The Project Gutenberg EBook of Hic et Hec, by Comte de Mirabeau

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net


Title: Hic et Hec

Author: Comte de Mirabeau

Release Date: October 7, 2008 [EBook #26807]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HIC ET HEC ***




Produced by Daniel Fromont









[Transcriber's note: MIRABEAU (Honor Gabriel Riquetti,
comte de Mirabeau) (1749-1791),
Hic et Hec (1798), dition de 1921

A French erotic novel of the 18th Century]




LES MAITRES DE L'AMOUR


L'oeuvre

du

Comte de Mirabeau


(...)


Hic et Hec, ou l'art de varier les plaisirs de l'amour


(...)


PARIS

BIBLIOTHEQUE DES CURIEUX

4, RUE DE FURSTENBERG, A

MCMXXI




Hic et Hec




Je dois le jour  une distraction d'un R. P. jsuite
d'Avignon, qui, se promenant avec ma mre, blanchisseuse de la
maison, quitta dans l'obscurit le sentier troit qu'il
parcourait d'ordinaire en faveur de la grande route qui lui
tait peu familire. A peine avais-je six ans que sa tendresse
paternelle me fit admettre par charit dans les basses
classes; j'y rendais tous les services qu'on pouvait attendre
de mon ge, et grce aux heureuses dispositions dont la nature
m'avait dou, je profitai;  douze ans, je pus balayer la
troisime et faire les commissions du pre Natophile, qui en
tait rgent. J'tais prcoce en tout, ma taille tait lance
et svelte, mon visage rond et vermeil, mes cheveux chtain-brun
et mes yeux noirs, grands et perants me faisaient
paratre plus g que je n'tais: on me prenait pour un enfant
de quatorze ans. La bassesse de mon origine, la pauvret de ma
parure, m'avaient loign de toute intimit avec mes camarades
de classe, et par consquent de la corruption, et je donnais
tout mon temps  l'tude. Le rgent, satisfait de mes progrs,
me prit en affection, me chargea du soin d'arranger sa
chambre, de faire son lit et de lui porter tout ce dont il
avait besoin; et pour ma rcompense, il me donnait des leons
particulires aprs la classe, et me faisait lire dans sa
chambre des auteurs qu'on n'explique pas en public.

Un jour, j'avais plus de treize ans alors, il me tenait entre
ses jambes pour me suivre des yeux dans l'explication de la
satire de Ptrone; son visage s'enflammait, ses yeux
tincelaient, sa respiration tait prcipite et syncope; je
l'observais avec une inquite curiosit qui, divisant mon
attention, me fit faire une mprise. -- Comment, petit drle!
me dit-il d'un ton qui me fit trembler, un sixime ne ferait
pas une pareille faute; vous allez avoir le fouet. J'eus beau
vouloir m'excuser et demander grce, l'arrt tait prononc;
il fallut bien me soumettre. Il s'arme d'une poigne de
verges, me fait mettre culotte bas, je me jette sur son lit,
et de peur que je ne me drobe au chtiment, il passe son bras
gauche autour de mes reins, de faon que sa main empoigne un
bijou dont j'ignorais encore l'usage, quoique sa duret
momentane, depuis plus d'un an, m'eut donn  penser. --
Allons, petit coquin, je vais vous apprendre  faire des
solcismes. Et il agite lgrement les verges sur mes
jumelles, de manire  les chatouiller plutt qu' les
blesser. La peur ou le doux frottement de sa main fit grossir
ce qu'il tenait. -- Ah! petit libertin, qu'est-ce que je sens
l? Ah! vous en aurez d'importance. Et il continuait la douce
flagellation et ses attouchements, jusqu' ce que, enivr de
volupt, un jet de nectar brlant couronnt ses efforts et
comblt ma flicit. Alors, jetant les verges: -- Ferez-vous
plus attention une autre fois? -- Ah! je ne le crois pas, mon
pre, il y a trop de plaisir  tre corrig de votre main. --
Tu me pardonnes ma colre; eh bien, applique-toi, quand tu
feras bien, je te rcompenserai comme je t'ai puni. Je lui
baisai la main avec transport, il m'embrassa, et passant ses
mains sur mes jumelles, il me couvrit de baisers. -- Puisque tu
es content de la correction, mon cher enfant, poursuivit-il,
tu devrais bien rcompenser mes soins de mme. -- Je n'oserais
jamais!... fouetter mon rgent! -- Ose, il t'en prie, et, s'il
le faut, il te l'ordonne. J'allai, en rougissant, prendre les
verges, il dcouvrit son post-face;  peine osais-je toucher,
il s'enrouait  me crier: -- Fort, plus fort; on doit punir
plus rigoureusement les fautes des matres que celles des
coliers. Enfin je m'enhardis, et, empoignant son sceptre
comme il avait fait du mien, je le fustigeai si vertement
qu'il versa des larmes de plaisir. Ds ce moment la confiance
s'tablit; il prtexta un rhume qui le mettait dans la
ncessit d'avoir quelqu'un auprs de lui, et il fit mettre
mon lit dans un petit cabinet qui touchait au sien; mais ce
n'tait que pour la forme, et, ds qu'il tait couch, il
m'appelait et j'allais dormir ou veiller dans ses bras. Il fut
mon Socrate et je fus son Alcibiade. Tour  tour agent et
patient, il mit sa gloire  perfectionner mon ducation.

