o quelques
jours sont un dlai d'une certaine importance. Cependant l'exprience a
prouv que toutes ces ruses vont contre leur but, et qu'en toutes choses
la simplicit et la vrit sont les meilleurs moyens de politique.



Varsovie, le 19 janvier 1807.

_Cinquante-deuxime bulletin de la grande arme._

Le huitime corps de la grande arme, que commande le marchal Mortier,
a dtach un bataillon du deuxime rgiment d'infanterie lgre sur
Wollin. Trois compagnies de ce bataillon y taient  peine arrives,
qu'elles furent attaques avant le jour par un dtachement de mille
hommes d'infanterie, avec cent cinquante chevaux et quatre pices de
canon. Ce dtachement venait de Colberg, dont la garnison tend ses
courses jusque-l. Les trois compagnies d'infanterie lgre franaise ne
s'tonnrent point du nombre de leurs ennemis et lui enlevrent un pont
et ses quatre pices de canon, et lui firent cent prisonniers; le reste
prit la fuite, en laissant beaucoup de morts dans la ville de Wollin,
dont les rues sont jonches de cadavres prussiens.

La ville de Brieg, en Silsie, s'est rendue aprs un sige de cinq
jours. La garnison est compose de trois gnraux et de quatorze cents
hommes.

Le prince hrditaire de Bade a t dangereusement malade, mais il
est rtabli. Les fatigues de la campagne, et les privations qu'il a
supportes comme simple officier, ont beaucoup contribu  sa maladie.

La Pologne, riche en bl, en avoine, en fourrages, en bestiaux,
en pommes de terre, fournit abondamment  nos magasins. La seule
manutention de Varsovie fait cent mille rations par jour, et nos dpts
se remplissent de biscuit. Tout tait tellement dsorganis  notre
arrive, que pendant quelque temps les subsistances ont t difficiles.

Il ne rgne dans l'arme aucune maladie; cependant, pour la conservation
de la sant du soldat, on dsirerait un peu plus de froid. Jusqu'
prsent, il s'est  peine fait sentir, et l'hiver est dj fort avanc.
Sous ce point de vue, l'anne est fort extraordinaire.

L'empereur fait tous les jours dfiler la parade devant le palais de
Varsovie, et passe successivement en revue les diffrens corps de
l'arme, ainsi que les dtachemens et les conscrits venant de France,
auxquels les magasins de Varsovie distribuent des souliers et des
capottes.



Varsovie, le 22 janvier 1807.

_Cinquante-troisime bulletin de la grande arme._

On a trouv  Brieg (qui vient de capituler) des magasins assez
considrables de subsistances.

Le prince Jrme continue avec activit sa campagne de Silsie. Le
lieutenant-gnral Deroi avait dj cern Kosel et ouvert la tranche.
Le sige de Schweidnitz et celui de Neisse se poursuivent en mme temps.

Le gnral Victor se rendant  Stettin, et tant en voiture avec son
aide-de-camp et un domestique, a t enlev par un parti de vingt-cinq
hussards qui battaient le pays.

Le temps est devenu froid. Il est probable que sous peu de jours les
rivires seront geles; cependant la saison n'est pas plus rigoureuse
qu'elle ne l'est ordinairement  Paris. L'empereur fait dfiler tous les
jours la parade et passe en revue plusieurs rgimens.

Tous les magasins de l'arme s'organisent et s'approvisionnent. On fait
du biscuit dans toutes les manutentions. L'empereur vient d'ordonner
qu'on tablt de grands magasins et qu'on confectionnt une quantit
considrable d'habillemens dans la Silsie.

Les Anglais, qui ne peuvent plus faire accroire que les Russes, les
Tartares, les Calmoucks vont dvorer l'arme, franaise, parce que, mme
dans les cafs de Londres, on sait que ces dignes allis ne soutiennent
point l'aspect de nos baonnettes, appellent aujourd'hui  leur secours
la dysenterie, la peste et toutes les maladies pidmiques.

Si ces flaux taient  la disposition du cabinet de Londres, point de
doute que non-seulement notre arme, mais mme nos provinces et toute
la classe manufacturire du continent, ne devinssent leur proie. En
attendant, les Anglais se contentent de publier et de faire publier,
sous toute espce de forme, par leurs nombreux missaires, que l'arme
franaise est dtruite par les maladies. A les entendre, des bataillons
entiers tombent comme ceux des Grecs au commencement du sige de Troie.
Ils auraient l une manire toute commode de se dfaire de leurs
ennemis, mais il faut bien qu'ils y renoncent. Jamais l'arme ne s'est
mieux porte; les blesss gurissent, et le nombre des morts est peu
considrable. Il n'y a pas autant de malades que dans la campagne
prcdente; il y en a mme moins qu'il n'y en aurait en France en temps
de paix, suivant les calculs ordinaires. Varsovie, le 27 janvier 1807.



_Cinquante-quatrime bulletin de la grande arme._

Quatre-vingt-neuf pices de canon prises sur les Russes sont ranges sur
la place du palais de la Rpublique  Varsovie: ce sont celles qui ont
t enleves aux gnraux Kaminski, Benigsen et Buxhowden, dans les
combats de Czarnowo, Nazielsk, Pultusk et Golymin. Ce sont les mmes que
les Russes tranaient avec ostentation dans les rues de cette ville,
lorsque nagure ils la traversaient pour aller au-devant des Franais.
Il est facile de comprendre l'effet que produit l'aspect d'un si
magnifique trophe sur un peuple charm de voir humilis les ennemis qui
l'ont si long-temps et si cruellement outrag.

Il y a dans les pays occups par l'arme plusieurs hpitaux renfermant
un grand nombre de Russes blesss et malades.

Cinq mille prisonniers ont t vacus sur la France, deux mille se sont
chapps dans les premiers momens du dsordre; et quinze cents sont
entrs dans les troupes polonaises.

Ainsi, les combats livrs contre les Russes leur ont cot une grande
partie de leur artillerie, tous leurs bagages, et vingt-cinq ou trente
mille hommes tant tus que blesss ou prisonniers.

Le gnral Kaminski, qu'on avait dpeint comme un autre Suwarow, vient
d'tre disgraci; on dit qu'il en est de mme du gnral Buxhowden,
et il parat que c'est le gnral Benigsen qui commande actuellement
l'arme.

Quelques bataillons d'infanterie lgre du marchal Ney s'taient ports
 vingt lieues en avant de leurs cantonnemens; l'arme russe en avait
conu des alarmes, et avait fait un mouvement sur sa droite: ces
bataillons sont rentrs dans la ligne de leurs cantonnemens sans
prouver aucune perte.

Pendant ce temps le prince de Ponte-Corvo prenait possession d'Elbing et
des pays situs sur le bord de la Baltique.

Le gnral de division Drouet entrait  Chrisbourg, o il faisait trois
cents prisonniers du rgiment de Courbires, y compris un major et
plusieurs officiers.

Le colonel Saint-Genez, du dix-neuvime de dragons, chargeait un autre
rgiment ennemi et lui faisait cinquante prisonniers, parmi lesquels
tait le colonel commandant.

Une colonne russe s'tait porte sur Liebstadt, au-del de la petite
rivire du Passarge, et avait enlev une demi-compagnie de voltigeurs du
huitime rgiment de ligne, qui tait aux avant-postes du cantonnement.

Le prince de Ponte-Corvo, inform de ce mouvement, quitta Elbing, runit
ses troupes, se porta avec la division Rivaud au-devant de l'ennemi, et
le rencontra auprs de Mohring.

Le 25 de ce mois,  midi, la division ennemie paraissait forte de douze
cents hommes; on en vint bientt aux mains; le huitime rgiment de
ligne se prcipita sur les Russes avec une valeur inexprimable, pour
rparer la perte d'un de ses postes. Les ennemis furent battus, mis dans
une droute complte, poursuivis pendant quatre lieues, et forcs de
repasser la rivire de Passarge. La division Dupont arriva au moment o
le combat finissait, et ne put y prendre part.

Un vieillard de cent-dix-sept ans a t prsent  l'empereur, qui lui a
accord une pension de cent napolons, et a ordonn qu'une anne lui ft
paye d'avance. La notice jointe  ce bulletin, donne quelques dtails
sur cet homme extraordinaire.

Le temps est fort beau, il ne fait froid qu'autant qu'il le faut pour
la sant du soldat et pour l'amlioration des chemins, qui deviennent
praticables.

Sur la droite et sur le centre de l'arme, l'ennemi est loign de plus
de trente lieues de nos postes.

L'empereur est mont  cheval pour aller faire le tour de ses
cantonnemens; il sera absent de Varsovie pendant huit ou dix jours.

Franois-Ignace Narocki, n  Witki, prs de Wilna, est fils de Joseph
et Anne Narocki; il est d'une famille noble, et embrassa dans sa
jeunesse le parti des armes. Il faisait partie de la confdration de
Bar, fut fait prisonnier par les Russes et conduit  Kasan. Ayant perdu
le peu de fortune qu'il avait, il se livra  l'agriculture, et fut
employ comme fermier des biens d'un cur. Il se maria en premires
noces  l'ge de soixante-dix ans, et eut quatre enfans de ce mariage. A
quatre-vingt-six ans il pousa une seconde femme, et en eut six enfans,
qui sont tous morts: il ne lui reste que le dernier fils de sa premire
femme. Le roi de Prusse, en considration de son grand ge, lui avait
accord une pension de vingt-quatre florins de Pologne par mois, faisant
quatorze livres huit sous de France. Il n'est sujet  aucune infirmit,
jouit encore d'une bonne mmoire, et parle la langue latine avec une
extrme facilit; il cite les auteurs classiques avec esprit et 
propos. La ptition dont la traduction est ci-jointe, est entirement
crite de sa main. Le caractre en est trs-ferme et trs-lisible.


_Ptition._

Sire,

Mon extrait baptistaire date de l'an 1690; donc j'ai  prsent 117 ans.

Je me rappelle encore la bataille de Vienne, et les temps de Jean
Sobieski.

Je croyais qu'ils ne se reproduiraient jamais, mais assurment je
m'attendais encore moins  revoir le sicle d'Alexandre.

Ma vieillesse m'a attir les bienfaits de tous les souverains qui ont
t ici, et je rclame ceux du grand Napolon, tant  mon ge plus que
sculaire, hors d'tat de travailler. Vivez, sire, aussi long-temps que
moi; votre gloire n'en a pas besoin, mais le bonheur du genre humain le
demande.

_Sign_ NAROCKI.



Varsovie, le 29 janvier 1807.

_Cinquante-cinquime bulletin de la grande arme,_

Voici les dtails du combat de Mohringen:

Le marchal prince de Ponte-Corvo arriva  Mohringen avec la division
Drouet, le 25 de ce mois,  onze heures du matin, au moment o le
gnral de brigade Pactod tait attaqu par l'ennemi.

Le marchal prince de Ponte-Corvo fit attaquer sur-le-champ le village
de Pfarresfeldehen par un bataillon du neuvime d'infanterie lgre.
Ce village tait dfendu par trois bataillons russes, que l'ennemi fit
soutenir par trois autres bataillons. Le prince de Ponte-Corvo fit aussi
marcher deux autres bataillons pour appuyer celui du neuvime. La mle
fut trs-vive. L'aigle du neuvime rgiment d'infanterie lgre fut
enleve par l'ennemi; mais  l'aspect de cet affront, dont ce brave
rgiment allait tre couvert pour toujours, et que ni la victoire, ni la
gloire acquise dans cent combats n'auraient lav, les soldats, anims
d'une ardeur inconcevable, se prcipitent sur l'ennemi, le mettent en
droute et ressaisissent leur aigle.

Cependant la ligne franaise, compose du huitime de ligne, du
vingt-septime d'infanterie lgre, et du quatre-vingt-quatorzime,
tait forme. Elle aborde la ligne russe, qui avait pris position sur un
rideau. La fusillade devient vive et  bout portant.

A l'instant mme le gnral Dupont dbouchait de la route d'Holland avec
les trente-deuxime et quatre-vingt-seizime rgimens, il tourna
la droite de l'ennemi. Un bataillon du trente-deuxime rgiment se
prcipita sur les Russes avec l'imptuosit ordinaire  ce corps; il les
mit en dsordre et leur tua beaucoup de monde. Il ne fit de prisonniers
que les hommes qui taient dans les maisons. L'ennemi a t poursuivi
pendant deux lieues. La nuit a empch de continuer la poursuite. Les
comtes Fabien et Gallitzin commandaient les Russes. Ils ont perdu trois
cents hommes faits prisonniers, mille deux cents hommes laisss sur le
champ de bataille, et plusieurs obusiers. Nous avons eu cent hommes tus
et quatre cents blesss.

Le gnral de brigade Laplanche s'est fait distinguer. Le dix-neuvime
de dragons a fait une belle charge sur l'infanterie russe. Ce qui est
 remarquer, ce n'est pas seulement la bonne conduite des soldats et
l'habilet des gnraux, mais la rapidit avec laquelle les corps ont
lev leurs cantonnemens, et fait une marche trs-forte pour toutes
autres troupes, sans qu'il manqut un seul homme sur le champ de
bataille; voil ce qui distingue minemment des soldats qui ne sont mus
que par l'honneur.

Un Tartare vient d'arriver de Constantinople, d'o il est parti le 1er
janvier. Il est expdi  Londres par la Porte.

Le 30 dcembre la guerre contre la Russie avait t solennellement
proclame. La pelisse et l'pe avaient t envoyes au grand-visir.
Vingt-huit rgimens de janissaires taient partis de Constantinople.
Plusieurs autres passaient d'Asie en Europe.

L'ambassadeur de Russie, toutes les personnes de sa lgation, tous
les Russes qui se trouvaient dans cette rsidence; et tous les Grecs
attachs  leur parti, au nombre de sept  huit cents, avaient quitt
Constantinople le 29.

Le ministre d'Angleterre et les deux vaisseaux anglais restaient
spectateurs des vnemens, et paraissaient attendre les ordres du
gouvernement.

Le Tartare tait pass  Widdin le 15 janvier. Il avait trouv les
routes couvertes de troupes qui marchaient avec gat contre leur
ternel ennemi. Soixante mille hommes taient dj  Rodschuk, et
vingt-cinq mille hommes d'avant-garde se trouvaient entre cette ville et
Bucharest. Les Russes s'taient arrts  Bucharest, qu'ils avaient fait
occuper par une avant-garde de quinze mille hommes.

Le prince Suzzo a t dclar hospodar de Valachie. Le prince Ipsilanti
a t proclam tratre, et l'on a mis sa tte  prix.

Le Tartare a rencontr l'ambassadeur persan  moiti chemin de
Constantinople  Widdin, et l'ambassadeur extraordinaire de la Porte,
au-del de cette dernire ville.

Les victoires de Pultusk et Golymin taient dj connues dans l'empire
ottoman. Le courrier tartare en a entendu le rcit de la bouche des
Turcs avant d'arriver  Widdin.

Le froid se soutient entre deux et trois degrs au-dessous de zro.
C'est le temps le plus favorable pour l'arme.



De notre camp imprial de Varsovie, le 29 janvier 1807.

_Message au snat conservateur._

Snateurs,

Nous avons ordonn  notre ministre des relations extrieures de vous
communiquer les traits que nous avons faits avec le roi de Saxe et avec
les diffrens princes souverains de cette maison.

La nation saxonne avait perdu son indpendance le 14 octobre 1755;
elle l'a recouvre le 14 octobre 1806. Aprs cinquante annes, la Saxe,
garantie par le trait de Posen, a cess d'tre province prussienne.

Le duc de Saxe-Weimar, sans dclaration pralable, a embrass la cause
de nos ennemis. Son sort devait servir de rgle aux petits princes qui,
sans tre lis par des lois fondamentales, se mlent des querelles
des grandes nations; mais nous avons cd au dsir de voir notre
rconciliation avec la maison de Saxe entire et sans mlange.

Le prince de Saxe-Cobourg est mort. Son fils se trouvant dans le camp
de nos ennemis, nous avons fait mettre le squestre sur sa principaut.

Nous avons aussi ordonn que le rapport de notre ministre des relations
extrieures, sur les dangers de la Porte-Ottomane, ft mis sous vos
yeux. Tmoin, ds les premiers temps de notre jeunesse, de tous les maux
que produit la guerre, notre bonheur, notre gloire, notre ambition, nous
les avons placs dans les conqutes et les travaux de la paix. Mais la
force des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons mrite notre
principale sollicitude. Il a fallu quinze ans de victoires pour donner
 la France des quivalens de ce partage de la Pologne, qu'une seule
campagne, faite en 1778 aurait empch.

Eh! qui pourrait calculer la dure des guerres, le nombre de compagnes
qu'il faudrait faire un jour pour rparer des malheurs qui rsulteraient
de la perte de l'empire de Constantinople, si l'amour d'un lche repos
et des dlices de la grande ville l'emportait sur les conseils d'une
sage prvoyance? Nous laisserions  nos neveux un long hritage de
guerres et de malheurs. La tiare grecque releve et triomphante, depuis
la Baltique jusqu' la Mditerrane, on verrait de nos jours nos
provinces attaques par une nue de fanatiques et de barbares; et si
dans cette lutte trop tardive, l'Europe civilise venait  prir, notre
coupable indiffrence exciterait justement les plaintes de la postrit,
et serait un titre d'opprobre dans l'histoire.

L'empereur de Perse, tourment dans l'intrieur de ses tats comme le
fut pendant soixante ans la Pologne, comme l'est depuis vingt ans la
Turquie par la politique du cabinet de Ptersbourg, et anim des mmes
sentimens que la Porte, a pris les mmes rsolutions, et marche en
personne sur le Caucase pour dfendre ses frontires.

Mais dj l'ambition de nos ennemis a t confondue, leur arme a t
dfaite  Pultusk et  Golymin, et leurs bataillons pouvants fuient au
loin  l'aspect de nos aigles.

Dans de pareilles positions, la paix, pour tre sre pour nous,
doit garantir l'indpendance entire de ces deux empires. Et si, par
l'injustice et l'ambition dmesure de nos ennemis, la guerre doit se
continuer encore, nos peuples se montreront constamment dignes, par leur
nergie, par leur amour pour notre personne, des hautes destines qui
couronneront tous nos travaux; et alors seulement une paix stable et
longue fera succder pour nos peuples,  ces jours de gloire, des jours
heureux et paisibles.

NAPOLON.



Arensdorf, le 5 fvrier 1807.

_Cinquante-sixime bulletin de la grande arme._

Aprs le combat de Mohringen, o elle avait t battue et mise en
droute, l'avant-garde de l'arme russe se retira sur Liebstadt. Mais le
surlendemain, 27 janvier, plusieurs divisions russes la joignirent, et
toutes taient en marche pour porter le thtre de la guerre sur le bas
de la Vistule.

Le corps du gnral Essen, accouru du fond de la Moldavie, o il tait
d'abord destin  servir contre les Turcs, et plusieurs rgimens qui
taient en Russie, mis en marche depuis quelque temps des extrmits de
ce vaste empire, avaient rejoint les corps d'arme.

L'empereur donna ordre au prince de Ponte-Corvo de battre en retraite,
et de favoriser les oprations offensives de l'ennemi, en l'attirant sur
le bas de la Vistule. Il ordonna en mme temps la leve de ses quartiers
d'hiver.

Le cinquime corps command par le gnral Savary, le marchal Lannes
tant malade, se trouva runi le 31 janvier  Brok, devant tenir en
chec le corps du gnral Essen cantonn sur le Haut-Bug.

Le troisime corps se trouva runi  Mysiniez;

Le quatrime corps  Willenberg;

Le sixime corps  Gilgenburg;

Le septime corps  Neidenburg.

L'empereur partit de Varsovie, et arriva le 31 au soir  Willenberg. Le
grand-duc s'y tait rendu depuis deux jours, et y avait runi toute sa
cavalerie.

Le prince de Ponte-Corvo avait successivement vacu Osterode, Tobau, et
s'tait jet sur Strasburg.

Le marchal Lefebvre avait runi le dixime corps  Thorn pour la
dfense de la gauche de la Vistule et de cette ville.

Le 1er fvrier, on se mit en marche. On rencontra  Passenheim
l'avant-garde ennemie qui prenait l'offensive et se dirigeait dj sur
Willenberg. Le grand-duc, avec plusieurs colonnes de cavalerie, la fit
charger et entra de vive force dans la ville.

Le corps du marchal Davoust se porta  Ortelsburg.

Le 2, le grand-duc de Berg se porta  Allenstein avec le corps du
marchal Soult.

Le corps du marchal Davoust marcha sur Whastruburg.

Les corps des marchaux Augereau et Ney arrivrent dans la journe du 3
 Allenstein.

Le 3 au matin, l'arme ennemie, qui avait rtrograd en toute hte, se
voyant tourne par son flanc gauche et jete sur cette Vistule qu'elle
s'tait tant vant de vouloir passer, parut range en bataille, la
gauche appuye au village de Moudtken, le centre  Joukowe, couvrant la
grande route de Liebstadt.

_Combat de Bergfrield._

L'empereur se porta au village de Getkendorf, et plaa en bataille le
corps du marchal Ney sur la gauche, le corps du marchal Augereau au
centre, et le corps du marchal Soult  la droite, la garde impriale
en rserve. Il ordonna au marchal Soult de se porter sur le chemin de
Custad, et de s'emparer du pont de Bergfried, pour dboucher sur les
derrires de l'ennemi avec tout son corps d'arme, manoeuvre qui donnait
 cette bataille un caractre dcisif. Vaincu, l'ennemi tait perdu sans
ressource.

Le marchal Soult envoya le gnral Guyot, avec sa cavalerie lgre,
s'emparer de Gustadt, o il prit une grande partie du bagage de
l'ennemi, et fit successivement seize cents prisonniers russes. Gustadt
tait son centre des dpts. Mais au mme moment le marchal Soult se
portait sur le pont de Bergfried avec les divisions Leval et Legrand.
L'ennemi, qui sentait que cette position importante protgeait la
retraite de son flanc gauche, dfendait ce pont avec douze de ses
meilleurs bataillons.  trois heures aprs midi, la canonnade s'engagea.
Le quatrime rgiment de ligne et le vingt-quatrime d'infanterie
lgre, eurent la gloire d'aborder les premiers l'ennemi. Ils soutinrent
leur vieille rputation. Ces deux rgimens seuls et un bataillon du
vingt-huitime en rserve, suffirent pour dbusquer l'ennemi, passrent
au pas de charge le pont, enfoncrent les douze bataillons russes,
prirent quatre pices de canon, et couvrirent le champ de bataille de
morts et de blesss. Le quarante-sixime et le cinquante-cinquime,
qui formaient la seconde brigade, taient derrire, impatiens de se
dployer; mais dj l'ennemi en droute abandonnait, pouvant, toutes
ses belles positions, heureux prsage pour la journe du lendemain.

Dans le mme temps, le marchal Ney s'emparait d'un bois o l'ennemi
avait appuy sa droite; la division St.-Hilaire s'emparait du village du
centre, et le grand-duc de Berg, avec une division de dragons place
par escadrons au centre, passait le bois et balayait la plaine, afin
d'claircir le devant de notre position. Dans ces petites attaques
partielles, l'ennemi fut repouss et perdit une centaine de prisonniers.
La nuit surprit ainsi les deux armes en prsence.

Le temps est superbe pour la saison; il y a trois pieds de neige, le
thermomtre est  deux et trois degrs de froid.

A la pointe du jour du 4, le gnral de cavalerie lgre Lasalle battit
la plaine avec ses hussards. Une ligne de cosaques et de cavalerie
ennemie vint sur-le-champ se placer devant lui. La canonnade s'engagea,
mais bientt on acquit la certitude que l'ennemi avait profit de la
nuit pour battre en retraite, et n'avait laiss qu'une arrire garde
de la droite, de la gauche et du centre. On marcha  elle, et elle fut
mene battant pendant six lieues. La cavalerie ennemie fut culbute
plusieurs fois; mais les difficults d'un terrain montueux et ingal
s'opposrent aux efforts de la cavalerie. Avant la fin du jour du 4,
l'avant-garde franaise vint coucher  Deppen. L'empereur coucha 
Schlett.

Le 5,  la pointe du jour, toute l'arme franaise vint coucher 
Deppen. L'empereur coucha  Schlett.

Le 5,  la pointe du jour, toute l'arme franaise fut en mouvement 
Deppen, l'empereur reut le rapport qu'une colonne ennemie n'avait pas
encore pass l'Alle, et se trouvait ainsi dborde par notre gauche,
tandis que l'arme russe rtrogradait toujours sur les routes
d'Arensdorf et de Landsberg. Sa majest donna l'ordre au grand-duc de
Berg et aux marchaux Soult et Davoust de poursuivre l'ennemi dans cette
direction. Elle fit passer l'Alle au corps du marchal Ney, avec la
division de cavalerie lgre du gnral Lasalle et une division de
dragons, et lui donna l'ordre d'attaquer le corps ennemi qui se trouvait
coup.

_Combat de Waterdorf._

Le grand-duc de Berg, arriv sur la hauteur de Waterdorf, se trouva en
prsence de huit  neuf mille hommes de cavalerie. Plusieurs charges
successives eurent lieu, et l'ennemi fit sa retraite.

_Combat de Deppen._

Pendant ce temps, le marchal Ney se canonnait et tait aux prises avec
le corps ennemi qui tait coup. L'ennemi voulut un moment essayer
de forcer le passage, mais il vint trouver la mort au milieu de nos
baonnettes. Culbut au pas de charge et mis dans une droute complte,
il abandonna canons, drapeaux et bagages. Les autres divisions de ce
corps voyant le sort de leur avant-garde, battirent en retraite. A la
nuit, nous avions dj fait plusieurs milliers de prisonniers, et pris
seize pices de canon.

Cependant, par ces mouvemens, la plus grande partie des communications
de l'arme russe a t coupe. Ses dpts de Gunstadt et de Liebstadt
et une partie de ses magasins de l'Alle avaient t enlevs par notre
cavalerie lgre.

Notre perte a t peu considrable dans tous ces petits combats; elle se
monte  quatre-vingts ou cent morts, et  trois ou quatre cents blesss.
Le gnral Gardanne, aide-de-camp de l'empereur et gouverneur des pages,
a eu une forte contusion  la poitrine. Le colonel du quatrime
rgiment de dragons a t grivement bless. Le gnral de
brigade Latour-Maubourg a t bless d'une balle dans le bras.
L'adjudant-commandant, Lauberdire, charg du dtail des hussards, a t
bless dans une charge. Le colonel du quatrime rgiment de ligne a t
bless.



A Preussich-Eylau, le 7 fvrier 1807.

_Cinquante-septime bulletin de la grande arme._

Le 6 au matin, l'arme se mit en marche pour suivre l'ennemi: le
grand-duc de Berg avec le corps du marchal Soult sur Landsberg, le
corps du marchal Davoust sur Heilsberg, et celui du marchal Ney sur
Worenditt, pour empcher le corps coup  Deppen de s'lever.

_Combat de Hoff._

Arriv  Glodau, le grand-duc de Berg rencontra l'arrire-garde ennemie,
et la fit charger entre Glodau et Hoff. L'ennemi dploya plusieurs
lignes de cavalerie qui paraissaient soutenir cette arrire-garde,
compose de douze bataillons, ayant le front sur les hauteurs de
Landsberg. Le grand-duc de Berg fit ses dispositions. Aprs diffrentes
attaques sur la droite et sur la gauche de l'ennemi, appuyes  un
mamelon et  un bois, les dragons et les cuirassiers de la division du
gnral d'Hautpoult firent une brillante charge, culbutrent et mirent
en pices deux rgimens d'infanterie russe. Les colonels, les drapeaux,
les canons et la plupart des officiers et soldats furent pris. L'arme
ennemie se mit en mouvement pour soutenir son arrire-garde. Le marchal
Augereau prit position sur la gauche, et le village de Hoff fut occup.
L'ennemi sentit l'importance de cette position, et fit marcher dix
bataillons pour la reprendre. Le grand-duc de Berg fit excuter une
seconde charge par les cuirassiers, qui les prirent en flanc et les
charprent. Ces manoeuvres sont de beaux faits d'armes et font le plus
grand honneur  ces intrpides cuirassiers. Cette journe mrite une
relation particulire; une partie des deux armes passa la nuit du 6 au
7 en prsence. L'ennemi fila pendant la nuit.

A la pointe du jour, l'avant-garde franaise se mit en marche, rencontra
l'arrire-garde ennemie entre le bois et la petite ville d'Eylau.
Plusieurs rgimens de chasseurs  pied ennemis qui la dfendaient furent
chargs et en partie pris. On ne tarda pas  arriver  Eylau, et 
reconnatre que l'ennemi tait en position derrire cette ville.



Preussich-Eylau, le 9 fvrier 1807.

_Cinquante-huitime bulletin de la grande arme._

_Combat d'Eylau._

A un quart de lieue de la petite ville de Preussich-Eylau, est un
plateau qui dfend le dbouch de la plaine. Le marchal Soult ordonna
au quarante-sixime et au dix-huitime rgimens de ligne de l'enlever.
Trois rgimens qui le dfendaient furent culbuts, mais au mme moment
une colonne de cavalerie russe chargea l'extrmit de la gauche du
dix-huitime, et mit en dsordre un de ses bataillons. Les dragons de la
division Klein s'en aperurent  temps; les troupes s'engagrent dans
la ville d'Eylau. L'ennemi avait plac dans une glise et un cimetire
plusieurs rgimens. Il fit l une opinitre rsistance, et aprs un
combat meurtrier de part et d'autre, la position fut enleve  dix
heures du soir. La division Legrand prit ses bivouacs au-devant de la
ville, et la division Saint-Hilaire  la droite. Le corps du marchal
Augereau se plaa sur la gauche, le corps du marchal Davoust avait, ds
la veille, march pour dborder Eylau, et tomber sur le flanc gauche de
l'ennemi, s'il ne changeait pas de position. Le marchal Ney tait en
marche pour le dborder sur son flanc droit. C'est dans cette position
que la nuit se passa.

_Bataille d'Eylau._

A la pointe du jour, l'ennemi commena l'attaque par une vive canonnade
sur la ville d'Eylau et sur la division Saint-Hilaire.

L'empereur se porta  la position de l'glise que l'ennemi avait tant
dfendue la veille. Il fit avancer le corps du marchal Augereau, et fit
canonner le monticule par quarante pices d'artillerie de sa garde. Une
pouvantable canonnade s'engagea de part et d'autre.

L'arme russe, range en colonnes, tait  demi-porte de canon;
tout coup frappait. Il parut un moment, aux mouvemens de l'ennemi,
qu'impatient de tant souffrir, il voulait dborder notre gauche. Au
mme moment, les tirailleurs du marchal Davoust se firent entendre, et
arrivrent sur les derrires de l'arme ennemie; le corps du marchal
Augereau dboucha en mme temps en colonnes, pour se porter sur le
centre de l'ennemi, et, partageant ainsi son attention, l'empcher de
se porter tout entier contre le corps du marchal Davoust. La division
Saint-Hilaire dboucha sur la droite, l'une et l'autre devant manoeuvrer
pour se runir au marchal Davoust:  peine le corps du marchal
Augereau et la division Saint-Hilaire eurent-ils dbouch, qu'une neige
paisse, et telle qu'on ne distinguait pas  deux pas, couvrit les deux
armes.

Dans cette obscurit, le point de direction fut perdu, et les colonnes,
appuyant trop  gauche, flottrent incertaines. Cette dsolante
obscurit dura une demi-heure. Le temps s'tant clairci, le grand-duc
de Berg,  la tte de sa cavalerie, et soutenu par le marchal Bessires
 la tte de la garde, tourna la division Saint-Hilaire, et tomba sur
l'arme ennemie: manoeuvre audacieuse, s'il en fut jamais, qui couvrit
de gloire la cavalerie, et qui tait devenue ncessaire dans la
circonstance o se trouvaient nos colonnes. La cavalerie ennemie, qui
voulut s'opposer  cette manoeuvre, fut culbute; le massacre fut
horrible. Deux lignes d'infanterie russe furent rompues; la troisime
ne rsista qu'en s'adossant  un bois. Des escadrons de la garde
traversrent deux fois toute l'arme ennemie.

Cette charge brillante et inoue qui avait culbut plus de vingt mille
hommes d'infanterie, et les avait obligs  abandonner leurs pices,
aurait dcid sur-le-champ la victoire sans le bois et quelques
difficults de terrain. Le gnral de division d'Hautpoult fut bless
d'un biscaen. Le gnral Dalhmann, commandant les chasseurs de la
garde, et un bon nombre de ses intrpides soldats moururent avec gloire.
Mais les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la garde que l'on
trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environns de plus de
mille cadavres ennemis. Cette partie du champ de bataille fait horreur 
voir. Pendant ce temps, le corps du marchal Davoust dbouchait derrire
l'ennemi. La neige, qui, plusieurs fois dans la journe, obscurcit le
temps, retarda aussi sa marche et l'ensemble de ses colonnes.

Le mal de l'ennemi est immense, celui que nous avons prouv est
considrable. Trois cents bouches  feu ont vomi la mort de part et
d'autre pendant douze heures. La victoire, long-temps incertaine, fut
dcide et gagne lorsque le marchal Davoust dboucha sur le plateau
et dborda l'ennemi, qui, aprs avoir fait de vains efforts pour le
reprendre, battit en retraite. Au mme moment, le corps du marchal Ney
dbouchait par Altorff sur la gauche, et poussait devant lui le reste de
la colonne prussienne chappe au combat de Deppen. Il vint se placer le
soir au village de Schnaditten, et par-l l'ennemi se trouva tellement
serr entre les corps des marchaux Ney et Davoust, que, craignant de
voir son arrire-garde compromise, il rsolut,  huit heures du soir, de
reprendre le village de Schnaditten. Plusieurs bataillons de grenadiers
russes, les seuls qui n'eussent pas donn, se prsentrent  ce village;
mais le sixime rgiment d'infanterie lgre les laissa approcher  bout
portant, et les mit dans une entire droute. Le lendemain l'ennemi a
t poursuivi jusqu' la rivire de Frischling. Il se retire au-del de
la Pregel. Il a abandonn sur le champ de bataille seize pices de canon
et ses blesss. Toutes les maisons des villages qu'il a parcourus la
nuit en sont remplies.

Le marchal Augereau a t bless d'une balle. Les gnraux Desjardins,
Heudelet, Lochet, ont t blesss. Le gnral Corbineau a t enlev
par un boulet. Le colonel Lacue, du soixante-troisime, et le colonel
Lemarois, du quarante-troisime ont t tus par des boulets. Le colonel
Bouvires, du onzime rgiment de dragons, n'a pas survcu  ses
blessures. Tous sont morts avec gloire. Notre perte se monte exactement
 dix-neuf cents morts et  cinq mille sept cents blesss, parmi
lesquels un millier qui le sont grivement, seront hors de service. Tous
les morts ont t enterrs dans la journe du 10. On a compt sur le
champ de bataille sept mille Russes.

Ainsi l'expdition offensive de l'ennemi, qui avait pour but de se
porter sur Thorn en dbordant la gauche de la grande arme, lui a t
funeste. Douze  quinze mille prisonniers, autant d'hommes hors de
combat, dix-huit drapeaux, quarante-cinq pices de canon, sont les
trophes trop chrement pays sans doute par le sang de tant de braves.

De petites contrarits de temps, qui auraient paru lgres dans toute
autre circonstance, ont beaucoup contrari les combinaisons du gnral
franais. Notre cavalerie et notre artillerie ont fait des merveilles.
La garde  cheval s'est surpasse; c'est beaucoup dire. La garde  pied
a t toute la journe l'arme au bras, sous le feu d'une pouvantable
mitraille, sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouvement. Les
circonstances n'ont point t telles qu'elle ait d donner. La blessure
du marchal Augereau a t aussi un accident dfavorable, en laissant,
pendant le plus fort de la mle, son corps d'arme sans chef capable de
le diriger.

Ce rcit est l'ide gnrale de la bataille. Il s'est pass des
faits qui honorent le soldat franais: l'tat-major s'occupe de les
recueillir.

La consommation en munitions  canon a t considrable; elle a t
beaucoup moindre en munitions d'infanterie.

L'aigle d'un des bataillons du dix-huitime rgiment ne s'est pas
retrouve; elle est probablement tombe entre les mains de l'ennemi. On
ne peut en faire un reproche  ce rgiment; c'est, dans la position
o il se trouvait, un accident de guerre; toutefois l'empereur lui en
rendra une autre lorsqu'il aura pris un drapeau  l'ennemi.

Cette expdition est termine, l'ennemi, battu, est rejet  cent lieues
de la Vistule. L'arme va reprendre ses cantonnements, et rentrer dans
ses quartiers-d'hiver.



A Preussich-Eylau, le 14 fvrier 1807.

_Cinquante-neuvime bulletin de la grande arme_.

L'ennemi prend position derrire la Pregel. Nos coureurs sont sur
Koenigsberg, mais l'empereur a jug convenable de mettre son arme en
quartiers, en se tenant  porte de couvrir la ligne de la Vistule.

Le nombre des canons qu'on a pris depuis le combat de Bergfried se
monte  prs de soixante. Les vingt quatre que l'ennemi a laisss  la
bataille d'Eylau viennent d'tre dirigs sur Thorn.

L'ennemi a fait courir la notice ci-jointe: tout y est faux. L'ennemi a
attaqu la ville, et a t constamment repouss; il avoue avoir perdu
vingt mille hommes tus ou blesss. Sa perte est beaucoup plus forte. La
prise de neuf aigles est aussi fausse que la prise de la ville.

Le grand-duc de Berg a toujours son quartier-gnral  Wittemberg, tout
prs de la Prgel.

Le gnral d'Hautpoult est mort de ses blessures. Il a t gnralement
regrett. Peu de soldats ont eu une fin plus glorieuse. Sa division de
cuirassiers s'est couverte de gloire  toutes les affaires. L'empereur a
ordonn que son corps serait transport  Paris.

Le gnral de cavalerie Bouardi-Saint-Sulpice, bless au poignet, ne
voulut pas aller  l'ambulance, et fournit une seconde charge. Sa
majest a t si contente de ses services, qu'elle l'a nomm gnral de
division.

Le marchal Lefebvre s'est port le 12 sur Marienwerder. Il y a trouv
sept escadrons prussiens, les a culbuts, leur a pris trois cents
hommes, parmi lesquels un colonel, un major et plusieurs officiers, et
deux cent cinquante chevaux. Ce qui a chapp  ce combat s'est rfugi
dans Dantzick.



A Preussich-Eylau, le 17 fvrier 1807.

_Soixantime bulletin de la grande arme._

La reddition de la Silsie avance. La place de Schweidnitz a capitul.
Ci-joint la capitulation. Le gouvernement prussien de la Silsie a t
cern dans Glatz, aprs avoir t forc dans la position de Frankenstein
et de Neubrode par le gnral Lefebvre. Les troupes de Wurtemberg se
sont fort bien comportes dans cette affaire. Le rgiment bavarois de la
Tour-et-Taxis, command par le colonel Teydis, et le sixime rgiment de
ligne bavarois, command par le colonel Baker, se sont fait remarquer.
L'ennemi a perdu dans ces combats une centaine d'hommes tus, trois
cents faits prisonniers.

Le sige de Kosel se poursuit avec activit.

Depuis la bataille d'Eylau, l'ennemi s'est ralli derrire la Prgel. On
concevait l'espoir de le forcer dans cette position, si la rivire ft
reste gele; mais le dgel continue, et cette rivire est une barrire
au-del de laquelle l'arme franaise n'a pas intrt de le jeter.

Du ct de Willemberg, trois mille prisonniers russes ont t dlivrs
par un parti de mille Cosaques.

Le froid a entirement cess; la neige est partout fondue, et la saison
actuelle nous offre le phnomne, au mois de fvrier, du temps de la fin
d'avril.

L'arme entre dans ses cantonnemens.



Preussich-Eylau, le 16 fvrier 1807.

_Proclamation._

Soldats!

Nous commencions  prendre un peu de repos dans nos quartiers d'hiver,
lorsque l'ennemi a attaqu le premier corps et s'est prsent sur la
Basse-Vistule. Nous avons march  lui; nous l'avons poursuivi l'pe
dans les reins pendant l'espace de quatre-vingts lieues. Il s'est
rfugi sous les remparts de ses places, et a repass la Prgel. Nous
lui avons enlev, aux combats de Bergfried, de Deppen, de Hoff,  la
bataille d'Eylau, soixante-cinq pices de canon, seize drapeaux, et tu,
bless ou pris plus de quarante mille hommes. Les braves qui, de
notre ct, sont rests sur le champ d'honneur, sont morts d'une mort
glorieuse: c'est la mort des vrais soldats. Leurs familles auront des
droits constans  notre sollicitude et  nos bienfaits.

Ayant ainsi djou tous les projets de l'ennemi, nous allons nous
approcher de la Vistule, et rentrer dans nos cantonnements. Qui osera
en troubler le repos, s'en repentira; car au-del de la Vistule
comme au-del du Danube, au milieu des frimas de l'hiver, comme au
commencement de l'automne, nous serons toujours les soldats franais, et
les soldats franais de la grande arme.



Landsberg, le 18 fvrier 1807.

_Soixante-unime bulletin de la grande arme._

La bataille d'Eylau avait d'abord t prsente par plusieurs officiers
ennemis comme une victoire. On fut dans cette croyance  Koenigsberg
toute la matine du 9. Bientt le quartier-gnral et toute l'arme
russe arrivrent. L'alarme alors devint grande. Peu de temps aprs, ou
entendit des coups de canon, et on vit les Franais matres d'une petite
hauteur qui dominait tout le camp russe.

Le gnral russe a dclar qu'il voulait dfendre la ville; ce qui
a augment la consternation des habitans, qui disaient: Nous allons
prouver le sort de Lubeck. Il est heureux pour cette ville qu'il ne
soit pas entr dans les calculs du gnral franais de forcer l'arme
russe dans cette position.

Le nombre des morts dans l'arme russe, en gnraux et en officiers, est
extrmement considrable.

Par la bataille d'Eylau, plus de cinq mille blesss russes rests sur le
champ de bataille ou dans les ambulances environnantes, sont tombs au
pouvoir du vainqueur. Partie sont morts, partie lgrement blesss, ont
augment le nombre des prisonniers. Quinze cents prisonniers viennent
d'tre rendus  l'arme russe. Indpendamment des cinq mille blesss qui
sont rests au pouvoir de l'arme franaise, on calcule que les Russes
en ont eu quinze mille.

L'arme vient de prendre ses cantonnemens. Les pays d'Elbing, de
Liebstadt, d'Osterode sont les plus belle parties de ces contres. Ce
sont eux que l'empereur a choisis pour tablir sa gauche.

Le marchal Mortier est entr dans la Pomranie sudoise. Stralsund a
t bloqu. Il est  regretter que l'ennemi ait mis le feu sans raison
au beau faubourg de Kniper. Cet incendie offrait un spectacle horrible.
Plus de deux mille individus se trouvent sans maisons et sans asile.



Liebstadt, le 21 fvrier 1807.

_Soixante-deuxime bulletin de la grande arme._

La droite de la grande arme a t victorieuse, comme le centre et la
gauche. Le gnral Essen,  la tte de vingt-cinq mille hommes, s'est
port sur Ostrolenka, le 13, par les deux rives de la Narew. Arriv au
village de Flacies-Lawowa, il rencontra l'avant-garde du gnral Savary,
commandant le cinquime corps.

Le 16,  la pointe du jour, le gnral Gazan se porta avec une partie
de sa division  l'avant-garde. A neuf heures du matin, il rencontra
l'ennemi sur la route de Nowogrod, l'attaqua, le culbuta et le mit en
droute. Mais au mme moment, l'ennemi attaquait Ostrolenka par la rive
gauche. Le gnral Campana, avec une brigade de la division Gazan, et
le gnral Ruffin, avec une brigade de la division du gnral Oudinot,
dfendaient cette petite ville.

Le gnral Savary y envoya le gnral de division Reille, chef de
l'tat-major du corps d'arme. L'infanterie russe, sur plusieurs
colonnes, voulut emporter la ville. On la laissa avancer jusqu' la
moiti des rues; on marcha  elle au pas de charge; elle fut culbute
trois fois, et laissa les rues couvertes de morts. La perte de l'ennemi
fut si grande, qu'il abandonna la ville et prit position derrire les
monticules de sable qui la recouvrent.

Les divisions des gnraux Suchet et Oudinot avancrent:  midi, leurs
ttes de colonne arrivrent  Ostrolenka. Le gnral Savary rangea sa
petite arme de la manire suivante:

Le gnral Oudinot, sur deux lignes, commandait la gauche; le gnral
Suchet le centre; et le gnral Reille, commandant une brigade de
la division Gazan, formait la droite. Il se couvrit de toute son
artillerie, et marcha  l'ennemi. L'intrpide gnral Oudinot se mit 
la tte de la cavalerie, fit une charge qui eut du succs, et tailla en
pices les cosaques de l'arrire-garde ennemie. Le feu fut trs-vif,
l'ennemi ploya de tous cts, et fut men battant pendant trois lieues.

Le lendemain, l'ennemi a t poursuivi plusieurs lieues, mais sans qu'on
pt reconnatre que sa cavalerie avait battu, en retraite toute la nuit.
Le gnral Suwarow et plusieurs autres officiers ennemis ont t tus.
L'ennemi a abandonn un grand nombre de blesss. On en avait ramass
douze cents; on en ramassait  chaque instant. Sept pices de canon et
deux drapeaux sont les trophes de la victoire. L'ennemi a laiss treize
cents cadavres sur le champ de bataille. De notre ct, nous avons perdu
soixante hommes tus et quatre  cinq cents blesss; mais une perte
vivement sentie est celle du gnral de brigade Campana, qui tait un
officier d'un grand mrite et d'une grande esprance. Il tait n dans
le dpartement de Marengo. L'empereur a t trs-pein de sa perte. Le
cent-troisime rgiment s'est particulirement distingu dans cette
affaire. Parmi les blesss sont le colonel Duhamel, du vingt-unime
rgiment d'infanterie lgre, et le colonel d'artillerie Nourrit.

L'empereur a ordonn au cinquime corps de s'arrter et de prendre ses
quartiers d'hiver. Le dgel est affreux. La saison ne permet pas de rien
faire de grand: c'est celle du repos. L'ennemi a le premier lev ses
quartiers; il s'en repent.



Osterode, le 28 fvrier 1807.

_Soixante-troisime bulletin de la grande arme._

Le capitaine des grenadiers  cheval de la garde impriale, Auzou,
bless  mort  la bataille d'Eylau, tait couch sur le champ de
bataille. Ses camarades viennent pour l'enlever et le porter
 l'ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour leur dire:
Laissez-moi, mes amis; je meurs content, puisque nous avons la
victoire, et que je puis mourir sur le lit d'honneur, environn de
canons pris  l'ennemi et des dbris de leur dfaite. Dites  l'empereur
que je n'ai qu'un regret; c'est que, dans quelques momens, je ne pourrai
plus rien pour son service et pour la gloire de notre belle France. A
elle mon dernier soupir. L'effort qu'il fit pour prononcer ces paroles
puisa le peu de forces qui lui restaient.

Tous les rapports que l'on reoit s'accordent  dire que l'ennemi a
perdu  la bataille d'Eylau vingt gnraux et neuf cents officiers tus
et blesss, et plus de trente mille hommes hors de combat.

Au combat d'Ostrolenka, du 16, deux gnraux russes ont t tus et
trois blesss.

Sa Majest a envoy  Paris les seize drapeaux pris  la bataille
d'Eylau. Tous les canons sont dj dirigs sur Thorn. Sa Majest a
ordonn que ces canons seraient fondus, et qu'il en serait fait une
statue en bronze du gnral d'Hautpoult, commandant la deuxime division
de cuirassiers, dans son costume de cuirassier.

L'arme est concentre dans ses cantonnemens, derrire la Passarge,
appuyant sa gauche  Marienwerder,  l'le du Nogat et  Elbing, pays
qui fournissent des ressources.

Instruit qu'une division russe s'tait porte sur Braunsberg,  la tte
de nos cantonnemens, l'empereur a ordonn qu'elle ft attaque. Le
prince de Ponte-Corvo chargea de cette expdition le gnral Dupont,
officier d'un grand mrite.

Le 26,  deux heures aprs-midi, le gnral Dupont se prsenta devant
Braunsberg, attaqua la division ennemie, forte de dix mille hommes, la
culbuta  la baonnette, la chassa de la ville et lui fit repasser la
Passarge, lui prit seize pices de canon, deux drapeaux, et lui fit deux
mille prisonniers. Nous avons eu trs-peu d'hommes tus.

Du ct de Gustadt, le gnral Lger-Belair se porta au village de
Peterswalde  la pointe du jour du 25, sur l'avis qu'une colonne russe
tait arrive dans la nuit  ce village, la culbuta, prit le
gnral baron de Korff qui la commandait, son tat-major, plusieurs
lieutenans-colonels et officiers, et quatre cents hommes. Cette brigade
tait compose de dix bataillons, qui avaient tellement souffert qu'ils
ne formaient que seize cents hommes prsens sous les armes.

L'empereur a tmoign sa satisfaction au gnral Savary pour le combat
d'Ostrolenka, lui a accord la grande dcoration de la lgion-d'honneur,
et l'a rappel prs de sa personne. Sa Majest a donn le commandement
du cinquime corps au marchal Massna, le marchal Lannes continuant 
tre malade.

A la bataille d'Eylau, le marchal Augereau couvert de rhumatismes,
tait malade et avait  peine connaissance; mais le canon rveille les
braves: il revole au galop  la tte de son corps, aprs s'tre fait
attacher sur son cheval. Il a t constamment expos au plus grand feu,
et a mme t lgrement bless. L'empereur vient de l'autoriser 
rentrer en France pour y soigner sa sant.

Les garnisons de Colberg et de Dantzick profitant du peu d'attention
qu'on avait fait  elles, s'taient encourages par diffrentes
excursions. Un avant-poste de la division italienne a t attaqu, le
16,  Stutgard, par un parti de huit cents hommes de la garnison de
Colberg. Le gnral Bonfanti n'avait avec lui que quelques compagnies du
premier rgiment de ligne italien, qui ont pris les armes  temps, ont
march avec rsolution sur l'ennemi, et l'ont mis en droute.

Le gnral Teuli, de son ct, avec le gros de la division italienne,
le rgiment de fusiliers de la garde et la premire compagnie de
gendarmes d'ordonnance, s'est port pour investir Colberg. Arriv 
Naugarten, il a trouv l'ennemi retranch, occupant un fort hriss de
pices de canon. Le colonel Boyer, des fusiliers de la garde, est
mont  l'assaut. Le capitaine de la compagnie des gendarmes, M. de
Montmorency, a fait une charge qui a eu du succs. Le fort a t pris,
trois cents hommes faits prisonniers et six pices de canon enleves.
L'ennemi a laiss cent hommes sur le champ de bataille.

Le gnral Dabrowsky a march contre la garnison de Dantzick; il l'a
rencontre  Dirschau, l'a culbute, lui a fait six cents prisonniers,
pris sept pices de canon, et l'a poursuivie plusieurs lieues l'pe
dans les reins. Il a t bless d'une balle. Le marchal Lefebvre tait
arriv, sur ces entrefaites, au commandement du dixime corps: il y
avait t joint par les Saxons, et il marchait pour investir Dantzick.

Le temps est toujours variable. Il gelait hier; il dgle aujourd'hui.
L'hiver s'est ainsi pass. Le thermomtre n'a jamais t  plus de cinq
degrs.



Osterode, le 2 mars 1807.

_Soixante-quatrime bulletin de la grande arme._

La ville d'Elbing fournit de grandes ressources  l'arme: on y a
trouv une grande quantit de vins et d'eaux-de-vie. Ce pays de la
Basse-Vistule est trs-fertile.

Les ambassadeurs de Constantinople et de Perse sont entrs en Pologne,
et arrivent  Varsovie.

Aprs la bataille d'Eylau, l'empereur a pass tous les jours plusieurs
heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir
rendait ncessaire. Il a failli beaucoup de travail pour enterrer tous
les morts. On a trouv un grand nombre de cadavres d'officiers russes
avec leurs dcorations. Il parat que parmi eux il y avait un prince
Repnin. Quarante-huit heures encore aprs la bataille, il y avait plus
de cinq cents russes blesss qu'on n'avait pas encore pu emporter. On
leur faisait porter de l'eau-de-vie et du pain, et successivement on les
a transports  l'ambulance.

Qu'on se figure sur un espace d'une lieue carre, neuf ou dix mille
cadavres, quatre ou cinq mille chevaux tus, des lignes de sacs russes,
des dbris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d'obus,
de munitions, vingt-quatre pices de canon auprs desquelles on voyait
les cadavres des conducteurs tus au moment o ils faisaient des efforts
pour les enlever: tout cela avait plus de relief sur un fond de neige.
Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et
l'horreur de la guerre.

Les cinq mille blesss que nous avons eus ont t tous vacus sur Thorn
et sur nos hpitaux de la rive gauche de la Vistule, sur des traneaux.
Les chirurgiens ont observ avec tonnement que la fatigue de cette
vacuation n'a point nui aux blesss.

Voici quelques dtails sur le combat de Braunsberg.

Le gnral Dupont marcha  l'ennemi sur deux colonnes. Le gnral
Bruyer, qui commandait la colonne de droite, rencontra l'ennemi 
Ragern, le poussa sur la rivire qui se trouve en avant de ce village.
La colonne de gauche poussa l'ennemi sur Villenberg, et toute la
division ne tarda pas  dboucher hors du bois. L'ennemi, chass de sa
premire position, fut oblig de se replier sur la rivire qui couvre la
ville de Braunsberg: il a d'abord tenu ferme; mais le gnral Dupont a
march  lui, l'a culbut au pas de charge, et est entr avec lui dans
la ville, qui a t jonche de cadavres russes.

Le neuvime d'infanterie lgre, le trente-deuxime, le
quatre-vingt-seizime de ligne qui composent cette division, se sont
distingus. Les gnraux Barrois, Lahoussaye, le colonel Semelle du
vingt-quatrime de ligne, le colonel Meunier du neuvime d'infanterie
lgre, le chef de bataillon Bouge du trente-deuxime de ligne, et le
chef d'escadron Hubinet du neuvime de hussards, ont mrit des loges
particuliers.

Depuis l'arrive de l'arme franaise sur la Vistule, nous avons pris
aux Russes, aux affaires de Pultusk et de Golymin, quatre vingt-neuf
pices de canon; au combat de Bergfried, quatre pices, dans la retraite
d'Allenstein, cinq pices; au combat de Deppen, seize pices; au combat
de Hoff, douze pices;  la bataille d'Eylau, vingt-quatre pices; au
combat de Braunsberg, seize pices; au combat d'Ostrolenka, neuf pices:
total, cent soixante-quinze pices de canon.

On a fait  ce sujet la remarque que l'empereur n'a jamais perdu de
canons dans les armes qu'il a commandes, soit dans les premires
campagnes d'Italie et d'gypte, soit dans celle de l'arme de rserve,
soit dans celle d'Autriche et de Moravie, soit dans celle de Prusse et
de Pologne.



Osterode, le 10 mars 1807.

_Soixante-cinquime bulletin de la grande arme._

L'arme est cantonne derrire la Passarge:

Le prince de Ponte-Corvo,  Holland et  Braunsberg;

Le marchal Soult,  Liebstadt et Mohringen;

Le marchal Ney,  Guttstadt;

Le marchal Davoust,  Allenstein, Hohenstein et Deppen;

Le quartier-gnral,  Osterode;

Le corps d'observation polonais, que commande le gnral Zayonchek, 
Neidenbourg;

Le corps du marchal Lefebvre devant Dantzick;

Le cinquime corps, sur l'Omulew;

Une division de Bavarois, que commande le prince royal de Bavire, 
Varsovie;

Le corps du prince Jrme, en Silsie;

Le huitime corps, en observation dans la Pomranie sudoise.

Les places de Breslau, de Schweidnitz et de Brieg sont en dmolition.

Le gnral Rapp, aide-de-camp de l'empereur, est gouverneur de Thorn.

On jette des ponts sur la Vistule,  Marienbourg et  Dirschau.

Ayant t instruit, le 1er mars, que l'ennemi, encourag par les
positions qu'avait prise l'arme, faisait voir des postes tout le long
de la rive droite de la Passarge, l'empereur ordonna aux marchaux Soult
et Ney de faire des reconnaissances en avant pour repousser l'ennemi. Le
marchal Ney marcha sur Guttstadt; le marchal Soult passa la Passarge
 Worditt. L'ennemi fit aussitt un mouvement gnral, et se mit en
retraite sur Koenigsberg; ses postes, qui s'taient retirs en toute
hte, furent poursuivis  huit lieues.

Voyant ensuite que les Franais ne faisaient plus de mouvemens, et
s'apercevant que ce n'taient que des avant-gardes qui avaient quitt
leurs rgimens, deux rgimens de grenadiers russes se rapprochrent et
se portrent de nuit sur le cantonnement de Zechern. Le cinquantime
rgiment les reut  bout portant; le vingt-septime et le
trente-neuvime se comportrent de mme. Dans ces petits combats, les
Russes ont eu un millier d'hommes blesss, tus ou prisonniers.

Aprs s'tre ainsi assure des mouvemens de l'ennemi, l'arme est entre
dans ses cantonnemens.

Le grand-duc de Berg, instruit qu'un corps de cavalerie s'tait port
sur Villenberg, l'a fait attaquer dans cette ville par le prince
Borghse, qui,  la tte de son rgiment, a charg huit escadrons
russes, les a culbuts et mis en droute, et leur a fait une centaine
de prisonniers, parmi lesquels se trouvent trois capitaines et huit
officiers.

Le marchal Lefebvre a cern entirement Dantzick, et a commenc les
ouvrages de circonvallation de la place.



Osterode, le 14 mars 1807.

_Soixante-sixime bulletin de la grande arme._

La grande arme est toujours dans ses cantonnemens, o elle prend du
repos.

De petits combats ont lieu souvent entre les avant-postes des deux
armes.

Deux rgimens de cavalerie russe sont venus, le 12, inquiter le
soixante-neuvime rgiment d'infanterie de ligne dans son cantonnement
de Liguau, en avant de Guttstadt.

Un bataillon de ce rgiment prit les armes, s'embusqua, et tira  bout
portant sur l'ennemi, qui laissa quatre-vingts hommes sur la place.

Le gnral Guyot, qui commande les avant-postes du marchal Soult, a eu
de son ct quelques engagemens qui ont t  son avantage.

Aprs le petit combat de Villenberg, le grand-duc de Berg a chass
les cosaques de toute la rive droite de l'Alle, afin de s'assurer
que l'ennemi ne masquait pas quelque mouvement. Il s'est port 
Wartembourg, Seeburg, Meusguth et Bischoffburg. Il a eu quelques
engagemens avec la cavalerie ennemie, et a fait une centaine de cosaques
prisonniers.

L'arme russe parat concentre du ct de Bartenstein sur l'Alle; la
division prussienne du ct de Creutsbourg.

L'arme ennemie a fait un mouvement de retraite, et s'est rapproche
d'une marche de Koenigsberg.

Toute l'arme franaise est cantonne; elle est approvisionne par les
villes d'Elbing, de Braunsberg, et par les ressources que l'on tire de
l'le du Nogat, qui est d'une trs-grande fertilit.

Deux-ponts ont t jets sur la Vistule: un  Marienbourg, et l'autre
 Marienwerder. Le marchal Lefebvre a achev l'investissement de
Dantzick; le gnral Tenli a investi Colberg. L'une et l'autre de ces
garnisons ont t rejetes dans ces places aprs de lgres attaques.

Une division de douze mille Bavarois, commande par le prince royal de
Bavire, a pass la Vistule  Varsovie, et vient joindre l'arme.



De notre camp imprial d'Osterode, le 20 mars 1807.

_Message de S.M. au Snat._

SNATEURS,

Nous avons ordonn qu'un projet de snatus-consulte, ayant pour objet
d'appeler ds ce moment la conscription de 1808, vous soit prsent.

Le rapport que nous a fait notre ministre de la guerre vous donnera 
connatre les avantages de toute espce qui rsulteront de cette mesure.

Tout s'arme autour de nous. L'Angleterre vient d'ordonner une leve
extraordinaire de deux cent mille hommes; d'autres puissances ont
recours galement  des recrutemens considrables. Quelque formidables,
quelque nombreuses que soient nos armes, les dispositions contenues
dans ce projet de snatus-consulte nous paraissent, sinon ncessaires,
du moins utiles et convenables. Il faut qu' la vue de cette triple
barrire de camps qui environnera notre territoire, comme  l'aspect
du triple rang de places fortes qui garantissent nos plus importantes
frontires, nos ennemis ne conoivent l'esprance d'aucun succs, se
dcouragent, et soient ramens enfin, par l'impuissance de nous nuire, 
la justice,  la raison.

L'empressement avec lequel nos peuples ont excut les
snatus-consultes du 24 septembre 1805 et du 4 dcembre 1806, a vivement
excit en nous le sentiment de la reconnaissance. Tout Franais se
montrera galement digne d'un si beau nom.

Nous avons appel  commander et  diriger cette intressante jeunesse,
des snateurs qui se sont distingus dans la carrire des armes, et nous
dsirons que vous reconnaissiez dans cette dtermination la confiance
sans bornes que nous mettons en vous. Ces snateurs enseigneront aux
jeunes conscrits, que la discipline et la patience  supporter les
fatigues et les travaux de la guerre, sont les premiers garans de la
victoire. Ils leur apprendront  tout sacrifier pour la gloire du trne
et le bonheur de la patrie, eux, membres d'un corps qui en est le plus
ferme appui.

Nous avons t victorieux de tous nos ennemis. En six mois, nous avons
pass le Mein, la Saale, l'Elbe, l'Oder, la Vistule; nous avons conquis
les places les plus formidables de l'Europe, Magdebourg, Hameln,
Spandau, Stettin, Custrin, Glogau, Breslau, Schweidnitz, Brieg; nos
soldats ont triomph dans un grand nombre de combats et dans plusieurs
grandes batailles ranges; ils ont pris plus de huit cents pices de
canon sur le champ de bataille; ils ont dirig vers la France quatre
mille pices de sige, quatre cents drapeaux prussiens ou russes, et
plus de deux cent mille prisonniers de guerre; les sables de la Prusse,
les solitudes de la Pologne, les pluies de l'automne, les frimas de
l'hiver, rien n'a ralenti leur ardent dsir de parvenir  la paix par la
victoire, et de se voir ramener sur le territoire de la patrie par des
triomphes. Cependant nos armes d'Italie, de Dalmatie, de Naples, nos
camps de Boulogne, de Bretagne, de Normandie, du Rhin sont rests
intacts.

Si nous demandons aujourd'hui  nos peuples de nouveaux sacrifices pour
ranger autour de nous de nouveaux moyens de puissance, nous n'hsitons
pas  le dire, ce n'est point pour en abuser en prolongeant la guerre.
Notre politique est fixe: nous avons offert la paix  l'Angleterre,
avant qu'elle et fait clater la quatrime coalition; cette mme paix,
nous la lui offrons encore. Le principal ministre qu'elle a employ dans
ses ngociations a dclar authentiquement dans ces assembles publiques
que cette paix pouvait tre pour elle honorable et avantageuse; il a
ainsi mis en vidence la justice de notre cause. Nous sommes prts 
conclure avec la Russie aux mmes conditions que son ngociateur avait
signes, et que les intrigues et l'influence de l'Angleterre l'ont
contrainte  repousser. Nous sommes prts  rendre  ces huit millions
d'habitans conquis par nos armes, la tranquillit; et au roi de
Prusse sa capitale. Mais si tant de preuves de modration si souvent
renouveles ne peuvent rien contre les illusions que la passion suggre
 l'Angleterre; si cette puissance ne peut trouver la paix que dans
notre abaissement, il ne nous reste plus qu' gmir sur les malheurs
de la guerre, et  rejeter l'opprobre et le blme sur cette nation qui
alimente son monopole avec le sang du continent. Nous trouverons dans
notre nergie, dans le courage, le dvouement et la puissance de nos
peuples, des moyens assurs pour rendre vaines les coalitions qu'ont
cimentes l'injustice et la haine, et pour les faire tourner  la
confusion de leurs auteurs. Franais! nous bravons tous les prils pour
la gloire et pour le repos de nos enfans.

NAPOLON.



Osterode, le 25 mars 1807.

_Soixante-septime bulletin de la grande arme._

Le 14 mars  trois heures aprs-midi, la garnison de Stralsund,  la
faveur d'un temps brumeux, dboucha avec deux mille hommes d'infanterie,
deux escadrons de cavalerie et six pices de canon, pour attaquer une
redoute construite par la division Dupas. Cette redoute, qui n'tait ni
ferme ni palissade, ni arme de canons, tait occupe par une seule
compagnie de voltigeurs du cinquante-huitime de ligne. L'immense
supriorit de l'ennemi n'tonna point ces braves. Cette compagnie ayant
t renforce par une compagnie de voltigeurs du quatrime d'infanterie
lgre, commande par le capitaine Barral, brava les efforts de cette
brigade sudoise. Quinze soldats sudois arrivrent sur les parapets,
mais ils y trouvrent la mort. Toutes les tentatives que fit l'ennemi
furent galement inutiles. Soixante-deux cadavres sudois ont t
enterrs au pied de la redoute. On peut supposer que plus de cent vingt
hommes ont t blesss; cinquante ont t faits prisonniers. Il n'y
avait cependant dans cette redoute que cent cinquante hommes. Plusieurs
officiers sudois dcors ont t trouvs parmi les morts. Cet acte
d'intrpidit a fix les regards de l'empereur, qui a accord trois
dcorations de la lgion d'honneur aux compagnies de voltigeurs du
cinquante-huitime et du quatrime lger. Le capitaine Drivet, qui
commandait dans cette mauvaise redoute, s'est particulirement
distingu. Le marchal Lefebvre a ordonn le 20, au gnral de brigade
Schramm, de passer de l'le du Nogat dans le Frich-Hoff, pour couper la
communication de Dantzick avec la mer. Le passage s'est effectu  trois
heures du matin; les Prussiens ont t culbuts et ont laiss entre nos
mains trois cents prisonniers.

A six heures du soir, la garnison a fait un dtachement de quatre mille
hommes pour reprendre ce poste; il a t repouss avec perte de quelques
centaines de prisonniers et d'une pice de canon.

Le gnral Schramm avait sous ses ordres le deuxime bataillon du
deuxime rgiment d'infanterie lgre et plusieurs bataillons saxons qui
se sont distingus. L'empereur a accord trois dcorations de la lgion
d'honneur aux officiers saxons, et trois aux sous-officiers et soldats
et au major qui les commandait.

En Silsie, la garnison de Neiss a fait une sortie. Elle a donn dans
une embuscade. Un rgiment de cavalerie wurtembergeois a pris les
troupes sorties en flanc, leur a tu une cinquantaine d'hommes et fait
soixante prisonniers.

Cet hiver a t en Pologne comme il parat qu'il a t  Paris, c'est
 dire variable. Il gle et dgle tour--tour. Cependant nous sommes
assez heureux pour n'avoir pas de malades. Tous les rapports disent
que l'arme russe en a au contraire beaucoup. L'arme continue  tre
tranquille dans ses cantonnemens.

Les places formant tte de pont de Sierock, Modlin, Praga, Marienbourg,
et Marienwerder, prennent tous les jours un nouvel accroissement
de forces. Les manutentions et les magasins sont organiss, et
s'approvisionnent sur tous les points de l'arme. On a trouv  Elbing
trois cent mille bouteilles de vin de Bordeaux; et quoiqu'il cott
quatre francs la bouteille, l'empereur l'a fait distribuer  l'arme, en
en faisant payer le prix aux marchands.

L'empereur a envoy le prince de Borghse  Varsovie avec une mission.



Osterode, le 39 mars 1807.

_Soixante-huitime bulletin de la grande arme._

Le 17 mars  trois heures du matin, le gnral de brigade Lefvre,
aide-de-camp du prince Jrme, se trouvant avec trois escadrons de
chevaux-lgers et le rgiment d'infanterie lgre le Taxis, passa auprs
de Glatz pour se rendre  Wunchelsbourg. Quinze cents hommes sortirent
de la place avec deux pices de canon. Le lieutenant-colonel Gerard les
chargea aussitt et les rejeta dans Glatz, aprs leur avoir pris cent
soldats, plusieurs officiers et leurs deux pices de canon. Le marchal
Massna s'est port de Willemberg sur Ortelsbourg; il y a fait entrer
la division de dragons Becker, et l'a renforce d'un dtachement de
Polonais  cheval. Il y avait  Ortelsbourg quelques cosaques; plusieurs
charges ont eu lieu, et l'ennemi a perdu vingt hommes.

Le gnral Becker, en venant reprendre sa position  Willemberg, a
t charg par deux mille cosaques; on leur avait tendu une embuscade
d'infanterie, dans laquelle ils ont donn. Ils ont perdu deux cents
hommes.

Le 26,  cinq heures du matin, la garnison de Dantzick a fait une
sortie gnrale qui lui a t funeste. Elle a t repousse partout. Un
colonel, nomm Gracow, qui a fait le mtier de partisan, a t pris
avec quatre cents hommes et deux pices de canon, dans une charge du
dix-neuvime de chasseurs. La lgion polonaise du Nord s'est fort bien
comporte; deux bataillons saxons se sont distingus.

Du reste, il n'y a rien de nouveau; les lacs sont encore gels; on
commence cependant  s'apercevoir de l'approche du printemps.



Finckenstein, le 4 avril 1807.

_Soixante-neuvime bulletin de la grande arme._

Les gendarmes d'ordonnance sont arrivs  Marienwerder. Le marchal
Bessires est parti pour aller en passer la revue. Ils se sont trs-bien
comports et ont montr beaucoup de bravoure dans les diffrentes
affaires qu'ils ont eues.

Le gnral Teuli, qui jusqu' prsent avait conduit le blocus de
Colberg, a fait preuve de beaucoup d'activit et de talent. Le gnral
de division Loison vient de prendre le commandement du sige de cette
place.

Le 19 mars, les redoutes de Selnow ont t attaques et emportes par le
premier rgiment d'infanterie lgre italienne. La garnison a fait une
sortie. La compagnie de carabiniers du premier rgiment lger et une
compagnie de dragons l'ont repousse.

Les voltigeurs du dix-neuvime rgiment de ligne se sont distingus 
l'attaque du village d'Allstadt. L'ennemi a perdu dans ces affaires
trois pices de canon et deux cents hommes faits prisonniers.

Le marchal Lefebvre commande le sige de Dantzick. Le gnral
Lariboissire a le commandement de l'artillerie. Le corps de
l'artillerie justifie, dans toutes les circonstances, la rputation de
supriorit qu'il a si bien acquise. Les canonniers franais mritent, 
juste raison, le litre d'hommes d'lite. On est satisfait de la manire
de servir des bataillons du train.

L'empereur a reu  Finckenstein une dputation de la chambre de
Marienwerder; compose de MM. le comte de Groeben, le conseiller baron
de Schleinitz et le comte de Dohna, directeur de la chambre. Cette
dputation a fait  S. M. le tableau des maux que la guerre a attirs
sur les habitans. L'empereur lui a fait connatre qu'il en tait touch,
et qu'il les exemptait, ainsi que la ville d'Elbing, des contributions
extraordinaires. Il a dit qu'il y avait des malheurs invitables pour le
thtre de la guerre, qu'il y prenait part, et qu'il ferait tout ce qui
dpendrait de lui pour les allger.

On croit que S. M. partira aujourd'hui pour faire une tourne 
Marienwerder et  Elbing.

La seconde division bavaroise est arrive  Varsovie.

Le prince royal de Bavire est all prendre  Pultusk le commandement de
la premire division.

Le prince hrditaire de Bade est all se mettre  la tte de son corps
de troupes  Dantzick. Le contingent de Saxe-Weymar est arriv sur la
Warta.

Il n'a pas t tir aux avant-postes de l'arme un coup de fusil depuis
quinze jours.

La chaleur du soleil commence  se faire sentir; mais elle ne parvient
point  amollir la terre. Tout est encore gel: le printemps est tardif
dans ces climats.

Des courriers de Constantinople et de Perse arrivent frquemment au
quartier-gnral.

La sant de l'empereur ne cesse pas d'tre excellente. On remarque mme
qu'elle est meilleure qu'elle n'a jamais t. Il y a des jours o S. M.
fait quarante lieues  cheval.

On avait cru, la semaine dernire,  Varsovie, que l'empereur y
tait arriv  dix heures du soir. La ville entire fut aussitt et
spontanment illumine.

Les places de Praga, Sierock, Modlin, Thorn et Marienbourg commencent 
tre en tat de dfense; celle de Marienwerder est trace. Toutes ces
places forment des ttes de pont sur la Vistule.

L'empereur se loue de l'activit du marchal Kellermann  former des
rgimens provisoires, dont plusieurs sont arrivs  l'arme dans une
trs-bonne tenue, et ont t incorpors.

S. M. se loue galement du gnral Clarke, gouverneur de Berlin, qui
montre autant d'activit et de zle que de talent, dans le poste
important qui lui est confi.

Le prince Jrme, commandant des troupes en Silsie, fait preuve d'une
grande activit, et montre les talens et la prudence qui ne sont,
d'ordinaire, que les fruits d'une longue exprience.



Finckenstein, le 9 avril 1807.

_Soixante-dixime bulletin de la grande arme._

Un parti de quatre cents Prussiens, qui s'tait embarqu  Koenigsberg,
a dbarqu dans la presqu'le, vis--vis de Pilau, et s'est avanc vers
le village de Carlsberg. M. Mainguernaud, aide-de-camp du marchal
Lefebvre, s'est port sur ce point avec quelques hommes. Il a si
habilement manoeuvr, qu'il a enlev les quatre cents Prussiens, parmi
lesquels il y avait cent vingt hommes de cavalerie.

Plusieurs rgimens russes sont entrs par mer dans la ville de Dantzick.
La garnison a fait diffrentes sorties. La lgion polonaise du Nord et
le prince Michel Radzivil qui la commande, se sont distingus; ils ont
fait une quarantaine de prisonniers russes. Le sige se continue avec
activit. L'artillerie de sige commence  arriver.

Il n'y a rien de nouveau sur les diffrens points de l'arme.

L'empereur est de retour d'une course qu'il a faite a Marienwerder et 
la tte de pont sur la Vistule. Il a pass en revue le douzime rgiment
d'infanterie lgre et les gendarmes d'ordonnance.

La terre, les lacs, dont le pays est rempli, et les petites rivires
commencent  dgeler. Cependant, il n'y a encore aucune apparence de
vgtation.



Finckenstein, le 19 avril 1807.

_Soixante-onzime bulletin de la grande arme._

La victoire d'Eylau ayant fait chouer tous les projets que l'ennemi
avait forms contre la Basse-Vistule, nous a mis en mesure d'investir
Dantzick et de commencer le sige de cette place. Mais il a fallu tirer
les quipages de sige des forteresses de la Silsie et de l'Oder, en
traversant une tendue de plus de cent lieues dans un pays o il n'y a
pas de chemins. Ces obstacles ont t surmonts, et les quipages de
sige commencent  arriver. Cent pices de canon de gros calibre, venues
de Stettin, de Custrin, de Glogau et de Breslau, auront sous peu de
jours leur approvisionnement complet.

Le gnral prussien Kalkreuth commande la ville de Dantzick. Sa garnison
est compose de quatorze mille Prussiens et six mille Russes. Des
inondations et des marais, plusieurs rangs de fortifications et le fort
de Weischelmunde, ont rendu difficile l'investissement de la place.

Le journal du sige de Dantzick fera connatre ses progrs  la date du
17 de ce mois. Nos ouvrages sont parvenus  quatre-vingt toises de la
place; nous avons mme plusieurs fois insult et dpalissad les chemins
couverts.

Le marchal Lefebvre montre l'activit d'un jeune homme. Il tait
parfaitement second par le gnral Savary; mais ce gnral est tomb
malade d'une fivre bilieuse  l'abbaye d'Oliva, qui est  peu de
distance de la place. Sa maladie a t assez grave pour donner pendant
quelque temps des craintes sur ses jours. Le gnral de brigade Schramm,
le gnral d'artillerie Lariboissire et le gnral du gnie Kirgener
ont aussi trs-bien second le marchal Lefebvre. Le gnral de division
du gnie Chasseloup vient de se rendre devant Dantzick.

Les Saxons, les Polonais, ainsi que les Badois, depuis que le prince
hrditaire de Bade est  leur tte, rivalisent entre eux d'ardeur et de
courage.

L'ennemi n'a tent d'autre moyen de secourir Dantzick que d'y faire
passer par mer quelques bataillons et quelques provisions.

En Silsie, le prince Jrme fait suivre trs-vivement le sige de
Neiss.

Depuis que le prince de Pletz a abandonn la partie, l'aide-de-camp du
roi de Prusse, baron de Kleist, est arriv  Glatz par Vienne, avec le
titre de gouverneur-gnral de la Silsie. Un commissaire anglais l'a
accompagn, pour surveiller l'emploi de 80,000 mille livres sterling,
donns au roi de Prusse par l'Angleterre.

Le 13 de ce mois, cet officier est sorti de Glatz avec un corps
de quatre mille nommes, et est venu attaquer, dans la position de
Frankenstein, le gnral de brigade Lefebvre, commandant le corps
d'observation qui protge le sige de Neiss. Cette entreprise n'a eu
aucun succs: M. de Kleist a t vivement repouss.

Le prince Jrme a port, le 14, son quartier-gnral  Munsterberg.

Le gnral Loison a pris le commandement du sige de Colberg. Les moyens
ncessaires pour ses oprations commencent  se runir. Ils ont prouv
quelques retards, parce qu'ils ne devaient pas contrarier la formation
des quipages de sige de Dantzick.

Le marchal Mortier, sous la direction duquel se trouve le sige de
Colberg, s'est port sur cette place, en laissant en Pomranie le
gnral Grandjean avec un corps d'observation, et l'ordre de prendre
position sur la Peene.

La garnison de Stralsund ayant sur ces entrefaites reu par mer un
renfort de quelques rgimens, et ayant t informe du mouvement fait
par le marchal Mortier, avec une partie de son corps d'arme,
a dbouch en force. Le gnral Grandjean, conformment  ses
instructions, a pass la Peene et a pris position  Anclam. La
nombreuse flottille des Sudois leur a donn la facilit de faire des
dbarquements sur diffrens points et de surprendre un poste hollandais
de trente hommes, et un poste italien de trente-sept hommes. Le marchal
Mortier, instruit de ces mouvemens, s'est port, le 13, sur Stettin, et
ayant runi ses forces, a manoeuvr pour attirer les Sudois, dont le
corps ne s'lve pas  douze mille hommes.

La grande-arme est depuis deux mois stationnaire dans ses positions.
Ce temps a t employ  renouveler et remonter la cavalerie,  rparer
l'armement,  former de grands magasins de biscuit et d'eau-de-vie, 
approvisionner le soldat de souliers: chaque homme, indpendamment de la
paire qu'il porte, en a deux dans le sac.

La Silsie et l'le de Nogat ont fourni aux cuirassiers, aux dragons, 
la cavalerie lgre, de bonnes et nombreuses remontes.

Dans les premiers jours de mai, un corps d'observation de cinquante
mille hommes, franais et espagnols, sera runi sur l'Elbe. Tandis que
la Russie a presque toutes ses troupes concentres en Pologne, l'empire
franais n'y a qu'une partie de ses forces; mais telle est la diffrence
de puissance relle des deux tats. Les cinq cent mille Russes que les
gazetiers font marcher tantt  droite, tantt  gauche, n'existent que
dans leurs feuilles et dans l'imagination de quelques lecteurs qu'on
abuse d'autant plus facilement, qu'on leur montre l'immensit du
territoire russe, sans parler de l'tendue de ses pays incultes et de
ses vastes dserts.

La garde de l'empereur de Russie est,  ce qu'on dit; arrive  l'arme;
elle reconnatra, lors des premiers vnemens, s'il est vrai, comme
l'ont assur les gnraux ennemis, que la garde impriale ait t
dtruite. Cette garde est aujourd'hui plus nombreuse qu'elle ne l'a
jamais t, et presque double de ce qu'elle tait  Austerlitz.

Indpendamment du pont qui a t tabli sur la Narew, on en construit un
sur pilotis entre Varsovie et Praga; il est dj fort avanc. L'empereur
se propose d'en faire faire trois autres sur diffrens points. Ces ponts
sur pilotis sont plus solides et d'un meilleur service que les ponts de
bateaux. Quelque grands travaux qu'exigerait ces entreprises sur une
rivire de quatre cents toises de large, l'intelligence et l'activit
des officiers qui les dirigent, et l'abondance de bois, en facilitent le
succs.

M. le prince de Bnvent est toujours  Varsovie, occup  traiter avec
les ambassadeurs de la Porte et de l'empereur de Perse. Indpendamment
des services qu'il rend  S. M. dans son ministre, il est frquemment
charg de commissions importantes relativement aux diffrens besoins de
l'arme.

Finckenstein, o S. M. s'est tablie pour rapprocher son
quartier-gnral de ses positions, est un trs beau chteau qui a t
construit par M. de Finckenstein, gouverneur de Frdric II, et qui
appartient maintenant  M. de Dohna, grand-marchal de la cour de
Prusse.

Le froid a repris depuis deux jours. Le printemps n'est encore annonc
que par le dgel. Les arbustes les plus prcoces ne donnent aucun signe
de vgtation.



Finckenstein, le 13 avril 1817.

_Soixante-douzime bulletin de la grande arme._

Les oprations du marchal Mortier ont russi comme on pouvait le
dsirer. Les Sudois ont eu l'imprudence de passer la Peene, de
dboucher sur Anklam et Demmin, et de se porter sur Passewalk. Le 16,
avant le jour, le marchal Mortier runit ses troupes, dboucha de
Passewalk sur la route d'Anklam, culbuta les positions de Belling et de
Ferdinandshoff, fit quatre cents prisonniers, prit deux pices de canon,
entra ple-mle avec l'ennemi dans Anklam, et s'empara de son pont sur
la Peene.

La colonne du gnral sudois Cardell a t coupe. Elle tait 
Uckermnde, lorsque nous tions dj  Anklam. Le gnral en chef
d'Armfeld a t bless d'un coup de mitraille; tous les magasins de
l'ennemi ont t pris.

