The Project Gutenberg EBook of Le thtre japonais, by Andr Lequeux

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Title: Le thtre japonais

Author: Andr Lequeux

Editor: Ernest Leroux

Release Date: August 19, 2008 [EBook #26362]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE THTRE JAPONAIS ***




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Le thtre japonais

PAR

Andr Lequeux

_BIBLIOTHQUE ORIENTALE ELZVIRIENNE_


[Illustration]


PARIS

ERNEST LEROUX, DITEUR

1889




I


L'amateur de couleur locale que ses affaires ou ses loisirs amnent au
Japon ne saurait mieux l'aller chercher qu'au thtre. Il la trouvera l
avec ses nuances les plus caractristiques et les plus originales. La
salle et la scne lui offriront ensemble un champ d'observation
merveilleusement dispos pour une tude de moeurs et d'histoire.

L'difice est une grande btisse en bois de form carre. On y pntre
par un vestibule de plain-pied sur la rue, dont la disposition gnrale
rappelle l'entre de nos salles de spectacle; l sont les bureaux de
location. On trouve aussi  acheter des billets dans les maisons de th
du voisinage, mais nous n'oserions affirmer qu'ils y soient _moins
chers qu'au bureau_.--Le vestibule donne accs, par deux portes,
presque directement dans le parterre et deux escaliers, on pourrait dire
deux chelles conduisent  l'amphithtre et aux couloirs qui commandent
les loges; il n'y a, bien entendu, qu'un seul tage. Sur la faade de la
rue, l'attention est sollicite par des guirlandes de lanternes, des
banderoles fortes en couleurs, une srie de tableaux reprsentant les
principales scnes de la pice qui tient l'affiche, le tout donnant une
note d'ensemble assez criarde: c'est de bonne rclame. La grande salle
que nous dsignons sous le nom de parterre est divise en carrs gaux
comme un damier, ou mieux comme un plafond  caissons renvers: cela
fait autant de loges de quatre, mais on s'y entasse volontiers six ou
sept. Les spectateurs enjambent les uns sur les autres pour gagner leurs
places; mais une fois chaque famille installe dans sa bote,--c'est le
nom qui convient  la chose,--on n'en sort plus sans absolue ncessit,
ce qui n'empche, la reprsentation durant dix heures au moins, qu'il se
fasse momentanment de nombreux vides  chaque entr'acte. Mais on mange
l comme chez soi, on fume, on allaite les nourrissons, on se met 
l'aise. Il n'y a pas de sige, le Japonais ayant l'habitude de s'asseoir
sur ses talons et pouvant garder cette position, la moins fatigante et
la plus commode  son got, pendant toute une journe.

Deux passages en planches, plus levs que le fond des caissons 
spectateurs et au niveau des sparations d'o les ttes seules mergent,
courent d'un bout  l'autre de la salle, depuis les portes qui donnent
dans le vestibule du thtre jusqu' la scne. C'est par l que pntre
le public du parterre; par l aussi que pendant la reprsentation la
plupart des acteurs font leurs entres ou leurs sorties, surtout lorsque
la fiction veut qu'ils arrivent de quelque endroit loign ou que,
quittant la scne, ils marchent par les rues ou  travers la campagne.
L'ouvreur fait alors, en quelque sorte, office d'avertisseur. Cet
employ de la porte est, d'ailleurs, prpos  la garde d'une collection
varie de parapluies et parasols qu'il ouvre lui-mme et passe  chaque
acteur entrant,  tour de rles, lorsque ces accessoires sont exigs par
les circonstances de la scne. Cette distribution se fait  l'intrieur
mme, sous les yeux des spectateurs. Souvent le dialogue commence dans
le dos du public, ds qu'un artiste a mis le pied dans la salle et bien
avant qu'il n'arrive  la hauteur de la rampe; on s'arrte parfois 
moiti chemin pour dire quelque chose; ou bien on retourne sur ses pas,
puis on revient en avant; on arrive enfin sur la scne au moment voulu.
La vie du drame gagne beaucoup  ce procd; toute la salle participe,
pour ainsi dire,  l'action. On voit quelle proportion prend la scne
empitant ainsi jusqu' l'entre du parterre par-dessus les ttes des
spectateurs. Pour les appels, les adieux, les exhortations, les
provocations surtout, la distance relle justifie tous les tons de la
voix. Pendant que l'action principale se droule devant le public, des
scnes accessoires peuvent tre simultanment joues sur les cts de la
salle, indpendantes pour les acteurs d'aprs la fiction du drame,
connexes pour les spectateurs dans le concours des vnements qui
composent la pice. Souvent aussi l'action principale se transporte au
milieu du parterre. On a de la sorte un dveloppement de scne triple de
la largeur du thtre. Cela permet encore aux conspirateurs, assassins,
librateurs et autres personnages qui ont  se concerter avant d'agir,
de prparer posment leur coup de main ou leur exploit, ainsi qu'il est
dans la nature des choses, avant d'arriver sur le lieu mme o il doit
tre perptr. Le manque d'espace amne parfois sur nos scnes,  cet
gard, des situations bien invraisemblables; c'est alors, par exemple,
qu'on voit tel acteur qui ne sait que faire de ses deux mains en
attendant que les assassins se soient mis d'accord pour lui couper la
gorge. Rien de pareil n'est  craindre au thtre japonais.

Mais c'est justement parce que cela se passe par-dessus les ttes des
spectateurs que c'est praticable, et ce n'est matriellement possible
qu'en raison de la position dans laquelle on assiste au spectacle.
Chacun se trouve ainsi au milieu du drame; il y prend peut-tre un
intrt d'autant plus vif. Pour un spectateur lchant la bride  son
imagination les passages en planches pourront devenir des chemins
agrestes et l'ensemble du parterre, un champ bien cultiv; s'il veut que
son plaisir soit complet, il s'annihilera en tant qu'homme et
s'identifiera au drame comme un invisible esprit.

La mise en scne est tonnante d'exactitude. Si l'action se passe dans
une maison, celle-ci est reprsente tout entire avec ses abords et son
voisinage. L'architecture japonaise se prte, d'ailleurs,  ce systme
de dcoration, les palais eux-mmes n'atteignant jamais ici des
proportions monumentales. Dans la ralit, quand une maison est
grandement ouverte, il n'en reste gure que la charpente; on voit tout
ce qui va et vient  l'intrieur; dans ce cas, le thtre n'a besoin de
recourir  aucune fiction. Si la scne doit se jouer dans une maison
ferme, il faut bien alors que celle-ci soit coupe  la rampe;
nanmoins on ne nglige pas reprsenter le toit, le jardin, ou encore la
barrire, le mur, la porte d'entre, en un mot ce qui entoure
immdiatement la maison, le tout suivant la mme coupe.

Il y a des changements  vue: la scne avec ses dcorations pivote sur
elle-mme par le mcanisme d'une plaque tournante qui en occupe toute
l'tendue. Ce procd a le grand avantage de favoriser, dans certains
cas, le naturel des mouvements. Ainsi, tel acteur devant entrer dans une
maison, on le voit franchir la porte pendant que le thtre tourne et de
l'autre ct apparat l'intrieur de la maison o il pntre[1]. Comme
tout cela est bien compris pour faire vivre les spectateurs au milieu
mme de l'action; il n'y a rien de fictif ni de conventionnel dans la
sortie et la rentre de cet acteur; ce qu'on a sous les yeux, c'est la
ralit. On veut montrer au public successivement le devant et le dos
d'une maison, on la lui retourne; rien de plus simple, puisque la maison
y est tout entire. La plaque tournante peut contenir trois tableaux ou
plus exactement trois thtres  la fois, de sorte qu'il est possible de
faire deux changements  vue coup sur coup. Le cadre de la scne est
beaucoup plus large que haut[2]. Quelques dcorations accessoires sont
ajoutes sur les flancs; elles se prolongent parfois jusque dans la
salle, au milieu des spectateurs.--Le rideau se tire de ct: il est
orn de quelque dessin  larges traits et d'une inscription gigantesque.

La musique est dissimule, sur la gauche et au niveau de la scne,
derrire un dcor  jours qui varie suivant le thtre de l'action. Elle
joue presque sans discontinuer, accompagnant le dialogue d'une mlodie
grave ou sautillante, triste ou gaie, discrte ou emporte, sourde ou
bruyante, autant que possible  l'unisson moral de la situation. Cette
mlodie sert  reprsenter aussi le murmure de la nature: elle cherche
des harmonies imitatives, devient tour  tour tempte, zphyr, tonnerre,
pluie, cascade, courant lger, bruit d'un corps qu'on jette dans l'eau
et bouillonnement de l'eau qui reprend sa place.

La musique japonaise est exclusivement en mineur. C'est assez dire
qu'elle n'a aucun rapport avec nos moeurs musicales et que notre oreille
a besoin d'une certaine ducation locale pour s'y faire,  plus forte
raison pour la goter. On y arrive pourtant.--Autre particularit de la
musique japonaise: elle est en quelque sorte la contrepartie de la
musique chinoise qui, toute en majeur, se trouve par cet absolutisme
galement loigne de nos principes d'harmonie. Il en rsulte cette
consquence assez bizarre et pourtant logique, que des musiciens
europens ont pu s'amuser, en combinant des oeuvres musicales japonaises
et chinoises,  en tirer une sorte de produit extrme-oriental et
susceptible nanmoins, avec son accoutrement assez fantasque, de se
traduire sur nos instruments.

Dans ses divisions essentielles l'orchestre japonais se rapproche
beaucoup du ntre: il y a trois grandes catgories d'instruments. Le
_koto_ et le _schamisen_ rappellent la harpe et le violon avec tous ses
drivs, violoncelle, basse, contralto; le _koto_ est pareillement
destin  produire dans l'orchestre des effets diffrents suivant sa
taille; le _schamisen_ a plutt certaines analogies avec la guitare;
c'est du reste en pinant les cordes qu'on joue gnralement du
schamisen ou du koto; exceptionnellement on emploie un archet dont les
crins ne sont gure tendus. Une sorte de flte, dont la forme n'a rien
de particulier, est le principal des instruments  vent. Il y a enfin
dans l'orchestre japonais une srie de tambourins et de timbales
d'aspect assez original et qui occupent dans la composition musicale une
place beaucoup plus importante que les instruments similaires en
Occident.

