The Project Gutenberg EBook of Voyage dans l'Aurs, by Dorothe Chellier

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Title: Voyage dans l'Aurs
       Notes d'un mdecin envoy en mission chez les femmes arabes

Author: Dorothe Chellier

Release Date: March 15, 2005 [EBook #15375]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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                         VOYAGE DANS L'AURS


                         NOTES D'UN MDECIN
                         ENVOY EN MISSION
                       CHEZ LES FEMMES ARABES



                     DOCTEUR DOROTHE CHELLIER
             _Ancien aide d'anatomie  l'cole d'Alger_



TIZI OUZU--Imp. Nouvelle J. CHELLIER.--TIZI OUZU
1895




A MONSIEUR LE DOCTEUR CHANTEMESSE
Professeur  la Facult de Mdecine de Paris.

_A mon cher et bienveillant matre, je ddie ce modeste travail
d'observations faites au cours d'une mission mdicale, dans les
montagnes de l'Aurs.

C'est un bien petit gage de reconnaissance pour les bons conseils et les
encouragements qu'il m'a toujours prodigus._

Paris, le 10 aot 1895.




On trouvera dans le travail qui va suivre le compte rendu fidle d'une
srie d'observations recueillies au cours de la mission qui m'a t
confie par Monsieur Cambon, Gouverneur gnral de l'Algrie.

Ce haut fonctionnaire apporte, on le sait une sollicitude particulire 
l'tude des problmes qui se rattachent  la question indigne.

Il a tudi les moyens  employer pour amliorer le sort de la
population arabe et l'une des innovations qu'il prconise  cet gard
est la cration d'hpitaux de campagne tablis dans les rgions
loignes (Kabylie, M'zab, Aurs).

L'Aurs semble avoir attir spcialement son attention, et l'on ne
saurait s'en tonner si l'on considre que cette rgion sollicite  la
fois l'intrt par les richesses naturelles de son sol et les qualits
propres aux Chaouas qui l'habitent.

Il m'apparat comme vident, aprs le voyage que je viens de faire,
que ces indignes se distinguent des autres tribus algriennes par une
intelligence plus saine et plus pratique, et qu'ils prsentent  un haut
degr les caractres de perfectibilit qui font trs souvent dfaut 
leurs congnres.

Ce qui m'a frappe surtout au cours de ma mission, c'est l'empressement
des malades  venir solliciter mes soins, la confiance complte dans le
traitement institu, l'influence rapide que j'aurais pu acqurir sur
leur esprit.

On n'ignore pas que depuis la conqute de l'Algrie nos efforts, pour
nous assimiler les Arabes, sont rests  peu prs striles.

Les flatteries, les rigueurs n'ont abouti  aucun rsultat srieux.
L'Arabe demeure rfractaire  toutes les tentatives de civilisation.

tant d'origine algrienne, et connaissant les moeurs du pays, je
m'tais souvent demand si la non possibilit de pntrer dans le
gynce n'tait pas une des causes pour lesquelles l'assimilation tait
reste jusqu'ici impossible.

Je m'tais demand encore si une femme mdecin ne pourrait pas faire
quelque chose d'utile en facilitant l'introduction de nos ides dans ce
milieu si obstinment, si volontairement loign de nous.

Je savais que M. Cambon cherchait  utiliser les mdecins, non seulement
pour apporter aux indignes le secours de soins clairs et dtruire
l'influence des toubibs qui exploitent si indignement la crdulit de
leurs coreligionnaires, mais encore pour hter l'oeuvre d'assimilation.

Tout rcemment il avait prsent au Conseil suprieur de l'Algrie un
plan d'ensemble dont voici les principales lignes:

Cration d'un corps mdical compos d'indignes auxquels on demanderait
deux annes d'tudes portant sur les questions lmentaires et pratiques
de la mdecine. Ces tudes acheves, ces mdecins seraient dsigns
pour exercer dans une rgion dtermine. En dehors de cette rgion,
l'exercice de la mdecine leur serait interdit.

Soumis  Paris, au Conseil suprieur d'hygine, ce projet a t
sanctionn.

La question de surveillance de ce nouveau corps mdical n'est pas
dfinitivement rsolue; elle ne saurait tarder  l'tre; le projet
rpond  une utilit trop immdiate pour que son application soit
diffre.

Connaissant toutes ces choses et dsirant complter les observations que
j'avais dj faites sur les coutumes indignes, je demandais  M. le
Gouverneur gnral de bien vouloir me confier une mission dans une
rgion loigne.

M. Cambon, avec sa gnrosit habituelle et son dsir de connatre les
moindres dtails de la vie indigne, me dsigna l'Aurs pour aller
tudier les pratiques de l'accouchement, de l'avortement et la frquence
des maladies utrines.

J'allais donc pouvoir me rendre compte de l'utilit de la femme mdecin
dans des tribus loignes, encore sauvages, et apprcier si elle
pourrait y rendre les mmes services que chez l'arabe des villes.

Comme on le verra dans le rcit de mon voyage, la femme chaoua est plus
accessible que la femme arabe; elle n'est pas voile et ne se cache pas
aux regards des hommes; mais, comme partout ailleurs elle se refuserait
 accepter les soins d'un mdecin qui ne serait pas de son sexe, que le
praticien soit musulman ou chrtien, tandis qu'elle se livre et donne
une entire confiance  la femme.

Je crois qu'il y aurait intrt pour nous, en respectant les moeurs
arabes, d'agir sur la femme par la femme.

Chez les peuples civiliss, et bien plus encore chez les peuples
primitifs, c'est toujours en oprant sur l'esprit de la femme qu'on
pntre vraiment la famille.

Vouloir agir directement sur l'homme adulte est une tentative
irrationnelle, dont les rsultats pratiques sont nuls le plus souvent.

Cooprons  l'ducation de l'enfant en obtenant la confiance de la mre,
en la visitant, en l'habituant  suivre nos directions.

En agissant ainsi, nous obtiendrons le rsultat que nous cherchons
depuis si longtemps vainement  obtenir.

Pour que l'oeuvre de M. Cambon soit complte il ne faut pas que le
nouveau corps mdical soit exclusivement compos d'hommes.

A ct du toubib, il y a la matrone ignorante et dangereuse qui seule
conservera le privilge d'approcher la femme malade; lui faire donner
la mme instruction qu'aux futurs mdecins indignes, par des femmes
docteurs en mdecine est indispensable. C'est le seul vrai moyen de
hter le progrs en pays musulman. Si les observations contenues dans
mon rapport et qui sont le rsultat de mes travaux en Algrie peuvent
faire natre des ides nouvelles et utiles, ce n'est pas  moi qu'en
reviendra le mrite, mais bien  M. le Gouverneur gnral qui a bien
voulu me confier cette mission.

Partie d'Alger le 4 mai 1895, j'arrivais  Constantine le lendemain
et prenais mes dispositions pour mon voyage dans l'intrieur de la
province.

Monsieur le Prfet Lascombes, duquel je reus d'ailleurs l'accueil le
plus empress, ne me dissimula pas les difficults matrielles que
devait rencontrer l'accomplissement de ma tche. Quelles que soient, me
dit-il, les mesures que j'ai pu prendre pour vous assurer la scurit en
cours de route, le voyage demeurera fatiguant, pnible  travers un pays
de montagnes o les routes sont  peine traces. Je ne sais, conclut-il,
si vous pourrez aller jusqu'au bout.

Le 8 mai, j'tais prte  partir; je quittai Constantine me dirigeant
sur Batna o j'arrivai  neuf heures du soir.

Batna, ma premire tape, est une ville de mdiocre importance et de
cration rcente.

Au printemps, les jardins touffus et les alles d'arbres qui bordent les
rues lui donnent un sduisant aspect de fte.

J'tais attendue par M. Dieudonn, le sous-prfet, et M.
l'Administrateur de la commune mixte de l'Aurs qui prirent sans retard
les mesures ncessaires pour me permettre de poursuivre ma mission.

C'est tout d'abord  la complaisance de M. Dieudonn que je dus de me
procurer une femme interprte qui traduisit, en cours de route, le
dialecte chaoua, trs diffrent de la langue arabe.

Ainsi tait leve l'une des difficults qui me proccupait le plus; en
effet, les femmes chaouas sont rarement en contact avec des Franais,
et il me fallait de toute ncessit un interprte fminin qui put
converser librement avec les femmes que j'allais interroger et me
rapporter fidlement ses entretiens.