La colonne coupe du gnral Cardell a t attaque le 17  Uckermnde,
par le gnral de brigade Veau. Elle a perdu trois pices de canon
et cinq cents prisonniers; le reste s'est embarqu sur des chaloupes
canonnires sur le Haff. Deux autres pices de canon et cent hommes ont
t pris du ct de Demmin.

Le baron d'Essen qui se trouve commander l'arme sudoise en l'absence
du gnral d'Armfeld, a propos une trve au gnral Mortier, en lui
faisant connatre qu'il avait l'autorisation spciale du roi pour sa
conclusion. La paix et mme une trve accorde  la Sude remplirait les
plus chers dsirs de l'empereur, qui a toujours prouv une
vritable douleur de faire la guerre  une nation gnreuse, brave,
gographiquement et historiquement amie de la France. Et dans le fait,
le sang sudois doit-il tre vers pour la dfense de l'empire Ottoman
ou pour sa ruine! Doit-il tre vers pour maintenir l'quilibre des mers
ou pour leur-asservissement? Qu'a  craindre la Sude de la France?
Rien. Qu'a-t-elle  craindre de la Russie? Tout. Ces raisons sont trop
solides pour que, dans un cabinet aussi clair, et chez une nation qui
a des lumires et de l'opinion, la guerre actuelle n'ait promptement un
terme. Immdiatement aprs la bataille d'Ina, l'empereur fit connatre
le dsir qu'il avait de rtablir les anciennes relations de la Sude
avec la France. Ces premires ouvertures furent faites au ministre
de Sude  Hambourg; mais elles furent repousses. L'instruction de
l'empereur  ses gnraux a toujours t de traiter les Sudois comme
des amis avec lesquels la nature des choses ne tardera pas  nous
remettre en paix. Ce sont-l les plus chers intrts des deux peuples.
S'ils nous faisaient du mal, ils le pleureraient un jour; et nous, nous
voudrions rparer le mal que nous leur aurions fait. L'intrt de l'tat
l'emporte tt ou tard sur les brouilleries et sur les petites passions.
Ce sont les propres termes des ordres de l'empereur. C'est dans ce
sentiment que l'empereur a contremand les oprations du sige de
Stralsund, en a fait revenir les mortiers et les pices qu'on y avait
envoys de Stettin. Il crivait dans ces ternies au gnral Mortier: Je
regrette dj ce qui s'est fait. Je suis fch que le beau faubourg de
Stralsund ait t brl. Est-ce  nous  faire du mal  la Sude? Ceci
n'est qu'un rve: c'est  nous  la dfendre, et non  lui faire du
mal. Faites-lui en le moins que vous pourrez; proposez au gouverneur de
Stralsund un armistice, une suspension d'armes, afin d'allger et de
rendre moins funeste une guerre que je regarde comme criminelle, parce
qu'elle est impolitique.

Une suspension d'armes a t signe le 18, entre le marchal Mortier et
le baron d'Essen.

Le sige de Dantzick se continue.

Le 16 avril,  huit heures du soir, un dtachement de deux mille hommes,
et six pices de canon de la garnison de Glatz, marcha sur la droite de
la position de Frankenstein; le lendemain, 17,  la pointe du jour, une
nouvelle colonne de huit cents hommes sortit de Silberberg. Ces troupes
runies marchrent sur Frankenstein et commencrent l'attaque  cinq
heures du matin pour en dloger le gnral Lefebvre, qui tait l avec
son corps d'observation.

Le prince Jrme partit de Munsterberg au premier coup de canon, et
arriva  dix heures du matin a Frankenstein. L'ennemi a t compltement
battu et poursuivi jusque sur les chemins couverts de Glatz. On lui a
fait six cents prisonniers et pris trois pices de canon. Parmi les
prisonniers, se trouvent un major et huit officiers; trois cents morts
sont rests sur le champ de bataille: quatre cents hommes s'tant perdus
dans les bois, furent attaqus  onze heures du matin, et pris. Le
colonel Beckers, commandant le sixime rgiment de ligne bavarois, et le
colonel Scharfenstein, des troupes de Wurtemberg, ont fait des prodiges
de valeur. Le premier, quoique bless  l'paule, ne voulut point
quitter le champ de bataille; il se portait partout avec son bataillon,
et partout faisait des prodiges.

L'empereur a accord  chacun de ces officiers l'aigle de la
lgion-d'honneur. Le capitaine Brockfeld, commandant provisoirement les
chasseurs  cheval de Wurtemberg, s'est fait remarquer. C'est lui qui a
pris les pices de canon.

Le sige de Neiss avance. La ville est dj  demi-brle, et les
tranches approchent de la place.



De notre camp imprial de Finckenstein, lo 5 mai 1807.

_Lettre de S. M.  son ministre des cultes, sur la mort de M.
Meyneau-Pancemont, vque de Vannes._

Monsieur Portalis, nous avons appris avec une profonde douleur la mort
de notre bien-aim vque de Vannes, Meyneau-Pancemont. A la lecture de
votre lettre, les vertus qui distinguent ce digne prlat, les services
qu'il a rendus  notre sainte religion,  notre couronne,  nos peuples,
la situation des glises et des consciences dans le Morbihan, au moment
o it arriva  l'piscopat; tout ce que nous devons  son zle,  ses
lumires,  cette charit vanglique qui dirigeait toutes ses actions;
tous ces souvenirs se sont prsents  la fois  notre esprit. Nous
voulons que vous fassiez placer sa statue en marbre dans la cathdrale
de Vannes: elle excitera ses successeurs  suivre l'exemple qu'il leur
a trac; elle fera connatre tout le cas que nous faisons des vertus
vangliques d'un vritable vque, et couvrira de confusion ces faux
pasteurs qui ont vendu leur foi aux ennemis ternels de la France et de
la religion catholique, apostolique et romaine, dont toutes les paroles
appellent l'anarchie, la guerre, le dsordre et la rbellion. Enfin,
elle sera pour nos peuples du Morbihan une nouvelle preuve de l'intrt
que nous prenons  leur bonheur. De toutes les parties de notre empire,
c'est une de celles qui sont le plus souvent prsentes  notre pense,
parce que c'est une de celles qui ont le plus souffert des malheurs des
temps passs. Nous regrettons de n'avoir pu encore la visiter; mais un
de nos premiers voyages que nous ferons  notre retour dans nos tats,
ce sera de voir par nos propres yeux cette partie si intressante de nos
peuples. Cette lettre n'tant pas  autre fin, nous prions Dieu qu'il
vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Elbing, le 8 mai 1807.

_Soixante-treizime bulletin de la grande arme._

L'ambassadeur persan a reu son audience de cong. Il a apport de
trs-beaux prsens h l'empereur de la part de son matre, et a reu en
change le portrait de l'empereur, enrichi de trs-belles pierreries.
Il retourne en Perse directement: c'est un personnage trs-considrable
dans son pays, et un homme d'esprit et de beaucoup de sagacit; son
retour dans sa patrie tait ncessaire. Il a t rgl qu'il y aurait
dsormais une lgation nombreuse de Persans  Paris, et de Franais 
Thran.

L'empereur s'est rendu  Elbing, et a pass la revue de dix-huit  vingt
mille hommes de cavalerie, cantonns dans les environs de cette ville
et dans l'le de Nogat, pays qui ressemble beaucoup  la Hollande. Le
grand-duc de Berg a command la manoeuvre. A aucune poque, l'empereur
n'avait vu sa cavalerie en meilleur tat et mieux dispose.

Le journal du sige de Dantzick fera connatre qu'on s'est log dans le
chemin couvert, que les feux de la place sont teints, et donnera les
dtails de la belle opration qu'a dirige le gnral Drouet, et qui
a t excute par le colonel Aim, le chef de bataillon Arnault, du
deuxime lger, et le capitaine Avy. Cette opration a mis en notre
pouvoir une le que dfendaient mille Russes, et cinq redoutes garnies
d'artillerie, et qui est trs-importante pour le sige, puisqu'elle
prend de revers la position que l'on attaque. Les Russes ont t surpris
dans leurs corps-de-garde: quatre cents ont t gorgs  la baonnette,
sans avoir le temps de se dfendre, et six cents ont t faits
prisonniers. Cette expdition qui a eu lieu dans la nuit du 6 au 7,
a t faite en grande partie par les troupes de Paris, qui se sont
couvertes de gloire.

Le temps devient plus doux, les chemins sont excellens, les bourgeons
paraissent sur les arbres, l'herbe commence  couvrir les campagnes;
mais il faut encore un mois pour que la cavalerie puisse trouver 
vivre.

L'empereur a tabli  Magdebourg, sous les ordres du marchal Brune,
un corps d'observation qui sera compos de prs de quatre-vingt mille
hommes, moiti Franais, et l'autre moiti Hollandais et confdrs du
Rhin; les troupes hollandaises sont au nombre de vingt mille hommes.

Les divisions franaises Molitor et Boudet, qui font aussi partie de ce
corps d'observation, arrivent le 15 mai a Magdebourg. Ainsi on est en
mesure de recevoir l'expdition anglaise sur quelque point qu'elle se
prsente. S'il est certain qu'elle dbarquera, il ne l'est pas qu'elle
puisse se rembarquer.



Finckenstein, le 16 mai 1807.

_Soixante-quatorzime bulletin de la grande arme._

Le prince Jrme ayant reconnu que trois ouvrages avancs de Neiss,
qui taient le long de la Bilau, gnaient les oprations du sige, a
ordonn au gnral Vandamme de les enlever. Ce gnral  la tte des
troupes wurtembergeoises, a emport ces ouvrages dans la nuit du 30
avril au premier mai, a pass au fil de l'pe les troupes ennemies qui
les dfendaient, a fait cent vingt prisonniers et, pris neuf pices de
canon. Les capitaines du gnie Depouthou et Prost, le premier, officier
d'ordonnance de l'empereur, ont march  la tte des colonnes, et ont
fait preuve de grande bravoure. Les lieutenans Hohendorff, Bawer et
Mulher, se sont particulirement distingus.

Le 2 mai, le lieutenant-gnral Camrer a pris le commandement de la
division wurtembergeoise.

Depuis l'arrive de l'empereur Alexandre  l'arme, il parat qu'un
grand conseil de guerre a t tenu  Bartenstein, auquel ont assist le
roi de Prusse et le grand-duc Constantin; que les dangers que courait
Dantzick ont t l'objet des dlibrations de ce conseil; que l'on a
reconnu que Dantzick ne pouvait tre sauv que de deux manires: la
premire en attaquant l'arme franaise, en passant la Passarge, en
courant la chance d'une bataille gnrale, dont l'issue, si l'on avait
du succs, serait d'obliger l'arme franaise  dcouvrir Dantzick;
l'autre en secourant la place par mer. La premire opration parat
n'avoir pas t juge praticable, sans s'exposer  une ruine et  une
dfaite totale; et on s'est arrt au plan de secourir Dantzick par mer.

En consquence, le lieutenant-gnral Kaminski, fils du feld-marchal de
ce nom, avec deux divisions russes, formant douze rgimens, et plusieurs
rgimens prussiens, ont t embarqus  Pilau. Le 13, soixante-six
btimens de transport, escorts par trois frgates, ont dbarqu les
troupes  l'embouchure de la Vistule, au port de Dantzick, sous la
protection du fort de Weischelmunde.

L'empereur donna sur le champ l'ordre au marchal Lannes, commandant
le corps de rserve de la grande-arme, de se porter  Marienbourg, o
tait son quartier-gnral, avec la division du gnral Oudinot, pour
renforcer l'arme du marchal Lefebvre. Il arriva en une marche, dans le
mme temps que l'arme ennemie dbarquait. Le 13 et le 14, l'ennemi ft
des prparatifs d'attaque; il tait spar de la ville par une espace
de moins d'une lieue, mais occup par les troupes franaises. Le 15, il
dboucha du fort sur trois colonnes; il projetait de dboucher par la
droite de la Vistule. Le gnral de brigade Schramm, qui tait aux
avant-postes avec le deuxime rgiment d'infanterie lgre, et un
bataillon de Saxons et de Polonais, reut les premiers feux de l'ennemi,
et le contint  porte de canon de Weischelmunde.

Le marchal Lefebvre s'tait port au pont situ au bas de la Vistule,
avait fait passer le douzime d'infanterie lgre et des Saxons, pour
soutenir le gnral Schramm. Le gnral Gardanne, charg de la dfense
de la droite de la Vistule, y avait galement appuy le reste de ses
forces. L'ennemi se trouvait suprieur et le combat se soutenait avec
une gale opinitret. Le marchal Lannes, avec la rserve d'Oudinot,
tait plac sur la gauche de la Vistule, par o il paraissait la veille
que l'ennemi devait dboucher; mais voyant les mouvemens de l'ennemi
dmasqus, le marchal Lannes passa la Vistule, avec quatre bataillons
de la rserve d'Oudinot. Toute la ligne et la rserve de l'ennemi furent
mises en droute et poursuivies jusqu'aux palissades, et  neuf heures
du matin l'ennemi tait bloqu dans le fort de Weischelmunde. Le champ
de bataille tait couvert de morts. Notre perte se monte  vingt-cinq
hommes tus et deux cents blesss. Celle de l'ennemi est de neuf cents
hommes tus, quinze cents blesss et deux cents prisonniers. Le soir
on distinguait un grand nombre de blesss, qu'on embarquait sur les
btimens qui, successivement, ont pris le large pour retourner 
Koenigsberg. Pendant cette action, la place n'a fait aucune sortie, et
s'est contente de soutenir les Russes par une vive canonnade. Du haut
de ses remparts dlabrs et  demi dmolis, l'ennemi a t tmoin de
toute l'affaire. Il a t constern de voir s'vanouir l'esprance qu'il
avait d'tre secouru. Le gnral Oudinot a tu de sa propre main trois
Russes. Plusieurs de ses officiers d'tat-major ont t blesss. Le
douzime et le deuxime rgimens d'infanterie lgre se sont distingus.
Les dtails de ce combat n'taient pas encore arrivs  l'tat-major.

Le journal du sige de Dantzick fera connatre que les travaux se
poursuivent avec une gaie activit, que le chemin couvert est couronn,
et que l'on s'occupe des prparatifs du passage du foss.

Ds que l'ennemi sut que son expdition maritime tait arrive devant
Dantzick, ses troupes lgres observrent et inquitrent toute la
ligne, depuis la position qu'occupe le marchal Soult le long de la
Passarge, devant la division du gnral Morand, sur l'Alle. Elles furent
reues  bout portant par les voltigeurs, perdirent un bon nombre
d'hommes, et se retirrent plus vite qu'elles n'taient venues.

Les Russes se prsentrent aussi  Malga, devant le gnral Zayonchek,
commandant le corps d'observation polonais, et enlevrent un poste de
Polonais. Le gnral de brigade Fischer marcha  eux, les culbuta, leur
tua une soixantaine d'hommes, un colonel et deux capitaines. Ils se
prsentrent galement devant le cinquime corps, insultrent les
avant-postes du gnral Gazan  Willenberg; ce gnral les poursuivit
pendant plusieurs lieues. Ils attaqurent plus srieusement la tte du
pont de l'Omulew de Drenzewo. Le gnral de brigade Girard marcha  eux
avec le quatre-vingt-huitime et les culbuta dans la Narew. Le gnral
de division Suchet arriva, poussa les Russes l'pe dans les reins, les
culbuta dans Ostrolenka, leur tua une soixantaine d'hommes, et leur
prit cinquante chevaux. Le capitaine du soixante-quatrime Laurin, qui
commandait une grand'garde, cern de tous cts par les Cosaques, ft la
meilleure contenance, et mrita d'tre distingu. Le marchal Massna,
qui tait mont  cheval avec une brigade de troupes bavaroises, eut
lieu d'tre satisfait du zle et de la bonne contenance de ces troupes.

Le mme jour 13, l'ennemi attaqua le gnral Lemarrois,  l'embouchure
du Bug. Ce gnral avait pass cette rivire le 10 avec une brigade
bavaroise et un rgiment polonais, avait fait construire en trois
jours des ouvrages de tte de pont, et s'tait port sur Wiskowo, dans
l'intention de brler les radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler
depuis six semaines. Son expdition a parfaitement russi, tout a t
dtruit; et dans un moment, ce ridicule ouvrage de six semaines fut
ananti.

Le 13,  neuf heures du matin, six mille Russes, arrivs de Nur,
attaqurent le gnral Lemarrois dans son camp retranch. Ils furent
reus par la fusillade et la mitraille; trois cents Russes restrent sur
le champ de bataille: et quand le gnral Lemarrois vit l'ennemi, qui
tait arriv sur les bords du foss, repouss, il fit une sortie et
le poursuivit l'pe dans les reins. Le colonel du quatrime de ligne
bavarois, brave militaire, a t tu. Il est gnralement regrett. Les
Bavarois ont perdu vingt hommes, et ont eu une soixantaine de blesss.

Toute l'arme est campe par divisions en bataillons carrs, dans des
positions saines.

Ces vnemens d'avant-postes n'ont occasionn aucun mouvement dans
l'arme. Tout est tranquille au quartier-gnral.

Cette attaque gnrale de nos avant-postes, dans la journe du 13,
parat avoir eu pour but d'occuper l'arme franaise, pour l'empcher de
renforcer l'arme qui assige Dantzick.

Cette esprance de secourir Dantzick par une expdition maritime
paratra fort extraordinaire  tout militaire sens, et qui connatra le
terrain et la position qu'occup l'arme franaise.

Les feuilles commencent  pousser. La saison est comme au mois d'avril
en France.



Finckenstein, le 18 mai 1807.

_Soixante-quinzime bulletin de la grande-arme._

Voici de nouveaux dtails sur la journe du 15. Le marchal Lefebvre
fait une mention, particulire du gnral Schramm, auquel il attribue en
grande partie le succs du combat de Weischelmunde.

Le 15, depuis deux heures du matin, le gnral Schramm tait en
bataille, couvert par deux redoutes construites vis--vis le fort de
Weischelmunde. Il avait les Polonais  sa gauche, les Saxons au centre,
le deuxime rgiment d'infanterie lgre  sa droite, et le rgiment de
Paris en rserve. Le lieutenant-gnral russe Kaminski dboucha du
fort  la pointe du jour, et aprs deux heures de combat, l'arrive du
douzime d'infanterie lgre, que le marchal Lefebvre expdia de la
rive gauche, et un bataillon saxon, dcidrent l'affaire. De la
brigade Oudinot, un seul bataillon put donner. Notre perte a t peu
considrable. Un colonel polonais, M. Paris, a t tu. La perte de
l'ennemi est plus forte qu'on ne pensait. On a enterr plus de neuf
cents cadavres russes. On ne peut pas valuer la perte de l'ennemi 
moins de deux mille cinq cents hommes. Aussi ne bouge-t-il plus, et
parait-t-il trs-circonspect derrire l'enceinte de ses fortifications.
Le nombre de bateaux chargs de blesss qui ont mis  la voile, est de
quatorze.

Dans la journe du 14, une division de cinq mille hommes prussiens et
russes, mais en majorit prussiens, partie de Koenigsberg, dbarqua 
Pilau, longea la langue de terre dite le Nehrung, et arriva  Havelberg
devant nos premiers postes de grand'garde de cavalerie lgre, qui se
replirent jusqu' Furtenswerder.

L'ennemi s'avana jusqu' l'extrmit du Frich-Haff. On s'attendait 
le voir pntrer par l sur Dantzick. Un pont jet sur la Vistule 
Furtenswerder facilitait le passage  l'infanterie cantonne dans l'le
de Nogat pour filer sur les derrires de l'ennemi. Mais les Prussiens
furent plus aviss, et n'osrent pas s'aventurer. L'empereur donna ordre
au gnral Beaumont, aide de camp du grand-duc de Berg, de les attaquer.
Le 16,  deux heures du malin, ce gnral dboucha, avec le gnral
de brigade Albert,  la tte de deux bataillons de grenadiers de la
rserve, le troisime et le onzime rgimens de chasseurs et une brigade
de dragons. Il rencontra l'ennemi entre Passenwerder et Stege,  la
petite pointe du jour, l'attaqua, le culbuta et le poursuivit l'pe
dans les reins pendant onze lieues, lui prit onze cents hommes, lui en
tua un grand nombre, et lui enleva quatre pices de canon. Le gnral
Albert s'est parfaitement comport; les majors Chemineau et Salmon se
sont distingus. Le troisime et le onzime rgimens de chasseurs ont
donn avec la plus grande intrpidit. Nous avons eu un capitaine du
troisime rgiment de chasseurs et cinq ou six hommes tus, et huit ou
dix blesss. Deux bricks ennemis qui naviguaient sur le Haff, sont venus
nous harceler. Un obus, qui a clat sur le pont de l'un d'eux, les a
fait virer de bord.

Ainsi, depuis le 12, sur les diffrens points, l'ennemi a fait des
pertes notables.

L'empereur a fait manoeuvrer, dans la journe du 17, les fusiliers de
la garde, qui sont camps prs du chteau de Finckenstein dans d'aussi
belles baraques qu' Boulogne.

Dans les journes des 18 et 19, toute la garde va galement camper au
mme endroit.

En Silsie, le prince Jrme est camp avec son corps d'observation 
Frankenstein, protgeant le sige de Neiss.

Le 12, ce prince apprit qu'une colonne de trois mille hommes tait
sortie de Glatz pour surprendre Breslau. Il fit partir le gnral
Lefebvre avec le premier rgiment de ligne bavarois, excellent rgiment,
cent chevaux et trois cents Saxons. Le gnral Lefebvre atteignit la
queue de l'ennemi le 14,  quatre heures du matin, au village de Cauth;
il l'attaqua aussitt, enleva le village  la baonnette, et fit cent
cinquante prisonniers; cent chevau-lgers du roi de Bavire taillrent
en pices la cavalerie ennemie, forte de cinq cents hommes, et la
dispersrent. Cependant l'ennemi se plaa en bataille et fit rsistance.
Les trois cents Saxons lchrent pied, conduite extraordinaire qui doit
tre le rsultat de quelque malveillance; car les troupes saxonnes,
depuis qu'elles sont runies aux troupes franaises; se sont toujours
bravement comportes. Cette dfection inattendue mit le premier rgiment
de ligne bavarois dans une situation critique. Il perdit cent cinquante
hommes gui furent faits prisonniers et dut battre en retraite, ce qu'il
fit cependant en ordre. L'ennemi reprit le village de Cauth. A onze
heures du matin, le gnral Dumuy, qui tait sorti de Breslau  la tte
d'un millier de Franais, dragons, chasseurs et hussards  pied, qui
avaient t envoys en Silsie pour tre monts, et dont une partie
l'tait dj, attaqua l'ennemi en queue: cent cinquante hussards  pied
enlevrent le village de Cauht  la baonnette, firent cent prisonniers,
et reprirent tous les Bavarois qui avaient t faits prisonniers.

L'ennemi, pour rentrer avec plus de facilit dans Glatz, s'tait spar
en deux colonnes. Le gnral Lefebvre, qui tait parti de Schweidnitz le
15, tomba sur une de ces colonnes, lui tua cent hommes et lui fit quatre
cents prisonniers, parmi lesquels trente officiers.

Un rgiment de lanciers polonais, arriv la veille  Frankenstein, et
dont le prince Jrme avait envoy un dtachement au gnral Lefebvre,
s'est distingu.

La seconde colonne de l'ennemi avait cherch  gagner Glatz par
Siberberg; le lieutenant-colonel Ducoudras, aide-de-camp du prince, la
rencontra et la mit en droute. Ainsi cette colonne de trois  quatre
mille hommes, qui tait sortie de Glatz, ne put y rentrer. Elle a t
toute entire prise, tue ou parpille.



Finckenstein, le 30 mai 1807.

_Soixante-seizime bulletin de la grande arme._

Une belle corvette anglaise double en cuivre, de vingt-quatre canons,
monte par cent vingt Anglais, et charge de poudre et de boulets, s'est
prsente pour entrer dans la ville de Dantzick. Arrive  la hauteur
de nos ouvrages, elle a t assaillie par une vive fusillade des deux
rives, et oblige d'amener. Un piquet du rgiment de Paris a saut le
premier  bord. Un aide-de-camp du gnral Kalkreuth, qui revenait du
quartier-gnral russe, plusieurs officiers anglais ont t pris  bord.

Cette corvette s'appelle _le Sans-Peur_.

Indpendamment de cent vingt Anglais, il y avait soixante Russes sur ce
btiment.

La perte de l'ennemi au combat de Weischelmunde du 15, a t plus forte
qu'on ne l'avait d'abord pens, une colonne russe qui avait long la
mer, ayant t passe au fil de la baonnette. Compte fait, on a enterr
treize cents cadavres russes.

Le 16, une division de sept mille Russes, commande par le gnral
Turkow, s'est porte de Broc sur le Bug, sur Pultusk, pour s'opposer
 de nouveaux travaux qui avaient t ordonns pour rendre plus
respectable la tte de pont.

Ces ouvrages taient dfendus par six bataillons bavarois, commands par
le prince royal de Bavire.

L'ennemi a tent quatre attaques. Dans toutes, il a t culbut par les
Bavarois, et mitraill par les batteries des diffrens ouvrages.

Le marchal Massna value la perte de l'ennemi  trois cents morts et
au double de blesss.

Ce qui rend l'affaire plus belle, c'est que les Bavarois taient moins
de quatre mille hommes.

Le prince royal se loue particulirement du baron de Wreden,
officier-gnral au service de Bavire, d'un mrite distingu. La perte
des Bavarois a t de quinze hommes tus et de cent cinquante blesss.

Il y a autant de draison dans l'attaque faite contre les ouvrages du
gnral Lemarrois, dans la journe du 13, et dans l'attaque du 16 sur
Pultusk, qu'il y en avait il y a six semaines, dans la construction de
ce grand nombre de radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler sur le
Bug.

Le rsultat a t que ces radeaux, qui avaient cot six semaines de
travail, ont t brls en deux heures, quand on l'a voulu, et que ces
attaques successives contre des ouvrages bien retranchs et soutenus de
bonnes batteries, leur ont valu des pertes considrables sans espoir de
profit.

Il paratrait que ces oprations ont pour but d'attirer l'attention de
l'arme franaise sur sa droite, mais les positions de l'arme franaise
sont raisonnes sur toutes les bases et dans toutes les hypothses,
dfensives comme offensives.

Pendant ce temps, l'intressant sige de Dantzick continue  marcher.
L'ennemi prouvera un notable dommage en perdant cette place importante
et les vingt mille hommes qui y sont renferms.

Une mine a jou sur le Blockhausen et l'a fait sauter. On a dbouch,
sur le chemin couvert, par quatre amorces, et on excute la descente du
foss.

L'empereur a pass aujourd'hui l'inspection du cinquime rgiment
provisoire. Les huit premiers ont subi leur incorporation.

On se loue beaucoup dans ces rgimens des nouveaux conscrits gnois, qui
montrent de la bonne volont et de l'ardeur.



Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Soixante-dix-septime bulletin de la grande arme._

Dantzick a capitul. Cette belle place est en notre pouvoir. Huit cents
pices d'artillerie, des magasins de toute espce, plus de cinq
cents mille quintaux de grains, des caves considrables, de grands
approvisionnemens de draps et d'piceries, des ressources de toute
espce pour l'arme, et enfin une place forte du premier ordre appuyant
notre gauche, comme Thorn appuie notre centre et Prag notre droite;
tels sont les avantages obtenus pendant l'hiver et qui ont signal les
loisirs de la grande arme: c'est le premier, le plus beau fruit de la
victoire d'Eylau. La rigueur de la saison, la neige qui a couvert nos
tranches, la gele qui y a ajout de nouvelles difficults, n'ont pas
t des obstacles pour nos travaux. Le marchal Lefebvre a tout brav;
il a anim d'un mme esprit les Saxons, les Polonais, les Badois, et
les  fait marcher  son but. Les difficults que l'artillerie a eues
 vaincre taient considrables. Cent bouches  feu, cinq  six cent
milliers de poudre, une immense quantit de boulets ont t tirs
de Stettin et des places de la Silsie. Il a fallu vaincre bien des
difficults de transport, mais la Vistule a offert un moyen facile et
prompt. Les marins de la garde ont fait passer les bateaux sous le
fort de Graudentz avec leur habilet et leur rsolution ordinaires.
Le gnral Chasseloup, le gnral Kirgener, le colonel Lacoste, et en
gnral tous les officiers du gnie ont servi de la manire la plus
distingue. Les sapeurs ont montr une rare intrpidit. Tout le
corps d'artillerie command par le gnral Lariboissire a soutenu sa
rputation. Le deuxime rgiment d'infanterie lgre, le douzime et les
troupes de Paris, le gnral Schramm et le gnral Puthod se sont fait
remarquer.

Un journal dtaill de ce sige sera rdig avec soin. Il consacrera un
grand nombre de faits de bravoure dignes d'tre offerts comme exemples,
et faits pour exciter l'enthousiasme et l'admiration.

Le 17, la mine fit sauter un blockhaus de la place d'armes du chemin
couvert.

Le 19, la descente et le passage du foss furent excuts  sept heures
du soir.

Le 21, le marchal Lefebvre ayant tout prpar pour l'assaut, on y
montait lorsque le colonel Lacoste, qui avait t envoy le matin
dans la place pour affaires de service, fit connatre que le gnral
Kalkreuth demandait  capituler aux mmes conditions qu'il avait
autrefois accordes  la garnison de Mayence. On y consentit.

Le Hakelsberg aurait t enlev d'assaut sans une grande perte, mais le
corps de place tait encore entier; un large foss rempli d'eau courante
offrait assez de difficults pour que les assigs prolongeassent leur
dfense pendant une quinzaine de jours. Dans cette situation, il a paru
convenable de leur accorder une capitulation honorable.

Le 27, la garnison a dfil, le gnral Kalkreuth  sa tte.

Cette forte garnison, qui d'abord tait de seize mille hommes, est
rduite  neuf mille, et sur ce nombre, quatre mille ont dsert. Il y
a mme des officiers parmi les dserteurs. Nous ne voulons pas,
disent-ils, aller en Sibrie. Plusieurs milliers de chevaux nous ont
t remis; mais ils sont en fort mauvais tat.

On dresse en ce moment les inventaires des magasins. Le gnral Rapp est
nomm gouverneur de Dantzick.

Le lieutenant-gnral russe Kamenski, aprs avoir t battu le 15,
s'tait accul sous les fortifications de Weischelmunde; il y est
demeur sans rien oser entreprendre, et il a t spectateur de la
reddition de la place. Lorsqu'il a vu que l'on tablissait des batteries
 boulets rouges pour brler ses vaisseaux, il est mont  bord et s'est
retir. Il est retourn  Pilau.

Le fort de Weischelmunde tenait encore. Le marchal Lefebvre l'a fait
sommer le 29, et pendant que l'on rglait la capitulation, la garnison
est sortie du fort et s'est rendue. Le commandant, abandonn, s'est
sauv par mer, ainsi nous sommes matres de la ville et du port de
Dantzick. Ces vnemens sont d'un heureux prsage pour la campagne.
L'empereur de Russie et le roi de Prusse taient  Heiligenberg. Ils ont
pu conjecturer de la reddition de la place, par la cessation du feu. Le
canon s'entendait jusque-l.

L'empereur, pour tmoigner sa satisfaction  l'arme assigeante, a
accord une gratification  chaque soldat.

Le sige de Graudentz commence sous le commandement du gnral Victor.
Le gnral Lazowski commande le gnie, et le gnral Danthouard
l'artillerie. Graudentz est fort par sa grande quantit de mines.

La cavalerie de l'arme est belle. Les divisions de cavalerie lgre,
deux divisions de cuirassiers et une de dragons ont t passes en revue
 Elbing, le 26, par le grand-duc de Berg. Le mme jour, S.M. s'est
rendue  Bischoffverder et  Strasburg, o elle a pass en revue la
division de cuirassiers d'Hautpoult et la division de dragons du gnral
Grouchy. Elle a t satisfaite de leur tenue et du bon tat des chevaux.

L'ambassadeur de la Porte, Seid-Mohammed-Emen-Vahid, a t prsent le
28  deux heures aprs-midi, par M. le prince de Bnvent,  l'empereur,
auquel il a remis ses lettres de crance. Il est rest une heure dans
le cabinet de S.M.; il est log au chteau, et occupe l'appartement du
grand-duc de Berg, absent pour la revue. On assure que l'empereur lui a
dit que lui et l'empereur Slim taient dsormais insparables, comme la
main droite et la main gauche. Toutes les bonnes nouvelles des succs
d'Ismal et de Valachie venaient d'arriver. Les Russes ont t obligs
de lever le sige d'Ismal et d'vacuer la Valachie.



De notre camp imprial de Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Lettre de S.M. aux archevques et vques de France._

Monsieur l'vque de .... aprs la mmorable victoire d'Eylau, qui a
termin la dernire campagne, l'ennemi, chass  plus de quarante lieues
de la Vistule, n'a pu porter aucun secours  la ville de Dantzick.
Malgr la rigueur de la saison, nous en avons fait sur-le-champ
commencer le sige. Aprs quarante jours de tranche, cette importante
place est tombe au pouvoir de nos armes. Tout ce que nos ennemis ont pu
entreprendre pour la secourir, a t djou. La victoire a constamment
suivi nos drapeaux. Des magasins immenses de subsistances et
d'artillerie, une des villes les plus riches et les plus commerantes du
monde se trouvent par-l en notre pouvoir ds le dbut de la campagne.
Nous ne pouvons attribuer des succs si prompts et si clatans qu'
cette protection spciale, dont la divine Providence nous a donn tant
de preuves. Notre volont est donc qu'au reu de la prsente, vous
ayez  vous concerter avec qui de droit, et  runir nos peuples pour
adresser de solennelles actions de grces au Dieu des armes, afin qu'il
daigne continuer  favoriser nos armes et  veiller sur le bonheur
de notre patrie. Que nos peuples prient aussi pour que ce cabinet
perscuteur de notre sainte religion, tout autant qu'ennemi ternel
de notre nation, cesse d'avoir de l'influence dans les cabinets du
continent, afin qu'une paix solide et glorieuse, digne de nous et de
notre grand peuple, console l'humanit, et nous mette  mme de donner
un plein essor  tous les projets que nous mditons pour le bien de la
religion et de nos peuples. Cette lettre n'tant pas  autre fin, nous
prions Dieu qu'il vous ait, monsieur l'vque, en sa sainte garde.

NAPOLON.



De notre camp imprial de Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Message de S.M. l'empereur et roi au snat._

Snateurs, par nos dcrets du 30 mars de l'anne 1806, nous avons
institu des duchs pour rcompenser les grands services civils et
militaires qui nous ont t ou qui nous seront rendus, et pour donner de
nouveaux appuis  notre trne, et environner notre couronne d'un nouvel
clat.

C'est  nous  songer  assurer l'tat et la fortune des familles qui
se dvouent entirement  notre service, et qui sacrifient constamment
leurs intrts aux ntres. Les honneurs permanens, la fortune lgitime,
honorable et glorieuse que nous voulons donner  ceux qui nous rendent
des services minens, soit dans la carrire civile, soit dans la
carrire militaire, contrasteront avec la fortune illgitime,
cache, honteuse de ceux qui, dans l'exercice de leurs fonctions, ne
chercheraient que leur intrt, au lieu d'avoir en vue celui de nos
peuples et le bien de notre service. Sans doute, la conscience d'avoir
fait son devoir, et les biens attachs  notre estime, suffisent pour
retenir un bon Franais dans la ligne de l'honneur; mais l'ordre de
notre socit est ainsi constitu, qu' des distinctions apparentes, 
une grande fortune sont attachs une considration et un clat dont
nous voulons que soient environns ceux de nos sujets grands par leurs
talens, par leurs services, et par leur caractre, ce premier don de
l'homme.

Celui qui nous a le plus second dans cette premire journe de
notre rgne, et qui, aprs avoir rendu des services dans toutes les
circonstances de sa carrire militaire, vient d'attacher son nom  un
sige mmorable o il a dploy des talens et un brillant courage,
nous a paru mriter une clatante distinction. Nous avons voulu
aussi consacrer une poque si honorable pour nos armes, et par les
lettres-patentes dont nous chargeons notre cousin l'archi-chancelier de
vous donner communication, nous avons cr notre cousin le marchal
et snateur Lefebvre, duc de Dantzick. Que ce titre port par ses
descendans, leur retrace les vertus de leur pre, et qu'eux-mmes ils
s'en reconnaissent indignes, s'ils prfraient jamais un lche repos et
l'oisivet de la grande ville aux prils et  la noble poussire des
camps, si jamais leurs premiers sentimens cessaient d'tre pour la
patrie et pour nous! Qu'aucun d'eux ne termine sa carrire sans avoir
vers son sang pour la gloire et l'honneur de notre belle France; que
dans le nom qu'ils portent, ils ne voient jamais un privilge, mais
des devoirs envers nos peuples et envers nous. A ces conditions, notre
protection et celle de nos successeurs les distinguera dans tous les
temps.

Snateurs, nous prouvons un sentiment de satisfaction en pensant
que les premires lettres-patentes qui, en consquence de notre
snatus-consulte du 14 aot 1806, doivent tre inscrites sur vos
registres, consacrent les services de votre prteur.

NAPOLON.



De notre camp imprial de Finckenstein, le 28 mai 1807.

_Lettres-patentes de S.M. l'empereur et roi._

NAPOLON, par la grce de Dieu et par les constitutions de la
rpublique, empereur des Franais,  tous prsens et  venir, salut:

Voulant donner  notre cousin le marchal et snateur Lefebvre, un
tmoignage de notre bienveillance pour l'attachement et fidlit qu'il
a toujours montrs, et reconnatre les services minens qu'il nous a
rendus le premier jour de ntre rgne, qu'il n'a cess de nous rendre
depuis, et auquel il vient d'ajouter encore un nouvel clat par la
prise de la ville de Dantzick; dsirant de plus, consacrer par un titre
spcial le souvenir de cette circonstance mmorable et glorieuse, nous
avons rsolu de lui confrer et nous lui confrons, par les prsentes,
le titre de _duc de Dantzick_, avec une dotation en domaines situs dans
l'intrieur de nos tats.

Nous entendons que ledit duch de Dantzick soit possd par notre cousin
le marchal et snateur Lefebvre, et transmis hrditairement  ses
enfans mles, lgitimes et naturels, par ordre de primogniture, pour en
jouir en toute proprit aux charges et conditions, et avec les
droits, titres, honneurs et prrogatives attachs aux duchs par les
constitutions de l'empire, nous rservant, si sa descendance masculine
lgitime et naturelle venait  s'teindre, ce que Dieu ne veuille,
de transmettre ledit duch  notre choix et ainsi qu'il sera jug
convenable par nous ou nos successeurs, pour le bien de nos peuples et
l'intrt de notre couronne.

Nous ordonnons que les prsentes lettres-patentes soient communiques au
snat, pour tre transcrites sur ses registres.

Ordonnons pareillement qu'aussitt que la dotation dfinitive du duch
de Dantzick aura t revtue de notre approbation, l'tat dtaill des
biens dont elle se trouvera compose, soit, en excution des ordres
donns  cet effet par notre ministre de la justice, inscrit au greffe
de la cour d'appel dans le ressort de laquelle l'habitation principale
du duch sera situe, et que la mme inscription ait lieu au bureau des
hypothques des arrondissemens respectifs, afin que la condition desdits
biens, rsultant des dispositions du snatus-consulte du 14 aot 1806,
soit gnralement reconnue, et que personne ne puisse en prtendre cause
d'ignorance.

NAPOLON.



Heilsberg, le 12 juin 1807.

_Soixante-dix-huitime bulletin de la grande arme._

Des ngociations de paix avaient eu lieu pendant tout l'hiver. On avait
propos  la France un congrs gnral, auquel toutes les puissances
belligrantes auraient t admises, la Turquie seule excepte.
L'empereur avait t justement rvolt d'une telle proposition. Aprs
quelques mois de pourparlers, il fut convenu que toutes les puissances
belligrantes; sans exception, enverraient des plnipotentiaires au
congrs, gui se tiendrait  Copenhague. L'empereur avait fait connatre
que la Turquie tant admise  faire cause commune dans les ngociations
avec la France, il n'y avait pas d'inconvnient  ce que l'Angleterre
ft cause commune avec la Russie. Les ennemis demandrent alors sur
quelles bases le congrs aurait  ngocier. Ils n'en proposaient aucune,
et voulaient cependant que l'empereur en propost. L'empereur ne fit
point de difficult de dclarer que, selon lui, la base des ngociations
devait tre galit et rciprocit entre les deux masses belligrantes,
et que les deux masses belligrantes entreraient en commun dans un
systme de compensations.

La modration, la clart, la promptitude de cette rponse, ne laissrent
aucun doute aux ennemis de la paix sur les dispositions pacifiques de
l'empereur; ils en craignirent les effets, et au moment mme o l'on
rpondait qu'il n'y avait plus d'obstacles  l'ouverture du congrs,
l'arme russe sortit de ses cantonnemens et vint attaquer l'arme
franaise. Le sang a de nouveau t rpandu, mais du moins la France en
est innocente. Il n'est aucune ouverture pacifique que l'empereur n'ait
coute, il n'est aucune proposition  laquelle il ait diffr de
rpondre; il n'est aucun pige tendu par les fauteurs de la guerre que
sa volont n'ait cart. Ils ont inconsidrment fait courir l'arme
russe aux armes, quand ils ont vu leurs dmarches djoues, et ces
coupables entreprises, que dsavouait la justice, ont t confondues. De
nouveaux checs ont t attirs sur les armes de la Russie, de nouveaux
trophes ont couronn celles de la France. Rien ne prouve davantage que
la passion et des intrts trangers  ceux de la Russie et de la Prusse
dirigent le cabinet de ces deux puissances, et conduisent leurs braves
armes  de nouveaux malheurs, en les forant  de nouveaux combats, que
la circonstance o l'arme russe reprend les hostilits: c'est quinze
jours aprs que Dantzick s'est rendu, c'est lorsque ses oprations sont
sans objets, c'est lorsqu'il ne s'agit plus de faire lever le sige de
ce boulevard, dont l'importance aurait justifi toutes les tentatives,
et pour la conservation duquel aucun militaire n'aurait t blm
d'avoir tent le sort de trois batailles. Ces considrations sont
trangres aux passions qui ont prpar les vnemens qui viennent de
se passer; empcher les ngociations de s'ouvrir, loigner deux princes
prts  se rapprocher et  s'entendre, tel est le but qu'on s'est
propos. Quel sera le rsultat d'une telle dmarche? o est la
probabilit du succs? Toutes ces questions sont indiffrentes  ceux
qui soufflent la guerre. Que leur importent les malheurs des armes
russes et prussiennes? S'ils peuvent prolonger encore les calamits qui
psent sur l'Europe, leur but est rempli.

Si l'empereur n'avait eu en vue d'autre intrt que celui de sa gloire,
s'il n'avait fait d'autres calculs que ceux qui taient relatifs 
l'avantage de ses oprations militaires, il aurait ouvert la campagne
immdiatement aprs la prise de Dantzick; et cependant quoiqu'il
n'existt ni trve, ni armistice, il ne s'est occup que de l'esprance
de voir arriver  bien les ngociations commences.

_Combat de Spanden._

Le 5 juin, l'arme russe se mit en mouvement; ses divisions de droite
attaqurent la tte de pont de Spanden, que le gnral Frre dfendait
avec le vingt-septime rgiment d'infanterie lgre. Douze rgimens
russes et prussiens firent de nouveaux efforts; sept fois ils les
renouvelrent, et sept fois ils furent repousss. Cependant le prince
de Ponte-Corvo avait runi son corps d'arme; mais avant qu'il
pt dboucher, une seule charge du dix-septime de dragons, faite
immdiatement aprs le septime assaut donn  la tte de pont, avait
forc l'ennemi  abandonner le champ de bataille et  battre en
retraite. Ainsi, pendant tout un jour, deux divisions ont attaqu sans
succs un rgiment qui,  la vrit, tait retranch.

Le prince de Ponte-Corvo visitant en personne les retranchemens, dans
l'intervalle des attaques, pour s'assurer de l'tat des batteries, a
reu une blessure lgre, qui le tiendra pendant une quinzaine de jours
loign de son commandement. Notre perte dans cette affaire a t peu
considrable; l'ennemi a perdu douze cents hommes, et a eu beaucoup de
blesss.

_Combat de Lomitten._

Deux divisions russes du centre attaquaient au mme moment la tte de
pont de Lomitten. La brigade du gnral Ferrey, du corps du
marchal Soult, dfendait cette position. Le quarante-sixime,
le cinquante-septime et le vingt-quatrime d'infanterie lgre
repoussrent l'ennemi pendant toute la journe. Les abattis et les
ouvrages restrent couverts de Russes; leur gnral fut tu. La perte
de l'ennemi fut de onze cents hommes tus, cent prisonniers et un grand
nombre de blesss. Nous avons eu deux cents hommes tus ou blesss.

Pendant ce temps, le gnral en chef russe, avec le grand-duc
Constantin, la garde impriale russe et trois divisions, attaqua  la
fois les positions du marchal Ney sur Altkirken, Amt, Guttstadt et
Volfsdorff; il fut partout repouss, mais lorsque le marchal Ney
s'aperut que les forces qui lui taient opposes taient de plus de
quarante mille hommes, il suivit ses instructions, et porta son corps 
Ackendorff.

_Combat de Deppen._

Le lendemain 6, l'ennemi attaqua le sixime corps dans sa position de
Deppen sur la Passarge; il y fut culbut. Les manoeuvres du marchal
Ney, l'intrpidit qu'il a montre et qu'il a communique  toutes ses
troupes, les talens dploys dans cette circonstance par le gnral de
division Marchand et par les autres officiers-gnraux, sont dignes
des plus grands loges. L'ennemi, de son propre aveu, a eu, dans cette
journe, deux mille hommes tus et plus de trois mille blesss; notre
perte a t de cent soixante hommes tus, deux cents blesss et deux
cent cinquante faits prisonniers. Ceux-ci ont t, pour la plupart,
enlevs par les cosaques qui, le matin de l'attaque, s'taient ports
sur les dernires de l'arme. Le gnral Roger ayant t bless, est
tomb de cheval, et a t fait prisonnier dans une charge. Le gnral de
brigade Dutaillis a eu le bras emport par un boulet.

L'empereur arriva le 8  Deppen au camp du marchal Ney; il donna
sur-le-champ les ordres ncessaires. Le quatrime corps se porta sur
Volfsdorff, o, ayant rencontr une division russe de Kamenski, qui
rejoignait le corps d'arme, il l'attaqua, lui mit hors de combat quatre
ou cinq cents hommes, lui fit cent-cinquante prisonniers et vint prendre
position le soir  Altirken. Le 9, l'empereur se porta sur Guttstadt
avec les corps des marchaux Ney, Davoust et Lannes, avec sa garde et la
cavalerie de rserve. Une partie de l'arrire-garde ennemie, formant
dix mille hommes de cavalerie et quinze mille hommes d'infanterie, prit
position  Glottau, et voulut disputer le passage. Le grand-duc de Berg,
aprs des manoeuvres fort habiles, la dbusqua successivement de toutes
ses positions. Les brigades de cavalerie lgre des gnraux Pajol,
Bruyer et Durosnel et la division de grosse cavalerie du gnral
Nansouty triomphrent de tous les efforts de l'ennemi.

Le soir,  huit heures, nous entrmes de vive force  Guttstadt; un
millier de prisonniers, la prise de toutes les positions en avant de
Guttstadt, et la droute de l'infanterie ennemie furent les suites de
cette journe. Les rgimens de cavalerie de la garde russe ont surtout
t trs-maltraits.

Le 10, l'arme se dirigea sur Heilsberg; elle enleva les divers camps
de l'ennemi. Un quart de lieue au-del de ces camps, l'arrire-garde
se montra en position, elle avait quinze  dix-huit mille hommes de
cavalerie et plusieurs lignes d'infanterie. Les cuirassiers de la
division Espagne, la division de dragons Latour-Maubourg et les brigades
de cavalerie lgre, entreprirent diffrentes charges et gagnrent du
terrain. A deux heures le corps du marchal Soult se trouva form; deux
divisions marchrent sur la droite, tandis que la division Legrand
marchait sur la gauche pour s'emparer de la pointe d'un bois dont
l'occupation tait ncessaire, afin d'appuyer la gauche de la cavalerie.
Toute l'arme russe se trouvait alors  Heilsberg; elle alimenta ses
colonnes d'infanterie et de cavalerie, et fit de nombreux efforts pour
se maintenir dans ses positions en avant de cette ville. Plusieurs
divisions russes furent mises en droute, et  neuf heures du soir, on
se trouva sous les retranchemens ennemis.

Les fusiliers de la garde, commands par le gnral Savary, furent
mis en mouvement pour soutenir la division St.-Hilaire, et firent des
prodiges. La division Verdier, du corps d'infanterie de rserve du
marchal Lannes, s'engagea, la nuit tant dj tombe, et dborda
l'ennemi, afin de lui couper le chemin de Lansberg; elle y russit
parfaitement. L'ardeur des troupes tait telle, que plusieurs compagnies
d'infanterie furent insulter les ouvrages retranchs des Russes.
Quelques braves trouvrent la mort dans les fosss des redoutes et au
pied des palissades.

L'empereur passa la journe du 11 sur le champ de bataille; il y plaa
les corps d'arme et les divisions pour donner une bataille qui ft
dcisive, et telle qu'elle pt mettre fin  la guerre. Toute l'arme
russe tait runie; elle avait  Heilsberg tous ses magasins; elle
occupait une superbe position que la nature avait rendue trs-forte, et
que l'ennemi avait encore fortifie par un travail de quatre mois.

A quatre heures aprs-midi, l'empereur ordonna au marchal Davoust de
faire un changement de front par son extrmit de droite, la gauche
en avant; ce mouvement le porta sur la basse Alle, et intercepta
compltement le chemin d'Eylau. Chaque corps d'arme avait ses postes
assigns; ils taient tous runis, hormis le premier corps, qui
continuait  manoeuvrer sur la basse Passarge. Ainsi les Russes, qui
avaient les premiers recommenc les hostilits, se trouvaient comme
bloqus dans leur camp retranch; on venait leur prsenter la bataille
dans la position qu'ils avaient eux-mmes choisie.

On crut long-temps qu'ils attaqueraient dans la journe du 11.

Au moment o l'arme franaise faisait ses dispositions, ils se
laissaient voir rangs en colonnes au milieu de leurs retranchemens,
farcis de canons.

Mais soit que ces retranchemens ne leur parussent pas assez formidables,
 l'aspect des prparatifs qu'ils voyaient faire devant eux, soit que
cette imptuosit qu'avait montre l'arme franaise dans la journe du
10 leur en impost, ils commencrent,  dix heures du soir,  passer sur
la rive droite de l'Alle, en abandonnant tous les pays de la gauche, et
laissant  la disposition du vainqueur leurs blesss, leurs magasins et
ces retranchemens, fruit d'un travail si long et si pnible. Le 12, 
la pointe du jour, tous les corps d'arme s'branlrent, et prirent
diffrentes directions.

Les maisons d'Heilsberg et celles des villages voisins sont remplies de
blesss russes.

Le rsultat de ces diffrentes journes, depuis le 5 jusqu'au 12, a t
de priver l'arme russe d'environ trente mille combattans; elle a laiss
dans nos mains trois ou quatre mille hommes, sept ou huit drapeaux et
neuf pices de canon. Au dire des paysans et des prisonniers, plusieurs
des gnraux russes les plus marquans ont t tus ou blesss.

Notre perte monte  six ou sept cents hommes tus, deux mille ou deux
mille deux cents blesss, deux ou trois cents prisonniers. Le gnral de
division Espagne a t bless; le gnral Roussel, chef de l'tat-major
de la garde, qui se trouvait au milieu des fusiliers, a eu la tte
emporte par un boulet de canon; c'tait un officier trs-distingu.

Le grand-duc de Berg a eu deux chevaux tus sous lui. M. de Sgur, un
de ses aides-de-camp, a eu un bras emport. M. Lameth, aide-de-camp du
marchal Soult, a t bless. M. Lagrange, colonel du septime rgiment
de chasseurs  cheval, a t atteint par une balle.

Dans les rapports dtaills que rdigera l'tat-major, on fera connatre
les traits de bravoure par lesquels se sont signals un grand nombre
d'officiers et de soldats, et les noms de ceux qui ont t blesss dans
la mmorable journe du 10 juin.

On a trouv dans les magasins d'Heilsberg plusieurs milliers de quintaux
de farine et beaucoup de denres de diverses sortes. L'impuissance de
l'arme russe, dmontre par la prise de Dantzick, vient de l'tre
encore par l'vacuation du camp de Heilsberg; elle l'est par sa
retraite; elle le sera d'une manire plus clatante encore si les Russes
attendent l'arme franaise; mais dans de si grandes armes, qui exigent
vingt-quatre heures pour mettre tous les corps en position, on ne peut
avoir que des affaires partielles, lorsque l'une d'elles n'est pas
dispose  finir bravement la querelle dans une affaire gnrale.

Il parait que l'empereur Alexandre avait quitt son arme quelques jours
avant la reprise des hostilits. Plusieurs personnes prtendent que le
parti anglais l'a loign, pour qu'il ne ft pas tmoin des malheurs
qu'entrane la guerre et des dsastres de son arme, prvus par ceux
mmes qui l'ont excit  rentrer en campagne. On a craint qu'un si
dplorable spectacle ne lui rappelt les vritables intrts de son
pays, ne le ft revenir aux conseils des hommes sages et dsintresss,
et ne le rament enfin, par les sentimens les plus propres  toucher un
souverain,  repousser la funeste influence que la corruption anglaise
exerce autour de lui.



De notre camp imprial de Friedland, le 15 juin 1807.

_Lettre de S. M. l'empereur et roi  MM. les archevques et vques._

Monsieur l'vque de...... La victoire clatante qui vient d'tre
remporte par nos armes sur le champ de bataille de Friedland, qui a
confondu les ennemis de notre peuple, et qui a mis en notre pouvoir la
ville importante de Koenigsberg et les magasins considrables qu'elle
contenait, doit tre pour nos sujets un nouveau motif d'actions de
grce envers le dieu des armes. Cette victoire mmorable a signal
l'anniversaire de la bataille de Marengo, de ce jour, o tout couvert
de poussire du champ de bataille, notre premire pense, notre premier
soin fut pour le rtablissement de l'ordre et de la paix dans l'glise
de France. Notre intention est qu'au reu de la prsente vous vous
concertiez avec qui de droit, et vous runissiez nos sujets de votre
diocse dans vos glises cathdrales et paroissiales, pour y chanter
un Te Deum, et adresser au ciel les autres prires que vous jugerez
convenable d'ordonner dans de pareilles circonstances. Cette lettre
n'tant  d'autre fin, monsieur l'vque de......., je prie Dieu qu'il
vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Wehlau, le 17 juin 1807.

_Soixante-dix-neuvime bulletin de la grande arme._

Les combats de Spanden, de Lomitten, les journes de Guttstadt et de
Heilsberg n'taient que le prlude de plus grands vnemens.

Le 12,  quatre heures du matin, l'arme franaise entra  Heilsberg. Le
gnral Latour-Maubourg avec sa division de dragons et les brigades
de cavalerie lgre des gnraux Durosnel et Wattier, poursuivirent
l'ennemi sur la rive droite de l'Alle dans la direction de Bartenstein,
pendant que les corps d'arme se mettaient en marche dans diffrentes
directions pour dborder l'ennemi et lui couper sa retraite sur
Koenigsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune a souri
 ce projet.

Le 12,  cinq heures aprs-midi, l'empereur porta son quartier-gnral
 Eylau. Ce n'taient plus ces champs couverts de glaces et de neige,
c'tait le plus beau pays de la nature, coup de beaux bois, de beaux
lacs, et peupl de jolis villages.

Le grand-duc de Berg se porta le 13 sur Koenigsberg avec sa cavalerie;
le marchal Davoust marcha derrire pour le soutenir; le marchal Soult
se porta sur Creutzbourg; le marchal Lannes sur Damnau; les marchaux
Ney et Mortier sur Lampaseh.

Cependant le gnral Latour-Maubourg crivait qu'il avait poursuivi
l'arrire-garde ennemie; que les Russes abandonnaient beaucoup de
blesss; qu'ils avaient vacu Bartenstein, et continuaient leur
retraite sur Schippenbeil, par la rive droite de l'Alle. L'empereur se
mit sur-le-champ en marche sur Friedland; il donna ordre au duc de Berg,
aux marchaux Soult et Davoust de manoeuvrer sur Koenigsberg, et avec
les corps des marchaux Ney, Lannes, Mortier, avec la garde impriale et
le premier corps command par le gnral Victor, il marcha en personne
sur Friedland.

Le 13, le neuvime de hussards entra  Friedland; mais il en fut chass
par trois mille hommes de cavalerie.

Le 14, l'ennemi dboucha sur le pont de Friedland. A trois heures du
matin, des coups de canon se firent entendre. C'est un jour de bonheur,
dit l'empereur, c'est l'anniversaire de Marengo.

Les marchaux Lannes et Mortier furent les premiers engags; ils taient
soutenus par la division de dragons du gnral Grouchy et par les
cuirassiers du gnral Nansouty. Diffrens mouvemens, diffrentes
actions eurent lieu. L'ennemi fut contenu, et ne put pas dpasser le
village de Posthenem. Croyant qu'il n'avait devant lui qu'un corps de
quinze mille hommes, l'ennemi continua son mouvement pour filer sur
Koenigsberg. Dans cette occasion, les dragons et les cuirassiers
franais et saxons firent les plus belles charges, et prirent quatre
pices de canon  l'ennemi.

 cinq heures du soir, les diffrens corps d'arme taient  leur place.
A la droite, le marchal Ney; au centre, le marchal Lannes;  la
gauche, le Marchal Mortier;  la rserve, le corps du gnral Victor et
la garde.

La cavalerie, sous les ordres du gnral Grouchy, soutenait la gauche.
La division de dragons du gnral Latour-Maubourg tait en rserve
derrire la droite, la division de dragons du gnral Lahoussaye et les
cuirassiers saxons taient en rserve derrire le centre.

Cependant l'ennemi avait dploy toute son arme; il appuyait sa gauche
 la ville de Friedland et sa droite se prolongeait  une lieue et
demie.

L'empereur, aprs avoir reconnu la position, dcida d'enlever
sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement un changement
de front, la droite en avant, et fit commencer l'attaque par l'extrmit
de sa droite.

A cinq heures et demie, le marchal Ney se mit en mouvement, quelques
salves d'une batterie de vingt pices de canon furent le signal. Au mme
moment, la division du gnral Marchand avana, l'arme au bras, sur
l'ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division
du gnral Bisson la soutenait sur la gauche. Du moment o l'ennemi
s'aperut que le marchal Ney avait quitt le bois o sa droite tait
en position, il le fit dborder par des rgimens de cavalerie,
prcds d'une nue de cosaques. La division de dragons du gnral
Latour-Maubourg se forma sur-le-champ au galop sur la droite, et
repoussa la charge ennemie. Cependant le gnral Victor fit placer une
batterie de trente pices de canon en avant de son centre; le gnral
Sennarmont, qui la commandait, se porta  plus de quatre cents pas en
avant et fit prouver une horrible perte  l'ennemi. Les diffrentes
dmonstrations que les Russes voulurent faire pour oprer une diversion
furent inutiles. Le marchal Ney, avec un sang-froid, et avec cette
intrpidit qui lui est particulire, tait en avant de ses chelons,
dirigeant lui-mme les plus petits dtails, et donnait l'exemple  un
corps d'arme, qui toujours s'est fait distinguer, mme parmi les
corps de la grande arme. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui
attaquaient la droite du marchal Ney, furent charges  la baonnette
et prcipites dans l'Alle. Plusieurs milliers d'hommes y trouvrent
la mort; quelques-uns chapprent  la nage. La gauche du marchal Ney
arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friedland.
L'ennemi, qui y avait embusqu la garde impriale russe  pied et 
cheval, dboucha avec intrpidit, et fit une charge sur la gauche du
marchal Ney, qui fut un moment branle; mais la division Dupont, qui
formait la droite de la rserve, marcha sur la garde impriale, la
culbuta et en fit un horrible carnage.

L'ennemi tira de ses rserves et de son centre d'autres corps pour
dfendre Friedland. Vains efforts! Friedland fut forc et ses rues
furent jonches de morts.

Le centre, que commandait le marchal Lannes, se trouva dans ce moment
engag. L'effort que l'ennemi avait fait sur l'extrmit de la droite de
l'arme franaise ayant chou, il voulut essayer un semblable effort
sur le centre. Il y fut reu comme on devait l'attendre des braves
divisions Oudinot et Verdier, et du marchal qui les commandait.

Des charges d'infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder la
marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes
furent inutiles; ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort
sur nos baonnettes.

Le marchal Mortier, qui pendant toute la journe fit grandes preuves de
sang-froid et d'intrpidit, en maintenant la gauche, marcha alors en
avant, et fut soutenu par les fusiliers de la garde, que commandait le
gnral Savary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout le monde s'est
distingu.

La garde impriale  pied et  cheval, et deux divisions de la rserve
du premier corps n'ont pas t engages. La victoire n'a pas hsit
un seul instant. Le champ de bataille est un des plus horribles qu'on
puisse voir. Ce n'est pas exagrer que de porter le nombre des morts, du
ct des Russes, de quinze  dix-huit mille hommes. Du ct des Franais
la perte ne se monte pas  cinq cents morts, ni  plus de trois mille
blesss. Nous avons pris quatre-vingt pices de canon et une grande
quantit de caissons. Plusieurs drapeaux sont rests en notre pouvoir.
Les Russes ont eu vingt-cinq gnraux tus, pris ou blesss. Leur
cavalerie a fait des pertes immenses.

Les carabiniers et les cuirassiers, commands par le gnral Nansouty,
et les diffrentes divisions de dragons se sont fait remarquer. Le
gnral Grouchy, qui commandait la cavalerie de l'aile gauche, a rendu
des services importans.

Le gnral Drouet, chef de l'tat-major du corps d'arme du marchal
Lannes; le gnral Cohorn, le colonel Regaud, du quinzime de ligne; le
colonel Lajonquire, du soixantime de ligne; le colonel Lamotte, du
quatrime de dragons, et le gnral de brigade Brun, ont t blesss.
Le gnral de division Latour-Maubourg l'a t  la main. Le colonel
d'artillerie de Forno, et le chef d'escadron Hutin, premier aide-de-camp
du gnral Oudinot, ont t tus. Les aides-de-camp de l'empereur,
Mouton et Lacoste, ont t lgrement blesss.

La nuit n'a point empch de poursuivre l'ennemi; on l'a suivi jusqu'
onze heures du soir. Le reste de la nuit, les colonnes qui avaient t
coupes ont essay de passer l'Alle,  plusieurs gus. Partout, le
lendemain et  plusieurs lieues, nous avons trouv des caissons, des
canons et des voitures perdus dans la rivire.

La bataille de Friedland est digne d'tre mise  ct de celles de
Marengo, d'Austerlitz et d'Ina. L'ennemi tait nombreux, avait une
belle et forte cavalerie, et s'est battu avec courage.

Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier, et faisait
sa retraite sur la rive droite de l'Alle, l'arme franaise continuait,
sur la rive gauche, ses manoeuvres pour le couper de Koenigsberg.

Les ttes des colonnes sont arrives ensemble  Wehlau, ville situe
au confluent de l'Alle et de la Prgel. L'empereur avait son
quartier-gnral au village de Peterswalde.

Le 16,  la pointe du jour, l'ennemi ayant coup tous les ponts, mit
 profit cet obstacle pour continuer son mouvement rtrograde sur la
Russie.

A huit heures du matin, l'empereur fit jeter un pont sur la Prgel, et
l'arme s'y mit en position.

Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Alle ont t par lui
jets  l'eau ou brls. Par ce qui nous reste, on peut connatre les
pertes immenses qu'il a faites. Partout dans les villages, les Russes
avaient des magasins, et partout, en passant, ils les ont incendis.
Nous avons cependant trouv  Wehlau plus de six mille quintaux de bl.

A la nouvelle de la victoire de Friedland, Koenigsberg a t abandonn.
Le marchal Soult est entr dans cette place, o nous avons trouv des
richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de
bl, plus de vingt mille blesss russes et prussiens, tout ce que
l'Angleterre a envoy de munitions de guerre  la Russie, entr'autres
cent soixante mille fusils encore embarqus. Ainsi la Providence a puni
ceux qui, au lieu de ngocier de bonne foi pour arriver  l'oeuvre
salutaire de la paix, s'en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et
pour impuissance la tranquillit du vainqueur.

L'arme occupe ici le plus beau pays possible. Les bords de la Prgel
sont riches. Dans peu les magasins et les caves de Dantzick et
Koenigsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d'abondance et de
sant.

Les noms des braves qui se sont distingus, les dtails de ce que chaque
corps a fait, passent les bornes d'un simple bulletin, et l'tat-major
s'occupe de runir tous les faits.

Le prince de Neufchtel a, dans la bataille de Friedland, donn des
preuves particulires de son zle et de ses talens. Plusieurs fois il
s'est trouv au fort de la mle, et y a fait des dispositions utiles.

L'ennemi avait recommenc les hostilits le 5: on peut valuer la perte
qu'il a prouve en dix jours, et par suite des oprations,  soixante
mille hommes pris, blesss, tus ou hors de combat. Il a perdu une
partie de son artillerie, presque toutes ses munitions, et tous ses
magasins sur une ligne de plus de quarante lieues.



Tilsitt, le 19 juin 1807.

_Quatre-vingtime bulletin de la grande arme_.

Les armes franaises ont rarement obtenu de si grands succs avec moins
de perte.

Pendant le temps que les armes franaises se signalaient sur le
champ de bataille de Friedland, le grand-duc de Berg, arriv devant
Koenigsberg, prenait en flanc le corps d'arme du gnral Lestocq.

Le 13, le marchal Soult trouva  Creutzbourg l'arrire-garde
prussienne; la division de dragons Milhaud excuta une belle charge,
culbuta la cavalerie prussienne, et enleva plusieurs pices de canon.

Le 14, l'ennemi fut oblig de s'enfermer dans la place de Koenigsberg.
Vers le milieu de la journe, deux colonnes ennemies coupes se
prsentrent pour entrer dans la place. Six pices de canon et trois 
quatre mille hommes qui composaient cette troupe furent pris; tous les
faubourgs de Koenigsberg furent enlevs; on y fit un bon nombre de
prisonniers: le gnral de brigade Buget a eu la main emporte par un
boulet.

En rsum, les rsultats de toutes ces affaires sont quatre  cinq mille
prisonniers et quinze pices de canon.

Le 15 et le 16, le corps d'arme du marchal Soult fut contenu devant
les retranchemens de Koenigsberg, mais la marche du gros de l'arme sur
Wehlau obligea l'ennemi  vacuer Koenigsberg, et cette place tomba en
notre pouvoir.

Ce qu'on a trouv  Koenigsberg en subsistances, est immense. Deux cents
gros btimens, venant de Russie, sont encore tous chargs dans le port.
Il y a beaucoup plus de vins et d'eaux-de-vie qu'on tait dans le cas de
l'esprer.

Une brigade de la division Saint-Hilaire s'est porte devant Pilau pour
en former le sige, et le gnral Rapp a fait partir de Dantzick une
colonne charge d'aller, par le Nirung, tablir devant Pilau une
batterie qui ferme le Haff. Des btimens monts par des marins de la
garde nous rendent matres de cette petite mer.

Le 17, l'empereur porta son quartier-gnral  la mtairie de Crucken,
prs Klein-Schirau; le 18, il le porta  Sgaisgirren; le 19,  deux
heures aprs-midi, il entra dans Tilsitt.

Le grand-duc de Berg,  la tte de la plus grande partie de la cavalerie
lgre, des divisions de dragons et de cuirassiers, a men battant
l'ennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal. Le
cinquime rgiment de hussards s'est distingu; les cosaques ont t
culbuts plusieurs fois et ont beaucoup souffert dans ces diffrentes
charges. Nous avons eu peu de tus et de blesss. Au nombre de ces
derniers se trouve le chef d'escadron Piton, aide-de-camp du grand-duc
de Berg.

Aprs le passage de la Prgel, vis--vis Wehlau, un tambour fut charg
par un cosaque, et se jeta ventre  terre; le cosaque prend sa lance
pour en percer le tambour; mais celui-ci conserve toute sa prsence
d'esprit, tire  lui la lance, dsarme le cosaque et le poursuit.

Un fait particulier, qui a excit le rire des soldats, a eu lieu pour la
premire fois vers Tilsitt; on a vu une nue de Kalmoucks se battant 
coup de flches.

Nous en sommes fchs pour ceux qui donnent l'avantage aux armes
anciennes sur les modernes; mais rien n'est plus risible que le jeu de
ces armes contre nos fusils.

Le marchal Davoust,  la tte du troisime corps, a dbouch par
Labiau, est tomb sur l'arrire-garde ennemie, et lui a fait deux mille
cinq cents prisonniers.

De son ct, le marchal Ney est arriv le 17  Insterbourg, y a pris
un millier de blesss et a enlev  l'ennemi des magasins assez
considrables.

Les bois, les villages sont pleins de Russes isols, ou blesss ou
malades.

Les pertes de l'arme russe sont normes; elle n'a ramen avec elle
qu'une soixantaine de pices de canon.

La rapidit des marches empche de connatre encore toutes les pices
qu'on a prises  la bataille de Friedland; on croit que le nombre
passera cent vingt.

A la hauteur de Tilsitt, deux billets ont t remis au grand-duc de
Berg, et par suite le prince russe, lieutenant-gnral Labanoff a pass
le Nimen, et a confr une heure avec le prince de Neufchtel.

L'ennemi a brl en grande hte le pont de Tilsitt sur le Nimen, et
parait continuer sa retraite sur la Russie. Nous sommes sur les confins
de cet empire.

Le Nimen, vis--vis Tilsitt, est un peu plus large que la Seine.

L'on voit, de la rive gauche, une nue de cosaques qui forment
l'arrire-garde ennemie sur la rive droite.

Dj l'on ne commet aucune hostilit.

Ce qui restait au roi de Prusse est conquis. Cet infortun prince n'a
plus en son pouvoir que le pays situ entre le Nimen et Mmel.

La plus grande partie de son arme on plutt de la division de ses
troupes, dserte ne voulant pas aller en Russie.

L'empereur de Russie est rest trois semaines  Tilsitt avec le roi de
Prusse.

A la nouvelle de la bataille de Friedland, l'un et l'autre sont partis
en toute hte.



Tilsitt, le 21 juin 1807.

_Quatre-vingt-unime bulletin de la grande arme_.

A la journe d'Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur la ligne de la
troisime division de cuirassiers, au moment o le sixime rgiment de
cuirassiers venait de faire une charge. Le colonel d'Avenay, commandant
ce rgiment, son sabre dgouttant de sang, lui dit: Prince, faites la
revue de mon rgiment, vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le
sabre ne soit comme le mien.

Les colonels Colbert, du septime de hussards, Lry, du cinquime, se
sont fait galement remarquer par la plus brillante intrpidit. Le
colonel Borde-Soult, du vingt-deuxime de chasseurs, a t bless. M.
Gueheneuc, aide-de-camp du marchal Lannes, a t bless d'une balle au
bras.

Les gnraux aides-de-camp de l'empereur, Reille et Bertrand, ont
rendu des services importans. Les officiers d'ordonnance de l'empereur
Bongars, Montesquiou, Labiffe, ont mrit des loges pour leur conduite.

Les aides-de-camp du prince de Neufchtel Louis de Prigord, capitaine,
et Pir, chef d'escadron, se sont fait remarquer.

Le colonel Curial, commandant les fusiliers de la garde, a t nomm
gnral de brigade.

Le gnral de division Dupas, commandant une division sous les ordres du
marchal Mortier, a rendu d'importans Les fils des snateurs Prignon,
Clment de Ris et Garran de Coulon, sont morts avec honneur sur le champ
de bataille.

Le marchal Ney s'tant port sur Gumbinnen, a arrt quelques parcs
d'artillerie ennemie, beaucoup de convois de blesss, et fait un grand
nombre de prisonniers.



Tilsitt, le 22 juin 1807.

_Quatre-vingt-deuxime bulletin de la grande arme._

En consquence de la proposition qui a t faite par le commandant de
l'arme russe, un armistice a t conclu.

L'arme franaise occupe tout le thalweg du Nimen, de sorte qu'il ne
reste plus au roi de Prusse que la petite ville et le territoire de
Mmel.



Au camp de Tilsitt, le 22 juin 1807.

_Proclamation de S. M.  la grande arme._

Soldats!

Le 5 juin nous avons t attaqus dans nos cantonnemens par l'arme
russe. L'ennemi s'est mpris sur les causes de notre inactivit. Il
s'est aperu trop tard que notre repos tait celui du lion: il se repent
de l'avoir oubli.

Dans les journes de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle,  jamais
mmorable, de Friedland, dans dix jours de campagne enfin, nous avons
pris cent vingt pices de canon, sept drapeaux; tu, bless, ou fait
prisonniers soixante mille Russes; enlev  l'arme ennemie tous ses
magasins, ses hpitaux, ses ambulances, la place de Koenigsberg, les
trois cents btimens qui taient dans ce port, chargs de toute espce
de munitions, cent soixante mille fusils que l'Angleterre envoyait pour
armer nos ennemis.

Des bords de la Vistule, nous sommes arrivs sur ceux du Nimen avec
la rapidit de l'aigle. Vous clbrtes  Austerlitz l'anniversaire du
couronnement; vous avez cette anne clbr celui de la bataille de
Marengo, qui mit fin  la guerre de la seconde coalition.

Franais! vous avez t dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en
France couverts de tous vos lauriers, aprs avoir obtenu une paix
glorieuse qui porte avec elle la garantie de sa dure. Il est temps
que notre patrie vive en repos,  l'abri de la maligne influence de
l'Angleterre. Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute
l'tendue de l'amour que je vous porte.



Tilsitt, le 23 juin 1807

_Quatre-vingt-troisime bulletin de la grande arme._

La place de Neiss a capitul.

La garnison, forte de six mille hommes d'infanterie et de trois cents
hommes de cavalerie, a dfil le 16 juin devant le prince Jrme. On
a trouv dans la place trois cent milliers de poudre et trois cents
bouches  feu.



Tilsitt, le 24 juin 1807

_Quatre-vingt-quatrime bulletin de la grande arme_.

Le grand-marchal du palais Duroc s'est rendu le 23 au quartier-gnral
des Russes, au-del du Nimen, pour changer les ratifications de
l'armistice qui a t ratifi par l'empereur Alexandre.

Le 24, le prince Labanoff ayant fait demander une audience  l'empereur,
y a t admis le mme jour  deux heures aprs midi. Il est rest
long-temps dans le cabinet de S. M.

Le gnrai Kalkreuth est attendu au quartier-gnral pour signer
l'armistice du roi de Prusse.

Le 11 juin,  quatre heures du matin, les Russes attaqurent en force
Druczewo. Le gnral Claparde soutint le feu de l'ennemi. Le marchal
Massna se porta sur la ligne, repoussa l'ennemi et dconcerta ses
projets. Le dix-septime rgiment d'infanterie lgre a soutenu sa
rputation. Le gnral Montbrun s'est fait remarquer. Un dtachement du
vingt-huitime d'infanterie lgre et un piquet du vingt-cinquime de
dragons ont mis en fuite les cosaques. Tout ce que l'ennemi a entrepris
contre nos postes dans les journes du 12 et du 12, a tourn  sa
confusion.

On a vu par l'armistice que la gauche de l'arme franaise est appuye
sur Currisch-Haff,  l'embouchure du Nimen; de l notre ligne se
prolonge sur Grodno. La droite, commande par le marchal Massena,
s'tend sur les confins de la Russie, entre les sources de la Narew et
du Bug.

Le quartier-gnral va se concentrer  Koenigsberg, o l'on fait
toujours de nouvelles dcouvertes en vivres, munitions et autres effets
appartenant  l'ennemi.

Une position aussi formidable est le rsultat des succs les plus
brillans; et tandis que toute l'arme ennemie est en fuite et presque
anantie, plus de la moiti de l'arme franaise n'a pas tir un coup de
fusil.



Tilsitt; le 24 juin 1807.

_Quatre-vingt-cinquime bulletin de la grande arme._

Demain les deux empereurs de France et de Russie doivent avoir une
entrevue. On a  cet effet, lev au milieu du Nimen, un pavillon o
les deux monarques se rendront de chaque rive.

Peu de spectacles seront aussi intressans. Les deux cts du fleuve
seront bords par les deux armes, pendant que les deux chefs
confreront sur les moyens de rtablir l'ordre et de donner le repos 
la gnration prsente.

Le grand-marchal du palais Duroc est all, hier  trois heures aprs
midi, complimenter l'empereur Alexandre.

Le marchal comte de Kalkreuth a t prsent aujourd'hui  l'empereur;
il est rest une heure dans le cabinet de S.M.

L'empereur a pass ce matin la revue du corps du marchal Lannes. Il a
fait diffrentes promotions, a rcompens les braves, et a tmoign sa
satisfaction aux cuirassiers saxons.



Tilsitt, le 25 juin 1807.

_Quatre-vingt-sixime bulletin de la grande arme._

Le 25 juin,  une heure aprs midi, l'empereur accompagn du grand-duc
de Berg, du prince de Neufchtel, du marchal du palais Duroc et du
grand-cuyer Caulaincourt, s'est embarqu sur les bords du Nimen dans
un bateau prpar  cet effet; il s'est rendu au milieu de la rivire,
o le gnral Lariboissire, commandant de l'artillerie de la garde,
avait fait placer un large radeau, et lever un pavillon. A ct, tait
un autre radeau et pavillon pour la suite de LL. MM. Au mme moment,
l'empereur Alexandre est parti de la rive droite, sur un bateau, avec
le grand-duc Constantin, le gnral Benigsen, le gnral Ouwaroff, le
prince Labanoff et son premier aide-de-camp, le comte de Liven.

Les deux bateaux sont arrivs en mme temps; les deux empereurs se sont
embrasss en mettant le pied sur le radeau; ils sont entrs ensemble
dans la salle qui avait t prpare, et y sont rests deux heures. La
confrence finie, les personnes de la suite des deux empereurs ont
t introduites. L'empereur Alexandre a dit des choses agrables aux
militaires qui accompagnaient l'empereur, qui, de son ct, s'est
entretenu long-temps avec le grand-duc Constantin et le gnral
Benigsen.

La confrence finie, les deux empereurs sont monts chacun dans leur
barque. On conjecture que la confrence a eut le rsultat le plus
satisfaisant. Immdiatement aprs, le prince Labanoff s'est rendu au
quartier-gnral franais. On est convenu que la moiti de la ville de
Tilsitt serait neutralise. On y a marqu le logement de l'empereur de
Russie et de sa cour. La garde impriale russe passera le fleuve et sera
cantonne dans la partie de la ville qui lui est destine.

Le grand nombre des personnes de l'une et l'autre arme, accourues sur
l'une et l'autre rive pour tre tmoins de cette scne, rendaient ce
spectacle d'autant plus intressant, que les spectateurs taient des
braves des extrmits du monde.



Tilsitt, le 26 juin 1807.

Aujourd'hui  midi et demi, S.M. s'est rendue au pavillon de Nimen.
L'empereur Alexandre et le roi de Prusse y sont arrivs au mme moment.
Ces trois souverains sont rests ensemble dans le salon du pavillon
pendant une demi-heure.

A cinq heures et demie, l'empereur Alexandre est pass sur la rive
gauche. L'empereur Napolon l'a reu  la descente du bateau. Ils sont
monts  cheval l'un et l'autre; ils ont parcouru la grande rue de la
ville, o se trouvait range la garde impriale franaise  pied et 
cheval, et sont descendus au palais de l'empereur Napolon. L'empereur
Alexandre y a dn avec l'empereur, le grand-duc Constantin et le
grand-duc de Berg.



Tilsitt, le 27 juin 1807.

Le gnral de division Teuli, commandant la division italienne au
sige de Colbert, qui avait t bless  la cuisse d'un boulet, le 12 
l'attaque du fort Wolsberg, vient de mourir de ses blessures. C'tait un
officier galement distingu par sa bravoure et ses talens militaires.

La ville de Kosel a capitul.

Le 24 juin  deux heures du matin, S.A.I. le prince Jrme a fait
attaquer et enlever le camp retranch que les Prussiens occupaient sous
Glatz,  porte de mitraille de cette place.

Le gnral Vandamme,  la tte de la division, wurtembergeoise, ayant
avec lui un rgiment provisoire de chasseurs franais  cheval, a
commenc l'attaque sur la rive gauche de la Neisse, tandis que le
gnral Lefebvre avec les Bavarois attaquait sur la rive droite. En
une demi-heure, toutes les redoutes ont t enleves  la baonnette,
l'ennemi a fait sa retraite en dsordre, abandonnant dans le camp douze
cents hommes tus et blesss, cinq cents prisonniers et douze pices de
canon.

Les Bavarois et les Wurtembergeois se sont trs-bien conduits. Les
gnraux Vandamme et Lefebvre ont dirig les attaques avec une grande
habilet.



Tilsitt, le 28 juin 1807.

Hier,  trois heures aprs midi, l'empereur s'est rendu chez l'empereur
Alexandre. Ces deux princes sont rests ensemble jusqu' six heures.
Ils sont alors monts  cheval et sont alls voir manoeuvrer la garde
impriale. L'empereur Alexandre a montr qu'il connat trs-bien toutes
nos manoeuvres, et qu'il entend parfaitement tous les dtails de la
tactique militaire.

A huit heures, les deux souverains sont revenus au palais de l'empereur
Napolon, o ils ont dn, comme la veille, avec le grand-duc Constantin
et le grand-duc de Berg.

Aprs le dner, l'empereur Napolon a prsent LL. Exc. le ministre des
relations extrieures et le ministre secrtaire d'tat  l'empereur
Alexandre, qui lui a aussi prsent S. Exc. M. de Budberg, ministre des
affaires trangres, et le prince Kourakin.

Les deux souverains sont ensuite rentrs dans le cabinet de l'empereur
Napolon, o ils sont rests seuls jusqu' onze heures du soir.

Aujourd'hui 28,  midi, le roi de Prusse a pass le Nimen, et est venu
occuper  Tilsitt le palais qui lui avait t prpar. Il a t reu
 la descente de son bateau, par le marchal Bessires. Immdiatement
aprs, le grand-duc de Berg est all lui rendre visite.

