The Project Gutenberg EBook of Claude et Juliette, by Alfred Assollant

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Title: Claude et Juliette

Author: Alfred Assollant

Release Date: October 14, 2005 [EBook #16874]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK CLAUDE ET JULIETTE ***




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                        Alfred Assollant



                       CLAUDE ET JULIETTE




                                I

    O il est clairement prouv que la vertu trouve toujours sa
     rcompense, et que le premier devoir d'un Franais est de
                   venir au secours de la beaut.


En 1846, vivait  Paris, sur les hauteurs de la place du Panthon,
un jeune peintre d'un laideur si rare, que ses camarades l'avaient
surnomm Quasimodo. Il avait le nez long et gros, les cheveux crpus,
les yeux petits et enfoncs sous l'arcade sourcilire, la bouche
fendue jusqu'aux oreilles, et le menton pointu. Sa taille tait
droite, ses bras longs et nerveux, ses mains larges et fortes, et ses
pieds d'une longueur excessive.

_Le beau n'est pas toujours camarade du bon._ Quasidomo tait la
douceur mme. Il tait instruit, habile dans son art, plein d'esprit,
de courage, et amoureux de la gloire. Un seul dfaut dparait ses
belles qualits et le rendait insupportable  lui-mme. C'tait une
tristesse incurable dont il ne disait le secret  personne. Il aimait
la beaut avec une passion que Phidias, Raphal et Titien seuls ont
connue, et il ne pouvait se regarder dans une glace sans frmir.
Presque tous les hommes sont laids, il faut l'avouer; mais l'habitude,
la vanit, l'ignorance des vrais principes de la beaut physique,
le plaisir qu'on prouve  se tromper soi mme, leur cachent
ordinairement cette cruelle infirmit. Malheureusement, le pauvre
Quasimodo avait trop tudi son art, et il tait trop sincre avec
lui-mme pour se faire illusion. Il n'tait que laid, et il se croyait
effroyable. Il ne s'en consolait pas. Les railleries de ses camarades,
qu'il supportait sans se plaindre, mettaient le comble  sa douleur.
Vingt fois il avait song  se tuer; mais il avait ving-deux ans, et 
cet ge, peut-on dsesprer de tout? On veut vivre, ne ft-ce que
par curiosit. Il n'esprait pas tre aim. Il pouvait aspirer  la
gloire; et qu'y a-t-il de plus dsirable sur la terre?

Un soir, ces rflexions l'ayant occup plus que de coutume, il
s'accorda un sursis, et rsolut de vivre jusqu' trente ans:  cet
ge, pensa-t-il, si je n'ai ni amour ni gloire, je me tuerai. Ayant
pris cette sage rsolution, il vit que le temps tait beau, que la
lune clairait Paris, et il alla se promener aux Champs-lyses.

Il avait  peine fait cent pas dans la grande avenue, lorsqu'il
aperut une jeune fille, simplement vtue et d'une tournure gracieuse,
qui marchait devant lui. Un gros homme, orn de breloques, d'une canne
et d'pais favoris, la suivait de prs, en marmottant  voix basse
quelques paroles que le peintre n'entendit pas, mais dont il devina le
sens. La jeune fille, sans rpondre, traversa la chausse et continua
sa route sur le trottoir oppos. Le gros homme la suivit et recommena
son discours. Pendant ce temps, le peintre rflchissait.

Que fait l cette femme? il est minuit. Ce n'est pas l'heure o les
pensionnaires courent les rues. Cherche-telle les aventures? Mais elle
fuit ce gros homme. Peut-tre est-il trop gros. A quoi tient la vertu
des femmes? Peut-tre est-ce une femme vertueuse qui aime le clair de
lune. Cela se voit quelquefois. Dans tous les cas, il est clair que ce
gros homme la gne fort. Qu'importe qu'elle soit vertueuse ou non?

Il traversa la chausse  son tour.

Voil, se dit-il, une belle occasion de faire le chevalier errant.
Bayard, sans peur et sans reproche, ne l'et pas laisse chapper. Si
j'allais au secours de la beaut en danger! C'est une de ces occasions
o, si l'on n'est pas sublime, ou est tout  fait ridicule. Sublime ou
ridicule, il y a de quoi rflchir. Attendons encore.... Dcidment,
ce gros homme est insupportable. Quelle parole grossire a-t-il pu
lui dire? La jeune fille marche comme si elle courait. Elle regarde
de tous cts. Que cherche-t-elle? un sergent de ville, sans doute.
Hlas! Le sergent de ville est aujourd'hui le successeur de Roland
et de Bayard, et le dfenseur de la belle Anglique. O temps! 
moeurs!... Puisque le sergent de ville n'est pas  son poste, faisons
ce qu'il aurait d faire.

Il boutonna son paletot, hta le pas, et joignit bientt le couple
qu'il suivait. Au mme instant, le gros homme terminait son discours
par cette proraison dcisive:

Une chaumire et mon coeur, mademoiselle. La chaumire vaut un
million.

Tout en parlant, il prenait la jeune fille par le bras et cherchait 
l'entraner. Celle-ci poussa un cri de frayeur. Tout  coup, le gros
homme, saisi  son tour par deux mains vigoureuses, tourna brusquement
sur lui-mme, et se trouva face  face avec le peintre.

Qui tes-vous? que me voulez-vous? s'cria-t-il.

--Je suis le cousin de mademoiselle, rpondit le peintre d'un ton
ferme, et je vous prie de chercher fortune ailleurs.

--Le cousin! ah! ah! la plaisanterie est bonne. Vous tes bien jeune
pour un cousin, monsieur le dfenseur des belles.

--Cousin ou non, dit le peintre, je vous dfends de la suivre.

--Et de quel droit, mon brave?

--Du droit du plus fort.

A ce mot, le gros homme leva sa canne sur son adversaire: celui-ci
l'arracha de ses mains et la jeta au loin.

Monsieur, s'cria le gros homme, vous me payerez cher cette injure.
Donnez-moi votre adresse.

--Volontiers je m'appelle Jean Claude, et je demeure place du
Panthon, 5.

--Eh bien, Jean Claude, demain je vous enverrai mes tmoins.

--C'est bon, brave homme. Je te conseille de tenir mieux ton pe que
ta canne.

Le gros homme s'loigna en grommelant, et Jean Claude, sans
s'inquiter de ses menaces, se retourna vers sa protge pour la
rassurer.

C'tait la plus rare et la plus nave beaut qu'on pt voir;  quoi
puis-je la comparer? Il y a des figures plus dlicates, des nez
mieux dessins, des bouches plus fines. On aurait peine  trouver une
physionomie plus douce et plus attrayante. Ce n'tait pourtant qu'une
lingre.

Qu'elle est belle! pensa le peintre. Dieux immortels! je vous
remercie de m'avoir prserv du suicide!... mais quelle ide
singulire de courir seule, la nuit, dans les Champs-lyses!

Claude fut bientt interrompu dans ses rflexions.