Du ct oppos  l'orchestre, dans une logette ferme par un store, se
tient le _choeur_: c'est un personnage qu'on ne voit pas, mais qu'on
entend souvent. Son rle correspond assez exactement  celui du choeur
de la tragdie grecque; il tient cependant plus de place dans le drame
japonais, bien qu'il y demeure modestement cach. Il reprsente le bon
sens populaire et la morale commune; mais il explique surtout le
dveloppement du drame; il raconte au besoin ce qui se passe hors de la
scne et dvoile les sentiments intrieurs des personnages. Le drame
japonais, tant une image aussi fidle que possible de la vrit, se
droule souvent et parfois pendant des scnes entires en simple
pantomime. Dans la vie relle on ne parle pas toujours, mais on agit
sans cesse; on agit par cela seul qu'on existe; on agit, soit qu'on
s'agite dans un but quelconque, qu'on se repose et qu'on pense, ou mme
qu'on reste immobile sous le coup de la frayeur, de l'attente ou de la
fatigue. Si l'on dort, on n'agit peut-tre pas soi-mme; et encore, le
sommeil n'est-il pas une action _sui generis_, susceptible de bien des
varits qui ont leurs manifestations dans les rves et mme dans des
signes extrieurs et visibles, suivant qu'on est calme ou agit, malade
ou bien portant, heureux ou malheureux? En tous cas, on vit dans le
sommeil et le monde agit autour du dormeur,  cause de lui, par rapport
 lui. Qu'on soit mort enfin, on existe encore  l'tat de cadavre, de
souvenir, de pass et  ces titres on n'est pas encore nul dans la vie
des hommes. Les actes de l'humanit s'engendrent mutuellement; ils ont
des posthumes.--Directement ou indirectement, on agit toujours. On ne
parle que quelquefois.--A cet gard, l'art s'affranchit dans notre
thtre de toute vraisemblance: l'action y est toujours accompagne de
la parole, et si celle-ci se tient parfois en suspens pour laisser toute
l'attention du spectateur se concentrer sur un jeu de scne capital, ce
n'est que pour un instant. Au Japon, des actes entiers se poursuivent
pendant lesquels les acteurs n'changent que quelques mots; les
monologues sont rares et toujours parfaitement justifis, ce qui n'est
pas le cas chez nous. C'est alors qu'intervient le rle du choeur
invisible; il rcite ou plutt psalmodie la pice; il raconte la
pantomime qui se joue devant les yeux du public; sa voix expressive
prend les intonations de circonstance; elle se fait terrible ou
harmonieuse; elle est gnralement grave et devient parfois tout  fait
chantante. Cette manire de reprsenter la vie fait que les acteurs
japonais sont les premiers mimes du monde: dans cet art, ils atteignent
une perfection tonnante, grce  laquelle un drame au Japon est
intressant mme pour l'tranger qui ne sait pas un mot de la langue.
Auprs d'eux, nos acteurs de pantomimes ne sont que de vulgaires
pantins: qu'est-ce, par exemple, que cette srie de gestes
conventionnels dont ils surchargent leurs grimaces?--De ridicules
singeries dont le thtre japonais est entirement affranchi. C'est l
du reste que rside la vraie supriorit de celui-ci au point de vue de
la vraisemblance: ce qu'on reprsente au Japon, c'est, insistons-y, la
vie relle. Chez nous, pice parle ou pantomime sont galement loin de
la vrit. Dans la vie, on ne parle pas toujours, mais on parle
pourtant. Les gestes conventionnels que nous trouvons si piteusement
grotesques dans nos pantomimes sont l pour suppler  la parole
absente. Les mimes japonais n'ont que faire de ces idioties, car ils
parlent quand ils ont  parler. La vie est parole et action. Chez nous,
le thtre est, ou peu s'en faut, l'une ou l'autre. Au Japon, il est
l'une et l'autre. Nous en arrivons ainsi  dfinir l'art dramatique
japonais: une pantomime affranchie des invraisemblances conventionnelles
et o l'on parle comme on parle dans la vie relle.--Est-ce  dire que
les acteurs japonais parlent d'un ton naturel? Il s'en faut. Leurs
salles de spectacle n'tant pas calcules en vue de l'acoustique et les
spectateurs s'y livrant eux aussi _ la vie relle_, qui est loin d'tre
silencieuse, les artistes sont obligs, pour se faire entendre, de
prendre une voix de tte, qui tonne au dbut, qui est mme assez
dplaisante, mais  laquelle on s'habitue vite.

Une des particularits curieuses du thtre japonais, c'est ce qui
remplace le service de nos valets de scne. En pleine reprsentation,
vous voyez se glisser entre les acteurs des tres informes, serrs dans
un collant tout noir, la figure voile, la tte couverte d'un bonnet
faisant corps avec le reste et pointe dans le prolongement des deux
oreilles; on dirait les produits fantastiques d'un singe et d'une
chauve-souris: Ce sont les ombres, ayant charge des accessoires, qui
apportent tout ce qui doit servir dans la pice au moment voulu et
enlvent les objets qui pourraient gner le jeu des acteurs. Le talent
de ces _personnages neutres_ consiste  chapper autant que possible aux
regards du public tout en faisant ponctuellement leur office. Ils
n'avancent qu'en rampant et s'acquittent de leur rle avec une agilit
d'escamoteurs. Ils ne comptent pas dans la pice[3].




II

Passons derrire la toile et pntrons dans les coulisses.--O sont les
actrices?--Il n'y en n'a pas.--Mais les rles de femmes?--Ce sont les
acteurs qui les remplissent; toute la troupe est mle. Dans certains
petits thtres de genre, il est vrai, toute la troupe au contraire est
fminine. Les rles d'hommes y sont jous par des femmes. Mais c'est un
art infrieur[4]. Dans tous les cas, les sexes ne sont pas mlangs au
thtre japonais. C'est, assure-t-on, une question de morale. Mais  la
vrit, s'il faut en croire ce qu'on nous a racont sur les moeurs des
artistes de l'Extrme-Orient, il est douteux que la morale y trouve son
compte.

Au point de vue de la vraisemblance, la voix seule laisse  dsirer et
encore certains sujets arrivent  effminer la leur d'une faon
tonnante. Le costume des Japonaises dissimule si bien les formes, qu'
cet gard la substitution de sexe se fait sans embarras. Enfin les
acteurs sont  ce point habiles dans l'art d'imiter qu'ils achvent
l'illusion en donnant,  s'y mprendre, le cachet le plus fminin 
leurs allures,  leurs gestes,  leurs manires. Ils savent copier,--ils
y sont exercs ds l'enfance,--la dmarche si particulire des grandes
dames japonaises[5] et celle plus particulire encore des grandes
courtisanes. Cette dernire, qu'on pourrait qualifier de classique tant
elle est consacre par les rites de la vie lgante et galante, est
comme la suprme expression de la langueur la plus effmine[6].

Les artistes japonais se bornent-ils, comme les ntres,  saisir la
pense de leur auteur et  la rendre ainsi qu'ils
l'entendent?--Nullement. Ils font beaucoup plus; ils collaborent
eux-mmes  la pice; ils la composent, pour ainsi dire, l'auteur ne
donnant d'ordinaire qu'une ide et un canevas plus ou moins dtaill sur
lequel ils brodent  leur aise. On voit  quel point le rle de celui-ci
est restreint et peu glorieux. Les grands acteurs apportent chaque jour,
sans mme le consulter et souvent  l'improviste, des amliorations ou
des modifications non seulement  leur jeu, mais encore  l'action et
jusqu'au fond de l'intrigue. De la sorte, une pice est joue parfois en
prsence du public pendant plusieurs semaines avant d'tre dfinitive.
Il faut que les artistes japonais soient des improvisateurs de premier
ordre. Ces procds seraient inconciliables avec nos rgles d'art
dramatique. Mais le thtre au Japon se soucie peu des trois units.
L'unit d'action elle-mme est l moins respecte. Le drame japonais,
nous l'avons dit, est plus une imag de l vie relle qu'une peinture
idale soumis  des principes artistiques. Aussi l'auteur et les acteurs
qui, ne se bornant pas au rle d'interprtes, participent  la
confection de la pice, ne craignent pas de la surcharger d'incidents
assurment dans la nature des choses, mais n'ayant que faire  l'action
principale. Loin d'y voir un dfaut, ils pensent ainsi se rapprocher de
la vrit, leur point de mire, et en fait ils s'en rapprochent, les
drames de la vie relle ne suspendant pas le cours ordinaire de
l'existence et leur dveloppement tant entrecoup de mille
circonstances trangres plus ou moins banales.--Avec des rgles aussi
larges, la plus grande libert, d'invention peut tre laisse  la
fantaisie de l'acteur: au lieu de jouer un rle, il doit vivre ce rle
sur la scne. Il suffit qu'il se pntre des donnes capitales du drame
et qu'il s'identifie au personnage qu'il reprsente. Il en rsulte que
l'art dramatique est ici tout diffrent de ce qu'il est chez nous. Le
fond d'une pice ne varie gure, il est vrai, d'un jour  l'autre; mais
la rcitation n'est pas fixe  ce point qu'elle enchane les acteurs.
Ceux-ci, par consquent, sont exercs  poursuivre l'intrigue sans se
dconcerter de la tournure plus ou moins imprvue qu'elle prend. Ils ont
toujours la rplique prte  tout et la plus grande difficult du
mtier, difficult dont ils sont matres  merveille, est d'viter d'une
part les prcipitations inopportunes qui pourraient engendrer le
dsordre et la confusion, de l'autre les hsitations ou les tonnements
qui risqueraient de laisser tomber gauchement le dialogue.--Inutile
d'ajouter qu'il n'y a pas l place pour un souffleur. Toutefois, on
crit _in extenso_ le texte de certains passages o les mots ont une
porte capitale en vue de certains effets tudis  l'avance. Dans ce
cas, on a parfois recours  un souffleur; mais celui-ci n'est pas, comme
chez nous, dissimul dans une niche. Il se tient tout bonnement sur la
scne, accroupi dans le dos du personnage  souffler. Tous les
spectateurs peuvent le voir, son cahier  la main, dans l'exercice de
ses fonctions, qui sont du reste momentanes. Mais on sait qu'il ne
compte pas et on fait abstraction de sa prsence.

Ce n'est pas seulement par les incidents que le drame japonais,  la
recherche de la vrit, s'affranchit de l'unit d'action. On aurait
peine  discerner o se trouve le dnouement de la pice;  la vrit,
il n'en existe pas, ou, si l'on veut, il y a plusieurs dnouements. D'un
bout  l'autre de la reprsentation, l'intrigue varie singulirement. La
mme srie de faits amenant une _solution_ ne se prolonge gure au del
de deux ou trois actes et chaque pice en comprend de six  huit. On
voit donc se drouler successivement trois ou quatre situations
dramatiques presque sans relations entre elles et il est difficile de
reconnatre par quelles attaches la fin tient au commencement. Ce ne
sont pourtant pas autant de drames distincts et, en y regardant de prs,
il n'est pas impossible de suivre le fil des vnements qu'on a sous les
yeux pendant une dizaine d'heures.--Ce dcousu est encore l'image fidle
de la vie: de ce que tous les personnages du drame sont morts  un
moment donn, les Japonais ne se croient pas obligs de finir la
reprsentation. Les morts sont hors de jeu personnellement, mais leur
mort peut avoir des consquences dramatiques qu'il n'est pas indiffrent
de connatre. Ce point de vue entre d'autant plus en ligne de compte
dans l'art japonais que la passion dominante dans le drame est, non pas
la jalousie comme chez nous,--celle-ci n'intervient gure ici qu' titre
d'incident,--mais la vengeance. La provocation, la conception, la
prparation de la vengeance, voil les raisons d'tre de l'art
dramatique; c'est l qu'il repose tout entier. Le Japonais est
essentiellement vindicatif et l'histoire du Japon est une interminable
pope de la vengeance.