A une heure, l'empereur Alexandre est venu faire une visite  l'empereur
Napolon, qui est all au-devant de lui jusqu' la porte de son palais.

A deux heures, S.M. le roi de Prusse est venu, chez l'empereur Napolon,
qui est all le recevoir jusqu'au pied de l'escalier de son appartement.

A quatre heures, l'empereur Napolon est all voir l'empereur Alexandre.
Ils sont monts  cheval  cinq heures, et se sont rendus sur le terrain
o devait manoeuvrer le corps du marchal Davoust.



Tilsitt, le 1er juillet 1807.

Le 29 et le 30 juin, les choses se sont passes entre les trois
souverains comme les jours prcdens. Le 29,  six heures du soir, ils
sont alls voir manoeuvrer l'artillerie de la garde. Le lendemain, 
la mme heure, ils ont vu manoeuvrer les grenadiers  cheval. La plus
grande amiti parat rgner entre ces princes.

A l'un de ces dners qui ont toujours lieu chez l'empereur
Napolon, S.M. a port la sant de l'impratrice de Russie et de
l'impratrice-mre. Le lendemain, l'empereur Alexandre a port la sant
de l'impratrice des Franais.

La premire fois que le roi de Prusse a dn chez l'empereur Napolon,
S. M. a port la sant de la reine de Prusse.

Le 29, le prince Alexandre Kourakin, ambassadeur et ministre
plnipotentiaire de l'empereur Alexandre, a t prsent  l'empereur
Napolon.

Le 30, la garde impriale a donn un dner de corps  la garde impriale
russe. Les choses se sont passes avec beaucoup d'ordre. Cette runion a
produit beaucoup de gait dans la ville.

La place de Glatz a capitul. Le fort de Silberberg est la seule place
de la Silsie qui tienne encore.



Tilsitt, le 7 juillet 1807.

La reine de Prusse est arrive ici hier  midi. A midi et demi
l'empereur Napolon est all lui rendre visite.

Les trois souverains ont fait chaque jour,  six heures du soir, leurs
promenades accoutumes. Ils ont ensuite dn chez l'empereur Napolon
avec la reine de Prusse, le grand-duc Constantin, le prince Henri de
Prusse, le grand-duc de Berg et le prince royal de Bavire.

On a distribu  l'ordre de la grande arme la notice suivante:

Au quartier-gnral imprial  Tilsitt, le 9 juillet 1807.

_Notice pour l'arme._

La paix a t conclue entre l'empereur des Franais et l'empereur de
Russie, hier 8 juillet,  Tilsitt, et signe par le prince de Bnvent,
ministre des relations extrieures de France, et par les princes
Kourakin et Labanoff de Rostow, pour l'empereur de Russie, chacun de
ces plnipotentiaires tant muni de pleins-pouvoirs de leurs souverains
respectifs. Les ratifications ont t changes aujourd'hui 9 juillet,
ces deux souverains se trouvant encore  Tilsitt.



Tilsitt, le 9 juillet 1807.

L'change des ratifications du trait de paix entre la France et la
Russie a eu lieu aujourd'hui  neuf heures du matin. A onze heures,
l'empereur Napolon, portant le grand cordon de l'ordre de Saint-Andr,
s'est rendu chez l'empereur Alexandre, qui l'a reu  la tte de sa
garde, et ayant la grande dcoration de la lgion-d'honneur.

L'empereur a demand  voir le soldat de la garde russe qui s'tait
le plus distingu; il lui a t prsent. S. M., en tmoignage de son
estime pour la garde impriale russe, a donn  ce brave l'aigle d'or de
la lgion-d'honneur.

Les empereurs sont rests ensemble pendant trois heures, et sont ensuite
monts  cheval; ils se sont rendus au bord du Nimen, o l'empereur
Alexandre s'est embarqu. L'empereur Napolon est demeur sur le rivage
jusqu' ce que l'empereur Alexandre ft arriv  l'autre bord. Les
marques d'affection que ces princes se sont donnes en se sparant, ont
excit la plus vive motion parmi les nombreux spectateurs qui s'taient
rassembls pour voir les plus grands souverains du monde, offrir dans
les tmoignages de leur union et de leur amiti un solide garant du
repos de la terre.

L'empereur Napolon a fait remettre le grand cordon de la
lgion-d'honneur au grand-duc Constantin, au prince Kourakine, au prince
Labanoff et  M. de Budberg.

L'empereur Alexandre a donn le grand ordre de Saint-Andr au prince
Jrme Napolon, roi de Westphalie, au grand-duc de Berg et de Clves,
au prince de Neufchtel et au prince de Bnvent.

A trois heures de l'aprs midi, le roi de Prusse est venu voir
l'empereur Napolon. Ces deux souverains se sont entretenus pendant une
demi-heure. Immdiatement aprs, l'empereur Napolon a rendu au roi de
Prusse sa visite; il est ensuite parti pour Koenigsberg.

Ainsi, les trois souverains ont sjourn pendant vingt jours  Tilsitt.
Cette petite ville tait le point de runion des deux armes. Ces
soldats qui nagures taient ennemis, se donnaient des tmoignages
rciproques d'amiti qui n'ont pas t troubls par le plus lger
dsordre.

Hier, l'empereur Alexandre avait fait passer le Nimen  une dizaine de
Baschirs qui ont donn  l'empereur Napolon un concert  la manire de
leur pays.

L'empereur, en tmoignage de son estime pour le gnral Platow, hetman
des cosaques, lui a fait prsent de son portrait.

Les Russes ont remarqu que le 27 juin (style russe, 9 juillet du
calendrier grgorien), jour de la ratification du trait de paix, est
l'anniversaire de la bataille de Pultawa, qui fut si glorieuse et qui
assura tant d'avantages  l'empire de Russie; ils en tirent un augure
favorable pour la dure de la paix et de l'amiti qui viennent de
s'tablir entre ces deux grands empires.



Koenigsberg, le 12 juillet 1807.

_Quatre-vingt-septime bulletin de la grande arme._

Les empereurs de France et de Russie, aprs avoir sjourn pendant vingt
jours  Tilsitt, o les deux maisons impriales, situes dans la mme
rue, taient  peu de distance l'une de l'autre, se sont spars le 9,
 trois heures aprs midi, en se donnant les plus grandes marques
d'amiti. Le journal de ce qui s'est pass pendant leur sjour, sera
d'un vritable intrt pour les deux peuples.

Aprs avoir reu,  trois heures et demie, la visite d'adieu du roi de
Prusse, qui est retourn  Memel, l'empereur Napolon est parti pour
Koenigsberg, o il est arriv le 10  quatre heures du matin.

Il a fait hier la visite du port dans un canot qui tait servi par
les marins de la garde. S. M. passe aujourd'hui la revue du corps du
marchal Soult, et part demain,  deux heures du matin, pour Dresde.

Le nombre des Russes tus  la bataille de Friedland s'lve  dix-sept
mille cinq cents, celui des prisonniers est de quarante mille, dix-huit
mille sont passs  Koenigsberg, sept mille sont rests malades dans les
hpitaux, le reste a t dirig sur Thorn et Varsovie.

Les ordres ont t donns pour qu'ils fussent renvoys en Russie sans
dlai, sept mille sont dj revenus  Koenigsberg, et vont tre rendus.

Ceux qui sont en France seront forms en rgimens provisoires.
L'empereur a ordonn de les habiller et de les armer.

Les ratifications du trait de paix entre la France et la Russie avaient
t changes  Tilsitt le 9; celles du trait de paix entre la France
et la Prusse l'ont t ici aujourd'hui.

Les plnipotentiaires chargs de ces ngociations taient, pour la
France, M. le prince de Bnvent; pour la Russie, le prince Kourakin et
le prince Labanoff; pour la Prusse, le feld-marchal Kalkreuth et le
comte de Glotz.

Aprs de tels vnemens on ne peut s'empcher de sourire quand on entend
parler de la grande expdition anglaise et de la nouvelle frnsie qui
s'est empare du roi de Sude.

On doit remarquer d'ailleurs que l'arme d'observation de l'Elbe et de
l'Oder tait de soixante-dix mille hommes, indpendamment de la grande
arme, et non compris les divisions espagnoles qui sont en ce moment sur
l'Oder.

Ainsi, il aurait fallu que l'Angleterre mt en expdition toute son
arme, ses milices, ses volontaires, ses fencibles, pour oprer une
diversion srieuse.

Quand on considre que, dans de telles circonstances, elle a envoy six
mille hommes se faire massacrer par les Arabes, et sept mille hommes
dans les Indes espagnoles, on ne peut qu'avoir piti de l'excessive
avidit qui tourmente ce cabinet.

La paix de Tilsitt met fin aux oprations de la grande arme, mais
toutes les ctes, tous les ports de la Prusse n'en resteront pas moins
ferms aux Anglais. Il est probable que le blocus continental ne sera
pas un vain mot.

La Porte a t comprise dans le trait. La rvolution qui vient de
s'oprer  Constantinople est une rvolution anti-chrtienne qui n'a
rien de commun avec la politique de l'Europe. L'adjudant-commandant
Guilleminot est parti pour la Bessarabie, o il va informer le
grand-visir de la paix, de la libert qu'a la Porte d'y prendre part, et
des conditions qui la concernent.



Koenigsberg, le 13 juillet 1807.

L'empereur a pass hier la revue du quatrime corps d'arme. Arriv au
vingt-sixime rgiment d'infanterie lgre, on lui prsenta le capitaine
de grenadiers Roussel. Ce brave soldat, fait prisonnier  l'affaire de
Aoff, avait t remis aux Prussiens. Il se trouva dans un appartement
o un insolent officier se livrait  toute espce d'invectives contre
l'empereur. Roussel supporta d'abord patiemment ces injures, mais enfin
il se lve firement en disant: Il n'y a que des lches qui puissent
tenir de pareils propos contre l'empereur Napolon devant un de ses
soldats. Si je suis contraint d'entendre de pareilles infamies, je suis
 votre discrtion, donnez-moi la mort. Plusieurs autres officiers
prussiens qui taient prsens, ayant autant de jactance que peu de
mrite et d'honneur, voulurent se porter contre ce brave militaire  des
voies de fait. Roussel, seul contre sept ou huit personnes, aurait pass
un mauvais quart-d'heure, si un officier russe, survenant  l'instant,
ne se ft jet devant lui le sabre  la main: c'est notre prisonnier,
dit-il, et non le vtre; il a raison, et vous outragez lchement le
premier capitaine de l'Europe. Avant de frapper ce brave homme, il vous
faudra passer sur mon corps.

En gnral, autant les prisonniers franais se louent des Russes, autant
ils se plaignent des Prussiens, surtout du gnral Ruchel, officier
aussi mchant et fanfaron qu'il est inepte et ignorant sur le champ de
bataille. Des corps prussiens qui se trouvaient  la journe d'Ina, le
sien est celui qui s'est le moins bravement comport.

En entrant  Koenigsberg, on a trouv aux galres un caporal franais
qui y avait t jet, parce qu'entendant les sectateurs de Ruchel parler
mal de l'empereur, il s'tait emport et avait dclar ne pas vouloir le
souffrir en sa prsence.

Le gnral Victor, qui fut fait prisonnier dans une chaise de poste par
un guet-apens, a eu aussi  se plaindre du traitement qu'il a reu du
gnral Ruchel, qui tait gouverneur de Koenigsberg. C'est cependant le
mme Ruchel qui, bless grivement  la bataille d'Ina, fut accabl de
bons traitemens par les Franais; c'est lui qu'on laissa libre, et 
qui, au lieu d'envoyer des gardes comme on devait le faire, on envoya
des chirurgiens. Heureusement que le nombre des hommes auxquels il faut
se repentir d'avoir fait du bien, n'est pas grand. Quoi qu'en disent
les misanthropes, les ingrats et les pervers forment une exception dans
l'espce humaine.



Dresde, le 18 juillet 1817.

S. M. l'empereur est parti de Koenigsberg le 13  six heures du soir; il
est arriv le 14  midi  Marienwerder, o il s'est arrt pendant une
heure.

Il a pass  Posen le 14,  dix heures du soir; il s'y est repos deux
heures; il y a reu les autorits du gouvernement polonais.

Il est arriv  Glogau le 16  midi, et le 17,  sept heures du matin, 
Bautzen, premire ville du royaume de Saxe, o il a t reu par le roi.

Ces deux souverains se sont entretenus un moment dans la maison de
l'vch. Le roi est mont dans la voiture de l'empereur; ils sont
arrivs ensemble  Dresde et sont descendus au palais.

Aujourd'hui  six heures du matin, l'empereur est mont  cheval pour
parcourir les environs de Dresde.

Les sentimens que S.M.  trouvs en Saxe sont semblables  ceux qui lui
ont t exprims sur toute sa route en Pologne; un immense concours de
peuple tait partout sur son passage.



Paris, le 12 aot 1807.

_Rponse de l'empereur  une dputation du royaume d'Italie._

J'agre les sentimens que vous m'exprimez au nom de mes peuples
d'Italie. J'ai prouv une joie particulire dans le cours de la
campagne dernire, de la conduite distingue qu'ont tenue mes troupes
italiennes. Pour la premire fois, depuis bien des sicles, les Italiens
se sont montrs avec honneur sur le grand thtre du monde: j'espre
qu'un si heureux commencement excitera l'mulation de la nation; que les
femmes elles-mmes renverront d'auprs d'elle cette jeunesse oisive qui
languit dans leurs boudoirs, ou du moins ne les recevront que lorsqu'ils
seront couverts d'honorables cicatrices. Du reste, j'espre avant
l'hiver aller faire un tour dans mes Etats d'Italie, et je me fais un
plaisir tout particulier de me trouver au milieu des habitans de ma
bonne ville de Venise. Le vice-roi ne m'a pas laiss ignorer les
bons sentiments qui les animent, et les preuves d'amour qu'ils m'ont
donnes.

BONAPARTE.



En notre palais imprial de Saint-Cloud, le 14 aot 1807.

_Message de Sa Majest impriale et royale au snat._

Snateurs,

Conformment  l'article LVI de l'acte des constitutions de l'empire en
date du 28 floral an 12, nous avons nomm membres du snat.

MM. Klein, gnral de division; Beaunont, gnral de division, et
Bguinot, gnral de division.

Nous dsirons que l'arme voie dans ce choix l'intention o nous sommes
de distinguer constamment ses services.

MM. Fabre (de l'Aude), prsident du tribunat; et Cure; membre du
tribunat.

Nous dsirons que les membres du tribunat trouvent dans ces nominations
un tmoignage de notre satisfaction pour la manire dont ils ont
concouru avec notre conseil d'Etat,  tablir les grandes bases de la
lgislation civile.

M. l'archevque de Turin.

Nous saisissons avec plaisir cette occasion de tmoigner notre
satisfaction au clerg de notre empire, et particulirement  celui de
nos dpartements au-del des Alpes.

M. Dupont, maire de Paris.

Notre bonne ville de Paris verra dans le choix d'un de ses maires, le
dsir que nous avons de lui donner constamment des preuves de notre
affection.

BONAPARTE.



_Autre message de S. M. impriale et royale au snat._

Snateurs,

Nous avons jug convenable de nommer  la place de vice-grand-lecteur
le prince de Bnvent; c'est une marque clatante de notre satisfaction,
que nous avons voulu lui donner pour la manire distingue dont il nous
a constamment second dans la direction des affaires extrieures de
l'empire.

Nous avons nomm vice-conntable notre cousin le prince de Neufchtel:
en l'levant  cette haute dignit, nous avons voulu reconnatre son
attachement  notre personne, et les services rels qu'il nous a rendus
dans toutes les circonstances par son zle et ses talents.

NAPOLON.



Paris, le 16 aot 1807.

_Discours de Sa Majest l'empereur et roi  l'ouverture du corps
lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartements au corps lgislatif, messieurs
les tribuns et les membres de mon conseil d'tat,

Depuis votre dernire session, de nouvelles guerres, de nouveaux
triomphes, de nouveaux traits de paix ont chang la face de l'Europe
politique.

Si la maison de Brandebourg, qui, la premire, se conjura contre notre
indpendance, rgne encore, elle le doit  la sincre amiti que m'a
inspir le puissant empereur du Nord.

Un prince franais rgnera sur l'Elbe: il saura concilier les intrts
de ses nouveaux sujets avec ses premiers et ses plus sacrs devoir.

La maison de Saxe a recouvr, aprs cinquante ans, l'indpendance
qu'elle avait perdue.

Les peuples du duch de Varsovie, de la ville de Dantzick, ont recouvr
leur patrie et leurs droits.

Toutes les nations se rjouissent d'un commun accord, de voir
l'influence malfaisante que l'Angleterre exerait sur le continent,
dtruite sans retour.

La France est unie aux peuples de l'Allemagne par les lois de la
confdration du Rhin,  ceux des Espagnes, de la Hollande, de la Suisse
et des Italies, par les lois de notre systme fdratif. Nos nouveaux
rapports avec la Russie sont ciments par l'estime rciproque de ces
deux grandes nations.

Dans tout ce que j'ai fait, j'ai eu uniquement en vue le bonheur de mes
peuples, plus cher  mes yeux que ma propre gloire.

Je dsire la paix maritime. Aucun ressentiment n'influera jamais sur
mes dterminations: je n'en saurais avoir contre une nation, jouet et
victime des partis qui la dchirent, et trompe sur la situation de ses
affaires, comme sur celle de ses voisins.

Mais quelle que soit l'issue que les dcrets de la Providence aient
assigne  la guerre maritime, mes peuples me trouveront toujours le
mme, et je trouverai toujours mes peuples dignes de moi.

Franais, votre conduite dans ces derniers temps, o votre empereur
tait loign de plus de cinq cents lieues, a augment mon estime et
l'opinion que j'avais conue de votre caractre. Je me suis senti fier
d'tre le premier parmi vous.--Si, pendant ces dix mois d'absence et de
prils, j'ai t prsent  votre pense, les marques d'amour que vous
m'avez donnes ont excit constamment mes plus vives motions.
Toutes mes sollicitudes, tout ce qui pouvait avoir rapport mme  la
conservation de ma personne, ne me touchaient que par l'intrt que vous
y portiez et par l'importance dont elles pouvaient tre pour vos futures
destine. _Vous tes un bon et grand peuple._

J'ai mdit diffrentes dispositions pour simplifier et perfectionner
nos institutions.

La nation a prouv les plus heureux effets de l'tablissement de la
lgion d'honneur. J'ai cr diffrens titres impriaux pour donner un
nouvel clat aux principaux de mes sujets, pour honorer d'clatans
services par d'clatantes rcompenses, et aussi pour empcher le retour
de tout titre fodal, incompatible avec nos constitutions.

Les comptes de mes ministres des finances et du trsor public
vous feront connatre l'tat prospre de nos finances. Mes peuples
prouveront une considrable dcharge sur la contribution foncire.

Mon ministre de l'intrieur vous fera connatre les travaux qui ont t
commencs ou finis; mais ce qui reste  faire est bien plus important
encore, car je veux que dans toutes les parties de mon empire, mme dans
le plus petit hameau, l'aisance des citoyens et la valeur des terres se
trouvent augmentes par l'effet du systme gnral d'amlioration que
j'ai conu.

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, votre
assistance me sera ncessaire pour arriver  ce grand rsultat, et j'ai
le droit d'y compter constamment.



Paris, le 19 aot 1807.

_Dcret qui supprime le tribunat._

ART. 1er. A l'avenir, et  compter de la fin de la session qui va
s'ouvrir, la discussion pralable des lois qui est faite par les
sections du tribunat, le sera, pendant la dure de chaque session, par
trois commissions du corps lgislatif, sous le titre, la premire,
de _commission de lgislation civile et criminelle_; la seconde, de
_commission d'administration intrieure_; la troisime, de _commission
des finances_.

2. Chacune de ces commissions dlibrera sparment et sans assistans;
elle sera compose de sept membres nomms par le corps lgislatif, au
scrutin secret et  la majorit absolue des voix. Le prsident sera
nomm par l'empereur, soit parmi les membres de la commission, soit
parmi les autres membres du corps lgislatif.

3. La forme du scrutin sera dirige de manire qu'il y ait, autant qu'il
sera possible, quatre jurisconsultes dans la commission de lgislation.

4. En cas de discordance d'opinion entre la section du conseil d'tat,
qui aura rdig le projet de loi, et la commission comptente du corps
lgislatif, l'une et l'autre se runiront en confrence, sous la
prsidence de l'archi-chancelier de l'empire, ou de l'archi-trsorier,
suivant la nature des objets  examiner.

5. Si les conseillers d'tat et les membres de la commission du corps
lgislatif sont du mme avis, le prsident de la commission sera
entendu, aprs que l'orateur du conseil d'tat aura expos devant le
corps lgislatif les motifs de la loi.

6. Lorsque la commission se dcidera contre le projet de loi, tous les
membres de la commission auront la facult d'exposer devant le corps
lgislatif les motifs de leur opinion.

7. Les membres de la commission qui auront discut un projet de loi
seront admis, comme les autres membres du corps lgislatif,  voter sur
le projet.

8. Lorsque les circonstances donneront lieu  l'examen de quelque projet
d'une importance particulire, il sera loisible  l'empereur d'appeler,
dans l'intervalle de deux sessions, les membres du corps lgislatif
ncessaires pour former les commissions, lesquelles procderont,
de suite,  la discussion pralable du projet: ces commissions se
trouveront nommes pour la session prochaine.

9. Les membres du tribunal qui, aux termes de l'acte du snat
conservateur, en date du 17 fructidor an 10 devaient rester jusqu'en
l'an 19, et dont pouvoirs avaient t, par l'article 89 de l'acte des
constitutions de l'empire, du 28 floral an 12, prorogs jusqu'en l'an
21, correspondant  l'anne 1812 du calendrier grgorien, entreront au
corps lgislatif, et feront partie de ce corps jusqu' l'poque o leurs
fonctions auraient d cesser au tribunat.

10. A l'avenir, nul ne pourra tre renomm membre du corps lgislatif, 
moins qu'il n'ait quarante ans accomplis.



En notre palais royal de Milan, le 17 dcembre 1807.

_Dcret qui dclare en tat de blocus les les britanniques._

Napolon, empereur des Franais, roi d'Italie, et protecteur de la
confdration du Rhin.

Vu les dispositions arrtes par le gouvernement britannique, en date
du 11 novembre dernier, qui assujettissent les btimens des puissances
neutres, amies et mme allies de l'Angleterre, non-seulement  une
visite par les croiseurs anglais, mais encore  une station oblige en
Angleterre et  une imposition arbitraire de tant pour cent sur leur
chargement, qui doit tre rgle par la lgislation anglaise;

Considrant que, par ces actes, le gouvernement anglais a dnationalis
les btimens de toutes les nations de l'Europe; qu'il n'est au pouvoir
d'aucun gouvernement de transiger sur son indpendance et sur ses
droits, tous les souverains de l'Europe tant solidaires de la
souverainet et de l'indpendance de leur pavillon; que si, par une
faiblesse inexcusable, et qui serait une tache ineffaable aux yeux de
la postrit, ou laissait passer en principe et consacrer par l'usage
une pareille tyrannie, les Anglais en prendraient acte pour l'tablir
en droit, comme ils ont profit de la tolrance des gouvernemens pour
tablir l'infme principe que le pavillon ne couvre pas la marchandise,
et pour donner  leur droit de blocus une extension arbitraire et
attentatoire  la souverainet de tous les tats.

Nous avons dcrt et dcrtons ce qui suit:

Art. 1er. Tout btiment, de quelque nation qu'il soit, qui aura souffert
la visite d'un vaisseau anglais, ou se sera soumis  un voyage en
Angleterre, ou aura pay une imposition quelconque au gouvernement
anglais, est par cela seul dclar dnationalis, a perdu la garantie de
son pavillon et est devenu proprit anglaise.

2. Soit que lesdits btimens ainsi dnationaliss par les mesures
arbitraires du gouvernement anglais, entrent dans nos ports ou dans ceux
de nos allis, soit qu'ils tombent au pouvoir de nos vaisseaux de guerre
ou de nos corsaires, ils sont dclars de bonne et valable prise.

3. Les les britanniques sont dclares en tat de blocus sur mer comme
sur terre. Tout btiment de quelque nation qu'il soit, quel que soit son
chargement, expdi des ports d'Angleterre ou des colonies anglaises, ou
des pays occups par les troupes anglaises, ou allant en Angleterre, ou
dans les colonies anglaises, ou dans des pays occups par les troupes
anglaises, est de bonne prise, comme contrevenant au prsent dcret; il
sera captur par nos vaisseaux de guerre ou par nos corsaires, et adjug
au capteur.

4. Ces mesures, qui ne sont qu'une juste rciprocit pour le systme
barbare adopt par le gouvernement anglais, qui assimile sa lgislation
 celle d'Alger, cesseront d'avoir leur effet pour toutes les nations
qui sauraient obliger le gouvernement anglais  respecter leur pavillon.
Elles continueront d'tre en vigueur pendant tout le temps que ce
gouvernement ne reviendra pas aux principes du droit des gens, qui
rgle les relations des tats civiliss dans l'tat de guerre. Les
dispositions du prsent dcret seront abroges et nulles par le fait,
ds que le gouvernement anglais sera revenu aux principes du droit des
gens, qui sont aussi ceux de la justice et de l'honneur.

5. Tous nos ministres sont chargs de l'excution du prsent dcret, qui
sera insr au bulletin des lois.

NAPOLON.



En notre palais royal de Milan, la 20 dcembre 1807.

_Lettres-patentes._

Napolon, par la grce de Dieu et par les constitutions, empereur des
Franais, roi d'Italie, protecteur de la confdration du Rhin,  tous
ceux qui les prsentes verront; salut:

Voulant donner une preuve particulire de notre satisfaction  notre
bonne ville de Venise, nous avons confr et confrons, par ces
prsentes lettres-patentes,  notre bien-aim fils le prince Eugne
Napolon, notre hritier prsomptif  la couronne d'Italie, le titre de
_prince de Venise_.

Nous mandons et ordonnons que les prsentes lettres-patentes soient
enregistres  la consulte d'tat, transcrites sur le grand livre
qu'ouvrira  cet effet notre chancelier garde-des-sceaux, et insres
au bulletin des lois, afin que personne ne puisse en prtexter cause
d'ignorance.

NAPOLON.



En notre palais royal de Milan, le 20 dcembre 1807.

_Lettres-patentes._


Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais, roi d'Italie, protecteur de la confdration du Rhin,  tous
ceux qui les prsentes verront; salut:

Voulant donner une preuve particulire de notre satisfaction  notre
bonne ville de Bologne, nous avons confr et confrons par les
prsentes, le titre de _princesse de Bologne_  notre bien-aime
petite-fille la princesse Josphine.

Nous mandons et ordonnons que les prsentes lettres-patentes soient
enregistres  la consulte-d'tat, transcrites sur les registres du
snat  la premire session, inscrites sur le grand livre qu'ouvrira 
cet effet notre chancelier garde-des-sceaux, et insres au bulletin des
lois, afin que personne ne puisse en prtexter cause d'ignorance.

NAPOLON.



En notre palais royal de Milan, le 20 dcembre 1807.

_Lettres-patentes._

Napolon, par la grce de Dieu et les constitutions, empereur des
Franais, roi d'Italie, protecteur de la confdration du Rhin,  tous
ceux qui les prsentes verront; salut:

Voulant reconnatre les services que le sieur Melzi, chancelier
garde-des-sceaux de notre royaume d'Italie, nous a rendus dans toutes
les circonstances, dans l'administration publique, o il a dploy, pour
le bien de nos peuples et de notre couronne, les plus hauts talens et la
plus svre intgrit;

Nous souvenant qu'il fut le premier Italien qui nous porta, sur le champ
de bataille de Lodi, les clefs et les voeux de notre bonne ville de
Milan, nous avons rsolu de lui confrer le titre de _duc de Lodi_, pour
tre possd par lui ou par ses hritiers masculins, soit naturels, soit
adoptifs, par ordre de primogniture; entendant que le cas d'adoption
ayant lieu par le titulaire et ses descendans, elle sera soumise  notre
approbation ou  celle de nos successeurs.

Nous mandons et ordonnons que l'tat des biens que nous avons annexs
au duch de Lodi, soit envoy par notre grand-juge aux cours d'appel du
lieu o ils sont situs, pour tre inscrit au greffe, afin que personne
n'en puisse prtexter cause d'ignorance; notre intention tant que ces
biens soient excepts des dispositions du Code Napolon, et possds
toujours et en entier par les titulaires du duch, comme en faisant
partie intgrante.

Les prsentes lettres-patentes seront enregistres  la consulte-d'tat,
imprimes au bulletin des lois, et transcrites sur les registres du
snat,  sa premire session, et sur le grand livre qu'ouvrira  cet
effet notre chancelier garde-des-sceaux.

NAPOLON.



Milan, le 21 dcembre 1807.

_Discours de l'empereur et roi au corps lgislatif italien, aprs la
lecture des lettres-patentes gui prcdent._

Messieurs les possidenti, dotti et commercianti,

Je vous vois avec plaisir environner mon trne.

De retour, aprs trois ans d'absence, je me plais  remarquer les
progrs qu'ont faits mes peuples; mais que de choses il reste encore 
faire pour effacer les fautes de nos pres, et vous rendre dignes des
destins que je vous prpare!

Les divisions intestines de nos anctres, leur misrable gosme de
ville, prparrent la perte de tous nos droits. La patrie fut dshrite
de son rang et de sa dignit, elle qui, dans des sicles plus loigns,
avait port si loin l'honneur de ses armes et l'clat de ses vertus. Cet
clat, ces vertus, je fais consister ma gloire  les reconqurir.

Citoyens d'Italie, j'ai beaucoup fait pour vous; je ferai, plus encore.
Mais de vtre ct, unis de coeur comme vous l'tes d'intrt avec
mes peuples de France, considrez-les comme des frres ans. Voyez
constamment la source de notre prosprit, la garantie de nos
institutions, celle de notre indpendance, dans l'union de cette
couronne de fer avec ma couronne impriale.




LIVRE SIXIME.



EMPIRE.

1808.



Paris, le 6 janvier 1808.

_Notes extraites du Moniteur._

[5]Nous sommes autoriss  dclarer qu'il n'a t pris, pendant les
confrences de Tilsitt, aucun engagement secret dont l'Angleterre puisse
se plaindre, et qui la concerne en aucune manire. Pourquoi le cabinet
de Londres, s'il est instruit d'engagemens secrets, contraires aux
intrts de l'Angleterre, ne les fait-il pas connatre? Son manifeste
deviendrait inutile, et la seule communication de ces articles secrets
justifierait sa conduite aux yeux de l'Europe, et redoublerait la bonne
volont et l'nergie de tout citoyen anglais. Mais c'est l'usage de
ce gouvernement de partir d'une assertion fausse pour autoriser ses
injustices, et pour chercher  justifier les vexations qu'il fait
prouver sans distinction  tous les peuples du monde. Lorsqu'il jugea
convenable de ne point excuter l'article du trait d'Amiens qui
exigeait l'vacuation de Malte, il fit dire au roi dans un message au
parlement: que tous les ports franais taient remplis de vaisseaux
prts  effectuer une descente en Angleterre, et l'Europe entire
sait s'il y avait alors le moindre armement dans les ports de France.
Lorsqu'il voulut ravir quelques millions de piastres, que quatre
frgates espagnoles rapportaient du continent de l'Amrique, il fit
un mensonge non moins grossier, pour justifier l'agression la plus
honteuse. Lorsqu'enfin, il veut excuser l'inexcusable expdition de
Copenhague, il a recours  des suppositions d'une fausset vidente pour
toute l'Europe.

[Note 5: Cette note est une rponse aux plaintes que faisait le
gouvernement anglais sur des engagement secrets auxquels aurait souscrit
la Russie lors du trait de Tilsitt.]

Mais si les dngations formelles de la Russie et de la France, si
l'exprience si souvent renouvele de l'infidlit des assertions de
l'Angleterre, si le dfi qu'on lui fait de donner connaissance de
quelque article secret du trait de Tilsitt qui serait contraire  ses
intrts, ne suffisent point pour convaincre tout homme impartial, un
trs-petit nombre de rflexions prouvera que l'Angleterre ne croit pas 
ces engagemens secrets pris par la Russie contre elle.

En effet, si le cabinet de Londres croyait qu'il existait de tels
engagemens contre la France et la Russie, pourquoi, dans le moment mme
o il avait fait cette dcouverte, qui le portait  attaquer Copenhague,
ne faisait-il pas attaquer l'escadre russe dans la Mditerrane, et lui
permettait-il de franchir librement le dtroit de Gibraltar? Pourquoi
trois vaisseaux russes, qui venaient de la mer du Nord, traversaient-ils
l'escadre anglaise qui bloquait Copenhague? Pourquoi, s'il tait
vrai que des conditions secrtes eussent t stipules  Tilsitt, au
dsavantage de l'Angleterre, le cabinet de Londres recourait-il  la
mdiation de la Russie pour concilier ses diffrens avec le Danemarck?
Que ses ministres soient au moins d'accord avec eux-mmes, et qu'ils
ne disent pas quelques pages plus bas ces propres mots: Et cependant
jusqu' la publication de la dclaration russe (c'est--dire jusqu'en
novembre), S.M. n'avait aucune raison de souponner que, quelle que pt
tre l'opinion de l'empereur de Russie sur les vnemens de
Copenhague, elle pt empcher S.M.I. de se charger,  la demande de la
Grande-Bretagne, de ce mme rle de mdiateur. Ainsi les Anglais ont eu
recours  la mdiation de la Russie pour s'arranger avec le Danemarck
plus de trois mois aprs le trait de Tilsitt; et ils prtendent, comme
on le verra encore plus bas, n'avoir fait l'expdition de Danemarck, que
pour s'opposer  l'excution des ces arrangemens de Tilsitt, et pour
djouer un des objets de ces arrangemens. Ils se sont empars des
vaisseaux danois,  cause des arrangemens que l'empereur de Russie
avait faits  Tilsitt; ils ont laiss passer librement les vaisseaux de
l'empereur de Russie; ils taient en paix avec la Russie, puisqu'ils
avaient recours  sa mdiation; il n'est donc pas vrai qu'ils crussent
alors que la Russie avait pris des arrangemens contre eux; il n'est donc
pas vrai qu'ils croient aujourd'hui que ces arrangemens ont exist. Que
cette malheureuse nation est dchue! par quels misrables conseils ses
affaires sont-elles diriges! Ses ministres, en arrtant un manifeste de
quelques pages, n'ont pas mme assez de bon sens et de rflexion pour
viter des contradictions aussi grossires.

[6]La bonne foi du cabinet de Londres parat ici dans tout son jour:
il esprait que l'empereur de Russie, aprs avoir pris des engagemens
contraires  l'Angleterre, y manquerait presque aussitt. Le
gouvernement anglais en juge sans doute d'aprs ses propres sentimens.
Il rvle son secret  toute la terre. Les traits qu'il signe ne sont
que des actes ventuels; les obligations qu'il contracte ne sont que des
engagemens simuls, qu'il tient ou qu'il viole au gr de ses caprices ou
de ses intrts. Nous le rptons, l'empereur de Russie n'a rien sign 
Tilsitt qui ft contraire aux intrts de l'Angleterre; mais s'il l'et
fait, son caractre, sa loyaut, n'autorisaient pas l'Angleterre 
penser qu'il aurait aussitt viol ses engagemens. Nous ne relverons
pas le ton de tout ce paragraphe o on reprsente la Russie cdant  un
moment d'alarme et d'abattement; les Russes y rpondront mieux que
nous. Nous remarquerons seulement la diffrence qui existe entre la
dclaration de la Russie et la rponse de l'Angleterre. On trouve dans
la premire le noble langage d'un prince qui respecte le rang suprme et
la dignit des nations; qui, s'il dit des faits honteux pour un tat, ne
les dit que parce qu'il y est forc pour exposer ses motifs de plainte.
Nous voyons au contraire, dans la rponse de l'Angleterre, la grossire
insolence d'un club oligarque qui ne respecte rien, qui cherche 
humilier par ses expressions, et qui, au dfaut de bonnes raisons, a
recours  des imputations calomnieuses, et  des sarcasmes outrageans.

[Note 6: L'Angleterre paraissait croire que l'empereur de Russie ne
tarderait pas  revenir  son systme.]

[7]Deux grandes nations gales en force, en courage, versaient des flots
du plus pur de leur sang pour le seul intrt des oppresseurs des mers:
ces calamits ont touch les deux souverains; ils ont voulu les faire
cesser, et l'empereur de Russie, lors mme qu'il tait anim par un si
puissant motif, a dsir faire sentir  l'Angleterre les effets de son
ancienne affection: il a demand que la France acceptt sa mdiation,
condition que la gnrosit de l'empereur de Russie a rendu moins
pnible  l'empereur des Franais. Elle pouvait l'tre cependant,
puisque la mdiation qu'il s'agissait d'accepter tait celle d'un prince
si nouvellement rconcili avec la France; et cette mdiation ainsi
propose, ainsi accueillie, l'Angleterre, au lieu de l'accepter
avec empressement, a rpondu  tant de gnrosit avec une dfiance
insultante; elle a demand qu'avant tout, on lui communiqut les
articles secrets du trait de Tilsitt qui la concernaient; on lui a
rpondu qu'il n'existait pas d'articles secrets qui la concernassent, et
il aurait fallu sans doute, que l'empereur de Russie en forget exprs
pour dissiper un odieux soupon: lui qui, dans les ngociations, a eu
toujours  coeur de laisser la porte ouverte aux arrangemens entre la
France et l'Angleterre. Il n'avait pas lieu de s'attendre  tre si mal
rcompens de soins si gnreux. En vrit, il est difficile de porter
plus loin l'oubli de toutes les convenances, de tout sentiment et de
toute raison.

[Note 7: Dans le paragraphe qui a motiv cette note, l'Angleterre
exigeait de la Russie communication des prtendus articles secrets qui
la concernaient.]

[8]Les ministres de Londres manquent de mmoire d'une manire bien
trange. S'ils voulaient persuader  l'Europe qu'ils n'avaient aucune
liaison avec la Russie lorsque la guerre a clat entre la France et la
Prusse, il fallait effacer de tous les souvenirs, retirer de tous les
documens publics, les pices qu'ils firent imprimer sur les vnements
de 1805. Ces pices publies par l'Angleterre, ont appris que le cabinet
de Londres, pour loigner l'orage qui se prparait  Boulogne, fit alors
un trait avec la Russie et l'Autriche. Ce fut contre opinion du prince
Charles et de tous les hommes clairs, qu'une arme autrichienne se
prcipita sur l'Iller. La faction que le gouvernement anglais avait
alors  Vienne, n'examina pas s'il convenait aux puissances de la
coalition d'attendre que les troupes russes fussent runies aux troupes
autrichiennes: ce retard de trois mois effrayait l'Angleterre; les
longues nuits de l'automne la menaaient d'un trop grand pril, et
Cobentzel envoya la note qui dcidait la guerre, au moment mme o
l'arme de Boulogne tait embarque; et Mack finissait ses destins 
Ulm, tandis que les Russes taient encore en Pologne. Lorsqu'on
peut rpondre  l'Angleterre par des faits aussi publics, comment
nierait-elle que c'est pour elle, et pour elle seule, que l'Autriche et
la Russie ont fait la guerre? L'Autriche ne tarda point  conclure
sa paix; la Russie resta en guerre avec la France. Depuis, un
plnipotentiaire russe signa un trait de paix  Paris; la Russie ne le
ratifia point, par la seule raison qu'ayant fait la guerre avec vous,
c'tait avec vous qu'elle voulait faire la paix. Ainsi, aprs avoir fait
la guerre pour l'Angleterre, c'est encore pour elle que la Russie n'a
pas fait la paix; c'est encore pour elle que la Russie a continu la
guerre. Ce n'est point pour la Prusse, parce que la Russie ne devait
rien  cette puissance; elle ne devait rien  cette puissance, parce que
la Prusse, aprs avoir sign  Berlin un trait de coopration, l'avait
presque aussitt fait dsavouer  Vienne, s'tait spare de ses
allis, et avait conclu avec la France ses arrangemens particuliers. La
possession du Hanovre, dsire par la Prusse, l'avait t non-seulement
sans l'intention de la Russie, mais contre ses intrts et sa volont.
C'est encore une vrit historique, que la Prusse a arm sur le bruit du
trait de paix sign  Paris par M. Doubril, et d'aprs l'assurance qui
lui fut donne par le marquis de Lucchesini, que, par un article secret
de ce trait, la Pologne avait t cde au grand-duc Constantin. Cet
inconcevable cabinet de Berlin, aprs avoir tromp tout le monde, avait
enfin t pris dans ses propres filets. Il est donc vrai que lorsque la
Prusse arma en 1806, ce fut tout  la fois contre la France et contre
la Russie; il n'est pas moins vrai que la bataille d'Ina avait dj
dtruit l'arme prussienne, que les Franais taient dj  Berlin et
sur l'Oder, lorsqu'il n'y avait point encore de trait entre la Prusse
et la Russie. La Russie dut marcher sur la Vistule,  cause de l'tat
de guerre o elle se trouvait avec la France depuis 1805, et pour se
dfendre elle-mme. Cette confusion des vnemens les plus rcens, cette
ignorance des affaires de nos jours, sont dignes de l'administration
actuelle de l'Angleterre. Toute cette conduite enfin dcle l'gosme et
le machiavlisme de ce cabinet.

[Note 8: L'Angleterre se dfend d'avoir eu, plus que la Russie, un
intrt immdiat  la guerre de Prusse.]

[9]Ainsi l'empereur de Russie n'est pas fond  se plaindre de ce que,
pendant qu'il tait aux prises avec l'arme franaise, le cabinet
de Londres employait les forces britanniques pour le seul profit de
l'Angleterre. Si l'escadre anglaise qui a forc les Dardanelles, avait
voulu se combiner avec l'escadre russe, si elle avait pris  bord les
dix mille hommes qui ont t envoys en gypte, si elle les avait runis
aux douze mille Russes de Corfou, l'attaque de Constantinople et t
une diversion efficace pour la Russie. La conduite de l'Angleterre fut
dans un sens tout oppos: aprs avoir subi  Constantinople une honte
ineffaable, elle fit son expdition d'Egypte, qui n'affaiblissait pas
le grand-visir d'un seul homme, et qui n'avait rien de commun avec la
querelle dans laquelle elle avait engag la Russie.

[Note 9: La dclaration anglaise cherche  repousser le reproche
qu'on lui adressait de n'avoir rien tent en faveur de ses allis.]

Ainsi l'empereur de Russie ne doit s'en prendre qu' lui, puisqu'il n'a
pas voulu attendre les secours que l'Angleterre tait dispose  lui
accorder. Mais ces secours, il fallait les faire marcher lorsque
Dantzick tait encore dans la possession de Kalkreuth. Si aux douze
mille hommes qui ont mis bas les armes et capitul dans les rues de
Bunos-Ayres, l'Angleterre avait joint les quinze mille hommes qui
depuis ont incendi Copenhague, ces forces n'auraient pas sans doute
fait triompher les armes britanniques; la France tait en mesure;
elle estimait assez l'Angleterre pour avoir compt sur de plus grands
efforts; mais la Russie n'avait pas  se plaindre. Il importait bien peu
au cabinet de Londres que deux nations du continent s'entr'gorgeassent
sur la Vistule; les trsors de Monte-Vido et de Bunos-Ayres excitaient
sa cupidit, et Dantzick n'a point t secouru.

S. M., disent les ministres, faisait les plus grands efforts pour
remplir l'attente de son alli. Et qu'ont produit ces grands efforts?
L'arrive de six mille Hanovriens  l'le de Rugen, au mois de juillet,
c'est--dire, un mois aprs que la querelle tait termine. N'tait-il
pas vident qu'une si misrable expdition avait t conue dans le
seul but d'occuper le Hanovre, si l'arme russe avait t victorieuse?
n'est-il pas vident qu'elle n'arrivait  Rugen que pour le compte de
l'Angleterre? n'est-it pas vident que si l'arme franaise avait t
victorieuse, un secours de six mille hommes n'aurait t d'aucun effet?
n'est-il pas vident qu'au mois de juillet, l'arme franaise devait
tre victorieuse ou battue? n'est-il pas vident que les vingt mille
Espagnols, que les quarante mille Franais venus de l'arme d'Italie, et
dont une partie s'tait trouve disponible par la sret que donnait
 la France les expditions d'Egypte et de Bunos-Ayres, runis aux
vingt-quatre mille Hollandais qui taient  Hambourg, formaient au mois
de juillet une arme plus que suffisante pour anantir tous les efforts
de l'Angleterre?

Ce n'est donc pas au mois de juillet qu'il fallait envoyer des secours.
C'tait en avril. Mais alors la lgion hanovrienne n'tait point forme,
et avant qu'on pt faire marcher ce ramas de dserteurs trangers, les
ministres n'avaient  leur disposition que des troupes nationales, et
nous dirons pourquoi ils n'aiment pas  en disposer. Les quinze mille
hommes de Bunos-Ayres, runis  quinze mille hommes des milices de la
Grande-Bretagne, pouvaient fournir au mois d'avril une arme de trente
mille Anglais; mais ce n'tait point l ce qui convenait au cabinet
de Londres: le sang des peuples du continent doit seul couler pour
la dfense de l'Angleterre. Qu'on lise attentivement les dbats du
parlement, on y trouvera le dveloppement de cette politique; et c'est
de cette politique que la Russie se plaint justement. Elle avait le
droit de voir dbarquer quarante mille Anglais au mois d'avril, ou 
Dantzick ou mme  Stralsund. L'Angleterre l'a-t-elle fait? Non; l'a-t
elle pu faire? Si elle rpond ngativement, elle est donc une nation
bien faible et bien misrable; elle a donc bien peu de titres pour tre
si exigeante envers ses allis. Mais ce qui manquait aux ministres,
c'tait la volont; il ne leur faut que des oprations de pirates; ils
calculent les rsultats de la guerre  tant pour cent; ils ne songent
qu' gagner de l'argent, et les champs de la Pologne n'offraient que
des dangers et de la gloire; et si l'Angleterre avait enfin pris part
 quelques combats, du sang anglais aurait t vers; le peuple de la
Grande-Bretagne, en apprenant quels sacrifices exige la guerre, aurait
dsir la paix; le deuil des pres, des mres pleurant leurs enfans
morts au champ d'honneur, aurait peut-tre fait natre enfin, dans le
coeur des ministres, ces mmes sentimens qu'une longue guerre a inspirs
aux Franais, aux Russes, aux Autrichiens. Le cabinet britannique
n'aurait pu se dfendre  son tour d'avoir horreur de la guerre
perptuelle, ou bien les hommes de sang qui le composent seraient
devenus l'excration du peuple. Il n'en est pas de la guerre de terre
comme de la guerre de mer: la plus forte escadre n'exige pas quinze
mille hommes parfaitement approvisionns et n'ayant  souffrir aucune
privation; le plus grand combat naval n'quivaut pas une escarmouche
de terre, il cote peu de sang et de larmes. La France, l'Autriche, la
Russie emploient  la guerre des armes de quatre cent mille hommes, qui
sont exposs  tous les genres de dangers et qui se battent tous les
jours. Le dsir de la paix nat au sein mme de la victoire; et pour
des souverains pres de leurs sujets, il se place bientt parmi leurs
sentimens les plus chers. De tous les gouvernemens, l'oligarchie est le
plus dur; lui mme cependant est aussi ramen vers la paix, quand la
guerre cote tant de victimes. Le systme qui a conduit l'Angleterre 
ne point secourir ses allis, est la suite de son gosme, et l'effet
de sa maxime barbare d'une guerre perptuelle. Le peuple anglais ne se
rvolte point  cette ide, parce qu'on a soin d'loigner de lui les
sacrifices de la guerre. C'est ainsi que, pendant quatre coalitions,
nous avons vu l'Angleterre rire a l'aspect des malheurs du continent,
alimenter son commerce de sang humain, et se faire un jeu des scnes de
carnage auxquelles elle ne prenait point de part. Elle rentrera dans
l'estime de l'Europe, elle sera digne d'avoir des allis quand elle se
prsentera en front de bandire avec quatre-vingt mille hommes; alors,
quel que soit l'vnement, elle ne voudra pas une guerre perptuelle;
son peuple ne se soumettra point aux caprices d'une ambition
dsordonne, ses allis ne seront pas ses victimes. C'est en se battant
que les Russes, les Autrichiens, les Franais ont appris  s'estimer;
c'est en se battant qu'ils ont appris  faire cder les passions
haineuses ou cruelles au dsir de la paix. L'Angleterre a acquis sa
supriorit sur les mers par la trahison  Toulon et dans la Vende:
elle n'a expos aux convulsions qu'elle a suscites, que quelques
vaisseaux et quelques milliers d'hommes; elle n'a prouv ni le besoin
de la paix, ni les pertes sanglantes de la guerre. Mais il est naturel
que le continent veuille la paix, et que les puissances continentales
aient en horreur la rpublique d'Angleterre.

[10] Il est vrai que la cour de l'amiraut n'a condamn qu'un seul
btiment russe; mais ce raisonnement n'en est pas moins faux: plus de
cent btimens russes ont t dtourns de leur navigation, assujettis
 d'odieuses visites et retenus en Angleterre. Depuis le manifeste du
cabinet de Londres, plus de douze de ces vaisseaux arrts pendant que
les Russes se battaient pour la cause de l'Angleterre, ont dj t
condamns. Ce n'est donc point  la cour de l'amiraut qu'il fallait
s'adresser pour vrifier les sujets de plaintes de la Russie: ce sont
les registres des croiseurs, ce sont ceux des capitaines de ports qu'il
faut consulter. C'est une trange manire de chercher  persuader qu'on
n'a point de torts, que de chercher les preuves de ces torts o elles ne
sont pas.

[Note 10: Rfutation des griefs de la Russie, qui se plaignait des
vexations que son commerce avait prouves de la part des Anglais.]

[11] Le sophisme et l'hypocrisie ajoutent encore au sentiment de dgot
qu'on prouve en lisant de telles absurdits. Quelque horrible que
soit le principe de la guerre perptuelle, il serait moins honteux
de l'avouer: il y a une sorte de grandeur  proclamer hautement la
sclratesse; l'Angleterre dit qu'elle n'a pas refus la mdiation
offerte par l'empereur de Russie, et le mme jour o parut sa note en
rponse  cette offre, ses troupes entrrent  Copenhague, dclarant
ainsi la guerre, non-seulement  la Russie, mais  l'Autriche, mais 
tout le continent. Sa rponse au cabinet de Saint-Ptersbourg a t lue
 la lueur de l'incendie de Copenhague. Que disait cette rponse? Que
l'Angleterre voulait connatre les bases de la ngociation; ressource
misrable lorsqu'il s'agit de si grands intrts. Lord Yarmouth, Lord
Lauderdale connaissent ces bases: qu'on leur demande s'ils pensent que
la France voulait la paix? La base la plus dsirable se trouvait nonce
dans les notes de la Russie, puisqu'elle offrait sa mdiation pour
une paix juste et honorable. L'Angleterre demandait une garantie, et
l'empereur de Russie offrait la sienne. Etait-il sur la terre une
garantie plus puissante et plus auguste? Quant  la communication
des articles secrets vous concernant, qu'aviez-vous donc  demander,
puisqu'ils n'existaient pas? et que vouliez-vous rellement? refuser
la mdiation? Vous l'avez refuse, et la main qui a sign ce refus
dgouttait du sang des Danois, le plus cher et le plus ancien des allis
de la Russie.

[Note 11: L'Angleterre cherche  colorer son refus d'accepter la
mdiation de la Russie pour traiter avec la France.]

[12] La Prusse avait perdu tous ses tats; Memel tait au moment
d'chapper au pouvoir du roi. Le cabinet de Londres tait une des causes
de cette situation malheureuse, en insinuant  la Prusse que la France
voulait remettre le Hanovre au roi d'Angleterre. Est-ce avec le secours
des Anglais que le roi de Prusse est sorti d'une position dsespre?
C'est l'empereur de Russie qui a combattu pour lui et qui lui a fait
restituer sa couronne. Voil une trange manire d'abandonner ses
allis. Les anciens allis de l'Angleterre seraient bien heureux s'ils
n'avaient  se plaindre que d'un abandon de cette espce. Sans doute la
France a propos deux fois  la Prusse une paix spare, mais il
tait bien entendu, lorsqu'elle n'avait pas pour elle la gnreuse
intervention de la Russie, que le territoire prussien n'aurait t
vacu que quand les Anglais auraient eux-mmes fait la paix.

[Note 12: Elle prtexte l'abandon des intrts de la Prusse.]

[13] Ce paragraphe ne contient que des assertions fausses. Aucune
nouvelle contribution n'a t mise sur les tats prussiens, mais celles
qui avaient t imposes pendant la guerre doivent tre acquittes. Tous
les pays entre le Nimen et la Vistule, formant une population de plus
d'un million, ont t vacus. Le reste ne l'est pas: il n'a pas d
l'tre, parce que le trait n'a pas fix le temps; parce que les
arrangemens pralables avec le roi de Prusse ne sont pas termins; parce
que l'expdition de Copenhague est venue jeter de nouvelles incertitudes
dans les affaires du Nord de l'Europe; parce que le ministre de Prusse,
qui, selon l'ancienne politique de son cabinet, a si bien instruit le
cabinet britannique par de fausses confidences, est encore  Londres;
parce que les vaisseaux anglais ont t reus  Memel; parce
qu'enfin dans la circonstance extraordinaire o les injustices de
la Grande-Bretagne ont plac l'Europe, la Russie et la France ont 
s'entendre.

[Note 13: Elle allgue la conduite de la France  l'gard de la
Prusse.]

Quant  la mort d'individus sujets de S. M. prussienne, et  la remise
de forteresses prussiennes qui n'avaient pu tre rduites pendant la
guerre, ces assertions sont tout  fait inintelligibles. La France a, au
contraire, rendu deux forteresses de plus  la Prusse, Cassel et Gratz.
Les Franais font la guerre loyalement, et assurment ils ne tuent
point les sujets paisibles des pays conquis; ils ne prennent pas les
proprits des particuliers, ils les protgent. Peuples du continent,
lisez le code maritime de l'Angleterre, et vous verrez quel serait son
code terrestre si elle tait puissante sur terre comme sur mer. Elle ne
s'empare pas seulement des vaisseaux des princes avec lesquels elle
est en guerre, mais aussi des vaisseaux marchands qui transportent des
proprits prives. Il n'y a aucune diffrence, aux yeux de l'quit,
entre les magasins de marchandises appartenant  des particuliers dans
les provinces conquises, et les marchandises qui appartiennent  des
ngocians et qui naviguent sur btimens marchands; il n'y a point de
diffrence, sous le rapport de l'quit, entre les vaisseaux marchands
et les convois de marchandises transportes par terre de Hambourg 
Berlin, ou de Trieste en Allemagne. Et a-t-on jamais vu les armes
franaises arrter des convois? n'a-t-on pas vu lord Keith vouloir
s'emparer  Gnes des vaisseaux qui taient dans le port, et des denres
qui se trouvaient chez les marchands de cette ville? il ne faisait
l qu'une application  la terre des principes du code maritime de
l'Angleterre. Les Autrichiens et le prince Hohenzollern qui les
commandait, furent indigns de ces vexations; ils s'y opposrent, et
la journe de Marengo amenant, quelques jours aprs, les Franais dans
Gnes, y ramena aussi la scurit sur les proprits prives. D'o
viennent donc des procds si diffrens? Les uns sont le rsultat de la
politique atrabilaire, injuste de l'Angleterre, les autres sont le fruit
de la politique librale et de la civilisation de la France. Si,  son
tour, elle dominait sur les mers, on ne la verrait attaquer que les
vaisseaux arms; on la verrait protger mme les proprits appartenant
aux sujets des tats avec lesquels elle serait en guerre. Si l'on veut
comparer l'esprit de libralit et la civilisation des deux nations,
il faut prendre pour termes de cette comparaison le code des Franais
pendant la guerre de terre, et son application aux individus et aux
proprits, et le code maritime des Anglais, et son application aux
individus et aux proprits qui se trouvent sur les mers.

Mais quel est le motif qui a port les ministres de Londres  faire
mention de la Prusse dans ce manifeste? est-ce l'intrt de la Prusse?
Mais si l'intrt de la Prusse les avait touchs, ils auraient accept
la mdiation de l'empereur de Russie. Pourquoi publier aujourd'hui ce
paragraphe indiscret qui laisse voir clairement que l'esprit qui a fait
faire tant de faux pas au cabinet de Berlin s'agite encore? est-ce pour
tre utile  la Prusse, et lui concilier l'intrt de la France dont
elle a tant besoin dans ces circonstances?

La France a vacu beaucoup de pays, et l'Angleterre n'en a pas vacu
un seul, et la base pralable de toutes ses ngociations est _l'uti
possidetis_. Lorsque les Franais traitent avec leurs ennemis, ou ils
changent les gouvernemens coupables de s'tre unis  l'Angleterre contre
les intrts du continent, ou, s'ils vacuent les pays conquis, ce n'est
qu'en consquence d'une paix solide dont toutes les stipulations sont
observes: et de mme qu'en ne les voit pas attaquer leurs allis sans
dclaration de guerre, surprendre leurs capitales par trahison, de mme
on ne les voit pas abandonner une place avant que les ngociations
aient dcid de son sort. Les Anglais attaquent pour dpouiller, et se
retirent aprs le pillage et l'incendie. Cette guerre leur convient,
car c'est celle des pirates. Puisqu'ils taient entrs  Copenhague, il
fallait qu'ils y demeurassent jusqu' la paix. Ils ont joint  la honte
d'une entreprise atroce, le dshonneur d'une fuite honteuse.

Mais s'il tait vrai que les Franais fussent exigeans envers leurs
ennemis, il faut le dire, comment ne le seraient-ils point? Ils ont huit
cent mille hommes sur pied, et ils sont prts  tous les sacrifices pour
doubler encore leurs forces si cela tait ncessaire: non que les armes
soient leur mtier naturel, et que tant de bras arrachs  la culture
d'un sol si fertile, ne soient pas pour eux un sensible sacrifice.
Possesseurs d'un beau pays, ils voudraient se livrer aux conqutes du
commerce et de l'industrie; mais votre tyrannie les en empche. C'est un
gant que vous avez excit et que vous irritez sans cesse. Depuis quinze
ans vos injustices n'ont fait qu'ajouter  son nergie et  sa puissance
que votre persvrance dans la tyrannie doit accrotre encore.
Non-seulement il ne posera pas les armes, mais il augmentera ses forces
jusqu' ce qu'il ait conquis la libert des mers qui est son premier
droit et le patrimoine de toutes les nations. Si les suites affligeantes
de la guerre se prolongent, si le sjour des troupes franaises est 
charge aux pays qu'elles occupent, c'est  vous qu'il faut s'en prendre:
tous les maux qui ont tourment l'Europe sont venus de vous seuls. Les
lieux communs diplomatiques ne rsolvent pas de si grandes questions.
Quand vous voudrez la paix, la France sera prte  la faire; vous ne
pouvez l'ignorer, vous ne l'ignorez point. On peut citer  ce sujet une
anecdote qui est gnralement connue. Lorsque la garde impriale partit
pour Jna, et que l'on sut que peu de jours aprs l'empereur devait
partir pour l'arme, lord Lauderdale demanda  M. de Champagny si, dans
le cas o l'Angleterre ferait la paix, l'empereur Napolon consentirait
 s'arrter et  contremander la marche de ses troupes contre la Prusse:
l'empereur fit rpondre affirmativement. D'un seul mot vous auriez sauv
la Prusse. En prvenant la chute de cette puissance, vous mainteniez sur
l'Elbe cette barrire si ncessaire  vos intrts les plus chers, et
dont le rtablissement est dsormais impossible.

[14]L'empereur de Russie a du tre offens de la communication que fit
M. Canning  M. Ryder, et dans laquelle le ministre anglais se disait
certain que la Russie garantirait le Danemarck du juste ressentiment de
la France, si, aprs avoir laiss violer son indpendance et ravir sa
flotte, le Danemarck se constituait province anglaise. Ce mensonge ne
fit qu'irriter le prince royal: il ne pouvait en imposer  personne.
L'Angleterre voulait que la Russie garantt le Danemarck du ressentiment
de la France, tandis qu'elle dclarait qu'elle ne faisait violence au
Danemarck que pour se garantir des engagemens secrets contracts 
Tilsitt par l'empereur de Russie. On ne sait, en vrit, ce qui est ici
le plus frappant, ou la draison ou l'immoralit du cabinet de Londres.

[Note 14: Elle oppose  son refus d'accepter la mdiation de la
Russie, celui fait par cette puissance de lui servir de mdiatrice
envers le Danemarck.]

[15]Si l'empereur de Russie a montre  l'Angleterre les premiers
symptmes d'une paix renaissante depuis la paix de Tilsitt, il n'est
donc pas vrai qu'il ait conclu  Tilsitt des arrangemens secrets qui
l'avaient mis en inimiti avec l'Angleterre. Si ces dmonstrations ont
eu lieu au moment o l'on venait d'apprendre  Ptersbourg la nouvelle
de l'investissement de Copenhague, ce n'est pas que l'empereur de Russie
n'en prouvt aucun ressentiment; c'est qu'il concevait quelqu'espoir
d'adoucir la frocit de l'Angleterre par de bons procds; c'est qu'il
a dsir intervenir pour sauver son malheureux alli; c'est qu'ignorant
les causes de l'expdition de Copenhague, sachant qu'il n'y avait donn
lieu, ni directement, ni indirectement, il a pu croire pendant quelque
temps que l'Angleterre avait eu des motifs pour se porter  une dmarche
si importante. Mais il fut clair par les communications du prince
royal, par les propres communications de l'Angleterre, par le manifeste
du gnral anglais qui expliquait les odieuses prtentions de son
gouvernement; et alors il demanda que l'attaque de Copenhague cesst.
L'Angleterre lui rpondit en brlant Copenhague et en enlevant la
flotte.

[Note 15: Elle insinue que les premiers symptmes de bienveillance
envers elle n'ont eu lieu a Saint-Ptersbourg qu'au moment o la
nouvelle du sige de Copenhague venait d'y arriver.]

Aprs cette opration la plus funeste pour l'Angleterre de toutes les
entreprises qu'elle ait jamais formes, elle n'avait que deux partis 
prendre: ou continuer  occuper Copenhague, et elle ne l'osait pas;
ou vacuer Copenhague, et elle sentit que le Sund lui serait  jamais
ferm. Elle eut alors la lchet de recourir  la mdiation de la
Russie; elle mit  nu son caractre; elle crut qu'elle imposerait 
l'empereur Alexandre; mais elle ne put rien obtenir d'une dmarche que
cette opinion rendait offensante: la Russie lui rpondit par le silence
du mpris et en armant Cronstadt et ses ctes. Cette dmarche de
l'Angleterre prouve donc une seule chose; c'est qu'elle ne pensait pas
que la Russie et arrt  Tilsitt des articles secrets contraires  ses
intrts. Cette vrit dmontre dans ces notes de tant de manires,
fait crouler tout l'chafaudage du manifeste anglais.

[16]Comment l'Angleterre peut-elle ne pas convenir de l'inviolabilit
de la Baltique? Si cette mer n'est point une mer ferme, pourquoi les
vaisseaux anglais paient-ils  Elseneur?

[17]L'Europe va juger si ces conditions, sont en effet telles que la
guerre la plus heureuse de la part du Danemarck pourrait  peine les lui
faire obtenir. L'Angleterre demandait:

[Note 16: Elle nie avoir jamais acquiesc  la reconnaissance de
inviolabilit de la mer Baltique.]

[Note 17: Elle se targue des conditions avantageuses qu'elle offrait
au Danemarck.]

1 Que la marine danoise restt en dpt jusqu' la paix;

2 Que le juste ressentiment de l'outrage fait  Copenhague, ft place
 des sentimens d'amiti pour l'Angleterre;

3. Que les armes danoises prissent parti contre la France et fissent
la guerre pour l'Angleterre.

Il faut ajouter  tous les avantages que prsentaient de si belles
conditions accordes par l'Angleterre, la perte des possessions danoises
en Allemagne, dont la France se serait empare, et sur le territoire
desquelles elle aurait battu les Anglais, si elle leur avait permis d'y
descendre.

On chercherait vainement la trace de quelques calculs, de quelque
apparence de raison dans de tels raisonnemens. Le fait est que la
prcipitation et l'ignorance prsident aux conseils britanniques, et
qu'on ne peut trouver dans ce que ce gouvernement dit, fait ou veut, ni
but, ni vue, ni motif.

[18]Ainsi la Russie n'a point d'intrt  faire la guerre 
l'Angleterre, car les intrts du commerce et de la navigation ne
regardent pas les Busses: ils n'ont point d'intrt  l'indpendance de
la Baltique, car un arrt du conseil britannique a dchu la mer Baltique
de son indpendance; car une autre dcision du mme conseil peut dcider
qu'ils n'ont point d'intrt  la navigation de la Newa. Le but que se
proposent toutes les puissances en rtablissant la libert des mers,
et en rendant la paix  l'Europe, est un but tranger  la Russie. La
Russie a retir depuis cent ans un si grand avantage de ses liaisons
avec l'Angleterre, qu'elle n'a plus rien  dsirer. Ce grand avantage
consiste dans un trait de commerce qui a entrav, ruin l'industrie et
le commerce en Russie; mais puisque ce trait a contribu minemment
 la prosprit de l'Angleterre, qu'importe qu'il quivaille pour la
Russie au flau d'une gele perptuelle?

[Note 18: La Russie, suivant elle, se trouve engage dans une guerre
contraire  ses Intrts.]

[19]S. M. britannique prouve ici un trange embarras, et son conseil
n'est pas fertile en expdiens. La France, l'Autriche, la Russie
demandent que la flotte danoise soit rendue; que des rparations soient
faites au prince royal; que le peuple anglais, imitant ce que fit le
peuple romain en pareille circonstance, mette  la disposition du
prince royal, celui qui a conseill au roi d'Angleterre l'expdition de
Copenhague; que les maisons incendies  Copenhague soient reconstruites
aux frais de l'Angleterre; et qu'enfin S. M. britannique montre qu'elle
dsavoue l'outrage fait  tous les souverains. Il y a loin de l aux
propositions que fait l'Angleterre.

[Note 19: Elle allgue les efforts qu'elle a faits pour terminer la
guerre avec le Danemarck.]

[20]Quand on veut soutenir une cause trangre a toute justice,  toute
vrit; il faut du moins le faire avec talent, et ce talent ne se
manifeste point par l'aveu fort remarquable que contient ce paragraphe.
La dernire ngociation entre la France et l'Angleterre, a t rompue
pour des points qui touchaient immdiatement, non les intrts de S. M.
britannique, mais ceux de son alli imprial. Peuples de l'Europe, vous
l'entendez! Ce n'est pas la France qui s'est oppose  la paix, ce ne
sont pas des intrts importans pour l'Angleterre qui ont empch la
paix, c'est la Russie seule qui alors y mettait obstacle. Eh bien!
lorsque cet obstacle n'existe plus, pourquoi l'Angleterre se
refuse-t-elle  la paix? pourquoi, au lieu de ngocier, demande-t-elle
sur quelles bases veut traiter la France? pourquoi continue-t-elle 
violer tous les pavillons? pourquoi maintient-elle le monde entier dans
cet tat d'irritation et de violence qui opprime tous les peuples, qui
est  charge  tous les souverains? Tout Anglais doit rougir d'tre
gouvern par de tels hommes.

[Note 20: Elle repousse l'ide de la conclusion d'un trait avec la
France, et s'excuse sur la forme offensante que la Russie aurait donne
 cette proposition.]

Nous ne relevons point la phrase qui termine ce paragraphe. Le langage
insultant de souverain  souverain n'avilit que celui qui se le permet.
L'empereur de Russie mprisera l'insulte de l'Angleterre; mais la nation
russe ne manquera pas de s'en ressouvenir. On ne voit pas ce que le
manifeste aurait perdu  la suppression de cette phrase et de beaucoup
d'autres. La plus haute estime runit la France et la Russie; leur union
fait le dsespoir de l'Angleterre, et lui sera funeste. Si l'Angleterre
avait voulu qu'elle n'et pas lieu, il ne fallait pas faire l'expdition
de Copenhague; il fallait ouvrir des ngociations pour arriver  cette
paix, d'autant plus facile  conclure, que, selon les ministres anglais,
elle n'a t rompue que pour des points qui touchaient immdiatement aux
intrts de S. M. impriale.

[21]Ce qui a maintenu la puissance maritime de l'Angleterre, ce ne
sont ni des principes, ni des maximes tyranniques; c'est la politique,
l'nergie, le bon sens, la bonne conduite de vos pres; c'est la
division qu'ils ont souvent eu l'adresse de semer sur le continent. Ce
qui contribuera essentiellement  sa ruine, c'est l'inconsidration, la
prcipitation, la violence et la folle arrogance de leurs successeurs.
L'empereur de Russie dsire la paix maritime; l'Autriche, la France,
l'Espagne partagent les mmes sentimens.

[Note 21: Elle s'taie des principes de droit maritime auxquels elle
attribue sa prosprit.]

Vous avez dit que la ngociation avec la France n'avait t rompue que
pour des points qui touchaient les intrts de la Russie; pourquoi
donc aujourd'hui, nous le rptons encore, continuez-vous la guerre?
Pourquoi? c'est que vous ne voulez pas la paix.

C'est parce que vous ne voulez pas la paix que vous levez des questions
inutiles. La France, l'Autriche, l'Espagne, la Hollande, Naples, disent
comme l'empereur de Russie, qu'ils proclament de nouveau les principes
de la neutralit arme. Ces puissances ont sans doute le droit de
dclarer les principes qui doivent tre la rgle de leur politique;
elles ont le droit de dire  quelles conditions il leur convient d'tre
neutres ou ennemies. Vous proclamez de nouveau les principes de vos
lois maritimes; eh bien! cette opposition de principes ne sera point un
obstacle au rtablissement de la paix; ils ne sont de part et d'autre
d'aucun effet en temps de paix; ils ne trouvent leur application que
quand vous tes en guerre avec une puissance maritime; mais alors chaque
gouvernement a le droit et le pouvoir de considrer comme une hostilit
la premire violation de son pavillon. Les circonstances o vous vous
trouvez, dcideront la conduite que vous tiendrez alors; si c'est avec
la France que vous tes en guerre, vous ne la jugerez pas une puissance
assez faible pour qu'il vous soit indiffrent de vous attirer d'autres
ennemis, et vous userez de mnagemens avec le reste de l'Europe. Vous
n'en tes venus  insulter tous les pavillons, qu'aprs avoir eu
l'adresse d'armer tout le continent contre la France. Vos principes
maritimes ont alors chang, et ils ont t plus violens, plus injustes 
mesure que vos liaisons continentales se resserraient, ou que vos allis
soutenaient plus pniblement la lutte dans laquelle vous les aviez
engags. C'est ainsi que quand la Russie tait oblige de runir tous
ses moyens contre les Franais en Pologne, vous avez viol son pavillon;
vous lui avez refus pour son trait de commerce, des concessions que
vous vous tes montrs disposs  lui accorder, lorsqu'elle n'a plus eu
d'ennemis  combattre. Les puissances du continent, en proclamant de
nouveau les principes de la neutralit arme, ne font autre chose que
d'noncer les maximes qu'elles se proposent d'adopter dans la prochaine
guerre maritime. Vous ne pouvez les empcher de diriger leur politique
comme elles l'entendent; elles usent en cela d'un droit qui appartient
 tous les gouvernemens, et  l'usurpation duquel elles n'auraient 
opposer que l'_ultima ratio regum_. De votre ct, vous proclamez les
principes de vos lois maritimes, c'est--dire, les principes dont vous
voulez vous servir  la prochaine guerre. Le continent n'a aucun intrt
 exiger de vous  cet gard ni des dclarations, ni des renonciations;
les dclarations seraient inutiles ds le moment o vous croiriez
pouvoir les oublier impunment; des renonciations sont sans objet, car
on ne renonce point  des droits qu'on n'a pas. Si l'on juge de ce que
vous ferez par ce que vous avez fait jusqu' ce jour, on en conclura
que vous n'exigerez des puissances du continent, ni dclaration, ni
renonciation; et comme elles n'en exigeront pas de vous, il n'y a donc
aucune question  discuter, aucune difficult  rsoudre; il n'y a donc
rien ici qui puisse retarder d'un jour les bienfaits de la paix. Si
cependant vous leviez l'trange et nouvelle prtention d'imposer  la
France et autres puissances du continent, par un acte de votre seule
volont, l'obligation de souscrire  vos lois maritimes, ce serait la
mme chose que si vous exigiez que la lgislature et la souverainet de
la Russie, de la France, de l'Espagne, fussent transportes  Londres:
belle prrogative pour votre parlement. Ce serait la mme chose que si
vous proclamiez la guerre perptuelle, ou du moins que si vous mettiez
pour terme  la guerre, le moment o vos armes se seraient empares de
Ptersbourg, de Paris, de Vienne et de Madrid. Mais si tel n'est point
le fond de votre pense, il n'y a donc plus aucun obstacle  la paix.
Car, selon vos propres expressions, les ngociations n'ont t rompues
que pour des points qui touchaient immdiatement, non les intrts de S.
M. britannique, mais ceux de son alli imprial; car l'alli imprial
de S. M. britannique vous a fait connatre que la paix est dsormais le
principal but de ses voeux, le principal objet de son intrt.



Paris, le 4 fvrier 1808.

_Lettre de S. M. l'empereur et roi,  madame mre._

Madame.

J'ai lu avec attention les procs-verbaux du chapitre-gnral des soeurs
de la Charit. J'ai fort  coeur de voir s'augmenter et s'accrotre le
nombre des maisons et des individus de ces diffrentes institutions,
ayant pour but le soulagement et le soin des malades de mon empire.

J'ai fait connatre  mon ministre des cultes ma volont, que les
rglemens de ces diffrentes institutions fussent rviss et arrts
dfinitivement par mon conseil, dans l'anne. Je dsire que les chefs
des diffrentes maisons sentent la ncessit de runir des institutions
spares autant que cela sera possible; elles acquerront plus de
considration, trouveront plus de facilits pour leur administration,
et auront droit  ma protection spciale. Toutes les maisons que les
dputs ont demandes, tous les secours de premier tablissement et
secours annuels que vous-avez jug convenable de demander pour elles,
seront accords. Je suis mme dispos  leur faire de nouvelles et
de plus grandes faveurs, toutes les fois que les diffrens chefs des
maisons seconderont de tous leurs efforts et de tout leur zle le voeu
de mon coeur pour le soulagement des pauvres, et en se dvouant avec
cette charit que notre sainte religion peut seule inspirer au service
des hpitaux et des malheureux. Je ne puis, madame, que vous tmoigner
ma satisfaction du zle que vous montrez et des nouveaux soins que vous
vous donnez. Ils ne peuvent rien ajouter aux sentimens de vnration et
 l'amour filial que je vous porte. Votre affectionn fils.

NAPOLON.



Paris, le 15 fvrier 1808. _Message de S. M. au Snat-conservateur._

Snateurs,

Nous avons jug convenable de nommer notre beau-frre le prince Borghse
 la dignit de gouverneur-gnral, rige par le snatus-consulte
organique du 2 du prsent mois. Nos peuples des dpartemens au-del des
Alpes reconnatront dans la cration de cette dignit, et dans le
choix que nous avons fait pour la remplir, notre dsir d'tre plus
immdiatement instruit de tout ce qui peut les intresser, et le
sentiment qui rend toujours prsentes  notre pense les parties mme
les plus loignes de notre empire.

NAPOLON.



Paris, le 27 fvrier 1807.

_Rponse de S. M.  une dputation de la deuxime classe de l'Institut._

Messieurs les dputs de la seconde classe de l'Institut, si la langue
franaise est devenue une langue universelle, c'est aux hommes de gnie
qui ont sig, ou qui sigent parmi vous, que nous en sommes redevables.

J'attache du prix au succs de vos travaux; ils tendent  clairer mes
peuples et sont ncessaires  la gloire de ma couronne.

J'ai entendu avec satisfaction le compte que vous venez de me rendre.

Vous pouvez compter sur ma protection.



Paris, le 5 mars 1808.

_Rponse de S. M.  une dputation de la quatrime classe de
l'Institut._

Messieurs les prsident et dputs de la quatrime classe de l'Institut,
Athnes et Rome sont encore clbres par leurs succs dans les arts;
l'Italie dont les peuples me sont chers  tant de titres, s'est
distingue la premire parmi les nations modernes. J'ai  coeur de voir
les artistes franais effacer la gloire d'Athnes et de l'Italie. C'est
 vous de raliser de si belles esprances. Vous pouvez compter sur ma
protection.



Baonne, le 16 avril 1808.

_Lettre de S. M. l'empereur au prince des Asturies._

Mon frre, j'ai reu la lettre de votre altesse royale. Elle doit avoir
acquis la preuve, dans les papiers qu'elle a eus du roi son pre, de
l'intrt que je lui ai toujours port. Elle me permettra, dans la
circonstance actuelle, de lui parler avec franchise et loyaut. En
arrivant  Madrid, j'esprais porter mon illustre ami  quelques
rformes ncessaires dans ses tats, et  donner quelque satisfaction
 l'opinion publique. Le renvoi du prince de la Paix me paraissait
ncessaire pour son bonheur, et celui de ses sujets. Les affaires du
Nord ont retard mon voyage. Les vnemens d'Aranjuez ont eu lieu. Je ne
suis point juge de ce qui s'est pass, et de la conduite du prince de la
Paix; mais ce que je sais bien, c'est qu'il est dangereux pour les
rois d'accoutumer les peuples  rpandre du sang et  se faire justice
eux-mmes. Je prie Dieu que V. A. R. n'en fasse pas elle-mme un jour
l'exprience. Il n'est pas de l'intrt de l'Espagne de faire du mal 
un prince qui a pous une princesse du sang royal et qui a si longtemps
rgi le royaume. Il n'a plus d'amis: V. A. R. n'en aura plus, si jamais
elle est malheureuse. Les peuples se vengent volontiers des hommages
qu'ils nous rendent. Comment d'ailleurs pourrait-on faire le procs au
prince de la Paix, sans le faire  la reine et au roi votre pre? Ce
procs alimentera les haines et les passions factieuses: le rsultat en
sera funeste pour votre couronne. V. A. R. n'y a de droits que ceux que
lui a transmis sa mre. Si le procs la dshonore, V.A.R. dchire par l
ses droits. Qu'elle ferme l'oreille  des conseils faibles et perfides.
Elle n'a pas le droit de juger le prince de la Paix. Ses crimes, si
on lui en reproche, se perdent dans les droits du trne. J'ai souvent
manifest le dsir que le prince de la Paix ft loign des affaires;
l'amiti du roi Charles m'a port souvent  me taire et  dtourner
les yeux des faiblesses de son attachement. Misrables hommes que nous
sommes! faiblesse et erreur, c'est notre devise. Mais tout cela peut
se concilier: que le prince de la Paix soit exil d'Espagne, et je lui
offre un refuge en France. Quant  l'abdication de Charles IV, elle a eu
lieu dans un moment o mes armes couvraient les Espagnes: et aux yeux
de l'Europe et de la postrit, je paratrais n'avoir envoy tant
de troupes que pour prcipiter du trne mon alli et mon ami. Comme
souverain voisin, il m'est permis de vouloir en connatre les motifs
avant de reconnatre cette abdication. Je le dis  V.A.R., aux
Espagnols, au monde entier: si l'abdication du roi Charles est de pur
mouvement, s'il n'y a pas t forc par l'insurrection et l'meute
d'Aranjuez, je ne fais aucune difficult de l'admettre, et je reconnais
V.A.R. comme roi d'Espagne. Je dsire donc causer avec elle sur cet
objet. La circonspection que je porte depuis un mois dans ces affaires,
doit tre garant de l'appui qu'elle trouvera en moi, si,  son tour, des
factions, de quelque nature qu'elles soient, venaient  l'inquiter
sur son trne. Quand le roi Charles me fit part de l'vnement du mois
d'octobre dernier, j'en fus douloureusement affect; et je pense avoir
contribu par les insinuations que j'ai faites,  la bonne issue de
l'affaire de l'Escurial. V.A.R. avait bien des torts; je n'en veux pour
preuve que la lettre qu'elle m'a crite, et que j'ai constamment voulu
ignorer. Roi  son tour, elle saura combien les droits du trne sont
sacrs. Toute dmarche prs d'un souverain tranger de la part d'un
prince hrditaire, est criminelle. V. A. R. doit se dfier des carts,
des motions populaires. On pourra commettre quelques meurtres sur mes
soldats isols, mais la ruine de l'Espagne en serait le rsultat.
J'ai dj vu avec peine qu' Madrid on avait rpandu des lettres du
capitaine-gnral de la Catalogne et fait tout ce qui pouvait donner du
mouvement aux ttes. V. A. R. connat ma pense toute entire. Elle voit
que je flotte entre diverses ides qui ont besoin d'tre fixes. Elle
peut tre certaine que dans tous les cas je me comporterai avec elle,
comme envers le roi son pre. Qu'elle croie  mon dsir de tout
concilier et de trouver des occasions de lui donner des preuves de mon
affection et de ma parfaite estime. Sur ce, etc., etc.

NAPOLON.



Baonne, le 25 mai 1808.

_Proclamation._

Napolon, empereur des Franais, roi d'Italie, protecteur de la
confdration du Rhin, etc., etc., etc.

A tous ceux qui les prsentes verront, salut.

Espagnols!

Aprs une longue agonie, votre nation prissait; j'ai vu vos maux, je
vais y porter remde; votre grandeur, votre puissance fait partie de la
mienne.

Vos princes m'ont cd tous leurs droits  la couronne des Espagnes. Je
ne veux point rgner sur vos provinces, mais je veux acqurir des titres
ternels  l'amour et  la reconnaissance de votre postrit.

Votre monarchie est vieille: ma mission est de la rajeunir.
J'amliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir, si
vous me secondez, des bienfaits d'une rforme, sans froissemens, sans
dsordre, sans convulsions.

Espagnols, j'ai fait convoquer une assemble gnrale des dputations
des provinces et des villes. Je veux m'assurer par moi-mme de vos
dsirs et de vos besoins.

Je dposerai alors tous mes droits et je placerai votre glorieuse
couronne sur la tte d'un autre moi-mme, en vous garantissant une
constitution qui concilie la sainte et salutaire autorit du souverain
avec les liberts et les privilges du peuple.