Monsieur, lui dit la jeune fille avec une grce charmante, je vous
remercie de m'avoir protge contre ce mchant homme, et je vous prie
de me pardonner la fcheuse querelle o vous vous tes engag  cause
de moi.

--Ne parlons pas de cette querelle, rpondit-il avec motion. Je
voudrais, mademoiselle, vous donner ma vie tout entire.

Elle fit un mouvement d'inquitude. Il s'en aperut.

Pardonnez-moi ma hardiesse, dit-il tristement. Je mourrais de douleur
si j'avais pu vous offenser, et je vois que vous vous dfiez de moi.
Que faut-il que je fasse pour vous rassurer?

Elle garda le silence.

Je vous entends, mademoiselle. Vous voulez que je vous quitte.
J'obis. Peut-tre avez-vous un frre ou un pre que vous craignez
d'inquiter? Hlas! regardez-moi: qui pourrait prendre ombrage d'une
si effroyable laideur? Quelle femme n'est pas en sret prs de moi?
Souffrez que je vous accompagne, ou tout au moins que je vous suive.
Tout  l'heure, vous avez pu voir  quel danger vous tiez expose.

--Monsieur, dit-elle en souriant, je ne puis accepter votre offre
gnreuse. Il y a loin d'ici  Passy.

--Quoi! vous allez seule  Passy, et vous ne craignez pas les rdeurs
de barrires?

--Hlas! monsieur, je crains tout; mais que puis-je faire? Je suis
ouvrire, seule  Paris depuis trois semaines, et je travaille dans
un magasin de lingerie. Je n'ai d'autre famille qu'une tante qui est
fruitire  Passy, et qui m'a leve. Ce soir, elle m'crit qu'elle
est malade, et qu'elle me prie d'aller la voir. Si j'y manquais, elle
croirait que je la nglige et que je l'aime moins, elle qui a pour moi
toute la tendresse d'une mre. On n'a voulu me laisser sortir qu'aprs
dix heures et la fermeture du magasin.

--Voil, pensa Claude, une histoire bien naturelle. Ai-je affaire
 une Agns ou  une femme trop habile? Mais quel intrt peut-elle
avoir  me tromper?--Mademoiselle, dit-il tout haut, la nuit est
belle, le clair de lune est magnifique. Peu importe que j'aille 
Passy ou  Saint-Mand. Permettez-moi de vous accompagner; la route
n'est pas sre. Ayez confiance en moi. Je vous jure qu'au premier
signe je serai prt  vous quitter.

La jeune fille hsita quelque temps et prit le bras de son compagnon.

C'est une chose singulire que l'imagination. Claude avait vivement
dsir que son offre ft accepte, et tout  coup il se repentit de
l'avoir faite.

Ce ne sont pas mes paroles qui la rassurent, pensa-t-il, c'est ma
difformit.

Cette ide troubla sa joie, et il garda quelque temps le silence.

Monsieur, lui dit la jeune fille, pourquoi tes-vous triste?
Avez-vous perdu quelqu'un de vos parents ou de vos amis?

--J'ai tout perdu, dit Claude en soupirant. Mon pre, vieux capitaine
en retraite, qui vivait de sa pension et qui ne connaissait rien de
plus beau que l'paulette, me fit lever comme un savant. Il rvait de
me voir prendre des villes et succder  Vauban?

--Qu'est-ce que M. Vauban? demanda-t-elle navement.

--C'est un caporal qui s'ennuya de tuer les hommes et qui voulut
enseigner l'art de les nourrir. On le mit en demi-solde.

--Et votre pre voulait que vous fussiez caporal?

--Caporal.... ou gnral, c'est tout un. Malheureusement, j'avais
quelques dispositions pour le dessin. Un grand peintre me prit en
affection, et m'apprit  aimer l'art et l'ternelle beaut. Je laissai
la gomtrie  ceux qui en vivent, et je me fis peintre.

--En btiments?

--Non; peintre de paysages.

--De paysages? Qu'est-ce que cela? Excusez mon ignorance, monsieur,
j'en suis toute honteuse; mais je n'ai jamais appris qu' lire, 
crire,  faire les comptes de ma tante et  coudre des chemises.

--Vous savez coudre, dit Claude avec enthousiasme, et vous parlez
de votre ignorance! Allez, vous tes trop modeste! Combien de
demoiselles, leves  grand frais loin des yeux de leurs mres,
devraient aller  votre cole! Pieuse et sainte ignorance! Plt  Dieu
que toutes les filles de France fussent aussi ignorantes que vous,
elles trouveraient plus aisment des maris.

--Je vous crois, monsieur, sans savoir pourquoi; mais vous ne rpondez
pas  ma question. Qu'est-ce qu'un peintre de paysages?

--Pas grand'chose, ma chre enfant. C'est un pauvre homme qui ne sait
ni semer le bl, ni le moissonner, ni le moudre, ni le faire cuire,
ni btir une maison, ni raboter des planches, ni tracer un chemin, ni
ferrer un cheval, ni forger, ni faire aucun mtier qui serve  qui que
ce soit.

--C'est donc un fainant?

--Point du tout. C'est un des tres les plus occups de la cration.
Ce que Dieu a fait, il l'imite, et, quand il a fait assez fidlement
le portrait d'un pr, d'une table et de deux cochons, on dit qu'il a
du gnie. C'est un Poussin, un Claude Lorrain, un Ruysdal.

--Pardonnez-moi, monsieur, de vous interrompre sans cesse. Vous disiez
donc que vous vous tiez fait peintre de paysages?

--Oui, et j'eus le malheur de russir. Mon pre mourut peu de temps
aprs, dsespr de voir que je renonais pour toujours aux demi-lunes
et aux contrescarpes, et aux paulettes qui en sont la suite
naturelle. Depuis sa mort, je vis seul. Le grand peintre dont
j'tais l'lve est mort lui-mme, et je n'ai point d'amis parmi mes
camarades.

--Pourquoi, monsieur? Vous paraissez si bon et si obligeant!

--Que sais-je? Dans les arts, on n'aime pas celui qui russit. On
le trouve orgueilleux; il veut se distinguer de la foule. C'est d'un
mauvais exemple. Je souffre d'ailleurs d'une infirmit.

--Vous tes malade?

--Oui, d'une maladie morale; la plus cruelle de toutes. Regardez-moi.
Ne remarquez-vous rien?

--Non.

--Quoi! ma laideur effroyable ne vous tonne pas?

--Pourquoi m'tonnerait-elle? Tous les hommes me semblent laids. Je ne
suis pas assez habile pour juger du plus ou du moins.

--Eh bien, elle tonne tellement mes camarades, qui se disent mes
amis, qu'ils m'ont surnomm Quasimodo.

--Quasimodo! quel est ce nom-l?

--C'est celui d'un sonneur de cloches, bossu, boiteux et borgne, qui
devint amoureux d'une duchesse, et qui se pendit par amour pour elle.

--Y a-t-il longtemps?