Ma quatorzime anne finie, je possdais le grec, le latin, un
commencement de logique et de philosophie, je connaissais les
premiers lments de la thologie. Mais pour approfondir cette
science qui tant de fois aiguisa les poignards du fanatisme,
il fallait passer dans d'autres mains, le pre Natophile tant
livr presque exclusivement  la belle littrature, et je fus
oblig d'aller tudier sous le professeur Aconite. Je gardai
nanmoins mon lit chez Natophile, qui, sentant que pour faire
mon chemin dans cette nouvelle carrire je serais oblig
d'avoir les mmes complaisances pour Aconite, le prvint en ma
faveur, et dressa lui-mme les articles du trait de partage;
il fallait le consentement du suprieur pour mon admission au
cours de thologie. Natophile me prsenta chez lui, ma figure
lui plut, et il fallut bien lui payer son droit.

Pendant l'anne qui suivit, je passai les jours  l'tude et
les nuits  mriter les faveurs de mes professeurs. Mes
progrs m'avaient fait un nom qui me promettait les plus
brillants succs, quand arriva la catastrophe qui anantit la
socit. Accabls par ces revers, Natophile et Aconite prirent
le parti de se retirer en Italie, et le premier, pour ne pas
me laisser sans ressources me recommanda  Mme Valbouillant,
pour me charger de l'ducation de son fils, g de sept ans et
dont le professeur venait de mourir; ma rputation, le
tmoignage de mes professeurs, me firent accepter malgr mon
excessive jeunesse. Mme Valbouillant pouvait avoir vingt-quatre
ans, les dents blanches, l'oeil noir, le nez en l'air,
les cheveux bruns et fournis, la peau superbe, la gorge et la
croupe rebondies, et la main d'une beaut ravissante; elle
n'avait d'enfant que mon lve, et son mari, depuis six ans,
tait en Italie,  la suite d'une succession qui lui tait
chue. Natophile me conduisit chez elle, y fit porter mon
attirail d'abb et le petit trousseau que son amiti l'avait
engag  me faire.