Espagnols, souvenez-vous de ce qu'ont t vos pres: voyez ce que
vous tes devenus. La faute n'en est pas  vous, mais  la mauvaise
administration qui vous a rgis. Soyez pleins d'esprance et de
confiance dans les circonstances actuelles; car je veux que vos derniers
neveux conservent mon souvenir et disent; _Il est le rgnrateur de
notre patrie._

NAPOLON.



Baonne, le 6 juin 1808.

_Proclamation._

Napolon, par la grce de Dieu, empereur des Franais, roi d'Italie,
protecteur de la confdration du Rhin,  tous ceux qui ces prsentes
verront, salut.

La junte d'tat, le conseil de Castille, la ville de Madrid, etc., nous
ayant, par des adresses, fait connatre que le bien de l'Espagne voulait
que l'on mt promptement un terme  l'interrgne, nous avons rsolu de
proclamer, comme nous proclamons par la prsente, notre bien-aim frre
Joseph Napolon, actuellement roi de Naples et de Sicile, roi des
Espagnes et des Indes.

Nous garantissons au roi des Espagnes l'indpendance et l'intgrit de
ses tats, soit d'Europe, soit d'Afrique, soit d'Asie, soit d'Amrique.

Enjoignons au lieutenant-gnral du royaume, aux ministres, et
au conseil de Castille, de faire expdier et publier la prsente
proclamation dans les formes accoutumes, afin que personne n'en puisse
prtendre cause d'ignorance.

NAPOLON.



_Notes contenues dans le Moniteur._

[22] Il est vrai que quarante mille hommes de la dernire conscription
se rendent en Allemagne pour renforcer les cadres de la grande arme,
et remplacer le double de vieilles troupes qui en sont retires pour
l'Espagne; ainsi la grande arme sera plutt diminue qu'augmente par
l'effet de cette mesure, qui n'indique donc aucun projet hostile.

[23] Jamais le royaume de Naples n'a t plus tranquille. Depuis cent
ans, il n'y a jamais eu moins d'assassinats et de brigandages, les
galriens que des frgates anglaises y ont dbarqus, ont t pris
par les gardes du pays et livrs  la justice. La prsence de l'arme
anglaise en Sicile ne s'y fait point sentir; elle est retranche dans
Syracuse et Messine; l'exprience prouvera si elle saura dfendre la
Sicile.

[24] Bruits d'agiotage; le comte de Metternich est  Paris, et, qui
mieux est, y est trs-bien vu. Le gnral Androssi est  Vienne. Les
troupes franaises sont dans leurs cantonnemens, et  plus de cent
lieues de l'Autriche proprement dite.

[25] Il est plaisant de mettre en doute si la France et ses allis
peuvent  la fois faire la guerre  l'Autriche et  l'Espagne, lorsque,
sans allis, elle a vaincu quatre coalitions dix fois plus redoutables;
n'importe, les Anglais verraient avec plaisir l'Autriche faire la
guerre dans le mme esprit qu'ils ont excit la coalition de la Prusse,
quoiqu'ils prvissent bien ce qui arriverait  la Prusse; mais ils
vivent au jour le jour; une guerre qui ne durerait que six mois, serait
toujours autant de gagn pour eux; ils ne songent pas au rsultat qui ne
pourrait qu'empirer leur position.

[Note 22: Les gazettes anglaises annonaient une concentration de
troupes franaises sur le Rhin.]

[Note 23: Elles parlaient de troubles dans l'Italie.]

[Note 24: Elles donnaient comme certaines la nouvelle du rappel de
l'ambassadeur d'Autriche de Paris.]

[Note 25: Elles parlaient de la dtermination qu'avait prise
Napolon de faire marcher de front la guerre d'Espagne avec celle qu'il
mditait contre l'Autriche.]

[26] L'Angleterre connat l'troite union qui existe entre la France et
la Russie; elle sait que ces deux grandes puissances sont rsolues
 runir leurs forces, et  reconnatre pour ennemi tout ami de
l'Angleterre; elle sait que la paix ne sera pas trouble en Allemagne,
et elle ne conserve aucun espoir raisonnable de succs dfinitifs, en
fomentant des troubles et des dsordres en Espagne; elle sait que c'est
du sang et des victimes inutiles; mais cet encens lui est agrable; les
dchiremens du continent sont ses dlices; elle sait bien aussi qu'avant
que l'anne soit rvolue, il n'y aura pas un seul village d'Espagne
insurg, pas un Anglais sur cette terre: mais qu'importe  l'Angleterre?
elle ne connat ni honte ni remords; ses armes se rembarqueront et
abandonneront ses dupes; elle traitera les insurgs d'Espagne comme elle
a trait le roi de Sude. Elle a mis les armes  la main  ce souverain,
l'a flatt d'un secours puissant: vingt ou trente mille hommes devaient
le secourir contre le Danemarck et contre la Russie; mais les promesses
sont faciles. Le gnral Moore et cinq mille hommes sont arrivs et sont
rests deux mois mouills sur la cte de Sude, pendant que la Finlande
tait conquise, et que les Sudois taient chasss de la Norwge. Il y a
peu de semaines, nous cherchions comment l'Angleterre pourrait se tirer
avec honneur de cette lutte folle du Nord; si elle dbarque une arme,
disions-nous, cette arme sera prise pendant l'hiver; nous ne pouvions
nous attendre, quelque mauvaise opinion que nous eussions de la bonne
foi britannique, que cette perfide puissance abandonnerait la Sude 
son malheureux sort, et sortirait de l en donnant de nouvelles preuves
de ce que les allis de l'Angleterre ont  attendre d'elle; trahison
et abandon. Les insurgs espagnols seront trahis et abandonns de mme
lorsque l'aigle franaise couvrira de ses ailes toutes les Espagnes.

[Note 26: Le journaliste regardait comme un devoir du gouvernement
anglais de fournir  ses allis des subsides et des munitions.]

L'ineptie, le dfaut de courage d'esprit ont fait essuyer quelques
checs  nos armes; ils seront promptement rpars, et alors les Anglais
se prcipiteront sur leurs vaisseaux; ils abandonneront leurs allis,
et, comme  Quiberon, tireront sur les malheureux qu'ils auront laisss
sur le rivage.

Quant  l'Autriche, la paix sera maintenue sur le continent, parce que
l'Angleterre y est sans influence. Le mpris et la haine qu'elle inspire
sont communs  toutes les grandes puissances; toutes ont t ses
victimes; M. Adair a t chass de Vienne, le jour o M. de Staremberg
est revenu de Londres.

Les armemens faits par l'Angleterre sous pavillon amricain,
qu'escortaient  Trieste des frgates anglaises, ont t repousss
et proscrits par un dernier dit de l'empereur Franois II. La bonne
intelligence n'a pas cess de rgner entre l'Autriche et la France.

Les agens obscurs que l'Angleterre solde, et qui se cachent dans cette
foule d'escrocs que poursuit la police de tous les gouvernemens de
l'Europe, ont dit  Vienne que la France allait faire la guerre 
l'Autriche; et  Paris, que l'Autriche levait de nouvelles armes pour
attaquer la France. Les oisifs avides de nouvelles et d'motions, ont
pu, sur ces obscures rumeurs, supposer des marches, des contremarches,
et btir des plans de campagne aussi frivoles qu'eux; mais les deux
cabinets n'ont pas cess d'tre dans les relations les plus amicales.
Dans l'entrevue que l'empereur Napolon a eue avec l'empereur Francois
II en Moravie, l'empereur Franois lui promit qu'il ne lui ferait plus
la guerre. Ce prince a prouv qu'il tenait sa parole. Il est curieux de
voir que, tandis que le cabinet d'Autriche assure et dclare qu'il est
bien avec la France, que la France publie les mmes assurances; il est
curieux, disons-nous, de voir que cette faction brouillonne, qui
se nourrit d'agiotage, de calomnies, de libelles, continue  jeter
l'inquitude parmi les hommes paisibles.

Les affaires d'Espagne sont irrvocablement fixes; elles sont reconnues
par les grandes puissances du continent. Si l'on a t du dans
l'espoir de conduire ces peuples  un meilleur ordre de choses, sans
troubles, sans dsordres, sans guerre, c'est une victoire qu'a obtenue
le gnie du mal sur l'esprit du bien. Du reste et en dfinitif, cela
ne sera funeste qu' l'Angleterre et  ses partisans. Ces vrits sont
videntes, et il n'y a pas un homme de sens  Londres qui n'en soit
pntr.

Que penser de la politique et de la raison d'un cabinet qui; ayant,
excit la Sude contre la Russie, esprait la soutenir avec une
expdition de cinq mille hommes?

Tant qu'il s'agira de calomnier, de sduire, de suborner, l'Angleterre
aura l'avantage dans ce genre de guerre; mais lorsqu'il verra l'aigle le
suivre de l'oeil, le lopard sentira fuir sous ses pas la terre ferme,
et ne trouvera de refuge que sur ses flottes et dans l'lment des
temptes.

La paix est le voeu de l'univers; les vnemens qui ont chang la face
du monde depuis la rupture de la paix d'Amiens, c'est  la rupture de
cette paix qu'il faut les attribuer; les vnemens si dfavorables 
l'Angleterre qui se sont passs depuis la mort de Fox, c'est  sa
mort et  la rupture des ngociations qu'il faut les attribuer; les
changemens survenus en Europe depuis la paix de Tilsitt, c'est au refus
d'accepter la mdiation de la Russie qu'il faut les attribuer: ce qui
arrivera encore sur le continent, de contraire  la grandeur et
 l'intrt de l'Angleterre, si la paix n'a pas lieu, il faudra
l'attribuer  cette obstination folle,  cette politique aveugle et
furibonde qui, malgr l'union des grandes puissances, met toujours son
avenir dans les rves d'une division impossible, et du renouvellement
de coalitions qui ne peuvent exister que contre elle. C'est bien ici le
lieu d'appliquer cette maxime de Cicron, que le parti le plus politique
est celui qui est le plus conforme  la justice. La continuation de la
paix d'Amiens et laiss l'Europe dans le mme tat. La paix que voulait
Fox et empch la ruine de la Prusse et l'occupation des villes du
Nord. L'acceptation de la mdiation offerte par la Russie et empch
les affaires de la Baltique et d'Espagne. Et si la paix n'a pas lieu
dans l'anne, qui peut prdire les vnemens contraires  l'intrt de
l'Angleterre qui se se seront passs d'ici  un an?



Saint-Cloud, le 4 septembre 1808.

_Message de S. M. l'empereur et roi au snat conservateur._

Snateurs,

Mon ministre des relations extrieures mettra sous vos yeux les
diffrens traits relatifs  l'Espagne, et les constitutions acceptes
par la junte espagnole.

Mon ministre de la guerre vous fera connatre les besoins et la
situation de mes armes dans les diffrentes parties du monde.

Je suis rsolu  pousser les affaires d'Espagne avec la plus grande
activit et  dtruire les armes que l'Angleterre a dbarques dans ce
pays.

La scurit future de mes peuples, la prosprit du commerce, et la paix
maritime sont galement attaches  ces importantes oprations.

Mon alliance avec l'empereur de Russie ne laisse  l'Angleterre aucun
espoir dans ses projets. Je crois  la paix du continent; mais je ne
veux, ni ne dois dpendre des faux calculs et des erreurs des autres
cours; et puisque mes voisins augmentent leurs armes, il est de mon
devoir d'augmenter les miennes.

L'empire de Constantinople est en proie aux plus affreux bouleversemens;
le sultan Slim, le meilleur empereur qu'aient eu depuis long-temps
les Ottomans, vient de mourir de la main de ses propres neveux; cette
catastrophe m'a t sensible.

J'impose avec confiance de nouveaux sacrifices  mes peuples; ils sont
ncessaires pour leur en pargner de plus considrables et pour nous
conduire au grand rsultat de la paix gnrale, qui doit seul tre
regard comme le moment du repos.

Franais, je n'ai dans mes projets qu'un but, le bonheur et la scurit
de vos enfans, et, si je vous connais bien, vous vous hterez de
rpondre au nouvel appel qu'exige l'intrt de la patrie. Vous m'avez
dit si souvent que vous m'aimiez! Je reconnatrai la vrit de vos
sentimens  l'empressement que vous mettrez  seconder des projets si
intimement lis  vos plus chers intrts,  l'honneur de l'empire et 
ma gloire.



Paris, le 19 septembre 1808.

_Allocution  l'avant-garde des troupes de la grande arme, runie  la
parade du 11 septembre 1808, dans la place du Carrousel._

Soldats!

Aprs avoir triomph sur les bords du Danube et de la Vistule, vous
avez travers l'Allemagne  marches forces; je vous fais aujourd'hui
traverser la France sans vous donner un moment de repos.

Soldats, j'ai besoin de vous; la prsence hideuse du lopard souille les
continens d'Espagne et du Portugal. Qu' votre aspect il fuie pouvant:
portons nos aigles triomphantes jusqu'aux colonnes d'Hercule: l aussi
nous avons des outrages  venger.

Soldats, vous avez surpass la renomme des armes modernes; mais
avez-vous gal la gloire des armes de Rome, qui, dans une mme
campagne, triomphrent sur le Rhin et sur l'Euphrate, en Illyrie et sur
le Tage?

Une longue paix, une prosprit durable seront le prix de vos travaux;
un vrai Franais ne peut, ne doit prendre aucun repos jusqu' ce que les
mers soient ouvertes et affranchies.

Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour
le bonheur du peuple franais et pour ma gloire, sera ternellement dans
mon coeur.



Erfurth, le 12 octobre 1808.

_Lettre de LL. MM. les empereurs de France et de Russie  S. M. le roi
d'Angleterre._

Sire,

Les circonstances actuelles de l'Europe nous ont runis  Erfurth. Notre
premire pense est de cder au voeu et aux besoins de tous les peuples,
et de chercher, par une prompte pacification avec Votre Majest, le
remde le plus efficace aux malheurs qui psent sur toutes les nations.
Nous en faisons connatre notre sincre dsir  Votre Majest par cette
prsente lettre.

La guerre longue et sanglante qui a dchir le continent est termine,
sans qu'elle puisse se renouveler. Beaucoup de changemens ont eu lieu
en Europe: beaucoup d'tats ont t bouleverss. La cause en est dans
l'tat d'agitation et de malheurs o la cessation du commerce maritime a
plac les grands peuples. De plus grands changemens encore peuvent avoir
lieu et tout contraires  la politique de la nation anglaise. La paix
est donc  la fois dans l'intrt des peuples du continent comme dans
l'intrt des peuples de la Grande-Bretagne.

Nous nous runissons pour prier Votre Majest d'couter la voix de
l'humanit, en faisant taire celle des passions, de chercher, avec
l'intention d'y parvenir,  concilier tous les intrts, et par l,
garantir toutes les puissances qui existent, et assurer le bonheur de
l'Europe et de cette gnration  la tte de laquelle la Providence nous
 placs.

NAPOLON, ALEXANDRE.



Erfurth, le 12 octobre 1808.

_Lettre de S. M. l'empereur Napolon aux rois de Bavire, de Saxe, de
Westphalie, de Wurtemberg, au grand-duc de Bade et au Prince-Primat._

Monsieur mon frre, les assurances donnes par la cour de Vienne que les
milices taient renvoyes chez elles et ne seraient plus rassembles,
qu'aucun armement ne donnerait plus d'inquitude pour les frontires de
la confdration; la lettre que je reois de l'empereur d'Autriche, les
protestations ritres que m'a faites M. le baron de Vincent, et plus
que cela, le commencement d'excution qui a eu dj lieu en ce moment
en Autriche, de diffrentes promesses qui ont t faites, me portent
 crire  V. M. que je crois que la tranquillit des tats de la
confdration n'est d'aucune manire menace, et que V. M. est matresse
de lever ses camps et de remettre ses troupes dans leurs quartiers de
la manire qu'elle est accoutume de le faire. Je pense qu'il est
convenable que son ministre a Vienne reoive pour instruction de tenir
ce langage, que les camps seront reforms, et que les troupes de la
confdration et du protecteur seront remises en situation hostile
toutes les fois que l'Autriche ferait des armemens extraordinaires et
inusits; que nous voulons enfin tranquillit et sret.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

NAPOLON.



Erfurt, le 14 octobre 1808.

_Lettre de Sa Majest l'empereur Napolon  Sa Majest l'empereur
d'Autriche._

Monsieur mon frre, je remercie Votre Majest impriale et royale de la
lettre qu'elle a bien voulu m'crire, et que M. le baron de Vincent m'a
remise. Je n'ai jamais dout des intentions droites de Votre Majest;
mais je n'en ai pas moins craint un moment de voir les hostilits se
renouveler entre nous. Il est  Vienne une faction qui affecte la peur
pour prcipiter votre cabinet dans des mesures violentes qui seraient
l'origine de malheurs plus grands que ceux qui ont prcd. J'ai t le
matre de dmembrer la monarchie de Votre Majest, ou du moins de la
laisser moins puissante. Je ne l'ai pas voulu: ce qu'elle est, elle
l'est de mon voeu. C'est la plus vidente preuve que nos comptes sont
solds et que je ne veux rien d'elle. Je suis toujours prt  garantir
l'intgrit de sa monarchie; je ne ferai jamais rien contre les
principaux intrts de ses tats; mais Votre Majest ne doit pas mettre
en discussion ce que quinze ans de guerre ont termin; elle doit
dfendre toute proclamation ou dmarche provoquant la guerre. La
dernire leve en masse aurait produit la guerre, si j'avais pu craindre
que cette leve et ces prparatifs fussent combins avec la Russie. Je
viens de licencier les camps de la confdration. Cent mille hommes
de mes troupes vont  Boulogne pour renouveler mes projets sur
l'Angleterre; j'ai d croire, lorsque j'ai eu le bonheur de voir Votre
Majest, et que j'ai conclu le trait de Presbourg, que nos affaires
taient termines pour toujours, et que je pourrais me livrer  la
guerre maritime sans tre inquit ni distrait. Que Votre Majest se
mfie de ceux qui, lui parlant des dangers de sa monarchie, troublent
ainsi son bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. Ceux-l seuls
sont dangereux, ceux-l seuls appellent les dangers qu'ils feignent de
craindre. Avec une conduite droite, franche et simple, Votre Majest
rendra ses peuples heureux, jouira elle-mme du bonheur dont elle doit
sentir le besoin aprs tant de troubles, et sera sre d'avoir en moi un
homme dcid  ne jamais rien faire contre ses principaux intrts.
Que ses dmarches montrent de la confiance, elles en inspireront. La
meilleure politique aujourd'hui, c'est la simplicit et la vrit.
Qu'elle me confie ses inquitudes, lorsqu'on parviendra  lui en donner,
je les dissiperai sur-le-champ. Que Votre Majest me permette un dernier
mot: qu'elle coute son opinion, son sentiment, il est bien suprieur 
celui de ses conseils.

Je prie Votre Majest de lire ma lettre dans un bon sens; et de n'y voir
rien qui ne soit pour le bien et la tranquillit de l'Europe et de Votre
Majest.

NAPOLON



Paris, le 25 octobre 1808.

_Discours de l'empereur  l'ouverture du corps lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif,

Les Codes qui fixent les principes de la proprit et de la libert
civile qui sont l'objet de vos travaux obtiennent l'opinion de l'Europe.
Mes peuples en prouvent dj les plus salutaires effets.

Les dernires lois ont pos les bases de notre systme de finances.
C'est un monument de la puissance et de la grandeur de la France. Nous
pourrons dsormais subvenir aux dpenses que ncessiterait mme une
coalition gnrale de l'Europe, par nos seules recettes annuelles; nous
ne serons jamais contraints d'avoir recours aux mesures dsastreuses du
papier-monnaie, des emprunts et des arrirs.

J'ai fait cette anne plus de mille lieues dans l'intrieur de mon
empire. Le systme de travaux que j'ai arrt pour l'amlioration du
territoire se poursuit avec activit.

La vue de cette grande famille franaise, nagure dchire par les
opinions et les haines intestines, aujourd'hui prospre, tranquille et
unie, a sensiblement mu mon me. J'ai senti que pour tre heureux, il
me fallait d'abord l'assurance que la France ft heureuse.

Le trait de paix de Presbourg, celui de Tilsitt, l'attaque de
Copenhague, l'attentat de l'Angleterre contre toutes les nations
maritimes, les diffrentes rvolutions de Constantinople, les affaires
de Portugal et d'Espagne ont diversement influ sur les affaires du
monde.

La Russie et le Danemarck se sont unis  moi contre l'Angleterre.

Les Etat-Unis d'Amrique ont prfr renoncer au commerce et  la mer,
plutt que d'en reconnatre l'esclavage.

Une partie de mon arme marche contre celles que l'Angleterre a formes
ou dbarques dans les Espagnes. C'est un bienfait particulier de cette
Providence, qui a constamment protg nos armes, que les passions aient
assez aveugl les conseils anglais pour qu'ils renoncent  la protection
des mers et prsentent enfin leur arme sur le continent.

Je pars dans peu de jours pour me mettre moi-mme  la tte de mon
arme, et, avec l'aide de Dieu, couronner dans Madrid le roi d'Espagne
et planter mes aigles sur les forts de Lisbonne.

Je ne puis que me louer des sentimens des princes de la confdration du
Rhin.

La Suisse sent tous les jours davantage les bienfaits de l'acte de
mdiation.

Les peuples d'Italie ne me donnent que des sujets de contentement.

L'empereur de Russie et moi nous nous sommes vus  Erfurt. Notre
premire pense a t une pense de paix. Nous avons rsolu de faire
quelques sacrifices, pour faire jouir plus tt s'il se peut les cent
millions d'hommes que nous reprsentons, de tous les bienfaits du
commerce maritime. Nous sommes d'accord et invariablement unis pour la
paix comme pour la guerre.

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, j'ai ordonn
 mes ministres des finances et du trsor public de mettre sous vos yeux
les comptes des recettes et des dpenses de cette anne. Vous y verrez
avec satisfaction que je n'ai besoin de hausser le tarif d'aucune
imposition. Mes peuples n'prouveront aucune nouvelle charge.

Les orateurs de mon conseil-d'tat vous prsenteront diffrens projets
de lois, et entr'autres tous ceux relatifs au Code criminel.

Je compte constamment sur toute votre assistance.



Paris, le 27 octobre 1808.

_Rponse de l'empereur  une dputation du corps lgislatif, et annonce
de son prochain dpart pour l'Espagne._

Mon devoir et mes inclinations me portent  partager les dangers de mes
soldats. Nous nous sommes mutuellement ncessaires. Mon retour dans ma
capitale sera prompt. Je compte pour peu les fatigues, lorsqu'elles
peuvent contribuer  assurer la gloire et la grandeur de la France. Je
reconnais, dans la sollicitude que vous m'exprimez, l'amour que vous me
portez; je vous en remercie.



Paris, le 27 octobre 1808.

_Rponse de l'empereur  une dputation de plusieurs dpartemens
d'Italie._

J'agre les sentimens que vous m'exprimez au nom de mes peuples du
Musone, du Metauro et du Tronto. Je suis bien aise de les voir heureux
dans leur nouvelle situation. J'ai t tmoin des vices de votre
ancienne administration. Les ecclsiastiques doivent se renfermer dans
le gouvernement des affaires du Ciel. La thologie, qu'ils apprennent
dans leur enfance, leur donne des rgles sres pour le gouvernement
spirituel, mais ne leur en donne aucune pour le gouvernement des armes
et pour l'administration.

Nos conciles ont voulu que les prtres ne fussent pas maris, pour que
les soins de la famille ne les dtournassent pas du soin des affaires
spirituelles auxquelles ils doivent tre exclusivement livrs.

La dcadence de l'Italie date du moment o les prtres ont voulu
gouverner et les finances et la police et l'arme.

Aprs de grandes rvolutions, j'ai relev les autels en France et en
Italie; je leur ai donn un nouvel clat dans plusieurs parties de
l'Allemagne et de la Pologne. J'en protgerai constamment les ministres.

Je n'ai qu' me louer de mon clerg de France et d'Italie. Il sait que
les trnes manent de Dieu, et que le crime le plus grand  ses yeux,
parce que c'est celui qui fait le plus de mal aux hommes, c'est
d'branler le respect et l'amour que l'on doit aux souverains. Je fais
un cas particulier de votre archevque d'Urbin. Ce prlat, anim d'une
vritable foi a repouss avec indignation les conseils, comme il a brav
les menaces de ceux qui veulent confondre les affaires du Ciel, qui ne
changent jamais, avec les affaires de la terre, qui se modifient selon
les circonstances de la force et de la politique. Je saurai faire
respecter en Italie comme en France les droits des nations et de ma
couronne, et rprimer ceux qui voudraient se servir de l'influence
spirituelle pour troubler mes peuples et leur prcher le dsordre et
la rbellion. Ma couronne de fer est entire et indpendante comme ma
couronne de France. Je ne veux aucun assujettissement qui en altre
l'indpendance.

Les sentimens que vous m'exprimez, et qui animent mes peuples du Musone,
du Metauro et du Tronto me sont connus. Assurez les que constamment ils
peuvent compter sur les effets de ma protection, et que la premire fois
que je passerai les Alpes, j'irai jusqu' eux.



Vittoria, le 9 novembre 1808.

_Premier bulletin de l'arme d'Espagne._

Position de l'arme franaise au 25 octobre: le quartier-gnral 
Vittoria.

Le marchal duc de Conegliano, avec la gauche, bordant l'Aragon et
l'Ebre: son quartier-gnral  Rafalla.

Le marchal duc d'Elchingen: son quartier-gnral  Guardia.

Le marchal duc d'Istrie: son quartier-gnral  Miranda, occupant le
fort de Pancorba par une garnison.

Le gnral de division Merlin, occupant avec une division les hauteurs
de Durango, et contenant l'ennemi, qui paraissait vouloir tomber sur les
hauteurs de Mondragon.

Le marchal duc de Dantzick tant arriv avec la division Sbastiani et
Leval, le roi jugea  propos de faire rentrer la division Merlin.

Cependant l'ennemi ayant pris de l'audace, et ayant occup Lrin, Viana
et plusieurs postes sur la rive gauche de l'Ebre, le roi ordonna au
marchal duc de Conegliano de marcher sur lui. Le gnral Watier,
commandant la cavalerie, et les brigades des gnraux Habert, Brun et
Razout, marchrent contre les postes ennemis; l'ennemi fut culbut
partout dans la journe du 27; douze cents hommes arms dans Lerin
voulurent d'abord se dfendre, mais le gnral de division Grandjean
ayant fait ses dispositions pour les attaquer, les culbuta, fit
prisonnier un colonel, deux lieutenans-colonels, quarante officiers et
les douze cents soldats: ce sont les troupes qui faisaient partie du
camp Saint-Roch. Dans le mme temps le marchal duc d'Elchingen marchait
sur Logrono, passait l'Ebre, faisait  l'ennemi trois cents prisonniers,
le poursuivait  plusieurs lieues de l'Ebre, et rtablissait le pont de
Logrono. Par suite de cet vnement, le gnral espagnol Pignatelli, qui
commandait les insurgs, fut lapid par eux.

Les troupes du tratre la Romana, et les Espagnols prisonniers en
Angleterre, que les Anglais avaient dbarqus en Espagne, et les
divisions de Galice, formant une force de trente mille hommes, de
Bilbao, menaaient le marchal duc de Dantzick, qui, emport par une
noble impatience, marcha  eux dans la journe du 31, et les culbuta
de toutes leurs positions, au pas de charge: les troupes de la
confdration du Rhin se sont distingues, principalement le corps de
Bade.

Le marchal duc de Dantzick poursuivit l'ennemi, l'pe dans les reins,
toute la journe du premier novembre, jusqu' Guens, et entra dans
Bilbao. Des magasins considrables ont t trouvs dans cette ville;
plusieurs Anglais ont t faits prisonniers. La perte de l'ennemi a t
considrable en tus et blesss; elle l'a t peu en prisonniers. Notre
perte n'a t que d'une quinzaine de tus et d'une centaine de blesss.
Tout honorable qu'est cette affaire, il serait  dsirer qu'elle n'et
pas eu lieu. Le corps espagnol tait dans une position  tre enlev.

Sur ces entrefaites, le corps du marchal Victor tant arriv, fut
dirig de Vittoria sur Orduna. Dans la journe du 7, l'ennemi renforc
de nouvelles troupes arrives de Saint-Ander, avait couronn les
hauteurs de Guens. Le marchal duc de Dantzick marcha  eux et
pera leur centre. Les cinquante-huitime et trente-deuxime se sont
distingus.

Si ces vnemens se fussent passs en plaine, pas un ennemi n'et
chapp; mais les montagnes de Saint-Ander et de Bilbao sont presque
inaccessibles. Le duc de Dantzick poursuivit toute la journe l'ennemi
dans les gorges de Valmaseda.

Dans ces dernires affaires, l'ennemi a perdu en hommes tus, blesss et
prisonniers, plus de trois mille cinq cents  quatre mille hommes.

Le duc de Dantzick se loue particulirement du gnral de division
Leval, du gnral de division Sbastiani, du gnral hollandais Chassey,
du colonel Lacoste, du vingt-septime rgiment d'infanterie lgre,
du colonel Bacon, du soixante-troisime d'infanterie de ligne, et des
colonels des rgimens de Bade et de Nassau, auxquels S. M. a accord des
rcompenses.

L'arme est abondamment pourvue de vivres; le temps est trs-beau.

Nos colonnes marchent en combinant leurs mouvemens.

On croit que le quartier-gnral part cette nuit de Vittoria.



Burgos, le 12 novembre 1808.

_Deuxime bulletin de l'arme d'Espagne,_

Le duc de Dantzick est entr dans Valmaseda en poursuivant l'ennemi.

Dans la journe du 8, le gnral Sbastiani dcouvrit sur une montagne
trs-leve,  la droite de Valmaseda, l'arrire-garde des insurgs;
il marcha sur-le-champ  eux, les culbuta, et fit une centaine de
prisonniers.

Cependant, la ville de Burgos tait occupe par l'arme d'Estramadure,
forme en trois divisions: l'avant-garde compose des gardes wallonnes
et espagnoles et du corps d'tudians des universits de Salamanque et de
Lon, formant plusieurs bataillons; plusieurs rgimens de ligne et des
rgimens de nouvelle formation, forms depuis l'insurrection de Badajoz,
portaient cette arme  environ vingt mille hommes.

L'empereur ayant donn le commandement de la cavalerie de l'arme au
marchal duc d'Istrie, donna le commandement du deuxime corps au
marchal duc de Dalmatie. Le 10,  la pointe du jour, ce marchal marcha
 la tte de la division Mouton, pour reconnatre l'ennemi. Arriv 
Gamonal, il fut accueilli par une dcharge de trente pices de canon:
ce fut le signal du pas de charge. L'infanterie de la division Mouton
marcha soutenue par des salves d'artillerie. Les gardes wallonnes et
espagnoles furent culbutes  la premire attaque. Le duc d'Istrie,  la
tte de sa cavalerie, dborda leurs ailes; l'ennemi fut mis en pleine
droute; trois mille hommes sont rests sur le champ de bataille,
douze drapeaux et vingt-cinq pices de canon ont t pris, trois mille
prisonniers ont t faits; le reste est dispers. Nos troupes sont
entres ple-mle avec l'ennemi dans la ville de Burgos, et la cavalerie
le poursuit dans toutes les directions.

Cette arme d'Estramadure, qui venait de Madrid  marches forces, qui
s'tait signale pour premier exploit, par l'gorgement de son infortun
gnral, le comte de Torrs, toute arme de fusils anglais, et
spcialement solde par l'Angleterre, n'existe plus. Le colonel des
gardes wallonnes et un grand nombre d'officiers suprieurs ont t faits
prisonniers. Notre perte a t trs-lgre; elle consiste en douze ou
quinze hommes tus et cinquante blesss au plus. Un seul capitaine a t
tu d'un boulet.

Cette affaire, due aux dispositions du duc de Dalmatie et 
l'intrpidit avec laquelle le duc d'Istrie a fait charger la cavalerie,
fait le plus grand honneur  la division Mouton; il est vrai que cette
division est compose de corps dont le seul nom est depuis long-temps un
dire d'honneur.

Le chteau de Burgos a t occup et trouv en bon tat. Il y a des
magasins considrables de farines, de vin et de bl.

Le 11, l'empereur a pass la revue de la division Bonnet, et l'a dirige
immdiatement sur les dbouchs des gorges de Saint-Ander.

Voici la position de l'arme aujourd'hui:

Le marchal duc de Bellune poursuivant vivement les restes de l'arme de
Galice, qui se retire par Villarcayo et Reynosa, point vers lequel
le duc de Dalmatie est en marche. Il ne lui restera plus d'autres
ressources que de se dissminer dans des montagnes, en abandonnant son
artillerie, ses bagages et tout ce qui constitue une arme.

S. M. l'empereur est  Burgos avec sa garde; le gnral Milhaud, avec
sa division de dragons, marche sur Palencia; le gnral Lasalle a pris
possession de Lerma.

Ainsi, dans un moment, les armes de Galice et d'Estramadure ont t
battues, disperses et en partie dtruites, et cependant tous les corps
de l'arme ne sont pas arrivs. Les trois-quarts de la cavalerie sont en
arrire, et prs de la moiti de l'infanterie.

On a remarqu dans l'arme insurge les contrastes les plus opposs. On
a trouv dans la poche des officiers morts, des contrles de compagnies
qui s'intitulaient compagnies de Brutus, compagnies del Populo;
c'taient les compagnies des tudians des coles; d'autres dont les
compagnies portaient des noms de saints; c'tait l'insurrection des
paysans. Anarchie et dsordres, voil ce que l'Angleterre sme en
Espagne. Qu'en recueillera-t-elle? la haine de cette brave nation
claire et rorganise. Du reste, l'extravagance des meneurs des
insurgs s'aperoit partout. Il y a des drapeaux parmi ceux que nous
avons pris, o l'aigle imprial se trouve dchir par le lion d'Espagne;
et qui se permet de pareilles allgories? Les troupes les plus mauvaises
qui existent en Europe.

La cavalerie de l'arme d'Estramadure a t battue de l'oeil. Du moment
que le dixime de chasseurs l'a aperue, elle s'est mise en droute, et
on ne l'a plus revue.

L'empereur a pass la revue du corps du duc de Dalmatie, comme il
partait de Burgos pour marcher sur les derrires de l'arme de Galice.
S. M. a fait des promotions, donn des rcompenses, et a t fort
contente de la troupe. Elle a tmoign sa satisfaction aux vainqueurs
de Mdina del Riosecco et de Burgos, le marchal duc d'Istrie, et les
gnraux Merle et Mouton.



An quartier-imprial de Burgos, le 12 novembre 1808.

_Au prsident du corps lgislatif._

Monsieur le prsident du corps lgislatif, mes troupes ayant, au combat
de Burgos, pris douze drapeaux de l'arme d'Estramadure, parmi lesquels
se trouvent ceux des gardes wallonnes et espagnoles, j'ai voulu profiter
de cette circonstance et donner une marque de ma considration aux
dputs des dpartemens au corps lgislatif, en leur envoyant ces
drapeaux pris dans la mme quinzaine o j'ai prsid  l'ouverture de
leur session. Que les dputs des dpartemens et les collges lectoraux
dont ils font partie, y voient le dsir que j'ai de leur donner une
preuve de mon estime. Cette lettre n'tant  autre fin, je prie Dieu
qu'il vous ait, monsieur le prsident du corps lgislatif, en sa sainte
et digne garde.



Burgos, le 13 dcembre 1808.

_Troisime bulletin de l'arme d'Espagne._

L'arme de Galice, qui est en fuite de Bilbao, est poursuivie par le
marchal duc de Bellune, dans la direction d'Espinosa; par le marchal
duc de Dantzick, dans celle de Villarcayo, et tourne sur Reynosa, par
le marchal duc de Dalmatie. Des vnemens importans doivent avoir lieu.

Le gnral Milhaud, avec sa division de cavalerie, est entr  Palencia,
et a pouss des dtachemens sur les dbouchs de Reynosa,  la suite
d'un parc d'artillerie de l'arme de Galice.

Les jeunes tudians de Salamanque, qui croyaient faire la conqute de la
France, les paysans fanatiques qui rvaient dj le pillage de Baonne
et de Bordeaux, et se croyaient conduits par tous les saints apparus 
des moines imposteurs, se trouvent dchus de leurs folles chimres. Leur
dsespoir et leur consternation sont au comble; ils se lamentent des
malheurs auxquels ils sont en proie, des mensonges qu'on leur a fait
accroire, et de la lutte sans objet dans laquelle ils sont engags.

Toute la plaine de Castille est dj couverte de notre cavalerie. L'lan
et l'ardeur de nos troupes les portent  faire quatorze et quinze lieues
par jour. Nos grand'gardes sont sur le Duero. Toute la cte de Bilbao et
de Saint-Ander est nettoye d'ennemis.

L'infortune ville de Burgos, en proie  tous les maux d'une ville prise
d'assaut, fait frmir d'horreur. Prtres, moines, habitans, se sont
sauvs  la premire nouvelle du combat, menacs de voir les soldats de
l'arme d'Estramadure se dfendre dans les maisons, comme ils en avaient
annonc l'intention, pills d'abord par eux, et ensuite par nos soldats
entrant dans les maisons pour en chasser les ennemis et n'y trouvant
plus d'habitans.

Il faudrait que des hommes comme M. de Stein, qui, au dfaut de troupes
de ligne qui n'ont pu rsister  nos aigles, mditent le sublime projet
de lever des masses, fussent tmoins des malheurs qu'elles entranent,
et du peu d'obstacle que cette ressource peut offrir  des troupes
rgles.

On a trouv dans Burgos et dans les environs pour trente millions
de laines que S. M. l'empereur a fait squestrer. Toutes celles qui
appartiendraient  des moines et  des individus faisant partie des
insurgs, seront confisques et serviront de premire indemnit aux
Franais, pour les pertes qu'ils ont prouves; car  Madrid mme, les
Franais domicilis depuis quarante ans, ont t dpouills de leurs
biens; les Espagnols fidles  leur roi, ont t dclars migrs. Les
biens de d'Aranza, le ministre le plus vertueux et le plus clair; de
Massaredo, le marin le plus instruit; d'Offarill, le meilleur militaire
de l'Espagne, ont t vendus  l'encan. Ceux de Campo d'Alange,
respectable par ses vertus, par son nom et par sa fortune, propritaire
de soixante mille mrinos et de trois millions de revenus, sont devenus
la proie de ces frntiques.

Une autre mesure que l'empereur  ordonne, c'est la confiscation
de toutes les marchandises de fabrique anglaise, celle des denres
coloniales dbarques en Espagne depuis l'insurrection. Les marchands de
Londres feront donc bien d'envoyer des marchandises  Lisbonne,  Porto
et dans les ports d'Espagne. Plus ils en enverront et plus grande sera
la contribution qu'ils nous paient.

La ville de Palencia, dirige par un digne vque, a accueilli nos
troupes avec empressement. Cette ville ne se ressent pas des calamits
de la guerre. Un saint vque qui pratique les principes de l'vangile,
anim par la charit chrtienne, des lvres duquel il ne dcoule que du
miel, est le plus grand bienfait que le Ciel accorde aux peuples.
Un vque passionn, haineux et furibond, qui ne prche que la
dsobissance et la rbellion, le dsordre et la guerre, est un monstre
que Dieu a donn aux peuples dans sa colre, pour les garer dans la
source mme de la morale.

Dans les prisons de Burgos taient renferms plusieurs moines. Les
paysans les ont lapids. Malheureux que vous tes, leur disaient-ils,
c'est vous qui nous avez entrans dans ce comble d'infortunes. Nos
malheureuses femmes, nos pauvres enfans, nous ne les reverrons peut-tre
plus. Misrables que vous tes, le Dieu juste vous punira aux enfers de
tous les maux que vous causez  nos familles et  notre patrie.



Burgos, le 15 novembre 1808.

_Quatrime bulletin de l'arme d'Espagne._

S. M. a pass hier la revue de la division Marchand, a nomm les
officiers et sous-officiers les plus mritans  toutes les places
vacantes, et a donn des rcompenses aux soldats qui s'taient
distingus. S. M. a t extrmement contente de ces troupes, qui
arrivent presque sans s'arrter des bords de la Vistule.

Le duc d'Elchingen est parti de Burgos. L'empereur a pass ce matin
la revue de sa garde dans la plaine de Burgos. S. M. a vu ensuite la
division Dessolles et a nomm  toutes les places vacantes dans cette
division.

Les vnemens se prparent et tout est en marche. Rien ne russit  la
guerre qu'en consquence d'un plan bien combin.

Parmi les prisonniers nous en avons trouv qui portaient  la
boutonnire un aigle renvers perc de deux flches, avec celle
inscription: _au vainqueur de la France_. A cette ridicule fanfaronnade,
on reconnat les compatriotes de Don Quichotte. Le fait est qu'il est
impossible de trouver de plus mauvaises troupes, soit dans les montagnes
soit dans la plaine. Ignorance crasse, folle prsomption, cruaut contre
le faible, souplesse et lchet avec le fort, voil le spectacle que
nous avons sous les yeux. Les moines et l'inquisition ont abruti cette
nation.

Dix mille hommes de cavalerie lgre et de dragons, avec vingt-quatre
pices d'artillerie lgre, s'taient mis en marche le 11 pour courir
sur les derrires de la division anglaise que l'on disait tre 
Valladolid. Ces braves ont fait trente-quatre lieues en deux jours,
mais notre esprance a t due. Nous sommes entrs  Palencia, 
Valladolid; on a pouss six lieues plus loin; point d'Anglais, mais bien
des promesses et des assurances.

Il parat certain qu'une division de leur troupes a dbarqu  la
Corogne, et qu'une autre division est entre  Badajoz au commencement
du mois. Le jour o nous les trouverons sera un jour de fte pour
l'arme franaise. Puissent-ils rougir de leur sang ce continent qu'ils
dvastent par leurs intrigues, leur monopole et leur pouvantable
gosme! Puissent-ils, au lieu de vingt mille, tre quatre-vingt ou cent
mille hommes, afin que les mres de famille anglaises apprennent ce que
c'est que les maux de la guerre, et que le gouvernement britannique
cesse de se jouer de la vie et du sang des peuples du continent. Les
mensonges les plus grossiers, les moyens les plus vils sont mis en
oeuvre par le machiavlisme anglais pour garer la nation espagnole.
Mais la masse est bonne: la Biscaye, la Navarre, la Vieille-Castille, la
plus grande partie de l'Aragon mme, sont animes d'un bon esprit. La
gnralit de la nation voit avec une profonde douleur l'abme o on la
jette, et ne tardera pas  maudire les auteurs de tant de maux.

Florida Blanca, qui est  la tte de l'insurrection espagnole, est le
mme qui a t ministre sous Charles III. Il a toujours t ennemi
dcid de la France, et partisan zl de l'Angleterre. Il faut esprer
qu' sa dernire heure, il reconnatra les erreurs de la politique de sa
vie. C'est un vieillard qui runit  l'anglomanie la plus aveugle, la
dvotion la plus superstitieuse. Ses confidens et ses amis sont les
moines les plus fanatiques et les plus ignares.

L'ordre est rtabli dans Burgos et dans les environs. A ce premier
moment de terreur a succd la confiance. Les paysans sont retourns
dans leurs villages et  leur labour.




Burgos, le 16 novembre 1808.

_Cinquime bulletin de l'arme d'Espagne._

Les destines de l'arme d'Estramadure se sont termines dans les
plaines de Burgos. L'arme de Galice, battue aux combats de Durango,
de Guns, de Valmaseda, a pri ou a t disperse  la bataille
d'Espinosa. Cette arme tait compose de l'infanterie de l'ancienne
arme espagnole qui tait en Portugal et en Galice, et qui a quitt
Porto  la fin de juin; des milices de la Galice, des Asturies et de la
Vieille-Castille;

De cinq mille prisonniers espagnols que les Anglais avaient habills et
arms  leurs frais et dbarqus  Saint Ander;

Des volontaires de leves extraordinaires de la Galice, de la
Vieille-Castille et des Asturies;

Des rgimens d'artillerie, des garnisons de marine, et des matelots des
dpartemens de la Corogne et du Ferrol;

Enfin des corps que le tratre la Romana avait amens du Nord et
dbarqus a Saint-Ander.

Dans sa folle prsomption, cette arme manoeuvrait sur le flanc droit de
l'arme franaise, et voulait couper la communication par la Biscaye.
Pendant l'espace de dix jours, elle a t mene battant de gorge en
gorge, de mamelon en mamelon. Enfin, le 10 novembre, arrive  Espinosa,
elle voulut couvrir sa retraite, ses parcs, ses hpitaux et ses
magasins.

Elle se rangea en bataille et se crut dans une position inattaquable.

Le marchal duc de Bellune culbuta son arrire-garde, et se trouva
 trois heures aprs midi devant son front de bataille. Le gnral
Pacthod, avec les quatre-vingt-quatorzime et quatre-vingt-quinzime
rgimens de ligne, eut ordre d'enlever un mamelon situ en avant de
la ligne de bataille qu'occupait la troupe du tratre la Romana. La
position tait belle; les soldats qui la dfendaient, les meilleurs du
pays et soutenus par toute la ligne ennemie. Le gnral Pacthod gravit,
l'arme au bras, ces montagnes escarpes, et fondit sur ces rgimens qui
avaient abus de notre loyaut et fauss leurs sermens. Dans un clin
d'oeil ils furent rompus et jets dans les prcipices. Le rgiment de la
Princesse a t dtruit.

La ligne ennemie se porta alors en avant et combina des attaques pour
reprendre le plateau. Toutes les colonnes qui avancrent disparurent et
trouvrent la mort. La nuit obscure surprit les deux armes dans cette
position.

Pendant ce temps, le marchal duc de Dalmatie filait sur Reynosa, seule
retraite de l'ennemi.

A la pointe du jour, le duc de Bellune fit dborder par le gnral de
brigade Maison,  la tte du seizime rgiment d'infanterie lgre, la
gauche de l'ennemi; de son ct le duc de Dantzick accourut au feu et
dborda sa droite.

Le gnral Maison, avec les braves du seizime, gravit sur des montagnes
escarpes  tout autre inaccessibles, et culbuta l'ennemi. Le duc de
Bellune fit alors avancer le centre; et l'ennemi coup et tourn, fuit 
la dbandade, jetant ses armes, ses drapeaux et abandonnant ses canons.

La division Sbastiani poursuivit les fuyards dans la direction de
Villarcayo, attaqua, tua, prit ou dispersa une division et lui enleva
ses canons.

Le duc de Dalmatie enleva  Reynosa tous les parcs, magasins, bagages,
et fit quelques prisonniers.

Le colonel Tascher, envoy  la poursuite de l'ennemi  la tte d'un
rgiment de chasseurs, a ramen un grand nombre de prisonniers.

Cependant l'ennemi qui nous menaait avec tant d'ignorance et une si
aveugle prsomption, tait non-seulement tourn par Reynosa, mais encore
par Palencia, par la cavalerie qui dj occupait les dbouchs des
montagnes dans la plaine  vingt lieues de ses derrires.

Soixante pices de canon, vingt mille hommes tus ou pris, le reste
dispers; douze gnraux espagnols tus; tous les secours en armes,
habillemens, munitions, que les Anglais avaient dbarqus, tombs en
notre pouvoir, sont le rsultat de cette affaire. La terreur est dans
l'me du soldat espagnol. Il jette sa veste rouge au chiffre du roi
Georges, son fusil anglais, et cherche  se cacher dans des cavernes,
dans des hameaux sous l'habit de paysan. Blake se sauve errant dans les
montagnes des Asturies; la Romana, avec quelques milliers d'hommes,
s'est jet sur la marine de Saint-Ander.

Cependant notre perte est de peu de consquence. Aux combats de
Durango, de Guens, de Valmaseda, d'Espinosa, nous n'avons perdu que
quatre-vingts hommes tus et trois cents blesss, aucun homme de marque.
On a bris trente mille fusils et on en a pris en magasin  Reynosa.

S.M. a nomm le gnral de brigade Pacthod gnral de division, et
a accord dix dcorations de la lgion d'honneur aux
quatre-vingt-quatorzime et quatre-vingt-quinzime rgimens d'infanterie
de ligne et au seizime d'infanterie lgre.



Burgos, le 18 novembre 1808.

_Sixime bulletin de l'arme d'Espagne._

Des quarante-cinq mille hommes qui composaient l'arme de Galice, partie
a t tue et prise, le reste a t parpill. Les dbris en tombent de
tous cts dans nos postes. Le gnral de division Debelle a fait cinq
cents prisonniers du ct de Vasconcellos.

Le colonel Tascher, commandant le premier rgiment provisoire de
chasseurs, a donn sur l'escorte du gnral espagnol Acebedo; l'escorte
ayant fait rsistance, tout a t tu.

Le gnral Bonnet est tomb avec sa division sur la tte d'une colonne
de fuyards de deux mille hommes; partie a t prise et l'autre partie
dtruite.

Le marchal duc d'Istrie, commandant la cavalerie de l'arme, est entr
 Aranda, le 16  midi. Nos partis de cavalerie vont sur la gauche
jusqu' Soria et Madrid, et sur la droite jusqu' Lon et Zamora.

L'ennemi a vacu Aranda avec la plus grande prcipitation. Il y a
laiss quatre pices de canon. On a trouv dans cette ville un magasin
considrable de biscuit, quarante mille quintaux de bl, et une grande
quantit d'effets d'habillement.

A Reynosa on a trouv beaucoup d'objets anglais, et des
approvisionnemens de toute espce.

Les habitans de Montana, de toute la plaine de la Castille jusqu'au
Portugal, de la province de Soria, maudissent hautement les auteurs de
cette guerre, et demandent  grands cris le repos et la paix.

Le marchal duc de Dantzick fait une mention particulire du gnral de
brigade Roguet. Il cite avec loge le lieutenant de Coigny, aide-de-camp
du gnral Sbastiani, qui a eu un cheval tu sous lui.

Le duc de Bellune fait une mention particulire du gnral de division
Villatte.

Vingt mille balles de laine valant de quinze  vingt millions, saisis 
Burgos, ont t diriges sur Baonne. La vente publique en sera faite 
l'enchre au premier janvier. Tous les ngocians de France pourront y
concourir. Sur le produit de cette vente le droit de vingt pour cent est
d au roi. Le surplus servira soit  rendre aux propritaires qui
n'ont point pris part  l'insurrection, le prix des laines qui leur
appartiennent, ce qui se rduit  peu de chose, servir d'indemnit aux
ngocians franais qui ont t pills ou ont essuy des confiscations en
Espagne.

S.M. a ordonn qu'une commission prside par un matre des requtes, et
compose de deux membres de chacune des chambres de commerce des villes
de Baonne, Bordeaux, Toulouse et Marseille, un auditeur au conseil
d'tat faisant les fonctions de secrtaire-gnral, se runirait
 Baonne, et que toutes les villes et corporations franaises et
italiennes qui auraient des rclamations  faire  raison des pertes et
confiscations qu'elles auraient essuyes en Espagne, s'adresseraient 
cette commission pour en poursuivre la liquidation. S.M. a charg le
ministre de l'intrieur de faire un rglement sur la manire de procder
de cette commission.

L'intention de S.M. est galement que les biens qui sont en France, dans
le royaume d'Italie ou dans le royaume de Naples, appartenant  des
Espagnols insurgs, soient squestrs pour servir galement aux
indemnits.



Burgos, le 18 novembre 1808.

_Lettre de S.M. l'empereur au grand-juge, ministre de la justice._

Monsieur le comte Rgnier, nous avons rsolu de faire placer dans la
salle de notre conseil d'tat les statues en marbre des sieur Tronchet
et Portalis, rdacteurs du premier projet du code Napolon, et dont nous
avons t  mme d'apprcier les grands talens dans les confrences qui
ont eu lieu lors de la rdaction dudit code; notre intention est que nos
ministres, conseillers d'tat et magistrats de toutes les cours voient
dans cette rsolution le dsir que nous avons d'illustrer leurs talens
et de rcompenser leurs services, la seule rcompense du gnie tant
l'immortalit et la gloire. Nous avons fait connatre nos volonts 
notre grand-marchal du palais et  l'intendant de notre maison; mais
nous vous chargeons spcialement de porter tous vos soins  ce que les
statues soient promptement faites et ressemblantes. Nous dsirons que
vous fassiez connatre ces dispositions  nos diffrentes cours.

Cette lettre n'tant  autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa
sainte garde.

NAPOLON.



Burgos, le 20 novembre 1808.

_Septime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le 16, l'avant-garde du marchal duc de Dalmatie est entre 
Saint-Ander, et y a trouv une grande quantit de farine, de bl, de
munitions de guerre et de poudre, un magasin de neuf mille fusils
anglais, des dpts assez considrables de coton et de marchandises de
fabrique anglaise et coloniale.

Pendant que nos troupes entraient  Saint-Ander, il y avait  deux
lieues au large un grand convoi anglais charg de troupes, de munitions
et d'habillemens; lorsqu'il a vu le drapeau franais arbor et salu par
la garnison, il a pris le large.

On a trouv  Saint-Ander un dpt considrable de laines qui est
transport en France.

Le 17, le colonel Tascher a rencontr  Cunillas les fuyards ennemis.
Il y a eu quelques coups de sabre de donns; on a fait une trentaine de
prisonniers.

L'vqu de Saint-Ander, anim plutt de l'esprit du dmon que de
l'esprit de l'vangile, homme furibond et fanatique, marchant toujours
un coutelas au ct, s'est sauv  bord des frgates anglaises. Toutes
les lettres interceptes font voir la terreur et l'effroi qui agitent
cette partie de l'arme espagnole.

On a procd au dsarmement de la Montana, de Bilbao et de la partie de
la Biscaye qui s'est insurge. On marche galement du ct de Soria pour
dsarmer cette province. Les provinces de Valladolid et de Palencia le
sont dj.

Le gnral Franceschi, commandant un corps de cavalerie lgre, a
rencontr  Sahagun,  six lieues de Lon, un grand convoi de bagages et
de malades de l'arme de Galice, qu'il a enlev.

A Mayorga, un escadron de cavalerie lgre a rencontr trois cents
hommes qu'ils a chargs; partie a t tue, l'autre prise.

La cavalerie du gnral Lasalle a pouss des partis jusqu' Somo-Sierra.

Des officiers des rgimens espagnols de Zamora et de la Princesse, qui
taient dans le Nord, et qui s'taient sauvs  Zamora, ont t faits
prisonniers. Vous avez prt serment au roi, leur a-t-on dit. Ils
l'ont avou;--Vous avez fauss votre serment.--Nous avons obi  notre
gnral.--Vous faisiez partie de l'arme franaise, et vous avez reconnu
les meilleurs procds par la plus infme trahison.--Ils rpondirent
encore qu'ils taient sous les ordres de leur gnral, et qu'ils
n'avaient fait qu'obir.--On aurait pu vous dsarmer, a-t-on ajout,
peut-tre l'aurait-on d; mais on a eu confiance en vos sermens. Il vaut
mieux pour la gloire de l'empereur qu'il ait eu  vous combattre, que de
s'tre port  un acte qui aurait pu tre tax de trop de mfiance. Vous
n'tes plus couverts par le droit des gens que vous avez viol. Vous
devriez tre passs par les armes; l'empereur veut vous pardonner une
seconde fois. Au reste, les rgimens de Zamora et de la Princesse ont
cruellement souffert; il en est peu rest aux drapeaux.



Burgos, le 23 novembre 1808.

_Huitime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Dalmatie poursuit ses succs avec la plus grande activit.

Un convoi charg d'artillerie, de munitions et de fusils anglais, a t
pris dans le port de Cunillas au moment o il allait appareiller: on en
fait l'inventaire. On a dj not trente pices de canon et une grande
quantit de malles d'officiers.

Le gnral Sarrut,  la tte de sa brigade, pousse vivement l'ennemi;
arriv  Saint-Vicente, et cotoyant la mer, l'ennemi s'aperut d'une
hauteur qui couvrait le dfil de Saint-Vicente, que le gnral Sarrut
n'avait que neuf cents hommes; il crut avoir le temps de tenir pour
passer le dfil qui est un pont de quatre cents toises sur un bras de
mer; mais il ignorait que ces neuf cents hommes taient du deuxime
d'infanterie lgre; il ne tarda pas  l'apprendre. A peine le gnral
Sarrut fut  porte, que ces braves chargrent, et l'on vit neuf cents
hommes rompre et mettre en dsordre six mille hommes bien posts, sans
prouver de perte et sans presque coup frir. Cependant le colonel
Tascher avait habilement plac cent cinquante hommes de son rgiment de
chasseurs en colonne serre, par peloton, derrire celle avant-garde; et
aussitt qu'il vit l'ennemi branl, il chargea, sans dlibrer, dans
le dfil, tua et jeta dans la mer et le marais, ou prit la plus grande
partie de cette colonne. On avait dj fait un millier de prisonniers
lorsque le dernier compte a t rendu, et la colonne du gnral Sarrut
avait dj dpass la province de la Montana et tait entre dans les
Asturies. Les voltigeurs du trente-sixime rgiment ont arrt dans le
port de Santillana un convoi anglais charg de sucre, de caf, de coton
et d'autres denres coloniales. Le nombre de btimens anglais, richement
chargs, qui ont t pris sur cette cte, tait dj de 25.

Dans la plaine, le gnral de division Milhaud annonce que le 19, non
loin de Lon, une reconnaissance a charg dans le village de Valverde,
un bataillon d'tudians, dont un grand nombre a t sabr et le reste
dispers.

Le septime corps de l'arme d'Espagne, que commande le gnral
Gouvion-Saint-Cyr, commence aussi  faire parler de lui. Le 6 novembre,
la place de Roses a t investie par les gnraux Reille et Pino. Les
hauteurs de Saint-Pedro ont t enleves par les Italiens avec cette
imptuosit qu'ils avaient au quinzime sicle, et dont les troupes du
royaume d'Italie ont donn tant de preuves dans la dernire campagne
d'Allemagne. Un grand nombre de miquelets et d'Anglais dbarqus
occupaient le port de Selva. Le gnral Fontana,  la tte de trois
bataillons d'infanterie lgre italienne et des grenadiers et voltigeurs
du septime rgiment franais, se porta sur Selva, chargea les miquelets
et les Anglais, les culbuta dans la mer, et s'empara de dix pices
de 24, dont quatre de bronze, que les Anglais n'eurent pas le temps
d'embarquer.

Le 8, la garnison de Roses fit sortir trois colonnes protges par
l'artillerie des vaisseaux anglais. Le gnral Mazuchelli les reut 
bout portant et leur tua plus de six cents hommes.

Le 12, les ennemis voulurent encore faire une sortie; ils trouvrent les
mmes braves, et le gnral Mazuchelli en couvrit ses tranches. Depuis
ce moment, la garnison a paru consterne et n'a plus voulu sortir.

Dans Barcelonne, le gnral Duhesme fait le plus grand loge des vlites
et des troupes d'Italie qui sont sous ses ordres.

On croit que le quartier-gnral part cette nuit de Burgos.



Aranda, le 25 novembre 1808.

_Neuvime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le systme militaire des ennemis parat avoir t le suivant:

Sur leur gauche tait l'arme de Galice, compose de la moiti des
troupes de ligne d'Espagne et de toutes les ressources de la Galice, des
Asturies et du royaume de Lon.

Au centre, tait l'arme d'Estramadure, que les corps anglais avaient
promis d'appuyer, et qui tait compose de toutes les ressources que
pouvaient fournir l'Estramadure et les provinces voisines.

L'arme d'Andalousie, de Valence, de la Nouvelle-Castille et d'Aragon,
que l'on porte  soixante-dix ou quatre-vingt mille hommes, occupait,
le 20 novembre, Calehorra, Tudela et les bords de l'Aragon. Cette arme
appuyait la droite de l'ennemi: elle tait compose de toutes les
troupes qui se trouvaient au camp de Saint-Roch, en Andalousie, 
Valence,  Carthagne et  Madrid, de toutes les leves et de toutes les
ressources de ces provinces. C'est contre cette arme que les corps
de l'arme franaise manoeuvrent aujourd'hui, les autres ayant t
disperss et dtruits dans les batailles d'Espinosa et de Burgos.

Le quartier-gnral a t transport le 22 de Burgos  Lerma, et le 23,
de Lerma  Aranda.

Le duc d'Elchingen s'est port le 22  Soria: cette ville, qui est
l'ancienne Numance, est un chef-lieu de province: c'est un des pays de
l'Espagne o les ttes avaient t le plus volcanises, et c'est celui
qui a fait le moins de rsistance. La ville a t dsarme, et un comit
compos de gens bien intentionns a t charg de l'administration de la
province.

Le duc d'Elchingen occupait par sa cavalerie lgre Medina-Celi, et
battait la route de Sarragosse  Madrid; son avant-garde marchait sur
Agrda.

Le 22, les ducs de Montebello et de Conegliano faisaient leur jonction
au pont de Lodosa.

Le 24, le duc de Bellune portait son quartier-gnral  Venta-Gonnez.

Presque toutes les routes de communication de Madrid avec les provinces
du Nord se trouvent interceptes; un grand nombre de courriers et de
malles de poste aux lettres sont tombs entre les mains de nos coureurs.
La confusion parat extrme  Madrid, et il rgne dans toute la nation
un dfaut de confiance et un dsir du repos et de la paix que la purile
arrogance et la criminelle astuce des meneurs ne parviennent pas 
dtruire.

Il parat difficile que l'arme qui forme la droite de l'ennemi et
qui est sur l'Ebre, puisse se replier sur Madrid et sur le Midi de
l'Espagne. Les vnemens qui se prparent dcideront probablement du
sort de cette autre moiti de l'arme espagnole.

Le temps est humide; un brouillard pais rgne depuis trois jours: cette
saison est plus dfavorable encore aux naturels du pays qu'aux hommes
accoutums aux climats du Nord.

Le gnral Gouvion-Saint-Cyr continue  faire pousser vivement le sige
de Roses.



Aranda de Duero, le 26 novembre 1808.

_Dixime bulletin de l'arme d'Espagne._

Il parat que les forces espagnoles s'lvent  cent quatre-vingt-dix
mille hommes effectifs.

Quatre-vingt mille hommes effectifs faisant soixante mille hommes sous
les armes, qui composaient les armes de Galice et d'Estramadure, et que
commandaient Blake, la Romana et Galluzzo, ont t disperss et mis hors
de combat.

L'arme d'Andalousie, de Valence, de la Nouvelle-Castille et d'Aragon,
que commandaient Castanos, Penas et Palafox, et qui paraissait tre
galement de quatre-vingt mille hommes, c'est--dire soixante mille
hommes sous les armes, aura sous peu de jours accompli ses destins. Le
marchal duc de Montebello a ordre de l'attaquer de front avec trente
mille hommes, tandis que les ducs d'Elchingen et de Bellune sont dj
placs sur ses derrires.

Reste soixante mille hommes effectifs qui peuvent donner quarante mille
hommes sous les armes, dont trente mille sont en Catalogne et dix mille
hommes existent  Madrid,  Valence et dans les autres lieux de dpts,
ou sont en mouvement.

Avant de faire un pas au-del du Duero, l'empereur a pris la rsolution
de faire anantir les armes du centre et de gauche, et de faire subir
le mme sort  celle de droite du gnral Castanos.

Lorsque ce plan aura t excut, la marche sur Madrid ne sera plus
qu'une promenade. Ce grand dessein doit,  l'heure qu'il est, tre
accompli.

Quant au corps de Catalogne, tant en partie compos des troupes de
Valence, Murcie et Grenade, ces provinces menaces retireront leurs
troupes, si toutefois l'tat des communications le permet; dans tous les
cas, le septime corps, aprs avoir termin le sige de Roses, en rendra
bon compte.

A Barcelonne, le gnral Duhesine, avec quinze mille hommes
approvisionns pour six mois, rpond de cette importante place.

Nous n'avons pas parl des forces anglaises. Il parat qu'une division
est en Galice, et qu'une autre s'est montre  Badajoz vers la fin du
mois pass. Si les Anglais ont de la cavalerie, nous devrions nous
en apercevoir; car nos troupes lgres sont presque parvenues aux
frontires du Portugal. S'ils ont de l'infanterie, ils ne sont pas
probablement dans l'intention de s'en servir en faveur de leurs allis,
car voil trente jours que la campagne est ouverte; trois fortes armes
ont t dtruites, une immense artillerie a t enleve; les provinces
de Castille, de la Montana, d'Aragon, de Soria, etc., sont conquises;
enfin le sort de l'Espagne et du Portugal est dcid, et l'on n'entend
parler d'aucun mouvement des troupes anglaises.

Cependant la moiti de l'arme franaise n'est point encore arrive; une
partie du quatrime corps d'arme, le cinquime et le huitime corps
entiers, six rgimens de cavalerie lgre, beaucoup de compagnies
d'artillerie et de sapeurs, et un grand nombre d'hommes des rgimens qui
sont en Espagne, n'ont pas encore pass la Bidassoa.

A la vrit, et sans faire tort  la bravoure de nos soldats, on
doit dire qu'il n'y a pas de plus mauvaises troupes que les troupes
espagnoles; elles peuvent, comme les Arabes, tenir derrire des maisons,
mais elle n'ont aucune discipline, aucune connaissance des manoeuvres,
et il leur est impossible de rsister sur un champ de bataille, Les
montagnes mme ne leur ont offert qu'une faible protection. Mais grce 
la puissance de l'inquisition,  l'influence des moines,  leur adresse
 s'emparer de toutes les plumes et  faire parler toutes les langues,
on croit encore dans une grande partie de l'Espagne que Blake a t
vainqueur, que l'arme franaise a t dtruite, que la garde impriale
a t prise. Quel que soit le succs momentan de ces misrables
ressources et de ces ridicules efforts, le rgne de l'Inquisition est
fini; ses tribunaux rvolutionnaires ne tourmenteront plus aucune
contre de l'Europe; en Espagne comme  Rome l'inquisition sera abolie,
et l'affreux spectacle des auto-da-f ne se renouvellera pas; cette
rforme s'oprera malgr le zle religieux des Anglais, malgr
l'alliance qu'ils ont contracte avec les moines imposteurs qui ont fait
parler la Vierge d'el Pilar et les saints de Valladolid. L'Angleterre a
pour allis le monopole, l'inquisition et les franciscains; tout lui
est bon pourvu qu'elle divise les peuples et qu'elle ensanglante le
continent. Un brick anglais, _le Ferrets_, parti de Portsmouth le 11 de
ce mois, a mouill le 22 dans le port de Saint-Ander qu'il ne savait pas
tre occup par les Franais; il avait  bord des dpches importantes
et beaucoup de papiers anglais dont on s'est empar.

On a trouv  Saint-Ander une grande quantit de quinquina et de denres
coloniales qui ont t envoyes  Baonne.

Le duc de Dalmatie est entr dans les Asturies; plusieurs villes et
beaucoup de villages ont demand  se soumettre pour sortir enfin de
l'abme creus par les conseils des trangers, et par les passions de la
multitude.



Aranda de Duero, le 27 novembre 1808.

_Onzime bulletin de l'arme d'Espagne._

S. M., dans la journe du 19, avait fait partir le marchal duc de
Montebello avec des instructions pour les mouvemens de la gauche dont
elle lui donna le commandement.

Le duc de Montebello et le duc de Conegliano se concertrent le 20, 
Lodosa, pour l'excution des ordres de S. M.

Le 21, la division du gnral Lagrange, avec la brigade de cavalerie
lgre du gnral Colbert et la brigade de dragons du gnral Dijon,
partirent de Logrono par la droite de l'Ebre.

Au mme moment, les quatre divisions composant le corps d'arme du duc
de Conegliano, passrent le fleuve  Lodosa, abandonnant tout le pays
entre l'Ebre et Pampelune.

Le 22,  la pointe du jour, l'arme franaise se mit en marche. Elle
se dirigea sur Calahora, o tait la veille le quartier-gnral de
Castanos; elle trouva cette ville vacue. Elle marcha ensuite sur
Alfaro; l'ennemi s'tait galement retir.

Le 23,  la pointe du jour, le gnral de division Lefebvre,  la tte
de la cavalerie et appuy par la division du gnral Morlot, faisant
l'avant-garde, rencontra l'ennemi. Il en donna sur-le-champ avis au
duc de Montebello, qui trouva l'arme ennemie forte de sept divisions,
formant quarante-cinq mille hommes prsens sous les armes, la droite en
avant de Tudela, et la gauche occupant une ligne d'une lieue et demie,
disposition absolument vicieuse. Les Aragonais taient  la droite, les
troupes de Valence et de la nouvelle Castille taient au centre, et
les trois divisions d'Andalousie, que commandait plus spcialement
le gnral Castanos, formaient la gauche. Quarante pices de canon
couvraient la ligne ennemie.

A neuf heures du matin, les colonnes de l'arme franaise commencrent
 se dployer avec cet ordre, cette rgularit, ce sang-froid qui
caractrisent de vieilles troupes. On choisissait les emplacement pour
tablir en batterie une soixantaine de canons; mais l'imptuosit des
troupes et l'inquitude de l'ennemi n'en donnrent pas le temps; l'arme
espagnole tait dj vaincue par l'ordre et par les mouvemens de l'arme
franaise.

Le duc de Montebello fit enfoncer le centre par la division du gnral
Maurice Mathieu.

Le gnral de division Lefebvre, avec sa cavalerie, passa aussitt
au trot par cette troue, et enveloppa, par un quart de conversion 
gauche, toute la droite de l'ennemi.

Le moment o la moiti de la ligne ennemie se trouva ainsi tourne et
culbute, fut celui o le gnral Lagrange attaqua la ville de Cascante,
o tait place la ligne de Castanos, qui ne fit pas meilleure
contenance que la droite, et abandonna le champ de bataille, en
laissant son artillerie et un grand nombre de prisonniers. La cavalerie
poursuivit les dbris de l'arme ennemie jusqu' Tarracone, dans la
direction d'Agreda. Sept drapeaux, trente pices de canon avec leurs
attelages et leurs caissons, douze colonels, trois cents officiers et
trois mille hommes ont t pris; quatre mille Espagnols sont rests sur
le champ de bataille, ou ont t jets dans l'Ebre. Notre perte a t
lgre; nous avons eu soixante hommes tus et quatre cents blesss;
parmi ces derniers se trouve le gnral de division Lagrange, qui a t
atteint d'une balle au bras.

Nos troupes ont trouv  Tudela beaucoup de magasins.

Le marchal duc de Conegliano s'est mis en marche sur Sarragosse.

Pendant qu'une partie des fuyards se retirait sur cette place, la gauche
qui avait t coupe, fuyait en dsordre sur Tarraone et Agreda.

Le duc d'Elchingen, qui tait le 22  Soria, devait tre le 23  Agreda;
pas un homme n'aurait chapp, mais ce corps d'arme se trouvant trop
fatigu, sjourna le 23 et le 24  Soria; il arriva le 24  Agreda assez
 temps pour s'emparer encore d'une grande quantit de magasins.

Un nomm Palafox, ancien garde-du-corps, homme sans talens et sans
courage, espce de mannequin d'un moine, vritable chef de parti, qui
lui avait fait donner le titre de gnral, a t le premier  prendre la
fuite. Au reste, ce n'est pas la premire fois qu'il agit de la sorte;
il a fait de mme dans toutes les occasions.

Cette arme de quarante-cinq mille hommes a t ainsi battue et dfaite,
sans que nous en ayons eu plus de six mille engags.

Le combat de Burgos avait frapp le centre de l'ennemi, la bataille
d'Espinosa la droite, et la bataille de Tudela la gauche. La victoire a
ainsi foudroy et dispers toute la ligne ennemie.



Aranda de Duero, 28 novembre 1808.

_Douzime bulletin de l'arme d'Espagne._

A la bataille de Tudela, le gnral de division Lagrange, charg de
l'attaque de Cascante, fit marcher sa division par chelons, et se mit
 la tte du premier chelon, compos du vingt-cinquime rgiment
d'infanterie lgre, qui aborda l'ennemi avec une telle dcision, que
deux cents Espagnols furent percs dans la premire charge par les
baonnettes. Les autres chelons ne purent donner. Cette singulire
intrpidit avait jet la consternation et le dsordre dans les troupes
de Castanos. C'est dans cette circonstance que le gnral Lagrange, qui
tait  la tte de son premier chelon, a reu une balle qui l'a bless
assez dangereusement.

Le 26, le duc d'Elchingen s'est port par Tarraonne, sur Borja. Les
ennemis avait mis le feu  un parc d'artillerie de soixante caissons
qu'ils avaient  Tarraonne.

Le gnral Maurice Mathieu est arriv le 25  Borja, poursuivant
l'ennemi et ramassant  chaque instant de nouveaux prisonniers dont le
nombre est dj de cinq mille; ils appartiennent tous aux troupes de
ligue; le soldat n'a pardonn  aucun paysan arm. Le nombre des pices
de canon prises est de trente-sept.

Le dsordre et le dlire se sont empars des meneurs. Pour premire
mesure, ils ont fait un manifeste violent par lequel ils dclarent la
guerre  la France; ils lui imputent tous les dsordres de leur cour,
l'abtardissement de la race qui rgnait, et la lchet des grands, qui,
pendant tant d'annes, se sont prosterns de la manire la plus abjecte
aux pieds de l'idole qu'ils accablent de toute leur rage, aujourd'hui
qu'elle est tombe.

On se ferait en Allemagne, en Italie, en France, une bien fausse ide
des moines espagnols, si on les comparait aux moines qui ont exist dans
ces contres. On trouvait parmi les bndictins, les bernardins, etc.,
etc., de France, d'Italie, une foule d'hommes remarquables dans les
sciences et les lettres; ils se distinguaient et par leur ducation et
par la classe honorable et utile d'o ils taient sortis; les moines
espagnols, au contraire, sont tirs de la lie du peuple, ils sont
ignares et crapuleux; on ne saurait leur trouver de ressemblance qu'avec
des artisans employs dans les boucheries; ils en ont l'ignorance, le
ton et la tournure. Ce n'est que sur le bas peuple qu'ils exercent leur
influence. Une maison bourgeoise se serait crue dshonore en admettant
un moine  sa table.

Quant aux malheureux paysans espagnols, on ne peut les comparer qu'aux
fellahs d'Egypte; ils n'ont aucune proprit; tout appartient soit aux
moines, soit  quelque maison puissante. La facult de tenir une auberge
est un droit fodal; et dans un pays aussi favoris de la nature, on ne
trouve ni postes, ni htelleries. Les impositions mme ont t alines
et appartiennent aux seigneurs. Les grands ont tellement dgnr, qu'il
sont sans nergie, sans mrite et mme sans influence.

On trouve tous les jours  Valladolid et au-del, des magasins d'armes
considrables. Les Anglais ont bien excut cette partie de leurs
engagemens; ils avaient promis des fusils, des poignards, des libelles,
et ils en ont envoy avec profusion. Leur esprit inventif s'est signal,
et ils ont pouss fort loin l'art de rpandre des libelles, comme
dans ces derniers temps ils s'taient distingus par leurs fuses
incendiaires. Tous les maux, tous les flaux qui peuvent affliger les
hommes, viennent de Londres.



Saint-Martin prs Madrid, 2 dcembre 1808.

_Treizime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le 29, le quartier-gnral de l'empereur a t port au village de
Bozeguillas; le 30,  la pointe du jour, le duc de Bellune s'est
prsent au pied du Somo-Sierra; une division de treize mille hommes de
l'arme de rserve espagnole, dfendait le passage de cette montagne.
L'ennemi se croyait inexpugnable dans cette position. Il avait retranch
le col que les Espagnols appellent _Puerto_, et y avait plac seize
pices de canon. Le neuvime d'infanterie lgre couronna la droite;
le quatre-vingt-seizime marcha sur la chausse, et le vingt-quatrime
suivit  mi-cte les hauteurs de gauche. Le gnral Sennarmont avec six
pices d'artillerie avana par la chausse.

La fusillade et la canonnade s'engagrent. Une charge que fit le gnral
Montbrun,  la tte des chevau-lgers polonais, dcida l'affaire; charge
brillante s'il en fut, o ce rgiment s'est couvert de gloire et a
montr qu'il tait digne de faire partie de la garde impriale. Canons,
drapeaux, fusils, soldats, tout fut enlev, coup ou pris. Huit
chevau-lgers polonais ont t tus sur les pices, et seize ont
t blesss. Parmi ces derniers, le capitaine Dzievanoski  t si
grivement bless qu'il est presque sans esprance. Le major Sgur,
marchal-des-logis de la maison de l'empereur, chargeant parmi les
Polonais, a reu plusieurs blessures dont une assez grave. Les seize
pices de canon, dix drapeaux, une trentaine de caissons, deux cents
chariots de toute espce de bagage, les caisses des rgimens, sont
les fruits de cette brillante affaire. Parmi les prisonniers qui sont
trs-nombreux, se trouvent tous les colonels et les lieutenans-colonels
des corps de la division espagnole. Tous les soldats auraient t pris,
s'ils n'avaient pas jet leurs armes et ne s'taient parpills dans les
montagnes.

Le premier dcembre, le quartier-gnral de l'empereur tait 
Saint-Augustin, et le 2, le duc d'Istrie, avec la cavalerie, est venu
couronner les hauteurs de Madrid. L'infanterie ne pourra arriver que le
3. Les renseignemens qu'on a pris jusqu' cette heure, portent  penser
que la ville est livre  toute espce de dsordre, et que les portes
sont barricades.

Le temps est trs-beau.



Madrid, 5 dcembre 1808.

_Quatorzime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le 3,  midi, S. M. arriva de sa personne sur les hauteurs qui
couronnent Madrid, et o taient places les divisions de dragons des
gnraux Latour-Maubourg et Lahoussaye, et la garde impriale  cheval.
L'anniversaire du couronnement, cette poque qui a signal tant de jours
 jamais heureux pour la France, rveilla dans tous les coeurs les plus
doux souvenirs et inspira  toutes les troupes un enthousiasme qui se
manifesta par mille acclamations. Le temps tait superbe et semblable 
celui dont on jouit eu France dans les belles journes du mois de mai.

Le marchal duc d'Istrie envoya sommer la ville, o s'tait form une
junte militaire, sous la prsidence du gnral Castellar, qui avait
sous ses ordres le gnral Morla, capitaine-gnral de l'Andalousie et
inspecteur-gnral de l'artillerie. La ville renfermait un grand nombre
de paysans arms qui s'y taient rendus de tous cts, six mille hommes
de troupes de ligne et cent pices de canon. Depuis huit jours on
barricadait les rues et les portes de la ville; soixante mille hommes
taient en armes; des cris se faisaient entendre de toutes parts; les
cloches de deux cents glises sonnaient  la fois et tout prsentait
l'image du dsordre et du dlire.

Un gnral de troupes de ligne parut aux avant-postes pour rpondre  la
sommation du duc d'Istrie; il tait accompagn et surveill par trente
hommes du peuple dont le costume, les regards et le farouche langage,
rappelaient les assassins de septembre. Lorsqu'on demandait au gnral
espagnol s'il voulait exposer des femmes, des enfans, des vieillards aux
horreurs d'un assaut, il manifestait  la drobe la douleur dont il
tait pntr; il faisait connatre par des signes qu'il gmissait sous
l'oppression ainsi que tous les honntes gens de Madrid, et lorsqu'il
levait la voix, ses paroles taient dictes par les misrables qui
le surveillaient. On ne put avoir aucun doute de l'excs auquel
tait porte la tyrannie de la multitude, lorsqu'on le vit dresser
procs-verbal de ses propres discours, et les faire attester par la
signature des spadassins qui l'environnaient.

L'aide-de-camp du duc d'Istrie, qui avait t envoy dans la ville,
saisi par des hommes de la dernire classe du peuple, allait tre
massacr, lorsque les troupes de ligne indignes le prirent sous leur
sauve-garde et le firent remettre  son gnral.

Un garon boucher de l'Estramadure, qui commandait une des portes,
osa demander que le duc d'Istrie vint lui-mme dans la ville les yeux
bands; le gnral Montbrun repoussa cette audace avec indignation; il
fut aussitt entour, et il n'chappa qu'en tirant son sabre. Il faillit
tre victime de l'imprudence avec laquelle il avait oubli qu'il n'avait
point affaire avec des ennemis civiliss.

Peu de temps aprs des dserteurs des gardes wallonnes se rendirent au
camp. Leurs dpositions donnrent la conviction que les propritaires,
les honntes gens taient sans influence, et l'on dut croire que toute
conciliation tait impossible.

La veille, le marquis de Perales, homme respectable qui avait paru jouir
jusqu'alors de la confiance du peuple, fut accus d'avoir fait mettre
du sable dans les cartouches. Il fut aussitt trangl, et ses membres
dchirs furent envoys comme des trophes dans les quartiers de la
ville. On arrta que toutes les cartouches seraient refaites, et trois
ou quatre mille moines furent conduits au Retiro et employs  ce
travail. Il avait t ordonn que tous les palais, toutes les maisons
seraient constamment ouvertes aux paysans des environs, qui devaient y
trouver de la soupe et des alimens  discrtion.

L'infanterie franaise tait encore  trois lieues de Madrid. L'empereur
employa la soire  reconnatre la ville et  arrter un plan d'attaque
qui se conciliait avec les mnagemens que mritent le grand nombre
d'hommes honntes qui se trouvent toujours dans une grande capitale.

Prendre Madrid d'assaut pouvait tre une opration militaire de peu de
difficult; mais amener cette grande ville se soumettre en employant
tour  tour la force et la persuasion et en arrachant les propritaires
et les vritables hommes de bien  l'oppression sous laquelle ils
gmissaient, c'est l ce qui tait difficile. Tous les efforts de
l'empereur dans ces deux journes n'eurent pas d'autre but; ils ont t
couronns du plus grand succs.

A sept heures, la division Lapisse, du corps du marchal duc de Bellune,
arriva. La lune donnait une clart qui semblait prolonger celle du
jour. L'empereur ordonna au gnral de brigade Maison de s'emparer des
faubourgs, et chargea le gnral de division Lauriston de protger cette
occupation par le feu de quatre pices d'artillerie de la garde. Les
voltigeurs du seizime s'emparrent des maisons et notamment d'un grand
cimetire. Au premier feu l'ennemi montra autant de lchet qu'il avait
montr d'arrogance pendant toute la journe. Le duc de Bellune employa
toute la nuit  placer son artillerie dans les lieux dsigns pour
l'attaque.