--Au temps de Napolon.

--N'tait-ce pas un dimanche?

--Prcisment.

--Et n'est-ce pas depuis ce temps que le dimanche d'aprs Pques a
pris son nom?

--Comme vous dites. Vous ne lisez donc pas de romans?

--Jamais. Ma tante me l'a dfendu.

--Quel ge avez-vous?

--Dix-sept ans.

--Et comment vous appelez-vous?

--Juliette.

--Juliette! Juliette! que ce beau nom est doux!

Les deux promeneurs approchaient de Passy. Claude tait ravi de
l'extraordinaire navet de la jeune fille. La navet n'est pas le
dfaut des Parisiennes ni peut-tre des femmes de France,  quelque
degr de l'chelle qu'on les prenne. Il offrit  Juliette de faire son
portrait secrtement, et de l'offrir  la vieille tante le jour de
sa fte; il prit l'intrt le plus vif au rcit de tous les petits
chagrins de la jeune fille, et des perscutions de ses camarades, qui
se moquaient de sa simplicit; enfin, il obtint la promesse qu'elle
viendrait le voir dans son atelier le dimanche suivant, et qu'il
pourrait commencer son portrait ce jour-l.

Il tait temps, car ils arrivaient  la porte de la fruitire. Claude,
le coeur pntr d'une joie inconnue, offrit d'attendre la jeune
fille; mais elle le remercia de son offre obligeante.

Demain matin, dit-elle, je retournerai  Paris en omnibus.

Claude partit comme un trait et courut jusqu'au matin dans les bois
de Saint-Cloud et de Ville-d'Avray. Il criait, il chantait, il
bondissait, il se livrait  toutes les folies que connaissent les
jeunes gens qui ont le bonheur d'aimer.

Dieux immortels! s'criait-il, je ne suis plus le laid, le difforme,
le triste Quasimodo, le rebut de l'espce humaine. J'aime, et l'amour
m'a fait ton gal,  puissant Jupiter!

L'amour est le plus puissant des dieux! O resplendissantes toiles,
mondes lointains qui roulez  travers les espaces, parmi les tres
innombrables qui vous habitent, y eut-il jamais un tre vivant plus
heureux que moi? Que me manque-t-il aujourd'hui? Qu'elle m'aime  son
tour, que j'enseigne l'amour  cette jeune me ignorante et vierge! Y
russirai-je?

En rentrant chez lui, il esquissa de mmoire le portrait del jeune
fille et la reprsenta donnant le bras  un homme qui tournait le dos
au spectateur. Comme il terminait cette esquisse, un de ses anciens
camarades d'atelier entra.

Bonjour, Claude.

--Bonjour, Buridan.

Le nouveau venu tait un grand garon bien fait, robuste, content
de lui-mme et d'un talent mdiocre. Il regarda l'esquisse de Claude
par-dessus son paule.

O as-tu pris cette fille-l? dit-il.

--C'est une cousine.

--Je t'en fais mon compliment. Les cousines sont trs prsentables
dans ta famille. Est-ce qu'elle a pos pour toi?

--Non. Je fais son portrait de mmoire.

--Quelle mmoire? celle du coeur?

--Buridan, tu m'ennuies.

--Tu fais le mystrieux avec un ami; c'est mal.

--Il n'y a pas de mystre. Hier, je me promenais. J'ai rencontr
une jeune fille charmante qui se dbattait contre un gros homme 
breloques. J'ai envoy promener les breloques, et j'ai offert mon bras
 Juliette.

--Ah! elle s'appelle Juliette. Joli nom, ma foi!.. Qu'ont dit les
breloques?

--Qu'elles m'enverraient des tmoins, ce matin.

--A la bonne heure. Voil une affaire crnement engage. La fille
est-elle belle?

--Comme Vnus.

--Laquelle? Vnus callipyge? Il n'y parat gure dans ton dessin.

--Mon cher, tu es insupportable avec tes plaisanteries.

--Et toi, avec tes rticences. N'ai-je pas le droit de m'informer
si elle est maigre? Moi, je pense sur ce point comme le magnifique
sultan. Je n'aime que les femmes cylindriques.

--Laissons-la le sultan. Veux-tu tre mon tmoin?

--Accord; mais tu me feras voir l'original de ton esquisse.

--Viens dimanche,  neuf heures du matin; tu la verras.

--En es-tu dj l? Qui l'et cru de cet innocent Quasimodo? A qui se
fier, grand Dieu! La nature vous ptrit un homme le plus mal qu'elle
peut; elle lve son nez comme la bosse d'un chameau, elle enfonce ses
yeux comme des trous de vrille, elle termine son menton en pointe, et
ce gaillard, ainsi fait, sduit  premire vue une jeune vierge trop
peu callipyge, qui rsiste  des breloques de similor?

Claude haussa les paules sans rpondre; il pouvait, d'un mot, faire
cesser cette plaisanterie, si cruelle pour lui; mais il n'oserait
avouer sa souffrance et la plaie secrte dont son coeur tait dvor.
Il se remit au travail.




                                  II

                   Terrible duel. Heureux djeuner.
                 Comment le beau Buridan mit la nappe
                      aid de la jeune Pasitha.


On frappa  la porte, et deux hommes boutonns jusqu'au cou entrrent.

Messieurs, dit l'un d'eux, qui de vous est M. Jean Claude?

--C'est moi, rpondit celui-ci.

--Monsieur, continua l'orateur d'un ton diplomatique, vous avez
gravement insult M. le comte de Seckendorf, et nous venons de sa part
vous demander une rparation.

--Monsieur, dit Claude, votre ami n'est-il pas un gros homme avec des
favoris noirs, des breloques et une canne?

--Prcisment.

--De quoi se plaint-il?

--D'une grave injure. Il ne nous a donn aucun dtail.

--Je vais vous en donner, moi.

M. le comte de Seckendorf a insult hier une jeune fille sans dfense.
Je passais, j'ai voulu la protger, il a lev sur moi sa canne. Je
l'ai arrache de ses mains et jete sur la chausse. Voil toute
l'injure. C'est  vous, messieurs, de voir quelle rparation peut
demander votre ami.

--Monsieur, dit celui qui avait dj parl, ceci ne nous regarde pas.
Seckendorf veut se battre et il se battra.

--Comme il vous plaira. M. le comte de Seckendorf est-il Franais?

--Non, monsieur; il a comme moi l'honneur d'tre Prussien.

--Je vous en fais  tous deux mon compliment. Soyez assez bon,
monsieur, je vous prie, pour lui dire de ma part que cette querelle
est une vraie querelle d'Allemand; du reste, je suis  ses ordres.
Quelle est votre heure?

--Trois heures.

--Votre arme?

--Le sabre.

--Et le lieu?

--Vincennes, derrire les bosquets d'Idalie.

Les deux envoys sortirent.

--Sais-tu te battre? dit Buridan.

--Moi! point du tout.

--Le Prussien va te dcouper comme une mauviette.