Mon interprte, jeune fille de dix-sept-ans, est la fille d'un marabout
d'El-Madher, sa mre est chaoua; elle a t leve dans une ferme
franaise o travaillait son pre, et elle a frquent l'cole du
village pendant six  sept ans.

Elle m'a rendu les plus grands services, me traduisant exactement les
rponses que faisaient les femmes  mes interrogations et m'apportant en
outre le concours intelligent de ses soins auprs des malades que j'ai
traits pendant ma tourne.

Elle vint me trouver  Batua le 10 mai, et le onze nous quittmes
cette ville  six heures du matin, nous dirigeant sur Lambse, o
l'administrateur de la commune a sa rsidence.

M. Arippe, l'administrateur, voulut bien se joindre  nous et nous
accompagner dans la premire partie de la mission.

Je ne puis assez le remercier ici des facilits de toutes sortes
qu'il s'est ingni  me procurer; grce  ses ordres et  son active
surveillance, j'ai pu, en plus d'une occasion, poursuivre sans entrave
le cours de mes travaux.

Il avait fait avertir les cheicks des villages qu'une tebiba (femme
mdecin), allait les venir visiter, et que les malades pourraient
demander ses soins.

Je note eu passant que grce  son altitude, Lambze est favorise par
un climat exceptionnel; l't y est trs facilement supportable.

Dj des femmes chaouas avaient rpondu  l'appel qui leur tait fait
et attendaient mon arrive.

C'est dans un gourbi que je donne ma premire consultation; je vois des
femmes et des enfants, j'en visite une vingtaine et donne mes soins 
treize que je reconnais tre effectivement malades.

Une femme porte une norme tumeur du pritoine; une autre se prtend
enceinte depuis de longs mois, disant que son enfant dort dans son sein.
Je la fis revenir de son erreur [1].

[Note 1: Il est  remarquer que cette croyance est trs rpandue
chez les indignes et que nombre de fois on est oblig de les dissuader.
Cette croyance vient de ce que la loi musulmane, ne voulant pas que
l'enfant d'une femme divorce qui est devenue enceinte en dehors du
mariage soit priv de pre, attribue la paternit au dernier poux.
C'est ce qu'on appelle le Bou-Reqoud, enfant qui dort dans le sein de
la mre.]

D'horribles gommes syphilitiques ayant dtruit le nez ou sigeant sur
la jambe,--une hernie ombilicale,--une tuberculose pulmonaire.--une
rougeole,--des krato-conjonctivites,--un cas d'anmie chez une jeune
fille. Je n'avais pas encore de mdicaments. Mon voyage devait tre
seulement un voyage d'tudes portant sur les maladies spciales  la
femme et sur les pratiques indignes de l'accouchement, je ne prvoyais
pas que j'aurais  donner des soins aussi varis que ceux que je fus
appele par la suite  prodiguer.

Accompagne de M. Arripe et de mon interprte, je quitte Lambse vers
dix heures du matin, reprenant le breack qui nous avait amens.

A onze heures, nous arrivons  l'oued Taza et nous nous arrtons  la
maison cantonnire pour prendre notre repas.

Avant de repartir, je visite un enfant syphilitique atteint de
pemphizus, un autre atteint de malaria, type quarte, et un vieillard
ayant une otite.

L'Oued Taza est situ dans une rgion essentiellement fivreuse.

A midi, la voiture nous emporte sur le chemin d'Arris. A deux heures,
nous arrivons aux Ouled Daoud; une tente est dresse pour nous mettre
 l'abri, car la pluie commence  tomber. Un superbe mchoui [2] nous
attend; nous nous empressons de lui faire honneur.


[Note 2: Le mchou est un mouton ou un agneau rti entier sur un
brasier en plein air et arros de beurre. ]

C'est l le point terminus de la route, d'ailleurs  peine carrossable;
il faut se rsigner  prendre les mulets, montures que nous devons
abandonner seulement cinq semaines plus tard.

C'est sous une pluie fine et froide que nous nous engageons dans la
valle; six heures de marche nous amnent  Arris.

De loin on aperoit l'hpital que les missionnaires d'Afrique, les
pres blancs, ont commenc  faire construire eu 1893 aprs tre venus
s'installer au Bordj d'Arris, dans la valle de l'oued El-Abiod, le 17
aot de la mme anne.

Tout d'abord, on est  la fois tonn et surpris de trouver dans ces
montagnes o ne s'lve aucune habitation europenne, une maison
d'hospitalisation aussi vaste et d'une installation aussi complte.

Dj les yeux se sont habitus  l'isolement de la rgion, les villages
tant rares sur la route qui mne de Lambse  Arris.

L'hpital se compose de deux grandes salles pour les malades, de
cabinets d'isolement pour les contagieux, du logement des soeurs, de la
cuisine, de la chapelle. Un btiment isol doit tre construit pour le
mdecin qui sera, parait-il, un indigne.

C'est le lendemain de notre arrive, le dimanche 12 mai, que le R. P.
Duval me fit visiter les diffrentes salles de l'hpital. Elles ne
sont pas encore compltement acheves, et cependant les soeurs doivent
arriver le 12 juin, jour de l'inauguration projete de l'hpital.

Je me rends ensuite au Bordj o est tablie la consultation que donne le
R. P. Bouillon, et j'assiste  cette consultation.

Les femmes passent d'abord [3]; un carcinome stomacal, une entrite, des
douleurs rhumathodes, des gastrites, trois hernies ombilicales, un cas
d'hystrie, du prurigo, de la malaria avec ses accs francs et dans sa
forme cachectique; et plus nombreux encore les cas de syphilis avec ses
gommes, ses manifestations cutanes, ses plaques muqueuses, etc., une
mtrite que j'examine, un cas de strilit et un carcinome du sein.

[Note 3: Les femmes qui sont atteintes de maladies ncessitant plus
qu'un examen sommaire restent seules avec moi. Les deux cas de mtrite
et de strilit sont examins dans la maison qui me sert d'habitation.]

Aprs midi, les hommes viennent  la consultation du R. P. Bouillon.
C'est encore la syphilis qui domine et la malaria vient ensuite.

Dans ma journe, je vis 56 malades.

C'est  Arris que j'ai l'occasion d'interroger pour la premire fois
les femmes chaouas sur les pratiques de l'accouchement, sur celles
de l'avortement et sur la frquence des maladies utrines,--toutes
questions dont j'aurai occasion de parler plus tard.

Vers le soir, je visite les alentours de l'hpital o coule un
magnifique torrent aux eaux claires et limpides et dont la force est
assez puissante pour actionner les roues des moulins chaouas.

A la fin du jour j'assiste  l'un des plus beaux spectacles qui se
puissent admirer: le soleil couchant sur la Marhadou (joue rose), et
sur le Chlia, ce dernier rput comme le plus haut sommet de toute
l'Algrie.

Quel dcor!

Une montagne couleur de feu dans toute sa partie suprieure, tandis que
sur les bas flancs les teintes d'un bleu sombre dominent, mettant en
vigueur l'embrasement du sommet.

Je ne crois pas qu'il soit possible de rver plus clatant, plus
aveuglant triomphe de la couleur; l'impression ressentie est
inoubliable.

Le lendemain, 13 mai,  six heures et demie, du matin, on nous amne
nos mulets; nous quittons Arris, gravissant pniblement les flancs
du contrefort qui spare la valle de l'Oued-El-Abiod de celle de
l'Oued-Abdi.

A neuf heures, nous franchissons le col o nous attend le cheick de
Baali, et par une pente rapide nous atteignons, une demi-heure aprs, le
village de ce nom.

Nous tions enfin dans cette pittoresque valle de l'Oued-Abdi, que nous
allions parcourir chaque jour plus merveills de ses sites et de la
richesse que reclent ses agrables jardins et sa Verdure sans cesse
renaissante.

On accde au village compos de gourbis btis en terre par une petite
monte assez raide. Nous sommes fort bien accueillis et nous trouvons le
caf maure transform  notre intention en une salle tendue de melhafa
[4].

[Note 4: Pice d'toffe de six mtres de long, aux vives couleurs,
et servant de vtements aux femmes.]