A minuit, le prince de Neufchtel envoya  Madrid un lieutenant-colonel
d'artillerie espagnole qui avait t pris  Somo-Sierra et qui voyait
avec effroi la folle obstination de ses concitoyens. Il se chargea de la
lettre ci-jointe (n 1).

Le 3,  neuf heures du matin, le mme parlementaire revint au
quartier-gnral avec la lettre ci-jointe (n 2).

Mais dj le gnral de brigade d'artillerie Snarmont, officier d'un
grand mrite, avait plac ses trente pices d'artillerie et avait
commenc un feu trs-vif qui avait fait brche aux murs du Retiro. Des
voltigeurs de la division Villatte ayant pass la brche, leur bataillon
les suivit, et en moins d'une heure, quatre mille hommes qui dfendaient
le Retiro furent culbuts. Le palais du Retiro, les postes importans de
l'observatoire, de la manufacture de porcelaine, de la grande caserne et
de l'htel de Medina-Celi et tous les dbouchs qui avaient t mis en
dfense furent emports par nos troupes.

D'un autre ct, vingt pices de canon de la garde jetaient des obus et
attiraient l'attention de l'ennemi sur une fausse attaque.

On se serait peint difficilement le dsordre qui rgnait dans Madrid, si
un grand nombre de prisonniers arrivant successivement n'avaient rendu
compte des scnes pouvantables et de tout genre dont cette capitale
offrait le spectacle. On avait coup les rues, crnel les maisons;
des barricades de balles de coton et de laine avaient t fermes; les
fentres taient matelasses; ceux des habitans qui dsespraient du
succs d'une aveugle rsistance, fuyaient dans les campagnes; d'autres
qui avaient conserv quelque raison, et qui aimaient mieux se montrer
au sein de leurs proprits devant un ennemi gnreux, que de les
abandonner au pillage de leurs propres concitoyens, demandaient qu'on ne
s'expost point  un assaut. Ceux qui taient trangers  la ville
ou qui n'avaient rien  perdre, voulaient qu'on se dfendt  toute
outrance, accusaient les troupes de ligne de trahison et les obligeaient
 continuer le feu.

L'ennemi avait plus de cent pices de canon en batterie; un nombre plus
considrable de pices de 2 et de 3 avaient t dterres, tires des
caves et ficeles sur des charrettes; quipage grotesque qui seul aurait
prouv le dlire d'un peuple abandonn  lui-mme. Mais tous moyens de
dfense taient devenus inutiles: tant matre du Retiro, on l'est de
Madrid. L'empereur mit tous ses soins  empcher qu'on entrt de maison
en maison. C'en tait fait de la ville si beaucoup de troupes avaient
t employes. On ne laissa avancer que quelques compagnies de
voltigeurs que l'empereur se refusa toujours  faire soutenir.

A onze heures, le prince de Neufchtel crivit la lettre ci-jointe n
3; S.M. ordonna aussitt que le feu cesst sur tous les points.

A cinq heures, le marchal Morla, l'un des membres de la junte
militaire, et don Bernardo Yriarte, envoy de la ville, se rendirent
dans la tente de S.A.S. le major-gnral. Ils firent connatre que
tous les hommes bien pensans ne doutaient pas que la ville ne ft sans
ressources, et que la continuation de la dfense tait un vritable
dlire; mais que les dernires classes du peuple et la foule des hommes
trangers  Madrid voulaient se dfendre et croyaient le pouvoir. Ils
demandaient la journe du 4 pour faire entendre raison au peuple. Le
prince major-gnral les prsenta  S.M. l'empereur et roi, qui leur
dit: Vous employez en vain le nom du peuple; si vous ne pouvez parvenir
 le calmer, c'est parce que vous-mmes vous l'avez excit, vous l'avez
gar par des mensonges. Rassemblez les curs, les chefs des couvens,
les alcades, les principaux propritaires, et que d'ici  six heures du
matin la ville se rende, ou elle aura cess d'exister. Je ne veux ni ne
dois retirer mes troupes. Vous avez massacr les malheureux prisonniers
franais qui taient tombs entre vos mains. Vous avez, il y a peu de
jours, laiss traner et mettre  mort dans les rues deux domestiques de
l'ambassadeur de Russie parce qu'ils taient ns Franais. L'inhabilet
et la lchet d'un gnral avaient mis en vos mains des troupes qui
avaient capitul sur le champ de bataille, et la capitulation a t
viole. Vous, monsieur Morla, quelle lettre avez-vous crite  ce
gnral? Il vous convenait bien de parler de pillage, vous qui tant
entr en Roussillon avez enlev toutes les femmes et les avez partages
comme un butin entre vos soldats. Quel droit aviez-vous, d'ailleurs,
de tenir un pareil langage? La capitulation vous l'interdisait. Voyez
quelle a t la conduite des Anglais, qui sont bien loin de se piquer
d'tre rigides observateurs du droit des nations; ils se sont plaints de
la convention du Portugal, mais ils l'ont excute. Violer les traits
militaires, c'est renoncer  toute civilisation, c'est se mettre sur la
mme ligne que les Bdouins du dsert. Comment donc osez-vous demander
une capitulation, vous qui avez viol celle de Baylen? Voil comme
l'injustice et la mauvaise foi tournent toujours au prjudice de ceux
qui s'en s'en sont rendus coupables. J'avais une flotte  Cadix; elle
tait l'allie de l'Espagne, et vous avez dirig contre elle les
mortiers de la ville o vous commandiez. J'avais une arme espagnole
dans mes rangs: j'ai mieux aim la voir passer sur les vaisseaux
anglais, et tre oblig de la prcipiter du haut des rochers d'Espinosa,
que de la dsarmer; j'ai prfr avoir sept mille ennemis de plus 
combattre, que de manquer  la bonne foi et  l'honneur. Retournez 
Madrid. Je vous donne jusqu' demain  six heures du matin. Revenez
alors, si vous n'avez  me parler du peuple que pour m'apprendre qu'il
s'est soumis. Sinon vous et vos troupes, vous serez tous passs par les
armes.

Le 4  six heures du matin, le gnral Morla et le gnral don Fernando
de la Vera, gouverneur de la ville, se prsentrent  la tente du
prince major-gnral. Les discours de l'empereur, rpts au milieu
des notables, la certitude qu'il commandait en personne; les pertes
prouves pendant la journe prcdente avaient port le repentir et
la douleur dans tous les esprits; pendant la nuit, les plus mutins
s'taient soustraits au danger par la fuite, et une partie des troupes
s'tait dbande.

A dix heures, le gnral Belliard prit le commandement de Madrid, tous
les postes furent remis aux Franais, et un pardon gnral fut proclam.

A dater de ce moment, les hommes, les femmes, les enfans se rpandirent
dans les rues avec scurit. Jusqu' onze heures du soir les boutiques
furent ouvertes. Tous les citoyens se mirent  dtruire les barricades
et  repaver les rues; les moines rentrrent dans leurs couvens, et
en peu d'heures Madrid prsenta le contraste le plus extraordinaire;
contraste inexplicable pour qui ne connat pas les moeurs des grandes
villes. Tant d'hommes qui ne pouvaient se dissimuler  eux-mmes ce
qu'ils auraient fait dans pareille circonstance, s'tonnent de la
gnrosit des Franais. Cinquante mille armes ont t rendues, et cent
pices de canon sont remises au Retiro. Au reste les angoisses dans
lesquelles les habitans de cette malheureuse ville ont vcu depuis
quatre mois, ne peuvent se dpeindre. La junte tait sans puissance; les
hommes les plus ignorans et les plus forcens exeraient le pouvoir, et
le peuple,  chaque instant, massacrait ou menaait de la potence ses
magistrats et ses gnraux. Le gnral de brigade Maison a t bless.
Le gnral Bruyre, qui s'tait avanc imprudemment dans le moment
o l'on avait cess le feu, a t tu. Douze soldats ont t tus,
cinquante ont t blesss. Cette perte faible pour un vnement aussi
mmorable, est due au peu de troupes qu'on a engages; on la doit aussi,
il faut le dire,  l'extrme lchet de tout ce qui avait les armes  la
main.

L'artillerie a,  son ordinaire, rendu les plus grands services.

Dix mille fuyards chapps de Burgos et de Somo-Sierra, et la deuxime
division de l'arme de rserve se trouvaient, le 3,  trois lieues de
Madrid; mais chargs par un piquet de dragons, ils se sont sauvs en
abandonnant quarante pices de canon et soixante caissons.

Un trait mrite d'tre cit:

Un vieux gnral retir du service et g de quatre-vingts ans, tait
dans sa maison  Madrid, prs de la rue d'Alcala. Un officier franais
s'y loge avec sa troupe. Ce respectable vieillard parat devant cet
officier, tenant une jeune fille par la main et dit: Je suis un vieux
soldat, voil ma fille: je lui donne neuf cent mille livres de dot;
sauvez lui l'honneur et soyez son poux. Le jeune officier prend le
vieillard, sa famille et sa maison sous sa protection. Qu'ils
sont coupables ceux qui exposent tant de citoyens paisibles, tant
d'infortuns habitans d'une grande capitale  tant de malheurs!

Le duc de Dantzick est arriv le 3  Sgovie. Le duc d'Istrie, avec
quatre mille hommes de cavalerie, s'est mis  la poursuite de la
division Pennas, qui s'tant chappe de la bataille de Tudela, s'tait
dirige sur Guadalaxara.

Florida Blanca et la junte s'taient enfuis d'Aranjuez et s'taient
sauvs  Tolde; ils ne se sont pas crus en sret dans cette ville, et
se sont rfugis auprs des Anglais.

La conduite des Anglais est honteuse. Ds le 20, ils taient 
l'Escurial au nombre de six mille, ils y ont pass quelques jours. Ils
ne prtendaient pas moins que franchir les Pyrnes et venir sur la
Garonne. Leurs troupes sont superbes et bien disciplines. La confiance
qu'elles avaient inspire aux Espagnols est inconcevable; les uns
espraient que cette division irait  Somo-Sierra, les autres
qu'elle viendrait dfendre la capitale d'un alli si cher; mais tous
connaissaient mal les Anglais. A peine eut-on avis que l'empereur tait
 Somo-Sierra, que les troupes anglaises battirent en retraite sur
l'Escurial. De l, combinant leur marche avec la division de Salamanque,
elles se dirigrent sur la mer. Des armes, de la poudre, des habits, ils
nous en ont donn, disait un Espagnol; mais leurs soldats ne sont venus
que pour nous exciter, nous garer et nous abandonner au milieu de la
crise.--Mais, rpondit un officier franais, ignorez-vous donc les
faits les plus rcens de notre histoire? Qu'ont-ils donc fait pour le
stathouder, pour la Sardaigne, pour l'Autriche? Qu'ont-ils fait plus
rcemment encore pour la Sude? Ils fomentent partout la guerre, ils
distribuent des armes comme du poison, mais ils ne versent leur sang que
pour leurs intrts directs et personnels. N'attendez pas autre chose
de leur gosme.--Cependant, rpliqua l'Espagnol, leur cause tait
la ntre. Quarante mille Anglais ajouts  nos forces  Tudela et 
Espinosa pouvaient balancer les destins et sauver le Portugal. Mais 
prsent que notre arme de Blake  la gauche, que celle du centre, que
celle d'Aragon  la droite sont dtruites, que les Espagnes sont presque
conquises, et que la raison va achever de les soumettre, que deviendra
le Portugal? Ce n'est pas  Lisbonne que les Anglais devaient le
dfendre, c'est  Espinosa,  Burgos,  Tudela,  Somo-Sierra et devant
Madrid.



Devant Madrid, le 3 dcembre 1808.

N 1. _A Monsieur le commandant de la ville de Madrid._

Les circonstances de la guerre ayant conduit l'arme franaise aux
portes de Madrid, et toutes les dispositions tant faites pour s'emparer
de la ville de vive force, je crois convenable et conforme  l'usage
de toutes les nations de vous sommer, monsieur le gnral, de ne pas
exposer une ville aussi importante  toutes les horreurs d'un assaut, et
rendre tant d'habitans paisibles victimes des maux de la guerre. Voulant
ne rien pargner pour vous clairer sur votre vritable situation,
je vous envoie la prsente sommation par l'un de vos officiers fait
prisonnier et qui a t  porte de voir les moyens qu'a l'arme pour
rduire la ville.

Recevez, monsieur le gnral, etc.

ALEXANDRE.



No. 2. _A S.A.S. le prince de Neufchtel._

Monseigneur,

Avant de rpondre catgoriquement  V.A., je ne puis me dispenser de
consulter les autorits constitues de cette ville et de connatre les
dispositions du peuple en lui donnant avis des circonstances prsentes.

A ces fins, je supplie V.A. de m'accorder cette journe de suspension
pour m'acquitter de ces obligations, vous promettant que demain, de
bonne heure, ou mme cette nuit, j'enverrai ma rponse  V.A. par un
officier-gnral.

Je prie V.A. d'agrer, etc.

F. marquis de CASTELAR.



Au camp imprial devant Madrid, le 4 dcembre 1808,  onze heures du
matin.

N 3. _ Au gnral commandant Madrid._

Monsieur le gnral Castelar, dfendre Madrid est contraire aux
principes de la guerre et inhumain pour les habitans. S.M. m'autorise
 vous envoyer une seconde sommation. Une artillerie immense est en
batterie; des mineurs sont prts  faire sauter vos principaux difices;
des colonnes sont  l'entre des dbouchs de la ville, dont quelques
compagnies de voltigeurs se sont rendues matresses. Mais l'empereur,
toujours gnreux dans le cours de ses victoires, suspend l'attaque
jusqu' deux heures. La ville de Madrid doit esprer protection et
sret pour ses habitans paisibles, pour le culte, pour ses ministres,
enfin l'oubli du pass. Arborez un pavillon blanc avant deux heures et
envoyez des commissaires pour traiter de la reddition de la ville.

Recevez, monsieur le gnral, etc.

Le major-gnral,

ALEXANDRE.



Madrid, 7 dcembre 1808.

_Quinzime bulletin de l'arme d'Espagne._

Sa Majest a nomm le gnral d'artillerie Snarmont gnral de
division. Le major Sgur a t nomm adjudant-commandant. On avait
dsespr de la vie de cet officier; mais il est aujourd'hui hors de
danger.

Le comte Krazinski, colonel des chevau-lgers polonais, quoique malade,
a toujours voulu charger  la tte de son corps.

Les sieurs Balecki et Wolygurski, marchaux-des-logis, et Surzieski,
soldat des chevau-lgers polonais qui ont pris des drapeaux  l'ennemi,
ont t nomms membres de la lgion-d'honneur.

Sa Majest a de plus accord aux chevau-lgers polonais huit dcorations
pour les officiers, et un pareil nombre pour les soldats.

Le duc de l'Infantado a t une des premires causes des malheurs que
son pays a prouvs; il fut le principal instrument de l'Angleterre dans
ses funestes projets contre l'Espagne; c'est lui qu'elle employa pour
diviser le pre et le fils, pour renverser du trne le roi Charles,
dont l'attachement pour la France tait connu; pour susciter des orages
populaires contre le premier ministre de ce souverain; pour lever 
la puissance suprme ce jeune prince, qui, dans son mariage avec une
princesse de l'ancienne maison de Naples, avait puis cette haine contre
les Franais dont cette maison ne s'est jamais dpartie. Ce fut le
duc de l'Infantado qui joua le premier rle dans la conspiration
de l'Escurial, et c'est  lui que fut alors confi le pouvoir de
gnralissime des armes d'Espagne. On le vit ensuite prter serment
 Baonne entre les mains du roi Joseph comme colonel des gardes
espagnoles. De retour  Madrid, on le vit jeter le masque et se montrer
ouvertement l'homme des Anglais. C'est chez lui que logeaient les
ministres de l'Angleterre; c'est dans sa socit que vivaient les
agens accrdits ou secrets de cette puissance. Aprs avoir excit
ses concitoyens  une rsistance insense, on l'a vu, aussi lche que
tratre, s'enfuir de Madrid  Guadalaxara, sous le prtexte d'aller
chercher du secours, se soustraire par cette ruse aux prils dans
lesquels il avait entran ses concitoyens, et ne montrer quelque
sollicitude que pour l'agent anglais, qu'il emmena dans sa propre
voiture et auquel il servit d'escorte. Que lui vaudra cette conduite? Il
perdra ses titres, il perdra ses biens, qu'on value  deux millions de
rentes, et il ira chercher  Londres les mpris, les ddains et l'oubli
dont l'Angleterre a toujours pay les hommes qui ont sacrifi leur
honneur et leur patrie  l'injustice de sa cause.

Aussitt que le rapport du chef d'escadron comte Lubienski fut connu,
le duc d'Istrie se mit en marche avec seize escadrons de cavalerie pour
observer l'ennemi. Le duc de Bellune suivit avec l'infanterie. Le duc
d'Istrie, arriv  Guadalaxara, y trouva l'arrire-garde ennemie qui
filait sur l'Andalousie, la culbuta et lui fit cinq cents prisonniers.
Le gnral de division Ruffin et la brigade de dragons Bordesoult
informs que des ennemis se dirigeaient sur Aranjuez, se sont ports
sur ce point; l'ennemi en a t chass, et ces troupes se sont mises
aussitt  la poursuite de tout ce qui fuit vers l'Andalousie.

Le gnral de division Lahoussaye est entr le 5  l'Escurial. Cinq 
six cents paysans voulaient dfendre le couvent, ils en ont t chasss
de vive force.

Chaque jour les restes de la stupeur dans laquelle taient tombs les
habitans de Madrid, se dissipent. Ceux qui avaient cach leurs meubles
et leurs effets prcieux les rapportent dans leurs maisons. Les
boutiques se garnissent comme  l'ordinaire; les barricades et tous
autres apprts de dfense ont disparu. L'occupation de Madrid s'est
faite sans dsordre, et la tranquillit rgne dans toutes les parties de
cette grande ville. Un fusilier de la garde ayant t trouv saisi de
plusieurs montres, et ayant t convaincu de les avoir voles, a t
fusill sur la principale place de Madrid.

On a trouv dans cette ville deux cents milliers de poudre, dix mille
boulets, deux millions de plomb, cent pices de canon de campagne et
cent vingt mille fusils, la plupart anglais. Le dsarmement continue
sans aucune difficult; tous les habitans s'y prtent avec la meilleure
volont; ils reviennent avec empressement et de bonne foi  l'autorit
royale qui les soustrait  la malfaisance de l'Angleterre,  la violence
des factions et aux dsordres des mouvemens populaires.

Le roi d'Espagne a cr un rgiment qui porte le nom de royal-tranger,
et dans lequel sont admis les dserteurs et les Allemands qui taient
au service d'Espagne. Il a aussi form un rgiment suisse de Rding
le jeune: cet officier s'tant comport parfaitement et en vritable
patriote suisse; bien diffrent en cela du gnral Rding; l'un a bien
mrit de ses compatriotes, et obtiendra partout l'estime; l'autre,
gnralement mpris, ira dans les tavernes de Londres jouir d'une
centaine de livres sterling mal acquises et payes avec ddain; il sera
migr du continent. Les rgimens royal-tranger et Rding le jeune ont
dj plusieurs milliers d'hommes.

Le cinquime et le huitime corps de l'arme d'Espagne et trois
divisions de cavalerie ne font que passer la Bidassoa; ils sont encore
bien loin d'tre en ligne, et cependant beaucoup de victoires ont dj
t obtenues, et la plus grande partie de la besogne est faite.



Au camp imprial de Madrid, 7 dcembre 1808.

_Proclamation._

Espagnols,

Vous avez t gars par des hommes perfides; ils vous ont engags dans
une lutte insense, et vous ont fait courir aux armes. Est-il quelqu'un
parmi vous qui, rflchissant un moment sur tout ce qui s'est pass,
ne soit aussitt convaincu que vous avez t le jouet des perptuels
ennemis du continent qui se rjouissaient en voyant rpandre le sang
espagnol et le sang franais? Quel pouvait tre le rsultat du succs
mme de quelques campagnes? Une guerre de terre sans fin et une longue
incertitude sur le sort de vos proprits et de votre existence. Dans
peu de mois vous avez t livrs  toutes les angoisses des factions
populaires. La dfaite de vos armes a t l'affaire de quelques
marches. Je suis entr dans Madrid: les droits de la guerre
m'autorisaient  donner un grand exemple, et  laver dans le sang des
outrages faits  moi et  ma nation: je n'ai cout que la clmence.
Quelques hommes, auteurs de tous vos maux, seront seuls frapps. Je
chasserai bientt de la Pninsule cette arme anglaise qui a t envoye
en Espagne non pour vous secourir, mais pour vous inspirer une fausse
confiance et vous garer.

Je vous avais dit dans ma proclamation du 2 juin que je voulais tre
votre rgnrateur. Aux droits qui m'ont t cds par les princes de la
dernire dynastie, vous avez voulu que j'ajoutasse le droit de conqute.
Cela ne changera rien  mes dispositions. Je veux mme louer ce qu'il
peut y avoir eu de gnreux dans vos efforts, je veux reconnatre
que l'on vous a cach vos vrais intrts, qu'on vous a dissimul le
vritable tat des choses. Espagnols, votre destine est entre vos
mains. Rejetez les poisons que les Anglais ont rpandus parmi vous; que
votre roi soit certain de votre amour et de votre confiance, et vous
serez plus puissans, plus heureux que vous n'avez jamais t. Tout ce
qui s'opposait  votre prosprit et  votre grandeur, je l'ai dtruit;
les entraves qui pesaient sur le peuple, je les ai brises; une
constitution librale vous donne, au lieu d'une monarchie absolue, une
monarchie tempre et constitutionnelle. Il dpend de vous que cette
constitution soit encore votre loi.

Mais si tous mes efforts sont inutiles, et si vous ne rpondez pas  ma
confiance, il ne me restera qu' vous traiter en provinces conquises,
et  placer mon frre sur un autre trne. Je mettrai alors la couronne
d'Espagne sur ma tte et je saurai la faire respecter des mchans, car
Dieu m'a donn la force et la volont ncessaires pour surmonter tous
les obstacles.

NAPOLON.



Au camp imprial de Madrid, 7 dcembre 1808.

_Circulaire aux archevques, aux vques et aux prsident des
consistoires._

M. l'vque de......,

Les victoires remportes par nos armes aux champs d'Espinosa, de Burgos,
de Tudela et de Somo-Sierra, l'entre de nos troupes dans la ville de
Madrid, et le bonheur particulier que nous avons eu de sauver cette
ville intacte des mains des brigands insurgs qui en tenaient tous les
honntes habitans sous l'oppression, nous portent  vous crire cette
lettre. Nous dsirons qu'aussitt aprs sa rception, vous vous
concertiez avec qui de droit, afin d'appeler nos peuples dans les
glises, et de faire chanter un _Te Deum_ et telles autres prires que
vous vous voudrez dsigner, pour rendre grce  Dieu d'avoir protg
nos armes et d'avoir confondu les ennemis de notre nation et de la
tranquillit du continent, qui, rveillant sans cesse l'esprit de
faction, cherchent  consolider leur monopole par les dsordres publics
et par le malheur des peuples.

Sur ce, M. l'vque d...., nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte
garde.

NAPOLON.



Madrid, le 8 dcembre 1808.

_Seizime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Montebello se loue beaucoup de la conduite du gnral de
brigade Pouzet  la bataille de Tudela; du gnral de division Lefebvre,
du gnral de brigade d'artillerie Couin, de son aide-de-camp Gueheneuc.
Il fait une mention particulire des trois rgimens de la Vistule. Le
gnral de brigade Augereau, qui a charg  la tte de la division
Morlot, s'est fait remarquer. Messieurs Viry et Labdoyre ont pris une
pice de canon au milieu de la ligne ennemie. Le second a t lgrement
bless au bras.

S. M. a nomm le colonel Ppin gnral de brigade, et le major polonais
Kliki, colonel. Le colonel polonais Kasinowski, qui a t bless, a t
nomm membre de la lgion-d'honneur.

Le gnral de division Ruffin, ayant pass le Tage  Aranjuez,
s'est port sur Orcanna et a coup le chemin aux dbris de l'arme
d'Andalousie qui voulaient se retirer en Andalousie et qui se sont jets
sur Cuena.

Les divisions de cavalerie des gnraux Lasalle et Milhaud se sont
diriges sur le Portugal par Talavera de la Reina.

Le duc de Dantzick arrive aujourd'hui  Madrid avec son corps d'arme.

Le marchal Ney, avec son corps d'arme, est arriv  Guadalaxara venant
de Sarragosse.

S. M. voulant pargner aux honntes habitans de cette ville les horreurs
d'un assaut, n'a pas voulu qu'on attaqut Sarragosse jusqu'au moment
o la nouvelle des vnemens de Madrid et de la dispersion des armes
espagnoles y serait connue. Cependant si cette ville s'obstinait dans sa
rsistance, les mines et les bombes en feraient raison.

Le huitime corps est entr en Espagne. Le gnral Delaborde va porter
son quartier-gnral  Vittoria.

La division polonaise du gnrai Valence arrive aujourd'hui  Buitrago.

Les Anglais sont en retraite de tous cts. La division Lasalle a
cependant rencontr seize hommes qu'elle a sabrs; c'tait des traneurs
ou des hommes qui s'taient gars.

Le marchal Mortier arrivera le 16 en Catalogne, pour tourner l'arme
ennemie et faire sa jonction avec les gnraux Duhesnie et Saint-Cyr.

Le 23 novembre, la brche du chteau de la Trinit de la ville de Roses
tait au moment de se trouver praticable. Le mme jour, les Anglais ont
dbarqu quatre cents hommes au pied du chteau. Un bataillon italien a
march sur eux, leur a tu dix hommes, en a bless davantage et a jet
le reste dans la mer.

On a remarqu une trentaine de barques qui sortaient du port de Roses,
ce qui porte  penser que les habitans commencent  vacuer la ville.

Le 24, l'avant-garde ennemie, campe sur la Fluvia, forte de cinq 
six mille hommes, et commande par le gnral Alvars, est venue en
plusieurs colonnes attaquer les points de Navata, Puntos, Armodas et
Garrigas, occups par la division du gnral Souham. Le premier rgiment
d'infanterie lgre et le quatrime bataillon de la troisime lgre ont
soutenu seuls l'effort de l'ennemi et l'ont ensuite repouss.

L'ennemi a t rejet au-del de la Fluvia, avec une perte considrable
en tus et blesss. On a fait des prisonniers, parmi lesquels se
trouvent le colonel Lebrun, commandant en second de l'expdition, et
colonel du rgiment de Tarragone, le major et un capitaine du mme
rgiment.



Madrid, le 10 dcembre 1808.

_Dix-septime bulletin de l'arme d'Espagne._

S. M. a pass hier, au Prado, la revue du corps du marchal duc de
Dantzick, arriv avant-hier  Madrid; elle a tmoign sa satisfaction 
ces braves troupes.

Elle a pass aujourd'hui la revue des troupes de la confdration du
Rhin, formant la division commande par le gnral Leval. Les
rgimens de Nassau et de Bade se sont bien comports. Le rgiment de
Hesse-Darmstadt n'a pas soutenu la rputation des troupes de ce pays et
n'a pas rpondu  l'opinion qu'elles avaient donne d'elles dans les
campagnes de Pologne. Le colonel et le major paraissent tre des hommes
mdiocres.

Le duc d'Istrie est parti le 6 de Guadalaxara; il a fait battre toute la
route de Sarragosse et de Valence, a fait cinq cents prisonniers et a
pris beaucoup de bagages. Au Bastan, un bataillon de cinq cents hommes,
cern par la cavalerie, a t charp.

L'arme ennemie, battue  Tudela,  Catalayud, abandonne par ses
gnraux, par une partie de ses officiers et par un grand nombre de
soldats, tait rduite  six mille hommes.

Le 8,  minuit, le duc d'Istrie fit attaquer par le gnral Montbrun 
Santa-Cruz un corps qui protgeait la fuite de l'arme ennemie. Ce corps
fut poursuivi l'pe dans les reins, et on lui fit mille prisonniers. Il
voulut se jeter dans l'Andalousie par Madridego. Il parat qu'il a t
forc de se disperser dans les montagnes de Cuena.



Madrid, 12 dcembre 1808.

_Dix-huitime bulletin de l'arme d'Espagne._

La junte centrale d'Espagne avait peu de pouvoir. La plupart des
provinces lui rpondaient  peine; toutes lui avaient arrach
l'administration des finances. Elle tait influence par la dernire
classe du peuple; elle tait gouverne par la minorit; Florida-Blanca
tait sans aucun crdit. La junte tait soumise  la volont de deux
hommes, l'un nomm Lorenzo-Calvo, marchand picier de Sarragosse, qui
avait gagn en peu de mois le titre d'excellence; c'tait un de ces
hommes violens qui paraissent dans les rvolutions; sa probit tait
plus que suspecte; l'autre tait un nomm Tilly, condamn autrefois aux
galres comme voleur, frre cadet du nomm Gusman, qui a jou un rle
sous Robespierre dans le temps de la terreur, et bien digne d'avoir eu
pour frre ce misrable. Aussitt que quelque membre de la junte voulait
s'opposer  des mesures violentes, ces deux hommes criaient  la
trahison: un rassemblement se formait sous les fentres d'Aranjuez, et
tout le monde signait. L'extravagance et la mchancet de ces meneurs
se manifestaient de toutes les manires. Aussitt qu'ils apprirent
que l'empereur tait  Burgos et que bientt il serait  Madrid, ils
poussrent le dlire jusqu' faire contre la France une dclaration de
guerre remplie d'injures et de traits de folie.

Ce que les honntes gens ont  en souffrir de la dernire classe du
peuple se concevrait  peine, si chaque nation ne trouvait dans ses
annales le souvenir de crises semblables.

Rcemment encore trois respectables habitans de Tolde ont t gorgs.

Lorsque le 11, le gnral de division Lasalle, poursuivant l'ennemi, est
arriv  Talavera de la Reyna, o les Anglais taient passs en triomphe
dix jours auparavant, en annonant qu'ils allaient secourir la capitale,
un spectacle affreux s'est offert aux yeux des Franais: un cadavre
revtu de l'uniforme de gnral espagnol, tait suspendu a une potence
et perc de mille coups de fusil: c'tait le gnral Bnito San Juan,
que ses soldats, dans le dsordre de leur terreur panique, et pour
donner un prtexte  leur lchet, avaient aussi indignement sacrifi.

Ils n'ont repris haleine  Talavera, que pour torturer leur infortun
gnral, qui pendant tout un jour, a t le but de leur barbarie et de
leur adresse atroce.

Talavera de la Reyna est une ville considrable, situe sur la belle
valle du Tage et dans un pays trs-fertile.

Les vques de Lon et d'Astorga, et un grand nombre d'ecclsiastiques,
se sont distingus par leur bonne conduite et par l'exemple des vertus
apostoliques.

Le pardon gnral accord par l'empereur et les dispositions qui
marquent l'tablissement de la nouvelle dynastie par l'anantissement
des maisons des principaux coupables, ont produit un grand effet. La
destruction de droits odieux au peuple et contraires  la prosprit de
l'tat, et la mesure qui ne laisse plus  la classe nombreuse des moines
aucune incertitude sur son sort, ont un bon rsultat.

L'animadversion gnrale se dirige contre les Anglais. Les paysans
disent dans leur langage, qu' l'approche des Franais, les Anglais sont
alls monter sur leurs chevaux de bois.

S. M. a pass hier la revue de plusieurs corps de cavalerie. Elle
a nomm commandant de la Lgion d'Honneur, le colonel des lanciers
polonais Konopka. Le corps que cet officier commande s'est couvert de
gloire dans toutes les occasions.

S. M. a tmoign sa satisfaction  la brigade Dijon, pour sa bonne
conduite  la bataille de Tudela.



Madrid, 13 dcembre 1808.

_Dix-neuvime bulletin de l'arme d'Espagne._

La place de Roses s'est rendue le 6; deux mille hommes ont t faits
prisonniers. On a trouv dans la place une artillerie considrable; six
vaisseaux de ligne anglais qui taient mouills sur la rade, n'ont pu
recevoir la garnison  leur bord. Le gnral Gouvion-Saint-Cyr se loue
beaucoup du gnral de division Pino. Les troupes du royaume d'Italie se
sont distingues pendant le sige.

L'empereur a pass aujourd'hui en revue, au-del du pont de Sgovie,
toutes les troupes runies du corps du marchal duc de Dantzick.

La division du gnral Sbastiani s'est mise en marche pour Talavera de
la Reyna.

La division polonaise du gnral Valence est fort belle.

La dissolution des troupes espagnoles continue de tous cts; les
nouvelles leves qu'on tait occup  faire, se dispersent de toutes
parts et retournent dans leurs foyers.

Les dtails que l'on recueille de la bouche des Espagnols, sur la junte
centrale, tendent tous  la couvrir de ridicule. Cette assemble tait
devenue l'objet du mpris de toute l'Espagne. Ses membres, au nombre
de trente-six, s'taient attribu eux-mmes des titres, des cordons de
toute espce, et soixante mille livres de traitement. Florida-Blanca
tait un vritable mannequin. Il rougit  prsent du dshonneur qu'il
a rpandu sur sa vieillesse. Ainsi que cela arrive toujours dans de
pareilles assembles, deux ou trois hommes dominaient tous les autres,
et ces deux ou trois misrables taient aux gages de l'Angleterre.
L'opinion de la ville de Madrid est trs-prononce  l'gard de cette
junte, qui est voue au ridicule et au mpris, ainsi qu' la haine de
tous les habitans de la capitale.

La bourgeoisie, le clerg, la noblesse, convoqus par le corregidor, se
sont assembls deux fois.

L'esprit de la capitale est fort diffrent de ce qu'il tait avant le
dpart des Franais. Pendant le temps qui s'est coul depuis cette
poque, cette ville a prouv tous les maux qui rsultent de l'absence
du gouvernement. Sa propre exprience lui a inspir le dgot des
rvolutions; elle a resserr les liens qui l'attachaient au roi. Pendant
les scnes de dsordre qui ont agit l'Espagne, les voeux et les regards
des hommes sages se tournaient vers leur souverain.

Jamais on n'a vu dans ce pays un aussi beau mois de dcembre; on se
croirait au commencement du printemps. L'empereur profite de ce temps
magnifique pour rester  la campagne  une lieue de Madrid.



Paris, le 14 dcembre 1808.

_Note extraite du Moniteur._

Plusieurs de nos journaux ont imprim que S. M. l'impratrice, dans sa
rponse  la dputation du corps lgislatif, avait dit qu'elle tait
bien aise de voir que le premier sentiment de l'empereur avait t pour
le corps lgislatif qui reprsente la nation.

S. M. l'impratrice n'a point dit cela; elle connat trop bien nos
constitutions; elle sait trop bien que le premier reprsentant de la
nation, c'est l'empereur; car tout pouvoir vient de Dieu et de la
nation.

Dans l'ordre de nos constitutions, aprs l'empereur, est le snat; aprs
le snat, est le conseil d'tat; aprs le conseil d'tat, est le corps
lgislatif; aprs le corps lgislatif, viennent chaque tribunal et
fonctionnaire public dans l'ordre de ses attributions; car, s'il y avait
dans nos constitutions un corps reprsentant la nation, ce corps serait
souverain; les autres corps ne seraient rien, et ses volonts seraient
tout.

La convention, mme le corps lgislatif, ont t reprsentans. Telles
taient nos constitutions alors. Aussi le prsident disputa-t-il
le fauteuil au roi, se fondant sur le principe que le prsident de
l'assemble de la nation, tait avant les autorits de la nation. Nos
malheurs sont venus en partie de cette exagration d'ides. Ce serait
une prtention chimrique et mme criminelle, que de vouloir reprsenter
la nation avant l'empereur.

Le corps lgislatif, improprement appel de ce nom, devrait tre appel
conseil lgislatif, puisqu'il n'a pas la facult de faire des lois, n'en
ayant pas la proposition. Le conseil lgislatif est donc la runion
des mandataires des collges lectoraux. Ou les appelle dputs des
dpartemens, parce qu'ils sont nomms par les dpartemens.

Dans l'ordre de notre hirarchie constitutionnelle, le premier
reprsentant de la nation, c'est l'empereur, et ses ministres, organes
de ses dcisions; la seconde autorit reprsentante, est le snat;
la troisime, le conseil d'tat qui a de vritables attributions
lgislatives; le conseil lgislatif a le quatrime rang.

Tout rentrerait dans le dsordre, si d'autres ides constitutionnelles
venaient pervertir les ides de nos constitutions monarchiques.



Madrid, 15 dcembre 1808.

_Rponse de l'empereur  une dputation de la ville de Madrid._

J'agre les sentimens de la ville de Madrid. Je regrette le mal qu'elle
a essuy, et je tiens  bonheur particulier d'avoir pu, dans ces
circonstances, le sauver et lui pargner de plus grands maux.

Je me suis empress de prendre des mesures qui tranquillisent toutes les
classes des citoyens, sachant combien l'incertitude est pnible pour
tous les peuples et pour tous les hommes.

J'ai conserv les ordres religieux en restreignant le nombre des moines.
Il n'est pas un homme sens qui ne juget qu'ils taient trop nombreux.
Ceux qui sont appels par une vocation qui vient de Dieu, resteront
dans leur couvens. Quant  ceux dont la vocation tait peu solide et
dtermine par des considrations mondaines, j'ai assur leur existence
dans l'ordre des ecclsiastiques sculiers. Du surplus des biens des
couvens, j'ai pourvu aux besoins des curs, de cette classe la plus
intressante et la plus utile parmi le clerg.

J'ai aboli ce tribunal contre lequel le sicle et l'Europe rclamaient.
Les prtres doivent guider les consciences, mais ne doivent exercer
aucune juridiction extrieure et corporelle sur les citoyens.

J'ai satisfait  ce que je devais  moi et  ma nation; la part de la
vengeance est faite; elle est tombe sur dix des principaux coupables;
le pardon est entier et absolu pour tous les autres.

J'ai supprim des droits usurps par les seigneurs, dans le temps des
guerres civiles, o les rois ont trop souvent t obligs d'abandonner
leurs droits, pour acheter leur tranquillit et le repos des peuples.

J'ai supprim les droits fodaux, et chacun pourra tablir des
htelleries, des fours, des moulins, des madragues, des pcheries et
donner un libre essor  son industrie, en observant les lois et les
rglemens de la police. L'gosme, la richesse et la prosprit d'un
petit nombre d'hommes nuisaient plus  votre agriculture que les
chaleurs de la canicule.

Comme il n'y a qu'un Dieu, il ne doit y avoir dans un tat qu'une
justice. Toutes les justices particulires avaient t usurpes et
taient contraires aux droits de la nation. Je les ai dtruites.

J'ai aussi fait connatre  chacun ce qu'il pouvait avoir  craindre, ce
qu'il pouvait esprer.

Les armes anglaises, je les chasserai de la Pninsule.

Sarragosse, Valence, Sville seront soumises ou par la persuasion, ou
parla force de mes armes.

Il n'est aucun obstacle capable de retarder long-temps l'excution de
mes volonts.

Mais ce qui est au-dessus de mon pouvoir,, c'est de constituer les
Espagnols en nation sous les ordres du roi, s'ils continuent  tre
imbus des principes de scission et de haine envers la France, que les
partisans des Anglais et les ennemis du continent ont rpandus au sein
de l'Espagne. Je ne puis tablir une nation, un roi et l'indpendance
des Espagnols, si ce roi n'est pas sr de leur affection et de leur
fidlit.

Les Bourbons ne peuvent plus rgner en Europe. Les divisions dans la
famille royale avaient t trames par les Anglais. Ce n'tait pas le
roi Charles et le favori, que le duc de l'Infantado, instrument de
l'Angleterre, comme le prouvent les papiers rcemment trouvs dans
sa maison, voulait renverser du trne, c'tait la prpondrance de
l'Angleterre qu'on voulait tablir en Espagne; projet insens, dont le
rsultat aurait t une guerre de terre sans fin, et qui aurait fait
couler des flots de sang. Aucune puissance ne peut exister sur le
continent, influence par l'Angleterre. S'il en est qui le dsirent,
leur dsir est insens et produira tt ou tard leur ruine.

Il me serait facile, et je serais oblig de gouverner l'Espagne en y
tablissant autant de vice-rois qu'il y a de provinces. Cependant, je ne
me refuse point de cder mes droits de conqute au roi, et  l'tablir
dans Madrid, lorsque les trente mille citoyens que renferme cette
capitale, ecclsiastiques, nobles, ngocians, hommes de loi, auront
manifest leurs sentimens et leur fidlit, donn l'exemple aux
provinces, clair le peuple et fait connatre  la nation, que son
existence et son bonheur dpendent d'un roi et d'une constitution
librale, favorable au peuple et contraire seulement  l'gosme et aux
passions orgueilleuses des grands.

Si tels sont les sentimens des habitans de la ville de Madrid, que ces
trente mille citoyens se rassemblent dans les glises, qu'ils prtent,
devant le Saint-Sacrement, un serment qui sorte non-seulement de la
bouche, mais du coeur, et qui soit sans restriction jsuitique; qu'ils
jurent appui, amour et fidlit au roi; que les prtres au confessionnal
et dans la chaire, les ngocians dans leur correspondance, les hommes
de loi dans leurs crits et leurs discours, inculquent ces sentimens au
peuple; alors je me dessaisirai du droit, de conqute, je placerai le
roi sur le trne, et je me ferai une douce tche de me conduire envers
les Espagnols en ami fidle. La gnration pourra varier dans ses
opinions; trop de passions ont t mises en jeu; mais vos neveux me
bniront comme votre rgnrateur; ils placeront au nombre des jours
mmorables, ceux o j'ai paru parmi vous; et, de ces jours, datera la
prosprit de l'Espagne.

Voil, M. le corregidor, ma pense tout entire. Consultez vos
concitoyens et voyez le parti que vous avez  prendre; mais quel qu'il
soit, prenez-le franchement et ne me montrez que des dispositions
vraies.



Valderad, 28 dcembre 1808.

_Vingt-unime bulletin de l'arme d'Espagne._

Les Anglais sont entrs en Espagne le 29 octobre.

Ils ont vu dans les mois de novembre et de dcembre, dtruire l'arme de
Galice  Espinosa, celle d'Estramadure  Burgos, celle d'Aragon et de
Valence  Tudela, celle de rserve  Somo-Sierra; enfin, ils ont vu
prendre Madrid, sans faire aucun mouvement et sans secourir aucune des
armes espagnoles, pour lesquelles une division de troupes anglaises et
t cependant un secours considrable.

Dans les premiers jours du mois de dcembre, on apprit que les colonnes
de l'arme anglaise taient en retraite, et se dirigeaient vers la
Corogne, o elles devaient se rembarquer. De nouvelles informations
firent ensuite connatre qu'elles s'taient arrtes, et que le 16 elles
taient parties de Salamanque, pour entrer en campagne. Ds le 15, la
cavalerie lgre avait paru  Valladolid. Toute l'arme anglaise passa
le Duero, et arriva le 23 devant le duc de Dalmatie  Saldagua.

Aussitt que l'empereur fut instruit  Madrid de cette rsolution
inespre des Anglais, il marcha pour leur couper la retraite et se
porter sur leurs derrires; mais quelque diligence que fissent les
troupes franaises, le passage de la montagne de Guadarama, qui tait
couverte de neige, les pluies continuelles et le dbordement des
torrens, retardrent leur marche de deux jours.

Le 22, l'empereur tait parti de Madrid; son quartier-gnral tait le
23  Villa-Castin, le 25  Tordesillas, et le 27 a Mdina del Rio-Secco.

Le 21,  la pointe du jour, l'ennemi s'tait mis en marche pour dborder
la gauche du duc de Dalmatie; mais dans la matine ayant appris le
mouvement qui se faisait de Madrid, il se mit sur-le-champ en retraite,
abandonnant ceux de ses partisans du pays dont il avait rveill
les passions, les restes de l'arme de Galice, qui avaient conu de
nouvelles esprances, une partie de ses hpitaux et de ses bagages, et
un grand nombre de tranards. Cette arme a t dans un pril imminent;
douze heures de diffrence, elle tait perdue pour l'Angleterre.

Elle a commis beaucoup de ravages, rsultat invitable des marches
forces de troupes en retraite; elle a enlev les couvertures, les
mules, les mulets et beaucoup d'autres effets; elle a pill un grand
nombre d'glises et de couvens. L'abbaye de Sahagun, qui contenait
soixante religieux et qui avait toujours t respecte par l'arme
franaise, a t ravage par les Anglais; partout les moines et les
prtres ont fui  leur approche. Ces dsordres ont exaspr le pays
contre les Anglais: la diffrence de la langue, des moeurs et de la
religion, n'a pas peu contribu  cette disposition des esprits; ils
reprochent aux Espagnols de n'avoir plus d'arme  joindre  la leur, et
d'avoir tromp le gouvernement anglais; les Espagnols leur rpondent,
que l'Espagne a eu des armes nombreuses, mais que les Anglais les ont
laiss dtruire sans faire aucun effort pour les secourir.

Dans les quinze jours qui viennent de s'couler, on n'a pas tir un coup
de fusil; la cavalerie lgre a seulement donn quelques coups de sabre.

Le gnral Durosnel, avec quatre cents chevau-lgers de la garde, donna,
 la nuit tombante, dans une colonne d'infanterie anglaise, en marche,
sabra un grand nombre d'hommes, et jeta le dsordre dans la colonne.

Le gnral Lefebvre-Desnouettes, colonel des chasseurs de la garde,
dtach depuis deux jours du quartier-gnral, avec trois escadrons de
son rgiment, ayant pris beaucoup de bagages, de femmes, de tranards,
et trouvant le pont de l'Ezla coup, crut la ville de Bnavente vacue;
emport par cette ardeur qu'on a si souvent reproche au soldat
franais, il passa la rivire  la nage pour se porter sur Bnavente,
o il trouva toute la cavalerie de l'arrire-garde anglaise; alors
s'engagea un long combat de quatre cents hommes contre deux mille. Il
fallut enfin cder au nombre; ces braves repassrent la rivire; une
balle tua le cheval du gnral Lefebvre-Desnouettes, qui avait t
bless d'un coup de pistolet, et qui rest  pied, fut fait prisonnier.
Dix de ses chasseurs, qui taient aussi dmonts, ont galement t
pris, cinq se sont noys, vingt ont t blesss. Cette chauffoure a
d convaincre les Anglais de ce qu'ils auraient  redouter de pareilles
gens dans une affaire gnrale. Le gnral Lefebvre a sans doute fait
une faute, mais cette faute est d'un Franais: il doit tre  la fois
blm et rcompens.

Le nombre des prisonniers qu'on a faits  l'ennemi jusqu' cette heure,
et qui sont la plupart des hommes isols et des tranards, s'lve 
trois cents.

Le 28, le quartier-gnral de l'empereur tait  Valderas;

Celui du duc de Dalmatie,  Mancilla;

Celui du duc d'Elchingen,  Villafer.

En partant de Madrid, l'empereur avait nomm le roi Joseph, son
lieutenant-gnral commandant la garnison de la capitale; les corps des
ducs de Dantzick et de Bellune, et les divisions de cavalerie Lasalle,
Milhaud, et Latour-Maubourg, avaient t laisss pour la protection du
centre.

Le temps est extrmement mauvais. A un froid vif, ont succd des pluies
abondantes. Nous souffrons, mais les Anglais doivent bien souffrir
davantage.



Benavente, le 31 dcembre 1808.

_Vingt-deuxime bulletin de l'arme d'Espagne._

Dans la journe du 30, la cavalerie, commande par le duc d'Istrie, a
pass l'Ezla. Le 30 au soir, elle a travers Benavente et a poursuivi
l'ennemi jusqu' Puente de la Velana.

Le mme jour, le quartier-gnral a t tabli  Benavente.

Les Anglais ne se sont pas contents de couper une arche du pont de
l'Ezla, ils ont aussi fait sauter les piles avec des mines, dgt
inutile, qui est trs-nuisible au pays. Ils se sont livrs partout au
plus affreux pillage. Les soldats, dans l'excs de leur perptuelle
intemprance, se sont ports  tous les dsordres d'une ivresse brutale.
Tout enfin, dans leur conduite, annonait plutt une arme ennemie
qu'une arme qui venait secourir un peuple ami. Le mpris que les
Anglais tmoignaient pour les Espagnols, a rendu plus profonde encore
l'impression cause par tant d'outrages. Cette exprience est un utile
calmant pour les insurrections suscites par les trangers. On ne
peut que regretter que les Anglais n'aient pas envoy une arme en
Andalousie. Celle qui a travers Benavente, il y a dix jours, triomphait
en esprance et couvrait dj ses drapeaux de trophes; rien n'galait
la scurit et l'audace qu'elle faisait paratre. A son retour, son
attitude tait bien change; elle tait harasse de fatigues et
paraissait accable de la honte de fuir sans avoir combattu. Pour
prvenir les justes reproches des Espagnols, les Anglais rptaient sans
cesse qu'on leur avait promis de joindre des forces nombreuses  leur
arme; et les Espagnols repoussaient encore cette calomnieuse assertion
par des raisons auxquelles il n'y avait rien  rpondre.

Lorsqu'il y a dix jours les Anglais traversaient le pays, ils savaient
bien que les armes espagnoles taient dtruites. Les commissaires
qu'ils avaient entretenus aux armes de la gauche, du centre et de la
droite, n'ignoraient pas que ce n'tait point cinquante mille hommes,
mais cent quatre-vingt mille, que les Espagnols avaient mis sous les
armes; que ces cent quatre-vingt mille hommes s'taient battus, tandis
que pendant six semaines les Anglais avaient t spectateurs indiffrens
de leurs combats. Ces commissaires n'avaient pas laiss ignorer que les
armes espagnoles avaient cess d'exister. Les Anglais savaient donc
que les Espagnol taient sans armes, lorsqu'il y a dix jours ils
se portrent en avant, enivrs de la folle esprance de tromper la
vigilance du gnral franais, et donnant dans le pige qu'il-leur avait
tendu pour les attirer en rase campagne. Ils avaient fait auparavant
quelques marches pour retourner  leurs vaisseaux.

Vous deviez, ajoutaient les Espagnols, persister dans cette rsolution
prudente, ou bien il fallait tre assez forts pour balancer les destins
des Franais. Il ne fallait pas surtout avancer d'abord avec tant de
confiance pour reculer ensuite avec tant de prcipitation; il ne fallait
pas attirer chez nous le thtre de la guerre, et nous exposer aux
ravages de deux armes; aprs avoir appel sur nos ttes tant de
dsastres, il ne faut pas en jeter la faute sur nous.

Nous n'avons pu rsister aux armes franaises, vous ne pouvez pas leur
rsister davantage; cessez donc de nous accuser, de nous outrager: tous
nos malheurs viennent de vous.

Les Anglais avaient rpandu dans le pays qu'ils avaient battu cinq mille
hommes de cavalerie franaise sur les bords de l'Ezla, et que le champ
de bataille tait couvert de morts. Les habitans de Benavente ont t
fort surpris, lorsque visitant le champ de bataille, ils n'y ont trouv
que trois Anglais et deux Franais. Ce combat de quatre cents hommes
contre deux mille, fait beaucoup d'honneur aux Franais. Les eaux de la
rivire avaient augment pendant toute la journe du 29, de sorte qu'
la fin du jour le gu n'tait plus praticable. C'est au milieu de la
rivire, et dans le temps o il tait prt  se noyer, que le gnral
Lefebvre-Desnouettes ayant t port par le courant sur la rive occupe
par les Anglais, a t fait prisonnier. La perte des ennemis en tus
et en blesss dans cette affaire d'avant-postes, a t beaucoup plus
considrable que celle des Franais. La fuite des Anglais a t si
prcipite, qu'ils ont laiss  l'hpital leurs malades et leurs
blesss, et qu'ils ont t obligs de brler un superbe magasin de
tentes et d'effets d'habillemens. Ils ont tu tous les chevaux blesss
ou fatigus qui les embarrassaient. On ne saurait croire combien ce
spectacle, si contraire  nos moeurs, de plusieurs centaines de chevaux
tus  coups de pistolet, indigne les Espagnols; plusieurs y voient une
sorte de sacrifice, un usage religieux, et cela leur fait natre des
ides bizarres sur la religion anglicane.

Les Anglais se retirent eu toute hte. Tous les Allemands  leur service
dsertent. Notre arme sera ce soir  Astorga et prs des confins de la
Galice.



Benavente, 1er janvier 1809.

_Vingt troisime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Dalmatie arriva le 30  Mancilla o tait la gauche des
ennemis, occupe par les Espagnols du gnral la Romana. Le gnral
Franceschi les culbuta d'une seule charge, leur tua beaucoup de
monde, leur prit deux drapeaux, fit prisonniers un colonel, deux
lieutenans-colonels, cinquante officiers et quinze cents soldats.

Le 31, le duc de Dalmatie entra  Lon; il y trouva deux mille malades.
La Romana avait succd dans le commandement  Blake, aprs la bataille
d'Espinosa. Les restes de cette arme qui, devant Bilbao, tait de
plus de cinquante mille hommes, formaient  peine cinq mille hommes
 Mancilla. Ces malheureux, sans vtemens, accabls par la misre,
remplissent les hpitaux.

Les Anglais sont en horreur  ces troupes qu'ils mprisent, aux citoyens
paisibles qu'ils maltraitent et dont ils dvorent la subsistance pour
faire vivre leur arme. L'esprit des habitans du royaume de Lon est
bien chang; ils demandent  grands cris et la paix et leur roi; ils
maudissent les Anglais et leurs insinuations fallacieuses; ils leur
reprochent d'avoir fait verser le sang espagnol pour nourrir le monopole
anglais et perptuer la guerre du continent. La perfidie de l'Angleterre
et ses motifs sont maintenant  la porte de tout le monde et
n'chappent pas mme  la pntration du dernier des habitans des
campagnes. Ils savent ce qu'ils souffrent, et les auteurs de leurs maux
taient sous leurs yeux.

Cependant les Anglais fuient en toute hte, poursuivis par le duc
d'Istrie avec neuf mille hommes de cavalerie. Dans les magasins qu'ils
ont brls  Bnavente, se trouvaient, indpendamment des tentes, quatre
mille couvertures et une grande quantit de rhum. On a ramass plus de
deux cents chariots de bagages et de munitions de guerre abandonns sur
la route de Bnavente  Astorga. Les dbris de la division la Romana se
sont jets sur cette dernire ville et ont encore augment la confusion.

Les vnement de l'expdition de l'Angleterre en Espagne fourniront le
sujet d'un beau discours d'ouverture du parlement. Il faudra annoncer 
la nation anglaise qui son arme est reste trois mois dans l'inaction,
tandis qu'elle pouvait secourir les Espagnols; que ses chefs, ou ceux
dont elle excutait les ordres, ont eu l'extrme ineptie de la porter en
avant lorsque les armes espagnoles taient dtruites; qu'enfin elle a
commenc l'anne, fuyant l'pe dans les reins, poursuivie par l'ennemi
qu'elle n'a pas os combattre, et par les maldictions de ceux qu'elle
avait excits, fit qu'elle aurait d dfendre: de telles entreprises et
de semblables rsultats ne peuvent appartenir qu' un pays qui n'a pas
de gouvernement. Fox, ou mme Pitt, n'auraient pas commis de telles
fautes. S'engager dans une lutte de terre contre la France qui a cent
mille hommes de cavalerie, cinquante mille chevaux d'quipages et neuf
cent mille hommes d'infanterie; c'est, pour l'Angleterre, pousser la
folie jusqu' ses derniers excs; c'est tre avide de honte, c'est enfin
diriger les affaires de la Grande-Bretagne comme pouvait le dsirer le
cabinet des Tuileries. Il fallait bien peu connatre l'Espagne pour
attacher quelque importance  des mouvemens populaires, et pour esprer
qu'en y soufflant le feu de la sdition, cet incendie aurait quelques
rsultats et quelque dure. Il ne faut que quelques prtres fanatiques
pour composer et rpandre des libelles, pour porter un dsordre
momentan dans les esprits; mais il faut autre chose pour constituer une
nation en armes. Lors de la rvolution de France il fallut trois annes
et le rgime de la convention pour prparer des succs militaires; et
qui ne sait encore  quelles chances la France fut expose? Cependant
elle tait excite, soutenue par la volont unanime de recouvrer les
droits qui lui avaient t ravis dans des temps d'obscurit. En Espagne,
c'taient quelques hommes qui soulevaient le peuple pour conserver la
possession exclusive de droits odieux au peuple. Ceux qui se battaient
pour l'inquisition, les Franciscains et les droits fodaux, pouvaient
tre anims d'un zle ardent pour leurs intrts personnels, mais ne
pouvaient inspirer  toute une nation une volont ferme et des sentimens
durables. Malgr les Anglais, les droits fodaux, les Franciscains et
l'inquisition n'existent plus en Espagne.

Aprs la prise de Roses, le gnral Gouvion-Saint-Cyr s'est dirig sur
Barcelonne avec le septime coups; il a dispers tout ce qui se trouvait
aux environs de cette place, et il a fait sa jonction avec le gnral
Duhesme. Cette runion a port son arme  quarante mille hommes.

Les ducs de Trvise et d'Abrants ont enlev tous les ouvrages avancs
de Sarragosse. Le gnral du gnie Lacoste prpare ses moyens pour
s'emparer de cette ville sans perte.

Le roi d'Espagne s'est rendu  Aranjuez pour passer en revue le premier
corps command par le duc de Bellune.



Astorga, 2 janvier 1809.

_Vingt-quatrime bulletin de l'arme d'Espagne._

L'empereur est arriv  Astorga le 1er janvier.

La route de Bnavente  Astorga est couverte de chevaux anglais morts,
de voitures d'quipages, de caissons d'artillerie et de munitions de
guerre. On a trouv  Astorga des magasins de draps, de couvertures,
et d'outils de pionniers. Dans la route d'Astorga  Villa-Franca, le
gnral Colbert commandant l'avant-garde de cavalerie du duc d'Istrie, a
fait deux mille prisonniers, pris des convois de fusils, et dlivr
une quarantaine d'hommes isols qui taient tombs entre les mains des
Anglais.

Quant  l'arme de la Romana, elle est rduite presqu' rien. Ce
petit nombre de soldats, sans habits, sans souliers, sans solde, sans
nourriture, ne peut plus tre compt pour quelque chose.

L'empereur a charg le duc de Dalmatie de la mission glorieuse de
poursuivre les Anglais jusqu'au lieu de leur embarquement, et de les
jeter dans la mer l'pe dans les reins.

Les Anglais sauront ce qu'il en cote pour faire un mouvement
inconsidr devant l'arme franaise. La manire dont ils sont chasss
du royaume de Lon et de la Galice, et la destruction d'une partie de
leur arme leur apprendra sans doute  tre plus circonspects dans leurs
oprations sur le continent.

La neige a tomb  gros flocons pendant toute la journe du 1er janvier.
Ce temps, trs-mauvais pour l'arme franaise, est encore plus mauvais
pour une arme qui bat en retraite.

En Catalogne, le gnral Gouvion-Saint-Cyr est entr  Barcelonne.

A Sarragosse, les ducs de Conegliano et de Trvise se sont empars, avec
peu de perte, du Monte-Torrero; ils ont fait un millier de prisonniers,
et ont entirement cern la ville. Les mineurs ont commenc leurs
travaux.

Dans l'Estramadure, la division du gnral Sbastiani ayant pass le
Tage, le 24, au pont de l'Arzobispo, a attaqu les dbris de l'arme
d'Estramadure. Une seule charge du vingt-huitime rgiment d'infanterie
de ligne a suffi pour les mettre en droute. Le duc de Dantzick avait en
mme temps fait passer le Tage  la division du gnral Valence sur le
pont d'Almaraz. Quatre pices de canon, douze caissons, et quatre ou
cinq cents prisonniers ont t le fruit de cette journe. On s'est
empar de divers magasins, et notamment d'un immense magasin de tentes.

Tout ce qui reste de troupes espagnoles insurges est sans solde depuis
plusieurs mois.



Benavente, 5 janvier 1809.

_Vingt-cinquime bulletin de l'arme d'Espagne._

La tte de la division Merle, faisant partie du corps du duc de
Dalmatie, a gagn l'avant-garde dans la journe du 3 de ce mois.

A quatre heures aprs-midi, elle s'est trouve en prsence de
l'arrire-garde anglaise qui tait en position sur les hauteurs de
Prieros, a une lieue devant Villa-Franca, et qui tait compose de cinq
mille hommes d'infanterie et six cents chevaux. Cette position
tait fort belle et difficile  aborder. Le gnral Merle fit ses
dispositions. L'infanterie s'approcha, on battit la charge, et les
Anglais furent mis dans une entire droute. La difficult du terrain
ne permit pas  la cavalerie de charger, et l'on ne put faire que deux
cents prisonniers. Nous avons eu une cinquantaine d'hommes tus ou
blesss.

Le gnral de brigade Colbert, commandant la cavalerie de l'avant-garde,
s'tait avanc avec les tirailleurs de l'infanterie, pour voir si le
terrain s'largissait, et s'il pouvait former sa cavalerie. Son heure
tait arrive; une balle le frappa au front, le renversa, et il ne vcut
qu'un quart d'heure; revenu un moment  lui, il s'tait fait placer sur
son sant, et voyant alors la droute complte des Anglais, il dit: Je
suis bien jeune encore pour mourir, mais du moins ma mort est digne d'un
soldat de la grande arme, puisqu'en mourant je vois fuir les derniers
et les ternels ennemis de ma patrie. Le gnral Colbert tait un
officier d'un grand mrite.

Il y a deux routes d'Astorga  Villa-Franca. Les Anglais passaient par
celle de droite, les Espagnols suivaient celle de gauche; ils marchaient
sans ordre; ils ont t coups et cerns par les chasseurs hanovriens.
Un gnral de brigade et une division entire, officiers et soldats,
ont mis bas les armes. On lui a pris ses quipages, dix drapeaux et six
pices de canon.

Depuis le 27, nous avons dj fait  l'ennemi plus de dix mille
prisonniers parmi lesquels sont quinze cents Anglais. Nous lui avons
pris plus de quatre cents voitures de bagages et de munitions, quinze
voitures de fusils, ses magasins et ses hpitaux de Bnavente, Astorga
et Bembibre. Dans ce dernier endroit, le magasin  poudre qu'il avait
tabli dans une glise, a saut.

Les Anglais se retirent en dsordre, laissant ainsi leurs magasins,
leurs blesss, leurs malades, et abandonnant leurs quipages sur
les chemins. Ils prouveront une plus grande perte encore; et s'ils
parviennent  s'embarquer, il est probable que ce ne sera qu'aprs avoir
perdu la moiti de leur arme.

Sa Majest, informe que celle arme tait rduite au-dessous de vingt
mille hommes, a pris le parti de porter son quartier-gnral d'Astorga 
Bnavente, o elle restera quelques jours, et d'o elle ira occuper une
position centrale  Valladolid, laissant au duc de Dalmatie le soin de
dtruire l'arme anglaise.

On a trouv dans les granges beaucoup d'Anglais qui avaient t pendus
par les Espagnols. Sa Majest a t indigne; elle a fait brler les
granges. Les paysans, quel que soit le ressentiment dont ils sont
anims, n'ont pas le droit d'attenter  la vie des tranards de l'une
ou de l'autre arme. Sa Majest a ordonn de traiter les prisonniers
anglais avec les gards dus  des soldats qui, dans toutes les
circonstances, ont manifest des ides librales et des sentimens
d'honneur. Informe que dans les lieux o les prisonniers sont
rassembls, et o se trouvent dix Espagnols contre un Anglais, les
Espagnols maltraitent les Anglais et les dpouillent, elle a ordonn de
sparer les uns des autres, et elle a prescrit, pour les Anglais, un
traitement tout particulier.

L'arrire-garde anglaise, en acceptant le combat de Prieros, avait
espr donner le temps  la colonne de gauche, compose pour la plus
grande partie d'Espagnols, de faire sa jonction  Villa-Francs. Elle
comptait aussi gagner une nuit pour rendre plus complte l'vacuation de
Villa-Franca.

Nous avons trouv  l'hpital de Villa-Franca trois cents Anglais
malades ou blesss. Les Anglais avaient brl dans cette ville un grand
magasin de farine et de bl; ils y avaient dtruit beaucoup d'quipages
d'artillerie, et tu cinq cents de leurs chevaux. On en a dj compt
seize cents laisss morts sur les routes.

Le nombre des prisonniers est assez considrable et s'accrot de moment
en moment. On trouve dans toutes les caves de la ville des soldats
anglais morts ivres.

Le quartier-gnral du duc de Dalmatie tait, le 4 au soir,  dix lieues
de Lugo.

Le 2, Sa Majest a pass en revue,  Astorga, les divisions Laborde et
Loison, qui formaient l'Arme de Portugal. Ces troupes voient fuir les
Anglais et brlent du dsir de les joindre.

Sa Majest a laiss en rserve  Astorga le corps du duc d'Elchingen,
qui a son avant-garde sur les dbouchs de la Galice, et qui est 
porte d'appuyer, en cas d'vnement, le corps du duc de Dalmatie.

On a reu la confirmation de la nouvelle de l'arrive du gnral
Gouvion-Saint-Cyr avec le septime corps  Barcelonne. Il y est entr
le 17; le 15, il avait rencontr a Linas les troupes commandes par les
gnraux Reding et Vivs et les avait mises dans une entire droute. Il
leur a pris six pices de canon, trente caissons et trois mille hommes.
Moyennant la jonction du septime corps avec les troupes du gnral
Duhesme, nous avons une grosse arme  Barcelonne.

Lorsque Sa Majest tait  Tordesillas, elle avait son quartier-gnral
dans les btimens extrieurs du couvent royal de Sainte-Claire. C'est
dans ces btimens que s'tait retire et qu'est morte la mre de
Charles-Quint, surnomme Jeanne la folle. Le couvent de Sainte-Claire a
t construit sur un ancien palais des Maures, dont il reste un bain
et deux salles d'une belle conservation. L'abbesse a t prsente
 l'empereur; elle est ge de soixante-quinze ans, et il y avait
soixante-cinq ans qu'elle n'tait sortie de sa clture. Cette religieuse
parut fort mue lorsqu'elle franchit le seuil; mais elle entretint
l'empereur avec beaucoup de prsence d'esprit, et elle obtint un grand
nombre de grces pour tout ce qui l'intressait.



Valladolid, 7 janvier 1809.

_Vingt-sixime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le gnral Gouvion-Saint-Cyr, aussitt aprs son entre  Barcelonne,
s'est port sur Lobregat, a forc l'ennemi dans son camp retranch, lui
a pris vingt-cinq pices de canon, et a march sur Tarragone dont il
s'est empar. La prise de cette ville est d'une grande importance.

Les rapports du gnral Duhesme et du gnral Saint-Cyr contiennent le
dtail des vnemens militaires qui ont eu lieu en Catalogne jusqu'au 21
dcembre; ils font le plus grand honneur au gnral Gouvion-Saint-Cyr.
Tout ce qui s'est pass  Barcelonne est un titre d'loge pour le
gnral Duhesme, qui a dploy autant de talent que de fermet.

Les troupes du royaume d'Italie se sont couvertes de gloire: leur belle
conduite a sensiblement touch le coeur de l'empereur; elles sont  la
vrit composes pour la plupart des corps forms par Sa Majest pendant
la campagne de l'an 5. Les vlites italiens sont aussi sages que braves:
ils n'ont donn lieu  aucune plainte, et ils ont montr le plus grand
courage. Depuis les Romains, les peuples d'Italie n'avaient pas fait
la guerre en Espagne; depuis les Romains, aucune poque n'a t si
glorieuse pour les armes italiennes.

L'arme du royaume d'Italie est dj de quatre-vingt mille soldats, et
bons soldats; voil les garans qu'a cette belle contre de n'tre plus
le thtre de la guerre.

Sa Majest a port son quartier-gnral de Benavente  Valladolid.

Elle a reu aujourd'hui toutes les autorits de la ville. Dix des plus
mauvais sujets de la dernire classe du peuple ont t passs par les
armes. Ce sont les mmes qui avaient massacr le gnral Cevallos, et
qui, pendant si long temps, ont opprim les gens de bien.

Sa Majest a ordonn la suppression du couvent des Dominicains dans
lequel un Franais a t tu.

Elle a tmoign sa satisfaction au couvent de San-Benito dont les moines
sont des hommes clairs, qui, bien loin d'avoir prch la guerre et le
dsordre, de s'tre montrs avides de sang et de meurtre, ont employ
tous leurs soins et consacr les efforts les plus courageux  calmer le
peuple et  le ramener au bon ordre. Plusieurs Franais leur doivent la
vie. L'empereur a voulu voir ces religieux, et lorsqu'il a appris qu'ils
taient de l'ordre des Bndictins, dont les membres se sont toujours
illustrs dans les lettres et dans les sciences, soit en France, soit
en Italie, il a daign exprimer la satisfaction qu'il prouvait de leur
avoir cette obligation.

En gnral, le clerg de cette ville est bon; les moines vraiment
dangereux sont ces dominicains fanatiques qui s'taient empars de
l'inquisition, et qui, ayant baign leurs mains dans le sang d'un
Franais, ont eu la lchet sacrilge, de jurer sur l'vangile que
l'infortun dont on leur demandait compte, n'tait point mort et avait
t conduit  l'hpital, et qui ensuite ont avou qu'aprs qu'il eut
t priv de la vie on avait jet son corps dans un puits, o on l'a en
effet trouv. Hommes hypocrites et barbares, qui prchez l'intolrance,
qui suscitez la discorde, qui excitez  verser le sang, vous n'tes
pas les ministres de l'vangile! Le temps o l'Europe voyait sans
indignation clbrer par des illuminations, dans les grandes villes, le
massacre des protestans, ne peut renatre. Les bienfaits de la tolrance
sont les premiers droits des hommes; elle est la premire maxime de
l'vangile, puisqu'elle est le premier attribut de la charit. S'il
ft une poque o quelques faux docteurs de la religion chrtienne
prchaient l'intolrance, alors ils n'avaient pas en vue les intrts du
ciel, mais ceux de leur influence temporelle; ils voulaient s'emparer de
l'autorit chez des peuples ignorans. Lorsqu'un moine, un thologien, un
vque, un pontife prche l'intolrance, il prche sa condamnation; il
se livre  la rise des nations.

Le duc de Dalmatie doit tre ce soir  Lugo. De nombreuses colonnes de
prisonniers sont en marche pour se rendre ici.

Le gnral de brigade Duvernay s'est port avec cinq cents chevaux sur
Toro. Il y a rencontr deux ou trois cents hommes restes des dbris
de l'insurrection; il les a chargs et en a tu ou pris le plus grand
nombre. Le colonel des hussards hollandais a t bless dans cette
charge.



Valladolid, 9 janvier 1809.

_Vingt-septime bulletin de l'arme d'Espagne._

Aprs le combat de Prieros contre l'arrire-garde anglaise, le duc de
Dalmatie jugea ncessaire de dposter promptement l'ennemi du col de
Piedra-Filla. Il fit une marche trs-longue, et il en recueillit le
fruit. Il prit quinze cents Anglais, cinq pices de canon, beaucoup de
caissons. Il obligea l'ennemi  dtruire considrablement d'affts, de
voitures, de bagages et de munitions. Les prcipices taient remplis
de ces dbris; le dsordre tait tel, que les divisions Lorges et
Lahoussaye ont trouv parmi les quipages abandonns, des voitures
remplies d'or et d'argent: c'tait une partie du trsor de l'arme
anglaise: on value ce qui est tomb entre les mains des divisions 
deux millions.

Le 4 au soir, l'avant-garde de l'arme franaise tait  Castillo et 
Nocedo.

Le lendemain 5, l'arrire-garde ennemie a t rencontre  Puente de
Ferrerya au moment o elle faisait une fougasse pour faire sauter le
pont; une charge de cavalerie a rendu cette tentative inutile. Il en a
t de mme au pont de Crueril.

Le 5 au soir, les divisions Lorges et Lahoussaye taient  Constantin,
et l'ennemi  peu de distance de Lugo.

Le 6, le duc de Dalmatie s'est mis en marche pour arriver sur cette
ville.

L'arme anglaise souffre considrablement; elle n'a presque plus de
munitions et de bagages, et la moiti de sa cavalerie est  pied. Depuis
le dpart de Benavente jusqu'au 5 de ce mois, on a compt sur la route
dix-huit cents chevaux anglais tus.

Les dbris du corps de la Romana errent partout. Dans la journe du 1er
janvier, le huitime rgiment de dragons chargea un carr d'infanterie
espagnole et le culbuta. Les rgimens du roi, de Mayorca, d'Ibernia, de
Barcelonne et de Naples ont t faits prisonniers.

Le gnral Maupetit ayant rencontr du ct de Zamora, avec sa division
de dragons, une colonne de huit cents fuyards, l'a charge et disperse,
et en a pris ou tu la plus grande partie.

Les paysans espagnols de la Galice et du royaume de Lon sont
impitoyables pour les tranards anglais. Malgr les svres dfenses qui
ont t faites, on trouve tous les jours beaucoup d'Anglais assassins.

Le quartier-gnral du duc d'Elchingen est  Villa-Franca, sur les
confins de la Galice et du royaume de Lon.

Le duc de Bellune est sur le Tage.

Toute la garde impriale se concentre  Valladolid.

Les villes de Valladolid, de Palencia, de Sgovie, d'Avila, d'Astorga,
de Lon, etc., envoient de nombreuses dputations au roi. La fuite de
l'arme anglaise, la dispersion des restes des armes de la Romana et de
l'Estramadure, et les maux que les troupes des diffrentes armes font
peser sur le pays, rallient les provinces autour de l'autorit lgitime.

La ville de Madrid s'est particulirement distingue. Les procs-verbaux
constatant le serment prt devant le saint-Sacrement par vingt-huit
mille sept cents chefs de famille, ont t mis sous les yeux de
l'empereur. Les citoyens de Madrid ont promis  Sa Majest, que, si elle
place sur le trne le roi son frre, ils le seconderont de tous leurs
efforts et le dfendront de tous leurs moyens.



Valladolid, 13 janvier 1809.

_Vingt-huitime bulletin de l'arme d'Espagne._

La partie du trsor de l'ennemi qui est tombe entre les mains de nos
troupes tait d'un million huit cent mille francs. Les habitans assurent
que les Anglais ont emport huit  dix millions.

Le gnral anglais jugeant qu'il tait impossible que l'infanterie et
l'artillerie l'eussent suivi, et eussent gagn sur lui un certain nombre
de marches, surtout dans des montagnes aussi difficiles que celles de la
Galice, comprit qu'il ne devait avoir  sa poursuite que des voltigeurs
et de la cavalerie. Il prit donc la position de Castro, sa droite
appuye  la rivire de Tamboya, qui passe  Lugo, et qui n'est pas
guable.

Le duc de Dalmatie arriva le 6 en prsence de l'ennemi. Il employa les
journes du 7 et du 8  le reconnatre, et  runir son infanterie
et son artillerie, qui taient encore en arrire. Il forma son plan
d'attaque. La gauche seule de l'ennemi tait attaquable; il manoeuvra
sur cette gauche. Ses dispositions exigrent quelques mouvemens dans la
journe du 8, le duc de Dalmatie tant dans l'intention d'attaquer le
lendemain 9. Mais l'ennemi s'en tant dout, fit sa retraite pendant la
nuit, et le matin, notre avant-garde entra  Lugo. L'ennemi a abandonn
trois cents malades anglais dans les hpitaux de la ville, un parc de
dix-huit pices de canon et trois cents chariots de munitions. Nous lui
avons fait sept cents prisonniers. La ville et les environs de Lugo sont
encombrs de cadavres de chevaux anglais. Ainsi voil plus de deux mille
cinq cents chevaux que les Anglais ont tus dans leur retraite.

Il fait un temps affreux; la neige et la pluie tombent continuellement.

Les Anglais gagnent  toute force la Corogne o ils ont quatre cents
btimens de transport pour leur embarquement. Ils ont dj perdu
leurs bagages, leurs munitions, une partie mme du matriel de leur
artillerie, et plus de trois mille hommes faits prisonniers.

Le 10, notre avant-garde tait  Betancos,  peu de distance de la
Corogne.

Le duc d'Elchingen est avec son corps d'arme sur Lugo.

En comptant les malades, les hommes gars, ceux qui ont t tus par
les paysans, et ceux qui ont t faits prisonniers par nos troupes, on
peut calculer que les Anglais ont perdu le tiers de leur arme. Ils
sont rduits  dix mille hommes et ne sont pas encore embarqus. Depuis
Sahagun, ils ont fait une retraite de cent cinquante lieues par un
mauvais temps, dans des chemins affreux, au milieu des montagnes et
toujours l'pe dans les reins.

On a de la peine  concevoir la folie de leur plan de campagne. Il faut
l'attribuer non au gnral qui commande, et qui est un homme habile
et sage, mais  cet esprit de haine et de rage qui anime le ministre
anglais. Jeter ainsi en avant trente mille hommes pour les exposer 
tre dtruits, ou  n'avoir de ressource que dans la fuite, c'est une
conception qui ne peut tre inspire que par l'esprit de passion, ou
par la plus extravagante prsomption. Le gouvernement anglais, comme le
menteur du thtre, est parvenu  se persuader lui-mme; il s'est pris
dans son propre pige.

La ville de Lugo a t pille et saccage par l'ennemi. On ne peut
imputer ces dsastres au gnral anglais; c'est une suite ordinaire
et invitable des marches forces et des retraites prcipites. Les
habitans du royaume de Lon et de la Galice ont les Anglais en horreur.
Sous ce rapport, les vnemens qui viennent de se passer quivalent 
une grande victoire.

La ville de Zamora, dont les habitans avaient t exalts par la
prsence des Anglais, a ferm ses portes au gnral de cavalerie
Maupetit. Le gnral Darricau s'y est port avec quatre bataillons. Il
a escalad la ville, l'a prise, et a fait passer les plus coupables par
les armes.

De toutes les provinces de l'Espagne, la Galice est celle qui manifeste
le meilleur esprit; elle reoit les Franais comme des librateurs qui
l'ont dlivre  la fois des trangers et de l'anarchie. L'vque de
Lugo et le clerg de toute la province manifestent les plus sages
dispositions.

La ville de Valladolid a prt serment au roi Joseph, et a fait une
adresse  S.M.I. et R.

Six hommes, chefs d'meutes et des massacres contre les Franais, ont
t condamns  mort. Cinq ont t excuts. L clerg est venu demander
la grce du sixime qui est pre de quatre enfans. S.M. a commu sa
peine; elle a dit qu'elle voulait en cela tmoigner sa satisfaction
pour la bonne conduite que le clerg sculier de Valladolid a tenue en
plusieurs occasions importantes.



Valladolid, 16 janvier 1809.

_Vingt-neuvime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le 10 janvier, le quartier-gnral du duc de Bellune tait  Aranjuez.

Instruit que les dbris de l'arme battue  Tudla s'taient runis
du ct de Cuena et avaient t joints par les nouvelles leves de
Grenade, de Valence et de Murcie, le roi d'Espagne conut la possibilit
d'attirer l'ennemi. A cet effet, il fit replier tous les postes qui
s'avanaient jusqu'aux montagnes de Cuena au-del de Taranon et de
Huete. L'arme espagnole suivit ce mouvement. Le 12 elle prit position
 Ucls. Le duc de Bellune se porta alors  Taranon et  Fuente de
Padronaro. Le 13 la division Villatte marcha droit  l'ennemi, tandis
que le duc de Bellune, avec la division Ruffin, tournait par Alcazar.
Aussitt que le gnral Villatte dcouvrit les Espagnols, il marcha
au pas de charge, et mit en droute les douze ou treize mille hommes
qu'avait l'ennemi et qui cherchrent  se retirer par Carascosa sur
Alcazar; mais dj le duc de Bellune occupait la route d'Alcazar. Le
neuvime rgiment d'infanterie lgre, le vingt-quatrime de ligne, et
le quatre-vingt-seizime prsentrent  l'ennemi un mur de baonnettes.
Les Espagnols mirent bas les armes. Trois cents officiers, deux
gnraux, sept colonels, vingt lieutenant-colonels et douze mille
hommes ont t faits prisonniers. On a pris trente drapeaux et toute
l'artillerie. Le nomm Venegas, qui commandait ces troupes, a t tu.

Cette arme avec ses drapeaux et son artillerie, escorte par trois
bataillons, fera demain 17 son entre  Madrid.

Ce succs fait honneur au duc de Bellune et  la conduite des troupes.
Le gnral Villatte a manoeuvr avec habilet. Le gnral Ruffin s'est
distingu. Il en a t de mme du gnral Latour-Maubourg. Ses dragons
se sont comports avec intrpidit. Le jeune Sopransi, chef d'escadron
au premier de dragons, s'est prcipit au milieu des ennemis, en
dployant une singulire bravoure. Il a apport six drapeaux au duc de
Bellune.

Le gnral d'artillerie Snarmont s'est conduit comme il l'a fait dans
toutes les circonstances. Lorsque l'arme ennemie se vit coupe, elle
changea de direction. Le gnral Snarmont tait alors engag dans une
gorge avec son artillerie, et c'est sur cette gorge que l'ennemi se
dirigea pour y chercher un passage. L'artillerie avait peu d'escorte,
mais les canonniers de la grande-arme n'en ont pas besoin. Le gnral
Snarmont plaa ses pices en bataillon carr et tira  mitraille. La
colonne ennemie changea encore de direction et se porta sur le point o
elle est venue mettre bas les armes. Le duc de Bellune se loue de M.
Chteau son premier aide-de-camp, et de M. l'adjudant commandant Aim.
Il donne des loges au gnral Sml, aux colonels Jamin, Meunier,
Mouton Duvernay, Lacoste, Pescheux et Combelle, tous officiers dont la
bravoure et l'habilet ont t prouves dans cent combats.

En Galice les Anglais continuent d'tre poursuivis l'pe dans les
reins. Aprs avoir t chasss de Lugo, les trois quarts ont pris la
direction de la Corogne, et un quart celle de Vigo o les Anglais ont
des transports. Le duc de Dalmatie s'est port sur la Corogne et le duc
d'Elchingen sur Vigo.

Des dputations du conseil d'tat d'Espagne, du conseil des Indes, du
conseil des finances, du conseil de la guerre, du conseil de marine, du
conseil des ordres, de la junte de commerce et des monnaies, du tribunal
des alcades de casa y corte, de la municipalit de Madrid, du clerg
sculier et rgulier, du corps de la noblesse, des corporations majeures
et mineures et des habitans des paroisses et des quartiers, parties de
Madrid le 11, ont t prsentes le 16  S. M. I. et R.  Valladolid.