--Je l'en dfie, dit Claude. J'ai le poignet solide, le pied leste, et
du sang-froid. Ces trois choses valent bien cent leons de Grisier.

A trois heures, Claude, accompagn de Buridan et d'un autre tmoin,
arrivait au bosquet d'Idalie. Il y trouva son adversaire. Les sabres
mesurs et les crmonies d'usage termines, les deux adversaires se
mirent en garde.

Ds la premire passe, les deux tmoins de Claude frmirent.
Seckendorf tait de premire force au sabre. Claude seul ne dsespra
point. Il s'escrimait d'estoc et de taille, attaquant toujours avec
un vivacit inoue et ne cherchant pas  se dfendre. La seule chose
prudente qu'il pt faire tait de ne montrer aucune prudence. Au bout
d'une minute, il reut dans la poitrine la pointe du sabre du Prussien
et tomba. Le vainqueur essuya proprement son sabre sur l'herbe,
endossa sa redingote et partit avec ses tmoins sans prononcer une
parole.

Claude s'vanouit. On le transporta chez lui.

La blessure est grave, dit le chirurgien  Buridan, mais il n'en
mourra pas. Le sang qu'il a perdu est la seule cause de sa faiblesse.

Buridan s'assit  ct du lit et prit soin du bless.

Le dimanche suivant, Claude tait hors d'affaire. Trop faible encore
pour se lever, il ne songeait plus qu' la visite de Juliette. Ds
cinq heures du matin, il s'agitait impatiemment dans son lit. Neuf
heures sonnrent, et une main lgre frappa  la porte.

Vnus est exacte comme un huissier, dit Buridan.

--Au nom du ciel! dit Claude, ouvre la porte et pargne-lui tes
mauvaises plaisanteries.

Juliette entra, et fut trs surprise de trouver Claude dans son lit.
Elle fit un pas en arrire.

Pardon, messieurs, dit-elle, je me trompe, sans doute.

--Non, voua ne vous trompez pas, cleste jeune fille, dit le beau
Buridan. Vous tes ici dans le palais de Raphal. Malheureusement,
Raphal a reu un coup de sabre dans le sternum, et je remplis, par
intrim, le rle de grand-matre des crmonies.

--Quoi! vous tes bless, monsieur, et  cause de moi peut-tre?

--Rassurez-vous, mademoiselle, dit Claude, c'est une blessure trs
lgre, et je suis trop heureux,...

--De mourir  votre service, interrompit Buridan. Oui, mademoiselle,
des chevaliers franais tel est le caractre.

--Buridan, s'cria Clause, viens ici.

Sclrat, lui dit-il tout bas, tu veux donc me faire mourir. Tu
vas l'effrayer et l'obliger de partir. Je me sens de l'apptit. Va
commander le djeuner.

--Pour trois? demanda le peintre.

--Assurment.

Buridan sortit, la belle Juliette s'approcha de Claude et lui dit
d'une voix mue:

Combien je regrette, monsieur, le malheur qui vous frappe. Je ne me
consolerai jamais d'en avoir t cause.

--Mademoiselle, dit Claude voulez-vous gurir d'un seul coup ma
blessure et me rendre plus heureux que je ne le fus jamais? Donnez-moi
votre main.

Juliette la tendit avec un sourire charmant. Le bon Claude la baisa
avec une telle dvotion que la jeune fille rougit et alla s'asseoir
prs de la fentre.

Je viens de l'effrayer comme un sot, pensa Claude. O malheur ternel!
je l'adore, et elle ne m'aimera jamais.

Des deux cts, le silence devenait embarrassant. Le peintre vit que
Juliette allait sortir; il fit un effort sur lui-mme.

Mademoiselle, dit-il, reconnaissez-vous cette esquisse, que j'ai
commence le lendemain de notre rencontre?

Elle la regarda et la trouva fort ressemblante.

Ah! monsieur, dit-elle navement, que vous m'avez faite belle! Est-ce
le portrait que vous voulez me donner pour la fte de ma tante?

--Non, Juliette, ceci est un souvenir que je garderai ternellement de
la premire heure de ma vie o j'aie got un bonheur parfait. Quant 
votre portrait, vous l'aurez, si vous voulez poser seulement quelques
heures devant moi.

--Oui, monsieur, aussi longtemps que vous voudrez. Ma tante sera bien
heureuse.

Buridan rentra, suivi d'un garon de restaurant qui portait dans ses
bras un djener fort convenable. Le vin surtout n'y manquait pas.

O la plus belle des Grces, dit Buridan, divine Pasitha, aidez-moi,
je vous prie,  mettre la nappe.

--Monsieur, dit simplement Juliette, je le veux bien; mais pourquoi
m'appelez-vous la divine Pasitha?

--Pasitha, dit le peintre, tait une impratrice qui n'avait pas sa
pareille pour raccommoder les serviettes de son mari et ourler son
linge.

--Eh bien, monsieur, c'est justement mon fort, et de plus, je fais de
belles chemises, je m'en vante.

--Voil, dit Buridan, une rencontre admirable; j'ai besoin justement
d'une douzaine de chemises, et si vous voulez bien vous charger de la
commande, ma chre demoiselle Pasitha....

--Juliette, monsieur, interrompit-elle.

--C'est cela mme, Juliette Pasitha.

--Le djeuner sera froid, dit Claude, qui craignit quelque
plaisanterie trop forte de son ami. Mangeons.

Le djeuner fut trs gai. Claude tait plong dans les ravissantes
dlices d'un premier amour. Tout ce que disait Juliette lui paraissait
admirable. Son ingnuit le remplissait de joie. Il tait devant elle
comme une mre qui trouve dans les premires paroles de son enfant des
symptmes d'un gnie suprieur. Elle demandait  boire avec une grce
sans pareille. Elle se renversait sur sa chaise d'une faon toute
divine. Elle riait avec une dlicatesse exquise. Oh! les belles dents!
les purs diamants! Oh! la bouche petite et gracieuse! Oh! les yeux
bleus et doux! Oh! les cheveux fins et soyeux! Claude n'avait pas tort
d'admirer. C'tait une chevelure abondante et paisse comme une fort
des tropiques. Disons tout en un mot. Elle tait vraiment belle, et
Claude l'adorait.

Pendant ce temps, Buridan ne perdait pas un coup de dent. C'tait un
bon compagnon, peu mlancolique, qui aimait toutes les femmes, et qui,
moyennant quelques complaisances, les tenait quitte de tout. Claude
s'tant gar dans une thorie platonique, Buridan lui rpondit avec
chaleur:

Mon petit, ta mthode peut tre bonne, mais la mienne est excellente.
Les femmes sont faites pour rire, pour aimer et pour avoir des
enfants. Hors de l, elles ne sont bonnes  rien.

--Oh! dit Claude indign.