De l aussi la longueur des reprsentations: une vengeance en engendrant
une autre, il n'y a pas de raison pour s'arrter. Comme en Corse, il y a
eu au Japon des _vindette_ clbres qui ont dur plusieurs sicles,
entretenues par une srie interminable de meurtres se commandant les uns
les autres. Ce qui met fin  la pice, ce n'est pas un dnouement
dfinitif, mais l'heure. Il faut bien en finir. Le drame japonais est
une fentre ouverte sur un coin de la vie terrestre. Aprs toute une
journe de ce spectacle, on doit tre fatigu; alors on ferme la
fentre. Autrefois, les reprsentations commenaient ds le matin et se
terminaient bien au del du coucher du soleil; elles pouvaient durer
presque sans interruption de quinze  dix-huit heures. Sous l'influence
de la civilisation, les moeurs japonaises s'amollirent: aujourd'hui,
aprs dix heures de drame, on croit en avoir assez; on commence plus
tard et on finit plus tt. Depuis quelque temps, dans les grands
thtres, la nuit venue on allume le gaz; il y a une rampe comme chez
nous. Mais on n'en est pas encore l dans les thtres secondaires, o
on continue d'avoir recours  l'ancien systme d'clairage, jadis seul
connu, dont l'effet est assez fantastique. C'est un procd d'une
originalit singulire et bien spciale au Japon; il tend  disparatre
et la couleur locale  perdre avec lui une de ses meilleures teintes.
Voici en quoi il consiste: on ne s'occupe pas d'clairer la salle; les
spectateurs peuvent demeurer dans l'obscurit; la scne elle-mme reste
dans le noir; on se borne  mettre en lumire la figure de chaque
artiste. Pour les Japonais, ce qu'il importe surtout de voir au thtre,
c'est le jeu de physionomie. Aussi, l'acteur en scne est accompagn
dans ses mouvements par un de ces personnages neutres, de ces tres
indfinissables ne comptant pas, dont nous avons dj parl, qui lui
tient constamment sous le nez un lampion  rflecteur, fix au bout d'un
manche; chaque acteur a _son ombre_ qui le suit ainsi pas  pas dans
toutes ses alles et venues. Il faut convenir que le public japonais, si
exigeant sur la copie du vrai, doit, en ce qui concerne cet clairage,
rabattre beaucoup de ses prtentions. Mais il semble qu'il a l'esprit
ainsi fait: il ne veut pas qu'on lui supprime quelque chose de la
ralit de la vie; mais on peut y ajouter; il lui suffit alors de faire
abstraction: il sait retrancher, non complter. C'est le contre-pied de
notre art dramatique.

La mode des applaudissements est un autre emprunt  l'Europe; maigres
encore et clairsems, ils commencent pourtant  se faire entendre.
L'ancien usage, qui consiste  crier par acclamation le nom de l'acteur
auquel s'adresse l'enthousiasme, prvaut toujours, mais perd chaque jour
du terrain. En Europe, le public nomme bien les artistes, mais c'est
pour un ou plusieurs rappels, lorsqu'ils sont sortis de scne; ici,
c'est au beau milieu d'une tirade, d'un dialogue ou mme d'un jeu de
scne muet et les Japonais y mettent une expression si originale, qu'il
serait impossible d'en traduire le ton par une explication; il y entre
de la tendresse et de l'affectation manire.

L'art dramatique tant tel que nous l'avons dpeint, il n'est pas
tonnant qu'il n'existe gure dans la littrature japonaise de thtre
crit[7]. Tout ce que peut se procurer l'amateur qui dsire garder un
souvenir de la pice qu'il a vue ou se prparer par provision  celle
qu'il va voir, c'est un livret en contenant l'analyse. Ces livrets sont
multiples pour un seul et mme drame et pas toujours d'accord entre eux.
Cela tient  leur origine: ils sont l'oeuvre de divers spectateurs en
contrat avec les libraires ou appartenant au _reportage_ des journaux
indignes. Il y a d'autant moins  s'tonner de ces divergences entre
les analyses thtrales, quelles ne sont pas toutes faites le mme jour
et que, tant que l'affiche est encore neuve, la pice subit des
variantes  chaque reprsentation. Or, c'est justement pendant cette
priode de ttonnements que les livrets sont crits.




III

Nous ne pourrions mieux complter cet expos de l'art dramatique au
Japon que par le rsum d'un drame qui se jouait l'hiver dernier dans un
grand thtre de Tokio.

Les artistes clbres se partagent les publics de Tokio et de Kyoto. En
dehors de ces deux villes, il n'y a gure que des troupes de second
ordre, troupes de province plus ou moins habiles suivant l'importance et
le got artistique des populations. Osaka mme, qui dpasse en nombre
d'habitants, l'ancienne rsidence impriale, est, au point de vue
thtral, moins bien pourvue. On est trop affair dans cette ville de
commerce et d'industrie pour qu'il reste du temps  consacrer au
spectacle. Au Japon, le thtre n'est pas, comme en France, un
dlassement du soir mrit par le labeur du jour, mais bien
l'occupation, l'absorption mme de toute une journe.

Les premires salles de Tokio contiennent jusque deux mille personnes.
Mais la population de cette ville est si nombreuse et si fanatique de
drame, qu'une pice peut tenir l'affiche et faire salle comble pendant
plusieurs mois. Il faut bien qu'il en soit ainsi pour qu'on s'en tire,
car la mise en scne est fort coteuse.

La pice que nous allons essayer de raconter est divise en six actes et
treize tableaux. Son titre est: _Ume no haru tate-shi no go sho
zome_.--Comment traduire cela?--Dcomposons la phrase en mot  mot,
suivant la construction grammaticale japonaise: _go sho zome_ = tentures
garnissant un appartement  la cour;--_no_ = de;--_tate-shi_ = une
partie d'une grande habitation;--_ume no haru_ = le printemps des
pruniers.--C'est tout ce que nous en avons pu tirer, aprs avoir
consult les interprtes les plus expriments. C'est l un titre
nigmatique. Il en est frquemment ainsi au Japon. Les titres des
oeuvres de thtre n'ont souvent aucun rapport avec la pice qu'ils
dsignent, mais ils ne sauraient gure se passer de l tournure potique
et le printemps des pruniers est mentionn par notre drame afin que
cette rgle y soit respecte.

Je dois confesser qu'il m'est impossible de parler des deux premiers
actes d'aprs mes souvenirs; je ne suis arriv qu'au troisime; mais
c'est celui-ci et le dernier qui contiennent les plus belles scnes.
J'invoque en outre, comme circonstance attnuante, que, tout compte
fait, je suis encore rest au thtre ce jour-l au moins sept heures
conscutives. En France, sept heures de drame nou feraient coucher 
trois heures du matin. Au Japon, la pice entire en dure dix; en
supposant l'ouverture  notre heure, on en aurait pour toute la nuit,
jusqu'au lever du soleil, mme en hiver. Notez que les Japonais arrivent
au thtre avant le premier acte et jusqu'au bout ne perdent pas une
scne.

Abordons ce compte rendu du _Ume no haru_... etc. ... Qu'on nous
permette de transcrire le rsum sommaire des deux premiers actes,
d'aprs la traduction d'un livret. Il sera peut tre intressant d'avoir
sous les yeux un ensemble complet de la pice: on saisira mieux de la
sorte la suite du drame et on verra, par ce spcimen, en quoi consistent
ces analyses imprimes dont nous avons dj parl.


Distribution d'aprs l'affiche:

   _Personnages principaux_           _Noms des artiste_

Asama, le damyo                        Sakato.

Hototogisu, concubine du damyo,
fille de Issa                          Nakamura Fukusuke.

Yukieda, jeune samura
(allant en plerinage au 2e acte)        _id._

O Sugi, mre de Goroz                  Ishikawa Jubizo.

Asohe, serviteur de Hanagaki           Nakamura Tsurugoro.

Yakuro, kera du damyo                 Nakamura Dengoro.

Satsuki, courtisane, femme de Goroz    Kawabara Saki Kunitaro.

Hoshikage, ancien kera du damyo,
chass, devenu voleur                   Nakamura.

Oju, courtisane, fille de Issa,
soeur de Hototogisu                     Iwa Matsu Nos'ka.

Hanagaki, fidle kera du damyo        Kikusaburo.

Issa, matre de th du damyo          Iwa Shige Matsu.

Nadeshiko, femme lgitime du damyo     Yeinos'ke.

Takekuma, mdecin du palais             Ouokami Matsu Nos'ke.

Seppei, domestique d'Issa              Sakato.

Yuri Nokata, mre de Nadeshiko,
et belle-mre du damyo                 Kikugoro.

Nagohe, chasseur, en ralit voleur      _id._

Goroz, ancien kera disgraci            _id._

L'acteur qui figure le dernier sur l'affiche et qui remplit trois rles
est, sans contredit et  juste titre, l'artiste le plus clbre de la
troupe. Les disputes de prsance au programme, entre comdiens, sont
inconnues au Japon.




ACTE Ier


_Premier tableau_: Devant le temple de Mano Miyojin, dans l'Oshu.

Un petit _damyo_[8] ouvre un concours d'escrime en l'honneur du dieu.
Le prsident est un fidle _kera_[9] nomm Hanagaki.--Nombreuse et
brillante runion; personnages richement vtus.--Asama, c'est le nom du
damyo, s'y rend en grande pompe et avec un nombreux cortge. Il est
accompagn par Hanagaki.--Procession.--Arrive devant le temple.--Le
concours a lieu sur la piste.--Suite de combats.--En dernier lieu,
Yakuro[10] et Hanagaki se mesurent. Yakuro n'est pas en veine ce
jour-l; il va tre battu. Pourtant Hanagaki, qui a la faveur du matre,
n'est pas sympathique au public. On voudrait l'humilier. Asohe[11]
excite la voix son patron Hanagaki. Mais au moment dcisif, les
combattants sont spars. Yakuro, malgr sa dfaite assure, se donne
des airs de vainqueur. Il est trait de lche et de vantard par Asohe
qui va se prcipiter sur lui quand le damyo l'arrte en disant qu'il a
vu et sait  qui attribuer la victoire. On entre pour se reposer chez le
prtre du temple.