Sur le sol mal nivel du gourbi, des tapis ont t tendus. C'est l que
je me repose et que nous prenons notre repas, compos de mets arabes
offerts par le cheick, et de mets franais prpars par le dera
(cavalier de la commune), qui nous sert de cuisinier.

Les femmes de Baali et celles des villages environnants sont accourues.

Je les visite sous la tente, dans le village.

Il est tout  fait impossible de maintenir leur impatience. Elles se
pressent autour de moi, et malgr ma dfense ritre de ne pas pntrer
toutes ensemble sous la tente, elles l'envahissent, y rpandant une
odeur parfois insupportable.

Quarante femmes et enfants dfilrent devant mois; vingt-et-une
seulement furent reconnues vritablement malades.

L, comme partout au cours de cette mission, je constate que c'est la
syphilis qui m'apporte, le plus nombreux contingent de malades. Acquise
ou hrditaire, elle s'affirme par ses manifestations chez la
femme adulte et chez l'enfant  la mamelle; puis la malaria et les
conjonctivites granuleuses.

Je reois  Daali une visite inattendue.

La reine de l'Aurs est venue nous voir, non comme malade, mais en
visiteuse, attire par la curiosit de voir une femme mdecin.

Elle est fort belle et il ne me parat pas qu'elle soit de race chaoua
pure. Elle semble plutt, si j'ose dire, tre la fille d'une femme
chaoua et d'un europen.

D'une haute stature et d'un port trs noble, elle a des paules et des
bras d'une ligne parfaite. La tte est remarquable et superbe, mais
d'expression lassante par son impassibilit qu'on devine voulue et
tudie. Au bout de quelques instants il semble qu'on regarda une
statue.

Son costume qui rappelle celui de toutes les femmes de l'Aurs, mais
singulirement plus riche, ajoute encore  sa beaut. Elle a la figure
dcouverte, sa melhafa (robe) est rose crevette. Jet sur ses paules et
tombant jusqu'au bas de sa robe, en arrire, un voile de crpe noir.

Sa coiffure ne se distingue pas de celle des autres femmes. Un gros
madras allong dans le sens transversal recouvre les cheveux et supporte
des bijoux d'argent composs de chanettes se terminant en bas par des
plaques de divers modles, qui tombent de chaque ct du visage. Des
boucles d'oreilles faites d'un anneau d'argent mesurant 10 centimtres
de diamtre et se passant dans le lobule de l'oreille et dans la partie
suprieure de la conque.

Des bracelets aux poignets et aux chevilles compltent la toilette.

Tous les bijoux des femmes de l'Aurs sont en argent; et la femme pauvre
comme la femme aise, la femme jeune comme la femme vieille porte ces
bijoux plus ou moins nombreux suivant leur condition.

La reine de l'Aurs (reine galante), a t marie  douze ans  un
cheik. Elle a ensuite divorc pour se remarier deux fois. Maintenant
elle est Azria (fille galante), condition qu'elle prfre sans doute aux
prcdentes, car elle a refuse plusieurs fois de prendre un quatrime
mari.

A trois heures de l'aprs midi de ce mme jour, M. Delprier de
Labruzerie, administrateur-adjoint vient me rejoindre et remplace M.
Arippe qui rentre  Lambse; ce nouveau compagnon de voyage restera avec
moi jusqu' la fin de ma mission.

Aprs avoir t salus parles indignes et accompagns par le cheik,
nous quittons Baali nous dirigeant vers Chir en suivant le fond de la
valle de l'Oued Abdi.

La reine de l'Aurs nous accompagne.

Nous suivons de petits sentiers parfois dcouverts, parfois trs
ombrags par les arbres fruitiers dont les branches s'chappent des
jardins; trs souvent nos btes marchent dans l'eau, ou bien ont 
suivre des pentes raides formes par de grosses pierres en escaliers.

Aprs quatre heures et demie d'une marche pnible nous arrivons  Chir.
A sept heures et demie, la nuit est presque venue. Le cheik nous conduit
dans le gourbi qui nous est prpar et dont l'amnagement ne laisse pas
que d'tre tout  fait pittoresque et confortable. Des tapis cachent les
montants de bois qui soutiennent la terrasse; des fleurs en gerbe sur
une table o brle des lampes au ptrole, ce qui gte un peu la couleur
locale; mais l'ensemble n'en demeurera pas moins plaisant  l'oeil.

Un excellent repas nous est servi et nous demandons  nous reposer des
fatigues d'une journe bien remplie. Nous avions march plus de sept
heures  dos de mulet.

Le lendemain, 14 mai, ma consultation commence dans la matine dura
jusqu'au soir.

J'avais reu les mdicaments commands et je pouvais contenter ces
pauvres malades auxquels on ne peut songer  dlivrer des ordonnances.
Ils sont tout  la la fois trop misrables et trop loigns d'un centre
o ils pourraient s'approvisionner de mdicaments.

Je visite d'abord les enfants du cheik; l'un est atteint de
conjonctivite granuleuse, l'autre de paralysie infantile, un troisime
de bronchite, un quatrime d'imptigo du cuir chevelu.

L'enfant du Buch-Adel atteint aussi d'imptigo.

Puis viennent les femmes: j'observe une mtrite, des
krato-conjonctivites, des conjonctivites, des cataractes congnitales
et acquises, des hernies ombilicales, de la malaria, un spino-bifida, du
rhumatisme, des bronchites, un kyste de l'ovaire et toujours la syphilis
dont on ne saurait s'imaginer les ravages en ces rgions.

Vers le soir je cde aux prires des hommes qui me demandent de bien
vouloir les soigner.

Un petit garon de onze ans se prsente  moi avec le voile du palais
 moiti dtruit. Des hommes atteints de cataractes congnitales, de
gommes syphilitiques, d'otite, de ptrygion et de granulations sont
visits.

J'avais vu soixante-dix consultants et j'avais reconnu malades
quarante-six femmes et enfants et sept hommes.

Pendant ce temps sur la petite place situe en contrebas de la tente o
je donne mes consultations, un orchestre chaoua entame, en signe de
rjouissance, une musique plus originale qu'agrable.

C'est pendant cette journe que j'ai l'occasion de faire connaissance
d'une matronne nomme Mekdour Hmama bent el Messaoud Amri.

Doue d'une vive intelligence, elle m'a donn de prcieux renseignements
sur la manire dont se pratique l'accouchement. C'est auprs d'elle que
je contrle ce qui m'en a t dit  Arris sur les manoeuvres abortives.

Quand la femme est enceinte elle ne prend aucuns soins particuliers 
son tat, ni pour le ventre, ni pour les organes gnitaux, ni pour les
mamelles.

Elle continue  se livrer aux plus rudes travaux qui remplissent sa
vie ordinaire; car la femme chaoua travaille aux champs, fait les
provisions de bois, et porte sur son dos d'normes fagots dont le poids
la courbe en deux. C'est elle qui apporte au gourbi la provision
d'eau; elle encore qui vaque aux soins du mnage, d'ailleurs assez
rudimentaire.

Chez la femme chaoua, le ventre distendu et que rien ne soutient est
presque toujours fltri lorsqu'elle a eu des enfants.

Il prsente frquemment des hernies ombilicales, consquence de la
distension de l'anneau ombilical.

Au terme de la grossesse, quand le travail se dclare, la parturiente
est place dans une position mi-allonge, mi-assise; elle est soutenue
en arrire par la matrone qui enlace son thorax de ses bras en passant
sous les aisselles. Avec les pieds elle s'arcboute contre le sol, et
afin de faciliter l'effort et de le produire plus considrable, elle
tire sur une corde attache  un des rondins de bois qui composent la
partie suprieure du gourbi.

Quand la priode d'expulsion arrive, la matrone place en arrire de la
parturiente, la secoue, afin dit-elle que l'expulsion se fasse plus
rapidement.

Quand l'accouchement est normal et qu'il doit se terminer favorablement,
il se fait assez rapidement. Si l'expulsion tarde  se faire, on fait
avaler du beurre fondu  la femme en douleurs, afin dit-on de faciliter
le glissement.

Si, par le fait d'un excs de volume du foetus ou par suite du
rtrcissement du bassin, l'expulsion spontane ne se fait pas, aucune
intervention n'a lieu, la femme est abandonne  la volont de Dieu et
elle meurt.