Valladolid, 21 janvier 1809.

_Trentime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Dalmatie partit le 12 de Betanzos. Arriv sur le Meso, il
trouva le pont de Burgo coup. L'ennemi fut dlog du village de Burgo.
Pendant ce temps, le gnral Franceschi remonta la rivire qu'il passa
sur le pont de Cela. Il intercepta la grande route de la Corogne 
Santyago et prit six officiers et soixante soldats. Le mme jour un
poste de trente marins qui taient  Meso sur le golfe, et qui y faisait
de l'eau, fut pris. Du village de Perillo on put observer la flotte
anglaise en rade de la Corogne.

Le 13, l'ennemi fit sauter deux magasins  poudre situs sur les
hauteurs de Sainte Marguerite,  une demi-lieue de la Corogne. La
dtonation fut terrible et se fit sentir  plus de trois lieues dans les
terres.

Le 14, le pont de Burgo fut raccommod et l'artillerie franaise put y
passer. L'ennemi tait en position sur deux lignes,  une demi-lieue en
avant de la Corogne. On le voyait s'occuper  embarquer en toute hte
ses malades et ses blesss, les espions et les dserteurs en portent le
nombre  trois ou quatre mille hommes. Les Anglais s'occupaient en mme
temps  dtruire les batteries de la cte, et  dvaster le pays voisin
de la mer. Le commandant du fort de Saint-Philippe se doutant du sort
qu'ils rservaient  la place, refusa de les y recevoir.

Le 14 au soir, on vit arriver un nouveau convoi de cent soixante voiles,
parmi lesquelles on comptait quatre vaisseaux de ligne.

Le 15 au matin, les divisions Merle et Mermet occuprent les hauteurs
de Vallaboa o se trouvait l'avant-garde ennemie, qui fut attaque et
culbute. Notre droite fut appuye au point d'intersection de la route
de la Corogne  Lugo, et de la Corogne  Santyago. La gauche tait
place en arrire du village d'Elvina. L'ennemi occupait en face de
trs-belles hauteurs.

Le reste de la journe du 15 fut employ  placer une batterie de douze
pices de canon, et ce ne fut que le 16,  trois heures aprs midi que
le duc de Dalmatie donna l'ordre de l'attaque.

Les Anglais furent abords franchement par la premire brigade de la
division Mermet qui les culbuta et les dlogea du village d'Elvina. Le
deuxime rgiment d'infanterie lgre se couvrit de gloire. Le gnral
Jardon  la tte des voltigeurs fit paratre un notable courage.
L'ennemi culbut de ses positions, se retira dans les jardins qui sont
autour de la Corogne. La nuit devenant trs-obscure, on fut oblig de
suspendre l'attaque. L'ennemi en a profit pour s'embarquer en toute
hte. Nous n'avons eu d'engags pendant le combat, qu'environ six mille
hommes, et tout tait dispos pour partir de la position que nos troupes
occupaient le soir, et profiter du lendemain pour une affaire gnrale.
La perte de l'ennemi est immense; deux batteries de notre artillerie
l'ont foudroy pendant la dure du combat. On a compt sur le champ de
bataille plus de huit cents cadavres anglais, parmi lesquels on a trouv
le corps du gnral Hamilton, et ceux de deux autres officiers gnraux
dont on ignore les noms. Nous avons pris vingt officiers, trois cents
soldats et quatre pices de canon. Les Anglais ont laiss plus de quinze
cents chevaux qu'ils avaient tus. Notre perte s'lve  cent
hommes; nous en avons eu cent cinquante blesses. Le colonel du
quarante-cinquime s'est distingu. Un porte-aigle du trente-unime
d'infanterie lgre a tue de sa propre main un officier anglais qui,
dans la mle, s'tait attach a lui pour tcher de lui enlever son
aigle. Le gnral d'artillerie Bourgeat et le colonel Fontenay se sont
trs-bien montrs.

Le 17  la pointe du jour, on a vu le convoi anglais mettre  la voile:
le 18 tout avait disparu. Le duc de Dalmatie avait fait canonner les
btiments des hauteurs du fort Sandiego. Plusieurs transports ont
chou, et tous les hommes qu'ils portaient ont t pris.

On a trouv dans l'tablissement de la Payoza trois mille fusils
anglais. On s'est aussi empar des magasins de l'ennemi et d'une
quantit considrable de munitions et d'effets appartenant  l'arme. On
a ramass dans les faubourgs beaucoup de blesss. L'opinion des habitans
du pays et des dserteurs est que le nombre des blesss dans le combat
excde deux mille cinq cents.

Ainsi s'est termine l'expdition anglaise envoye en Espagne. Aprs
avoir foment la guerre dans ce malheureux pays, les Anglais l'ont
abandonn. Ils avaient dbarqu trente-huit mille hommes et six mille
chevaux; nous leur avons pris de compte fait six mille cinq cents
hommes, non compris les malades. Ils ont rembarqu trs-peu de bagages,
trs-peu de munitions et trs-peu de chevaux: on en a compt cinq
mille tus et abandonns. Les hommes qui ont trouv un asile sur leurs
vaisseaux sont harasss et dcourags. Dans une autre saison, il n'en
aurait pas chapp un seul. La facilit de couper les ponts, la rapidit
des torrens qui, pendant l'hiver, deviennent de profondes rivires, le
peu de dure des journes et la longueur des nuits, sont trs-favorables
 une arme en retraite.

Des trente-huit mille hommes que les Anglais avaient dbarqus, on peut
assurer qu' peine vingt-quatre mille hommes retourneront en Angleterre.

L'arme de la Romana, qui,  la fin de dcembre, au moyen des renforts
qu'elle avait reus de la Galice, tait forte de seize mille hommes, est
rduite  moins de cinq mille hommes, qui errent entre Vigo et Santyago,
et sont vivement poursuivis. Le royaume de Lon, la province de Zamora
et toute la Galice que les Anglais avaient voulu couvrir, sont conquis
et soumis.

Le gnral de division Lapisse a envoy en Portugal des patrouilles qui
y ont t trs-bien reues.

Le gnral Maupetit est entr  Salamanque. Il y a encore trouv
quelques malades anglais.



_Trente-unime bulletin de l'anne d'Espagne._

Les rgimens anglais portant les numros 42, 50 et 52 ont t
entirement dtruits au combat du 16 prs la Corogne. Il ne s'est pas
embarqu soixante hommes de chacun de ces corps. Le gnral en chef
Moore a t tu en voulant charger  la tte de cette brigade, pour
rtablir les affaires. Efforts impuissans! cette troupe a t disperse
et son gnral frapp au milieu d'elle. Le gnral Baird avait dj t
bless; il traversa la Corogne pour gagner son vaisseau, et ne se fit
panser qu' bord. Le bruit court qu'il est mort le 19.

Aprs la bataille du 16, la nuit fut terrible  la Corogne. Les Anglais
y entrrent consterns et ple-mle. L'arme anglaise avait dbarqu
plus de quatre-vingts pices de Canon; elle n'en a pas rembarqu douze.
Le reste a t pris ou perdu, et dcompte fait, nous nous trouvons en
possession de soixante pices de canon anglaises.

Indpendamment du trsor de deux millions que l'arme a pris aux
Anglais, il parat qu'un trsor plus considrable a t jet dans les
prcipices qui bordent la route d'Astorga  la Corogne. Les paysans et
les soldats ont ramass parmi les rochers une grande quantit d'argent.

Dans les engagemens qui ont eu lieu pendant la retraite, et avant le
combat de la Corogne, deux gnraux anglais avaient t tus, et trois
avaient t blesss. On nomme parmi ces derniers le gnral Crawford.
Les Anglais ont perdu tout ce qui constitue une arme: gnraux,
artillerie, chevaux, bagages, munitions, magasins.

Ds le 17,  la pointe du jour, nous tions matres des hauteurs qui
dominent la rade de la Corogne, et nos batteries jouaient contre le
convoi anglais. Il en est rsult que plusieurs btimens n'ont pu
sortir, et ont t pris lors de la capitulation de la Corogne. On a
trouv aussi cinq cents chevaux anglais encore vivans, seize mille
fusils, et beaucoup d'artillerie de sige abandonne par l'ennemi. Un
grand nombre de magasins sont pleins de munitions confectionnes que les
Anglais voulaient emmener, mais qu'ils ont t forcs de laisser. Un
magasin  poudre situ dans la presqu'le, contenant deux cents milliers
de poudre, nous est galement rest. Les Anglais surpris par l'vnement
du combat du 16, n'ont pas mme eu le temps de dtruire leurs magasins.
Il y nvait trois cents malades anglais dans les hpitaux. Nous avons
trouv dans le port sept btimens anglais; trois taient chargs de
chevaux et quatre de troupes, lis n'avaient pu appareiller.

La place de la Corogne a une enceinte qui la met  l'abri d'un coup
de main. Il n'a donc t possible d'y entrer que le 20 par une
capitulation. On a trouv  la Corogne plus de deux cents pices de
canon espagnoles. Le consul franais Fourcroy, le gnral Quesnel et son
tat-major; M. Bougars, officier d'ordonnance, M. Taboureau, auditeur,
et trois cent cinquante Franais, soldats ou marins qui avaient t pris
ou en Portugal ou sur le btiment l'_Atlas_, ont t dlivrs. Ils se
louent beaucoup des officiers de la marine espagnole.

Les Anglais n'auront rapport de leur expdition que la haine des
Espagnols, la honte et le dshonneur. L'lite de leur arme, compose
d'cossais, a t blesse, tue ou prise.

Le gnral Franceschi est entr  Santyago de Compostelle, o il a
trouv quelques magasins et une garde anglaise qu'il a fait prisonnire.
Il a sur-le-champ march sur Vigo. La Romana paraissait se diriger
sur ce port avec deux mille cinq cents hommes, les seuls qu'il ait pu
rallier. La division Mermet marchait sur le Ferrol.

L'air tait infect  la Corogne par douze cents cadavres de chevaux que
les Anglais avaient gorgs dans les rues. Le premier soin du duc
de Dalmatie a t de pourvoir au rtablissement de la salubrit si
importante pour le soldat et pour les habitans.

Le gnral Alzedo, gouverneur de la Corogne, parat n'avoir pris
parti pour les insurgs, que contraint par la force. Il a prt avec
enthousiasme le serment de fidlit au roi Joseph Napolon. Le peuple
manifeste la joie qu'il prouve d'tre dlivr des Anglais.



_Trente-deuxime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Dalmatie arriv devant le Ferrol, fit investir la place. Des
ngociations furent entames. Les autorits civiles et les officiers
de terre et de mer paraissaient disposs  se rendre; mais le peuple,
foment par les espions qu'avaient laisss les Anglais, se souleva.

Le 24, le duc de Dalmatie reut deux parlementaires. L'un avait t
envoy par l'amiral Melgarejo, commandant l'escadre espagnole; l'autre,
qui passa par les montagnes, avait t envoy par les commandans des
troupes de terre. Ces deux parlementaires taient partis  l'insu du
peuple. Ils firent connatre que toutes les autorits taient sous le
joug d'une populace effrne, soudoye et souleve par les agens de
l'Angleterre, et que huit mille hommes de la ville et des environs
taient arms.

Le duc de Dalmatie dut se rsoudre  faire ouvrir la tranche; mais
du 24 au 25, diffrens mouvemens se manifestrent dans la ville. Le
dix-septime rgiment d'infanterie lgre s'tant port  Mugardos, le
trente-unime d'infanterie lgre tant aux forts de la Palma et de
Saint-Martin et  Lugrana, et bloquant le fort Saint-Philippe, le peuple
commena  craindre les suites d'un assaut et  couter les hommes
senss. Dans la journe du 26, trois parlementaires munis de pouvoirs
et porteurs d'une lettre arrivrent au quartier-gnral et signrent la
reddition de la place.

Le 27,  sept heures du matin, la ville a t occupe par la division
Mermet et par une brigade de dragons.

Le mme jour  midi, la garnison a t dsarme: le dsarmement a dj
produit cinq mille fusils. Les personnes trangres au Ferrol ont t
renvoyes dans leurs villages. Les hommes connus pour s'tre souills de
sang pendant l'insurrection, ont t arrts.

L'amiral Obregon, que le peuple avait arrt pendant l'insurrection, a
t mis  la tte de l'arsenal.

On a trouv dans le port, trois vaisseaux de cent douze canons; deux de
quatre-vingts; un de soixante-quatorze; deux de soixante-quatre; trois
frgates et un certain nombre de corvettes, de bricks et autres btimens
dsarms; plus de quinze cents pices de canon de tous calibres, et des
munitions de toute espce.

Il est probable que sans la retraite prcipite des Anglais, et sans
l'vnement du 16, ils auraient occup le Ferrol, et se seraient empars
de cette belle escadre. Les officiers de terre et de mer ont prt
serment au roi Joseph avec le plus grand enthousiasme. Ce qu'ils
racontent de ce qu'ils ont eu  souffrir de la dernire classe du peuple
et des boute-feux de l'Angleterre est difficile  concevoir.

L'ordre rgne dans la Galice, et l'autorit du roi est rtablie dans
cette province, l'une des plus considrables de la monarchie espagnole.

Le gnral Laborde a trouv  la Corogne, sur le bord de la mer, sept
pices de canon que les Anglais avaient enterres dans la journe du 16,
ne pouvant les emmener. La Romana, abandonn par les Anglais et par ses
troupes, s'est enfui avec cinq cents hommes du ct du Portugal, pour se
jeter en Andalousie.

Il ne restait  Lisbonne que quatre  cinq mille Anglais. Tous les
hpitaux, tous les magasins taient embarqus, et la garnison se
disposait  abandonner ce peuple, aussi indign de la perfidie des
Anglais que rvolt par la diffrence de moeurs et de religion, par
la brutale et continuelle intemprance des troupes anglaises, par cet
enttement et par cet orgueil si mal fonds qui rendent cette nation
odieuse  tous les peuples du continent.



_Trente-troisime bulletin de l'arme d'Espagne._

Le duc de Dalmatie est arriv le 10 fvrier  Tuy. Toute la province est
soumise.

Il runissait tous les moyens pour passer le lendemain le Minho, qui
est extrmement large dans cet endroit. It a d arriver du 15 au 20 
Oporto, et du 20 au 28  Lisbonne.

Les Anglais s'embarquaient  Lisbonne pour abandonner le Portugal;
l'indignation des Portugais tait au comble, et il y avait journellement
des engagemens notables et sanglans entre les Portugais et les Anglais.

En Galice, le duc d'Elchingen achevait l'organisation de la province.
L'amiral Messaredra tait arriv au Ferrol, et l'activit commenait 
renatre dans cet arsenal important. La tranquillit est rtablie dans
toutes les provinces sous les ordres du duc d'Istrie, et situes entre
les Pyrnes, la mer, le Portugal, et la chane de montagnes qui
couvrent Madrid. La scurit succde aux jours d'alarmes et de
dsordres.

De nombreuses dputations se rendent de toutes parts auprs du roi 
Madrid. La rorganisation et l'esprit public font des progrs rapides
sous la nouvelle administration.

Le duc de Bellune marche sur Badajoz; il dsarme et pacifie toute la
basse Estramadure.

Sarragosse s'est rendue. Les calamits qui ont pes sur cette ville
infortune, sont un effrayant exemple pour les peuples. L'ordre rtabli
dans Sarragosse, s'tend  tout l'Aragon, et les deux corps d'arme qui
se trouvaient autour de cette ville, deviennent disponibles.

Sarragosse a t le vritable sige de l'insurrection de l'Espagne.
C'est dans cette ville qu'existait le parti qui voulait appeler un
prince de la maison d'Autriche  rgner sur le Tage. Les hommes de ce
parti avaient hrit de cette opinion qui fut celle de leurs anctres
 l'poque de le guerre de la succession, et qui vient d'tre touffe
sans retour.

La bataille de Tudela avait t gagne le 23 novembre, et ds le 27,
l'arme franaise campait  peu de distance de Sarragosse.

La population de cette ville tait arme. Celle des campagnes de
l'Aragon s'y tait jointe, et Sarragosse contenait cinquante mille
hommes, forms par rgimens de mille hommes, et par compagnies de cent
hommes. Tous les grades de gnraux, d'officiers et de sous-officiers,
taient remplis par des moines. Un corps de troupes de dix mille hommes
chapps de la bataille de Tudela, s'tait renferm dans la ville, dont
les subsistances taient assures par d'immenses, magasins, et qui tait
dfendue par deux cents pices de canon. L'image de notre dame del
Pilar, faisait, au gr des moines, des miracles qui animaient l'ardeur
de cette nombreuse population, ou qui soutenaient sa confiance. En
plaine ces cinquante mille hommes n'auraient pas tenu contre trois
rgimens; mais enferms dans leur ville, excits par tous les chefs de
partis, pouvaient-ils chapper aux maux que l'ignorance et le fanatisme
attiraient sur tant d'infortuns?

Tout ce qu'il tait possible de faire pour les clairer, les ramener 
la raison, a t entrepris. Immdiatement aprs la bataille de Tudela,
on jugea que l'opinion o on tait  Sarragosse, que Madrid ferait de
la rsistance, que les armes de Somo-Sierra, du Guadarama, de
l'Estramadure, de Lon et de la Catalogne, obtiendraient quelques
succs, servirait de prtexte aux chefs des insurgs pour entretenir le
fanatisme des habitans. On rsolut de ne pas investir la ville, et de la
laisser communiquer avec toute l'Espagne, afin qu'elle apprt la droute
des armes espagnoles, et qu'elle connt les dtails de l'entre de
l'arme franaise  Madrid. Mais ces nouvelles ne parvinrent qu'aux
meneurs, et demeurrent inconnues  la masse de la population.
Non-seulement on lui cachait la vrit, mais on l'encourageait par des
mensonges. Tantt les Franais avaient perdu quarante mille hommes 
Madrid, la Romana tait entr en France; enfin l'arme anglaise arrivait
en grande hte, et les aigles franaises devaient fuir  l'aspect du
terrible lopard.

Ce temps sacrifi  des vues politiques et  l'espoir de voir se calmer
des ttes exaltes par le fanatisme et par l'erreur, n'tait pas perdu
pour l'arme franaise. Le gnral du gnie Lacoste, aide-de-camp de
l'empereur et officier du plus grand mrite, runissait  Alagon, les
outils, les quipages de mines et les matriaux ncessaires  la guerre
souterraine que S. M. avait ordonne.

Le gnral de division Dedon, commandant l'artillerie, rassemblait une
grande quantit de mortiers, de bombes, d'obus et des bouches  feu de
tous calibre. On tirait tous ces objets de Pampelune, loigne de sept
marches de Sarragosse.

Cependant on remarqua que l'ennemi mettait le temps  profit pour
fortifier le Monte-Torrero et d'autres positions importantes. Le 21
dcembre, la division Suchet le chassa des hauteurs de Saint-Lambert,
et de deux ouvrages de campagne qui taient  porte de la place.
La division du gnral Gazan culbuta l'ennemi des hauteurs de
Saint-Grgorio, et fit enlever par le vingt-unime d'infanterie lgre
et le centime de ligne, les redoutes adosses aux faubourgs, qui
dfendaient les routes de Suva et de Barcelonne. I1 s'empara galement
d'une grande manufacture situe prs de Galliego, o s'taient
retranchs cinq cents Suisses. Le mme jour, le duc de Conegliano
s'empara des ouvrages et de la position du Monte-Torrero, enleva tous
les canons, fit beaucoup de prisonniers et un grand mal  l'ennemi.

Le duc de Conegliano tant tomb malade, le duc d'Abrants vint dans le
commencement de janvier, prendre le commandement du troisime corps.

Il signala son arrive par la prise du couvent de Saint-Joseph, et
poursuivit ses succs le 16 janvier, en enlevant la tte du pont de
la Huerba, o ses troupes se logrent. Le chef de bataillon Athal, du
quatorzime de ligne, se distingua  l'attaque du couvent Saint-Joseph,
et le lieutenant Victor de Buffon, monta des premiers  l'assaut.

L'investissement de Sarragosse n'tait cependant pas encore termin. On
persistait toujours dans les mmes mnagemens, et on laissait  dessein
les communications libres, afin que les insurgs pussent apprendre la
droute des Anglais et leur honteuse fuite au-del des Espagnes. Ce fut
le 16 janvier, que les Anglais furent jets dans la mer  la Corogne, et
ce fut le 26, que les oprations commencrent  devenir srieuses devant
Sarragosse.

Le duc de Montebello y arriva le 20 pour prendre le commandement
suprieur du sige. Lorsqu'il eut acquis la certitude que toutes les
nouvelles que l'on faisait parvenir dans la ville, ne produisaient
aucun effet, et que quelques moines, qui s'taient empars des esprits,
russissaient, ou  empcher qu'elles vinssent  la connaissance
du peuple, ou  les travestir de manire  perptuer le dlire des
assigs, il prit le parti de renoncer  tous les mnagements.

Quinze mille paysans s'taient runis sur la gauche de l'Ebre 
Perdiguera. Le duc de Trvise les attaqua avec trois rgimens, et malgr
la belle position qu'ils occupaient, le soixante-quatrime rgiment les
culbuta et les mit en droute. Le dixime de hussards se trouva dans
la plaine pour les recevoir, et un grand nombre resta sar le champ de
bataille. Neuf pices de canon et plusieurs drapeaux furent les trophes
de cette rencontre.

En mme temps, le duc de Montebello avait envoy l'adjudant-commandant
Gasquet sur Zuer, pour y dissiper un rassemblement. Cet officier, avec
trois bataillons, attaqua quatre mille insurgs, les culbuta et leur
prit quatre pices de canon avec leurs caissons attels.

Le gnral Vattier avait en mme temps t dtach avec trois cents
hommes d'infanterie et deux cents chevaux sur la route de Valence. Il
rencontra cinq mille insurgs  Alcanitz, les fora dans la ville mme 
jeter leurs fusils dans leur fuite; leur tua six cents hommes, et
prit des magasins de subsistances, de munitions et d'armes; parmi ces
derniers se trouvrent mille fusils anglais. L'adjudant-commandant
Carrion de Nizas,  la tte d'une colon de d'infanterie, s'est conduit
d'une manire brillante; le colonel Burthe, du quatrime de hussards, et
le chef de bataillon Camus, du vingt-huitime d'infanterie lgre, se
sont distingus.

Ces oprations se faisaient entre le 20 et le 26 janvier.

Le 26, on commena  attaquer srieusement la ville, et l'on dmasqua
les batteries. Le 27  midi, la brche se trouva praticable sur
plusieurs points de l'enceinte. Les troupes se logrent dans le couvent
de San-Ingracia. La division Grandjean occupa une trentaine de maisons
dans la ville. Le colonel Chlopiscki et les soldats de la Vistule, se
distingurent. Dans le mme moment, le gnral de division Merlot, dans
une attaque sur la gauche, s'empara de tout le front de dfense de
l'ennemi.

Le capitaine Guetteman,  la tte des travailleurs et de trente-six
grenadiers du quarante-quatrime, est mont  la brche avec une
hardiesse rare. M. Bobieski, officier des voltigeurs de la Vistule,
jeune homme g de dix-sept ans, et dj couvert de sept blessures,
s'est prsent le premier  la brche. Le chef de bataillon Lejeune,
aide-de-camp du prince de Neufchtel, s'est conduit avec distinction,
et a reu deux blessures lgres. Le chef de bataillon Haxo a aussi t
lgrement bless et s'est galement distingu.

Le 30, les couvens de Sainte-Monique et des Grands-Augustins furent
enlevs. Soixante maisons furent prises  la sape. Les sapeurs du
quatorzime rgiment de ligue se distingurent.

Le premier fvrier, le gnral Lacoste fut atteint d'une balle,
et mourut sur le champ d'honneur. C'tait un officier aussi brave
qu'instruit. Sa perte a t sensible  toute l'arme, et plus
particulirement encore  l'empereur. Le colonel Rogniat lui succda
dans le commandement de l'arme du gnie et dans la direction du sige.

L'ennemi dfendait chaque maison. Trois attaques de mines taient
conduites de front, et tous les jours trois ou quatre mines faisaient
sauter plusieurs maisons, et permettaient aux troupes de se loger dans
plusieurs autres.

C'est ainsi qu'on arriva jusqu'au Corso (grande rue de Sarragosse),
qu'on se logea sur les quais, et que l'on s'empara de la maison des
coles et de celle de l'universit. L'ennemi tentait d'opposer mineurs
 mineurs; mais peu habiles dans ce genre d'oprations, ses mineurs
taient sur-le-champ dcouverts et touffs.

Cette manire de conduire le sige rendait sa marche lente, mais
certaine et moins coteuse pour l'arme. Pendant que trois compagnies
de mineurs, et huit compagnies de sapeurs sont seules occupes  cette
guerre souterraine, dont les rsultats sont si terribles, le feu est
presque constamment entretenu dans la ville par les mortiers qui
lancent, des bombes remplies de cloches  feu.

Il n'y avait que dix jours que l'attaque avait commenc, et dj on
prsageait la prochaine reddition de la ville. On s'tait empar de
plus du tiers des maisons et on s'y tait log. L'glise o se trouvait
l'image de Notre-Dame del Pifar, qui par tant de miracles avait promis
de la dfendre, tait crase par les bombes, et n'tait plus habitable.

Le duc de Montebello jugea alors ncessaire de s'emparer du faubourg de
la rive gauche, pour occuper tout le diamtre de la ville, et croiser
son feu. Le gnral de division Gazan enleva la caserne des Suisses,
par une attaque prompte et brillante. Le 17, une batterie de cinquante
pices de canon qu'on avait tablie, joua ds le matin. A trois heures
aprs midi, un bataillon du vingt-huitime attaqua un norme couvent
dont les murs en briques avaient trois  quatre pieds d'paisseur, et
s'en empara. Sept mille ennemis dfendaient le faubourg. Le gnral
Gazan se porta rapidement sur le pont par o les insurgs avaient leur
retraite dans la ville. Il en tua un grand nombre, et fit quatre mille
prisonniers, au nombre desquels se trouvaient deux gnraux, douze
colonels, dix-neuf lieutenans-colonels et deux cent trente officiers. Il
prit six drapeaux et trente pices de canon. Presque toutes les troupes
de ligne de la place occupaient ce point important qui tait menac
depuis le 10.

Au mme instant, le duc d'Abrants traversait le Corso par plusieurs
canonnires, et faisait sauter, au moyen de deux fourneaux de mine, le
vaste btiment des coles.

Aprs ces vnemens la terreur se mit dans la ville. La junte, pour
obtenir quelques dlais, et donner le temps  la frayeur des habitans de
se dissiper, demanda  parlementer; mais sa mauvaise foi tait connue et
cette ruse lui fut inutile. Trente autres maisons furent enleves  la
sape ou par des mines.

Enfin le 21, toute la ville fut occupe par nos troupes. Quinze mille
hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie ont pos les armes a la
porte de Portillo, et ont remis quarante drapeaux et cent cinquante
pices de canon. Les insurgs ont perdu vingt mille hommes pendant le
sige. On en a trouv treize mille dans les hpitaux. Il en mourait cinq
cents par jour.

Le duc de Montebello n'a pas voulu accorder de capitulation  la ville
de Sarragosse; il a seulement fait connatre les dispositions suivantes:

La garnison posera les armes le 21,  midi,  l porte de Portillo;
aprs quoi elle sera prisonnire de guerre. Les hommes des troupes
de ligne qui voudraient prter serment au roi Joseph et entrer  son
service, pourront y tre admis. Dans le cas o leur admission ne serait
pas accorde par le ministre de la guerre du roi d'Espagne, ils seront
prisonniers de guerre et conduits en France. La religion sera respecte.
Les troupes franaises occuperont, le 21  midi, le chteau. Toute
l'artillerie et toutes les munitions de toute espce, leur seront
remises. Toutes les armes seront dposes aux portes de chaque maison,
et recueillies par les alcades de chaque quartier.

Les magasins en bl, riz et lgumes qu'on a trouvs dans la place, sont
trs-considrables.

Le duc de Montebello a nomm le gnral Laval, gouverneur de Sarragosse.

Une dputation du clerg et des principaux habitans est partie pour se
rendre  Madrid.

Palafox est dangereusement malade. Cet homme tait l'objet du mpris de
toute l'arme ennemie, qui l'accusait de prsomption et de lchet.

On ne l'a jamais vu dans les postes o il y avait quelques dangers.

Le comte de Fuentes, grand d'Espagne, que les insurgs avaient arrt
dans ses terres, il y a sept mois, a t trouv dans un cachot de huit
pieds carrs, et dlivr. On ne peut se faire une ide des maux qu'il a
soufferts.




GUERRE D'AUTRICHE



Donswerth, 17 avril 1809.

_Proclamation  l'arme._

Soldats!

Le territoire de la confdration a t viol. Le gnral autrichien
veut que nous fuyions  l'aspect de ses armes, et que nous lui
abandonnions nos allis; j'arrive avec la rapidit de l'clair.

Soldats, j'tais entour de vous lorsque le souverain d'Autriche vint 
mon bivouac de Moravie; vous l'avez entendu implorer ma clmence et me
jurer une amiti ternelle. Vainqueurs dans trois guerres, l'Autriche a
d tout  notre gnrosit; trois fois elle a t parjure!!! Nos succs
passs sont un sr garant de la victoire qui nous attend.

Marchons donc, et qu' votre aspect l'ennemi reconnaisse son vainqueur.

NAPOLON.



Ratisbonne, 24 avril 1809.

_Premier bulletin de la grande arme._

L'arme autrichienne a pass l'Inn le 9 avril; par l les hostilits ont
commenc, et l'Autriche a dclar une guerre implacable  la France, 
ses allis et  la confdration du Rhin.

Voici quelle tait la position des corps franais et allis.

Le corps du duc d'Auerstaedt  Ratisbonne.

Le corps du duc de Rivoli  Ulm.

Le corps du gnral Oudinot  Augsbourg.

Le quartier-gnral  Strasbourg.

Les trois divisions bavaroises, sous les ordres du duc de Dantzick:
places, la premire, commande parle prince royal,  Munich; la
deuxime, commande par le gnral Deroi,  Landshut; et la troisime,
commande par le gnral de Wrede, a Straubing.

La division wurtembergeoise  Heidenheim.

Les troupes saxonnes campes sous les murs de Dresde.

Le corps du duch de Varsovie, command par le prince Poniatowski, sous
Varsovie.

Le 10, les troupes autrichiennes investirent Passau, o s'enferma
un bataillon bavarois; elles investirent en mme temps Kufftein, o
s'enferma galement un bataillon bavarois. Ce mouvement eut lieu sans
tirer un coup de fusil.

Les Autrichiens publirent dans le Tyrol la proclamation ci-jointe. La
cour de Bavire quitta Munich pour se rendre  Dillingen.

La division bavaroise qui tait  Landshut se porta  Altorff, sur la
rive gauche de l'Iser.

La division commande par le gnral de Wrede se porta sur Neustadt.

Le duc de Rivoli partit d'Ulm et se porta sur Augsbourg.

Du 10 au 16, l'arme ennemie s'avana de l'Inn sur l'Iser. Des partis
de cavalerie se rencontrrent, et il y eut plusieurs charges, dans
lesquelles les Bavarois eurent l'avantage. Le 16,  Pfaffenhoffen, les
deuxime et troisime rgimens de chevau-lgers bavarois culbutrent les
hussards Stipschitz et les dragons de Rosemberg.

Au mme moment, l'ennemi se prsenta en force pour dboucher par
Landshut. Le pont tait rompu, et la division bavaroise, commande par
le gnral Deroy, opposait une vive rsistance  ce mouvement; mais
menace par des colonnes qui avaient pass l'Iser  Moorburg et 
Freysing, cette division se retira en bon ordre sur celle du gnral de
Wrede, et l'arme bavaroise se centralisa sur Neustadt.

_Dpart de l'empereur de Paris, le 13._

L'empereur apprit par le tlgraphe, dans la soire du 12, le passage de
l'Inn par l'arme autrichienne, et partit de Paris un instant aprs. Il
arriva le 16,  trois heures du matin,  Louisbourg, et dans la soire
du mme jour  Dillingen, o il vit le roi de Bavire; passa une
demi-heure avec ce prince et lui promit de le ramener en quinze jours
dans sa capitale et de venger l'affront fait  sa maison, en le faisant
plus grand que ne furent jamais aucun de ses anctres. Le 17, 
sept heures du matin, S. M. arriva  Donswerth, o tait tabli le
quartier-gnral, et donna sur-le-champ les ordres ncessaires.

Le 18, le quartier-gnral fut transport  Ingolstadt.

_Combat de Pfaffenhoffen, le 19._

Le 19, le gnral Oudinot, parti d'Augsbourg, arriva  la pointe du jour
 Pfaffenhoffen, y rencontra trois  quatre mille Autrichiens qu'il
attaqua et dispersa, et fit trois cents prisonniers.

Le duc de Rivoli, avec son corps d'arme, arriva le lendemain 
Pfaffenhoffen.

Le mme jour, le duc d'Auerstaedt quitta Ratisbonne pour se porter sur
Neustadt et se rapprocher d'Ingolstadt. Il parut vident alors que le
projet de l'empereur tait de manoeuvrer sur l'ennemi qui avait dbouch
de Landshut, et de l'attaquer dans le moment mme o, croyant avoir
l'initiative, il marchait sut Ratisbonne.

_Bataille de Tann, le 19._

Le 19,  la pointe du jour, le duc d'Auerstaedt se mit en marche sur
deux colonnes. Les divisions Morand et Gudin formaient sa droite; les
divisions Saint-Hilaire et Friant formaient sa gauche. La division
Saint-Hilaire, arrive au village de Peissing, y rencontra l'ennemi
plus fort en nombre, mais bien infrieur en bravoure; et l s'ouvrit
la campagne par un combat glorieux pour nos armes. Le gnral
Saint-Hilaire, soutenu par le gnral Friant, culbuta tout ce qui
tait devant lui, enleva les positions de l'ennemi, lui tua une grande
quantit de monde et lui fit six  sept cents prisonniers.

Le soixante-douzime se distingua dans cette journe, et le
cinquante-septime soutint son ancienne rputation. Il y a seize ans
ce rgiment avait t surnomm en Italie _le terrible_, et il a
bien justifi ce surnom dans cette affaire, o seul il a abord et
successivement dfait six rgimens autrichiens.

Sur la gauche,  deux heures aprs-midi, le gnral Morand rencontra
galement une division autrichienne qu'il attaqua en tte, tandis que
le duc de Dantzick, avec un corps bavarois, parti d'Abensberg, vint la
prendre en queue. Cette division fut bientt dbusque de toutes ses
positions, et laissa quelques centaines de morts et de prisonniers.
Le rgiment entier des dragons de Levenher fut dtruit par les
chevau-lgers bavarois, et son colonel fut tu.

A la chute du jour, le corps du duc de Dantzick fit sa jonction avec
celui du duc d'Auerstaedt.

Dans toutes ces affaires les gnraux Saint-Hilaire et Friant se sont
particulirement distingus.

Ces malheureuses troupes autrichiennes qu'on avait amenes de Vienne au
bruit des chansons et des fifres, en leur faisant croire qu'il n'y avait
plus d'arme franaise en Allemagne, et qu'elles n'auraient affaire
qu'aux Bavarois et aux Wurtembergeois, montrrent tout le ressentiment
qu'elles concevaient contre leurs chefs, des erreurs o ils les avaient
entretenues, et leur terreur ne fut que plus grande  la vue de ces
vieilles bandes qu'elles taient accoutumes  considrer comme leurs
matres.

Dans tous ces combats, notre perte fut peu considrable en comparaison
de celle de l'ennemi, qui surtout perdit beaucoup d'officiers et de
gnraux, obligs de se mettre en avant pour donner de l'lan  leurs
troupes. Le prince de Liechtenstein, le gnral de Lusignan et plusieurs
autres furent blesss. La perte des Autrichiens en colonels et officiers
de moindre grade, est extrmement considrable.

_Bataille d'Abensberg, le 20._

L'empereur rsolut de battre et de dtruire le corps de l'archiduc Louis
et celui du gnral Hiller, forts ensemble de soixante mille hommes. Le
20, Sa Majest se porta  Abensberg; il donna ordre au duc d'Auerstaedt
de tenir en respect les corps de Hohenzollern, Rosemberg et de
Liechtenstein, pendant qu'avec les deux divisions Morand et Gudin,
les Bavarois et les Wurtembergeois, il attaquait de front l'arme de
l'archiduc Louis et du gnral Hiller, et qu'il faisait couper les
communications de l'ennemi par le duc de Rivoli, en le faisant passer 
Freysing, et de l sur les derrires de l'arme autrichienne.

Les divisions Morand et Gudin formrent la gauche et manoeuvrrent sous
les ordres du duc de Montebello. L'empereur se dcida  combattre ce
jour-l  la tte des Bavarois et des Wurtembergeois. Il fit runir en
cercle les officiers de ces deux armes et leur parla long-temps. Le
prince royal de Bavire traduisait en allemand ce qu'il disait en
franais. L'empereur leur fit sentir la marque de confiance qu'il leur
donnait. Il dit aux officiers bavarois que les Autrichiens avaient
toujours t leurs ennemis; que c'tait  leur indpendance qu'ils en
voulaient; que depuis plus de deux cents ans les drapeaux bavarois
taient dploys contre la maison d'Autriche; mais que cette fois il
les rendrait si puissans, qu'ils suffiraient seuls dsormais pour lui
rsister.

Il parla aux Wurtembergeois des victoires qu'ils avaient remportes sur
la maison d'Autriche, lorsqu'ils servaient dans l'arme prussienne,
et des derniers avantages qu'ils avaient obtenus dans la campagne de
Silsie. Il leur dit  tous que le moment de vaincre tait venu pour
porter la guerre sur le territoire autrichien. Ces discours, qui
furent rpts aux compagnies par les capitaines, et les diffrentes
dispositions que fit l'empereur, produisirent l'effet qu'on pouvait en
attendre.

L'empereur donna alors le signal du combat et mesura les manoeuvres sur
le caractre particulier de ces troupes. Le gnral de Wrede, officier
bavarois d'un grand mrite, plac au devant du pont de Siegenburg,
attaqua une division autrichienne qui lui tait oppose. Le gnral
Vandamme, qui commandait les Wurtembergeois, la dborda sur son flanc
droit. Le duc de Dantzick, avec la division du prince royal et celle du
gnral Deroy, marcha sur le village de Rennhause pour arriver sur la
grande route d'Abensberg  Landshut. Le duc de Montebello, avec ses deux
divisions franaises, fora l'extrme gauche, culbuta tout ce qui tait
devant lui, et se porta sur Rohr et Rothemburg. Sur tous les points,
la canonnade tait engage avec succs. L'ennemi, dconcert par ces
dispositions, ne combattit qu'une heure et battit en retraite. Huit
drapeaux, douze pices de canon, dix-huit mille prisonniers furent le
rsultat de cette affaire, qui ne nous a cot-que peu de monde.

_Bataille d'Eckmlh, le 22._

Tandis que la bataille d'Abensberg et le combat de Landshut avaient des
rsultats si importans, le prince Charles se runissait avec le corps de
Bohme, command par le gnral Kollowrath, et obtenait  Ratisbonne un
faible succs.

Mille hommes du soixante-cinquime, qui avaient t laisss pour garder
le pont de Ratisbonne, ne reurent point l'ordre de se retirer. Cerns
par l'arme autrichienne, ces braves ayant puis leurs cartouches,
furent obligs de se rendre. Cet vnement fut sensible  l'empereur; il
jura que dans les vingt-quatre heures le sang autrichien coulerait dans
Ratisbonne, pour venger cet affront fait  ses armes.

Dans le mme temps, les ducs d'Auerstaedt et de Dantzick tenaient en
chec les corps de Rosemberg, de Hohenzollern et de Liechtenstein. Il
n'y avait pas de temps  perdre. Le 22 au matin, l'empereur se mit en
marche de Landshut avec les deux divisions du duc de Montebello, le
corps du duc de Rivoli, les divisions de cuirassiers Nansouty et
Saint-Sulpice et la division wurtembergeoise. A deux heures aprs-midi,
il arriva vis--vis Eckmlh, o les quatre corps de l'arme
autrichienne, formant cent dix mille hommes, taient en position sous
le commandement de l'archiduc Charles. Le duc de Montebello dborda
l'ennemi par la gauche avec la division Gudin. Au premier signal, les
ducs d'Auerstaedt et de Dantzick, et la division de cavalerie lgre
du gnral Montbrun, dbouchrent. On vit alors un des plus beaux
spectacles qu'aient offerts la guerre. Cent dix mille ennemis attaqus
sur tous les points, tourns par leur gauche, et successivement dposts
de toutes leurs positions. Le dtail des vnemens militaires serait
trop long; il suffit de dire que, mis en pleine droute, l'ennemi
a perdu la plus grande partie de ses canons et un grand nombre de
prisonniers; que le dixime d'infanterie lgre, de la division
Saint-Hilaire, se couvrit de gloire en dbouchant sur l'ennemi, et que
les Autrichiens, dbusqus du bois qui couvre Ratisbonne, furent jets
dans la plaine et coups par la cavalerie. Le snateur gnral de
division Demont eut un cheval tu sous lui. La cavalerie autrichienne,
forte et nombreuse, se prsenta pour protger la retraite de son
infanterie; la division Saint-Sulpice sur la droite, la division
Nansouty sur la gauche, l'abordrent; la ligne de hussards et de
cuirassiers ennemis fut mise en droute. Plus de trois cents cuirassiers
autrichiens furent faits prisonniers. La nuit commenait; nos
cuirassiers continurent leur marche sur Ratisbonne. La division
Nansouty rencontra une colonne ennemie qui se sauvait, la chargea et la
fit prisonnire; elle tait compose de trois bataillons hongrois de
quinze cents hommes.

La division Saint-Sulpice chargea un autre carr dans lequel faillit
tre pris le prince Charles, qui ne dut son salut qu' la vitesse de
son cheval. Cette colonne fut galement enfonce et prise. L'obscurit
obligea enfin  s'arrter. Dans cette bataille d'Eckmlh, il n'y eut que
la moiti  peu prs des troupes franaises engage. Pousse l'pe
dans les reins, l'arme ennemie continua de dfiler toute la nuit par
morceaux et dans la plus pouvantable droute. Tous ses blesss, la
plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux et vingt mille
prisonniers sont tombs eu notre pouvoir. Les cuirassiers se sont, comme
 l'ordinaire, couverts de gloire.

_Combat et prise de Ratisbonne, le 23._

Le 20,  la pointe du jour, on s'avana sur Ratisbonne; l'avant-garde
forme par la division Gudin et par les cuirassiers des divisions
Nansouty et Saint-Sulpice; on ne tarda pas  apercevoir la cavalerie
ennemie gui prtendait couvrir la ville. Trois charges successives
s'engagrent: toutes furent  notre avantage. Sabrs et mis en pices,
huit mille hommes de cavalerie ennemie repassrent prcipitamment le
Danube. Sur ces entrefaites, nos tirailleurs ttrent la ville. Par
une inconcevable disposition, le gnral autrichien y avait plac six
rgiments sacrifis sans raison. La ville est enveloppe d'une
mauvaise enceinte, d'un mauvais foss et d'une mauvaise contrescarpe.
L'artillerie arriva; on mit en batterie des pices de 12. On reconnut
une issue par laquelle, au moyen d'une chelle, on pouvait descendre
dans le foss, et remonter ensuite par une brche faite  la muraille.

Le duc de Montebello fit passer par cette ouverture un bataillon qui
gagna une poterne et l'ouvrit; on s'introduisit alors dans la ville.
Tout ce qui fit rsistance fut sabr; le nombre des prisonniers passa
huit mille. Par suite de ses mauvaises dispositions, l'ennemi n'eut pas
le temps de couper le pont, et les Franais passrent avec lui sur
la rive gauche. Cette malheureuse ville, qu'il a eu la barbarie de
dfendre, a beaucoup souffert; le feu y a t une partie de la nuit;
mais par les soins du gnral Morand et de sa division, on parvint  le
dominer et  l'teindre.

Ainsi,  la bataille d'Abensberg, l'empereur battit sparment les deux
corps de l'archiduc Louis et du gnral Hiller. Au combat de Landshut,
il s'empara du centre des communications de l'ennemi et du dpt gnral
de ses magasins et de son artillerie. Enfin,  la bataille d'Eckmlh,
les quatre corps d'Hohenzollern, de Rosemberg, de Kollowrath et de
Lichtenstein furent dfaits et mis en droute. Le corps du gnral
Bellegarde, arriv le lendemain de cette bataille, ne put qu'tre tmoin
de la prise de Ratisbonne, et se sauva en Bohme.

Cette premire notice des oprations militaires qui ont ouvert la
campagne d'une manire si brillante, sera suivie d'une relation plus
dtaille de tous les faits d'armes qui ont illustr les armes
franaise et allies.

Dans tous ces combats, notre perte peut se monter  douze cents tus
et  quatre mille blesss. Le gnral de division Cervoni, chef
d'tat-major du gnral Montebello, fut frapp d'un boulet de canon et
tomba mort sur le champ de bataille d'Eckmlh. C'tait un officier de
mrite et qui s'tait distingu dans nos premires campagnes. Au combat
de Peissing, le gnral Hervo, chef de l'tat-major du duc d'Auerstaedt,
a t galement tu. Le duc d'Auerstaedt regrette vivement cet officier,
dont il estimait la bravoure, l'intelligence et l'activit. Le gnral
de brigade Clment, commandant une brigade de cuirassiers de la division
Saint-Sulpice, a eu un bras emport. C'est un officier de courage et
d'un mrite distingu. Le gnral Schramm a t bless. Le colonel du
quatorzime de chasseurs a t tu dans une charge. En gnral,
notre perte en officiers est peu considrable. Les mille hommes du
soixante-cinquime qui ont t faits prisonniers, ont t pour la
plupart repris. Il est impossible de montrer plus de bravoure et de
bonne volont qu'en ont montr les troupes.

A la bataille d'Eckmlh, le corps du duc de Rivoli n'ayant pu encore
joindre, ce marchal est rest constamment auprs de l'empereur, il a
port des ordres et fait excuter diffrentes manoeuvres.

A l'assaut de Ratisbonne, le duc de Montebello, qui avait dsign le
lieu du passage, a fait porter les chelles par ses aides-de-camp.

Le prince de Neufchtel, afin d'encourager les troupes et donner en mme
temps une preuve de confiance aux allis, a march plusieurs fois 
l'avant-garde avec les rgiments bavarois.

Le duc d'Auerstaedt a donn dans ces diffrentes affaires de nouvelles
preuves de l'intrpidit qui le caractrise.

Le duc de Rovigo, avec autant de dvouement que d'intrpidit, a
travers plusieurs fois les lgions ennemies, pour aller faire connatre
aux diffrentes colonnes l'intention de l'empereur.

Des deux cent vingt mille hommes qui composaient l'arme autrichienne,
tous ont t engags hormis les vingt mille hommes que commande le
gnral Bellegarde et qui n'ont pas donn. De l'arme franaise, au
contraire, prs de la moiti n'a pas tir un coup de fusil. L'ennemi,
tonn, par des mouvemens rapides, et hors de ses calculs, s'est trouv
en un moment dchu de sa folle esprance, et transport du dlire de la
prsomption dans un abattement approchant du dsespoir.



_Proclamation du gnral Jellachich aux habitons du Tyrol._

Tyroliens,

Si vous tes encore ce que vous avez t il n'y a pas longtemps; si vous
vous rappelez le bonheur, la prosprit, la libert vritable dont vous
avez joui sous le sceptre bienfaisant de l'Autriche; si la voix du
gnral que vous avez reconnu comme un des vtres, lorsqu'on 1799 il
vous a sauvs d'un danger imminent par la victoire de Feldkirch, qui,
dans l'anne suivante, a rendu inattaquable votre frontire depuis
Arbberg jusqu' la valle de Karabendel; si tout cela n'est pas effac
de votre mmoire, coutez ce que je viens vous dire; coutez et soyez-en
pntrs.

Votre seigneur lgitime (je devrais dire votre pre) vous recherche:
placez-vous sous son gide! Son coeur saigne de vous voir sous une
domination trangre; vous, ses fidles, redevenez les enfans de
l'Autriche, ne mconnaissez pas ce titre prcieux!

Des armes autrichiennes plus nombreuses que jamais, plus animes et
plus patriotiques, vont entrer dans votre pays; considrez-les comme vos
frres, comme les enfans d'un mme pre; runissez-vous  elles, suivant
l'exemple de tous les peuples qui rendent hommage au trne autrichien.
Enfin, comportez-vous en tout comme vous l'avez fait tout rcemment 
l'admiration de toute l'Europe.

Tyroliens, Dieu est avec nous. Nous ne cherchons pas de nouvelles
conqutes, mais nous voulons ramener dans le sein de notre pre imprial
et gracieux des frres qui ont t dtachs de lui. Rien ne nous
rsiste, rien ne peut nous vaincre ds que nous nous unissons pour
notre bonheur et pour la conservation de notre existence. Croyez-moi,
Tyroliens, Dieu est avec nous!



Mulhdorf, 27 avril 1809.

_Deuxime bulletin de la grande arme._

Le 22, le lendemain du combat de Landshut, l'empereur partit de cette
ville pour Ratisbonne et livra la bataille d'Eckmlh. En mme temps il
envoya le marchal duc d'Istrie, avec la division bavaroise aux ordres
du gnral de Wrede, et la division Molitor, pour se porter sur l'Inn
et poursuivre les deux corps d'arme autrichiens battus  la bataille
d'Abensberg et au combat de Landshut.

Le marchal duc d'Istrie, arriv successivement  Wilsbiburg et 
Neumark, y trouva un quipage de pont attel, plus de quatre cents
voitures, des caissons et des quipages, et fit dans sa marche quinze 
dix-huit cents prisonniers.

Les corps autrichiens trouvrent au-del de Neumark un corps de rserve
qui arrivait sur l'Inn; ils s'y rallirent, et le 25 livrrent  Neumark
un combat o les Bavarois, malgr leur extrme infriorit, conservrent
leurs positions.

Le 24, l'empereur avait dirig le corps du marchal duc de Rivoli, de
Ratisbonne sur Straubing, et de l sur Passau, o il arriva le 26. Le
duc de Rivoli fit passer l'Inn au bataillon du P, qui fit trois cents
prisonniers, dbloqua la citadelle et occupa Scharding.

Le 25, le marchal duc de Montebello avait eu ordre de marcher avec son
corps, de Ratisbonne sur Mulhdorf; le 27, il passa l'Inn et se porta sur
la Salza.

Aujourd'hui 27, l'empereur a son quartier-gnral  Mulhdorf.

La division autrichienne, commande par le gnral Jellachich, qui
occupait Munich, est poursuivie par le corps du duc de Dantzick.

Le roi de Bavire s'est montr de sa personne  Munich; il est retourn
ensuite  Augsbourg, o il restera encore quelques jours, attendant,
pour tablir fixement sa rsidence  Munich, que la Bavire soit
entirement purge des partis ennemis.

Cependant, du ct de Ratisbonne, le duc d'Auerstaedt s'est mis  la
poursuite du prince Charles, qui, coup de ses communications avec l'Inn
et Vienne, n'a eu d'autre ressource que de se retirer dans les montagnes
de Bohme par Waldmunchen et Cham.

Quant  l'empereur d'Autriche, il parait qu'il tait devant Passau,
s'tant charg d'assiger cette place avec trois bataillons de landwerh.

Toute la Bavire et le Palatinat sont dlivrs de la prsence des armes
ennemies.

A Ratisbonne, l'empereur a pass la revue de plusieurs corps, ci s'est
fait prsenter le plus brave soldat, auquel il a donn des distinctions
et des pensions, et le plus brave officier, auquel il a donn des
baronnies et des terres. Il a spcialement tmoign sa satisfaction aux
divisions Saint-Hilaire et Friant.

Jusqu' cette heure, l'empereur a fait la guerre presque sans quipages
et sans garde, et l'on a remarqu qu'en l'absence de sa garde, il
avait toujours autour de lui des troupes allies bavaroises et
wurtembergeoises, voulant par l leur donner une preuve particulire
de confiance. Hier sont arrivs  Landshut une partie des chasseurs
et grenadiers  cheval de la garde, le rgiment de fusiliers et un
bataillon de chasseurs  pied.

D'ici  huit jours, toute la garde sera arrive.

On a fait courir le bruit que l'empereur avait eu la jambe casse; le
fuit est qu'une balle morte a effleur le talon de la botte de S. M.,
mais n'a pas mme altr la peau. Jamais S. M., au milieu des plus
grandes fatigues, ne s'est mieux porte.

On remarque comme un fuit singulier qu'un des premiers officiers
autrichiens faits prisonniers dans cette guerre, se trouve tre
l'aide-de-camp du prince Charles, envoy  M. Otto pour lui remettre la
fameuse lettre portant que l'arme franaise et  s'loigner.

Les habitans de Ratisbonne s'tant trs-bien comports, et ayant montr
l'esprit patriotique et confdr que nous tions en droit d'attendre
d'eux, S. M. a ordonn que les dgts qui avaient t faits seraient
rpars  ses frais, et particulirement la restauration des maisons
incendies, dont la dpense s'lvera  plusieurs millions.

Tous les souverains et tous les pays de la confdration montrent
l'esprit le plus patriotique. Lorsque le ministre d'Autriche  Dresde
remit la dclaration de sa cour au roi de Saxe, ce prince ne put retenir
son indignation. Vous voulez la guerre, dit le roi, et contre qui? Vous
attaquez et vous invectivez celui qui, il y a trois ans, matre de votre
sort, vous a restitu vos tats. Les propositions que l'on me fait
m'affligent; mes engagemens sont connus de toute l'Europe; aucun prince
de la confdration ne s'en dtachera.

Le grand duc de Wurtzbourg, frre de l'empereur d'Autriche, a montr les
mmes sentimens, et a dclar que si les Autrichiens avanaient sur ses
tats, il se retirerait, s'il le fallait, au-del du Rhin; tout l'esprit
de vertige et les injures de la cour de Vienne sont gnralement
apprcis. Les rgimens des petits princes, toutes les troupes allies,
demandent  l'envi  marcher  l'ennemi.

Une chose notable, et que la postrit remarquera comme une nouvelle
preuve de l'insigne mauvaise foi de la maison d'Autriche, c'est que
le mme jour qu'elle faisait crire au roi de Bavire la lettre, elle
faisait publier dans le Tyrol la proclamation du gnral Jellachich: le
mme jour on proposait au roi d'tre neutre et on insurgeait ses sujets.
Comment concilier cette contradiction, ou plutt, comment justifier
cette infamie?



Ratisbonne, 24 avril 1809.

_Ordre du jour._

Soldats!

Vous avez justifi mon attente: vous avez suppl au nombre par votre
courage; vous avez glorieusement marqu la diffrence qui existe entre
les soldats de Csar et les armes de Xerxs.

En peu de jours nous avons triomph dans les trois batailles de Tann,
d'Abensberg et d'Eckmhl, et dans les combats de Peissing, Landshut et
de Ratisbonne. Cent pices de canon, quarante drapeaux, cinquante mille
prisonniers, trois quipages attels, trois mille voitures atteles
portant les bagages, toutes les caisses des rgimens, voil le rsultat
de la rapidit de vos marches et de votre courage.

L'ennemi enivr par un cabinet parjure, paraissait ne plus conserver
aucun souvenir de vous; son rveil a t prompt; vous lui avez paru
plus terribles que jamais. Nagure il a travers l'Inn et envahi le
territoire de nos allis; nagure il se promettait de porter la guerre
au sein de notre patrie. Aujourd'hui, dfait, pouvant, il fuit en
dsordre; dj mon avant-garde a pass l'Inn; avant un mois nous serons
 Vienne.



Burghausen, 30 avril 1809.

_Troisime bulletin de la grande arme._

L'empereur est arriv le 27,  six heures du soir,  Mulhdorf. S. M.
a envoy la division du gnral de Wrede  Lauffen, sur l'Alza, pour
tcher d'atteindre le corps que l'ennemi avait dans le Tyrol, et qui
battait en retraite  marches forces. Le gnral de Wrede arriva le 28
 Lauffen, rencontra l'arrire-garde ennemie, prit ses bagages, et lui
fit bon nombre de prisonniers; mais l'ennemi eut le temps de passer la
rivire et brla le pont.

Le 27, le duc de Dantzick arriva  Wanesburk et le 28  Altenmarck.

Le 29, le gnral de Wrede avec sa division, continua sa marche sur
Salzbourg:  trois lieues de cette ville, sur la route de Lauffen,
il trouva des avant-postes de l'arme ennemie. Les Bavarois les
poursuivirent l'pe dans les reins, et entrrent ple-mle avec eux
dans Salzbourg. Le gnral de Wrede assure que la division du gnral
Jellachich est entirement disperse. Ainsi, ce gnral a port la peine
de l'infme proclamation par laquelle il a mis le poignard aux mains des
Tyroliens.

Les Bavarois ont fait cinq cents prisonniers. On a trouv  Salzbourg
des magasins assez considrables.

Le 28,  la pointe du jour, le duc d'Istrie arriva  Burghausen, et
posta une avant-garde sur la rive droite de l'Inn. Le mme jour, le duc
de Montebello arriva  Burghausen. Le comte Bertrand disposa tout pour
raccommoder le pont que l'ennemi avait brl. La crue de la
rivire occasionne par la fonte des neiges, mit quelque retard au
rtablissement du pont. Toute la journe du 29 fut employe  ce
travail. Dans la journe du 30, le pont a t rtabli et toute l'arme a
pass.

Le 28, un dtachement de cinquante chasseurs, sous le commandement du
chef d'escadron Margaron, est arriv  Dittemaning, o il a rencontr
un bataillon de la fameuse landwerh qui  son approche se jeta dans
un bois. Le chef d'escadron Margaron l'envoya sommer; aprs s'tre
long-temps consults, mille hommes de ces redoutables milices posts
dans un bois fourr et inaccessible  la cavalerie, se sont rendus 
cinquante chasseurs. L'empereur voulut les voir; ils faisaient piti:
ils taient commands par de vieux officiers d'artillerie, mal arms et
plus mal quips encore.

Le gnie arrogant et farouche de l'Autrichien s'tait entirement
dcouvert dans le moment de fausse prosprit dont leur entre  Munich
les avait blouis. Ils feignirent de caresser les Bavarois; mais les
griffes du tigre reparurent bientt. Le bailli de Mulhdorf, nomm Stark,
qui avait mrit une distinction du roi de Bavire, pour les services
qu'il avait rendus  ses troupes dans la dernire guerre, a t arrt
et conduit  Vienne pour y tre jug. A Burghausen la femme du bailli,
comte d'Armansperd, est venue supplier l'empereur de lui faire rendre
son mari que les Autrichiens ont emmen  Lintz, et de l  Vienne, sans
qu'on en ait entendu parler depuis. La raison de ce mauvais traitement
est qu'en 1805, il lui fut fait des rquisitions auxquelles il
n'obtempra point. Voil le crime dont les Autrichiens lui ont gard un
si long ressentiment et dont ils ont tir cette injuste vengeance.

Les Bavarois feront sans doute un rcit de toutes les vexations et
des violences que les Autrichiens ont exerces envers eux, pour en
transmettre la mmoire  leurs enfans, quoiqu'il soit probable que c'est
pour la dernire fois que les Autrichiens ont insult aux allis de la
France. Des intrigues ont t ourdies par eux, en Tyrol et en Westphalie
pour exciter les sujets  la rvolte contre leurs princes.

Levant des armes nombreuses divises en corps comme l'arme franaise,
marchant au pas acclr pour singer l'arme franaise, faisant des
bulletins, des proclamations, des ordres du jour, en singeant mme
encore l'arme franaise, ils ne reprsentent pas mal l'ne qui, couvert
de la peau du lion, cherche  l'imiter; mais le bout de l'oreille se
laisse apercevoir, et le naturel l'emporte toujours.

L'empereur d'Autriche a quitt Vienne et a sign en partant une
proclamation, rdige par Gentz dans le style de l'esprit des plus
sots libelles. Il s'est port  Scharding, position qu'il a choisie,
prcisment pour n'tre nulle part, ni dans sa capitale pour gouverner
ses tats, ni au camp o il n'et t qu'un inutile embarras. Il est
difficile de voir un prince plus dbile et plus faux. Lorsqu'il a appris
la suite de la bataille d'Eckmlh, il a quitt les bords de l'Inn et est
rentr dans le sein de ses tats.

La ville de Scharding que le duc de Rivoli a occupe, a beaucoup
souffert. Les Autrichiens en se retirant ont mis le feu  leurs magasins
et ont brl la moiti de la ville qui leur appartenait. Sans doute
qu'ils avaient le pressentiment, et qu'ils ont adopt l'adage que ce qui
leur appartenait, ne leur appartiendra plus.



Braunau, 1er mai 1809.

_Quatrime bulletin de la grande arme._

Au passage du pont de Landshut, le gnral de brigade Lacour a montr du
courage et du sang-froid. Le comte Lauriston a plac l'artillerie avec
intelligence, et a contribu au succs de cette brillante affaire.

L'vque et les principales autorits de Salzbourg sont venus 
Burghausen implorer la clmence de l'empereur pour leur pays. S. M. leur
a donn l'assurance qu'ils ne retourneraient plus sous la domination de
la maison d'Autriche. Ils ont promis de prendre des mesures pour faire
rentrer les quatre bataillons de milices que le cercle avait fournis, et
dont une partie avait dj t prise et disperse.

Le quartier-gnral part pour se rendre aujourd'hui premier mai,  Ried.

On a trouv  Braunau des magasins de deux cent mille rations de
biscuit et de six mille sacs d'avoine. On espre en trouver de plus
considrables  Ried. Le cercle de Ried a fourni trois bataillons de
milices; mais la plus grande partie est dj rentre.

L'empereur d'Autriche a t pendant trois jours  Braunau. C'est 
Scharding qu'il a appris la dfaite de son arme. Les habitans lui
imputent d'tre le principal auteur de la guerre.

Les fameux volontaires de Vienne, battus  Landshut, ont repass ici,
jetant leurs armes et portant  toutes jambes l'alarme  Vienne.

Le 21 avril, on a publi dans cette capitale un dcret du souverain qui
dclare que les ports sont rouverts aux Anglais, les relations avec
cet ancien alli rtablies, et les hostilits commences avec l'ennemi
commun.

Le gnral Oudinot a pris entre Altain et Ried un bataillon de mille
hommes: ce bataillon tait sans cavalerie et sans artillerie; 
l'approche de nos troupes, il se mit en devoir de commencer la
fusillade; mais cern de tous cts par la cavalerie, il posa les armes.

S. M. a pass en revue  Burghausen plusieurs brigades de cavalerie
lgre, entre autres celle de Hesse-Darmstadt,  laquelle elle a
tmoign sa satisfaction. Le gnral Marulaz, sous les ordres duquel est
cette troupe, en fait une mention, particulire. S. M. lui a accord
plusieurs dcorations de la lgion d'honneur.



Enns, 4 mai 1809.

_Cinquime bulletin de la grande arme._

Le premier mai, le gnral Oudinot, aprs avoir fait onze cents
prisonniers, a pouss au-del de Ried o il en a encore fait quatre
cents, de sorte que dans cette journe il a pris quinze cents hommes
sans tirer un coup de fusil.

La ville de Braunau tait une place forte d'assez d'importance,
puisqu'elle rendait matre d'un pont sur la rivire qui forme la
frontire de l'Autriche. Par un esprit de vertige digne de ce dbile
cabinet, il a dtruit une forteresse situe dans une position frontire
o elle pouvait lui tre d'une grande utilit, pour en construire une 
Comorn, au milieu de la Hongrie. La postrit aura peine  croire  cet
excs d'inconsquence et de folie.

L'empereur est arriv  Ried, le 2 mai  une heure du matin, et 
Lambach le mme jour  une heure aprs midi.

On a trouv  Ried une manutention de huit fours organiss et des
magasins contenant vingt mille quintaux de farine.

Le pont de Lambach sur la Braun avait t coup par l'ennemi; il a t
rtabli dans la journe.

Le mme jour, le duc d'Istrie, commandant la cavalerie, et le duc de
Montebello, avec le corps du gnral Oudinot, sont entrs  Wels. On a
trouv dans cette ville une manutention, douze ou quinze mille quintaux
de farine et des magasins de vin et d'eau-de-vie.

Le duc de Dantzick, arriv le 30 avril  Salzbourg, a fait marcher
sur-le-champ une brigade sur Kufstein et une autre sur Rastadt, dans la
direction des chemins d'Italie. Son avant-garde poursuivant le gnral
Jellachich, l'a forc dans la position de Colling.

Le premier mai, le quartier-gnral du marchal duc de Rivoli tait 
Sharding. L'adjudant commandant Tringualye, commandant l'avant-garde de
la division Saint-Cyr, a rencontr  Riedau, sur la route de Neumarck,
l'avant-garde de l'ennemi; les chevau-lgers wurtembergeois, les dragons
badois et trois compagnies de voltigeurs du quatrime rgiment de ligne
franais, aussitt qu'ils aperurent l'ennemi, l'attaqurent et le
poursuivirent jusqu' Neumarck. Ils lui ont tu cinquante hommes et fait
cinq cents prisonniers.

Les dragons badois ont bravement charg un demi-bataillon du rgiment
de Jordis et lui ont fait mettre bas les armes; le lieutenant-colonel
d'Emmerade, qui les commandait, a en son cheval perc de coups de
baonnette. Le major Sainte-Croix a pris de sa propre main un drapeau 
l'ennemi. Notre perte est de trois hommes tus et de cinquante blesss.

Le duc de Rivoli continua sa marche le 2, et arriva le 3  Lintz.
L'archiduc Louis et le gnral Hiller, avec les dbris de leurs corps
renforcs d'une rserve de grenadiers et de tout ce qu'avait pu
leur fournir le pays, tait en avant de la Traun avec trente-cinq
mille-hommes; mais menacs d'tre tourns par le duc de Montebello, ils
se portrent sur Ebersberg pour y passer la rivire.

Le 3, le duc d'Istrie et le gnral Oudinot se dirigrent sur Ebersberg
et firent leur jonction avec le duc de Rivoli. Ils rencontrrent en
avant d'Ebersberg l'arrire-garde des Autrichiens. Les intrpides
bataillons des tirailleurs du P et des tirailleurs corses poursuivirent
l'ennemi qui passait le pont, culbutrent dans la rivire les canons,
les chariots, huit  neuf cents hommes, et prirent dans la ville trois
 quatre mille hommes que l'ennemi y avait laisss pour sa dfense. Le
gnral Claparde. dont ces bataillons faisaient l'avant-garde, les
suivait; il dboucha  Ebersberg et trouva trente mille Autrichiens
occupant une superbe position. Le marchal duc d'Istrie passait le
pont avec sa cavalerie pour soutenir la division, et le duc de Rivoli
ordonnait d'appuyer son avant-garde par le corps d'arme. Ces restes
du corps du prince Louis et du gnral Hitler taient perdus sans
ressource. Dans cet extrme danger l'ennemi mit le feu  la ville, qui
est construite en bois. Le feu s'tendit en un instant partout; le pont
fut bientt encombr, et l'incendie gagna mme jusqu'aux premires
traves qu'on fut oblig de couper pour le conserver. Cavalerie,
infanterie, rien ne put dboucher, et la division Claparde, seule, et
n'ayant que quatre pices de canon, lutta pendant trois heures contre
trente mille ennemis. Cette action d'Ebersberg est un des plus beaux
faits d'armes dont l'histoire puisse conserver le souvenir.

L'ennemi voyant que la division Claparde tait sans communications,
avana trois fois sur elle, et fut toujours arrt et reu par les
baonnettes. Enfin, aprs un travail de trois heures, on parvint 
dtourner les flammes et  ouvrir un passage. Le gnral de division
Legrand, avec le vingt-cinquime d'infanterie lgre et le dix-huitime
de ligne, se porta sur le chteau que l'ennemi avait fait occuper par
huit cents hommes. Les sapeurs enfoncrent les portes, et l'incendie
ayant gagn le chteau, tout ce qu'il renfermait y prit. Le gnral
Legrand marcha ensuite au secours de la division Claparde. Le gnral
Durosnel qui venait par la rive droite avec un millier de chevaux, se
joignit  lui, et l'ennemi fut oblig de se mettre en retraite en
toute hte. Au premier bruit de ces vnemens, l'empereur avait march
lui-mme par la rive droite avec les divisions Nansouty et Molitor.

L'ennemi, qui se retirait avec la plus grande rapidit, arriva la nuit
 Enns, brla le pont, et continua sa fuite sur la route de Vienne.
Sa perte consiste en douze mille hommes, dont sept mille cinq cents
prisonniers, quatre pices de canon et deux drapeaux.

La division Claparde, qui fait partie des grenadiers d'Oudinot, s'est
couverte de gloire; elle eu trois cents hommes tus et six cents
blesss. L'imptuosit des bataillons des tirailleurs du P et des
tirailleurs corses a fix l'attention de toute l'arme. Le pont, la
ville, et la position d'Ebersberg, serons des monumens durables de leur
courage. Le voyageur s'arrtera et dira: C'est ici, c'est de cette
superbe position, de ce pont d'une si longue tendue, de ce chteau si
fort par sa situation, qu'une arme de trente-cinq mille Autrichiens a
t chasse par sept mille Franais.

Le gnral de brigade Cohorne, officier d'une singulire intrpidit, a
eu un cheval tu sous lui.

Les colonels en second Cardenau et Leudy ont t tus.

Une compagnie du bataillon corse poursuivant l'ennemi dans les bois, a
fait  elle seule sept cents prisonniers.

Pendant l'affaire d'Ebersberg, le duc de Montebello arrivait  Steyer o
il a fait rtablir le pont que l'ennemi avait coup.

L'empereur couche aujourd'hui  Enns dans le chteau dit prince
d'Awersperg; la journe de demain sera employe  rtablir le pont.

Les dputs des tats de la Haute-Autriche ont t prsents  S. M. 
son bivouac d'Ebersberg.

Les citoyens de toutes les classes et de toutes les provinces
reconnaissent que l'empereur Franois II est l'agresseur: ils
s'attendent  de grands changemens, et conviennent que la maison
d'Autriche a mrit tous ses malheurs. Ils accusent mme ouvertement de
leurs maux, le caractre faible, opinitre et perfide de leur souverain;
ils manifestent tous la plus grande reconnaissance pour la gnrosit
dont l'empereur Napolon usa pendant la dernire guerre envers la
capitale et les pays qu'il avait conquis; ils s'indignent avec toute
l'Europe, du ressentiment et de la haine que l'empereur Franois II
n'a cess de nourrir contre une nation qui avait t si grande et si
magnanime envers lui; ainsi, dans l'opinion mme des sujets de notre
ennemi, la victoire est du ct du bon droit.



Saint-Polten, 9 mai 1809.

_Sixime bulletin de la grande arme._

Le marchal prince de Ponte-Corvo qui commande le neuvime corps,
compos en grande partie de l'arme saxonne, et qui a long toute la
Bohme, portant partout l'inquitude, a fait marcher le gnral saxon
Guts Schmitt sur Egra. Ce gnral a t bien reu par les habitans,
auxquels il a ordonn de faire dsarmer la landwerh. Le 6, le
quartier-gnral du prince de Ponte-Corvo tait  Retz, entre la Bohme
et Ratisbonne.

Le nomm Schill, espce de brigand qui s'est couvert de crimes dans la
dernire campagne de Prusse, et qui avait obtenu le grade de colonel, a
dsert de Berlin avec tout son rgiment, et s'est port  Wittemberg,
frontire de la Saxe. Il a cern cette ville. Le gnral Lestocq l'a
fait mettre  l'ordre comme dserteur. Ce ridicule mouvement tait
concert avec le parti qui voulait mettre tout a feu et  sang en
Allemagne.

S. M. a ordonn la formation d'un corps d'observation de l'Elbe, qui
sera command par le marchal duc de Valmy, et compos de soixante mille
hommes. L'avant-garde est dj en mouvement pour se porter d'abord sur
Hanau.

Le marchal duc de Montebello a pass l'Enns  Steyer le 4, et est
arriv le 5  Amstetten, o il a rencontr l'avant-garde ennemie. Le
gnral de brigade Colbert a fait faire par le vingtime rgiment de
chasseurs  cheval une charge sur un rgiment de houlans dont cinq cents
ont t pris. Le jeune Lauriston, g de dix-huit ans, et sorti depuis
six mois des pages, a arrt le commandant des houlans, et aprs un
combat singulier, l'a terrass et l'a fait prisonnier. S. M. lui a
accord la dcoration de la lgion d'honneur.

Le 6, le duc de Montebello est arriv  Molk, le marchal duc de Rivoli
 Amstetten, et le marchal duc d'Auerstaedt  Lintz.

Les dbris du corps de l'archiduc Louis et du gnral Hiller ont quitt
Saint-Polten le 7; les deux tiers ont pass le Danube  Crems; on les a
poursuivis jusqu' Mautern o l'on a trouv le pont coup; l'autre tiers
a pris la direction de Vienne.

Le 8, le quartier-gnral de l'empereur tait  Saint-Polten.

Le quartier-gnral du duc de Montebello est aujourd'hui 
Sigarhiztzkirchen.

Le marchal duc de Dantzick marche de Salzbourg sur Inspruck, pour
prendre  revers les dtachemens que l'ennemi a encore dans le Tyrol, et
qui inquitent les frontires de la Bavire.

On a trouv dans les caves de l'abbaye de Molck plusieurs millions de
bouteilles de vin qui sont trs-utiles  l'arme. Ce n'est qu'aprs
avoir pass Molck qu'on entre dans les pays de vignobles.

Il rsulte des tats qui ont t dresss, que sur la ligne de
l'arme depuis le passage de l'Inn, on a trouv dans les diffrentes
manutentions de l'ennemi, quarante mille quintaux de farine, quatre cent
mille rations de biscuit et plusieurs centaines de milliers de rations
de pain. L'Autriche avait form ces magasins pour marcher en avant; ils
nous ont beaucoup servi.



Vienne, 13 mai 1809.

_Septime bulletin de la grande arme._

Le 10,  neuf heures du matin, l'empereur a paru aux portes de Vienne,
avec le corps du marchal duc de Montebello; c'tait  la mme heure, le
mme jour et un mois juste aprs que l'arme autrichienne avait pass
l'Inn, et que l'empereur Franois II s'tait rendu coupable d'un
parjure, signal de sa ruine.

Le 5 mai, l'archiduc Maximilien, frre de l'impratrice, jeune prince
g de vingt-six ans, prsomptueux, sans exprience, d'un caractre
ardent, avait pris le commandement de Vienne.

Le bruit tait gnral dans le pays que tous les retranchemens qui
environnaient la capitale, taient arms, qu'on avait construit des
redoutes, qu'on travaillait  des camps retranchs, et que la ville
tait rsolue  se dfendre. L'empereur avait peine  croire qu'une
capitale si gnreusement traite par l'arme franaise en 1805, et que
des habitans dont le bon esprit et la sagesse sont reconnus, eussent t
fanatiss au point de se dterminer  une aussi folle entreprise. Il
prouva donc une douce satisfaction, lorqu'en approchant des immenses
faubourgs de Vienne, il vit une population nombreuse, des femmes, des
enfans, des vieillards, se prcipiter au devant de l'arme franaise, et
accueillir nos soldats comme des amis.

Le gnral Conroux traversa les faubourgs, et le gnral Barreau se
rendit sur l'esplanade qui les spare de la cit. Au moment o il
dbouchait, il fut reu par une fusillade et par des coups de canon, et
lgrement bless.

Sur trois cent mille habitans qui composent la population de la ville de
Vienne, la cit proprement dite, qui a une enceinte avec des bastions et
une contrescarpe, contient  peine quatre-vingt mille habitans et treize
cents maisons. Les huit quartiers de la ville qui ont conserv le nom de
faubourgs, et qui sont spars de la ville par une vaste esplanade et
couverts du ct de la campagne, par des retranchements, renferment plus
de cinq mille maisons et sont habits par plus de deux cent vingt mille
ames, qui tirent leur subsistance de la cit, o sont les marchs et les
magasins.

L'archiduc Maximilien avait fait ouvrir des registres pour recueillir
les noms des habitans qui voudraient se dfendre. Trente individus
seulement se firent inscrire; tous les autres refusrent avec
indignation. Djou dans ses esprances par le bons sens des Viennois,
il fit venir dix bataillons, de landwehr et dix bataillons de troupes
de ligne, composant une force de quinze a seize mille hommes, et se
renferma dans la place.

Le duc de Montebello lui envoya un aide-de-camp porteur d'une sommation;
mais des bouchers et quelques centaines de gens sans aveu, qui
taient les satellites de l'archiduc Maximilien, s'lancrent sur le
parlementaire, et l'un d'eux le blessa. L'archiduc ordonna que le
misrable qui avait commis une action aussi infme, ft promen en
triomphe dans toute la ville, mont sur le cheval de l'officier franais
et environn par la landwehr.

Aprs cette violation inouie du droit des gens, on vit l'affreux
spectacle d'une partie d'une ville qui tirait contre l'autre, et d'une
cit dont les armes taient diriges contre ses propres concitoyens.

Le gnral Androssi, nomm gouverneur de la ville, organisa dans chaque
faubourg, des municipalits, un comit central des subsistances, et une
garde nationale, compose des ngocians, des fabricans et de tous les
bons citoyens, arms pour contenir les proltaires et les mauvais
sujets.

Le gnral gouverneur fit venir  Schoenbrunn une dputation des huit
faubourgs: l'empereur la chargea de se rendre dans la cit pour porter
une lettre crite par le prince de Neufchtel, major-gnral, 
l'archiduc Maximilien. Il recommanda aux dputs de reprsenter 
l'archiduc, que, s'il continuait  faire tirer sur les faubourgs, et
si un seul de ses habitans y perdait la vie par ses armes, cet acte de
frnsie, cet attentat envers les peuples, briserait  jamais les liens
qui attachent les sujets  leurs souverains.

La dputation entra dans la cit, le 11  dix heures du matin, et l'on
ne s'aperut de son arrive que par le redoublement du feu des remparts.
Quinze habitans des faubourgs ont pri et deux Franais seulement ont
t tus.

La patience de l'empereur se lassa: il se porta avec le duc de Rivoli
sur le bras du Danube qui spare la promenade du Prater des faubourgs,
et ordonna que deux compagnies de voltigeurs occupassent un petit
pavillon sur la rive gauche, pour protger la construction d'un pont.
Le bataillon de grenadiers qui dfendait le passage, fut chass par ces
voltigeurs et par la mitraille de quinze pices d'artillerie. A huit
heures du soir, ce pavillon tait occup, et les matriaux du pont
runis. Le capitaine Pourtals, aide-de-camp du prince de Neufchtel, et
le sieur Susaldi, aide-de-camp du gnral Boudet, s'taient jets des
premiers  la nage, pour aller chercher les bateaux qui taient sur la
rive oppose.

A neuf heures du soir, une batterie de vingt obusiers, construite par
les gnraux Bertrand et Navelet,  cent toises de la place, commena
le bombardement: dix-huit cents obus furent lancs en moins de quatre
heures, et bientt toute la ville parut en flammes. Il faut avoir vu
Vienne, ses maisons  huit et neuf tages, ses rues resserres, cette
population si nombreuse dans une aussi troite enceinte, pour se
faire une ide du dsordre, de la rumeur et des dsastres que devait
occasionner une telle opration.

L'archiduc Maximilien avait fait marcher,  une heure du matin, deux
bataillons en colonne serre, pour tcher de reprendre le pavillon qui
protgeait la construction du pont. Les deux compagnies de voltigeurs
qui occupaient ce pavillon qu'elles avaient crnel, reurent l'ennemi
 bout portant: leur feu et celui des quinze pices d'artillerie qui
taient sur la rive droite, couchrent par terre une partie de la
colonne; le reste se sauva dans le plus grand dsordre.

L'archiduc perdit la tte au milieu du bombardement, et au moment
surtout o il apprit que nous avions pass un bras du Danube, et
que nous marchions pour lui couper la retraite. Aussi faible, aussi
pusillanime qu'il avait t arrogant et inconsidr, il s'enfuit le
premier et repassa les ponts. Le respectable gnral O'Reilly
n'apprit que par la fuite de l'archiduc, qu'il se trouvait investi du
commandement.

Le 12,  la pointe du jour, ce gnral fit prvenir les avant-postes
qu'on allait cesser le feu, et qu'une dputation allait tre envoye 
l'empereur.

Cette dputation fut prsente  S. M. dans le parc de Schoenbrunn.
Elle tait compose de messieurs le comte de Dietricshtein, marchal
provisoire des tats; le prlat de Klosternenbourg; le prlat des
cossais; le comte Perges; le comte Veterain; le baron de Bartenstein;
M. de Mayenberg; le baron de Hafen, rfrendaire de la Basse-Autriche;
tous membres des tats; l'archevque de Vienne; le baron de Lederer,
capitaine de la ville; M. Wohlleben, bourguemestre; M. Meher,
vice-bourguemestre; Egger, Pinck, Staif, conseillers du magistrat.

S. M. assura les dputs de sa protection; elle exprima la peine que
lui avait fait prouver la conduite inhumaine de leur gouverneur, qui
n'avait pas craint de livrer sa capitale  tous les malheurs de la
guerre, qui, portant lui-mme atteinte  ses droits, au lieu d'tre le
pre et le roi de ses sujets, s'en tait montr l'ennemi et en avait t
le tyran. S. M. fit connatre que Vienne serait traite avec les mmes
mnagemens et les mmes gards dont on avait us en 1805. La dputation
rpondit  cette assurance par les tmoignages de la plus vive
reconnaissance.

A neuf heures du matin, le duc de Rivoli, avec les divisions Saint-Cyr
et Boudet, s'est empar de Lopoldstadt.

Pendant ce temps, le lieutenant-gnral O'Reilly envoyait le
lieutenant-gnral de Vaux, et M. Bellonte, colonel, pour traiter de la
capitulation de la place. La capitulation a t signe dans la soire,
et le 13,  six heures du matin, les grenadiers du corps d'Oudinot ont
pris possession de la ville.



Schoenbrunn, 13 mai 1809.

_Ordre du jour._

Soldats,

Un mois aprs que l'ennemi passa l'Inn, au mme jour,  la mme heure,
nous sommes entrs dans Vienne.