_Deuxime tableau_: Devant le temple _Awabida mura jizo._--Il fait nuit.

Issa, matre de th du damyo, revient de la campagne o son matre a
donn une fte. Il marche avec peine et prcaution par un chemin de
rizire. Au temple, il s'arrte pour se reposer. Subitement il se sent
perc dans le ct. Il souffre. Sans distinguer qui lui a port le coup,
il aperoit comme une ombre qui se dresse devant lui et lui enlve son
argent. Il croit  un fantme et veut le repousser en disant: Qui
es-tu? Une claircie laisse voir un _ronin_[12]. Issa veut reprendre
son argent. Le ronin le frappe  coups redoubls et disparat. Le ciel
s'obscurcit de nouveau.--Arrivent les deux filles de Issa qui,
accompagnes par une servante, vont au-devant de leur pre. Tout  coup,
elles buttent contre quelque chose: c'est le corps du pre. Elles lui
prodiguent leurs soins en pleurant; il ouvre les yeux et reconnat ses
filles. Il leur raconte comment il a t frapp et les invite  le
venger.--Il expire.--Ses filles vont chercher du secours au village.


_Troisime tableau_: Lit du fleuve Madori-Gawa[13] ayant sa source au
temple de Mano Miyojin[14], dont il alimente la piscine d'ablutions.

Aprs le concours d'escrime, le damyo a distribu les rcompenses. Au
retour, on suit le cours du fleuve. Il a l des hommes qui errent,
cherchant quelqu'un  dvaliser.--Une fille d'Issa[15],--on ne sait
encore  ce moment qui est cette fille,--arrive  une pierre
commmorative. Ces hommes l'entourent; ils veulent en abuser. Mais le
damyo les a vus et s'est dout de la chose. Il lance ses gens au
secours de la malheureuse. Les drles s'enfuient.--La jeune fille plat
au damyo. Elle raconte qu'elle cherche ses parents dont elle a t
spare depuis l'ge de cinq ans. Ses parents d'emprunt sont morts. Elle
voyage pour se distraire et comme but elle suit la piste de ses parents
qui, lui a-t-on dit, habitent en ces lieux.--Le jour je marche,
dit-elle; la nuit, je couche dans les bois.--Yakuro comprend le dsir
du damyo et conduit la jeune fille au palais.




ACTE II


_Premier tableau._ Au pied de l'Iwate-yama[16]. Habitations rares.--Soir
d'une journe de neige.

Des gens de la bande du chasseur Nagohe[17] arrivent arms de pioches
et portant une caisse d'aspect singulier, sans doute vole au temple du
dieu de la montagne. Ils s'avancent avec entrain sur la
neige.--Halte.--La conversation roule sur l'objet du vol que leur chef
Nagohe leur a ordonn. Puis l'un d'eux explique que Issa, le matre de
th, a t tu par un des leurs et que Nagohe veut, affubl du masque
et des vtements qu'on porte  la procession du dieu, se prsenter dans
la maison d'Issa, effrayer les deux filles et en profiter pour voler
l'argent et enlever ces filles qu'il vendra ensuite  des maisons de
prostitution.--Ils continuent leur route.--Le jeune Yukieda, brave et
fidle Kera du damyo, va au temple en plerinage pour le compte de son
matre. Tout  coup d'un fourr sort un voleur qui l'arrte par derrire
en lui demandant la bourse ou la vie. Le jeune homme le regarde de
travers, lui dit qu'il va au temple et que, s'il ne le lche pas, il va
le coucher par terre.--Lutte  la suite de laquelle le voleur est lanc
au fond du ravin.--Yukieda continue sa route.


_Deuxime tableau_: Temple du dieu de la montagne.

Arrive du mme samura.--Il butte contre quelque chose qui se trouve
tre le corps du voleur qu'il a rencontr tout  l'heure: Ah! tu as
roul jusqu'ici, dit-il simplement.--Les portes du temple sont
ouvertes.--Hoshikage[18] (autrement dit le redoutable Kesataro) parat.
On voit en outre Nagohe puis Wasurega (fille d'Issa) et son serviteur
Sappe.--Ces deux derniers sont venus en plerinage pour obtenir la
punition du meurtrier d'Issa[19].--Une lutte s'engage  la fin de
laquelle le miroir, trsor du damyo, tombe entre les mains de Hoshikage
qui pense par ce moyen pouvoir s'introduire de nouveau chez son
seigneur.

Nous, arrivons  la partie de la pice qu'il m'est permis de raconter
_de visu_ et je ferai dsormais surtout appel  mes souvenirs.




ACTE III


_Premier tableau_: Le thtre reprsente le jardin du palais sur la
rivire Katakami-Gawa, en Oshu.--On est au milieu d'avril; les arbres
sont en fleurs.

Aprs quelques incidents sans grande importance arrive Nadeshiko, la
femme lgitime du damyo, dans un riche costume. Elle est triste, se
sentant dlaisse pour une concubine, cette aventurire qu' la fin du
premier acte le damyo et ses serviteurs ont arrache aux mains des
brigands. Mais elle sait supporter son chagrin avec dignit. Elle entre
dans le palais et bientt on voit venir sa mre, ge de soixante-cinq
ans; elle a les cheveux blancs, le visage trs nergique. Moins rsigne
que sa fille, elle a peine  contenir sa colre contre son gendre: elle
ne peut admettre qu'une matresse l'emporte sur l'pouse, celle-ci tant
sa propre enfant[20]. Ses servantes, quoi qu'elles fassent, ne peuvent
parvenir  la distraire. Alors parat le kera Yakuro[21], officier au
service du damyo. Il fait signe  la mre de Nadeshiko qu'il a quelque
chose  lui dire. Celle-ci toujours mfiante congdie celles de ses
femmes qui ne lui inspirent pas grande confiance. Yakuro s'approche et
lui fait des condolances sur le ddain du seigneur pour Nadeshiko
depuis l'arrive au palais de Hototogisu, la concubine. Avec mille
circonlocutions il raconte qu'il a fait des propositions au mdecin qui
a promis un poison mortel d'un effet infaillible. Mais ces prcautions
sont bien superflues, car  mesure qu'il parle le visage de Yuri Nokata,
la mre de l'pouse dlaisse, s'claire d'une joie froce[22].--Jeu de
physionomie remarquablement excut par l'acteur charg du rle.--Le
mdecin est l qui attend. On lui dit d'avancer. Sans lui laisser le
temps d'achever ses salutations, Yuri Nokata lui demande 
brle-pourpoint s'il apporte la drogue. Il la lui fait passer
crmonieusement. On lui donne de l'argent pour sa peine. Mais Yakuro, 
voix basse, fait observer qu'il est dangereux de le laisser partir
ainsi. Yuri Nokata saisit la justesse de cette rflexion et elle annonce
au mdecin que, pour lui faire honneur, elle veut lui offrir un
sabre[23]. Elle fait signe  Yakuro de lui donner un des siens; elle
tient  le remettre elle-mme au docteur. Celui-ci s'avance dans
l'attitude la plus humble et parat profondment touch de tant de
faveur. Au moment o il va prendre l'arme Yuri Nokata l'en frappe et le
tue d'un seul coup.--Ce mdecin tait un tmoin incommode; il fallait
s'en dbarrasser. La vieille parat enchante de son succs; elle ne
s'en tiendra du reste pas l.--Rires flatteurs de Yakuro et des
servantes.--Ordres donns pour administrer le poison  Hototogisu.

_Deuxime tableau_: Le pavillon habit par la favorite.--Les panneaux
extrieurs[24] tant enlevs, on voit sa chambre qui est fort
lgante.--Autour de la maison s'tend un jardin dlicieux o circule
une petite rivire surmonte d'un de ces ponts en zigzag qui n'existent
qu'au Japon. La rivire et le pont occupent la moiti d'un des passages
qui vont d'un bout  l'autre de la salle. Le dcor se prolonge ainsi
entre les spectateurs et tout  l'heure l'action se portera tout
entire, au moment le plus dramatique, au milieu mme du public.

Au _tirer_ du rideau, Hototogisu, assiste de deux jeunes servantes,
parat dans un ravissant costume rose. Elle se lamente sur la maladie
dont elle souffre et dont elle ne connat pas la cause. Elle languit et
sa figure est abme de boutons; une horrible plaie lui couvre un quart
du visage.--Le vent souffle lgrement et les iris qui bordent la
rivire en sont impressionns.--La nuit venant, Hototogisu congdie ses
suivantes. Elle est seule depuis un moment, lorsqu'un bruit trange se
fait entendre; elle a peur; elle voit sortir du sol une flamme, aussitt
suivie d'une apparition. Sa frayeur est au comble; elle va fuir; mais le
revenant la retient en lui annonant qu'il veut lui parler.
Graduellement, elle se tranquillise, puis elle prouve un nouvel effroi
en reconnaissant le mdecin du palais. Celui-ci lui avoue que, par
cupidit, il a commis un crime dont il a dj reu le chtiment. Il
parle du ressentiment de la belle-mre du damyo et de sa rsolution de
tirer vengeance de la favorite. Il l'informe que la maladie dont elle
souffre lui vient d'une drogue qu'on lui a fait absorber, mais qui ne la
fera pas mourir. Cependant Yuri Nokata veut  tout prix se dfaire de la
rivale de sa fille; elle a fait demander dans ce but un poison
infaillible.--Je viens de le lui remettre, dit-il, et pour salaire j'ai
reu un coup de sabre. Gardez-vous de prendre la mdecine qu'on vous
offrira, elle serait fatale. Quant  la maladie qui vous ronge, vous en
serez gurie en buvant le contenu d'un petit flacon que vous trouverez
l.--Il montre la niche du dieu domestique.--Voil ce que j'avais 
vous dire.--Il disparat.--Hototogisu rflchit  ce qu'elle vient
d'entendre. Puis, elle se dirige vers la place indique et trouve en
effet la fiole. Elle absorbe le liquide et par un enchantement
instantan il ne reste plus un bouton sur son visage; elle est redevenue
belle. Elle va chercher son miroir et prouve une douce surprise en se
regardant; elle se mire avec des gestes qui rappellent la scne des
bijoux de _Faust_.--Tout heureuse, elle ferme le store de sa chambre
pour se reposer.

On voit arriver deux furies armes chacune d'un glaive; ce sont deux
servantes de la belle-mre du damyo. Elles s'avancent avec prcaution
sur le petit pont de la rivire. En se concertant, elles nous apprennent
que leur matresse, aprs rflexion, a pens que le fer serait plus sr
que le poison. Elles avancent  pas de loup vers le pavillon; se
sparant, elles en occupent les deux extrmits, puis s'y prcipitent en
mme temps. Le store se lve; on voit la malheureuse Hototogisu couverte
de sang se dbattant entre ces deux forcenes; elle est puise et
tombe; on la crot morte.