L'expulsion du placenta se fait immdiatement aprs celle du foetus; le
cordon est coup  quatre travers de doigt de l'ombilic et li avec un
cordon de laine; on saupoudre ensuite la plaie avec de l'antimoine, il
n'y a pas d'autre pansement.

Si l'expulsion spontane du placenta ne se fait pas, aucune intervention
manuelle n'a lieu.

Les procds employs pour provoquer la contraction utrine ncessaire
au dcollement du placenta sont les suivants:

Le piment pil est donn sous forme de prise, dans le but de provoquer,
 l'aide d'ternuement, une contraction des muscles abdominaux,
l'abaissement du diaphragme, l'irritation du muscle utrin, sa
contraction, le dcollement du placenta et son expulsion.

On introduit aussi parfois une corde de laine dans la gorge de
l'accouche. Il survient un effort de vomissement et le mcanisme
prcit se produit.

Ou bien encore, la femme est mise debout, le bassin flchi sur les
cuises;  l'aide d'un bton auquel on imprime des mouvements de va et
vient, on frotte la la partie infrieure du ventre, celle qui rpond 
l'utrus. Ce dernier systme n'est en somme que l'application barbare du
procd qui, chez nous, consiste  irriter l'utrus par des frictions.

Si, malgr l'emploi de ces divers procds, le placenta n'est pas
expuls ou l'abandonne dans la cavit utrine.

Une hmorrhagie survient-elle, ou fait prendre  l'accouche une
infusion de racine de grenadier.

Si ce traitement est insuffisant, ce qui est le cas gnral, ou fait
crire par un taleb (savant), des versets du coran sur un carr de
papier qui est ensuite suspendu au cou de la femme. C'est la suprme
ressource et si l'hmorrhagie ne s'arrte pas spontanment, la femme est
emporte.

Dans le cas o le placenta reste dans l'utrus, me dit la matrone, il
survient de l'odeur, le ventre de la femme enfle et elle meurt.

C'est la pritonite puerprale.

D'autre fois le ventre ne gonfle pas, il survient de la fivre, il y
a de l'odeur et la femme meurt plus ou moins longtemps aprs
l'accouchement.

C'est l'infection puerprale.

Trs rarement le placenta sort par morceaux et la femme peut se
rtablir.

On conoit que dans ces conditions, la femme tant toujours livre au
hasard des complications qui peuvent survenir, prit le plus souvent
victime de l'ignorance de son entourage.

Il importe donc de combattre de telles pratiques.

Il ne faut plus que la maternit soit pour les femmes de ces rgions
un danger trs souvent mortel, alors qu'une intervention intelligente,
pourrait sauver  la fois l'accouche et l'enfant qu'elle vient de
mettre au monde.

Aprs l'expulsion des annexes foetales, on ne procde  aucun lavage
des parties gnitales. La matrone saisit une des jambes de l'accouche,
place son pied sur les parties gnitales externes de cette dernire et
opre un mouvement de traction sur le membre infrieur; elle s'arrte
seulement au moment o un craquement se fait entendre.

Cette mthode est destine, parat-il,  remettre en place les os qui
se sont dplacs pendant la grossesse; puis les cuisses de la femme
sont rapproches et du massage est fait sur toutes les parties du corps.

De larges cordons de laine sont poss autour du ventre, sur une hauteur
de 10  15 centimtres.

Aprs l'accouchement la primipare garde le repos pendant sept jours, la
multipare pendant cinq jours seulement.

Les soins qui sont donns au nouveau-n sont les suivants: Enduit de
beurre fondu avec du sel, il est mis au sein une heure environ aprs sa
naissance, si l'tat de la mre ne lui permet pas de l'allaiter, ce sont
les femmes de la bchera (village), qui le nourrissent.

Vers deux mois on commence  lui donner du lait et de la semoule,  six
mois il peut manger de la viande; mais bien qu'il soit nourri par des
aliments solides, l'allaitement se poursuit jusqu' deux ans et parfois
jusqu' un ge plus avanc.

Les entrites sont frquentes. La mortalit est grande chez les enfants.

La fille chaoua est marie vers douze ans, et, qu'elle soit nubile ou
non, m'a-t-on affirm  Mna, elle subit les approches du mari.

Il ne s'en suivrait aucune consquence fcheuse; quelquefois seulement
une hmorrhagie assez considrable se produit, due sans doute  une
dchirure dpassant l'hymen et empitant sur le prin; mais elle n'en
souffre pas et un mois aprs son mariage, la jeune femme devient grasse
comme une mule.

Le plus souvent la grossesse arrive immdiatement.

J'interroge ensuite Mekdour Hinama bent el Messaoud Amri, la matrone,
sur les divers procds que les femmes emploient pour se faire avorter.
Elle me rpond tout d'abord qu'elle ne sait pas.

Je conois la rserve que lui commande son caractre de quasi-mdecin;
mais je ruse et je finis par avoir d'elle confirmation de ce qui m'a
t dit  Arris et qui me sera rpt  Menai chez des Azrias qui sont
celles qui se livrent le plus  la pratique de l'avortement.

L'avortement se pratique trs frquemment chez les femmes chaouas,
surtout chez celles qui habitent la valle de l'Oued-Abdi, o les moeurs
sont dissolues.

C'est dans le dbut de la grossesse que les femmes se font avorter.
Elles disent qu'il n'y a pas crime  se dbarrasser d'un enfant qui ne
vit pas.

Pour provoquer l'avortement elles emploient diffrents moyens:

Elles absorbent de la poudre  canon, ou bien encore une substance
appele zedje et qui n'est autre que du sous-chlorure de mercure que
viennent leur vendre les kabyles marchands qui parcourent la rgion. A
la suite de l'absorption de cette substance, elles sont trs malades;
tous les signes de l'empoisonnement par le sous-chlorure de mercure se
manifestent et l'avortement ne tarde pas  se faire.

Un autre moyen qui, celui-ci, agit directement sur l'utrus, consiste 
tablir un brasier sur lequel elles jettent des graines de piment. Le
brasier est ensuite recouvert d'une sorte d'entonnoir  petite extrmit
tourne en haut et qu'elles dirigent vers l'entre du vagin en se
plaant au dessus.

Une forte congestion utrine est la consquence d'un tel traitement, une
hmorrhagie se fait entre l'utrus et l'oeuf, puis le dcollement de ce
dernier et son expulsion.

Des cas de mort sont assez souvent la consquence de ces manoeuvres.

Elle survient soit par suite d'infection septique, soit par
empoisonnement.

A Mna, le village qui vient aprs Chir, j'ai su qu'une toute jeune
femme tait morte aprs l'absorption d'une infusion de laurier-rose
qu'elle avait prise aprs avoir vainement essay les autres moyens
habituels.

Je crois pouvoir affirmer que les maladies utrines sont rares chez les
femmes de l'Aurs, d'aprs les tmoignages que j'ai pu recueillir et
d'aprs mes propres observations.

A quoi cela tient-il?

Les mauvaises conditions dans lesquelles se font les accouchements, la
frquence des manoeuvres abortives devraient les prdisposer plus que
toutes les autres aux inflammations, aux dviations, en un mot  toutes
les affections de l'appareil gnital.

Il n'en est rien cependant.

Je n'ai observ que trs peu de mtrites, pas de salpingites, pas de
vaginites.

J'attribue l'absence de ces maladies  l'tat des parties gnitales de
l'homme. On ne trouve pas de blennorrhagie chez l'homme habitant les
montagnes de l'Aurs d'une faon permanente, la maladie y est mme
inconnue; or, nous savons combien redoutable pour les maladies de
l'appareil gnital est le gonocoque.

Chez les musulmans les ablutions sont imposes par la loi religieuse; la
verge, dbarrasse des scrtions, des souillures contenant un plus ou
moins grand nombre de microbes n'apporte pas dans les voies gnitales de
la femme d'agents de contamination.

Je sais bien qu'on pourra m'objecter que les ablutions peuvent se faire
avec de la terre ou du sable, si l'eau n'est pas  la porte de celui
qui doit les faire; mais je parle ici de la rgion Aurasique, o l'eau
est abondante et o elle est toujours employe.

Reste encore la question des mtrites, des salpingites, reliquat des
infections septiques, d'une mauvaise parturition.

Elles n'existent pour ainsi dire pas ou trs rarement pour l'excellente
raison que la mort est presque toujours la consquence de l'infection
puerprale chez les femmes indignes.