Ses landwehrs, ses leves en masse, ses remparts crs par la rage
impuissante des princes de la maison de Lorraine, n'ont point soutenu
vos regards. Les princes de cette maison ont abandonn leur capitale,
non comme des soldats d'honneur qui cdent aux circonstances et aux
revers de la guerre, mais comme des parjures que poursuivent leurs
remords. En fuyant de Vienne, leurs adieux  ses habitans ont t le
meurtre et l'incendie; comme Mde, ils ont de leurs propres mains
gorg leurs enfans.

Le peuple de Vienne, selon l'expression de la dputation de ses
faubourgs, dlaiss, abandonn, veuf, sera l'objet de vos gards. J'en
prends les habitans sous ma spciale protection: quant aux hommes
turbulens et mchans, j'en ferai une justice exemplaire.

Soldats! soyons bons pour les pauvres paysans, pour ce bon peuple qui a
tant de droits  notre estime: ne conservons aucun orgueil de tous nos
succs; voyons-y une preuve de cette justice divine qui punit l'ingrat
et le parjure.

NAPOLON.



Schoenbrunn, 13 mai 1809.

_Circulaire aux archevques et vques, et aux prsidens des
consistoires._

Monsieur l'vque de ... la divine providence ayant voulu nous donner
une nouvelle preuve de sa spciale protection en permettant notre entre
dans la capitale de notre ennemi, le mme jour o, un mois auparavant,
il avait viol la paix, et manifester ainsi d'une manire clatante,
qu'elle punit l'ingrat et le parjure, il est dans notre intention que
vous runissiez nos peuples dans les glises pour chanter un _Te Deum_
en actions de grce et toutes autres prires que vous jugerez convenable
d'ordonner. Cette lettre n'tant  autre fin, monsieur l'vque de ...
nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.



Vienne, 16 mai 1809.

_Huitime bulletin de la grande arme._

Les habitans de Vienne se louent de l'archiduc Rainier. Il tait
gouverneur de Vienne, et lorsqu'il eut connaissance des mesures
rvolutionnaires ordonnes par l'empereur Franois II, il refusa de
conserver le gouvernement. L'archiduc Maximilien fut envoy  sa place.
Ce jeune prince ayant toute l'inconsquence de son ge, dclara qu'il
s'enterrerait sous les ruines de la capitale. Il fit appeler les hommes
turbulens et sans aveu, qui sont toujours nombreux dans une grande
ville, les arma de piques, et leur distribua toutes les armes qui
taient dans les arsenaux. Eu vain les habitans lui reprsentrent
qu'une grande ville, parvenue  un si haut degr de splendeur, au
prix de tant de travaux et de trsors, ne devait pas tre expose
aux dsastres que la guerre entrane avec elle. Ces reprsentations
exaltrent sa colre, et sa fureur tait porte  un tel point, qu'il ne
rpondait qu'en ordonnant de jeter sur les faubourgs des bombes et des
obus, qui ne devaient tuer que des Viennois, les Franais trouvant
un abri dans leurs tranches, et leur scurit dans l'habitude de la
guerre.

Les Viennois prouvaient des frayeurs mortelles, et la ville se croyait
perdue, lorsque l'empereur Napolon, pour pargner  la capitale les
dsastres d'une dfense prolonge, en la rendant promptement inutile,
fit passer le bras du Danube et occuper le Prater.

A huit heures, un officier vint annoncer  l'archiduc qu'un pont se
construisait, qu'un grand nombre de Franais avait pass la rivire  la
nage, et qu'ils taient dj sur l'autre rive. Cette nouvelle fit plir
ce prince furibond, et porta la crainte dans ses esprits. Il traversa
le Prater en toute hte; il renvoya au-del des ponts chaque bataillon
qu'il rencontrait, et il se sauva sans faire aucune disposition, et sans
donner  personne le commandement qu'il abandonnait. C'tait cependant
le mme homme qui, une heure auparavant, protestait de s'ensevelir sous
les ruines de la capitale.

La catastrophe de la maison de Lorraine tait prvue par les hommes
senss des opinions les plus opposes. Manfredini avait demand une
audience  l'empereur, pour lui reprsenter que cette guerre pserait
long-temps sur sa conscience, qu'elle entranerait la ruine de sa
maison, et que bientt les Franais seraient dans Vienne. Bah! bah!
rpondit l'empereur, ils sont tous en Espagne.

Thugut, profitant de l'ancienne confiance que l'empereur avait mise en
lui, s'est aussi permis des reprsentations ritres.

Le prince de Ligne disait hautement: Je croyais tre assez vieux pour
ne pas survivre  la monarchie autrichienne. Et lorsque le vieux comte
Wallis vit l'empereur partir pour l'arme: C'est Darius, dit-il, qui
court au-devant d'Alexandre; il aura le mme sort.

Le comte Louis de Cobentzel, principal auteur de la guerre de 1805,
tant  son lit de mort, et vingt-quatre heures avant de fermer
les yeux, adressa  l'empereur une lettre fort pathtique. V. M.,
crivait-il, doit se trouver heureuse de l'tat o l'a mise la paix de
Presbourg; elle est au second rang parmi les puissances de l'Europe;
c'est celui de ses anctres. Qu'elle renonce  une guerre qui n'a point
t provoque et qui entranera la ruine de sa maison. Napolon sera
vainqueur et il aura le droit d'tre inflexible, etc., etc. Cette
dernire action de Cobentzel a jet de l'intrt sur ses derniers
momens.

Le prince de Zinzendorf, ministre de l'intrieur, plusieurs hommes
d'tat demeurs trangers comme lui  la corruption et aux fatales
illusions du moment, beaucoup d'autres personnages distingus, et ce
qu'il y avait de plus considrable dans la bourgeoisie, partageaient
tous, exprimaient tous la mme opinion.

Mais l'orgueil humili de l'empereur Franois II, la haine de l'archiduc
Charles contre les Russes, le ressentiment qu'il prouvait en voyant la
Russie et la France intimement unies, l'or de l'Angleterre qui avait
corrompu le ministre Sladion, la lgret et l'inconsquence d'une
soixantaine de femmelettes, l'hypocrisie et les faux rapports de
l'ambassadeur Metternich, les intrigues des Razumowski, des Dalpozzo,
des Schlegel, des Gentz et autres aventuriers que l'Angleterre
entretient sur le continent pour y fomenter des discussions, ont produit
cette guerre insense et sacrilge.

Avant que les Franais eussent t vainqueurs sur le champ de bataille,
on disait qu'ils n'taient pas nombreux, qu'il n'y en avait plus en
Allemagne, que les corps n'taient composs que de conscrits, que la
cavalerie tait  pied, la garde impriale en rvolte, les Parisiens en
insurrection contre l'empereur Napolon. Aprs nos victoires, on a dit
que l'arme franaise tait innombrable, qu'elle n'avait jamais t
compose d'hommes plus aguerris et plus braves, que le dvouement
des soldats  Napolon, triplait et quadruplait leurs moyens, que la
cavalerie tait superbe, nombreuse, redoutable, que l'artillerie, mieux
attele que celle d'aucune autre nation, marchait avec la rapidit de la
foudre, etc., etc.

Princes faibles! cabinets corrompus! hommes ignorans, lgers,
inconsquens! voil cependant les piges que l'Angleterre vous tend
depuis quinze annes, et vous y tombez toujours; mais enfin la
catastrophe que vous avez prpare s'est accomplie, la paix du continent
est assure pour jamais.

L'empereur a pass hier la revue de la division de grosse cavalerie
du gnral Nansouty. Il  donn des loges  la tenue de cette belle
division qui, aprs une campagne aussi active, a prsent cinq mille
chevaux en bataille. S. M. a nomm aux places vacantes, a accord le
titre de baron, avec des dotations en terres, au plus brave officier, et
la dcoration de la Lgion-d'Honneur, avec une pension de douze cents
francs, au plus brave cuirassier de chaque rgiment.

On a trouv  Vienne cinq cents pices de canon, beaucoup d'affts,
beaucoup de fusils, de poudre et de munitions confectionnes, et une
grande quantit de boulets et de fer coul.

Il n'y a eu que dis maisons brles pendant le bombardement. Les
Viennois ont remarqu que ce malheur est tomb sur les partisans les
plus ardens de la guerre; aussi disaient-ils que le gnral Androssi
dirigeait les batteries. La nomination de ce gnral au gouvernement
de Vienne, a t agrable  tous les habitans; il avait laiss dans la
capitale des souvenirs agrables, et il jouit de l'estime universelle.

Quelques jours de repos ont fait beaucoup de bien  l'arme; et le temps
est si beau que nous n'avons presque pas de malades. Le vin que l'on
distribue aux troupes est abondant et de bonne qualit.

La monarchie autrichienne avait fait pour cette guerre des efforts
prodigieux: on calcule que ses prparatifs lui ont cot au-del de
trois cents millions en papier. La masse des billets en circulation
excde quinze cents millions. La cour de Vienne a emport les planches
de cette espce d'assignats, hypothqus sur une partie des mines de la
monarchie, c'est--dire, sur des proprits presque chimriques, et
qui ne sont pas disponibles. Pendant qu'on prodiguait ainsi un
papier-monnaie que le public ne pouvait pas raliser, et qui perdait
chaque jour davantage, la cour faisait acheter par les banquiers de
Vienne tout l'or qu'elle pouvait se procurer, et l'envoyait en pays
tranger. Il y a  peine quelques mois que des caisses de ducats d'or,
scells du sceau imprial, ont t expdies pour la Hollande, par le
nord de l'Allemagne.



Vienne, 19 mai 1809.

_Neuvime bulletin de la grande arme._

Pendant que l'arme prenait quelque repos dans Vienne, que ses corps
se ralliaient, que l'empereur passait des revues, pour accorder des
rcompenses aux braves qui s'taient distingus, et pour nommer
aux emplois vacans, on prparait tout ce qui tait ncessaire pour
l'importante opration du passage du Danube.

Le prince Charles, aprs la bataille d'Eckmlh, jet sur l'autre rive du
Danube, n'et d'autre refuge que les montagnes de la Bohme.

En suivant les dbris de l'arme du prince Charles dans l'intrieur de
la Bohme, l'empereur lui aurait enlev son artillerie et ses bagages;
mais cet avantage ne valait pas l'inconvnient de promener son arme,
pendant quinze jours, dans des pays pauvres, montagneux et dvasts.

L'empereur n'adopta aucun plan qui pt retarder d'un jour son entre
 Vienne, se doutant bien que, dans l'tat d'irritation qu'on avait
excit, on songerait  dfendre cette ville, qui a une excellente
enceinte bastionne, et  opposer quelque obstacle. D'un autre ct, son
arme d'Italie attirait son attention, et l'ide que les Autrichiens
occupaient ses belles provinces du Frioul et de la Piave, ne lui
laissait point de repos.

Le marchal duc d'Auerstaedt resta en position en avant de Ratisbonne,
pendant le temps que mit le prince Charles  dboucher en Bohme, et
immdiatement aprs, il se dirigea sur Passau et Lintz, sur la rive
gauche du Danube, gagnant quatre marches sur ce prince. Le corps du
prince de Ponte-Corvo fut dirig dans le mme systme. D'abord il fit
un mouvement sur Egra, ce qui obligea le prince Charles  y dtacher
le corps du gnral Bellegarde; mais par une contremarche, il se porta
brusquement sur Lintz, o il arriva avant le gnral Bellegarde, qui,
ayant appris cette contremarche, se dirigea aussi sur le Danube.

Ces manoeuvres habiles, faites jour par jour, selon les circonstances,
ont dgag l'Italie, livr sans dfense les barrires de l'Inn, de
la Salza, de la Traun et tous les magasins ennemis, soumis Vienne,
dsorganis les milices et la landwerh, termin la dfaite des corps de
l'archiduc Louis et du gnral Hiller, et achev de perdre la rputation
du gnral ennemi. Celui-ci, voyant la marche de l'empereur, devait
penser  se porter sur Lintz, passer le pont, et s'y runir aux corps de
l'archiduc Louis et du gnral Hiller; mais l'arme franaise y tait
runie plusieurs jours avant qu'il pt y arriver. Il aurait pu esprer
de faire sa jonction  Krems; vains-calculs! il tait encore en retard
de quatre jours, et le gnral Hiller, en repassant le Danube, fut
oblig de brler le beau pont de Krems. Il esprait enfin se runir
devant Vienne; il tait encore eu retard de plusieurs jours.

L'empereur a fait jeter un pont sur le Danube, vis--vis le village
d'Ebersdorf,  deux lieues au-dessous de Vienne. Le fleuve divis en cet
endroit en plusieurs bras, a quatre cents toises de largeur. L'opration
a commenc hier 18,  quatre heures aprs midi. La division Molitor a
t jete sur la rive gauche, et a culbut les faibles dtachemens qui
voulaient lui disputer le terrain et couvrir le dernier bras du fleuve.

Les gnraux Bertrand et Pernetti ont fait travailler aux deux ponts,
l'un de plus de deux cent quarante, l'autre de plus de cent trente
toises, communiquant entre eux par une le. On espre que les travaux
seront finis demain.

Tous les renseignemens qu'on a recueillis portent  penser que
l'empereur d'Autriche est  Znam.

Il n'y a encore aucune leve en Hongrie: sans armes, sans selles, sans
argent, et fort peu attache  la maison d'Autriche, cette nation parat
avoir refus toute espce de secours.

Le gnral Lauriston, aide-de-camp de S. M.,  la tte de la brigade
d'infanterie badoise et de la brigade de cavalerie lgre du gnral
Colbert, s'est port de Neustadt sur Bruck et sur la Simeringberg, haute
montagne qui spare les eaux qui coulent dans la mer Noire et dans la
Mditerrane. Dans ce passage difficile il a fait quelques centaines de
prisonniers.

Le gnral Dupellin a march sur Mariazell, o il a dsarm un millier
de landwehr et fait quelques centaines de prisonniers.

Le marchal duc de Dantzick s'est port sur Inspruck; il a rencontr le
14,  Vorgel, le gnral Chasteller avec ses Tyroliens. Il l'a culbut
et lui a pris sept cents hommes et onze pices d'artillerie.

Kufstein a t dbloqu le 12. Le chambellan de S. M., Germain, qui
s'tait renferm dans cette place, s'est bien montr.

Voici quelle est aujourd'hui la position de l'arme:

Les corps des marchaux duc de Rivoli et de Montebello, et le corps
des grenadiers du gnral Oudinot, sont  Vienne, ainsi que la garde
impriale. Le corps du marchal duc d'Auerstaedt est rparti entre
Saint-Polten et Vienne. Le marchal prince Ponte-Corvo est  Lintz, avec
les Saxons et les Wurtembergeois, il a une rserve  Passau. Le marchal
duc de Dantzick est, avec les Bavarois,  Saltzbourg et  Inspruck.

Le colonel comte de Czernichew, aide-de-camp de l'empereur de Russie,
qui avait t expdi pour Paris, est arriv au moment o l'arme
entrait  Vienne. Depuis ce moment, il fait le service, et suit S. M. Il
a apport des nouvelles de l'arme russe, qui n'aura pu sortir de ses
cantonnemens que vers le l0 ou 12 mai.



Ebersdorf, 23 mai 1809.

_Dixime bulletin de la grande arme._

Vis--vis Ebersdorf, le Danube est divis en trois bras spars par deux
les. De la rive droite  la premire le il y a deux cent quarante
toises; cette le a -peu-prs mille toises de tour. De cette le  la
grande le, o est le principal courant, le canal est de cent vingt
toises. La grande le, appele In-der-Lobau, a sept mille toises de
tour, et le canal qui la spare du continent a soixante-dix toises. Les
premiers villages que l'on rencontre ensuite sont Gross-Aspern, Esling
et Enzersdorf. Le passage d'une rivire comme le Danube devant un ennemi
connaissant parfaitement les localits, et ayant les habitans pour lui,
est une des plus grandes oprations de guerre qu'il soit possible de
concevoir.

Le pont de la rive droite  la premire le et celui de la premire le
 celle de In-der-Lobau ont t faits dans la journe du 19, et ds le
18 la division Molitor avait t jete par des bateaux  rames, dans la
grande le.

Le 20, l'empereur passa dans cette le, et fit tablir un pont sur
le dernier bras, entre Gross-Aspern et Esling. Ce bras n'ayant que
soixante-dix toises, le pont n'exigea que quinze pontons, et fut jet en
trois heures par le colonel d'artillerie Aubry.

Le colonel Sainte-Croix, aide-de-camp du marchal duc de Rivoli, passa
le premier dans un bateau sur la rive gauche.

La division de cavalerie lgre du gnral Lasalle et les divisions
Molitor et Boudet passrent dans la nuit.

Le 21, l'empereur, accompagn du prince de Neufchtel et des marchaux
ducs de Rivoli et de Montebello, reconnut la position de la rive gauche,
et tablit son champ de bataille, la droite au village d'Esling, et la
gauche  celui de Gross-Aspern, qui furent sur le champ occups.

Le 21,  quatre heures aprs midi, l'arme ennemie se montra et parut
avoir le dessein de culbuter notre avant-garde et de la jeter dans le
fleuve; vain projet! Le marchal duc de Rivoli fut le premier attaqu 
Gross-Aspern, par le corps du gnral Bellegarde. Il manoeuvra avec les
divisions Molitor et Legrand, et pendant toute la soire, fit tourner 
la confusion de l'ennemi toutes les attaques qui furent entreprises.
Le duc de Montebello dfendit le village d'Esling, et le marchal duc
d'Istrie, avec la cavalerie lgre et la division de cuirassiers Espagne
couvrit la plaine et protgea Enzersdorf. L'affaire fut vive; l'ennemi
dploya deux cents pices de canon et  peu prs quatre-vingt dix mille
hommes composs des dbris de tous les corps de l'arme autrichienne.

La division de cuirassiers Espagne fit plusieurs belles charges, enfona
deux carrs et s'empara de quatorze pices de canon. Un boulet tua
le gnral Espagne, combattant glorieusement  la tte des troupes,
officier brave, distingu et recommandable sous tous les points de vue.
Le gnral de brigade Foulers fut tu dans une charge.

Le gnral Nansouty, avec la seule brigade commande par le gnral
Saint-Germain, arriva sur le champ de bataille vers la fin du jour.
Cette brigade se distingua par plusieurs belles charges. A huit heures
du soir le combat cessa, et nous restmes entirement matres du champ
de bataille.

Pendant la nuit, le corps du gnral Oudinot, la division Saint-Hilaire,
deux brigades de cavalerie lgre et le train d'artillerie passrent les
trois ponts.

Le 22,  quatre heures du matin, le duc de Rivoli fut le premier engag.
L'ennemi fit successivement plusieurs attaques pour reprendre le
village. Enfin, ennuy de rester sur la dfensive, le duc de Rivoli
attaqua  son tour et culbuta l'ennemi. Le gnral de division Legrand
s'est fait remarquer par ce sang-froid et cette intrpidit qui le
distinguent. Le gnral de division Boudet, plac au village d'Esling,
tait charg de dfendre ce poste important.

Voyant que l'ennemi occupait un grand espace, de la droite  la gauche,
on conut le projet de le percer par le centre. Le duc de Montebello se
mit  la tte de l'attaque, ayant le gnral Oudinot  la gauche, la
division Saint-Hilaire au centre et la division Boudet  la droite. Le
centre de l'arme ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes.
Dans un moment tout fut culbut. Le duc d'Istrie fit faire plusieurs
belles charges, qui toutes eurent du succs. Trois colonnes d'infanterie
ennemie furent charges par les cuirassiers et sabres. C'en tait fait
de l'arme autrichienne, lorsqu' sept heures du matin, un aide-de-camp
vint annoncer  l'empereur que la crue subite du Danube ayant mis  flot
un grand nombre de gros arbres et de radeaux, coups et jets sur les
rives, dans les vnemens qui ont eu lieu lors de la prise de Vienne,
les ponts qui communiquaient de la rive droite  la petite le, et de
celle-ci  l'le de In-der-Lobau, venaient d'tre rompus; cette crue
priodique, qui n'a ordinairement lieu qu' la mi-juin, par la fonte des
neiges, a t acclre par la chaleur prmature qui se fait sentir
depuis quelques jours. Tous les parcs de rserve qui dfilaient se
trouvrent retenus sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi
qu'une partie de notre grosse cavalerie, et le corps entier du marchal
duc d'Auerstaedt. Ce terrible contre-temps dcida l'empereur  arrter
le mouvement en avant. Il ordonna au duc de Montebello de garder le
champ de bataille qui avait t reconnu, et de prendre position, la
gauche appuye  un rideau qui couvrait le duc de Rivoli, et la droite 
Esling.

Les cartouches  canon et d'infanterie, que portait notre parc de
rserve, ne pouvaient plus passer. L'ennemi tait dans la plus
pouvantable droute, lorsqu'il apprit que nos ponts taient rompus. Le
ralentissement de notre feu et le mouvement concentr que faisait notre
arme, ne lui laissaient aucun doute sur cet vnement imprvu. Tous
ses canons et ses quipages d'artillerie, qui taient en retraite, se
reprsentrent sur la ligne, et depuis neuf heures du matin jusqu' sept
heures du soir, il fit des efforts inous, second par le feu de deux
cents pices de canon, pour culbuter l'arme franaise. Ces efforts
tournrent  sa honte; il attaqua trois fois les villages d'Esling et de
Gross-Aspern, et trois fois il les remplit de ses morts. Les fusiliers
de la garde, commands par le gnral Mouton, se couvrirent de gloire,
et culbutrent la rserve, compose de tous les grenadiers de l'arme
autrichienne, les seules troupes fraches qui restassent  l'ennemi.
Le gnral Gros fit passer au fil de l'pe sept cents Hongrois qui
s'taient dj logs dans le cimetire du village d'sling. Les
tirailleurs sous les ordres du gnral Curial firent leurs premires
armes dans cette journe, et montrrent de la vigueur. Le gnral
Dorsenne, colonel commandant la vieille garde, la plaa en troisime
ligne, formant un mur d'airain, seul capable d'arrter tous les efforts
de l'arme autrichienne. L'ennemi tira quarante mille coups de canon,
tandis que, privs de nos parcs de rserve, nous tions dans la
ncessit de mnager nos munitions pour quelques circonstances
imprvues.

Le soir, l'ennemi reprit les anciennes positions qu'il avait quittes
pour l'attaque, et nous restmes matres du champ de bataille. Sa perte
est immense; les militaires dont le coup d'oeil est le plus exerc ont
valu  plus de douze mille les morts qu'il a laisss sur le champ de
bataille. Selon le rapport des prisonniers, il a eu vingt-trois
gnraux et soixante officiers suprieurs tus ou blesss. Le
feld-marchal-lieutenant Weber, quinze cents hommes et quatre drapeaux
sont rests en notre pouvoir. La perte de notre ct a t considrable;
nous avons eu onze cents tus et trois mille blesss. Le duc de
Montebello a eu la cuisse emporte par un boulet, le 22, sur les six
heures du soir. L'amputation a t faite, et sa vie est hors de danger.
Au premier moment on le crut mort. Transport sur un brancard auprs de
l'empereur, ses adieux furent touchans. Au milieu des sollicitudes de
cette journe, l'empereur se livra  la tendre amiti qu'il porte depuis
tant d'annes  ce brave compagnon d'armes. Quelques larmes coulrent
de ses yeux, et se tournant vers ceux qui l'environnaient: Il fallait,
dit-il, que dans cette journe mon coeur ft frapp par un coup aussi
sensible, pour que je pusse m'abandonner  d'autres soins qu' ceux de
mon arme. Le duc de Montebello avait perdu connaissance; la prsence
de l'empereur le fit revenir; il se jeta  son cou en lui disant:
Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la
conviction d'avoir t et d'tre votre meilleur ami.

Le gnral de division Saint-Hilaire a t bless; c'est un des gnraux
les plus distingus de la France.

Le gnral Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, a t enlev par un
boulet en portant un ordre.

Le soldat a montr un sang-froid et une intrpidit qui n'appartiennent
qu' des Franais.

Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n'ont pu tre rtablis
pendant la nuit. L'empereur a fait repasser le 23,  l'arme le petit
bras de la rive gauche, et a fait prendre position dans l'le de
In-der-Lobau, en gardant les ttes de pont.

On travaille  rtablir les ponts; l'on n'entreprendra rien qu'ils ne
soient  l'abri des accidens des eaux, et mme de tout ce que l'on
pourrait tenter contre eux: l'lvation du fleuve et la rapidit
du courant obligent  des travaux considrables et  de grandes
prcautions.

Lorsque le 23, au matin, on fit connatre  l'arme que l'empereur avait
ordonn qu'elle repasst dans la grande le, l'tonnement de ces braves
fut extrme. Vainqueurs dans les deux journes, ils croyaient que le
reste de l'arme allait les rejoindre; et quand on leur dit que les
grandes eaux ayant rompu les ponts et augmentant sans cesse, rendaient
le renouvellement des munitions et des vivres impossible, et que tout
mouvement en avant serait insens, on eut de la peine  les persuader.

C'est un malheur trs-grand et tout  fait imprvu que des ponts forms
des plus grands bateaux du Danube, amarrs par de doubles ancres et par
des cinquenelles, aient t enlevs; mais c'est un grand bonheur
que l'empereur ne l'ait pas appris deux heures plus tard; l'arme
poursuivant l'ennemi aurait puis ses munitions, et se serait trouve
sans moyen de les renouveler.

Le 23, on a fait passer une grande quantit de vivres au camp
d'In-der-Lobau.

La bataille d'Esling, dont il sera fait une relation plus dtaille qui
fera connatre les braves qui se sont distingus, sera, aux yeux de la
postrit, un nouveau monument de la gloire et de l'inbranlable fermet
de l'arme franaise.

Les marchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montr dans cette
journe tonte la force de leur caractre militaire.

L'empereur a donn le commandement du second corps au comte Oudinot,
gnral prouv dans cent combats, o il a montr autant d'intrpidit
que de savoir.



Ebersdorf, 24 mai 1809.

_Onzime bulletin du la grande arme._

Le marchal duc de Dantzick est matre du Tyrol. Il est entr  Inspruck
le 19 de ce mois. Le pays entier s'est soumis.

Le 11, le duc de Dantzick avait enlev la forte position de Strob-Pass,
et pris  l'ennemi sept canons et six cents hommes.

Le 13, aprs avoir battu Chasteller dans la position de Voergel, l'avoir
mis dans une droute complte, et lui avoir pris toute son artillerie,
il l'avait poursuivi jusqu'au-del de Rattenberg. Ce misrable n'a d
son salut qu' la vitesse de son cheval.

En mme temps, le gnral Deroy, ayant dbloqu la forteresse de
Kufstein, faisait sa jonction avec les troupes que le duc de Dantzick
commandait en personne. Ce marchal se loue de la conduite du major
Palm, du chef du bataillon lger bavarois, du lieutenant-colonel
Habrman, du capitaine Laider, du capitaine Bernard du troisime
rgiment de chevau-lgers de Bavire, de ses aides-de-camp Montmarie,
Maingarnaud et Montelegier, et du chef d'escadron Fontange, officier
d'tat-major.

Chasteller tait entr dans le Tyrol avec une poigne de mauvais sujets.
Il a prch la rvolte, le pillage et l'assassinat. Il a vu gorger
sous ses yeux plusieurs milliers de Bavarois et une centaine de soldats
franais. Il a encourag les assassins par ses loges, et excit la
frocit de ces ours des montagnes. Parmi les Franais qui ont pri dans
ce massacre se trouvaient une soixantaine de Belges tous compatriotes de
Chasteller. Ce misrable couvert des bienfaits de l'empereur,  qui il
doit d'avoir recouvr des biens montant  plusieurs millions, tait
incapable d'prouver le sentiment de la reconnaissance, et ces
affections qui attachent mme les barbares aux habitans du pays qui leur
a donn naissance.

Les Tyroliens vouent  l'excration les hommes dont les perfides
insinuations les ont excits  la rbellion et ont appel sur eux les
malheurs qu'elle entrane avec elle. Leur fureur contre Chasteller
tait telle, que lorsqu'il se sauva aprs la droute de Voergel, ils
l'arrtrent  Hall, le fustigrent et le maltraitrent au point qu'il
fut oblig de passer deux jours dans son lit. Il osa ensuite reparatre
pour demander  capituler; on lui rpondit qu'on ne capitulait pas
avec un brigand, et il s'enfuit  toute hte dans les montagnes de la
Carinthie.

La valle de Zillerthal a t la premire  se soumettre; elle a remis
ses armes et donn des otages; le reste du pays a suivi cet exemple.
Tous les chefs ont ordonn aux paysans de rentrer chez eux, et on les
a vus quitter les montagnes de toutes parts, et revenir dans leurs
villages. La ville d'Inspruck et tous les cercles ont envoy des
dputations  S. M. le roi de Bavire, pour protester de leur fidlit
et implorer sa clmence.

Le Voralberg, que les proclamations incendiaires et les intrigues de
l'ennemi avaient aussi gar, imitera le Tyrol; et cette partie de
l'Allemagne sera arrache aux dsastres et aux crimes des insurrections
populaires.

_Combat de Urfar._

Le 17 de ce mois,  deux heures aprs midi, trois colonnes autrichiennes
commandes par les gnraux Grainville, Bucalowitz et Sommariva, et
soutenues par une rserve aux ordres du gnral Jellachich, ont attaqu
le gnral Vandamme, au village de Urfar, eu avant de la tte du pont
de Lintz. Dans le mme moment arrivait  Lintz le marchal prince de
Ponte-Corvo, avec la cavalerie et la premire brigade d'infanterie
saxonne. Le gnral Vandamme,  la tte des troupes wurtembergeoises,
et avec quatre escadrons de hussards et de dragon saxons, repoussa
vigoureusement les deux premires colonnes ennemies, les chassa de leurs
positions, leur prit six pices de canon et quatre cents hommes, et les
mit dans une pleine droute. La troisime colonne ennemie parut sur
les hauteurs de Boslingberg,  sept heures du soir, et son infanterie
couronna en un instant la Crte des montagnes voisines. L'infanterie
saxonne attaqua l'ennemi avec imptuosit, le chassa de toutes ses
positions, lui prit trois cents hommes et plusieurs caissons de
munitions.

L'ennemi s'est retir en dsordre sur Freystadt et sur Haslach. Les
hussards envoys  sa poursuite ont ramen beaucoup de prisonniers. On a
pris dans les bois cinq cents fusils et une quantit de voitures et
de caissons chargs d'effets d'habillement. La perte de l'ennemi,
indpendamment des prisonniers, est de deux mille hommes tus ou
blesss; la ntre ne va pas  quatre cents hommes hors de combat.

Le marchal prince de Ponte-Corvo fait beaucoup d'loges du gnral
Vandamme. Il se loue de la conduite de M. de Leschwitz, gnral en chef
des Saxons, qui conserve,  soixante-cinq ans, l'activit et l'ardeur
d'un jeune homme; du gnral d'artillerie Mossel; du gnral Grard,
chef d'tat-major, et du lieutenant-colonel aide-de-camp Hamelinaie.



Ebersdorf, 26 mai 1809.

_Douzime bulletin de la grande arme._

On a employ toute la journe du 23, la nuit du 23 au 24, et toute la
journe du 24  rparer les ponts.

Le 25,  la pointe du jour, ils taient en tat. Les blesss, les
caissons vides, et tous les objets qu'il tait ncessaire de renouveler,
ont pass sur la rive droite.

La crue du Danube devant encore durer jusqu'au 15 juin, on a pens que
pour pouvoir compter sur les ponts, il convenait de planter en avant des
lignes de pilotis auxquels on amarrera la grande chane de fer qui est
 l'arsenal, et qui fut prise par les Autrichiens sur les Turcs, qui la
destinaient  un semblable usage.

On travaille  ces ouvrages avec la plus grande activit, et dj un
grand nombre de sonnettes battent des pilotis; par ce moyen, et avec les
fortifications qu'on fait sur la rive gauche, nous sommes assurs de
pouvoir manoeuvrer sur les deux rives  volont.

Notre cavalerie lgre est vis--vis de Presbourg, appuye sur le lac de
Neusiedel.

Le gnral Lauriston est en Styrie sur le Simmeringberg et sur Bruck.

Le marchal duc de Dantzick est en grandes marches avec les Bavarois. Il
ne tardera pas  rejoindre l'arme prs de Vienne.

Les chasseurs  cheval de la garde sont arrivs hier; les dragons
arrivent aujourd'hui; on attend dans peu de jours les grenadiers 
cheval et soixante pices d'artillerie de la garde.

Nous avons fait prisonniers lors de la capitulation de Vienne, sept
feld-marchaux-lieutenans, neuf gnraux-majors, dix colonels, vingt
majors et lieutenans-colonels, cent capitaines, cent cinquante
lieutenans, deux cents sous-lieutenans, et trois mille sous-officiers et
soldats, parmi lesquels ne sont pas compris les hommes qui taient aux
hpitaux, et qui montaient  plusieurs milliers.



Ebersdorf, 27 mai 1809.

_Proclamation  l'arme d'Italie._

Soldats de l'arme d'Italie,

Vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqu; le
Simering a t tmoin de voire jonction avec la grande arme.

Soyez les bienvenus! Je suis content de vous!!! Surpris par un ennemi
perfide avant que vos colonnes fussent runies, vous avez d rtrograder
jusqu' l'Adige; mais lorsque vous retes l'ordre de marcher en avant,
vous tiez sur le champ mmorable d'Arcole, et l, vous jurtes sur les
mnes de nos hros de triompher. Vous avez tenu parole  la bataille de
la Piave, aux combats de Saint-Daniel, de Tarvis, de Gorice. Vous avez
pris d'assaut les forts de Malborghetto, de Pradel et fait capituler la
division ennemie retranche dans Prvald et Laybach. Vous n'aviez pas
encore pass la Drave, et dj vingt-cinq mille prisonniers, soixante
pices de bataille, dix drapeaux avaient signal votre valeur. Depuis,
la Drave, la Save, la Muer n'ont pu retarder votre marche. La colonne
autrichienne de Jellachich, qui la premire entra dans Munich, qui donna
le signai des massacres dans le Tyrol, environne  Saint-Michel, est
tombe dans vos baonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces
dbris drobs  la colre de la grande arme.

Soldats, cette arme autrichienne d'Italie, qui un moment souilla par sa
prsence mes provinces, qui avait la prtention de briser ma couronne de
fer, battue, disperse, anantie, grces  vous, sera un exemple de la
vrit de cette devise: _Dieu me la donne, gare  qui la touche._

NAPOLON.



Ebersdorf, 28 mai 1809.

_Treizime bulletin de la grande arme._

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont t enlevs par
les eaux et par des moulins qu'on a dtachs. On n'avait pas encore eu
le temps d'achever les pilotis et de placer la grande chane de fer.
Aujourd'hui, l'un des ponts est rtabli, on espre que l'autre le sera
demain.

L'empereur a pass la journe d'hier sur la rive gauche, pour visiter
les fortifications que l'on lve dans l'le d'In-der-Lobau, et pour
voir plusieurs rgimens du corps du duc de Rivoli en position de cette
espce de tte de pont.

Le 27,  midi, le capitaine Bataille, aide-de-camp du prince vice-roi, a
apport l'agrable nouvelle de l'arrive de l'arme d'Italie  Bruck. Le
gnral Lauriston avait t envoy au devant d'elle, et la jonction a eu
lieu sur le Simmeringberg. Un chasseur du neuvime qui tait en coureur
en avant d'une reconnaissance de l'arme d'Italie, rencontra un chasseur
d'un peloton du vingtime, envoy par le gnral Lauriston, Aprs s'tre
observs pendant quelque temps, ils reconnurent qu'ils taient Franais
et s'embrassrent. Le chasseur du vingtime marcha sur Bruck, pour se
rendre auprs du vice-roi, et celui du neuvime se dirigea vers le
gnral Lauriston pour l'informer de l'approche de l'arme d'Italie.
Il y avait plus de douze jours que les deux armes n'avaient pas de
nouvelles l'une de l'autre. Le 26 au soir, le gnral Lauriston tait 
Bruck au quartier-gnral du vice-roi.

Le vice-roi a montr dans toute cette campagne un sang-froid et un coup
d'oeil qui prsagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustr l'arme d'Italie pendant ces
vingt derniers jours, Sa Majest a remarqu avec plaisir la destruction
du corps de Jellachich. C'est ce gnral qui fit aux Tyroliens cette
insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs
poignards. Poursuivi par le duc de Dantzick, menac d'tre pris eu flanc
par la brigade du gnral Dupellin, que le duc d'Auerstaedt avait fait
dboucher par Mariazell, il est venu tomber comme dans un pige en avant
de l'arme d'Italie. L'archiduc Jean qui, il y a si peu de temps, et
dans l'excs de sa prsomption, se dgradait par sa lettre au duc de
Raguse, a vacu Gratz, hier, 27, ramenant  peine vingt ou vingt-cinq
mille hommes de cette belle arme qui tait entre en Italie.
L'arrogance, l'insulte, les provocations  la rvolte, toutes ses
actions portant le caractre de la rage, ont tourn  sa honte.

Les peuples de l'Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les
peuples de l'Alsace, de la Normandie ou du Dauphin. Dans la retraite de
nos soldais, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes;
ils reconduisaient par des chemins dtourns, et jusqu' cinq marches
de l'arme, les hommes gars. Lorsque quelques prisonniers ou quelques
blesss, franais ou italiens, ramens par l'ennemi, traversaient les
villes et les villages, les habitans leur portaient des secours; ils
cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire
sauver.

Les proclamations et les discours de l'archiduc Jean n'inspiraient que
le mpris et le ddain, et l'on aurait peine  se peindre la joie des
peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu'ils virent
l'arme de l'ennemi fuyant en dsordre, et l'arme du souverain et de la
patrie revenant triomphante.

Lorsqu'on a visit les papiers de l'intendant de l'arme autrichienne
qui tait  la fois le chef du gouvernement et de la police, et qui a
t pris  Padoue avec quatre voitures, on y a dcouvert la preuve de
l'amour des peuples d'Italie pour l'empereur. Tout le monde avait
refus des places, personne ne voulait servir l'Autriche: et parmi sept
millions d'hommes qui composent la population du royaume, l'ennemi n'a
trouv que trois misrables qui n'aient pas repouss la sduction.

Les rgimens d'Italie qui s'taient distingus en Pologne et qui avaient
rivalis d'intrpidit dans la campagne de Catalogne avec les plus
vieilles bandes franaises, se sont couverts de gloire dans toutes les
affaires. Les peuples d'Italie marchent  grands pas vers le dernier
terme d'un heureux changement. Cette belle partie du continent, o
s'attachent tant de grands et d'illustres souvenirs, que la cour de
Rome, que, cette nue de moines, que ses divisions avaient perdue,
reparat avec honneur sur la scne de l'Europe.

Tous les dtails qui suivent, de l'arme autrichienne, constatent que
dans les journes du 21 et du 22, sa perte a t norme. L'lite de
l'arme a pri. Selon les aimables de Vienne, les manoeuvres du gnral
Danube ont sauv l'arme autrichienne.

Le Tyrol et le Voralberg sont parfaitement soumis. La Carniole,
la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzbourg, la Haute et la
Basse-Autriche sont pacifis et dsarms.

Trieste, cette ville o les Franais et les Italiens ont subi tant
d'outrages, a t occupe. Les marchandises coloniales anglaises ont t
confisques. Une circonstance de la prise de Trieste a t trs-agrable
a l'empereur: c'est la dlivrance de l'escadre russe; elle avait eu
ordre d'appareiller pour Ancne; mais retenue par les vents contraires,
elle tait reste au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l'arme de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s'est
mis en marche aussitt qu'il a appris que l'arme d'Italie tait sur
l'Izonso. On espre qu'il arrivera  Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill qui se donnait, et avec raison, le titre de gnral au
service de l'Angleterre, aprs avoir prostitu le nom du roi de Prusse,
comme les satellites de l'Angleterre prostituent celui de Ferdinand
 Sville, a t poursuivi et jet dans une le de l'Elbe. Le roi de
Westphalie, indpendamment de quinze mille hommes de ses troupes, avait
une division hollandaise et une division franaise; et le duc de Valmy a
dj runi  Hanau deux divisions du corps d'observation, commandes
par les gnraux Rivaux et Despeaux, et composes des brigades Lameth,
Clment, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d'observation du
gnral Beaumont qui est runi  Augsbourg, et o se trouvent plus de
trois mille dragons.

La rage des princes de la maison de Lorraine contre la ville de Vienne
peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante
moulins tablis sur la rive gauche du fleuve. Ils les ont fait enlever
et dtruire.



Ebersdorf, 1er juin 1809.

_Quatorzime bulletin de la grande arme._

Les ponts sur le Danube sont entirement rtablis. On y a joint un pont
volant, et l'on prpare tous les matriaux ncessaires pour jeter un
autre pont de radeaux. Sept sonnettes battent des pilotis; mais le
Danube ayant dans plusieurs endroits vingt-quatre et vingt-six pieds de
profondeur, on emploie toujours beaucoup de temps pour faire tenir les
ancres, lorsqu'on dplace les sonnettes. Cependant les travaux avancent
et seront termins sous peu.

Le gnral de brigade du gnie Lazowski fait travailler, sur la rive
gauche,  une tte de pont qui aura seize cents toises de dveloppement,
et qui sera couverte par un bon foss plein d'eau courante.

Le quarante-quatrime quipage de la flottille de Boulogne, command par
le capitaine de vaisseau Baste, est arriv. Un grand nombre de bateaux
en croisire battent toutes les les, couvrent le pont et rendent
beaucoup de services.

Le bataillon des ouvriers de la marine travaille  la construction de
petites pniches armes, qui serviront a matriser parfaitement le
fleuve.

Aprs la dfaite du corps du gnral Jellachich, M. Mathieu,
capitaine-adjoint  l'tat-major de l'arme d'Italie, fut envoy avec
un dragon d'ordonnance sur la route de Salzbourg; ayant rencontr
successivement une colonne de six cent cinquante hommes de troupes de
ligne, et une colonne de deux mille landwehrs qui, l'une et l'autre
taient coupes et gares, il les somma de se rendre, et elles mirent
bas les armes.

Le gnral de division Lauriston est arriv  Oedembourg, premier
comitat de Hongrie, avec une forte avant-garde. Il parat qu'il y a de
la fermentation en Hongrie, que les esprits y sont trs-diviss, et que
la majorit n'est pas favorable  l'Autriche.

Le gnral de division Lasalle a son quartier-gnral vis--vis
Presbourg, a pouss ses postes jusqu' Altenbourg et jusqu'auprs de
Raab.

Trois-divisions de l'arme d'Italie sont arrives a Neustadt. Le
vice-roi est depuis deux jours au quartier-gnral de l'empereur.

Le gnral Macdonald, commandant un des corps de l'arme d'Italie, est
entr  Gratz. On a trouv dans cette capitale de la Styrie d'immenses
magasins de vivres et d'effets d'habillement et d'quipement de toute
espce.

Le duc de Dantzick est  Lintz.

Le prince de Ponte-Corvo marche sur Vienne. Le gnral de division
Vandamme, avec les Wurtembergeois, est  Saint-Polten, Mauteru et Krems.

La tranquillit rgne dans le Tyrol. Coups par les mouvemens du duc
de Dantzick et de l'arme d'Italie, tous les Autrichiens qui s'taient
imprudemment engags dans cette pointe, ont t dtruits, les uns par
le duc de Dantzick, les autres, tels que le corps de Jellachich, par
l'arme d'Italie. Ceux qui taient en Souabe n'ont eu d'autre ressource
que de tcher de traverser en partisans l'Allemagne, en se portant sur
le Haut-Palatinat. Ils formaient une petite colonne d'infanterie et de
cavalerie qui s'tait chappe de Lindau et qui avait t rencontre par
le colonel Reiset du corps d'observation du gnral Beaumont; elle a t
coupe  Neumarck, et la colonne entire, officiers et soldats, a mis
bas les armes.

Vienne est tranquille, le pain et le vin sont en abondance; mais la
viande que cette capitale tirait du fond de la Hongrie, commence 
devenir rare. Contre toutes les raisons politiques et tous les
motifs d'humanit, les ennemis font l'impossible pour affamer leurs
compatriotes et cette capitale qui renferme cependant leurs femmes et
leurs enfans. Il y a loin de cette conduite  celle de notre Henri
IV, nourrissant lui-mme une ville qui tait alors ennemie et qu'il
assigeait.

Le duc de Montebello est mort hier  cinq heures du matin. Quelque temps
auparavant, l'empereur s'tait entretenu pendant une heure avec lui. Sa
Majest avait envoy chercher par le gnral Rapp, son aide-de-camp, M.
le docteur Franck, l'un des mdecins les plus clbres de l'Europe; ses
blessures taient en bon tat, mais une fivre pernicieuse avait fait
en peu d'heures les plus funestes progrs. Tous les secours de l'art
taient devenus inutiles. S. M. a ordonn que le corps du duc de
Montebello soit embaum et transport en France pour y recevoir les
honneurs qui sont dus  un rang lev et  d'minens services. Ainsi a
fini l'un des militaires les plus distingus qu'ait eus la France.
Dans les nombreuses batailles o il s'est trouv, il avait reu treize
blessures. L'empereur a t extrmement sensible  cette perte qui sera
ressentie par tous les Franais.



Ebersdorf, 2 juin 1809.

_Quinzime bulletin de la grande arme._

L'arme de Dalmatie a obtenu les plus grands succs; elle a dfait
tout ce qui s'est prsent devant elle aux combats de Mont-Kitta, de
Gradchatz, de la Lica et d'Ottachatz. Le gnral en chef Sloissevich a
t pris.

Le duc de Raguse est arriv le 28  Fiume, et a fait ainsi sa jonction
avec l'arme d'Italie et avec la grande arme, dont l'arme de Dalmatie
forme l'extrme droite. On fera connatre la relation du duc de Raguse
sur ces diffrens vnemens.

Le 28, une escadre anglaise de quatre vaisseaux, deux frgates et un
brick, s'est prsente devant Trieste, avec l'intention de prendre
l'escadre russe. Le gnral comte Cafarelli venait d'arriver dans ce
port. Comme la ville tait dsarme, les Russes ont dbarqu quarante
pices de canon, dont vingt-quatre de 36 et seize de 24. On a mis ces
pices en batterie, et l'escadre russe s'est embosse. Tout tait prt
pour bien recevoir l'ennemi qui, voyant son coup manqu, s'est loign.

Un millier d'Autrichiens ayant pass de Krems sur la rive droite du
Danube, ont t culbuts par le corps, wurtembergeois qui leur a fait
soixante prisonniers.



Ebersdorf, 4 juin 1809.

_Seizime bulletin de la grande arme._

L'ennemi avait jet sur la rive droite du Danube, vis--vis Presbourg,
une division de neuf mille hommes, qui s'tait retranche dans le
village d'Engerau. Le duc d'Auerstaedt l'a fait attaquer hier par les
tirailleurs de Hesse-Darmstadt, soutenus par le douzime rgiment
d'infanterie de ligne. Le village a t emport avec rapidit. Un major,
huit officiers du rgiment de Beaulieu, parmi lesquels se trouve le
petit-fils de ce feld-marchal, et quatre cents hommes ont t pris.
Le reste du rgiment a t tu, ou bless, ou jet dans l'eau; ce qui
restait de la division a trouv protection dans une le pour repasser le
fleuve. Les tirailleurs de Hesse-Darmstadt se sont trs-bien battus.

Le vice-roi a aujourd'hui son quartier-gnral  Oedembourg.

Les effets les plus prcieux de la cour ont t transports de Bude 
Peterswalde, o l'impratrice s'est retire.

Le duc de Raguse est arriv  Laybach.

Le gnral Macdonald est matre de Gratz; il cerne la citadelle qui fait
mine de rsister.

A la bataille d'Esling, le gnral de brigade Foulers, bless dans une
charge, fut prcipit de son cheval, et le gnral de division
Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, portant un ordre  la division de
cuirassiers qui chargeait, avait aussi t renvers. Nous avons eu la
satisfaction d'apprendre que ces deux gnreux et cent cinquante soldats
que nous croyions avoir perdus, ne sont que blesss, et taient rests
dans les bls, lorsque l'empereur ayant appris que les ponts du Danube
venaient de se rompre, ordonna de se concentrer entre Esling et
Gross-Aspern.

Le Danube baisse; cependant la continuation des chaleurs fait encore
craindre une crue.



Vienne, 8 juin 1809.

_Dix-septime bulletin de la grande arme._

Le colonel Gorgoli, aide-de-camp de l'empereur de Russie, est arriv
au quartier-imprial avec une lettre de ce souverain pour S. M. Il
a annonc que l'arme russe se dirigeant sur Olmutz avait pass la
frontire le 24 mai.

L'empereur a pass avant-hier la revue de sa garde, infanterie,
cavalerie et artillerie. Les habitans de Vienne ont admir le nombre, la
belle tenue et le bon tat de ces troupes.

Le vice-roi s'est port avec l'arme d'Italie  Oedembourg, en Hongrie.
Il parat que l'archiduc Jean cherche  rallier son arme sur Raab.

Le duc de Raguse est arriv avec l'arme de Dalmatie, le 3 de ce mois, 
Laybach.

Les chaleurs sont trs-fortes, et les gens-pratiques du Danube annoncent
qu'il y aura un dbordement d'ici  peu de jours. On profite de ce temps
pour achever, indpendamment des ponts de bateaux et de radeaux, de
planter les pilotis.

Tous les renseignemens que l'on reoit du ct de l'ennemi annoncent que
les villes de Presbourg, Brunn et Znam sont remplies de blesss. Les
Autrichiens valuent eux-mmes leur perte  dix-huit mille hommes.

Le prince Poniatowski, avec l'arme du grand-duch de Varsovie, poursuit
ses succs. Aprs la prise de Sandomir, il s'est empar de la forteresse
de Zamosc, o il a fait prouver  l'ennemi une perte de trois mille
hommes et pris trente pices de canon. Tous les Polonais qui sont 
l'arme autrichienne dsertent.

L'ennemi, aprs avoir chou devant Thorn, a t vivement poursuivi par
le gnral Dombrowski.

L'archiduc Ferdinand ne retirera que de la honte de son expdition. Il
doit tre arriv dans la Silsie autrichienne, rduit au tiers de ses
forces.

Le snateur Wibiski s'est distingu par ses sentimens patriotiques et
son activit.

M. le comte de Metternich st arriv  Vienne. Il va tre chang aux
avant-postes avec la lgation franaise,  qui les Autrichiens avaient,
contre le droit des gens, refus des passeports, et qu'ils avaient
emmene  Pest.



Vienne, 13 juin 1809.

_Dix-huitime bulletin de la grande arme._

La division du gnral Chasteller, qui avait insurg le Tyrol, a pass
le 4 de ce mois aux environs de Clagenfurth, pour se jeter en Hongrie.
Le gnral Rusca a march  elle, et il y a eu un engagement assez vif,
o l'ennemi a t battu, et o on lui a fait neuf cents prisonniers.

Le prince Eugne, avec un gros corps, manoeuvre au milieu de la Hongrie.

Depuis quelques jours le Danube a augment d'un pied.

Le gnral Gratien, avec une division hollandaise, ayant march
sur Stralsund, o s'tait retranch le nomm Schill, a enlev ses
retranchemens d'assaut. Schill avait donn ordre de brler la ville pour
assurer sa retraite, mais sa bande n'en a pas eu le temps; elle a t
en entier tue ou prise; lui-mme a t tu sur la grande place prs du
corps-de-garde, dans le moment o il se sauvait et cherchait  gagner le
port pour s'embarquer.

L'archiduc Ferdinand a vacu prcipitamment Varsovie le 2 juin. Ainsi
tout le grand-duch est abandonn par l'arme ennemie, tandis que les
troupes que commande le prince Poniatowski occupent les trois quarts de
la Galicie.



Vienne, 16 juin 1809.

_Dix-neuvime bulletin de la grande arme._

L'anniversaire de la bataille de Marengo a t clbr par la victoire
de Raab, que la droite de l'arme commande par le vice-roi, a remporte
sur les corps runis de l'archiduc Jean et de l'archiduc Palatin.

Depuis la bataille de la Piave, le vice-roi a poursuivi l'archiduc Jean,
l'pe dans les reins.

L'arme autrichienne esprait se cantonner aux sources de la Raab, entre
Saint-Gothard et Comorn.

Le 5 juin, le vice-roi partit de Neustadt et porta son quartier-gnral
 Oedembourg, en Hongrie.

Le 7, il continua son mouvement, et arriva  Guns. Le gnral Lauriston,
avec son corps d'observation, le rejoignit sur la gauche.

Le 8, le gnral Montbrun, avec sa division de cavalerie lgre, fora
le passage de la Raabnilz, auprs de Sovenshaga, culbuta trois cents
cavaliers de l'insurrection hongroise, et les rejeta sur Raab.

Le 9, le vice-roi se porta sur Sarvar.

La cavalerie du gnral Grouchy rencontra l'arrire-garde ennemie 
Vasvar, et fit quelques prisonniers.

Le 10, le gnral Macdonald, venant de Gratz, arriva  Comorn.

Le 11, le gnral de division Grenier rencontra  Karako, une colonne de
flanqueurs ennemis qui dfendait le pont, et passa la rivire de vive
force. Le gnral Debroc, avec le neuvime de hussards, a fait une belle
charge sur un bataillon de quatre cents hommes, dont trois cents ont t
faits prisonniers.

Le 12, l'arme dboucha par le pont de Merse sur Papa. Le vice-roi
aperut d'une hauteur toute l'arme ennemie en bataille. Le gnral
de division Montbrun, gnral de cavalerie et officier d'une grande
esprance, dboucha dans la plaine, attaqua et culbuta la cavalerie
ennemie, aprs avoir fait plusieurs manoeuvres prcises et vigoureuses.
L'ennemi avait dj commenc sa retraite. Le vice-roi passa la nuit 
Papa.

Le 13,  cinq heures du matin, l'arme se mit en marche pour se porter
sur Raab. Notre cavalerie et la cavalerie autrichienne se rencontrrent
un village de Szanak. L'ennemi fut culbut et on lui fit quatre cents
prisonniers.

L'archiduc Jean, ayant fait sa jonction avec l'archiduc Palatin, prs de
Raab, prit position sur de belles hauteurs, la droite appuye  Raab,
ville fortifie, et la gauche couvrant le chemin de Comorn, autre place
forte de la Hongrie.

Le 14  onze heures du matin, le vice-roi range son arme en bataille,
et avec trente-cinq mille hommes, en attaque cinquante mille. L'ardeur
de nos troupes est encore augmente par le souvenir de la victoire
mmorable qui a consacr cette journe. Tous les soldats poussent des
cris de joie  la vue de l'arme ennemie, qui tait sur trois lignes et
compose de vingt  vingt-cinq mille hommes, restes de cette superbe
arme d'Italie, qui nagure se croyait dj matresse de toute l'Italie;
de dix mille hommes commands par le gnral Haddick, et forms des
rserves des places fortes de Hongrie; de cinq  six mille hommes
composs des dbris runis du corps de Jellachich, et des autres
colonnes du Tyrol, chapps aux mouvemens de l'arme, par les gorges de
la Carinthie; enfin, de douze a quinze mille hommes de l'insurrection
hongroise, cavalerie et infanterie.

Le vice-roi plaa son arme, la cavalerie du gnral Montbrun, la
brigade du gnral Colbert et la cavalerie du gnral Grouchy sur la
droite; le corps du gnral Grenier, formant deux chelons, dont la
division du gnral Serras formait l'chelon de droite, en avant; une
division italienne commande par le gnral Baragucy-d'Hilliers, formant
le second chelon, et la division du gnral Puthod, en rserve. Le
gnral Lauriston, avec son corps d'observation, soutenu par le gnral
Sahuc, formait l'extrme gauche, et observait la place de Raab.

A deux heures aprs midi, la canonnade s'engagea. A trois heures, le
premier, le second et le troisime chelons, en vinrent aux mains. La
fusillade devint vive, la premire ligne de l'ennemi fut culbute,
mais la seconde ligne arrta un instant l'imptuosit de notre premier
chelon qui fut aussitt renforc et la culbuta. Alors la rserve de
l'ennemi se prsenta. Le vice-roi qui suivait tous les mouvemens de
l'ennemi, marcha, de son ct, avec sa rserve: la belle position des
Autrichiens fut enleve, et  quatre heures la victoire tait dcide.

L'ennemi, en pleine droute, se serait difficilement ralli si un dfil
ne s'tait oppos aux mouvemens de notre cavalerie. Trois mille hommes
faits prisonniers, six pices de canon et quatre drapeaux, sont les
trophes de cette journe. L'ennemi a laiss sur le champ de bataille
trois mille morts, parmi lesquels on a trouv un gnral major. Notre
perte s'est leve  neuf cents hommes tus ou blesss. Au nombre des
premiers se trouve le colonel Thierry, du vingt-troisime rgiment
d'infanterie lgre, et parmi les derniers, le gnral de brigade
Valentin et le colonel Expert.

Le vice-roi fait une mention particulire des gnraux Grenier,
Montbrun, Serras et Danthouard. La division italienne Severoli a montr
beaucoup de prcision et de sang-froid. Plusieurs gnraux ont eu leurs
chevaux tus; quatre aides-de-camp du vice-roi ont t lgrement
atteints. Ce prince a t constamment au milieu de la plus grande mle.
L'artillerie commande par le gnral Sabatier, a soutenu sa rputation.

Le champ de bataille de Raab avait t ds long-temps reconnu par
l'ennemi, car il annonait fort  l'avance qu'il tiendrait dans cette
belle position. Le 15, il a t vivement poursuivi sur la route de
Comorn et de Pest.

Les habitans du pays sont tranquilles, et ne prennent aucune part  la
guerre. La proclamation de l'empereur a mis de l'agitation dans
les esprits. On sait que la nation hongroise a toujours dsir son
indpendance. La partie de l'insurrection qui se trouve  l'arme avait
dj t leve par la dernire dite; elle est sous les armes et elle
obt.



Vienne, 20 juin 1809.

_Vingtime bulletin de la grande arme._

Lorsque la nouvelle de la victoire de Raab arriva  Bude, l'impratrice
en partit  l'heure mme, ainsi que tout ce qui tenait au gouvernement.

L'arme ennemie a t poursuivie pendant les journes du 15 et du 16;
elle a pass le Danube sur le pont de Comorn. La ville de Raab a t
investie. On espre tre matre sous peu de jours de cette place
importante. On a trouv dans les faubourgs des magasins assez
considrables.

On a pris le superbe camp retranch de Raab, qui pouvait contenir cent
mille hommes. La colonne destine  le dfendre n'a pu s'y introduire;
elle a t coupe.

Un courrier venant de Bude, a t intercept. Les dpches crites en
latin, dont il tait porteur, font connatre l'effet qu'a produit la
bataille de Raab.

L'ennemi inonde le pays de faux bruits; cela tient au systme adopt
pour remuer les dernires classes du peuple.

M. de Metternich est parti le 18 de Vienne. Il sera chang entre Comorn
et Bude, avec M. Dodun et les autres personnes de la lgation franaise.

M. d'Epinay, officier d'ordonnance de S.M., est arriv  Ptersbourg. Il
a pass au quartier-gnral de l'arme russe. Le prince Serge-Galitzin
est entr en Galicie le 3 de ce mois, sur trois colonnes; savoir,
celle du gnral Levis par Drohyezim; celle du prince Gortszakoff par
Therespold, et celle du prince Suwarow par Wlodzimirz.



Vienne, 22 juin 1809.

_Vingt-unime bulletin de la grande arme._

Un aide-de-camp du prince Joseph Poniatowski est arriv du
quartier-gnral de l'arme du grand-duch. Le 10 de ce mois le prince
Serge Galitzin devait tre  Lublin et son avant-garde  Sandomir.

L'ennemi se complat  rpandre des bulletins phmres, o il rapporte
tous les jours une victoire: selon lui, il a pris vingt mille fusils et
deux mille cuirasses  la bataille d'Esling. Il dit que le 21 et le
22 il tait matre du champ de bataille. Il a mme fait imprimer et
rpandre une gravure de celle bataille, o on le voit enjambant de l'une
 l'autre rive, et ses batteries traversant les les et le champ de
bataille dans tous les sens. Il imagine aussi une bataille, qu'il
appelle la bataille de Kitse, dans laquelle un nombre immense de
Franais auraient t pris ou tus. Ces purilits, colportes par de
petites colonnes de landwehrs comme celle de Schill, sont une tactique
employe pour inquiter et soulever le pays.

Le gnral Maziani qui a t fait prisonnier  la bataille de Raab, est
arriv au quartier-gnral. Il dit que, depuis la bataille de la Piave,
l'archiduc Jean avait perdu les deux tiers de son monde; qu'il a ensuite
reu des recrues qui ont  peu prs rempli les cadres, mais qui ne
savent pas faire usage de leurs fusils. Il porte  douze mille hommes la
perte de l'archiduc Jean et du Palatin  la bataille de Raab. Selon le
rapport des prisonniers hongrois, l'archiduc Palatin a t le premier
dans cette journe  prendre la fuite.

Quelques personnes ont voulu mettre en opposition la force de l'arme
autrichienne  Esling, estime  quatre-vingt-dix mille hommes, avec
les quatre-vingt mille hommes qui ont t faits prisonniers depuis
l'ouverture de la campagne; elles ont montr peu de rflexion. L'arme
autrichienne est entre en campagne avec neuf corps d'arme de quarante
mille hommes chacun, et il y avait dans l'intrieur des corps de recrues
et de landwehrs; de sorte que l'Autriche avait rellement plus de quatre
cent mille hommes sous les armes. Depuis la bataille d'Ebensberg jusqu'
la prise de Vienne, y compris l'Italie et la Pologne, on peut avoir fait
cent mille prisonniers  l'ennemi, et il a perdu cent mille hommes tus,
dserteurs ou gars. Il devait donc lui rester encore deux cent mille
hommes distribus comme il suit: l'archiduc Jean avait  la bataille de
Raab cinquante mille hommes, la principale arme autrichienne avait,
avant la bataille d'Esling quatre-vingt-dix mille hommes; il restait
donc, vingt-cinq mille hommes  l'archiduc Ferdinand  Varsovie, et
vingt-cinq mille hommes taient dissmins dans le Tyrol, dans la
Croatie et rpandus en partisans sur les confins de la Bohme.

L'arme autrichienne  Esling tait compose du premier corps command
par le gnral Bellegarde, le seul qui n'et pas donn et qui ft encore
entier, et des dbris du deuxime, du troisime, du quatrime, du
cinquime et du sixime corps qui avaient t crass dans les batailles
prcdentes. Si ces corps n'avaient rien perdu et eussent t runis
tels qu'ils taient au commencement de la campagne, ils auraient
form deux cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de
quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont normes les
pertes qu'il avait prouves.

Lorsque l'archiduc Jean est entr en campagne, son arme tait compose
des huitime et neuvime corps, formant quatre-vingt mille hommes. A
Raab elle se trouvait de cinquante mille hommes. Sa perte aurait donc
t de trente mille hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes taient
compris quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte tait donc
rellement de quarante-cinq mille hommes.

L'archiduc Ferdinand tait entr  Varsovie avec le septime corps
formant quarante mille hommes. Il est rduit  vingt-cinq mille. Sa
perte est donc de quinze mille hommes.

On voit comment ces diffrens calculs se vrifient.

Le vice-roi a battu  Raab cinquante mille hommes avec trente mille
Franais.

A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont t battus et contenus par
trente mille Franais qui les auraient mis dans une complte droute
et dtruits, sans l'vnement des ponts qui a produit le dfaut de
munitions.

Les grands efforts de l'Autriche ont t le rsultat du papier-monnaie,
et de la rsolution que le gouvernement autrichien a prise de jouer le
tout pour le tout. Dans le pril d'une banqueroute qui aurait pu amener
une rvolution, il a prfr ajouter cinq cents millions  la masse de
son papier-monnaie, et tenter un dernier effort pour le faire escompter
par l'Allemagne, l'Italie et la Pologne. Il est fort probable que cette
raison ait influ plus que toute autre, sur ses dterminations.

Pas un seul rgiment franais n'a t tir d'Espagne, si ce n'est la
garde impriale.

Le gnral comte Lauriston continue le sige de Raab avec la plus grande
activit. La ville brle dj depuis vingt-quatre heures, et cette arme
qui a remport  Esling une si grande victoire, qu'elle s'est empare
de vingt mille fusils et de deux mille cuirasses; cette arme qui,  la
bataille de Kitse, a tu tant de monde et fait tant de prisonniers;
cette arme qui, selon ses bulletins apocryphes, a obtenu de si grands
avantages  la bataille de Raab, voit tranquillement assiger et brler
ses principales places et inonder la Hongrie de partis, et fait sauver
son impratrice, ses dicastres, tous les effets prcieux de son
gouvernement, jusqu'aux frontires de la Turquie et aux extrmits les
plus recules de l'Europe.

Un major autrichien a eu la fantaisie de passer le Danube sur deux
bateaux  l'embouchure de la Marsch. Le gnral Gilly-Vieux s'est port
 sa rencontre avec quelques compagnies, l'a jet dans l'eau et lui a
fait quarante prisonniers.



Vienne, 24 juin 1809.

_Vingt-deuxime bulletin de la grande arme._

La place de Raab a capitul. Cette ville est une excellente position
au centre de la Hongrie. Son enceinte est bastionne, ses fosss sont
pleins d'eau, et une inondation en couvre une hommes, la principale
arme autrichienne avait, avant la bataille d'Esling quatre-vingt-dix
mille hommes; il restait donc, vingt-cinq mille hommes  l'archiduc
Ferdinand  Varsovie, et vingt-cinq mille hommes taient dissmins dans
le Tyrol, dans la Croatie et rpandus en partisans sur les confins de la
Bohme.

L'arme autrichienne  Esling tait compose du premier corps command
par le gnral Bellegarde, le seul qui n'et pas donn et qui ft encore
entier, et des dbris du deuxime, du troisime, du quatrime, du
cinquime et du sixime corps qui avaient t crass dans les batailles
prcdentes. Si ces corps n'avaient rien perdu et eussent t runis
tels qu'ils taient au commencement de la campagne, ils auraient
form deux cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de
quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont normes les
pertes qu'il avait prouves.

Lorsque l'archiduc Jean est entr en campagne, son arme tait compose
des huitime et neuvime corps, formant quatre-vingt mille hommes. A
Raab elle se trouvait de cinquante mille hommes. Sa perte aurait donc
t de trente mille hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes taient
compris quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte tait donc
rellement de quarante-cinq mille hommes.

L'archiduc Ferdinand tait entr  Varsovie avec le septime corps
formant quarante mille hommes. Il est rduit  vingt-cinq mille. Sa
perte est donc de quinze mille hommes.

On voit comment ces diffrens calculs se vrifient.

Le vice-roi a battu  Raab cinquante mille hommes avec trente mille
Franais.

A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont t battus et contenus par
trente mille Franais qui les auraient mis dans une complte droute
et dtruits, sans l'vnement des ponts qui a produit le dfaut de
munitions.



Vienne, 28 juin 1809.

_Vingt-troisime bulletin de la grande arme._

Le 25 de ce mois, S. M. a pass en revue un grand nombre de troupes sur
les hauteurs de Schoenbrunn. On a remarqu une superbe ligne de huit
mille hommes de cavalerie dont la garde faisait partie, et o ne se
trouvait pas un rgiment de cuirassiers. On a remarqu galement une
ligne de deux cents pices de canon. La tenue et l'air martial des
troupes excitaient l'admiration des spectateurs.

Samedi 24,  quatre heures aprs-midi, nos troupes sont entres  Raab.
Le 25, la garnison prisonnire de guerre est partie. Dcompte fait, elle
s'est trouve monter  deux mille cinq cents hommes.

S. M. a donn au gnral de division Narbonne le commandement de cette
place et de tous les comitats hongrois soumis aux armes franaises.

Le duc d'Auerstaedt est devant Presbourg. L'ennemi travaillait  des
fortifications. On lui a intim de cesser ses travaux s'il ne voulait
pas attirer de grands malheurs sur les paisibles habitans. Il n'en a
tenu compte: quatre cents bombes et obus l'ont forc de renoncer  son
projet, mais le feu a pris dans cette malheureuse ville, et plusieurs
quartiers ont t brls.

Le duc de Raguse avec l'arme de Dalmatie a pass la Drave le 22, et
marchait sur Dratz.

Le 24, le gnral Vandamme a fait embarquer  Molck trois cents
Wurtembergeois commands par le gnral Kechler, pour les jeter sur
l'autre rive, et avoir des nouvelles. Le dbarquement s'est fait. Ces
troupes ont mis en droute deux compagnies ennemies, et ont pris deux
officiers et quatre-vingts hommes du rgiment de Mitrowski.

Le prince de Ponte-Corvo et l'arme saxonne sont  Saint-Polien.

Le duc de Dantzick qui est  Lintz, a fait faire une reconnaissance sur
la rive gauche par le gnral de Wrede. Tous les postes ennemis ont t
repousss. On a pris plusieurs officiers et une vingtaine d'hommes.
L'objet de cette reconnaissance tait aussi de se procurer des
nouvelles.

La ville de Vienne est abondamment approvisionne de viande;
l'approvisionnement de pain est plus difficile  cause des embarras
qu'on prouve pour la mouture. Quant aux subsistances de l'arme, elles
sont assures pour six mois: elle a des vivres, du vin et des lgumes
en abondance. Le vin des caves des couvens a t mis en magasin pour
fournir aux distributions  faire  l'arme. On a runi ainsi plusieurs
millions de bouteilles.

Le 10 avril, au moment mme o le gnral autrichien prostituait son
caractre et tendait un pige au roi de Bavire, en crivant la lettre
qui a t insre dans tous les papiers publics, le gnral Chasteller
insurgeait le Tyrol et surprenait sept cents conscrits franais qui
allaient  Augsbourg o taient leurs rgimens, et qui marchaient sur la
foi de la paix. Obligs de se rendre et faits prisonniers, ils furent
massacrs. Parmi eux se trouvaient quatre-vingt Belges ns dans la mme
ville que Chasteller. Dix-huit cents Bavarois, faits prisonniers  la
mme poque, furent aussi massacrs. Chasteller qui commandait fut
tmoin de ces horreurs. Non-seulement il ne s'y opposa point, mais on
l'accusa d'avoir souri  ce massacre, esprant que les Tyroliens, ayant
 redouter la vengeance d'un crime dont ils ne pouvaient esprer le
pardon, seraient ainsi plus fortement engags dans leur rbellion.

Lorsque S. M. eut connaissance de ces atrocits, elle se trouva dans une
position difficile: si elle voulait recourir aux reprsailles, vingt
gnraux, mille officiers, quatre-vingt mille hommes faits prisonniers
pendant le mois d'avril pouvaient satisfaire aux mnes des malheureux
Franais si lchement gorgs. Mais des prisonniers n'appartiennent
pas  la puissance pour laquelle ils ont combattu; ils sont tous la
sauve-garde de l'honneur et de la gnrosit de la nation qui les a
dsarms. S. M. considra Chasteller comme tant sans aveu; car, malgr
les proclamations furibondes et les discours violens des princes de la
maison de Lorraine, il tait impossible de croire qu'ils approuvaient
de pareils attentats. S. M. fit en consquence publier l'ordre du jour
suivant:



Au quartier-gnral imprial  Ens, le 5 mai 1809.

_Ordre du jour._

D'aprs les ordres de l'empereur, le nomm Chasteller, soi-disant
gnral au service d'Autriche, moteur de l'insurrection du Tyrol,
et prvenu d'tre l'auteur des massacres commis sur les prisonniers
bavarois et franais par les insurgs, sera traduit  une commission
militaire, aussitt qu'il sera fait prisonnier, et pass par les armes
s'il y a lieu, dans les vingt-quatre heures qui suivront la saisie.

BERTHIER.


A la bataille d'Esling, le gnral Durosnel, portant un ordre  un
escadron avanc, fut fait prisonnier par vingt-cinq hulans. L'empereur
d'Autriche, fier d'un triomphe si facile, fit publier un ordre du jour
conu en ces termes:

_Copie d'une lettre de S. M. l'empereur d'Autriche au prince Charles._

Mon cher frre,

J'ai appris que l'empereur Napolon a dclar le marquis de Chasteller
hors du droit des gens. Cette conduite injuste et contraire aux usages
des nations, et dont on n'a aucun exemple dans les dernires poques de
l'histoire, m'oblige d'user de reprsailles: en consquence, j'ordonne
que les gnraux franais Durosnel et Foulers soient gards comme
otages, pour subir le mme sort et les mmes traitemens que l'empereur
Napolon se permettrait de faire prouver au gnral Chasteller. Il
en cote  mon coeur de donner un pareil ordre, mais je le dois 
mes braves guerriers et  mes braves peuples, qu'un pareil sort peut
atteindre au milieu des devoirs qu'ils remplissent avec tant de
dvouement. Je vous charge de faire connatre cette lettre  l'arme,
et de l'envoyer, par un parlementaire, au major-gnral de l'empereur
Napolon.

_Sign_ FRANOIS.


Aussitt que cet ordre du jour parvint  la connaissance de S. M., elle
ordonna d'arrter le prince de Colloredo, le prince Metternich, le comte
de Pergen et le comte de Harddeck, et de les conduire en France, pour
rpondre des jours des gnraux Durosnel et Foulers. Le major-gnral
crivit au chef d'tat-major de l'arme autrichienne la lettre
ci-jointe:

_A monsieur le major-gnral de l'arme autrichienne._

Monsieur,

S. M. l'empereur a eu connaissance d'un ordre donn par l'empereur
Franois, qui dclare que les gnraux franais Durosnel et Foulers, que
les circonstances de la guerre ont mis en son pouvoir, doivent rpondre
de la peine que les lois de la justice infligeraient  M. Chasteller,
qui s'est mis  la tte des insurgs du Tyrol, et a laiss gorger sept
cents prisonniers franais et dix-huit  dix-neuf cents Bavarois; crime
inou dans l'histoire des nations, qui et pu exciter une terrible
reprsaille contre quarante feld-marchaux-lieutenans, trente-six
gnraux-majors, plus de soixante colonels ou majors, douze cents
officiers et quatre-vingt mille soldats, qui sont nos prisonniers, si S.
M. ne regardait les prisonniers comme placs sous sa foi ou son honneur,
et d'ailleurs n'avait eu des preuves que les officiers autrichiens du
Tyrol en ont t aussi indigns que nous.

Cependant, S. M. a ordonn que le prince de Colloredo, le prince
Metternich, le comte Frdric de Harddeck et le comte Pergen, seraient
arrts et transfrs en France, pour rpondre de la sret des gnraux
Durosnel et Foulers, menacs par l'ordre du jour de votre souverain.
Ces officiers pourront mourir, monsieur, mais ils ne mourront pas sans
vengeance: cette vengeance ne tombera sur aucun prisonnier, mais sur les
parens de ceux qui ordonneraient leur mort.

Quant  M. Chasteller, il n'est pas encore au pouvoir de l'arme; mais
s'il est arrt, vous pouvez compter que son procs sera instruit, et
qu'il sera traduit  une commission militaire. Je prie votre excellence
de croire aux sentimens de ma haute considration.

Le major-gnral _Sign_ BERTHIER.


La ville de Vienne et le corps des tats de la Basse-Autriche
sollicitrent la clmence de S. M., et demandrent  envoyer une
dputation  l'empereur Franois, pour faire sentir la draison du
procd dont on usait  l'gard des gnraux Durosnel et Foulers, pour
reprsenter que Chasteller n'tait pas condamn, qu'il n'tait point
arrt, qu'il tait seulement traduit devant les tribunaux; que les
pres, les femmes, les enfans, les proprits des gnraux autrichiens
taient entre les mains des Franais, et que l'arme franaise tait
dcide, si l'on attentait  un seul prisonnier,  faire un exemple dont
la postrit conserverait long-temps le souvenir.

L'estime que S. M. accorde aux bons habitans de Vienne et aux corps des
tats, la dtermina  accder  cette demande. Elle autorisa MM. de
Colloredo, de Metternich, de Pergen et de Harddeck  rester  Vienne,
et la dputation  partir pour le quartier-gnral de l'empereur
d'Autriche.

Cette dputation est de retour. L'empereur Franois a rpondu  ses
reprsentations qu'il ignorait le massacre des prisonniers franais en
Tyrol; qu'il compatissait aux maux de la capitale et des provinces; que
ses ministres l'avaient tromp, etc., etc., etc. Les dputs firent
observer que tous les hommes sages voient avec peine l'existence de
cette poigne de brouillons qui, par les dmarches qu'ils conseillent,
par les proclamations, les ordres du jour, etc., etc., etc., qu'ils font
adopter, ne cherchent qu' fomenter les passions et les haines, et
 exasprer un ennemi matre de la Croatie, de la Carniole, de la
Carinthie, de la Styrie, de la Haute et de la Basse-Autriche, de la
capitale de l'empire et d'une grande partie de la Hongrie; que les
sentimens de l'empereur pour ses sujets devaient le porter  calmer le
vainqueur, plutt qu' l'irriter, et  donner  la guerre le caractre
qui lui est naturel chez les peuples civiliss, puisque ce vainqueur
pouvait en appesantir les maux sur la moiti de la monarchie.

On dit que l'empereur d'Autriche a rpondu que la plupart des crits
dont les dputs voulaient parler, taient controuvs; que ceux, dont on
ne dsavouait pas l'existence, taient plus modrs; que les rdacteurs
dont on se servait, taient d'ailleurs des commis franais, et que,
lorsque ces crits contenaient des choses inconvenantes, on ne s'en
apercevait que quand le mal tait fait. Si cette rponse qui court dans
le public, est vraie, nous n'avons aucune observation  faire. On ne
peut mconnatre l'influence de l'Angleterre; car ce petit nombre
d'hommes, tratres  leur patrie, est certainement  la solde de cette
puissance.

Lorsque les dputs ont pass  Bude, ils ont vu l'impratrice; c'tait
quelques jours avant qu'elle ft oblige de quitter cette ville. Ils
l'ont trouve change, abattue et consterne des malheurs qui menaaient
sa maison. L'opinion de la monarchie est extrmement dfavorable 
la famille de cette princesse. C'est cette famille qui a excit 
la guerre. Les archiducs Palatin et Rgnier sont les seuls princes
autrichiens qui aient insist pour le maintien de la paix. L'impratrice
tait loin de prvoir les vnemens qui se sont passs. Elle a beaucoup
pleur; elle a montr un grand effroi du nuage pais qui couvre
l'avenir; elle parlait de paix; elle demandait la paix; elle conjurait
les dputs de parler  l'empereur Franois en faveur de la paix.
Ils ont rapport que la conduite de l'archiduc Maximilien avait t
dsavoue, et que l'empereur d'Autriche l'avait envoy au fond de la
Hongrie.



Vienne, 3 juillet 1809.

_Vingt-quatrime bulletin de la grande arme._

Le gnral Broussier avait laiss deux bataillons du
quatre-vingt-quatrime rgiment de ligne dans la ville de Gratz, et
s'tait port sur Vilden, pour se joindre  l'arme de Dalmatie.

Le 26 juin, le gnral Giulay se prsenta devant Gratz, avec dix mille
hommes, composs, il est vrai, de Croates et de rgimens des frontires.
Le quatre-vingt-quatrime se cantonna dans un des faubourgs de la ville,
repoussa les attaques de l'ennemi, les culbuta partout, lui prit cinq
cents hommes, deux drapeaux, et se maintint dans sa position pendant
quatorze heures, donnant le temps au gnral Broussier de le secourir.
Ce combat d'un contre dix, a couvert de gloire le quatre-vingt-quatrime
et son colonel, Gambin. Les drapeaux ont t prsents  S. M.  la
parade. Nous avons  regretter vingt tus et quatre-vingt-douze blesss
de ces braves gens.

Le duc d'Auerstaedt a fait attaquer le 30, une des les du Danube, peu
loigne de la rive droite, vis--vis Presbourg, o l'ennemi avait
quelques troupes.

Le gnral Gudin a dirig cette opration avec habilet: elle a
t excute par le colonel Decouz et par le vingt-unime rgiment
d'infanterie de ligne, que commande cet officier. A deux heures du
matin, ce rgiment, partie  la nage, partie dans des nacelles, a pass
le trs-petit bras du Danube, s'est empar de l'le, a culbut les
quinze cents hommes qui s'y trouvaient, a fait deux cent cinquante
prisonniers, parmi lesquels le colonel du rgiment de Saint-Julien et
plusieurs officiers, et a pris trois pices de canon que l'ennemi avait
dbarques pour la dfense de l'le.

Enfin, il n'existe plus de Danube pour l'arme franaise: le gnral
comte Bertrand a fait excuter des travaux qui excitent l'tonnement et
inspirent l'admiration.

Sur une largeur de quatre cents toises, et sur un fleuve le plus rapide
du monde, il a, en quinze jours, construit un pont form de soixante
arches, o trois voitures peuvent passer de front; un second pont de
pilotis a t construit, mais pour l'infanterie seulement, et de la
largeur de huit pieds. Aprs ces deux ponts, vient un pont de bateaux.
Nous pouvons donc passer le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts
sont assurs contre toute insulte, mme contre l'effet des brlots et
machines incendiaires, par des estacades sur pilotis, construites entre
les les, dans diffrentes directions, et dont les plus loignes sont
 deux cent cinquante toises des ponts. Quand on voit ces immenses
travaux, on croit qu'on a employ plusieurs annes  les excuter; ils
sont cependant l'ouvrage de quinze  vingt jours: ces beaux travaux
sont dfendus par des ttes de pont ayant chacune seize cents toises de
dveloppement, formes de redoutes palissades, fraises et entoures
de fosses pleins d'eau. L'le de Lobau est une place forte: il y a des
manutentions de vivres, cent pices de gros calibre et vingt mortiers ou
obusiers de sige en batterie. Vis--vis Esling, sur le dernier bras
du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est
couvert par une tte de pont qui avait t construite lors du premier
passage.

Le gnral Legrand, avec sa division, occupe les bois en avant de
la tte du pont. L'arme ennemie est en bataille, couverte par des
redoutes, la gauche  Euzendorf, la droite  Gros-Aspern: quelques
lgres fusillades d'avant-postes ont eu lieu.

A prsent que le passage du Danube est assur, que nos ponts sont 
l'abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera
dcid dans une seule affaire.

Les eaux du Danube taient le premier juillet de quatre pieds au-dessous
des plus basses et de-treize pieds au-dessous des plus hautes.