Cette dame me reut avec une bienveillance attrayante et
promit  Natophile de me traiter de faon  tablir entre elle
et moi la confiance rciproque qui devait assurer le succs de
mes soins auprs de mon lve. Quand mon introducteur fut
sorti, la dame me regardant d'un oeil fixe et anim, je baissai
les yeux et je rougis; j'avais bien la force de soutenir les
regards lascifs de mes instituteurs, mais ceux d'une femme
riche et d'un rang distingu, dont ma fortune allait dpendre,
m'en imposaient  un point que je ne puis exprimer. -- Que
vois-je, dit-elle, vous rougissez? Le pre Natophile m'aurait-il
trompe? Vous avez bien les traits d'une jeune fille, vous
en montrez la timidit, n'en auriez-vous pas le sexe! Je
rougis encore plus fort. -- Ah! continua-t-elle en riant, je
placerais l un joli gouverneur auprs de mon fils; je veux
m'en assurer. Et passant la main dans le jabot de ma chemise,
elle eut l'air de chercher par mon sein si je n'tais pas une
fille; le sien, que je voyais presque en entier, me mettait
dans un tat  dtruire tous ses doutes; je perdis ma
timidit, et, prenant son autre main, je l'appuyai sur la
preuve palpable de sa mprise. -- Ah! dit-elle, que je m'tais
trompe! Pourquoi avoir une aussi jolie mine? Ma mprise est
bien excusable, mais si jeune... quelle grosseur! d'honneur,
l'abb, vous tes un monstre! -- Bien facile  apprivoiser,
dis-je en me jetant  ses pieds, et je donnerais ma vie pour
le bonheur de vous plaire. -- Ah! que je m'en veux de mon
erreur, sans elle il ne serait pas  mes pieds; levez-vous
donc, quelle audace! -- Non, madame, je n'en puis sortir que je
n'aie obtenu mon pardon, et je l'obtiendrai si vous considrez
l'empire de vos charmes et l'effet qu'ils font sur moi. -- J'en
conviens, il est presque incroyable!... Et ses yeux se
fixaient sur l'insolent dont l'orgueil augmentait  vue d'oeil;
il y a peu d'avocats aussi loquents aux yeux d'une femme: je
vis le succs du plaidoyer muet, et reprenant sa main, je la
pressai contre l'orateur. -- Ah! fripon, s'cria-t-elle en
passant son autre bras autour de mon cou, et serrant ma tte
contre son sein. Je sentis l'nergie de cet "Ah! fripon!" et,
profitant de la circonstance et de l'heureuse attitude, je fis
tant des genoux et des mains qu'en quatre secondes tous les
obstacles furent carts, et l'union la plus intime couronna
mes efforts; ses yeux humides et  demi ferms, son sein
haletant, sa bouche, colle contre la mienne, force au
silence par la volupt; nos langues trop occupes pour peindre
nos plaisirs; nous restmes plusieurs moments dans cette
ivresse qu'on sent trop pour pouvoir l'exprimer. Sa dernire
priode combla mes voeux sans affaiblir nos dsirs, et le front
orn de myrtes, je ne me reposai point pour courir  une
nouvelle victoire.

Mon athlte, charme de sa dfaite et de ma valeur obstine,
se livra avec transport  la nouvelle lutte, qui, moins rapide
et plus vivement sentie, nous plongea dans une mer de dlices.
Remis de notre trouble, nous couvrmes rciproquement de
baisers enflamms tous les charmes dont nous avions joui, et
nous convnmes de la rserve la plus svre devant le monde et
les domestiques, et de l'abandon le plus parfait dans les
tte--tte. Chaque jour me dcouvrait de nouveaux charmes
dans ma conqute, qui, s'attachant de plus en plus par la
jouissance, m'aimait avec la tendresse d'une amante.
L'appartement de mon lve communiquait au sien par sa garde-robe;
et le soir, quand tout le monde tait endormi, je
passais dans son alcve chercher le dlire dans ses bras, et
je rentrais chez moi avant le point du jour. Nous jouissions
sans trouble de cette flicit, quand Valbouillant revint de
son voyage, aprs avoir termin ses affaires.

Je lui fus prsent; je lui parus bien jeune pour un
instituteur. Connaissant le temprament de son pouse, il se
douta bien qu'elle ne me laissait pas donner exclusivement
tous mes soins  mon lve; mais il n'tait pas jaloux, et le
sjour qu'il avait fait  Florence l'ayant accoutum aux
plaisirs socratiques, et ma figure le sduisant, il crut faire
servir la faiblesse de sa femme pour moi  s'assurer de mes
complaisances. Il feignit le soir un mal de tte, s'excusa de
coucher seul dans son appartement, lui disant en l'embrassant
tendrement qu'il esprait s'en ddommager quand cette
indisposition imprvue ne le contrarierait plus. Elle me fit
alors un signe, que je compris  merveille. Quand je le crus
retir, je m'introduisis dans le lit de ma belle, et nous nous
htmes de profiter d'une occasion que nous craignions ne pas
retrouver de sitt.