La mortalit des femmes en couches est grande. La mortalit des femmes
atteintes d'infection puerprale est presque constante.

Et comment pourrait-il on tre autrement quand on voit qu'aucune
intervention n'a lieu quand l'expulsion du foetus ne se fait pas
spontanment, qu'aucune intervention efficace ne vient au secours de la
femme qui n'arrive pas naturellement  la dlivrance complte?

Ainsi que je l'ai dj dit, on n'emploie jamais de manoeuvres manuelles,
et quand par une simple introduction de la main  la recherche du
placenta une femme pourrait tre sauve, n'est-il pas dplorable de la
voir succomber  cause de l'ignorance dans laquelle se trouve la matrone
qui l'assiste?

Une vritable question d'humanit se pose et j'y insiste.

Dans un pays qui est devenu le ntre, toute une population demeure
ignorante des bienfaits les plus essentiels de la science mdicale. On
dit qu'elle ne dsire pas s'initier  nos moeurs,  nos usages,  nos
coutumes parce que la religion met une barrire infranchissable entre
eux et nous.

Peut-tre! mais n'est-il pas possible d'carter toute ide de
proslytisme religieux et de respecter leur foi tout en leur apprenant 
soulager leurs maux. C'est en se faisant rsolument laque pour
pntrer jusqu' eux que la science vitera de les mettre en dfiance.
Apprenons-leur  se sauver de la maladie sans exiger d'eux une
conversion en change de mdicaments.

Et, le jour o nous irons vers ces indignes, leur affirmant et leur
dmontrant que nous respectons la religion qu'ils pratiquent, nous
aurons la presque certitude de les voir se rallier  nos ides
civilisatrices.

A ct de la question d'humanit vient se placer le grand intrt qu'il
y a pour nous  nous attacher les indignes,  nous les assimiler.

Nombre d'hommes de haute valeur s'occupent depuis longtemps de cette
importante question au point de vue de la colonisation.

Or, une remarque trs judicieusement faite, tabli que la femme arabe
est peut-tre plus rfractaire que l'homme  l'assimilation.

Il y a l une cause  rechercher.

Quand on a essay de civiliser les indignes, on s'est toujours adress
 l'lment masculin.

Bon nombre d'enfants ont t mis dans les coles, on en a fait des
mdecins, des avocats, des officiers.

De la femme, on ne s'est jamais occup!

Si on a tent de le faire en crant des coles, l'oeuvre n'a pu tre
continue, dit M. le docteur Trolard, dans ses articles sur l'Algrie,
parce que non surveilles, non subventionnes, ces coles perdirent leur
clientle et furent abandonnes.

Et cependant ajoute-t-il, vouloir amener les indignes  notre
civilisation et en mme temps les isoler des colons, et laisser leurs
femmes sans instruction est la plus grande des erreurs.

Tant que la mre des enfants, celle qui donne  leur esprit les
impressions si tenaces du premier ge sera maintenue dans la condition
d'ignorance o nous la trouvons aujourd'hui, on ne peut esprer soit
l'acclimatement de nos moeurs dans un milieu rfractaire, soit leur
greffe sur les sauvageons de la barbarie.

Et quel moyen plus puissant y aurait-il pour aider  l'assimilation
que de placer auprs des femmes indignes des femmes mdecins qui
apporteraient un soulagement  leurs souffrances et les initieraient
progressivement  tous les bienfaits de notre civilisation.

Elles pourraient runir  de certaines poques; de l'anne les
matrones d'une rgion, les instruire, leur enseigner la pratique des
accouchements, leur apprendre  soigner les petits enfants.

Les matrones porteraient  leur tour au sein du foyer arabe, surtout
 la mre de famille, nos moeurs, nos habitudes, un commencement de
progrs qui serait d'autant plus volontiers accept qu'on s'adresserait
aux misres les plus grandes, celles qui touchent le plus la crature
humaine: la maladie.

Chez nous ne voit-on pas le mdecin devenir l'ami de la famille? ses
ides, ses conseils ne sont-ils pas suivis mme en dehors de son domaine
technique?

Personne n'ignore combien grande est son influence, prcisment parce
qu'il agit souvent sur l'esprit aux heures o la maladie a affaibli la
volont et rendu le temprament docile.

Faut-il ajouter que les indignes ne permettent jamais aux mdecins
hommes de visiter les parties gnitales de la femme.

Les femmes seules peuvent les soigner et qu'ainsi, comme l'affirme le
lieutenant-colonel Villot, ancien chef du bureau arabe, pour les causes
qui viennent t d'tre sommairement exposes, des femmes docteurs en
mdecine et connaissant la langue arabe pourraient en Algrie, rendre de
grands services.

Les Anglais ont cre aux Indes des hpitaux pour les femmes, toujours
dirigs par des doctoresses; mais ils mlent  leur humanitarisme et 
leur dsir d'assimilation, une proccupation de prozlytisme religieux.

Nous ferions mieux encore en Algrie si nous arrivions  pntrer la vie
intime indigne, sans chercher  lui imposer notre croyance.

C'est le seul vrai moyen de gagner l'arabe  notre cause.

La matrone de Chir est une femme extraordinairement intelligente, fort
considre dans le pays o elle est consulte par le cadi dans bien des
cas.

Elle a assist  la consultation que j'ai donne dans son village, et
elle tait la premire  engager les femmes  se laisser examiner.

Je lui est montr l'emploi du spculum, de l'injecteur, lui expliquant
que les injections d'eau bouillie et ramene  la temprature de 40 42
taient employes dans les hmorrhagies utrines.

Je lui ai dit que nous allions  la recherche du placenta quand il
restait dans l'utrus; je lui ai dmontr certaines de nos interventions
dans le cas de non expulsion spontane du foetus. Elle comprenait et son
tonnement tait grand.

Mais combien plus utile eut t mon enseignement si  la dmonstration
j'avais pu joindre la pratique.

Malheureusement mon court sjour dans les montagnes de l'Aurs ne me l'a
pas permis. Je suis certaine que cette matrone ferait en peu de
temps une excellente sage-femme et qu'elle pourrait rendre ainsi
d'inapprciables services  ses coreligionnaires; mais comme les
matrones ne viendront pas dans nos coles, c'est par rgion qu'il
faudrait les grouper et aller les instruire sur place, au dbut tout au
moins.

Le 14, aprs notre dner, le cheik nous fait prvenir que pour nous
remercier la musique viendra jouer devant la porte de notre gourbi et
qu'une femme dansera.

Le cheik, le cadi, le bachadel viennent s'asseoir prs de nous.

Et la danse dure jusqu' onze heures.

Le 15,  onze heures et demie, nous quittons Chir non sans nous rendre
chez le cheik et avoir donn des soins  ses femmes.

Nous traversons la plus jolie partie de l'troite valle de l'Oued Abdi,
ayant  notre gauche des jardins et des jardins, encore plants d'arbres
fruitiers: abricotiers, grenadiers, figuiers, quelques plants de vigne.

Devant nous trois musiciens dont deux frappent sur un tambourin, alors
que le troisime tire des sons d'une trompette en bois.

Nous arrivons  Mena qui m'apparat comme la capitale de l'Aurs, et
tandis que nos mulets gravissent le sentier raide et difficile d'accs
qui va des bords de la rivire dans Mena mme, je regarde ce curieux
village, ces sortes de couloirs sous lesquels nous passons pour arriver
sur une petite place, ces maisons bties en terre, etc.

Vu de loin, Mena a la forme d'un pain de sucre. C'est un rocher sur
lequel a t bti le village.

Tout en haut la mosque construite, parat-il, depuis des sicles; des
ruelles presque  pic mnent  la partie suprieure du village et il
faut de vritables efforts des muscles du mollet pour les parcourir.

Mena, par son originalit, par sa situation heureuse au milieu des
jardins, laisse dans l'esprit un souvenir inoubliable.

A 600 mtres d'altitude, et au confluent de l'Oued Abdi et de l'Oued
Bouzina, le village est pourvu de nombreuses sources.

Nous sommes reus avec empressement, et dj de nombreux malades de
Nara, village situ sur un plateau qui vient aboutir  la premire
ligne des crtes de la rive gauche de l'Oued Abdi, sont venus  notre
rencontre.