La rapidit de ce fleuve dans cette partie est, lors des grandes eaux,
de sept  douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds
six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En
Hongrie, elle diminue beaucoup, et  l'endroit o Trajan fit jeter un
pont, elle est presque insensible. Le Danube est l d'une largeur de
quatre cent cinquante toises; ici il n'est que de quatre cents. Le pont
de Trajan tait un pont de pierres fait en plusieurs annes. Le pont de
Csar, sur le Rhin, fut jet, il est vrai, en huit jours, mais aucune
voiture charge n'y pouvait passer.

Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui
aient jamais t construits.

Le prince Gagarin, aide-de-camp de l'empereur de Russie, est arriv
avant-hier  quatre heures du matin  Schoenbrunn, au moment o
l'empereur montait  cheval. Il tait parti de Ptersbourg le 8 juin. Il
a apport des nouvelles de la marche de l'arme russe en Gallicie.

Sa Majest a quitt Schoenbrunn. Elle campe depuis deux jours. Ses
tentes sont fort belles et faites  la manire des tentes gyptiennes.



Wolfersdorf, 8 juillet 1809.

_Vingt-cinquime bulletin de la grande arme._

Les travaux du gnral comte Bertrand et du corps qu'il commande,
avaient, ds les premiers jours du mois, dompt entirement le Danube.
S. M. rsolut, sur-le-champ, de runir son arme dans l'le de Lobau,
de dboucher sur l'arme autrichienne et de lui livrer une bataille
gnrale. Ce n'tait pas que la position de l'arme franaise ne ft
trs-belle  Vienne; matresse de toute la rive droite du Danube, ayant
en son pouvoir l'Autriche et une forte partie de la Hongrie, elle se
trouvait dans la plus grande abondance. Si l'on prouvait quelques
difficults pour l'approvisionnement de la population de Vienne, cela
tenait  la mauvaise organisation de l'administration,  quelques
embarras que chaque jour aurait fait cesser, et aux difficults qui
naissent naturellement de circonstances telles que celles o l'on se
trouvait, et dans un pays o le commerce des grains est un privilge
exclusif du gouvernement. Mais comment rester ainsi spar de l'arme
ennemie par un canal de trois ou quatre cents toises, lorsque les moyens
de passage avaient t prpars et assurs? C'et t accrditer les
impostures que l'ennemi a dbites et rpandues avec tant de profusion
dans son pays et dans les pays voisins. C'tait laisser du doute sur les
vnemens d'Esling; c'tait enfin autoriser  supposer qu'il y avait
une galit de consistance entre deux armes si diffrentes, dont
l'une tait anime et en quelque sorte renforce par des succs et des
victoires multiplies, et l'autre tait dcourage par les revers les
plus mmorables.

Tous les renseignemens que l'on avait sur l'arme autrichienne portaient
qu'elle tait considrable, qu'elle avait t recrute par de nombreuses
rserves, par les leves de Moravie et de Hongrie, par toutes les
landwehrs des provinces; qu'elle avait remont sa cavalerie par des
rquisitions dans tous les cercles, et tripl ses attelages d'artillerie
en faisant d'immenses leves de charrettes et de chevaux en Moravie, en
Bohme et en Hongrie. Pour ajouter de nouvelles chances en leur faveur,
les gnraux autrichiens avaient tabli des ouvrages de campagne dont la
droite tait appuye  Gros-Aspern et la gauche  Enzersdorf.

Les villages d'Aspern, d'Esling et d'Enzersdorf, et les intervalles qui
les sparaient, taient couverts de redoutes palissades, fraises et
armes de plus de cent cinquante pices de canon de position, tires des
places de la Bohme et de la Moravie. On ne concevait pas comment il
tait possible qu'avec son exprience de la guerre, l'empereur voult
attaquer des ouvrages si puissamment dfendus, soutenus par une arme
qu'on valuait  deux cent mille hommes, tant de troupes de ligne
que des milices et de l'insurrection, et qui taient appuys par une
artillerie de huit ou neuf cents pices de campagne. Il paraissait plus
simple de jeter de nouveaux ponts sur le Danube, quelques lieues plus
bas, et de rendre ainsi inutile le champ de bataille prpar par
l'ennemi. Mais dans ce dernier cas, on ne voyait pas comment carter
les inconvniens qui avaient dj failli tre funestes  l'arme, et
parvenir en deux ou trois jours  mettre ces nouveaux ponts  l'abri des
machines de l'ennemi.

D'un autre ct, l'empereur tait tranquille. On voyait lever ouvrages
sur ouvrages dans l'le de Lobau, et tablir sur le mme point,
plusieurs ponts sur pilotis et plusieurs rangs d'estacades.

Cette situation de l'arme franaise, place entre ces deux grandes
difficults, n'avait pas chapp  l'ennemi. Il convenait que son arme
trop nombreuse et pas assez maniable, s'exposerait  une perte certaine,
si elle prenait l'offensive; mais en mme temps, il croyait qu'il tait
impossible de le dposter de la position centrale o il couvrait la
Bohme, la Moravie et une partie de la Hongrie. Il est vrai que
cette position ne couvrait pas Vienne et que les Franais taient en
possession de cette capitale; mais cette position tait, jusqu' un
certain point, dispute, puisque les Autrichiens se maintenaient matres
du Danube, et empchaient les arrivages des choses les plus ncessaires
 la subsistance d'une si grande cit.

Telles taient les raisons d'esprance et de crainte, et la matire des
conversations des deux armes, lorsque le premier juillet,  quatre
heures du matin, l'empereur porta son quartier-gnral  l'le Lobau,
qui avait dj t nomme, par les ingnieurs, le Napolon; une petite
le  laquelle on avait donn le nom du duc de Montebello et qui battait
Enzersdorf, avait t arme de dix mortiers et de vingt pices de
dix-huit. Une autre le, nomme le Espagne, avait t arme de six
pices de position de douze et de quatre mortiers. Entre ces deux les,
on avait tabli une batterie gale en force  celle de l'le Montebello
et battant galement Enzersdorf. Ces soixante-deux pices de position
avaient le mme but et devaient, en deux heures de temps, raser la
petite ville d'Enzersdorf, en chasser l'ennemi, et en dtruire les
ouvrages. Sur la droite, l'le Alexandre, arme de quatre mortiers, de
dix pices de douze et de douze pices de six de position, avaient pour
but de battre la plaine et de protger le ploiement et le dploiement de
nos ponts.

Le 2, un aide-de-camp du duc de Rivoli passa avec cinq cents voltigeurs,
dans l'le du Moulin, et s'en empara. On arma cette le; on la joignit
au continent par un petit pont qui allait  la rive gauche. En avant, on
construisit une petite flche que l'on appela redoute Petit. Le soir,
les redoutes d'Esling, en parurent jalouses: ne doutant pas que ce ne
ft une premire batterie que l'on voulait faire agir contre elles,
elles tirrent avec la plus grande activit. C'tait prcisment
l'intention que l'on avait eue en s'emparant de cette le; on voulait y
attirer l'attention de l'ennemi pour la dtourner du vritable but de
l'opration.

_Passage du bras du Danube  l'le Lobau._

Le 4,  dix heures du soir, le gnral Oudinot fit embarquer, sur le
grand bras du Danube, quinze cents voltigeurs, commands par le gnral
Conroux. Le colonel Baste, avec dix chaloupes canonnires, les convoya
et les dbarqua au-del du petit bras de l'le Lobau dans le Danube. Les
batteries de l'ennemi furent bientt crases, et il fut chass des bois
jusqu'au village de Muhllenten.

 onze heures du soir les batteries diriges contre Enzersdorf reurent
l'ordre de commencer leur feu. Les obus brlrent cette infortune
petite ville, et en moins d'une demi-heure les batteries ennemies furent
teintes.

Le chef de bataillon Dessales, directeur des quipages des ponts, et un
ingnieur de marine avaient prpar, dans le bras de l'le Alexandre, un
pont de quatre-vingts toises d'une seule pice et cinq gros bacs.

Le colonel Sainte-Croix, aide-de-camp du duc de Rivoli, se jeta dans
des barques avec deux mille cinq cents hommes et dbarqua sur la rive
gauche.

Le pont d'une seule pice, le premier de cette espce qui, jusqu'
ce jour, ait t construit, fut plac en moins de cinq minutes, et
l'infanterie y passa au pas acclr.

Le capitaine Buzelle jeta un pont de bateaux en une heure et demie.

Le capitaine Payerimoffe jeta un pont de radeaux en deux heures.

Ainsi,  deux heures aprs minuit, l'arme avait quatre ponts, et avait
dbouch, la gauche  quinze cents toises au-dessous d'Enzersdorf,
protge par les batteries, et la droite sur Vittau. Le corps du duc de
Rivoli forma la gauche; celui du comte Oudinot le centre, et celui du
duc d'Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo, du
vice-roi et du duc de Raguse, la garde et les cuirassiers formaient la
seconde ligne et les rserves. Une profonde obscurit, un violent orage
et une pluie qui tombait par torrens, rendait cette nuit aussi affreuse
qu'elle tait propice  l'arme franaise et qu'elle devait lui tre
glorieuse.

Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait
t le projet de l'empereur, qui se trouvait alors avec son arme en
bataille sur l'extrmit de la gauche de l'ennemi, ayant tourn ses
camps retranchs, ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant
ainsi les Autrichiens  sortir de leurs positions et  venir lui livrer
bataille, dans le terrain qui lui convenait. Ce grand problme tait
rsolu, et sans passer le Danube ailleurs, sans recevoir aucune
protection des ouvrages qu'on avait construits, on forait l'ennemi  se
battre  trois quarts de lieue de ses redoutes. On prsagea ds-lors les
plus grands et les plus heureux rsultats.

A huit heures du matin, les batteries qui tiraient sur Enzersdorf
avaient produit un tel effet que l'ennemi s'tait born  laisser
occuper cette ville par quatre bataillons. Le duc de Rivoli fit marcher
contre elle son premier aide-de-camp Sainte-Croix, qui n'prouva pas
une grande rsistance, s'en empara et fit prisonnier tout ce qui s'y
trouvait.

Le comte Oudinot cerna le chteau de Sachsengand que l'ennemi avait
fortifi, fit capituler les neuf cents hommes qui le dfendaient, et
prit douze pices de canon. L'empereur fit alors dployer toute l'arme
dans l'immense plaine d'Enzersdorf.

_Bataille d'Enzersdorf._

Cependant, l'ennemi, confondu dans ses projets, revint peu a peu de sa
surprise, et tenta de ressaisir quelques avantages dans ce nouveau champ
de bataille. A cet effet, il dtacha plusieurs colonnes d'infanterie,
un bon nombre de pices d'artillerie, et sa cavalerie tant de ligue
qu'insurge, pour essayer de dborder la droite de l'arme franaise.
En consquence, il vint occuper le village de Rutzendorf. L'empereur
ordonna au gnral Oudinot de faire enlever ce village,  la droite
duquel il fit passer le duc d'Auerstaedt, pour se diriger sur le
quartier-gnral du prince Charles, en marchant toujours de la droite a
la gauche.

Depuis midi jusqu' neuf heures du soir, on manoeuvra dans cette immense
plaine; on occupa tous les villages, et  mesure qu'on arrivait  la
hauteur des camps retranchs de l'ennemi, ils tombaient d'eux-mmes
et comme par enchantement. Le duc de Rivoli les faisait occuper sans
rsistance. C'est ainsi que nous nous sommes empars des ouvrages
d'Esling et de Gros-Aspern, et que le travail de quarante jours n'a t
d'aucune utilit  l'ennemi. Il fit quelque rsistance au village de
Raschdorf, que le prince de Ponte-Corvo fit attaquer et enlever par les
Saxons. L'ennemi fut partout men battant et cras par la supriorit
de notre feu. Cet immense champ de bataille resta couvert de ses dbris.

_Bataille de Wagram._

Vivement effray des progrs de l'arme franaise et des grands
rsultats qu'elle obtenait presque sans effort, l'ennemi fit marcher
presque toutes ses troupes, et  six heures du soir, il occupa la
position suivante: sa droite, de Stadelau  Gerardorf; son centre,
de Gerardorf  Wagram, et sa gauche, de Wagram  Neusiedel. L'arme
franaise avait sa gauche  Gros-Aspern, son centre  Raschdorf, et sa
droite  Gluzendorf. Dans cette position, la journe paraissait presque
finie, et il fallait s'attendre  avoir le lendemain une grande
bataille; mais on l'vitait et on, coupait la position de l'ennemi en
l'empchant de concevoir aucun systme, si dans la nuit on s'emparait du
village de Wagram. Alors sa ligne, dj immense, prise  la hte et par
les chances du combat, laissait errer les diffrens corps de l'arme
sans ordre et sans direction, et on en aurait eu bon march sans
engagement srieux. L'attaque de Wagram eut lieu, nos troupes
emportrent ce village; mais une colonne de Saxons et une colonne de
Franais se prirent dans l'obscurit pour des troupes ennemies, et cette
opration fut manque.

On se prpara alors  la bataille de Wagram. Il parait que les
dispositions du gnral franais et du gnral autrichien furent
inverses. L'empereur passa toute la nuit  rassembler ses forces sur son
centre o il tait de sa personne  une porte de canon de Wagram. A cet
effet, le duc de Rivoli se porta sur la gauche d'Aderklau en laissant
sur Aspern une seule division qui eut ordre de se replier en cas
d'vnement sur l'le de Lobau. Le duc d'Auerstaedt recevait l'ordre
de dpasser le village de Grosshoffen pour s'approcher du centre. Le
gnral autrichien, au contraire, affaiblissait son centre pour garnir
et augmenter ses extrmits auxquelles il donnait une nouvelle tendue.

Le 6,  la pointe du jour, le prince de Ponte-Corvo occupa la gauche,
ayant en seconde ligne le duc de Rivoli. Le vice-roi le liait au centre,
o le corps du comte Oudinot, celui du duc de Raguse, ceux de la garde
impriale, et les divisions de cuirassiers formaient sept ou huit
lignes.

Le duc d'Auerstaedt marcha de la droite pour arriver au centre.
L'ennemi, au contraire, mettait le corps de Bellegarde en marche sur
Stadelau. Les corps de Kollowrath, de Lichtenstein et de Hiller liaient
cette droite  la position de Wagram o tait le prince de Hohenzollern,
et  l'extrmit de la gauche  Neusiedel, o dbouchait le corps de
Rosemberg pour dborder galement le duc d'Auerstaedt. Le corps de
Rosemberg et celui du duc d'Auerstaedt faisant un mouvement inverse, se
rencontrrent aux premiers rayons du soleil, et donnrent le signal de
la bataille. L'empereur se porta aussitt sur ce point, fit renforcer le
duc d'Auerstaedt par la division de cuirassiers du duc de Padoue, et fit
prendre le corps de Rosemberg en flanc par une batterie de douze pices
de la division du gnral comte de Nansouty. En moins de trois quarts
d'heure le beau corps du duc d'Auerstaedt eut fait raison du corps de
Rosemberg, le culbuta et le rejeta au-del de Neusiedel aprs lui avoir
fait beaucoup de mal.

Pendant ce temps, la canonnade s'engageait sur toute la ligne et la
disposition de l'ennemi se dveloppait de moment en moment. Toute sa
gauche se garnissait d'artillerie. On et dit que le gnral autrichien
ne se battait pas pour la victoire, mais qu'il n'avait en vue que
le moyen d'en profiter. Cette disposition de l'ennemi paraissait si
insense, que l'on craignait quelque pige, et que l'empereur diffra
quelque temps avant d'ordonner les faciles dispositions qu'il avait 
faire pour annuler celles de l'ennemi et les lui rendre funestes. Il
ordonna au duc de Rivoli de faire une attaque sur un village qu'occupait
l'ennemi, et qui pressait un peu l'extrmit du centre de l'arme. Il
ordonna au duc d'Auerstaedt de tourner la position de Neusiedel et de
pousser de l sur Wagram au moment o dboucherait le duc de Rivoli.

Sur ces entrefaites, on vint prvenir que l'ennemi attaquait avec fureur
le village qu'avait enlev le duc de Rivoli, que notre gauche tait
dborde de trois mille toises, qu'une vive canonnade se faisait dj
entendre  Gros-Aspern, et que l'intervalle de Gros-Aspern  Wagram
paraissait couvert d'une immense ligne d'artillerie. Il n'y eut plus 
douter; l'ennemi commettait une norme faute; il ne s'agissait que
d'en profiter. L'empereur ordonna sur-le-champ au gnral Macdonald de
disposer les divisions Broussier et Lamarque en colonnes d'attaque; il
les fit soutenir par la division du gnral Nansouty, par la garde
 cheval, et par une batterie de soixante pices de la garde et de
quarante pices de diffrens corps. Le gnral comte de Lauriston,  la
tte de cette batterie de cent pices d'artillerie, marcha au trot
 l'ennemi, s'avana sans tirer jusqu' demi-porte de canon, et l
commena un feu prodigieux qui teignit celui de l'ennemi, et porta la
mort dans ses rangs. Le gnral Macdonald marcha alors au pas de charge;
le gnral de division Reille, avec la brigade de fusiliers et de
tirailleurs de la garde, soutenait le gnral Macdonald. La garde avait
fait un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. Dans
un clin d'oeil, le centre de l'ennemi perdit une lieue de terrain; sa
droite, pouvante, sentit le danger de la position o elle s'tait
place, et rtrograda en grande hte. Le duc de Rivoli l'attaqua alors
en tte. Pendant que la droute du centre portait la consternation et
forait les mouvemens de la droite de l'ennemi, sa gauche tait attaque
et dborde par le duc d'Auerstaedt, qui avait enlev Neusiedel, et qui,
tant mont sur le plateau, marchait sur Wagram. La division Broussier
et la division Gudin se sont couvertes de gloire.

Il n'tait alors que dix heures du matin, et les hommes les moins
clairvoyans voyaient que la journe tait dcide et que la victoire
tait  nous.

A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider  l'attaque du duc
d'Auerstaedt. Il y russit et enleva cette importante position. Ds dix
heures, l'ennemi ne se battait plus que pour sa retraite; ds midi, elle
tait prononce et se faisait en dsordre, et beaucoup avant la nuit,
l'ennemi tait hors de vue. Notre gauche tait place  Jetesse et
Ebersdorf, notre centre sur Obersdorf, et la cavalerie de notre droite
avait des postes jusqu' Shoukirchen.

Le 7,  la pointe du jour, l'arme tait en mouvement et marchait
sur Kornenbourg et Wolkersdorf, et avait des postes sur Nicolsbourg.
L'ennemi, coup de la Hongrie et de la Moravie, se trouvait accul du
ct de la Bohme.

Tel est le rcit de la bataille de Wagram, bataille dcisive et  jamais
clbre, o trois  quatre cent mille hommes, douze  quinze cents
pices de canon se battaient pour de grands intrts, sur un champ de
bataille tudi, mdit, fortifi par l'ennemi depuis plusieurs mois.
Dix drapeaux, quarante pices de canon, vingt mille prisonniers, dont
trois ou quatre cents officiers et bon nombre de gnraux, de colonels
et de majors, sont les trophes de cette victoire. Les champs de
bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve les corps
de plusieurs gnraux, et entre autres d'un nomm Normann, Franais,
tratre  sa patrie, qui avait prostitu ses talens contre elle.

Tous les blesss de l'ennemi sont tombs en notre pouvoir. Ceux qu'il
avait vacus au commencement de l'action, ont t trouvs dans les
villages environnans. On peut calculer que le rsultat de cette bataille
sera de rduire l'arme autrichienne  moins de soixante mille hommes.

Notre perte a t considrable: on l'value  quinze cents hommes tus
et  trois ou quatre mille blesss. Le duc d'Istrie, au moment o il
disposait l'attaque de la cavalerie, a eu son cheval emport d'un coup
de canon; le boulet est tomb sur sa selle, et lui a fait une lgre
contusion  la cuisse.

Le gnral de division Lasalle a t tu d'une balle. C'tait un
officier du plus grand mrite et l'un de nos meilleurs gnraux de
cavalerie lgre.

Le gnral bavarois de Wrede, et les gnraux Seras, Grenier, Vignolle,
Sahuc, Frre et Defrance ont t blesss.

Le colonel prince Aldobrandini a t frapp au bras par une balle. Les
majors de la garde Daumesnil et Corbineau et le colonel Sainte-Croix,
ont aussi t blesss. L'adjudant-commandant Duprat a t tu. Le
colonel du neuvime d'infanterie de ligne est rest sur le champ de
bataille. Ce rgiment s'est couvert de gloire.

L'tat-major fait dresser l'tat de nos pertes.

Une circonstance particulire de cette grande bataille, c'est que les
colonnes les plus rapproches de Vienne n'en taient pas  douze cents
toises. La nombreuse population de cette capitale couvrait les tours,
les clochers, les toits, les monticules pour tre tmoin de ce grand
spectacle.

L'empereur d'Autriche avait quitt Wolkersdorf le 6,  cinq heures
du matin, et tait mont sur un belvdre d'o il voyait le champ de
bataille, et o il est rest jusqu' midi. Il est alors parti en toute
hte.

Le quartier-gnral franais est arriv  Wolkersdorf, dans la matine
du 7.



Wolkersdorf, 9 juillet 1809.

_Vingt-sixime bulletin de la grande arme._

La retraite de l'ennemi est une droute. On a ramass une partie de ses
quipages; ses blesss sont tombs en notre pouvoir; on compte dj
au-del de douze mille hommes; tous les villages en sont remplis. Dans
cinq de ses hpitaux seulement on en a trouv plus de six mille.

Le duc de Rivoli, poursuivant l'ennemi par Stokerau, est dj arriv 
Hollabrunn.

Le duc de Raguse l'avait d'abord suivi sur la route de Brunn, qu'il a
quitte  Wolfersdorf pour prendre celle de Znam. Aujourd'hui, 
neuf heures du matin, il a rencontr  Laa une arrire-garde qu'il a
culbute, et  laquelle il a fait neuf cents prisonniers. Il sera demain
 Znam.

Le duc d'Auerstaedt est arriv aujourd'hui  Nicolsbourg.

L'empereur d'Autriche, le prince Antoine, une suite d'environ deux cents
calches, carrosses et autres voitures, ont couch, le 6,  Erensbrunn;
le 7,  Hollabrunn, et le 8  Znam, d'o ils sont partis le 9 au
matin: selon les rapports des gens du pays qui les conduisaient, leur
abattement tait extrme.

L'un des princes de Rohan a t trouv bless sur le champ de bataille.
Le feld-marchal lieutenant Wussakowicz est parmi les prisonniers.

L'artillerie de la garde s'est couverte de gloire; le major d'Aboville
qui la commandait, a t bless. L'empereur l'a fait gnral de brigade.
Le chef d'escadron d'artillerie Grenier a eu un bras emport. Ces
intrpides canonniers ont montr toute la puissance de cette arme
terrible.

Les chasseurs  cheval de la garde ont charg, le jour de l bataille
de Wagram, trois carrs d'infanterie qu'ils ont enfoncs; ils ont pris
quatre pices de canon. Les chevau-lgers polonais de la garde ont
charg un rgiment de lanciers. Ils ont fait prisonnier le prince
d'Awersperg et pris deux pices de canon.

Les hussards saxons d'Albert ont charg les cuirassiers d'Albert, et
leur ont pris un drapeau. C'tait une chose fort singulire de voir deux
rgimens appartenant au mme colonel combattre l'un contre l'autre.

Il parat que l'ennemi abandonne la Moravie et la Hongrie et se retire
en Bohme.

Les routes sont couvertes de gens de la landwehr et de la leve en
masse, qui retournent chez eux.

Les pertes que la dsertion ajoute  celles que l'ennemi a prouves,
en tus, blesss et prisonniers, concourent a l'anantissement de cette
arme.

Les nombreuses lettres interceptes font un tableau frappant du
mcontentement de l'arme ennemie et du dsordre qui y rgne.

A prsent que la monarchie autrichienne est sans esprance, ce serait
mal connatre le caractre de ceux qui l'ont gouverne, que de ne pas
s'attendre qu'ils s'humilieront, comme ils le firent aprs la bataille
d'Austerlitz. A cette poque ils taient, comme aujourd'hui, sans
espoir, et ils puisrent les protestations et les sermens.

Pendant la journe du 6, l'ennemi a jet sur la rive droite du Danube
quelques centaines d'hommes des postes d'observation. Ils se sont
rembarques aprs avoir perdu quelques hommes tus ou faits prisonniers.

La chaleur a t excessive ces jours-ci; le thermomtre a t presque
constamment  vingt-six degrs.

Le vin est en trs-grande abondance. Il y a tel village o on eu a
trouv jusqu' trois millions de pintes. Il n'a heureusement aucune
qualit malfaisante.

Vingt villages, les plus considrables de la belle plaine de Vienne, et
tels qu'on en voit aux environs d'une grande capitale, ont t brls
pendant la bataille. La juste haine de la nation se prononce contre les
hommes criminels qui ont attir tous ces malheurs sur elle.

Le gnral de brigade Laroche est entr, le 28 juin, avec un corps de
cavalerie,  Nuremberg et s'est dirig sur Bayreuth; il a rencontr
l'ennemi  Besentheim, l'a fait charger par le premier rgiment
provisoire de dragons, a sabr tout ce qui s'est trouv devant lui, et a
pris deux pices de canon.



Znam, 13 juillet 1809.

_Vingt-septime bulletin de la grande arme._

Le 10, le duc de Rivoli a battu devant Hollabrunn l'arrire-garde
ennemie.

Le mme jour  midi, le duc de Raguse, arriv sur les hauteurs de Znam,
vit les bagages et l'artillerie de l'ennemi qui filaient sur la Bohme.
Le gnral Bellegarde lui crivit que le prince Jean de Lichtenstein
se rendait auprs de l'empereur avec une mission de son matre, pour
traiter de la paix, et demanda en consquence une suspension d'armes.
Le duc de Raguse rpondit qu'il n'tait pas en son pouvoir d'accder
 cette demande, mais qu'il allait en rendre compte  l'empereur. En
attendant il attaqua l'ennemi, lui enleva une belle position, lui fit
des prisonniers et prit deux drapeaux.

Le mme jour au matin, le duc d'Auerstaedt avait pass la Taya vis--vis
Nicolsbourg, et le gnral Grouchy avait battu l'arrire-garde du prince
de Rosemberg et lui avait fait quatre cent cinquante prisonniers du
rgiment du prince Charles.

Le 11 a midi, l'empereur arriva vis--vis Znam. Le combat tait engag.
Le duc de Raguse avait dbord la ville, et le duc de Rivoli s'tait
empar du pont et avait occup la fabrique de tabac. On avait pris 
l'ennemi, dans les diffrens engagemens de celle journe, trois mille
hommes, deux drapeaux et trois pices de canon. Le gnral de brigade
Bruyres, officier d'une grande esprance, a t bless. Le gnral de
brigade Guiton a fait une belle charge avec le dixime de cuirassiers.
L'empereur instruit que le prince Jean de Lichtenstein, envoy auprs de
lui, tait entr dans nos avant-postes, ft cesser le feu. Un armistice
fut sign  minuit chez le prince de Neufchtel. Le prince de
Lichtenstein a t prsent  l'empereur dans sa tente  deux heures du
matin.



Znam, en Moravie, 13 juillet 1809.

_Circulaire aux vques._

M. l'vque de......, les victoires d'Enzersdorf et de Wagram, o le
Dieu des armes a si visiblement protg les armes franaises, doivent
exciter la plus vive reconnaissance dans le coeur de nos peuples. Notre
intention est donc qu'au reu de la prsente vous vous concertiez avec
qui de droit pour runir nos peuples dans les glises, et adresser au
ciel des actions de grces et des prires conformes aus sentimens qui
nous animent.

Notre Seigneur Jsus-Christ, quoique issu du sang de David, ne voulut
aucun rgne temporel. Il voulut au contraire qu'on obt  Csar dans le
rglement des affaires de la terre; il ne fut anim que du grand objet
de la rdemption, et du salut des mes. Hritier du pouvoir de Csar,
nous sommes rsolus  maintenir l'indpendance de notre trne et de nos
droits. Nous persvrons dans le grand oeuvre du rtablissement de la
religion. Nous environnerons ses ministres de la considration que nous
seul pouvons leur donner. Nous couterons leur voix dans tout ce qui a
rapport au spirituel et au rglement des consciences.

Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes de la
guerre, nous avons t bien aise de vous donner connaissance de ces
sentimens afin de faire tomber dans le mpris ces oeuvres de l'ignorance
et de la faiblesse, de la mchancet ou de la dmence, par lesquelles on
voudrait semer le trouble et le dsordre dans nos provinces. On ne nous
dtournera pas du grand but vers lequel nous tendons, et que nous avons
dj en partie heureusement atteint, le rtablissement des autels
de notre religion, en nous portant  croire que ses principes sont
incompatibles, comme l'ont prtendu les Grecs, les Anglais, les
protestans et les calvinistes, avec l'indpendance des trnes et des
nations. Dieu nous a assez clair pour que nous soyons loin de partager
de pareilles erreurs: notre coeur et ceux de nos sujets n'prouvent
point de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient faire
dpendre de l'intrt d'un temporel prissable, l'intrt ternel des
consciences et des affaires spirituelles, sont hors de la charit, de
l'esprit et de la religion de celui qui a dit: Mon empire n'est pas dans
ce monde. Cette lettre n'tant  d'autres fins, je prie Dieu, monsieur
l'vque, qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Vienne, 14 juillet 1809.

_Vingt-huitime bulletin de la grande arme._

Le Danube a cr de six pieds. Les ponts de bateaux qu'on avait tablis
devant Vienne depuis la bataille de Wagram, ont t rompus par les
effets de la crue. Mais nos ponts d'Ebersdorf, solides et permanens,
n'en ont pas souffert. Ces ponts et les ouvrages de l'le de Lobau sont
le sujet de l'admiration des militaires autrichiens. Ils avouent que de
tels travaux  la guerre sont sans exemple depuis les Romains.

L'archiduc Charles ayant envoy le gnral-major Weisseuvof complimenter
l'empereur, et depuis, le baron Wimpffen et le prince Jean de
Lichtenstein ayant fait la mme politesse en son nom, S. M., a jug 
propos de lui envoyer le duc de Frioul, grand-marchal du palais, qui
l'a trouve Budweis et a pass une partie de la journe d'hier  son
quartier-gnral.

L'empereur est parti hier  neuf heures du matin de son camp de Znam,
et est arriv au palais de Schoenbrunn  trois heures aprs-midi. S. M.
a visit les environs du village de Spilz qui forme la tte du pont de
Vienne. Elle a ordonn au gnral comte Bertrand diffrens ouvrages qui
doivent avoir t tracs et commencs aujourd'hui.

Le pont sur pilotis de Vienne sera rtabli dans le plus court dlai.

S. M. a nomm marchaux de l'empire le gnral Oudinot, le duc de Raguse
et le gnral Macdonald; le nombre des marchaux tait de onze. Cette
nomination le porte  quatorze: il reste encore deux places vacantes.
Les places de colonel-gnral des Suisses et de colonel-gnral des
chasseurs sont aussi vacantes.

Le colonel-gnral des chasseurs est, d'aprs nos constitutions,
grand-officier de l'empire.

S. M. a tmoign sa satisfaction de la manire dont la chirurgie
a servi, et particulirement des services du chirurgien en chef
Heurteloup.

Le 7, S. M. traversant le champ de bataille a fait enlever un grand
nombre de blesss et y a laiss le duc de Frioul, grand-marchal du
palais, qui y a pass toute la journe.

Le nombre des blesss autrichiens tombs en notre pouvoir s'lve de
douze  treize mille.

Les Autrichiens ont eu dix-neuf gnraux tus ou blesss. On a remarqu
comme un fait singulier que les officiers franais, soit de l'ancienne
France, soit des nouvelles provinces, qui se trouvaient au service
d'Autriche, ont pour la plupart pri.

On a intercept plusieurs courriers, et l'on a trouv dans les lettres
dont ils taient porteurs, une correspondance suivie de Gentz avec le
comte Stadion. L'influence de ce misrable dans les grandes dcisions
du cabinet autrichien est ainsi matriellement prouve. Voil les
instrumens dont l'Angleterre se servait comme d'une nouvelle bote
de Pandore pour souffler les temptes et rpandre les poisons sur le
continent.

Le corps du duc de Rivoli forme ses camps dans le cercle de Znam. Celui
du duc d'Auerstaedt dans le cercle de Brunn; celui du marchal duc de
Raguse dans le cercle de Korn-Neubourg; celui du marchal Oudinot, en
avant de Vienne  Spitz; celui du vice-roi, sur Presbourg et Gratz. La
garde impriale rentre dans les environs de Schoenbrunn.

La rcolte est trs-belle et partout d'une grande abondance. L'arme est
cantonne dans de superbes pays, riches en denres de toutes espces, et
surtout en vins.



Vienne, 22 juillet 1809.

_Vingt-neuvime bulletin de la grande arme._

Les gnraux Durosnel et Foulers sont arrivs au quartier-gnral. Les
conjectures qu'on avait formes au sujet du gnral Durosnel se sont
toutes trouves fausses. Il n'a pas t bless; il n'a pas eu de cheval
tu sous lui; mais en revenant de porter au duc de Montebello, dans la
journe du 22 mai, l'ordre de concentrer son mouvement  cause de la
rupture des ponts, il traversa un ravin o il trouva vingt-cinq hussards
qu'il croyait former un de nos postes. Il ne s'aperut qu'ils taient
ennemis qu'au moment o ils lui sautrent au collet. Comme on avait
t long-temps sans avoir de ses nouvelles, et d'aprs quelques autres
indices, on l'avait cru mort.

Le gnral de division Reynier a pris le commandement des Saxons, et a
occup Presbourg.

Le marchal Macdonald s'est mis en marche pour aller prendre possession
de la citadelle de Gratz, o il doit tre entr aujourd'hui.

Le marchal duc de Raguse a camp ses troupes sur les hauteurs de Krems.

S. M. assiste tous les matins aux parades de la garde, qui sont fort
belles. Les vlites et les grenadiers  pied de la garde italienne se
font remarquer par une excellente tenue.

Le prince Jean de Lichtenstein revenant de Bude, a t prsent le 18 
S. M. Il apportait une lettre de l'empereur d'Autriche.

Le comte de Bubna, gnral-major aide-de-camp de l'empereur d'Autriche,
a dn plusieurs fois chez M. le comte Champagny.

Sur les rives du Danube on a rassembl et rpar les bateaux du commerce
qui avaient t disperss par les vnemens de la guerre, et on les
charge partout de bois, de lgumes, de bls et de farines. On en voit
arriver chaque jour.

Toute l'arme est campe.



Vienne, 30 juillet 1809.

_Trentime bulletin de la grande arme._

Le neuvime corps, que commandait le prince de Ponte-Corvo, a t
dissous le 8. Les Saxons qui en faisaient partie sont sous les ordres
du gnral Reynier. Le prince de Ponte-Corvo est all prendre les eaux.
Dans la bataille de Wagram, le village de Wagram a t enlev le 6,
entre dix et onze heures du matin, et la gloire en appartient tout
entire au marchal Oudinot et  son corps.

D'aprs tous les renseignemens qui ont t pris, la maison d'Autriche se
prparait  la guerre depuis prs de quatre ans, c'est'-dire, depuis la
guerre de Presbourg. Son tat militaire lui a cot pendant trois annes
trois cents millions de francs chaque anne. Aussi son papier-monnaie,
qui ne se montait qu' un milliard de francs, lors de la paix de
Presbourg, passe-il aujourd'hui deux milliards.

La maison d'Autriche est entre en campagne avec soixante-deux rgimens
de ligne, dix-huit rgimens de frontires, quatre corps francs ou
lgions, ayant ensemble un prsent sous les armes de trois cent dix
mille hommes; cent cinquante bataillons de landwehr, commands par
d'anciens officiers et exercs pendant dix mois, formant cent cinquante
mille hommes; quarante mille hommes de l'insurrection hongroise, et
soixante mille hommes de cavalerie, d'artillerie et de sapeurs; ce qui
a port ses forces relles de cinq  six cents mille hommes. Aussi la
maison d'Autriche se croyait-elle sre de la victoire. Elle esprait
balancer les destins de la France, lors mme que toutes nos forces
auraient t runies, et elle ne doutait pas qu'elle s'avant sur le
Rhin, sachant que la majeure partie de nos troupes et nos plus beaux
rgimens taient en Espagne. Cependant ses armes sont aujourd'hui
rduites  moins du quart, tandis que l'arme franaise est double de
ce qu'elle tait  Ratisbonne.

Ces efforts, la maison d'Autriche n'a pu les faire qu'une fois. C'est un
miracle attach au papier-monnaie. Le numraire est si rare, que l'on
ne croit pas qu'il y ait dans les tats de cette monarchie, soixante
millions de francs en espces. C'est ce qui soutient le papier-monnaie,
puisque prs de deux milliards, qui, moyennant la rduction au tiers, ne
valent que six  sept cents millions, ne sont que le signe ncessaire 
la circulation.

On a trouv dans la citadelle de Gratz vingt-deux pices de canon.

La forteresse de Sachsenbourg, situe aux dbouchs du Tyrol, a t
remise au-gnral Rusca.

Le duc de Dantzick est entr en Tyrol avec vingt-cinq mille hommes. Il a
occup le 28 Lovers, et il a partout dsarm les habitans. Il doit en ce
moment tre  Inspruck.

Le gnral Thielmann est entr  Dresde.

Le duc d'Abrants est  Bayreuth. Il a tabli ses postes sur les
frontires de la Bohme.



Schoenbrunn, 7 septembre 1809.

_Lettre de S. M. l'empereur et roi au ministre de la guerre._

Monsieur le comte de Hunebourg, notre ministre de la guerre, des
rapports qui sont sous nos yeux, contiennent les assertions suivantes:
le gouverneur commandant la place de Flessingue n'aurait pas excut
l'ordre que nous lui avions donn de couper les digues et d'inonder
l'le de Walcheren, aussitt qu'une force suprieure ennemie y aurait
dbarqu; il aurait rendu la place que nous lui avions confie, l'ennemi
n'ayant pas excut le passage du foss, le revtement du rempart tant
sans brche praticable et intact ds-lors, sans avoir soutenu d'assaut,
et mme lorsque les tranches des ennemis n'taient qu' cent cinquante
toises de la place, et lorsqu'il avait encore quatre mille hommes sous
les armes; enfin, la place se serait rendue par l'effet d'un premier
bombardement. Si telle tait la vrit, le gouverneur serait coupable,
et il resterait  savoir si c'est  la trahison ou  la lchet que nous
devrions attribuer sa conduite.

Nous vous crivons la prsente lettre close, pour qu'aussitt aprs
l'avoir reue, vous ayez  runir un conseil d'enqute, qui sera compos
du comte Aboville, snateur; du comte Rampon, snateur; du vice-amiral
Thvenard, et du comte Sougis, premier inspecteur-gnral de
l'artillerie. Toutes les pices qui se trouveront dans votre ministre,
dans ceux de la marine, de l'intrieur, de la police, ou de tout autre
dpartement, sur la reddition de la place de Flessingue, tant sous le
rapport de la dfense, que de tout autre objet qui pourrait intresser
notre service, seront adresses au conseil, pour nous tre mises sous
les yeux, avec le rsultat de ladite enqute.

Cette lettre n'tant  autre fin, nous prions Dieu, monsieur le comte de
Hunebourg, qu'il'vous ait en sa sainte garde.

_Sign_ NAPOLON.



Paris, 3 dcembre 1809.

_Discours de S. M. l'empereur,  l'ouverture du corps lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, depuis votre
dernire session, j'ai soumis l'Aragon et la Castille, et chass de
Madrid le gouvernement fallacieux form par l'Angleterre.

Je marchais sur Cadix et Lisbonne, lorsque j'ai d revenir sur mes pas,
et planter mes aigles sur les remparts de Vienne. Trois mois ont
vu natre et terminer cette quatrime guerre punique. Accoutum au
dvouement et au courage de mes armes, je ne puis cependant, dans cette
circonstance, ne pas reconnatre les preuves particulires d'amour que
m'ont donnes mes soldats d'Allemagne.

Le gnie de la France a conduit l'arme anglaise; elle a termin
ses destins dans les marais pestilentiels de Walcheren. Dans cette
importante circonstance, je suis rest loign de quatre cents lieues,
certain de la nouvelle gloire qu'allaient acqurir mes peuples et du
grand caractre qu'ils allaient dployer. Mes esprances n'ont pas t
trompes. Je dois des remercmens en particulier, aux citoyens des
dpartemens du Pas-de-Calais et du Nord ... Franais! tout ce qui voudra
s'opposer  vous, sera vaincu et soumis. Votre grandeur s'accrotra de
toute la haine de vos ennemis. Vous avez devant vous de longues annes
de gloire et de prosprit  parcourir. Vous avez la force et l'nergie
de l'Hercule des anciens.

J'ai runi la Toscane  l'empire. Ces peuples en sont dignes par la
douceur de leur caractre, par l'attachement que nous ont toujours
montr leurs anctres, et par les services qu'ils ont rendus  la
civilisation europenne.

L'histoire m'a indiqu la conduite que je devais tenir envers Rome. Les
papes, devenus souverains d'une partie de l'Italie, se sont constamment
montrs les ennemis de toute puissance prpondrante dans la Pninsule.
Ils ont employ leur influence spirituelle pour lui nuire. Il m'a donc
t dmontr que l'influence spirituelle exerce dans mes tats par un
souverain tranger, tait contraire  l'indpendance de la France,  la
dignit et  la sret de mon trne. Cependant, comme je reconnais la
ncessit de l'influence spirituelle des descendans du premier des
pasteurs, je n'ai pu concilier ces grands intrts qu'en annulant la
donation des empereurs franais, mes prdcesseurs, et en runissant les
tats romains  la France.

Par le trait de Vienne, tous les rois et souverains, mes allis, qui
m'ont donn tant de tmoignages de la constance de leur amiti, ont
acquis et acquerront un nouvel accroissement de territoire.

Les provinces Illyriennes portent sur la Save les frontires de mon
grand empire. Contigu avec l'empire de Constantinople, je me trouverai
en situation naturelle de surveiller les premiers intrts de mon
commerce dans la Mditerrane, l'Adriatique et le Levant. Je protgerai
la Porte, si la Porte s'arrache  la funeste influence de l'Angleterre:
je saurai la punir si elle se laisse dominer par des conseils astucieux
et perfides.

J'ai voulu donner une nouvelle preuve de mon estime  la nation suisse,
en joignant  mes titres celui de son mdiateur, et mettre un terme 
toutes les inquitudes que l'on cherche  rpandre parmi cette brave
nation.

La Hollande, place entre l'Angleterre et la France, en est galement
froisse. Cependant, elle est le dbouch des principales artres de
mon empire. Des changemens deviendront ncessaires; l sret de
mes frontires et l'intrt bien entendu des deux pays l'exigent
imprieusement.

La Sude a perdu, par son alliance avec l'Angleterre, aprs une guerre
dsastreuse, la plus belle et la plus importante de ses provinces.
Heureuse cette nation, si le prince sage qui la gouverne aujourd'hui et
pu monter sur le trne quelques annes plus tt! Cet exemple prouve de
nouveau aux rois que l'alliance de l'Angleterre est le prsage le plus
certain de leur ruine.

Mon alli et ami, l'empereur de Russie, a runi  son vaste empire, la
Finlande, la Moldavie, la Valachie, et un district de la Gallicie. Je
ne suis jaloux de rien de ce qui peut arriver de bien  cet empire. Mes
sentimens pour son illustre souverain sont d'accord avec ma politique.

Lorsque je me montrerai au-del des Pyrnes, le lopard pouvant
cherchera l'Ocan, pour viter la honte, la dfaite et la mort. Le
triomphe de mes armes sera le triomphe du gnie du bien sur celui du
mal, de la modration, de l'ordre, de la morale, sur la guerre civile,
l'anarchie et les passions malfaisantes. Mon amiti et ma protection
rendront, je l'espre, la tranquillit et le bonheur aux peuples des
Espagnes.

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, j'ai charg
mon ministre de l'intrieur de vous faire connatre l'historique de la
lgislation, de l'administration et des finances, dans l'anne qui vient
de s'couler. Vous y verrez que toutes les penses que j'ai conues
pour l'amlioration de mes peuples, se sont suivies avec la plus grande
activit; que dans Paris, comme dans les parties les plus loignes de
mon empire, l guerre n'a apport aucun retard dans les travaux. Les
membres de mon conseil d'tat vous prsenteront diffrens projets de
lois, spcialement la loi sur les finances; vous y verrez leur tat
prospre. Je ne demande  mes peuples aucun nouveau sacrifice, quoique
les circonstances m'aient oblig  doubler mon tat militaire.



Paris, 2 janvier 1810.

_A M. le comte Dejean, ministre de l'administration de la guerre._

Monsieur le comte Dejean, j'accepte votre dmission; je regrette de
ne plus vous compter parmi mes ministres. J'ai t satisfait de vos
services; mais cinquante annes d'exprience vous rendent ncessaire
aux travaux que j'ai entrepris sur toutes mes frontires et que je suis
encore dans l'intention d'accrotre. Vous continuerez l  me donner des
preuves de vos talens et de votre attachement  ma personne. Comptez
toujours sur mon estime: cette lettre n'tant  autre fin, je prie Dieu,
monsieur le comte Dejean, qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Paris, 5 janvier 1810.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de la Drme._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de la Drme, j'agre les
sentimens que vous m'exprimez au nom de votre collge; je connais le
bon esprit des citoyens de votre dpartement et leur attachement  ma
personne.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
du Rhne._

Messieurs les dputs du collge du dpartement du Rhne, j'aime  vous
entendre; il me semble tre dans ma bonne ville de Lyon. Dans toutes les
occasions, ses habitans se sont distingus par leur attachement  ma
personne. Ils doivent compter constamment sur mon amour.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de Sane-et-Loire._

Messieurs les dputes du collge du dpartement de Sane-et-Loire, tout
ce que le prsident de votre assemble m'a dit sur le bon esprit qui y
a rgn, m'a fait plaisir; soyez unis entre vous et avec les villes
voisines; il ne faut conserver le souvenir du pass, que pour connatre
la grandeur du danger que la patrie a couru. La monarchie et le trne
sont aussi ncessaires  l'existence et au bonheur de la France, que
le soleil qui nous claire: sans eux tout est trouble, anarchie et
confusion.

_A celle de la Sarthe._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de la Sarthe, je
viendrai avec plaisir dans vos cits; je me flicite des bons sentimens
qui les animent. C'est aux collges  donner l'exemple de l'union. Tous
les Franais, de quelque classes qu'ils aient t, quelque conduite
qu'ils aient tenue dans des temps de discorde et de guerre civile, sont
galement mes enfans.



Paris, 5 fvrier 1810.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de la Dordogne._

Messieurs les dputes du collge lectoral du dpartement de la
Dordogne, moi et mon alli l'empereur de Russie, nous avons tout
fait pour pacifier le monde, nous n'avons pu y russir. Le roi de
l'Angleterre, vieilli dans sa haine contre la France, veut la guerre...
Son tat l'empche d'en sentir les maux pour le monde et d'en calculer
les rsultats pour sa famille. Toutefois la guerre doit avoir un terme,
et alors nous serons plus grands, plus puissans et plus forts que nous
n'avons jamais t. L'empire franais a la vie de la jeunesse; il ne
peut que crotre et se consolider; celui de mes ennemis est  son
arrire-raison; tout en prsage la dcroissance. Chaque anne dont ils
retarderont la paix du monde, ne fera qu'augmenter sa puissance.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
du Doubs._

Messieurs les dputs du collge du dpartement du Doubs, j'ai eu
souvent occasion de distinguer vos citoyens sur le champ d'honneur.
Ce sera avec plaisir que je verrai vos campagnes; mais ma famille est
devenue bien grande. Cependant j'irai vous voir quand le canal qui doit
joindre le Rhin au Rhne passera par votre ville.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de l'Indre._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de l'Indre, je vous
remercie des sentimens que vous m'exprimez; je les mrite de mes peuples
par la sollicitude que je porte constamment  tout ce qui les intresse.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
du Lman._

J'agre vos sentimens; moi et ceux de mes descendans qui occuperont ce
trne, nous protgerons toute religion fonde sur l'vangile, puisque
toutes en prchent la morale et en respirent la charit.

Ce n'est pas que je ne dplore l'ignorance et l'ambition de ceux qui,
voulant, sous le masque de la religion, dominer sur l'univers et y
lever des tributs  leur profit, ont donn un si prcieux prtexte aux
discordes qui ont divis la famille chrtienne.

Ma doctrine comme mes principes sont invariables. Quelles que puissent
tre les clameurs du fanatisme et de l'ignorance, tolrance et
protection pour toutes les religions chrtiennes, garantie et
indpendance pour ma religion et celle de la majorit de mes peuples,
contre les attentats des Grgoire, des Jules, des Boniface. En
rtablissant en France, par un concordat, mes relations avec les papes,
je n'ai entendu le faire que sous l'gide des quatre propositions
de l'glise gallicane, sans quoi j'aurais sacrifi l'honneur et
l'indpendance de l'empire aux plus absurdes prtentions.


_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de la Loire-Infrieure._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de la Loire-Infrieure,
c'est en entrant dans vos murs que je reus l'avis que des Franais
avaient rendu mes aigles sans combattre, et avaient prfr la vie et
le dshonneur aux dangers et  la gloire. Il n'a fallu rien moins que
l'expression des sentimens des citoyens de ma bonne ville de Nantes pour
me rendre des momens de joie et de plaisir. J'ai prouv au milieu de
vous ce qu'on prouve au milieu de ses vrais amis: c'est vous dire
combien ces sentimens sont profondment gravs dans mon coeur.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
du Lot._

Messieurs les dputs du collge du dpartement du Lot, j'ai pens 
ce que vous me demandez; le Lot sera rendu navigable aussitt que les
canaux de l'Escaut au Rhin, du Rhin au Rhne, du Rhne  la Seine, et de
la Rance  la Vilaine, seront termins. Ce sera dans six ans. Je connais
l'attachement de votre dpartement a ma personne.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de la Ror._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de la Ror, j'agre vos
sentimens. Votre pays est celui de Charlemagne; vous faites aujourd'hui,
comme alors, partie du grand empire. J'apprends avec plaisir le bon
esprit qui anime vos habitans. Je dsire que ceux de vos concitoyens
qui ont leurs enfans au service tranger, les rappellent en France. Un
Franais ne doit verser son sang que pour son prince et pour sa patrie.

_Rponse de fa Majest  la dputation de la ville de Lyon, qui
sollicitait la permission d'lever dans ses murs une statue  Napolon._

J'approuve la dlibration du conseil municipal. Je verrai avec plaisir
une statue au milieu de ma bonne ville de Lyon; mais je dsire qu'avant
de travailler  ce monument, vous ayez fait disparatre toutes ces
ruines, restes de nos malheureuses guerres civiles. J'apprends que
dj la place de Bellecour est rtablie. Ne commencez le pidestal que
lorsque tout sera entirement achev.



Au palais des Tuileries, le 27 fvrier 1810.

_Message au snat._

Snateurs,

Nous avons fait partir pour Vienne, comme notre ambassadeur
extraordinaire, notre cousin le prince de Neufchtel, pour faire la
demande de la main de l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur
d'Autriche.

Nous ordonnons  notre ministre des relations extrieures de vous
communiquer les articles de la convention de mariage entre nous et
l'archiduchesse Marie-Louise, laquelle a t conclue, signe et
ratifie.

Nous avons voulu contribuer minemment au bonheur de la prsente
gnration. Les ennemis du continent ont fond leur prosprit sur ses
dissensions et son dchirement. Ils ne pourront plus alimenter la guerre
en nous supposant des projets incompatibles avec les liens et les
devoirs de parent que nous venons de contracter avec la maison
impriale rgnante en Autriche.

Les brillantes qualits qui distinguent l'archiduchesse Marie-Louise
lui ont acquis l'amour des peuples de l'Autriche. Elles ont fix nos
regards. Nos peuples aimeront cette princesse pour l'amour de nous,
jusqu' ce que, tmoins de toutes les vertus qui l'ont place si haut
dans notre pense, ils l'aiment pour elle-mme.

NAPOLON.



Au palais des Tuileries, 1er mars 1810.

_Message de S. M. l'empereur et roi au snat._

Snateurs,

Les principes de l'empire s'opposant  ce que le sacerdoce soit runi 
aucune souverainet temporelle, nous avons d regarder comme non avenue
la nomination que le Prince-Primat avait faite du cardinal Fesch pour
son successeur. Ce prlat, si distingu par sa pit et par les vertus
de son tat, nous avait d'ailleurs fait connatre la rpugnance qu'il
avait  tre distrait des soins et de l'administration de ses diocses.

Nous avons voulu aussi reconnatre les grands services que le
Prince-Primat nous a rendus, et les preuves multiplies que nous avons
reues de son amiti. Nous avons ajout  l'tendue de ses tats et nous
les avons constitus sous le titre de grand duch de Francfort. Il en
jouira jusqu'au moment marqu pour le terme d'une vie consacre  faire
le bien.

Nous avons en mme temps voulu ne laisser aucune incertitude sur le sort
de ses peuples, et nous avons en consquence cd  notre cher fils le
prince Eugne-Napolon, tous nos droits sur le grand-duch de Francfort.
Nous l'avons appel  possder hrditairement cet tat aprs le dcs
du Prince-Primat, et conformment  ce qui est tabli dans les lettres
d'investiture dont nous chargeons notre cousin le prince archichancelier
de vous donner connaissance.

Il a t doux pour notre coeur de saisir cette occasion de donner un
nouveau tmoignage de notre estime et de notre tendre amiti  un jeune
prince dont nous avons dirig les premiers pas dans la carrire du
gouvernement et des armes, qui, au milieu de tant de circonstances, ne
nous a jamais donn aucun motif du moindre mcontentement. Il nous a,
au contraire, second avec une prudence au-dessus de ce qu'on pouvait
attendre de son ge, et dans ces derniers temps, il a montr,  la tte
de nos armes, autant de bravoure que de connaissance de l'art de la
guerre. Il convenait de le fixer d'une manire stable dans le haut rang
o nous l'avons plac.

lev au grand duch de Francfort, nos peuples d'Italie ne seront pas
pour cela privs de ses soins et de son administration; notre confiance
en lui sera constante, comme les sentimens qu'il nous porte.

NAPOLON.



Paris, 4 mars 1810.

_Rponse de Sa Majest  une adresse du snat._

Snateurs,

Je suis touch des sentimens que vous m'exprimez. L'impratrice
Marie-Louise sera pour les Franais une tendre mre; elle fera ainsi mon
bonheur. Je suis heureux d'avoir t appel par la Providence  rgner
sur ce peuple affectueux et sensible, que j'ai trouv dans toutes les
circonstances de ma vie, si fidle et si bon pour moi.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de l'Herault._

Ce que vous me dites au nom de votre dpartement me fait plaisir.
J'ai besoin de connatre le bien que mes sujets prouvent; je ressens
vivement leurs moindres maux, car ma vritable gloire, je l'ai place
dans le bonheur de la France.


_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
de la Haute-Loire._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de la Haute-Loire,

Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez. Si j'ai confiance
dans ma force, c'est que j'en ai dans l'amour de mes peuples.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge lectoral du dpartement
des Basses-Pyrnes._

J'agre vos sentimens; j'ai parcouru l'anne passe votre dpartement
avec intrt.......... Si j'ai port tant d'intrt  fixer les
destines des Espagnes et  les lier, d'une manire immuable  l'empire,
c'est surtout pour assurer la tranquillit de vos enfans.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du collge de Montenotte._

Messieurs les dputs du collge du dpartement de Montenotte,

Le nom que porte votre dpartement rveille dans mon coeur bien des
sentimens. Il me fait souvenir de tout ce que je dois de reconnaissance
aux vieilles bandes de ma premire arme d'Italie. Un bon nombre de ces
intrpides soldats sont morts aux champs d'Egypte et d'Allemagne; un
plus grand nombre, ou soutiennent encore l'honneur de mes aigles, ou
vivent couverts de glorieuses cicatrices dans leurs foyers. Qu'ils
soient l'objet de la considration et des soins de leurs concitoyens;
c'est le meilleur moyen que mes peuples puissent choisir pour m'tre
agrable.

Je prends un intrt spcial  votre pays; j'ai vu avec plaisir que les
travaux que j'ai ordonns pour l'amlioration de votre port, et pour
ouvrir des communications avec le Pimont et la Provence, s'achvent.



Paris, 4 avril 1810.

_Rponse de Sa Majest au discours du prsident du snat, aprs le
mariage de Napolon._

Snateurs,

Moi et l'impratrice, nous mritons les sentimens que vous nous
exprimez, par l'amour que nous portons  nos peuples. Le bien de la
France est notre premier besoin.

_Rponse de Sa Majest  l'adresse du snat d'Italie._

Messieurs les dputs du snat de notre royaume d'Italie, Nos peuples
d'Italie savent combien nous les aimons. Aussitt que cela sera
possible, moi et l'impratrice, nous voulons aller dans nos bonnes
villes de Milan, de Venise et de Bologne, donner de nouveaux gages de
notre amour  nos peuples d'Italie.

_Rponse de Sa Majest au discours du prsident du corps lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps lgislatif, Les voeux
que vous faites pour nous nous sont fort agrables. Vous allez bientt
retourner dans vos dpartemens; dites-leur que l'impratrice, bonne mre
de ce grand peuple, partage tous nos sentimens pour lui. Nous et elle ne
pouvons goter de flicit qu'autant que nous sommes assurs de l'amour
de la France.



Saint-Cloud, 3 juin 1810.

_Lettre de l'empereur au ministre de la police gnrale._

Monsieur le duc d'Otrante, les services que vous nous avez rendus dans
les diffrentes circonstances qui se sont prsentes, nous portent 
vous confier le gouvernement de Rome jusqu' ce que nous ayons pourvu
 l'excution de l'article 8 de l'acte des constitutions du 17 fvrier
dernier. Nous avons dtermin par un dcret spcial les pouvoirs
extraordinaires dont les circonstances particulires o se trouvent ces
dpartemens, exigent que vous soyez investi. Nous attendons que vous
continuerez, dans ce nouveau poste,  nous donner des preuves de votre
zle pour notre service et de votre attachement  notre personne.

Cette lettre n'tant  d'autre fin, nous prions Dieu, mon duc d'Otrante,
qu'il vous ait en sa sainte garde.

NAPOLON.



Paris, 3l juillet 1810.

_Paroles de Napolon au jeune duc de Berg, fils de Louis Bonaparte,
aprs l'abdication faite par celui-ci de la couronne de Hollande._

Lorsque Napolon eut reu l'abdication de Louis, il fit venir le jeune
prince son neveu, le tint long-temps embrass et lui parla en ces
termes:

Venez, mon fils, lui a-t-il dit, je serai votre pre, vous n'y perdrez
rien.

La conduite de votre pre afflige mon coeur; sa maladie seule peut
l'expliquer. Quand vous serez grand, vous paierez sa dette et la vtre.
N'oubliez jamais, dans quelque position que vous placent ma politique et
l'intrt de mon empire, que vos premiers devoirs, mme ceux envers les
peuples que je pourrais vous confier, ne viennent qu'aprs.



Paris, 15 aot 1810.

_Rponse de Napolon  une dputation du corps lgislatif batave, aprs
l'abdication du roi Louis._

Messieurs les dputs du corps lgislatif, des armes de terre et de mer
de la Hollande, et Messieurs les dputs de ma bonne ville d'Amsterdam,
vous avez t depuis trente ans le jouet de bien des vicissitudes.
Vous perdtes votre libert lorsqu'un des grands officiers de votre
rpublique, favoris par l'Angleterre, fit intervenir les baonnettes
prussiennes aux dlibrations de vos conseils: les constitutions
politiques que vous teniez de vos pres furent dchires et le furent
pour toujours.

Lors de la premire coalition, vous en ftes partie. Par suite, les
armes franaises conquirent votre pays, fatalit attache  l'alliance
de l'Angleterre.

Depuis la conqute, vous ftes gouverns par une administration
particulire; mais votre rpublique fit partie de l'empire. Vos places
fortes et les principales positions de votre pays restrent occupes par
mes troupes. Votre administration changea au gr des opinions qui se
succdrent en France.

Lorsque la providence me fit monter sur le premier trne du monde, je
dus, en fixant  jamais les destines de la France, rgler le sort de
tous les peuples qui faisaient partie de l'empire, faire prouver  tous
les bienfaits de la stabilit et de l'ordre, et faire disparatre chez
tous les maux de l'anarchie. Je terminai les incertitudes de l'Italie en
plaant sur ma tte la couronne de fer; je supprimai le gouvernement
qui rgissait le Pimont. Je traai dans mon acte de mdiation les
constitutions de la Suisse, et conciliai les circonstances locales de ce
pays, les souvenirs de son histoire, avec la sret et les droits de la
couronne impriale.

Je vous donnai un prince de mon sang pour vous gouverner: c'tait un
lien naturel qui devait concilier les intrts de votre administration
et les droits de l'empire. Mes esprances ont t trompes. J'ai, dans
cette circonstance, us de plus de longanimit que ne comportaient
mon caractre et mes droits. Enfin, je viens de mettre un terme  la
douloureuse incertitude o vous vous trouviez, et de faire cesser une
agonie qui achevait d'anantir vos forces et vos ressources. Je viens
d'ouvrir  votre industrie le continent. Le jour viendra o vous
porterez mes aigles sur les mers qui ont illustr vos anctres. Vous
vous y montrerez alors dignes d'eux et de moi. D'ici l, tous les
changemens qui surviendront sur la face de l'Europe auront pour cause
premire le systme tyrannique, aveugle et destructif de sa prosprit,
qui a port le gouvernement anglais  mettre le commerce hors de la loi
commune, en le plaant sous le rgime arbitraire des licences.

Messieurs les dputs du corps lgislatif, des armes de terre et de mer
de la Hollande, et messieurs les dputs de ma bonne ville d'Amsterdam,
dites  mes sujets de Hollande que je suis satisfait des sentimens
qu'ils me montrent, que je ne doute pas de leur fidlit; que je compte
que leurs efforts se runiront aux efforts de tous mes autres sujets,
pour reconqurir les droits maritimes que cinq coalitions successives
fomentes par l'Angleterre, ont fait perdre au continent. Dites-leur
qu'ils peuvent compter, dans toutes les circonstances, sur ma spciale
protection.

_Rponse de Napolon  une dputation des provinces Illyriennes._

Messieurs les dputs de mes provinces Illyriennes, j'agre vos
sentimens. Je dsire connatre les besoins de vos compatriotes et
assurer leur bien-tre.

Je mets du prix  vous savoir contens, et je serai heureux d'apprendre
que les plaies de tant de guerres sont cicatrises, et toutes vos pertes
rpares.

Assurez mes sujets de l'Illyrie de ma protection impriale.



Fontainebleau, 13 novembre 1810.

_Lettre de Sa majest impriale et royale au prsident du snat._

Monsieur le comte Garnier, prsident du snat, la satisfaction que nous
fait prouver l'heureuse grossesse de l'impratrice, notre trs-chre et
bien aime pouse, nous porte  vous crire cette lettre pour que vous
fassiez part, en notre nom, au snat de cet vnement aussi essentiel
 notre bonheur, qu' l'intrt et  la politique de notre empire. La
prsente n'tant  autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, monsieur
le comte Garnier, prsident du snat, en sa sainte et digne garde.

NAPOLON.



Paris, l0 dcembre 1810.

_Message de Sa Majest impriale et royale au snat._

Snateurs,

J'ordonne  mon ministre des relations extrieures de vous faire
connatre les diffrentes circonstances qui ncessitent la runion de la
Hollande  l'empire.

Les arrts publis par le consul britannique en 1806 et 1807, ont
dchir le droit public de l'Europe. Un nouvel ordre de choses rgit
l'univers; de nouvelles garanties m'tant devenues ncessaires, la
runion des embouchures de l'Escaut, de la Meuse, du Rhin, de l'Ems,
du Wser et de l'Elbe  l'empire, l'tablissement d'une navigation
intrieure avec la Baltique, m'ont paru tre les premires et les plus
importantes.

J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera excut avant cinq ans, et
qui joindra la Baltique  la Seine.

Des indemnits seront donnes aux princes qui pourront se trouver
froisss par cette grande mesure, que commande la ncessit, et qui
appuie sur la Baltique la droite des frontires de mon empire.

Avant de prendre ces dterminations, j'ai fait pressentir l'Angleterre;
elle a su que le seul moyen de maintenir l'indpendance de la Hollande
tait de rapporter ses arrts du conseil de 1806 et 1807, ou de revenir
enfin  des sentimens pacifiques; mais cette puissance a t sourde  la
voix de de ses intrts comme au cri de l'Europe.

J'esprais pouvoir tablir un cartel d'change des prisonniers entre
la France et l'Angleterre, et par suite profiter du sjour des deux
commissaires,  Paris et  Londres, pour arriver  un rapprochement
entre les deux nations. Mes esprances ont t dues. Je n'ai reconnu
dans la manire de ngocier du gouvernement anglais qu'astuce et que
mauvaise foi.

La runion du Valais est une consquence prvue des immenses travaux
que je fais faire depuis dix ans dans cette partie. Lors de mon acte
de mdiation, je sparai le Valais de la confdration helvtique,
prvoyant ds-lors une mesure si utile  la France et  l'Italie.

Tant que la guerre durera avec l'Angleterre, le peuple franais ne doit
pas poser les armes.

Mes finances sont dans l'tat le plus prospre. Je puis fournir  toutes
les dpenses que ncessite cet immense empire, sans demander  mes
peuples de nouveaux sacrifices.

NAPOLON.



Paris, 11 mars 1811. _Rponse de S. M.  diffrentes dputations.

A la dputation du dpartement de Gnes._

Mes peuples de Gnes connaissent la prdilection que j'ai eue pour eux
ds le premier moment o j'ai paru  la tte de mes armes en Italie.
Ils peuvent aussi se vanter avec raison de m'avoir t constamment
fidles, et leur attachement n'a fait qu'acqurir une nouvelle chaleur
toutes les fois que la fortune de mes armes a t incertaine. Ils
fournissent aujourd'hui un grand nombre de matelots  mes escadres, et
lorsque mes amiraux m'ont rendu compte du zle et du bon esprit qui les
animaient, mon coeur en a t vivement mu.

Les momens ne sont pas loigns o je vous mettrai  mme de surpasser
la gloire qu'ont acquise vos pres sur toutes les ctes de la
Mditerrane.

_A la dputation de Marengo._

Je vous remercie de ce que vous me dites. Les grands travaux que,
depuis dix-huit ans, je fais faire  Alexandrie, rendent cette ville
l'une des plus fortes de l'Europe: je compte sur la fidlit et la
bravoure de mes peuples de Marengo.

_A la dputation de Tarn-et-Garonne._

J'agre vos-sentimens; j'en connais la sincrit. Lors de mon dernier
voyage, j'ai t satisfait de tout ce que j'ai vu dans vos belles
contres, et spcialement dans ma bonne ville de Montauban. Comptez
toujours sur mon affection.

_A la dputation de la Vende._

Tout ce que vous me dites dans votre adresse, je l'ai prouv lors de
mon dernier voyage dans votre pays. Le spectacle que m'ont offert vos
villages, dix ans aprs la guerre, m'a paru horrible. J'ai fait la
guerre dans les trois parties du, monde, Je crois avoir des droits 
la reconnaissance des peuples que j'ai vaincus; car, six mois aprs la
guerre termine, il n'en restait plus de traces sur leur territoire.
J'ai t touch des sentimens que mes peuples de la Vende m'ont
tmoigns. Ils ont raison de compter sur l'amour que je leur porte.
Faites disparatre promptement ces traces de nos malheurs domestiques.
J'ai mis, cette anne,  la disposition de mon ministre de l'intrieur
de nouveaux moyens pour vous y aider. Lorsque vous relevez une ruine,
que vous rebtissez une de vos maisons, songez que vous faites la chose
qui m'est le plus agrable; c'est une manire sre de me plaire. La
premire fois que vous reviendrez ici, dites-moi que toutes vos villes
et villages sont entirement rebtis, et que mes peuples de la Vende
sont logs comme le comporte la fertilit de leur sol.



Paris, 17 mars 1811.

_Rponse de l'empereur  une dputation des villes de Hambourg, Lubeck
et Brme._

Messieurs les dputs des villes ansatiques de Hambourg, Brme et
Lubeck, vous faisiez partie de l'empire germanique: votre constitution
a fini avec lui. Depuis ce temps votre situation tait incertaine. Je
voulais reconstituer vos villes sous une administration indpendante,
lorsque les changemens qu'ont produits dans le monde les nouvelles lois
du conseil britannique, ont rendu ce projet impraticable il m'a t
impossible de vous donner une administration indpendante, puisque vous
ne pouviez plus avoir un pavillon indpendant.

Les dcrets de Berlin et de Milan sont la loi fondamentale de mon
empire. Ils ne cessent d'avoir leur effet que pour les nations qui
dfendent leur souverainet et maintiennent la religion de leur
pavillon. L'Angleterre est en tat de blocus pour les nations qui se
soumettent aux arrts de 1806, parce que les pavillons qui se sont ainsi
soumis aux lois anglaises, sont dnationaliss; ils sont Anglais. Les
nations, au contraire, qui ont le sentiment de leur dignit, et qui
trouvent, dans leur courage et dans leurs forces, assez de ressources
pour mconnatre le blocus par notification, vulgairement appel _blocus
sur le papier_, et aborder dans les ports de mon empire, autres que ceux
rellement bloqus, en suivant l'usage reconnu et les stipulations du
trait d'Utrecht, peuvent communiquer avec l'Angleterre, L'Angleterre
n'est pas bloque pour elles. Les dcrets de Berlin et de Milan,
drivant de la nature des choses, formeront constamment le droit public
de mon empire pendant tout le temps que l'Angleterre maintiendra ses
arrts de 1806 et 1807, et violera les stipulations du trait d'Utrecht
sur cette matire. L'Angleterre a pour principe de saisir les
marchandises appartenant  son ennemi sous quelque pavillon qu'elles
soient. L'empire a d admettre le principe de saisir les marchandises
anglaises ou provenant du commerce de l'Angleterre, sur quelque
territoire que ce soit. L'Angleterre saisit les marchands, les
voyageurs, les charretiers de la nation avec laquelle elle est en guerre
sur toutes les mers. La France a d saisir les voyageurs, les marchands,
les charretiers anglais sur quelque point du continent qu'ils se
trouvent et o elle peut les atteindre; et si dans ce systme il y a
quelque chose de peu conforme  l'esprit du sicle, c'est l'injustice
des nouvelles lois anglaises qu'il faut en accuser.

Je me suis plu  entrer dans ces dveloppemens avec vous, pour vous
faire voir que votre runion  l'empire est une suite ncessaire des
lois britanniques de 1806 et 1807, et non l'effet d'aucun calcul
ambitieux. Vous trouverez dans mes lois civiles une protection que, dans
votre position maritime, vous ne sauriez plus trouver dans les lois
politiques. Le commerce maritime, qui a fait votre prosprit, ne peut
renatre dsormais qu'avec ma puissance maritime. Il faut reconqurir 
la fois les droits des nations, la libert des mers et la paix gnrale.
Quand j'aurai plus de cent vaisseaux de haut-bord, je soumettrai
dans peu de campagnes l'Angleterre. Les matelots de vos ctes et
les matriaux qui arrivent aux dbouchs de vos rivires me sont
ncessaires. La France, dans ses anciennes limites, ne pouvait
construire une marine en temps de guerre: lorsque ses ctes taient
bloques, elle tait rduite  recevoir la loi. Aujourd'hui, par
l'accroissement qu'a reu mon empire depuis six ans, je puis construire,
quiper et armer vingt-cinq vaisseaux de haut-bord par an, sans que
l'tat de guerre maritime puisse l'empcher ou me retarder en rien.

Les comptes qui m'ont t rendus du bon esprit qui anime vos
concitoyens, m'ont fait plaisir; et j'espre, avant peu, avoir  me
louer du zle et de la bravoure de vos matelots.



Paris, 22 mars 1811.

_Rponse de l'empereur  une dputation du snat et du conseil d'tat,
envoye pour le fliciter sur la naissance de son fils le roi de Rome.

Au Snat._

Snateurs,

Tout ce que la France me tmoigne dans cette circonstance va droit
 mon coeur. Les grandes destines de mon fils s'accompliront. Avec
l'amour des Franais, tout lui deviendra facile.

J'agre les sentimens que vous m'exprimez.

_Au conseil d'tat._

Messieurs les conseillers d'tat,

J'ai ardemment dsir ce que la providence vient de m'accorder. Mon
fils vivra pour le bonheur et la gloire de la France. Nos enfans se
dvoueront pour son bonheur et sa gloire.

Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez.



Saint-Cloud, 25 avril 1811.

_Lettre de l'empereur aux vques de France, pour les inviter  se
rassembler en concile._

Monsieur l'vque de.....les glises les plus illustres et les plus
populeuses de l'empire sont vacantes; une des parties contractantes du
concordat l'a mconnu. La conduite que l'on a tenue en Allemagne
depuis dix ans a presque dtruit l'piscopat dans cette partie de la
chrtient: il n'y a aujourd'hui que huit vques; grand nombre de
diocses sont gouverns par des vicaires apostoliques; on a troubl les
chapitres dans le droit qu'ils ont de pourvoir, pendant la vacance du
sige,  l'administration du diocse, et l'on a ourdi des manoeuvres
tnbreuses tendantes  exciter la discorde et la sdition parmi nos
sujets. Les chapitres ont rejet des brefs contraires  leurs droits et
aux saints canons.

Cependant les annes s'coulent, de nouveaux vchs viennent 
vaquer tous les jours: s'il n'y tait pourvu promptement, l'piscopat
s'teindrait en France et en Italie comme en Allemagne. Voulant prvenir
un tat de choses si contraire au bien de notre religion, aux principes
de l'glise gallicane, et aux intrts de l'tat, nous avons rsolu de
runir, au 9 juin prochain, dans l'glise de Notre-Dame de Paris, tous
les vques de France et d'Italie en concile national.

Nous dsirons donc qu'aussitt que vous aurez reu la prsente, vous
ayez  vous mettre en route, afin d'tre arriv dans notre bonne ville
de Paris dans la premire semaine du mois de juin.

Cette lettre n'tant  autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa
sainte garde.

NAPOLON.



Rambouillet, 18 aot 1811.

_Lettre de l'empereur aux evques._

Monsieur l'vque de........, la naissance du roi de Rome est une
occasion solennelle de prires et de remercmens envers l'auteur de tous
biens. Le 9 juin, jour de la Trinit, nous irons nous-mme le prsenter
au baptme dans l'glise de Notre-Dame de Paris. Notre intention est que
le mme jour nos peuples se runissent dans leurs glises pour assister
au _Te Deum_, et joindre leurs prires et leurs voeux aux ntres.

Concertez-vous  cet effet avec qui de droit, et remplissez nos
intentions avec le zle dont vous avez donn des preuves ritres.
Cette lettre n'tant  autre fin, nous prions Dieu, etc.

NAPOLON.



Paris, 17 juin 1811.

_Discours de l'empereur  l'ouverture du corps-lgislatif._

Messieurs les dputs des dpartemens au corps-lgislatif,

La paix conclue avec l'empire d'Autriche a t depuis cimente par
l'heureuse alliance que j'ai contracte: la naissance du roi de Rome a
rempli mes voeux et satisfait  l'avenir de mes peuples.

Les affaires de la religion ont t trop souvent mles et sacrifies
aux intrts d'un tat du troisime ordre. Si la moiti de l'Europe
s'est spare de l'glise de Rome, on peut l'attribuer spcialement  la
contradiction qui n'a cess d'exister entre les vrits et les principes
de la religion, qui sont pour tout l'univers, et des prtentions et des
intrts qui ne regardaient qu'un trs-petit coin de l'Italie. J'ai
mis fin  ce scandale pour toujours. J'ai runi Rome  l'empire. J'ai
accord; des palais aux papes,  Rome et  Paris: s'ils ont  coeur les
intrts de la religion, ils voudront sjourner souvent au centre des
affaires de la chrtient; c'est ainsi que Saint Pierre prfra Rome au
sjour mme de la Terre-Sainte.

La Hollande a t runie  l'empire; elle n'en est qu'une manation.
Sans elle, l'empire ne serait pas complet.

Les principes adopts par le gouvernement anglais, de ne reconnatre la
neutralit d'aucun pavillon, m'ont oblig de m'assurer des dbouchs
de l'Ems, du Weser et de l'Elbe, et m'ont rendu indispensable une
communication intrieure avec la Baltique. Ce n'est pas mon territoire
que j'ai voulu accrotre, mais bien mes moyens maritimes.

L'Amrique a fait des efforts pour faire reconnatre la libert de son
pavillon. Je la seconderai.

Je n'ai qu' me louer des souverains de la confdration du Rhin.

La runion du Valais avait t prvue ds l'acte de mdiation, et
considre comme ncessaire pour concilier les intrts de la Suisse
avec les intrts de la France et de l'Italie.

Les Anglais mettent en jeu toutes les passions. Tantt ils supposent 
la France tous les projets qui peuvent alarmer les autres puissances;
projets qu'elle aurait pu mettre  excution s'ils taient entrs dans
sa politique: tantt ils font un appel  l'amour propre des nations pour
exciter leur jalousie; ils saisissent toutes les circonstances que font
natre les vnemens inattendus des temps o nous nous trouvons: c'est
la guerre dans toutes les parties du continent qui peut seule assurer
leur prosprit. Je ne veux rien qui ne soit dans les traits que j'ai
conclus. Je ne sacrifierai jamais le sang de mes peuples pour des
intrts qui ne sont pas immdiatement ceux de mon empire. Je me flatte
que la paix du continent ne sera pas trouble.

Le roi d'Espagne est venu assister  cette dernire solennit. Je lui ai
accord tout ce qui tait ncessaire et propre  runir les intrts et
l'esprit des diffrens peuples de ses provinces. Depuis 1809, la plupart
des places fortes d'Espagne ont t prises aprs des siges mmorables.
Les insurgs ont t battus dans un grand nombre de batailles ranges.
L'Angleterre a compris que cette guerre tournait  sa fin, et que les
intrigues et l'or n'taient plus suffisans dsormais pour la nourrir.
Elle s'est trouve contrainte  en changer la nature; et d'auxiliaire,
elle est devenue partie principale. Tout ce qu'elle a de troupes de
ligue a t envoy dans la pninsule: l'Angleterre, l'cosse, l'Irlande
sont dgarnies. Le sang anglais a enfin coul  grands flots dans
plusieurs actions glorieuses pour les armes franaises.........Cette
lutte contre Carthage, qui paraissait devoir se dcider sur les champs
de bataille de l'Ocan ou au-del des mers, le sera donc dsormais dans
les plaines des Espagnes! Lorsque l'Angleterre sera puise, qu'elle
aura enfin ressenti les maux qu'avec tant de cruaut elle verse depuis
vingt ans sur le continent, que la moiti de ses familles sera couverte
du voile funbre, un coup de tonnerre mettra un aux affaires de la
pninsule, aux destins de ses armes, et vengera l'Europe et l'Asie en
terminant cette seconde guerre punique.

Messieurs les dputs des dpartemens au corps-lgislatif,

J'ordonne  mon ministre de mettre sous vos yeux les comptes de 1809
et 1810. C'est l'objet pour lequel je vous ai runis. Vous y verrez la
situation prospre de mes finances. Quoique j'aie mis, il y a trois
mois, cent millions d'extraordinaire  la disposition de mes ministres
de la guerre, pour subvenir aux dpenses des nouveaux armemens qui alors
paraissaient ncessaires, je me trouve dans l'heureuse situation de
n'avoir  imposer aucune nouvelle surcharge  mes peuples. Je ne
hausserai aucun tarif; je n'ai besoin d'aucun accroissement dans les
impositions.



Paris, 30 juin 1811.

_Rponse de l'empereur  une dputation du corps-lgislatif envoye
aprs le baptme du roi de Rome._

Monsieur le prsident et messieurs les dputs du corps-lgislatif,

J'ai t bien aise de vous voir auprs de moi dans cette circonstance si
chre  mon coeur.

Tous les voeux que vous formez pour l'avenir me sont trs-agrables.
Mon fils rpondra  l'attente de la France; il aura pour vos enfans les
sentimens que je vous porte. Les Franais n'oublieront jamais que leur
bonheur et leur gloire sont attachs  la prosprit de ce trne que
j'ai lev, consolid et agrandi avec eux et pour eux: je dsire que
ceci soit entendu de tous les Franais. Dans quelque position que la
Providence et ma volont les aient placs, le bien, l'amour de la France
est leur premier devoir.

J'agre vos sentimens.



Paris, 18 aot 1811.

_Rponse de l'empereur  deux dputations, l'une du dpartement de la
Lippe et l'autre des Iles Ioniennes.

A celle de la Lippe._

Messieurs les dputs du dpartement de la Lippe, la ville de Munster
appartenait  un souverain ecclsiastique, dplorable effet de
l'ignorance et de la superstition. Vous tiez sans patrie. La
Providence, qui a voulu que je rtablisse le trne de Charlemagne,
vous a fait naturellement rentrer, avec la Hollande et les villes
ansatiques, dans le sein de l'empire. Du moment o vous tes devenus
Franais, mon coeur ne fait pas de diffrence entre vous et les autres
parties de mes tats. Aussitt que les circonstances me le permettront,
j'prouverai une vive satisfaction de me trouver au milieu de vous.

_A celle des Iles Ioniennes._

Messieurs les dputs des Iles Ioniennes, j'ai fait faire dans votre
pays de grands travaux. J'y ai runi un grand nombre de troupes et de
munitions de toute espce. Je ne regrette pas les dpenses que Corfou
cote  mon trsor; elle est la cl de l'Adriatique.

Je n'abandonnerai jamais des les que la supriorit de l'ennemi sur mer
a fait tomber en son pouvoir. Dans l'Inde, comme dans l'Amrique,
comme dans la Mditerrane, tout ce qui est et a t Franais, le sera
constamment. Conquis par l'ennemi, par les vicissitudes de la guerre,
ou par les stipulations de la paix, je regarderais comme une tache
ineffaable  la gloire de mon rgne, de sanctionner jamais l'abandon
d'un seul Franais.

J'agre les sentimens que vous m'exprimez.




FIN DU CINQUIME VOLUME.















End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome IV.
by Napolon Bonaparte

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON, IV  ***

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