--Tu as beau te rcrier, reprit Buridan, il faut se soumettre 
l'inflexible vrit. Dis-leur qu'elles sont belles, elles te sauteront
au cou; parle-leur de philosophie, tu les verras biller comme des
carpes hors de l'eau. Prends la plus vertueuse de toutes, dis-lui
qu'elle a le pied bien fait, elle relvera sa robe jusqu'au genou. Tu
ne peux pas savoir tout cela, mon pauvre Quasimodo; tu vis comme un
ermite, et les penses de ce monde ne t'occupent gure; mais je
les connais, moi, et je te jure que la plus sage de toutes est une
cervele.

--Tais-toi, malheureux ivrogne, dit Claude, et cuve en paix ton
vin. N'outrage pas la seule partie du genre humain qui vaille encore
quelque chose. Qui es-tu pour parler ainsi? Parce que tu barbouilles
quelques singes et quelques chats, tu te crois un grand homme et
quelque chose de prcieux sur la terre. Rponds-moi, Buridan; combien
de gens ont barbouill, barbouillent et barbouilleront mille fois
mieux que toi? Quelle ide as-tu mise au monde? Quelle invention as-tu
faite pour la patrie? Toi qui n'atteins dans tes oeuvres la beaut
vritable que par hasard, et qui souvent la dfigures; toi qui es
fier de quelques coups de pinceau o peut-tre son ombre a laiss des
traces, tu oses mpriser la femme, qui est la beaut mme, l'ternelle
beaut, et la seule image de Dieu sur la terre! Sur la foi de quelques
cratures qui ne sont d'aucun sexe, tu oses dire que les femmes ne
sont faites que pour la joie et les plaisirs. Rentre en toi-mme,
malheureux Buridan, et confesse ton repentir, si tu ne veux pas que la
foudre cleste te punisse de ton blasphme.

--Brrrr! dit le peintre en allumant un cigare, comme tu prores
pour un homme qui a reu deux pouces de fer entre la troisime et la
quatrime cte! Respectons ce sexe aimable, puisque tu le protges.
Divine Pasitha, fumez-vous?

--Non, monsieur, je vous remercie.

--C'est dommage; voil un vrai _puro_.

En mme temps, il entonna, d'une voix puissante cette chanson:

  Aux environs de Lille en Flandre | bis.
    Lon lan la                     |

  Je rencontrai deux Flamandes | bis.
    Lon lan la                 |

Ici le sage Claude interrompit fort  propos le chanteur.

Que le diable t'emporte! dit Buridan,  moiti ivre. On ne peut donc
plus rire ici. On ne boit plus, on ne chante plus, on parle poliment
des belles. Si cela continue, on ne pourra plus fumer. Adieu, les
amis. Je reviendrai quand vous serez plus gais.

Son dpart fit grand plaisir  Claude.

Votre ami est bien amusant, dit Juliette, mais il est bien mal lev.

--C'est un charmant garon, rpliqua le peintre, qui a t mon tmoin
mardi dernier et qui a grand soin de ma blessure; mais il n'est pas
habitu  parler aux honntes femmes.

--Est-ce qu'il a des matresses? demanda la jeune fille.

--Je n'en sais rien, rpondit Claude tonn. Pourquoi me faites-vous
cette question?

--J'ai parl au hasard, dit-elle en rougissant. Qu'est-ce que cela me
fait, que M. Buridan ait des matresses ou non?

Si Claude avait eu plus d'exprience, cette rougeur subite l'et
inquit. Peu  peu, Juliette devint pensive, et ne rpondit plus qu'
peine aux discours du jeune homme. Aprs quelques instants, elle se
leva, promettant de revenir.

Huit jours aprs, Claude, encore fatigu de la perte de son sang,
mais dj guri, commena le portrait de la belle Juliette. On croira
aisment qu'il n'allait pas vite en besogne. Aucune esquisse ne lui
paraissait digne de son modle. Il s'tait fait pendant la semaine
un plan de campagne profondment combin. Puisque le hasard veut que
j'aie rencontr, disait-il, l'une des plus jolies filles de Paris,
et  coup sr l'une des plus innocentes, je veux qu'elle n'ait pas
d'autre matre que moi. Le ciel m'a refus la beaut, mais il m'a
laiss l'ascendant qu'un esprit cultiv et une passion forte donnent
 un homme sur une femme ignorante et pure. J'clairerai son esprit,
j'lverai son me, je lui ferai connatre le ciel et la terre, et
peut-tre pourrai-je surmonter les obstacles que m'oppose la nature.
Le destin se lassera de poursuivre un malheureux.

Claude tait loquent; il tait savant comme un peintre de ce seizime
sicle, o Michel-Ange et Raphal connaissaient et pratiquaient  la
fois tous les arts. Tout le monde sait la puissance de la solitude. Le
peintre, plein de force et de gnie, avait vcu comme les solitaires
de la Thbade; ses passions, longtemps contenues, n'en taient que
plus fortes. Il aimait Juliette avec la violence d'un homme qui aime
pour la premire fois, et qui n'attache de prix qu' l'amour.

Elle se sentait trouble devant lui sans savoir pourquoi. Il affectait
de lui parler peinture; mais ses yeux ardents, fixs sur elle,
l'instruisaient assez de ce qu'il ne voulait pas avouer. Il tait
heureux d'aimer; mais le sentiment de son irrmdiable laideur glaait
la parole sur ses lvres. Le triste nom de Quasimodo lui revenait
sans cesse  l'esprit. La laideur n'est-elle pas, comme la vieillesse,
l'antipode de l'amour?

Aprs une heure de travail, la belle Juliette voulut retourner 
Passy. Claude l'accompagna, et la conduisit  travers le bois de
Boulogne. La matine tait belle; les arbres taient couverts de
feuilles; le ciel tait pur, et les oiseaux chantaient sur la cime
des chnes. Claude se sentait rempli d'une joie dlicieuse. Il courait
lgrement dans les alles, entranant sa compagne, qui tait aussi
gaie que lui-mme. Il jouissait du bonheur de faire goter le premier
 cette me nave le fruit de l'arbre de la science. Il lui expliquait
tout ce qu'il voyait; il lui parlait botanique, religion, philosophie,
histoire mme, proportionnant son langage  la faiblesse de cette
intelligence encore peu exerce. Il lui enseignait les lois et les
moeurs des animaux, des vgtaux et leurs amours; il parlait des pays
lointains, de l'Italie, qu'il avait vue; de l'Orient, qu'il voulait
voir et qu'il devinait dj. La jeune fille coutait ses discours avec
une admiration profonde; elle comprenait tout, et elle questionnait
toujours. Au sortir du bois, Claude voulut se retirer.

Pourquoi ne venez-vous pas avec moi? dit-elle.

--Votre tante ne me connat pas.

--Elle vous connat parfaitement. Croyez-vous que je n'aie point parl
de vous le premier jour, et du service que vous m'avez rendu? Suis-je
si ingrate? Ma tante sera ravie de vous voir. Elle sait la surprise
que vous lui mnagez, et serait offense si vous refusiez de venir
chez elle.