A peine tions-nous  l'oeuvre, que nous vmes paratre
Valbouillant en chemise, un poignard  la main, qui, jetant la
couverture et me saisissant de la main gauche, me dit: -- On ne
m'outrage point impunment; mais je suis humain, choisissez
entre ces poignards. Et brandissant celui qu'il tenait, il me
montrait celui dont Jupiter frappait Ganymde. L'amour de la
vie ne rendit pas mon choix douteux; je cdai  l'imprieuse
circonstance, et Mme Valbouillant, trop heureuse d'en tre
quitte  si bon march, me retint assujetti dans la position
o je me trouvais; son mari devint le mien, et dans le fort de
ses transports, il prodiguait mille baisers  sa femme,
bnissant une infidlit qui lui procurait de si douces
jouissances. -- Tu me pardonnes donc, lui dit-elle en
l'embrassant. -- Comment rester fch contre de si chers
coupables? Ce sein, dit-il en le baisant (elle l'avait
superbe), et ces jumelles, ajouta-t-il en frottant de la main
l'autel o il venait de sacrifier, attendriraient un tigre; de
plus, je n'ai pas compt que tu pusses rester fidle pendant
une si longue absence. J'ai gagn dans mon voyage une bonne
succession et des cornes. La premire me fait plus de bien que
les autres ne me feront de mal. Ne prtons point  rire,
soyons discrets et jouissons sans scrupule de tous les
plaisirs que notre ge et notre fortune nous offrent; vitons
le scandale et moquons-nous du reste.

Mme Valbouillant, enchante de la manire dont il avalait la
pilule, le comblait de caresses. -- Ah! mon ami, que de bont!
Non, plus jamais tu n'auras de reproche  me faire! Je
renonce... -- Tais-toi, point de serment, je n'y crois point.
J'exige ta confiance et non ta fidlit; ce serait demander
l'impossible. Tiens, regarde notre abb, comme il est radieux;
j'ai retard ses plaisirs et les tiens, mais je ne veux pas
vous en priver; allons, Hic et Hec, reprenez votre besogne. --
La plaisanterie est trop amre, mon ami, quand tu vois mon
repentir. -- Je ne plaisante point, j'ai donn  l'abb ce que
je te destinais, il est juste qu'il t'en ddommage; les
plaisirs que tu prendras devant moi ne peuvent m'offenser,
puisque c'est de mon aveu, et que mes yeux jouiront par ce
tableau. Et tenant sa femme dans l'attitude la plus commode,
il me pressa de me jeter dans ses bras. La singularit de tout
ce qui venait de se passer me fit hsiter: il insista; je
cdai, et j'avoue que j'en mourais d'envie. Alors, nous
serrant tous deux dans ses bras, il nous couvrit de caresses;
sa femme, d'abord embarrasse, se rassura et lui serrant la
main, se livra sans rserve  mes transports, et parvint au
but dsir en mme temps que moi. -- Eh bien! mes amis, dit-il,
ne suis-je pas un complaisant? Des caresses furent notre
rponse. Regarde, dit-il  sa femme, l'effet du spectacle que
vous venez de me donner. Et il lui dcouvrit son sceptre dans
l'tat le plus respectable. -- Qu'il est menaant, s'cria-t-elle;
allons, mon pauvre Hic et Hec, vous allez tre
poignard. -- Non, madame, c'est sur vous cette fois que ma
fureur va tomber; si, par hasard, dans neuf mois vous me
rendez pre, je ne veux pas avoir de certitude que l'enfant
n'est pas de moi. En disant ces mots, il use de tous ses
droits et s'empare de la place dont je venais de sortir.
Valbouillant tait bien fait, il avait  peine trente ans, son
corps frais et rebondi tait d'une blancheur blouissante; la
vue de son post-face me rendit ma vigueur, je me prcipitai
sur lui, je m'introduisis sans peine, et mes mouvements
secondant ses efforts, le faisaient pntrer plus avant dans
la grotte de son pouse. -- Ah! cher abb, s'cria-t-il, quel
plaisir! Tu doubles ma jouissance. Je continuai avec ardeur,
et bientt une triple mission couronna notre flicit. Alors,
plus calme, il me baisa avec une tendre fureur, pour me payer
des dlices que je lui avais fait prouver. -- Vous m'tonnez,
dit sa femme, je pensais bien qu'en socratisant, l'agent
gotait un plaisir vif par la pression qu'il prouve dans la
voie troite; mais je ne puis concevoir que le patient en
puisse ressentir; au contraire, la grosseur de ce qu'il admet
doit lui causer une sorte de douleur qui doit mousser toute
volupt. -- Ah! ma chre, que vous tes dans l'erreur, le rle
de patient est au moins aussi doux  jouer que celui d'agent,
le chatouillement intrieur est ravissant, et j'ai vu des
femmes qui prfraient recevoir leur ami de ce ct-l. --
C'est singulier, et pourquoi ne me l'avoir point fait essayer?
-- Je n'osais te le proposer, et sans les vnements
d'aujourd'hui, je ne t'en aurais peut-tre jamais parl. -- Je
serais bien tente d'en faire l'preuve, si je ne craignais
pas que cela me ft beaucoup de mal. -- Nous l'avons bien
support votre mari et moi presque ds l'enfance; avec un peu
de pommade les obstacles disparaissent. -- Vous m'encouragez;
cependant comment est-il possible que ceci (touchant le
sceptre de son mari) puisse entrer dans un si petit rduit? --
Mon coeur, il faut choisir, pour commencer le dfrichement, la
charrue dont le soc sera le plus aigu.