Yuri Nokata entre en scne par le fond de la salle, avec une suite de
trois ou quatre femmes. De loin, ses servantes lui font signe que leur
besogne est termine; elle est radieuse et va s'asseoir prs de sa
victime. Mais voici que celle-ci se relve de toute sa hauteur et la
traite de lche. Elle lui raconte ce que l'ombre du mdecin vient de lui
rvler.--Oui, rpond l'autre sans s'mouvoir, c'est moi qui t'ai mise
dans cet tat.--Pourquoi?--N'est-ce pas toi qui as accapar le coeur de
mon gendre? Ma fille est rsigne et dvore sa honte en silence. Mais
moi, je n'en puis faire autant. La jeune femme a un geste de rvolte.
Toutes se jettent sur elle et la criblent de coups de sabre et poignard.
Elle retombe, mais elle respire encore. Le sang ruisselle sur ses
vtements. Yuri Nokata va prendre place sur un banc pour mieux jouir du
spectacle de sa vengeance. Elle n'a nullement l'me trouble, car elle
se fait servir du th et fume une petite pipe[25], ce qui est en quelque
sorte l'accompagnement invitable du repos chez les Japonais des deux
sexes.--Elle fait signe  deux servantes de dresser la mourante et de la
tenir debout: puis elle se lve, applique sa pipe encore brlante sur le
visage de sa victime, suprme insulte, et lui adresse les injures les
plus cruelles. S'enflammant  sa propre parole, elle enfonce cette pipe
dans l'ouverture bante du col et laboure avec rage les chairs
sanglantes. Hototogisu pousse un cri de douleur et son corps se tord en
convulsions.--Cette scne est d'une belle horreur.--Alors Yuri Nokata se
met  dtailler ses invectives: elle reproche  son ennemie sa beaut,
ses charmes, ses yeux qui ont vol le coeur qui appartenait de droit 
sa fille, sa bouche qui enivrait l'poux de Nadeshiko de baisers, ses
bras qui enlaaient amoureusement son corps et perfidement sa
raison.--Sur ces mots elle saisit le sabre d'une des suivantes et d'un
seul coup, tranche le bras de la malheureuse femme. Celle-ci gmit
douloureusement: le bras tombe  terre; le sang jaillit. Elle s'affaisse
puise.

On la tient pour morte et la bande sanguinaire va se reposer. Yuri
Nokata est entoure de ses femmes, qui lui prodiguent leurs
flicitations et leurs soins. Pendant qu'elles sont distraites,
Hototogisu reprend ses sens; elle trouve encore assez de forces pour
ramper jusqu'au petit pont; elle va fuir. La vieille l'aperoit;
cartant ses servantes, elle se prcipite elle-mme, arme d'un glaive,
 la poursuite de la favorite qui peut  peine se traner, elle la
rejoint sans peine; l'empoignant par ses cheveux dfaits, elle la trane
 travers le pont; fatigue, elle change de main  plusieurs reprises
et, comme alors son sabre l'embarrasse, elle le tient entre les dents;
elle est odieuse et sublime ainsi. N'en pouvant plus elle-mme, elle
fait signe qu'on vienne l'aider; tordant autour de sa main droite les
cheveux de sa victime, qui rle, elle se fait tirer par la gauche
jusqu'au milieu de la scne, la tranant ainsi vanouie ou morte. On
donne enfin le coup de grce  Hototogisu et Yuri Nokata va paisiblement
se reposer de son exploit. Elle prend une nouvelle tasse de th et fume
encore quelques pipes; elle a bien mrit cela. Quand elle a repris
haleine, elle ordonne qu'on jette le cadavre  la rivire; on y jette
aussi le bras coup.

Sur ces entrefaites, on voit entrer les deux jeunes servantes de
Hototogisu; elles paraissent terrifies et, se dissimulant comme elles
peuvent, elles cherchent  s'chapper. Mais Yuri Nokata les aperoit; 
leur allure, elle comprend qu'elles ont vu la scne du meurtre; elles
pourraient parler, il faut donc s'en dfaire; elle en donne l'ordre. Les
innocentes sont mises  mort sans avoir la force de se dfendre. Leurs
cadavres vont rejoindre au fond de l'eau celui de leur matresse.

Par un mouvement bien humain et qui dnote chez l'acteur une trs juste
observation de la nature, la vieille, avant de se retirer, va plonger
son regard dans l'onde,  la place o les corps ont t jets. Elle est
hideuse de frocit satisfaite. Or, voici qu'au moment o elle se penche
sur la rivire, une flamme sort de l'eau: c'est l'me de Hototogisu.
Saisies d'effroi, Yuri Nokata et ses femmes veulent prendre la fuite;
mais au loin, quelqu'un arrive qui leur coupe la retraite. Elles n'ont
que le temps de se cacher derrire une petite construction leve sur un
ct de la scne. Le nouveau venu est un samura au service du damyo,
qui fait sa ronde de nuit. Il sent sous ses pas quelque chose d'humide
et de glissant. Il va prendre une lanterne imprudemment abandonne par
une des servantes dans la prcipitation du sauve-qui-peut. Il reconnat
des taches de sang et en suit la trace, qui le conduit au bord de la
rivire;  la lueur du fanal, il distingue les cadavres au fond de
l'eau. Trs intrigu il se dirige vers le pavillon de Hototogisu et
s'tonne de le trouver ouvert et en dsordre. Yuri Nokata, de sa
cachette, a vu les alles et venues de ce guerrier; c'est encore un
tmoin dangereux  supprimer; elle envoie vers lui les deux servantes de
confiance qui ont charge ordinaire de ses oeuvres meurtrires. Celle-ci,
armes de leurs glaives, approchent furtivement et se jettent 
l'improviste sur le samura. Ce brave, bien qu'il ait affaire  deux
furies, n'a pas de peine  les terrasser; il les dsarme et s'en
dbarrasse ddaigneusement, se contentant de les frapper  coups de plat
de sabre. La vieille mgre est dsole de cet insuccs. Mais, si elle
est sans piti, elle ne manque pas de courage. Au demeurant, son but est
atteint: elle a couronn sa vengeance. Peu lui importe le reste. Elle
peut mourir maintenant.--Elle se suicide.




ACTE IV


_Premier tableau_: Une lgante maison de prostitution  Kyoto.

Le damyo Asama, ayant t appel en service  Kyoto, s'y distrait en
visitant les lieux de plaisir. Il s'y est pris d'une femme auprs de
laquelle il se rend chaque soir en cachette.

Il y avait, en ce temps-l,  Kyoto une bande de malfaiteurs dont
Hoshikage, ancien kera disgraci du damyo[26], tait le chef. Ces
drles rdaient par les rues, la nuit, cherchant noise  tout le monde.
Asama les rencontre un soir non loin du pavillon de sa matresse.
Hoshikage le bouscule en passant; le damyo le repousse. Le voleur crie:
Tu m'as insult. L'autre, qui veut viter un clat, fait des excuses;
elles ne sont pas acceptes. Mais l'adversaire, voyant qu'il a affaire 
un samura, se contente de lui demander son nom[27]. Le damyo  son
tour refuse de le satisfaire.--Il tait alors dfendu aux nobles de
passer la nuit dans les mauvais lieux.--Une querelle s'engage. Asama 
coups d'ventail disperse la bande des voleurs arms de sabres. Ce jeu
de scne, qui se rpte souvent au thtre, est une manifestation du
prestige de la naissance, tel qu'on l'entendait dans l'ancien Japon. Un
samura,  plus forte raison un damyo tait un tre  tel point
suprieur au commun qu' la scne on n'oserait le compromettre  tirer
le sabre contre une troupe de vulgaires malfaiteurs. L'ventail lui
suffit. Sa noblesse l'arme d'un pouvoir surhumain: il n'a gure qu'
souffler sur le menu peuple pour l'anantir. Ce n'est d'ailleurs pas une
simple fiction: sous l'ancien rgime, l'ascendant des gens de race sur
le populaire tait si _magnifique_ qu'il ne leur en fallait pas
davantage la plupart du temps pour nettoyer la place d'une foule mutine
ou mal intentionne.--Alors le respect du rang tait la base de tout
ordre social et le bon plaisir des grands la raison d'tre du monde.
Cela a bien chang.

Aprs s'tre ainsi dbarrass des coquins, Asama avec un geste de
souverain mpris purifie l'air qui l'entoure en l'ventant. C'est alors
qu'arrivent, attirs par le bruit, deux fidles du damyo, Hanagaki[28]
et Asohe[29]. Depuis plusieurs jours ils font de vains efforts pour
dtourner le matre de ses escapades nocturnes. N'ayant pu russir, ils
veillent sur lui  distance. Ils tentent encore une fois de l'entraner
loin de ces lieux et lui font de respectueuses remontrances: il nglige
les devoirs que lui impose sa noblesse; cela lui portera malheur. Mais
il rsiste  leurs sages conseils et se rend au pavillon de sa
matresse.

_Deuxime tableau_: Le milieu de la scne est occup par le pavillon de
la matresse du damyo. Cet lgant petit htel est entour d'un joli
jardin. Les panneaux ouverts laissent voir le salon de rception.

Deux cortges entrent par le fond de la salle et s'avancent vers la
scne. D'un ct, c'est Oju, la courtisane, superbement habille,
prcde d'un porte-lanterne, accompagne de ses servantes dans l'ordre
des rites; elle s'appuie sur l'paule d'un homme, sorte d'esclave qui
marche courb pour servir de support  sa voluptueuse nonchalance; le
tout est parfaitement conforme au crmonial de la haute
prostitution[30]. Sur le passage oppos, le damyo marche gravement,
suivi de quatre ou cinq nobles serviteurs. Il est lui aussi revtu d'un
splendide _kimono_ en soie d'un bleu idal et trs finement
brod.--C'est une des particularits du thtre japonais que les
costumes y sont d'une richesse inoue et sans aucun recours au
clinquant.--Arrivs vers le milieu de la salle, tous les acteurs
s'arrtent, puis ceux-ci excutant un quart  droite, ceux-l un quart 
gauche, les deux processions se font face. Ce mouvement a quelque chose
de militaire.--Alors s'change, par-dessus les ttes des spectateurs,
entre le damyo et sa matresse un colloque galant auquel les autres
personnages prennent une part respectueuse mais peu discrte. On tombe
d'accord et on se dirige suivant toujours la mme ordonnance vers le
pavillon.--L on commence par souper; aprs quoi, Asama demande
gracieusement  Oju de faire apporter son _koto_, sorte d'instrument 
cordes qui se pose  terre et dont le jeu se rapproche de celui de la
harpe, avec cette diffrence que les cordes s'allongent sur la bote
d'harmonie comme celles d'un violon; cette bote est elle-mme de forme
rectangulaire et lgrement bombe.[31]--Oju prlude.