--Par le Dieu vivant! pensa le peintre, je suis en veine aujourd'hui.
Une journe tout entire avec elle! Aurais-je os l'esprer?

L-dessus, sans faire la moindre objection, il suivit la jeune fille
et entra chez la fruitire.

C'tait une grosse femme gaie, rouge de teint, active, bavarde,
prompte  faire connaissance, et regardant comme ses amis tous ceux
qu'elle connaissait. Elle tait riche, et quarante mille francs
placs en rentes sur l'tat, joints aux profits de son petit commerce,
ajoutaient  son bonheur. Elle avait une tendresse aveugle pour sa
nice, qu'elle regardait comme le miroir de la sagesse et comme un
puits d'rudition.

A peine eut-elle vu le peintre, qu'elle lui donna la main, le fit
asseoir, le fit manger, le fit parler, et lui vanta sa nice, de sorte
qu'au bout de trois quarts d'heure, Claude croyait avoir vcu toute sa
vie dans la maison et prenait got  la fruiterie.

Le dimanche suivant tait le jour de la fte de la bonne femme, et il
fut convenu que Claude se hterait de terminer le fameux portrait, et
que la fruitire donnerait ce jour-l un grand dner, suivi d'un bal
de voisins.

Claude partit. A peine tait-il sur le seuil que Juliette le rappela.
Il accourut, lger comme un chevreuil.

A propos, dit-elle, puisque ma tante donne un grand dner dimanche,
ne voulez-vous pas amener quelqu'un de vos amis?

--Je n'ai gure d'amis, dit Claude.

--Et ce monsieur qui vous a servi de tmoin, et qui m'appelait la
divine Pasitha, comment le nommez-vous?

--Buridan.

--Il est bien mal lev, mais il nous fera rire. N'est-ce pas, tante,
tu veux bien que M. Claude l'invite?

--Si je le veux! dit la fruitire. Tu n'as qu' parler, ma petite, et
tout ce que tu demanderas te sera servi sur-le-champ.

--Je l'amnerai, dit Claude. Et vous, Juliette, ne m'accorderez-vous
rien en change?

--Que voulez-vous que je vous donne?

--Cette rose que vous tenez.

--La voici.

Claude rentra chez lui, plein d'amour et d'illusions. Il aimait, et
parat son idole de toutes les vertus. Juliette s'endormit eu rvant
que Buridan l'embrassait.




                                  III

   Grandes rjouissances. L'oie aux marrons et la famille Ventjols.
               Ressemblance de M. Paturot et de Napolon.
                Genevive de Brabant et la phrnologie.
                     Penses diverses. Conclusion.


Le lendemain, Buridan vint dans l'atelier de son ami.

Eh bien! dit-il, comment va ton coup de sabre, chevalier de la
Triste-Figure?

--Parfaitement. J'en serai quitte pour une cicatrice.

--Qu'est devenue la petite Pasitha?

--Une estimable lingre de la rue Vivienne.

--Son portrait est-il termin?

--Pas encore. Elle doit venir ce soir, aprs son travail, pour me
donner une sance.

--Heureux coquin! ce n'est pas  un bel homme comme moi qu'une
pareille chance arrivera jamais. Ainsi, tu n'as pas besoin de courir
les rues  la recherche de l'amour. Tu as du pain sur la planche.

--Que veux-tu dire?

--Parbleu! il est bien clair que les petites filles ne viennent pas 
dix heures du soir dans ton atelier pour entendre les histoires de la
_Morale en action_.

--Mon cher Buridan, tu es beau, tu es bien fait, tu as de l'esprit, tu
as de l'argent, mais tu n'as pas le sens commun. Apprends que je suis
trop heureux d'avoir trouv cette petite fleur des champs, cette rose
sauvage, pousse entre deux pavs de Paris, pour la souiller mme d'un
dsir. Premirement, s'il me plaisait de lui dire que je l'aime, je
doute que la confidence ft bien reue; secondement, je ne le ferai
pas par gard pour moi-mme. L'idal est trop rare et trop beau pour
que je me hte de le transformer en une vulgaire et prosaque ralit.

--Salut, dit Buridan,  l'amant de l'idal,  l'esclave des belles, au
vertueux Amadis. Claude, tu n'es pas de ce temps. Songe donc, mon cher
ami, que nous sommes en plein Paris, en plein dix-neuvime sicle,
en pleine civilisation. Songe que nous avons un roi, une charte, deux
Chambres, des lecteurs, des usines, des chemins de fer et des bureaux
de tabac. Songe qu'il faut vivre comme tout le monde, et sors de ton
rve sublime et ridicule. Cette petite est jolie, elle parat bonne
enfant. Tu n'as pas le temps de prendre femme et d'interrompre tes
travaux pour donner la becque  toute une marmaille. L'Institut et la
postrit te rclament. Cependant, il ne faut pas vivre seul; cela est
immoral. Va donc, et puisque le hasard t'offre une proie facile et qui
n'est pas  ddaigner, par amour pour toi-mme, pour ta patrie et pour
la gloire, fais-en ta Fornarina. Tu hausses les paules, tu fais
le vertueux! Honnte et splendide idiot! Si tu ne la prends pas,
quelqu'autre la prendra. Un de ces soirs, un cocher robuste et
largement abreuv de vin d'Argenteuil lui offrira son coeur et sera
accept, et tu resteras sur la rive, dans la pose ridicule d'Hercule 
qui Nessus enlve Djanire.

--Tu me fais regretter, dit Claude, la commission dont elle m'a
charge.

--Quelle commission?

--Tu es pri d'assister  la dissection d'une oie aux marrons,
dimanche prochain, chez sa tante, la fruitire de Passy. On dansera.

--Quoi! vraiment, la bonne femme m'invite.

--Et moi aussi, par dessus le march.

--Dcidment, cette petite a du discernement. Eh bien! va pour l'oie
aux marrons; cela m'amusera.

Le dimanche suivant, grce au zle de Juliette, qui venait poser tous
les soirs dans l'atelier de Claude, le portrait tait termin. Le
peintre, accompagn de Buridan, l'apporta  la fruitire en grande
crmonie.

Celle-ci, pour n'tre pas drange dans un si grand jour, avait ds le
matin ferm sa boutique. Elle attendait ses invits dans sa chambre 
coucher, dont elle avait fait  cette occasion une salle  manger. Un
bonnet blanc  larges plis ornait sa bonne et rougeaude figure. Autour
d'elle, et dans une attitude recueillie, les yeux fixs sur l'oie
aux marrons qui rtissait devant le feu, se tenaient huit personnes
pleines de calme et de dignit. C'tait, par ordre d'importance, le
boulanger, M. Paturot, avec sa femme et sa fille, Mlle Ccile Paturot,
et le marchand de vin, M. Ventjols, avec sa femme, ses deux fils,
gs, l'un de huit ans, l'autre de dix ans, et sa fille, Mlle Caroline
Ventjols, ge de quatorze ans.