Les indignes de Mena m'ont manifest une vritable sympathie. Ils sont
bons et paraissent reconnaissants des soins qu'on leur donne. Je n'ai
qu' me louer d'eux, comme de tous ceux que j'ai vus pendant mon sjour
dans les montagnes.

La dernire partie de la journe du 15 a t consacre au repos.

Le lendemain, 16 mai, je commence ma consultation par les femmes de Nara
qui doivent s'en retourner chez, elles.

Le 17, c'est encore les gens de Nara que je soigne.

Les trois journes du 18, du 19 et du 20 sont donnes aux habitants de
Mna.

Dans les deux premires journes, j'avais donn des soins et des
mdicaments  50 femmes et enfants et  huit hommes.

Dans les journes du 18, du 19 et du 20, soixante-dix-huit femmes
et enfants malades reurent des soins et des mdicaments, ainsi que
trente-trois hommes.

J'ai donc reconnu malades et soign  Mna cent soixante-neuf
indignes, alors qu'un plus grand nombre est venu  ma consultation;
mais plusieurs n'taient nullement atteints.

Tous les soirs on nous donnait le spectacle des danses; c'tait une
faon de nous remercier et de nous prouver que les indignes taient
heureux de notre prsence parmi eux.

Les danses de l'Aurs sont trs originales.

Le plus souvent la danseuse est isole, parfois elles sont deux se
tenant par la main. C'est un pas cadenc, une jambe lgrement flchie,
qui se fait en avant puis ou arrire, sur un assez large espace. De
temps en temps une sorte de spasme avec renversement de la tte et du
corps en arrire.

La danseuse a toujours les paupires baisses, les yeux fixs sur la
terre, attitude qui lui donne un air de fausse pudeur qui ajoute  son
charme.

Les mouvements du bassin sont moins multiples que chez la femme arabe.
Ils se font surtout d'arrire en avant et sont un peu voils par la
melhafa.

Les moeurs des habitants de Mna sont trs dissolues; c'est la ville de
la prostitution que les hommes acceptent fort bien, du reste. Un air de
gat rgne sur tous les visages.

Comme dans tout l'Aurs, les femmes sont  peine vtues. La melhafa est
l'unique vtement de dessus et de dessous, et l'on songe avec douleur,
en les voyant ainsi, aux rigueurs de l'hiver.

Les enfants sont presque nus et les faibles ne doivent gure rsister.
L'hiver doit faire aussi parmi eux une terrible slection avant qu'ils
n'atteignent l'ge de l'adolescence.

La femme chaoua qui, je l'ai dj dit, se marie vers douze ans, ne
tarde pas  divorcer; ou bien elle se marie, ou bien elle se livre  la
prostitution ce qui ne l'empche pas de se remarier ensuite.

J'ai vu des femmes ayant t maries douze et quinze fois, tre jeunes
encore.

Mna possde une cole indigne qui est dirige par un instituteur
franais.

Le cheick est un homme trs intelligent qui m'a rendu bien des services
pendant mon sjour dans le village.

A Mna, j'ai contrl les renseignements qui m'avaient t fournis
 Arris et  Chir. C'est l que j'ai interrog des Azrias sur les
pratiques de l'avortement et c'est sans difficult que j'ai pu leur
faire dire ce qu'on m'avait dj dit sur les manoeuvres abortives.

Si ces femmes parlaient, c'tait  la condition d'tre seulement en
prsence de mon interprte et de moi.

J'ai opr  Mna la soeur du cheick en ouvrant un trajet fistuleux de
l'avant-bras, provenant d'un squestre du cubitus. Malheureusement il
eut fallu enlever ce squestre pour tarir la suppuration et les aides me
manquaient. J'ai engag cette femme  venir  Batna, o j'aurais pu plus
efficacement oprer mais son mari n'a pas voulu la laisser aller. Cette
opration pratique sans anesthsie, a t supporte sans un cri, sans
un mouvement de la face exprimant la douleur.

Le 20,  9 heures du matin, nous reprenons nos mules et aprs avoir t
remercis par les indignes et particulirement par les femmes qui me
demandent de prolonger mon sjour, nous nous engageons dans le sentier
qui doit nous conduire  l'oasis d'Amentane. L'aspect du pays change
compltement; plus de verdure, des montagnes arides et nues.

Aprs 4 heures de marche, l'oeil dcouvre avec une vive satisfaction, au
fond d'une valle, un bouquet de palmiers. C'est l'oasis d'Amentane.

Si la pente qui donne accs  Mna est difficile  gravir, plus
difficile et surtout plus longue est celle qui nous descend  Amentane.

Amentane est le pays du rve, en pleine solitude arabe. Des palmiers,
des arbres fruitiers: figuiers, abricotiers, mriers, balancent leurs
branches sur le bord de la rivire. Dj on remarque de lgres
diffrences dans le caractre des indignes, dont le type tend  se
rapprocher de celui de l'arabe du sud.

L, comme  Daali, comme  Chir,  Mna, les malades des villages o
je n'ai pu me rendre accourent pour me voir. Le 21, le 22 et le 23 je
soigne cent six malades auxquels je dlivre toujours des mdicaments que
je prpare  mesure que se fait la consultation.

Sur ces cent six malades, il y a 76 femmes et enfants et trente hommes,
j'ouvre un phlegmon de la main.

Le 24 mai trs fatigue, je me repose avant de reprendre ma route.

Le 25,  neuf heures du matin, nous quittons la dernire station de la
commune mixte de l'Aurs pour entrer dans celle d'An-Touta.

Le chemin qui nous conduit vers Djemora est parfois des plus pnibles.
Des boulements de pierres sur des sentiers troits, trs en pente,
rendent la route dangereuse et nous devons laisser la bride sur le cou
de nos mulets; puis nous atteignons le bord de la rivire, la traversant
mainte et mainte fois.

De distance en distance, des oasis avec leurs jardins. Ailleurs, des
haies de lauriers-roses bordent le cour d'eau et tellement symtriques
qu'on les dirait plants par la main de l'homme.

Un systme d'irrigation trs primitif est employ dans ces rgions, pour
amener l'eau d'un jardin occupant un des cts de la rivire dans un
autre jardin situ sur le ct oppos; ce sont des branches d'arbres
creuses qui jouent le rle de canaux suspendus.

A une heure de l'aprs-midi, nous arrivons a Djemora, o le neveu
du cheick nous reoit en l'absence de ce dernier. Cet homme, d'une
courtoisie toute franaise, parle parfaitement notre langue et nous
fait, le soir, les honneurs de sa table dont le menu ne laisse rien 
dsirer.

Les malades de Djemora seront vus au retour de Biskra, d'abord parce
qu'il ne me reste plus de mdicaments et ensuite parce qu'ils n'ont pas
t prvenus par l'administrateur qui, lui-mme, ignore mon passage,
dans sa commune.

Je me borne  vacciner une douzaine d'enfants avec le vaccin que je
viens de recevoir de l'institut Pasteur d'Alger.

Djemora est une oasis entoure de montagnes assez loignes et nues;
c'est une rgion essentiellement fivreuse et peu agrable.

Le lendemain, 20 mai,  huit heures et demie du matin, nous quittons
Djemora.

Le temps est sombre et la pluie menace; nous poursuivons nanmoins
notre route. Le sentier que nous suivons est trac dans une terre
de dsolation: pas de vgtation; de loin en loin un bouquet de
lauriers-roses dans le lit de la rivire qui est  sec sur sa plus
grande tendue; parfois pourtant une large flaque d'eau semble sortir
de dessous terre; on me dit que la, rivire est souterraine et qu'elle
jaillit ainsi par endroits.

Aprs une demi-heure dmarche, la pluie commena  tomber; nous avanons
toujours; il fait froid et le vent souffle avec une violence telle qu'il
est presque impossible de se couvrir avec les manteaux que le vent
arrache.

Une heure aprs notre dpart nous tions sous une pluie diluvienne; nos
btes avanaient avec peine, et l'on ne voyait pas devant soi. Pas un
arbre, pas un gourbi, pas un repli de terrain sous lequel nous puissions
trouver un asile. Nous tions tremps! La gaiet qui n'avait cess de
rgner parmi nous avait fait place au mcontentement.

Des derniers mamelons nous apercevons enfin El-Outaya, et nous reprenons
courage; mais il se passera bien deux heures avant de l'atteindre.