A ce moment l'ombre de Hototogisu apparat dans le jardin non loin de la
maison. Elle tient une flte, et, de cet instrument, accompagne Oju. Les
autres ne la voient pas encore, mais ils s'tonnent de ce qu'ils
entendent. Oju s'interrompt pour couter. Alors Hototogisu entonne un
air bien connu du damyo. Celui-ci fort intrigu va regarder 
l'extrieur. Il reconnat la matresse qu'il a laisse dans son domaine
seigneurial. Au comble de la surprise, il l'interroge: Comment es-tu
ici?--Je suis ici pour te voir d'abord, rpond-elle, et aussi pour voir
ma soeur ane.--Qui est ta soeur?--Elle raconte alors qu' l'ge de
cinq ans, au passage d'un bac, pendant la nuit, elle a t change par
mgarde contre une autre enfant et que, malgr leurs diffrentes
destines, Oju est bien sa soeur[32]. Cette Oju est une des fille
d'Issa qui ont t enleves par les voleurs et vendues[33].--En
cherchant mes parents, poursuit l'apparition, il m'est arriv ce que tu
sais. Je suis devenue ta matresse. Ta belle-mre m'a fort maltraite
et, pendant ton absence, je priais pour ton retour au palais. Enfin
lasse de t'attendre et ne tenant plus en place, je suis venue ici pour
avoir le bonheur de te voir[34].--On trouvera sans doute que cette
femme est de bonne composition et on s'tonnera qu'elle n'adresse pas 
son amant le moindre reproche sur le lieu o elle le rencontre. D'aprs
nos ides cette situation n'aurait pu se produire sans vacarme. Nous
voyons au contraire des gens qui s'expliquent en toute simplicit: c'est
que nous sommes dans le Japon d'autrefois o le caprice du matre tait
tenu pour raison suffisante. Hototogisu, regardant Oju, avoue seulement
qu'elle envie son sort: c'est l toute sa scne de jalousie.--Puis les
deux femmes se montrent mutuellement un souvenir qu'elles tiennent l'une
et l'autre de leur pre: c'est une sorte de porte-bonheur dont
l'identit tablit leur lien de parent.--Le damyo est vivement mu;
les deux soeurs sont attendries; mais il n'y a aucune effusion; la
_dignit du lieu_ ne laisse pas place aux panchements[35].--Tout  coup
Hototogisu disparat dans le mur  la stupfaction gnrale. Mais on
trouve  la place qu'elle occupait tout  l'heure un _papier
funraire_[36].--Le damyo et Oju se demandent ce que cela
signifie.--Hototogisu serait-elle morte?--Justement voici le _karo_
(premier ministre) du damyo qui vient  point pour claircir ce
mystre: Il arrive d'Oshu et raconte le meurtre d'Hototogisu et le
suicide de la belle-mre.--On pleure.

Le cinquime et le sixime acte pourraient fort bien tre dtachs pour
former un drame  part. On se rappelle ce que nous avons dit plus haut
sur le manque d'unit du thtre japonais. Nous en avons l un exemple
trs caractristique. Les points de contact entre les quatre premiers
actes et les deux derniers sont imperceptibles: Ils ne consistent gure
que dans la mise en scne de deux personnages dj connus, Hoshikage et
Oju, qui vont figurer  titre secondaire dans cette dernire partie.
Quant aux autres, ils ont achev leurs rles et de la plupart d'entre
eux il ne sera mme plus question. D'autres figures importantes vont
occuper la scne. Cependant le damyo Asama, bien que ne paraissant pas
lui-mme, continuera d'tre le lien des situations dramatiques
auxquelles nous allons assister.--Quoi qu'il en soit, nous passons  un
ordre d'ides si diffrent de celui qui nous a conduits jusqu'ici qu'on
est tent de se demander si c'est bien la suite du mme drame.--On en va
juger.




ACTE V


_Premier tableau_: Sept annes se sont coules dans l'intervalle des
deux actes.

Le thtre reprsente l'entre du quartier des maisons de prostitution 
Kyoto[37].

Goroz[38] et une servante dont il a fait sa femme, chasss du palais du
damyo, sont venus chouer  Kyoto o ils se sont affilis  une bande
de malfaiteurs. Ils se disputent tout le jour et ne s'entendent que pour
faire le mal. L'homme est tomb malade; il fait des dettes. La femme est
rduite  se faire courtisane sous le nom de Satsuki. Hoshikage[39] veut
en faire sa matresse.

Ce tableau n'est pour ainsi dire qu'une introduction aux scnes qui vont
suivre.


_Deuxime tableau_: Tcha-ya[40] de Kabutoya  Kyoto. L'ensemble du
tableau reprsente une rue de la ville.

Satsuki et Hoshikage sont en tte  tte. Aprs une assez longue
discussion la femme consent  se donner, l'homme paye le prix du march
et sance tenante Satsuki fait passer cet argent  Goroz qui arrive 
point. D'aprs les usages consacrs, cela veut dire qu'elle rompt avec
lui. Mais il tmoigne du dpit et repousse le sac. Il y a l une scne
assez comique gaye surtout par le serviteur de Goroz, personnage
burlesque. En droit[41] les circonstances sont telles que le malheureux
n'a rien  objecter contr la dtermination de sa femme. Nanmoins c'est
en jurant de se venger qu'il quitte la place.--Hoshikage part pour le
pavillon o doit avoir lieu le rendez-vous. Satsuki ne peut encore le
suivre. Elle a diffrentes choses  rgler avant de sortir de la
_tcha-ya_. Son amie Oju[42], la matresse du damyo qui se trouve l,
lui propose de la remplacer pour un moment et de faire prendre patience
 son nouvel amant jusqu' son arrive. C'est accept. Oju s'habille
avec les vtements de Satsuki et sort munie de sa lanterne; tant
elle-mme la matresse du damyo, il ne faut pas qu'elle soit reconnue.

_Troisime tableau_: Une autre rue de Kyoto.--Au premier plan un de ces
chafaudages de seaux qui sont disposs de place en place, dans les
villes japonaises, en prvision des incendies.--A l'angle d'une maison
une lanterne allume.

Goroz entre en scne arm d'un sabre nu. Il sait que sa femme doit
passer par l pour aller au rendez-vous. La rue est dserte: cela lui
convient.--Il monte sur une borne pour teindre la lanterne
publique.--Obscurit complte.--Il se met en embuscade derrire les
seaux. Oju arrive. Goroz la prend pour sa femme, se prcipite sur elle
et la tue. Puis posment il lui coupe la tte qu'il envelopp dans un
morceau d'toffe[43] enlev d'un coup de sabre au vtement de la
victime. Il dissimule le cadavre derrire la cachette o il tait
lui-mme tout  l'heure et s'attache dans le dos le paquet contenant la
tte; de manire  conserver la libert de ses mains.

Il tait temps d'en finir. Hoshikage las d'attendre vient lui-mme  la
recherche de sa matresse et rencontre le mari. Il s'lve entre eux une
altercation o Goroz dit des mots  double sens dont l'autre ne saisit
pas la porte. C'est, bien entendu, de l'objet du rendez-vous qu'il
s'agit. Hoshikage ne se doute de rien et Goroz se retire sans encombre.

Il y a dans toute cette scne d'assassinat et de tte coupe une minutie
de dtails dont le ralisme ne saurait tre racont. Rien n'y est laiss
 l'imagination du spectateur. On ne peut se dfendre d'en admirer la
sanglante illusion.




ACTE VI


_Tableau unique_: Intrieur de la maison de Goroz. Il est prs de midi.

Goroz fatigu de son exploit de la dernire nuit n'a pas encore paru.
Ses serviteurs et ses clients qui l'attendent s'en tonnent.--Il y avait
dans l'ancien Japon une puissante organisation de clientle qui rappelle
dans une certaine mesure la constitution sociale des Romains. Les liens
qui en rsultaient taient sans doute moins savamment combins en droit,
mais en fait ils taient peut-tre plus solides[44].

Enfin Goroz parat. Il vient de se lever; il est  peine rveill et il
le manifeste par certaines contractions musculaires qui, tant
naturelles, sont, de tous les pays.--Il entend ses gens s'entretenir du
meurtre d'Oju dont on ne connat pas l'auteur. Dj le rcit de
l'vnement a t imprim et se vend dans les rues.--Etonnement de
Goroz qui se demande s'il rve ou s'il est au milieu d'une bande de
fous.--Il y a eu meurtre; il le sait bien, puisqu'il est le meurtrier.
Mais la victime n'est pas Oju; c'est sa femme Satsuki qu'il a tue.
Pourtant il garde ses rflexions pour lui, ne voulant pas se dvoiler.
Il fait causer ses serviteurs pour voir jusqu'o ira leur mprise. L'un
d'eux lui passe le libelle racontant l'aventure: il l'a achet, dit-il,
parce qu'il s'intresse  Oju; cela lui a cot cinq _rin_ avec une
chanson qui a dj t compose sur le sujet. Notez le soin du serviteur
de dire le prix qu'il a pay ces petits papiers. Cette mesquinerie fait
ressortir par le contraste la situation morale de l'ancien Kera.

Goroz lit et graduellement sa surprise augmente. Pourtant le doute ne
lui vient pas encore; il est si sr! Il croit  une erreur de la police
et du public: la tte ayant t enleve, on n'aura, pense-t il, pu
constater l'identit de la victime. De l quiproquo. Il craint toutefois
que cette fausse nouvelle colporte par la ville ne nuise  Oju et qu'il
ne s'attire ainsi la colre de l'amant de cette femme qui est son
seigneur et dont il dpend encore bien que chass par lui. Il se demande
s'il ne devrait pas rtablir les faits. Il a besoin de rflchir et
congdie ses gens.

Tandis qu'il rflchit, sa vieille mre aveugle arrive  ttons. Il se
passe entre eux une scne touchante destine  prparer un nouveau
contraste ressortant d'un ordre d'ides diffrent. Tout  l'heure
c'tait une petitesse qu'on mettait en regard de la grande agitation
morale. A prsent on lui oppose la pure et sainte tendresse du sentiment
maternel et l'amertume rtrospective d'une vie douloureuse. La pauvre
femme raconte sa triste existence; ses chagrins lui ont fait perdre la
vue; elle a tant pleur dans sa vie! Mais maintenant qu'elle est auprs
de son fils, elle se sent heureuse: Je souhaite, dit-elle, en
terminant, que ce bonheur dure et qu'il ne t'arrive aucun malheur. Elle
sort en marmottant des prires. Mais ses dernires paroles ont produit
sur Goroz un effet singulier. Le doute s'empare de lui[45]. Il jette un
coup d'oeil  toutes les issues pour constater qu'il est bien seul et
qu'il n'y a pas de regards indiscrets. Il va fivreusement ouvrir une
petite armoire o il a cach le paquet contenant la tte. Il dfait les
linges, regarde et tombe renvers en reconnaissant les traits d'Oju. Il
s'y reprend  trois fois ne pouvant en croire ses yeux et chaque fois sa
stupfaction et sa terreur s'exprime en _crescendo_.--Jeu de scne
superbement rendu par l'acteur, le mme du reste qui, au troisime acte,
avait si bien rempli le rle de la belle-mre du damyo.