A l'examen, les proportions du mien parurent plus propres pour
entamer l'ouvrage, et aprs quelques moments de repos, mes
forces s'tant ranimes, Valbouillant resta dans le lit, nous
nous levmes sa femme et moi; je lui fis courber le corps sur
le lit, son mari la retint, unissant sa bouche  la sienne et
l'animant par des baisers  la florentine. Cependant sa croupe
se levant, me prsentait un double chemin au bonheur; je
choisis celui convenu; aprs avoir prpar la voie par un
liniment suffisant, la grosseur du soc lui fit d'abord jeter
un cri, je m'arrtai et poussant avec mnagement quelques
secondes aprs, j'ouvris le sillon assez pour y cacher la
moiti du fer de la charrue; je m'arrtai encore: -- Souffrez-vous?
lui dis-je. -- Encore un peu, mais moins. Alors, appuyant
sur les manchons, je fis le dfrichement aussi profond qu'il
devait l'tre, allant et venant, comme l'exige ce genre
d'agriculture. -- Ah! dieux! s'cria-t-elle; je ne sais o je
suis, la tte me tourne, je brle; ah! quelle volupt, je
fonds! Ah!... ah!... je succombe... je pars encore...
Quartier! mon cher ami... je ne puis plus... Me sentant aussi
tout hors de moi, je retirai mon soc du sillon o il tait, je
l'enfonai profondment dans le voisin que je trouvai inond
d'un dluge de larmes de volupt; les miennes s'y mlrent et
nous nous rejetmes sur le lit dans un abattement dlicieux
qui succde aux plaisirs satisfaits. -- Ah! mes amis, s'criait
Mme Valbouillant, se peut-il que j'aie vcu jusqu' prsent
dans l'ignorance d'un bonheur aussi grand; bon Dieu, quelle
flicit, quelle douceur ineffable! Valbouillant, qu'elle
caressait en tenant ce discours, lui proposa de lui faire
rpter l'exprience dont elle s'tait si bien trouve. -- De
bon coeur, quand j'aurai pris quelques moments de repos; mais
laissez-moi respirer quelques instants, et me recueillir sur
une jouissance aussi parfaite et aussi nouvelle pour moi.