A une heure de l'aprs-midi, nous entrons au bordj, heureux de penser
que nous allons pouvoir nous scher et nous chauffer un peu.

Le soir du mme jour, l'administrateur-adjoint qui m'accompagne et
qui est dj trs faible de sant, tombe malade. Sous la pluie, il a
contract une bronchite qu'il gardera quelques jours.

El-Outaya, qui veut dire la plaine, est situ sur la ligne du chemin de
fer de Batna  Biskra. C'est une oasis avec de nombreux palmiers.

C'est l que se trouve la montagne de sel que les touristes viennent
visiter.

Nous couchons au bordj et le lendemain, accompagne de mon interprte
chaoua, je prends le train qui me mnera  Biskra. Aussitt arrive,
je me rends chez l'Agha Ben Gana qui, trs aimable, nous invite pour le
lendemain soir  dner.

Le 28, je donne une consultation aux femmes de l'Agha et de ses deux
frres Mohamed, le cad de Tuggurt et Hamida, et le soir, en compagnie
de Mlle Taeb, mon interprte, et de l'administrateur-adjoint qui est
venu me rejoindre, je reois de Ben Gana la plus gracieuse hospitalit.
Il pousse l'amabilit jusqu' mettre une voiture  notre disposition
pour visiter le lendemain, les environs de la ville.

La faon gnreuse et somptueuse dont on est reu dans la maison de
l'Agha est d'ailleurs proverbiale dans la rgion.

t fournis par des officiers qui en avaient vues  Tuggurt. J'ai appris
l que l'anne dernire une tudiante trangre  nos facults tait
venue  Biskra et s'tait fort intresse au sort des femmes indignes,
comme j'apprendrai  mon retour  Constantine qu'un couple anglais
soigne les femmes et les petits enfants arabes et qu'il est trs aim
dans la ville.

Le 31 au matin nous nous disposons  partir, mais mon interprte, peu
habitue  voyager, n'est pas au rendez-vous indiqu et nous fait
manquer le train. C'est donc le premier juin seulement que nous
retournons  El-Outaya, munis de quelques nouveaux mdicaments.

Je vois une trentaine de consultants parmi lesquels j'en reconnais 18
malades, 10 femmes et enfants et 8 hommes. Deux femmes dans un tat de
grossesse assez avance sont atteintes de syphilis. Chez un enfant de
douze ans, j'observe une tumeur bossele de de la rate qui occupe le
ct gauche du ventre et descend jusque dans la fosse iliaque; une
perforation du voile du palais chez un enfant de dix ans; de la malaria,
des affections oculaires, etc., etc.

Le lendemain, deux juin, je visite les femmes et les parentes du cheick
et celles de Ben Dris.

A El-Outaya, j'ai vu trois affections utrines dans la mme famille; des
mtrites avec rtroversions et abaissement, affection ayant entran la
strilit aprs une premire grossesse. Et le mari de ces femmes tait
un homme ayant voyag et certainement il n'avait pas d tre indemne de
blennorrhagie.

Dans ces deux familles j'ai vu douze femmes.

Mon interprte,  son tour, tombe malade; elle a de la fivre et des
douleurs de ventre; je crois  un simple accs de malaria, je lui fait
prendre de la quinine: et le trois juin,  3 heures de l'aprs-midi,
nous nous mettons en route, voulant atteindre Djemora avant la nuit.

Aprs une marche trs fatigante, nos mulets atteignent Djemora,  9
heures.

Le lendemain matin les consultants sont au nombre de vingt-neuf environ;
j'en reconnais dix-neuf malades, dont douze femmes et enfants. Parmi ces
derniers, une fillette trs intressante prsentant une soudure complte
de la conjonctive oculaire.

Mon interprte est toujours malade; c'est une lgre fivre typhode
dont elle souffre et qu'elle a du contracter  Biskra par les eaux dont
elle buvait sans modration.

Le mardi 4 juin,  4 heures de l'aprs-midi, nous disons adieu au cheick
de Djemora, pour revenir sur Amentane, o nous arrivons  neuf heures du
soir.

Le mercredi 5 juin, je vaccine neuf enfants, je revois le phlegmon de la
main que j'avais ouvert  mon prcdent sjour; il ne reste plus rien
qu'un peu de raideur des articulations des phalanges. Je fais le
pansement d'une plaie de la jambe avec des bandelettes de Vigo. Je vois
une scoliose, six affections oculaires; krato-conjonctivites, deux
fivres palustres et une gomme syphilitique non ouverte.

Un des indignes m'a prouv  Amentane combien ces gens sont
susceptibles de reconnaissance. J'avais soign ses yeux, j'avais vaccin
son enfant et en me remerciant il insistait trs vivement pour que je
lui laisse mon adresse afin, disait-il, de m'envoyer des dattes
l'hiver prochain. Ce sentiment m'a fait le plus grand plaisir et m'a
certainement rcompense des soins que j'avais donns  cet homme.

Le 6 juin, je quitte Amentane, non sans regret. Cette oasis, avec sa
solitude, son silence profond, ses indignes pauvres hres, dociles aux
conseils, tout dans ce pays de navet m'enchante et m'attire et
je quitte  regret ces montagnes pour retourner dans le pays de la
civilisation.

Le 6, le 7, et 8 juin nous demeurons  Mna afin de laisser reposer mon
interprte qui souffre toujours de sa fivre et M. de Labruzerie qui se
remet  peine de sa bronchite.

C'est  ce moment que je revois la soeur du cheick  laquelle j'ai
ouvert les trajets fistuleux de l'avant-bras et que je cherche 
l'emmener  Batna pour lui enlever son squestre; mais je n'arrive pas 
vaincre la rsistance du mari qui ne veut pas qu'elle quitte le village.

En quittant Mna nous changeons notre direction premire; nous prenons
 neuf heures du matin le chemin de Tagoust, village dont le territoire
est arros par l'Oued Bouzina, affluent de l'Oued-Abdi.

Les habitants vivent principalement du produit de l'levage du btail.
Nous arrivons au village  dix heures trois quarts; nous quittons nos
montures pour prendre une tasse de caf qui nous est offerte dans le
caf maure. A onze heures nous nous remettons en selle et  midi et
demie nous sommes  Oum-el-Rekha, village formant avec Tagoust une
section.

Nous djeunons et je me rends dans la famille du cheick, o je donne
des conseils  une demi-douzaine de femmes, parmi elles je vois une
scoliose.

A quatre heures, nous reprenons nos mulets et par des sentiers trs
pnibles, nous gagnons Bouzina o nous arrivons  sept heures du soir.

Dans cette journe nous avions fait six heures et demie de marche  dos
de mulet.

Bouzina, qui a une altitude de 900 mtres environ, tire son nom de la
source au dessus de laquelle le village est construit, source qui donne
naissance  l'Oued Bouzina, dont le cours est torrentueux prs de sa
source. L'eau est claire et limpide, trs potable.

Les bords de la rivire sont plants d'arbres fruitiers, parmi lesquels
de magnifiques noyers. Ce sont ces plantations d'arbres fruitiers qui
constituent comme  Chir,  Mena, les ressources du pays. En suivant le
bord de la rivire on voit de belles cascades.

L'eau semble sortir de tous cots de la terre.

La temprature est excellente et bien que nous soyions  la mi-juin, la
fracheur est telle dans la soire qu'il nous est difficile de rester
dehors. Le onze juin, je donne ma premire consultation a Bouzina.
Je commence par les gens de Larba, village trs pauvre  quelques
kilomtres de Bouzina.

Je reconnais 16 malades: onze femmes et enfants et cinq hommes. Des
enfants atteints d'entrite, une jeune fille atteinte d'anmie profonde,
une femme ayant le voile du palais presque entirement dtruit, une
destruction complte du nez. Des fibromes multiples de la peau, de la
malaria, une cataracte double, des affections oculaires, etc.

Je dois faire remarquer que dans l'Aurs, c'est surtout la fivre quarte
que j'ai rencontre; que la proportion des fivres palustres est grande
dans le nombre des maladies que j'ai eu  soigner, et cependant nous
n'tions pas  l'poque o la malaria svit plus particulirement
l'automne.

Sur les cinq hommes que j'ai soign, cinq sont atteints de syphilis.