Goroz se dsole et cherche encore  s'expliquer son erreur. C'tait
pourtant la lanterne de sa femme, c'taient ses vtements que portait
celle qu'il a tue. Le morceau d'toffe qui enveloppait la tte est l
pour en tmoigner.--Enfin il dcide qu'il n'a plus qu' mourir en brave
_samura_. Il doit le sacrifice de sa vie aux mnes d'Oju, la matresse
de son seigneur. D'aprs les anciennes moeurs, il n'avait pas  hsiter.
Libre  lui de tuer sa femme; personne n'aurait eu  redire. Mais par
erreur c'est la concubine du matre qui est tombe sous sa main; il
serait fltri  jamais, s'il ne s'ouvrait le ventre.--Il va chercher sa
bote  pinceaux et se met  crire son testament.

Satsuki, qui est au courant des vnements, s'approche de la maison en
se dsolant. Elle s'accuse; elle se sent coupable, elle aussi, de la
mort d'Oju.--Il faut, dit-elle, que je meure. Elle entre et veut
parler  Goroz de ce qui s'est pass. Il ne l'coute pas, la repousse
et lui dit enfin: Je n'ai que faire de la vie. L-dessus il la jette
brutalement dehors; elle va rouler au milieu de la rue.--La vieille
aveugle, qui a entendu les derniers mots de l'altercation conjugale,
rentre en scne et demande  son fils ce qu'il se passe.--Rien, rpond
celui-ci. Elle insiste. En manire de rponse Goroz, dont l'impatience
augmente graduellement, oubliant tout sentiment filial, envoie sa pauvre
mre dans la rue sans y mettre plus de formes que tout  l'heure pour sa
femme. Elle tombe  terre non loin de celle-ci.--Goroz ferme la porte
et se barricade  l'intrieur de la maison; il ne veut plus tre
drang.--Ayant achev d'crire son testament, il apporte une petite
table d'offrandes au milieu de la pice; il y place la tte d'Oju face
au public; il va prendre au petit sanctuaire domestique quelques
flambeaux et des vases de fleurs artificielles qu'il disperse de chaque
ct de la tte coupe. Il allume les cierges. Tous ces prparatifs
s'excutent sans la moindre agitation apparente. C'est au moment de
mourir qu'un _samura_ doit surtout tre calme.

Cela fait, il tire son sabre du fourreau, vrifie le bon tat de la lame
et de la pointe et va s'asseoir en face de l'autel funbre dress  la
tte de sa victime.--La position assise, les jambes croises, tait
rglementaire pour le _harakiri_ ou suicide par ouverture du ventre.
Goroz commence cette opration suivant les rites: il y a des rites pour
tout. Contrairement  une ide prconue gnralement adopte en France,
on ne s'ouvrait pas le ventre d'un seul coup. Le suicide de folie ou de
chagrin tait alors peu rpandu au Japon, peut-tre parce que l'autre y
tenait assez de place. Le suicide y tait non un acte de dsespoir, mais
une affaire d'honneur. Or l'honneur exigeait que la mort volontaire ft
lente, parce qu'il y a plus de courage  souffrir et  voir venir la
mort qu' mourir. Ce sentiment tait si profond et les _samura_ avaient
un tel respect de leur propre honneur que, mme s'ils s'ouvraient le
ventre  huis clos, ils le faisaient aussi posment que devant un
public. Parfois un brave se dcoupait la peau et se labourait l'abdomen
pendant plus d'une heure sans expirer. Il tombait puis, mais respirant
encore; souvent alors un ami bienveillant lui donnait le coup de grce.
L'honneur n'en souffrait pas.

Pendant que Goroz martyrise sa chair, sa femme, sans quitter la place
o elle est venue tomber dans la rue, se plonge un poignard dans le sein
droit. D'aprs les rites, c'est ainsi que les femmes devaient se
suicider. Chacun de son ct proclame qu'il s'immole aux mnes d'Oju. La
vieille mre aveugle, qui gt  terre auprs de Satsuki, ne comprend pas
ce qui se passe. Elle demande des explications. Sa belle-fille,
surmontant sa souffrance, lui raconte comment elle est coupable du crime
de lse-majest envers le damyo, ayant par inadvertance caus la mort
de sa matresse. Elle ne l'a pas tue elle-mme, mais c'est cache sous
ses vtements et en portant sa lanterne qu'Oju a t frappe. Elle lui
doit donc sa vie et elle lui paye ce qu'elle lui doit.--La vieille
femme, en palpant Satsuki, vient de sentir le fer fix dans sa poitrine.
Elle veut l'arracher.--Lutte entre la blesse et l'aveugle: le dsespoir
de l'une aux prises avec la rsolution de l'autre.

Mais Goroz commence  rler. Sa mre l'entend; elle comprend que, lui
aussi, il est en train de se tuer. Elle l'appelle; il ne rpond pas. Il
n'est pourtant pas vanoui, car on le voit toujours occup  sa sinistre
besogne. L'aveugle, poussant des cris lamentables, cherche l'entre de
la maison. Elle fait fausse route, revient sur ses pas; enfin elle sent
la porte sous ses doigts; elle appelle encore; mme silence de son fils.
Par un effort dsespr elle enfonce le panneau et tombe  l'intrieur
de la chambre. Elle a d se fracasser quelque membre, mais elle n'y
pense pas: elle est mre et son fils va mourir!--Celui-ci lui explique
alors pourquoi il faut qu'il meure. Ses raisons sont si concluantes que
l'aveugle se calme: mre d'un samura, elle connat les rgles de
l'honneur. Aussi bien elle sait qu'aucun raisonnement ne pourrait
changer la rsolution de son enfant. Pendant ce temps, Satsuki s'est
trane jusque dans l'appartement.

Deux serviteurs de Goroz accourent en toute hte. Ils apportent une
bonne nouvelle et la disent malgr l'motion que leur cause l'tat de
leur matre: Hoshikage,  qui Goroz a eu affaire la veille et qui est
la cause premire de tous les malheurs qui arrivent, a t arrt; il va
tre jug. Cette nouvelle est bien accueillie des deux mourants: C'est
un prsent de dpart[46].

La mre, ayant compris qu'il y a au fond de tout cela une querelle entre
les poux, tente de les rconcilier _in extremis_. Son rle est
profondment touchant. Ses enfants ne se rendent pas du premier coup 
ses instances; mais ils s'entretiennent une dernire fois: ils se
rappellent le temps o ils s'aimaient et o ils faisaient ensemble de la
musique. Un air surtout, l'air des jours heureux, leur revient  la
mmoire. Ils dcident de quitter la vie en le jouant. On bande la
blessure de la femme; on relve les lambeaux sanglants du mari, on
bouche le trou tant bien que mal et on y applique un linge serr autour
du corps. On apporte  celui-ci sa flte,  celle-l son _koto_. Ils
jouent, lui soutenu par un serviteur, elle, par sa belle-mre. Entre eux
est le petit autel funbre avec la tte coupe; cette tte semble
couter.--L'excution de la scne est parfaite: les acteurs y obtiennent
avec un art merveilleux l'association de l'horrible et du touchant.--Par
moments le souffle manque  Goroz et sa flte moribonde reste comme en
suspens au milieu d'une note. Mais par un effort de volont, il reprend
la mesure. Enfin le vague de la mort s'empare de l'un et de l'autre  l
fois. La flte tombe; le _koto_ ne vibre plus. La pauvre aveugle cherche
 ttons les mains des deux poux; elle les saisit et les met l'une dans
l'autre.--Ils changent un mutuel regard de pardon et meurent unis.

Il est huit heures. Le drame est fini; il a commenc  dix heures du
matin. Pourtant le publie n'est pas rassasi; il faut qu'on lui serve
encore _la danse des sept dieux_, sorte de ballet pantomime assez
grotesque qui est le complment  peu prs oblig de tout grand
spectacle. Les divinits de l'Extrme-Orient y excutent, chacune
suivant ses moyens et ses aptitudes, quelques pas allgoriques et
reoivent encore l'approbation enthousiaste de spectateurs qui les
admirent peut-tre pour la centime fois. Mais ces spectateurs, ne
l'oublions pas, sont un peuple d'enfants et n'avons-nous pas tous, dans
nos jeunes annes, rclam sans merci cent fois la mme histoire?

[Illustration]




Footnotes


[1] On peut passer de mme d'une pice dans l'autre,  l'intrieur de la
mme maison.

[2] Cela n'empche pas qu'il y puisse tenir une maison de grandeur
moyenne, toit compris. Les habitations japonaises n'ont en gnral qu'un
tage, appel _nika_. Depuis quelques annes, on a bien fait quelques
constructions surmontes de deux tages, quoique bties dans le style
indigne, mais ce sont encore des exceptions. Dans tous les cas, la
reproduction de pareils difices n'est jamais utile au thtre.

[3] Nous aurons  revenir sur ces bizarres valets au sujet de
l'clairage.

[4] Il y a dans certaines villes, notamment a Kyoto et  Nagoya, des
troupes de femmes connues sous le nom de _no_, qui ont la spcialit de
jouer des scnes assez courtes dans les ftes particulires.
Quelques-unes de ces actrices de salon sont des artistes de premier
ordre.

[5] Il s'agit ici des grandes dames de l'ancien rgime qui s'est, pour
ainsi dire, rfugi au thtre. Le Japon moderne, en habillant les
femmes de qualit  l'europenne, leur a enlev tout ce qu'elles avaient
autrefois de grce et de dignit.

[6] La nonchalance nonpareille que donne  la marche l'usage que font
les filles de joie de _gaita_ dmesurment hautes, en est un des traits
les plus saillants. Les _gaita_ sont les chaussures ou plutt les socles
de bois, souvent laqus en noir pour les femmes, sur lesquels reposent
les pieds japonais. On les chausse au moyen d'une sorte de lanire, plus
ou moins rembourre, qui passe entre le pouce et le premier doigt.