Quand les deux amis entrrent, il y eut un grand mouvement dans
l'honorable socit qui regardait rtir l'oie. Ce fut quelque chose de
semblable  ce que les stnographes de la dfunte Assemble nationale
exprimaient par le mot: _sensation_. La bonne fruitire ayant prvenu
ses amis qu'elle devait recevoir deux messieurs qui dnaient chez les
ministres et qui portaient des gants les jours de fte, on s'attendait
 des merveilles.

L'attente gnrale fut un peu due. Claude entra, donna la main 
la fruitire et  Juliette, leur montra le portrait qui tait fort
ressemblant, salua tout le monde et s'assit. Il fut trouv fier, et,
si l'on n'avait t plus press de dner que de mdire, il n'aurait
pas t pargn.

Buridan, qui ne doutait de rien, fit une entre magnifique. Il se
jeta dans les bras de la fruitire et de Juliette, ce qui sduisit du
premier coup les deux dames et ne plut gure  Claude. Puis il serra
cordialement la main de tous les assistants, et tira par mgarde les
oreilles d'Athanase Ventjols, l'an des fils du marchand de vin.

Cela fait, on se mit  table. Je passe sous silence, le cliquetis des
fourchettes et le bruit des verres.

Vous avez une bonne figure, dit tout  coup Buridan au marchand de
vin en tournant la salade; car, except celui de son mtier, il
avait toutes sortes de talents. A table, vous avez l'air de Napolon.
L'auriez-vous connu, par hasard?

--Moi, monsieur, point du tout, dit Ventjols; mais ma mre a connu un
hussard de la vieille garde, qui le voyait frquemment.

--C'est une chose surprenante que ces rencontres, continua Buridan; il
avait une redingote grise.

--Mais la mienne est noire.

--Qu'importe? C'est toujours une redingote. Il avait des bottes 
l'cuyre.

--Je n'ai que des souliers, dit Ventjols.

--Eh bien, quelle diffrence y voyez-vous? Qu'est-ce qu'un soulier!
c'est une botte  qui l'on a coup la tte.

--C'est pourtant vrai, dit le marchand de vin.

--Je parie, dit Buridan, que votre femme s'appelle Josphine.

--Et vous gagnerez votre pari, monsieur, elle s'appelle
Josphine-Eudoxie-Csarine. Hein! Csarine, quel honneur pour toi de
t'appeler Josphine, comme la femme de l'empereur des Franais, roi
d'Italie.

--Il y a pourtant une diffrence, ajouta le peintre.

--Laquelle? demanda le marchand de vin inquiet.

--Il avait un chapeau  cornes.

Cette conclusion admirable enleva l'assemble. Buridan devint le roi
du festin. Il chanta, il fit des calembours, il imita le glou-glou des
bouteilles, le chant du coq, celui du canard la veille des jours de
pluie, celui de la poule amoureuse. Tous les yeux taient fixs sur
lui, et, except Claude, tout le monde l'admirait.

Je ne m'tonne pas, dit M. Paturot  sa femme, que ce gaillard dne
souvent chez les ministres. Si j'tais M. Guizot, il ne dnerait que
chez moi.

--Papa, dit Ccile Paturot, prie M. Buridan de nous chanter quelque
chose.

D'un geste, Buridan commanda le silence.

Surtout, lui dit Claude, fais attention que tu chantes devant des
dames.

--C'est bien, austre Caton, rpliqua Buridan.

La recommandation de Claude fut fort mal reue. On l'attribua  la
jalousie, et les dames regardrent le peintre de travers.

Maman, dit Caroline Ventjols, qu'est-ce que c'est qu'un austre
Caton?

--Tu le vois bien, rpondit aigrement la mre, c'est un homme trs
laid qui est jaloux, qui ne s'amuse pas et qui ne veut pas qu'on
s'amuse.

Un regard svre du pre rtablit le calme dans la famille Ventjols.
Claude entendit ce dialogue et sourit. Malheureusement, il regarda
Juliette qui tait sa voisine  table, et qui l'coutait avec
distraction. Il remarqua qu'elle n'avait d'attention que pour les
discours de Buridan, et il se sentit le coeur serr d'une tristesse
mortelle. Il se rsignait  n'tre pas aim; mais la voir aimer un
autre que lui, c'tait une douleur trop forte pour Claude. Hlas!
pensait-il, j'aurai le nom et le sort du pauvre Quasimodo. Pendant ces
rflexions, Buridan chantait:

  Entendez tous, honorable assistance,
  La vertu reconnue et patience
  De Genevive de Brabant.
      tant comtesse
      De grand'noblesse,
      Ne en Brabant
      tait assurment.

Aprs cette clbre complainte, qui est l'Iliade du _Messager boiteux_
et de _l'Almanach de Lige_, Buridan, content d'avoir gorg le
tratre Golo, cda la parole  M. Paturot. Chacun chanta  son tour,
et Claude lui-mme, avec plus de chaleur et de verve que personne.
Le dner finit gaiement par une sance de phrnologie, o Buridan fit
admirer la varit de ses connaissances. M. Paturot, jaloux de voir
son compre Ventjols compar  Napolon, se soumit le premier 
l'examen du savant.

Monsieur, dit le peintre en palpant le boulanger avec gravit, votre
tte prsente les plus singuliers phnomnes que la science ait eu
depuis longtemps occasion d'observer. Le front est d'un boulanger
ordinaire, mais l'occiput annonce une intelligence sans bornes, et le
sinciput, une fermet rare. Ce que vous avez dcid, vous le voulez
fermement, n'est-ce pas?

--Oh! monsieur, dit Paturot se redressant avec orgueil, je suis comme
un marbre. Si ma femme me rsistait, je lui casserais les reins! Si
ma fille me dsobissait, je la jetterais par la fentre. C'est mon
caractre.

Tout le monde se mit  rire, et Mme Paturot voulut rclamer; mais
Buridan fit signe de se taire. L'assemble tait tout oreilles.

Monsieur, continua Buridan, je vous en flicite. C'est cette rare et
hroque fermet qui fait les grands hommes. Au besoin, vous seriez
Brutus.

--Qu'est-ce que Brutus? demanda Ccile.

--Parbleu! dit sa mre, tu le vois bien, c'est une brute, un imbcile
comme ton pre, qui ne voit pas que monsieur se moque de lui.

--Silence, ma femme! dit Paturot d'une voix menaante.

--Oh! cria la dame d'une voix acaritre, tes gros yeux ne me font pas
peur. Depuis vingt ans que nous sommes maris, je te connais bien. Tu
es toujours le mme: Constant-Fidle Paturot, qui...

--Vous tes intrpide, interrompit l'impitoyable Buridan.

--Comme un lion, monsieur. Je suis tambour de la garde nationale, et
j'ai failli tre soldat, c'est tout dire.

--Passons, dit le peintre, aux traits du visage. Vous avez le nez
grand et gros. Avouez que vous tes un grand sclrat.