Le 12, je vois vingt et un malades: 14 femmes et enfants et 7 hommes;
des ptrygions, trs nombreux dans la rgion de l'Aurs, un cancer du
sein, des gastrites, de la malaria, des granulations.

Le 13 juin, trente et un malades reoivent mes soins, 22 femmes
et enfants, 9 hommes. Deux goitres, deux kystes synoviaux, un cas
d'ostomylite, des krato-conjonctivites, des cataractes, des
gastrites, des gommes syphilitiques, etc.

J'tais ce jour l  ma consultation, lorsqu'un indigne vint me dire
qu'il tait de Chir et qu'il venait  Bouzina, pour me demander du
mdicament que j'avais donn  son fils; que la mre du petit avait
remarqu qu'il allait beaucoup mieux, qu'il tait presque guri, mais
que la provision que je lui avait donne tait puise; que je veuille
donc lui en dlivrer une nouvelle. C'tait un mlange d'iodure de
potassium et de bichlorure de mercure.

Malheureusement, les malades de Bouzina avaient eu tout ce qui me
restait en mdicaments et je dus le lui dire. Il me pria alors de lui
faire une ordonnance pour le pharmacien de Batna.

Si je rapporte ce fait qui peut sembler banal, c'est pour montrer que
cet homme, ayant compris l'efficacit du traitement, se dcidait  une
dmarche, sans doute nouvelle pour lui: Il allait se rendre chez un
pharmacien.

Le 14 juin,  dix du matin, nous partons pour Sgag, qui doit tre notre
dernire tape.

La fort de Sgag, est peuple par des cdres.

Elle part de Larba, passe par la ligne de partage des eaux et se
continue dans le versant tellien sur la rive gauche de l'Oued Abdi.

Aprs avoir travers une partie de la fort nous arrivons  la maison du
garde.

Le lendemain, samedi 15 juin, je visite les derniers malades que je
verrai dans ma mission.

Le nombre en sera restreint parce que je n'ai plus de mdicaments.

Quinze malades seulement sont vus; six femmes et enfants, neuf hommes:
une gastro-entrite, des manifestations syphilitiques du larynx, une
norme gomme de la fesse. Chez une femme enceinte, un ptrygion,
une dacryocystite, un lumbago, une nvralgie intercostale, deux
conjonctivites granuleuses, des accidents de la dentition chez un
enfant, une gomme de la jambe, un pithliome de l'aile du nez, de
l'imptigo du cuir chevelu, une malaria, une arthrite du genou survenue
 la suite d'une chute.

Le 16, nous quittons Sgag pour rentrer  Lambse.

Ma mission tait termine et j'tais reste cinq semaines dans les
montagnes de l'Aurs.



CONCLUSIONS MDICALES

De ce rapide compte-rendu de mission, au point de vue mdical, il
ressort que les maladies sont nombreuses chez les indignes des
montagnes de l'Aurs.

La syphilis rgne sur presque tous les sujets, acquise ou hrditaire.

La malaria svit avec intensit, les cas observs pendant le cours de la
mission sont nombreux et il est  remarquer que le printemps n'est
pas l'poque o elle se montre plus particulirement. C'est surtout 
l'automne, qu'elle subit une recrudescence. Le type quarte est le plus
frquent.

Les accouchements se font par les seules lois de la nature; aucune
intervention intelligente et efficace n'a lieu, quand une complication
survient; par suite, la mortalit des femmes en couches est grande.

L'enfant, dans le premier ge, ne reoit aucun soin parce que
l'ignorance de la mre et des matrones, ne leur permet pas de lui
apporter les secours ncessaires quand il est atteint par la maladie. Un
grand nombre d'entre eux succombent et la slection est terrible.

Les maladies utrines sont rares, parce que la blennorrhagie n'existe
pour ainsi dire pas et que le gouvenque, grand facteur des affections
ressortissant  la gyncologie n'est pas import dans les voies
gnitales de la femme.

Les mtrites  streptocoques, reliquat d'une infection puerprale sont
rares aussi, parce que les femmes atteintes par les accidents de la
puerpralit meurent presque fatalement.

L'avortement se pratique sans aucune retenue chez les femmes de l'Aurs
qui ne le considrent pas comme un crime, quand il est provoqu dans les
premiers mois de la grossesse.

Il est la consquence des moeurs dissolues de la rgion.

Les affections oculaires, la conjonctivite avec tous ses retentissements
sur la corne est la plus frquente.

Nombreux sont aussi les ptrygions et les cataractes congnitales et
acquises.


[Note du transcripteur: Le tableau qui suit est un rsum de celui
prsent dans l'dition originale qui donne la distribution des
maladies observes par village (au nombre de 14)]

  +---------------------------------+-----------+-----------+
  | NATURE DES MALADIES             |  Femmes   |           |
  |                                 |    et     |   Hommes  |
  |                                 |  enfants  |           |
  +---------------------------------+-----------+-----------+
  | Conjonctivite                   |    66     |     8     |
  | Krato-conjonctivite            |    19     |     2     |
  | Kratite                        |    11     |     6     |
  | Blpharite                      |     4     |     1     |
  | Blpharo-conjonctivite          |     0     |     4     |
  | Taies de la corne              |     3     |     0     |
  | Ptrygion                       |     1     |    10     |
  | Staphylome                      |     5     |     0     |
  | Trichiasis                      |     3     |     0     |
  | Amaurose                        |     1     |     1     |
  | Cataracte                       |     6     |     6     |
  | Dacryocystite                   |     0     |     1     |
  | Soudure des conjonctives        |     1     |     0     |
  | Rougeole                        |     1     |     0     |
  | Malaria (accs)                 |    38     |    19     |
  | Malaria (cachexie)              |    13     |     4     |
  | Syphilis                        |    71     |    65     |
  | Anmie                          |     3     |     0     |
  | Hernie ombilicale               |    12     |     0     |
  | Mtrite                         |     7     |     0     |
  | Gotre                          |     2     |     1     |
  | Spina-bifida                    |     1     |     0     |
  | Phlegmon de la main             |     0     |     1     |
  | Luxation de la mchoire         |     1     |     0     |
  | Leucocythmie                   |     2     |     0     |
  | Tremblement snile              |     0     |     1     |
  | Chore                          |     0     |     1     |
  | Bronchite                       |    13     |     1     |
  | Arthrite du genou               |     1     |     1     |
  | Scoliose                        |     2     |     0     |
  | Hystrie                        |     1     |     0     |
  | Entrite                        |    12     |     0     |
  | Gastrite                        |    29     |     1     |
  | Strilit                       |     2     |     0     |
  | Ostomylite                    |     2     |     0     |
  | Affection cardiaque             |     0     |     3     |
  | Fistules urineuses              |     0     |     1     |
  | Hmorrhodes                    |     1     |     0     |
  | Nphrite                        |     1     |     1     |
  | Cancer stomacal                 |     3     |     0     |
  | Cancer du sein                  |     1     |     0     |
  | Cancer paupire suprieure      |     0     |     1     |
  | Cancer du nez et de la face     |     0     |     2     |
  | Tuberculose pulmonaire          |     3     |     0     |
  | Tuberculose des os              |     1     |     0     |
  | Tuberculose intestinale         |     1     |     0     |
  | Tumeurs de l'urethre            |     1     |     0     |
  | Tumeurs de foie                 |     1     |     0     |
  | Tumeurs de la rate              |     2     |     0     |
  | Tumeurs de l'ovaire             |     0     |     0     |
  | Tumeurs de l'estomac            |     1     |     0     |
  | Tumeurs du pritoine            |     1     |     0     |
  | Fibromes multiples de la peau   |     1     |     0     |
  | Amygdalite                      |     1     |     0     |
  | Douleurs rhumatodes            |    25     |     2     |
  | Teigne                          |     3     |     3     |
  | Imptigo du cuir chevelu        |     9     |     1     |
  | Otite                           |     4     |     3     |
  | Paralysie infantile             |     2     |     0     |
  | Plaies par blessure             |     2     |     1     |
  | Nvralgie intercostale          |     0     |     2     |
  | Kyste synovial                  |     0     |     3     |
  | Lumbago                         |     0     |     1     |
  +---------------------------------+-----------+-----------+







End of Project Gutenberg's Voyage dans l'Aurs, by Dorothe Chellier

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK VOYAGE DANS L'AURS ***

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Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
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http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
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Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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