On ne peut s'empcher de faire un rapprochement entre la mode des hautes
_gaita_ des courtisanes japonaises et celle des ergots sur lesquels se
perchent certaines de nos lgantes d'une catgorie similaire, en
exagrant jusqu'au ridicule les formes en elles-mmes gracieuses des
talons Louis XV.--Toutefois, comme le pied repose toujours  plat sur la
_gaita_, quelle qu'en soit la hauteur, la dmarche qui en rsulte ne
peut avoir aucune analogie avec celle que commande forcment le haut
talon.

[7] Nanmoins quelques drames, devenus pour ainsi dire classiques, ont
t crits _in extenso_ et sont de la sorte passs dans le domaine de la
littrature proprement dite. Mais c'est l'exception.

[8] Seigneur fodal.

[9] Un _kera_ est un domestique dans le sens tymologique du mot,
c'est--dire un serviteur attach  la maison d'un damyo ou mme d'un
simple _samura_. Il est lui-mme samura, c'est--dire noble. Il peut
avoir d'autres Kera, galement nobles,  son propre service. Le matre
du rang le plus lev a certains droits absolus, non seulement sur ses
serviteurs immdiats, mais encore sur les serviteurs de ceux-ci. La
domesticit, tel que nous l'entendons et que nous l'avons introduite
dans ce pays, n'existait pas dans l'ancien Japon. Le Kera est serviteur
et familier du matre: il le sert avec les marques du plus profond
respect et les attitudes les plus humbles, ce qui ne l'empche pas de se
mler de ses affaires souvent avec une grande libert de langage.

Dans toutes les explications relatives au drame, que nous donnons en
notes, nous nous plaons au point de vue de l'poque historique qui
fournit de sujets le thtre japonais. Les moeurs sont dj bien
changes.

[10] Un autre _kera_ du damyo Asama.

[11] _Kera_ du _Kera_ Hanagaki.

[12] On appelait ainsi les samura qui, pour une cause quelconque,
avaient cess d'tre au service effectif de leur damyo. Cela ne les
affranchissait d'ailleurs pas de certains devoirs envers le matre
auquel ils continuaient d'appartenir et d'tre lis par des attaches
lgales que rien ne pouvait rompre. Le seigneur conservait en fait, sur
ces serviteurs libres en apparence, des droits trs absolus; le temps ne
les prescrivait pas; l'loignement pouvait bien les rendre fictifs, mais
non les annuler. Le _ronin_ quittait le domaine de son matre et allait
mme parfois prendre du service au loin chez un autre damyo; mais cela
ne pouvait lgalement atteindre la situation d'tat civil, c'est--dire
de servitude que lui avait faite sa naissance, envers son premier
seigneur.--La _servitude_, dans cette organisation, n'est pas exclusive
de la _noblesse_.

[13] _Gawa_, fleuve, rivire, cours d'eau, torrent.

[14] C'est le temple du premier tableau.

[15] Ce n'est pas une de celles qu'on a vues  la scne prcdente, mais
une troisime.

[16] _Yama_, montagne.

[17] Chasseur de profession, voleur de mtier.

[18] Ancien kera du damyo, chass par son matre, devenu _ronin_ par
consquent, et se livrant au brigandage.

[19] Ce meurtrier n'est autre qu'un homme de la bande de Nagohe: 2e
tableau de l'acte Ier et 1er tableau de l'acte II.

[20] On verra,  l'acte IV, qu' ce moment le damyo venait de partir
pour Kyoto, ce qui favorisait les projets de sa belle-mre.

[21] Personnage ayant dj figur au 1er acte dans le 2e et le
3e tableaux. C'est le mme qui a enlev la pauvre vagabonde pour le
compte du damyo dont elle est devenue la matresse. On verra par la
suite le rle peu estimable que joue cet homme  double face.

[22] Le dbut de la scne suivante nous apprendra que Yuri Nokata avait
dj tent de dsaffectionner son gendre de Hototogisu en s'attaquant 
la beaut de celle-ci. Un premier poison, non mortel, mais ayant eu pour
effet de la dfigurer et de la rendre malade, lui avait t administr.
Il parat que cela n'avait pas suffi pour rendre le coeur d'Asama  son
pouse. On en vient alors au grand moyen.

[23] Sous l'ancien rgime, en dehors des nobles, les mdecins seuls
pouvaient porter le sabre; mais ils n'avaient droit qu' un seul sabre
assez court, tandis que les _samura_ en portaient deux.

[24] Les _to_ et les _karakami_. Les premiers sont en bois et servent 
clturer compltement la maison; les seconds sont des chssis recouverts
de papier qui tiennent lieu de fentres et de portes extrieures pour
les chambres. Les uns et les autres s'ouvrent et se ferment en glissant
dans des rainures. La rainure suprieure est assez profonde pour former
un encastrement qui permet, en soulevant le _to_ ou le _karakami_, de le
dgager de la rainure infrieure et, en l'inclinant ensuite, de
l'enlever tout  fait. Mais si l'on veut ouvrir en grand la maison, il
suffit de retirer de la sorte les _karakami_; les _to_ pouvant, sans
sortir de leurs coulisses, tre pousss les uns  la suite des autres
jusqu' de petites armoires disposes aux angles de l'habitation pour
les recevoir tous superposs. Les _karakami_, au contraire,  moins
d'tre enlevs, ne peuvent que se doubler et ne laissent  l'air qu'une
demi-ouverture.

[25] Le fourneau minuscule de la pipe japonaise ne contient gure que
pour trois ou quatre bouffs de tabac; mais on fume souvent plusieurs
pipes sans interruption. On l'allume chaque fois  un petit brasero _ad
hoc_ ou au rsidu encore en feu de la pipe prcdente. La seule
diffrence entre la pipe de femme et la pipe d'homme est dans la
longueur du tuyau; il est plus long pour l'usage fminin. Certaines
personnes, ayant vu de ces pipes en Europe seulement, ont cru qu'elles
servaient  fumer l'opium. C'est une grosse erreur. Au Japon, on ne fume
que du tabac; l'opium y est, du reste, svrement prohib par le
gouvernement.

[26] Ce Hoshikage a dj figur  la fin du IIe acte.

[27] Sans doute dans l'intention de le compromettre.

[28] C'est le kera du damyo qui a prsid le concours d'escrime sur
lequel s'est ouvert le rideau au premier acte et qui s'y est mesur avec
Yakuro, cet autre kera qui s'est entendu avec la belle-mre de son
matre, pour le trahir, au troisime acte.

[29] Kera de Hanagaki et  ce titre appartenant galement au damyo. Ce
personnage figurait aussi au concours d'escrime du premier acte.

[30] C'est ce que les touristes appellent presque infailliblement dans
leurs notes de voyage: Le cortge de l'impratrice, singulier
_quiproquo_, mais qui dmontre bien la majest dont les rites
entouraient, dans le vieux Japon, les choses de la vie galante.

La plupart des drames japonais contiennent une scne analogue 
celle-ci. Aussi n'a-t-on pas manqu d'crire que l'impratrice est un
personnage quasi indispensable du thtre au Japon et l'crivain, cela
va de soi, s'est mis en devoir d'en tirer des consquences touchant les
moeurs du pays. Une pareille bvue ne peut s'expliquer que par une
ignorance totale et qui n'est gure pardonnable du caractre sacr de la
souverainet et de tout ce qui en tient chez les peuples orientaux.

[31] Nous en avons fait mention au dbut de cette tude, dans la
description de l'orchestre.

[32] Voir le 3e tableau de l'acte I.

[33] Voir le 1er tableau de l'acte II: la conversation des brigands.

[34] Elle ne dit pas toute la vrit, ne voulant encore laisser entendre
que c'est son ombre et non elle-mme que le damyo a devant les yeux.

[35] Le baiser n'existe, d'ailleurs, pas dans les moeurs du Japon. Cette
manire de nous tmoigner de la tendresse tonne beaucoup les indignes.
Chez eux on n'embrasse mme pas les enfants.

[36] C'tait autrefois dans tout le Japon et c'est encore aujourd'hui
dans les campagnes une croyance trs rpandue que les morts reviennent
et que leurs ombres laissent en s'vanouissant des papiers funraires,
tmoignages de l'apparition o sont crits les conseils ou les
avertissements qu'ils donnent aux vivants.--Que cette varit de
spiritisme fournisse aux esprits forts un puissant moyen d'abuser des
mes crdules, cela n'est pas douteux.--La religion populaire des
Japonais est un culte de petits papiers: il suffit pour s'en convaincre
de visiter la premire chapelle venue.

[37] Au Japon, comme dans beaucoup d'autres pays, il y a pour toutes les
grandes villes un quartier spcialement affect  cet usage. Dans les
centres principaux, comme Tokio et Kyoto, ce quartier forme une
vritable ville  part ayant son enceinte et ses portes et dont le
cachet est singulirement pittoresque.--C'est  coup sr une des
curiosits du pays.

[38] Ancien kera.


[39] Autre Kera disgraci devenu chef de voleurs: Acte IV; 1er
tableau.

[40] Maison de th.--La _tcha-ya_ au Japon tient lieu de cabaret.

[41] Il s'agit bien entendu de l'ancien droit.--N'oublions pas que
Goroz est tomb dans la misre et se trouve dans l'impossibilit de
pourvoir  l'entretien de sa femme. Celle-ci n'aurait pu le quitter
purement et simplement; mais en lui donnant le prix de son infidlit
elle s'acquitte lgalement envers lui.--Il est alors cens l'avoir
vendue lui-mme. C'est une sorte de fiction comme il y en a en _droit
romain_.

[42] Acte IV: 2e tableau.

[43] Ce morceau est une de ces grandes manches de _kimono_ qui sont
particulirement longues pour les femmes. Cette partie du costume
formant poche ou mme sac se trouve trs propre  l'usage qu'en fait l
Goroz.

[44] N'est-il pas curieux, par exemple, de voir ce _ronin_ Goroz,
devenu misrable, et toujours entour d'une foule de gens dpendant de
lui et vivant plus ou moins  ses crochets. Il n'y a cependant rien l
de contraire au vieil ordre social du Japon.

[45] Chez les peuples superstitieux, on n'aime pas les souhaits de
bonheur; il semble toujours qu'ils cachent un malheur. Tmoin cette
habitude dans certains pays de faire les cornes ou le signe de croix
quand on reoit des flicitations sur la chance passe ou des voeux pour
l'avenir.

[46] Au Japon, quand un voyageur a sjourn, ne fut-ce que quelques
heures, aussi bien dans une auberge que chez un particulier, l'usage
veut qu'il reoive de ses htes un prsent de dpart. Quelle heureuse
ide que l'image de ces deux moribonds acceptant une bonne nouvelle
comme un _prsent de dpart_ pour l'autre monde.








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Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
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1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

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electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
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Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
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request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
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License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
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     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
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     and discontinue all use of and all access to other copies of
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     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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