--Monsieur, dit Paturot d'un ton suppliant, parlez plus bas, je vous
en conjure. Il faut bien que jeunesse se passe, et si ma femme le
savait! Voulez-vous me perdre?

L'examen se prolongea au milieu des plaisanteries de tous les
convives. De la phrnologie Buridan passa  la chiromancie, et trouva
moyen d'intriguer et de contenter tout le monde. Quand il tint la main
de Juliette entre les siennes:

Voici, dit-il, une ligne qui annonce qu'il vous arrivera bientt
un grand bonheur. Vous aimerez un jeune homme blond et vous en serez
passionnment aime. Il y aura un mariage dans l'anne.

En mme temps, il lui serra doucement la main, Juliette baissa les
yeux et rougit. Que faisait Claude? Il assistait, impassible en
apparence, aux succs de son ami, et il faisait d'horribles efforts
pour rire de ses plaisanteries.

Hlas! pensait-il, voil comme il faudrait tre pour plaire 
Juliette. Elle n'a d'yeux que pour lui. Il est beau! O douleur! 
malheureux Quasimodo.

On dansa beaucoup, et Buridan ne brilla pas moins par ses entrechats
que par ses discours. Il sut plaire  tout le monde, et surtout  la
bonne fruitire qu'il fit valser en dpit de ses cinquante-cinq ans.
Il se multipliait pour faire sauter les femmes et pour boire avec les
hommes.

A minuit, tous les convis se retirrent, Claude et Buridan, pris de
revenir, le dernier surtout, s'y engagrent volontiers, et partirent
ensemble pour Paris,  pied. Sur la route, Claude, absorb dans ses
tristes rflexions, gardait le silence.

Tout le bonheur que je m'tais promis, pensait-il, s'envole en un
instant. Un tourdi, en se jouant, m'enlve celle que j'aime.

--Qu'as-tu donc? lui dit Buridan tonn, je ne te reconnais pas. As-tu
du _vague  l'ame_.

--Ce n'est rien, rpondit Claude, honteux de sa faiblesse. Le grand
air m'a fait mal.

--Un buveur d'eau, dit Buridan avec compassion, ne devrait s'aventurer
qu'avec des gens de sa secte. Va te coucher, Basile, tu sens la
fivre.

Les deux amis se sparrent. Le lendemain, Claude attendit inutilement
Juliette. Elle ne devait plus revenir dans son atelier. Trois semaines
s'coulrent sans vnement. Le peintre avait besoin de toute sa
philosophie pour ne pas aller voir la vieille fruitire. Enfin, il
partit un dimanche pour Passy.

Ah! vous voil, monsieur, dit la bonne femme en le voyant. Pourquoi
ne venez-vous pas plus souvent?

Claude allgua un travail important et press.

O est Juliette? demanda-t-il.

--Je l'attends depuis ce matin, rpondit la fruitire. Restez avec
nous; monsieur votre ami doit la conduire et vous partirez avec lui.

--Ah! c'est Buridan qui est charg de la conduire, dit Claude qui
plit de douleur et de jalousie. Est-ce que vous ne trouvez pas que
c'est un guide bien jeune pour Mlle Juliette!

--Qu'importe! dit la fruitire. Les jeunes gens aiment  rire, mais
Juliette est sage. Entre nous, je crois bien que M. Buridan lui
fait la cour. Ma nice n'est pas un mauvais parti. Aprs ma mort,
savez-vous qu'elle aura plus de 60,000 francs!

--A quoi bon dtromper cette pauvre femme, se dit le peintre. Tous mes
avis ne la rendront pas plus sage, et je passerais pour un jaloux et
un malhonnte homme.

Enfin, Buridan et Juliette arrivrent, les yeux brillants et pleins
de gaiet. Ils racontrent qu'ils s'taient gars dans le bois de
Boulogne, et qu'ils avaient pouss jusqu' Saint-Cloud. Juliette salua
Claude avec amiti, mais avec froideur; il lut son sort dans les yeux
de la jeune fille, et partit dsespr. Buridan ne chercha pas  le
retenir.

Quelques jours aprs, Claude frappa  la porte de son ami ds six
heures du matin. Buridan  demi-habill entrebilla la porte.

As-tu besoin de moi? dit-il  Claude.

--Non. Je venais te voir.

--Diable! le moment n'est pas favorable. Il y a des dames. Pasitha,
c'est notre ami Claude, celui qui a fait ton portrait et qui s'est
fait sabrer pour toi. Veux-tu le recevoir.

--Y penses-tu? dit Juliette.

--Parbleu! si j'y pense. Tu es charmante en bonnet de nuit, et Claude
sera bien aise de te voir.

Claude reconnut la voix de celle qu'il aimait. Il sortit, la mort dans
l'me, sans dire un mot  Buridan. Il alla  Vincennes, et de l
 Passy. Il rentra chez lui sans pouvoir apaiser la fivre qui le
dvorait. Il hassait Juliette, et Buridan, et lui-mme, et toute
la nature. Il tait tent de les tuer tous les deux, mais sa douceur
naturelle reprit le dessus. Aprs tout, pensa-t-il, aucun des deux
n'est cause de mon malheur. Pourquoi ai-je aim celle qui ne pouvait
pas m'aimer? Je le savais d'avance; j'ai d m'y rsigner. Le mal est
en moi, et non ailleurs. Tant que je vivrai, je serai malheureux;
mourons donc.

Ayant rsolu de se tuer, il chargea son pistolet, et crivit 
Juliette la lettre suivante:

Juliette, je vous aimais, et vous tes la matresse d'un autre! Quand
vous recevrez ce billet, je serai mort. Adieu!

Il cacheta ce billet, le porta lui-mme  la poste, et l'affranchit
avec un sang-froid singulier. En rentrant, il s'assit, appuya sur son
coeur le canon du pistolet, et fit feu. La balle traversa le coeur.
Claude mourut sur le champ.

Le soir, Juliette, assise prs de Buridan, lut tout haut la lettre
funbre, et poussa un cri. Buridan courut chez son ami. On lui montra
le corps inanim du malheureux peintre. Le testament de Claude tait
ainsi conu:

Je lgue ma fortune, qui se compose de vingt mille francs, 
Chteauroux, ma ville natale. Je dsire que le conseil municipal fasse
construire un grand gymnase gratuit, destin  dvelopper dans le
peuple la force et la beaut du corps, qui sont si ncessaires au
bonheur et  la tranquillit de l'me.

Deux mois aprs la mort de Claude, Juliette, abandonne par Buridan,
revenait tristement  Passy.

Ah! si j'avais pu aimer Claude, disait-elle  sa tante, je ne serais
pas si malheureuse aujourd'hui.

Claude eut tort de se tuer. Tt ou tard, il aurait oubli Juliette; il
aurait aim et on l'aurait aim. Toute me est soeur d'une me.

                                FIN







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things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
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the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
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States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

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from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
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with the permission of the copyright holder, your use and distribution
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License terms from this work, or any files containing a part of this
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1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
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1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