Elle s'assoupit un moment la tte appuye sur mon sein, je
m'endormis aussi une main sur ses reins, et l'autre
enveloppant un ct de son sein. Valbouillant suivit notre
exemple, nous dormmes prs de deux heures; un songe
intressant occupait notre belle, elle agitait ses reins et
m'embrassait avec un transport qui m'veilla tout  coup.
Valbouillant ouvrit aussi les yeux. -- C'est, dit-il,  mon
tour de lui faire la seconde exprience socratique. --
D'accord, rpondis-je, mais si vous m'en croyez, nous pouvons
doubler pour elle la volupt. -- Comment? -- Je vais me coucher
sur le dos et l'tablir sur moi tout physiquement, et vous
vous installerez ensuite dans la voie troite. Tous deux
applaudirent  mon ide, et nous nous mmes sans dlai  la
raliser. Je mis un coussin sous mes reins pour les lever
davantage, mon hrone se mit  cheval sur moi, enfonant mon
poignard dans sa blessure et collant sa poitrine sur la
mienne, de faon qu'elle offrait dans la position la plus
avantageuse le revers  son second athlte. Il ne tarda pas 
battre la muraille avec son blier, qui bientt s'y fit jour.
Enivre de plaisir, elle me mordait, me pinait, me baisait,
m'inondait et par-dessus m'touffait: quelque volupt que
j'prouvasse, je commenais  me repentir de mon invention,
quand par bonheur Valbouillant, dont le frottement de nos
chevilles ouvrires sur la mince membrane qui nous sparait
acclrait le triomphe, arrosa l'intrieur de l'arrire-temple,
et me dbarrassa de son poids; alors je redoublai mes
mouvements, et, dardant le nectar dans le plus profond de
l'antre de la volupt, l'me de ma belle et la mienne se
confondirent quelques moments. Elle avoua que de sa vie elle
n'avait conu l'ide d'un plaisir aussi ravissant: elle nous
pressait sur son sein son mari et moi, et gmissait de ce que
la nature humaine accordait si peu de force pour savourer et
prolonger la volupt. Ce dernier combat ayant puis nos
ressources, nous nous retirmes pour la laisser chercher, dans
les bras du sommeil, le repos que nous allmes prendre, chacun
de notre ct, dans nos lits.

Le lendemain, je fus rveill  onze heures par la jeune
Babet, filleule de Mme Valbouillant, qui vint me dire qu'elle
m'attendait pour djeuner avec du chocolat, et que je vinsse
dans l'tat o je serais. Comme j'aurai occasion de parler de
Babet, et, pendant qu'elle est dans ma chambre, j'en vais
crayonner le portrait. Elle avait  peine quatorze ans; sa
taille, haute et lgre, aurait pu servir de modle  l'Albane
pour peindre la plus jeune des Grces; un sein petit et dur
commenait  s'arrondir autour de deux boutons vermeils et
frais comme la rose, et qui paraissaient  l'oeil comme deux
fraises apptissantes que le soleil n'a fait encore que rougir
lgrement; son front brillait du coloris de l'innocence; dans
ses yeux on commenait  entrevoir le plaisir d'aimer encore
mconnu, et la gat nave, entr'ouvrant sa bouche de corail,
allait creuser dans ses joues deux fossettes charmantes.

Je l'avais peu remarque jusqu'alors; malgr les fatigues de
la nuit, le dmon du matin ne me laissa pas matre de voir
sans motion tant de charmes. Je me fis rpter trois fois le
sujet de sa commission, quoique je l'eusse entendu ds la
premire. -- Est-ce vous, charmante Babet, lui dis-je, en
jetant ma couverture pour me lever et me rendre aux ordres de
sa matresse, est-ce vous qui prparez cet excellent chocolat?
-- Oui, monsieur, c'est moi. -- Que je voudrais bien tre  sa
place, comme je mousserais bien sous vos mains. -- Un abb,
mousser, cela serait plaisant. -- Et trs naturel. -- Vous
moquez-vous? comment cela se peut-il? -- Tu vas le voir, lui
dis-je en l'attirant sur mon lit; suppose que ceci est le
manche du moussoir. -- Ah! comme c'est fait; mais non, je veux
m'en aller, et feignant de vouloir sortir et de dtourner la
tte, je l'aperus cependant qui glissait un regard de ct
pour mieux dtailler cet objet nouveau pour elle. -- On ne me
quitte pas ainsi, repris-je en la retenant avec un tel effort
qu'elle perdit l'quilibre et tomba de ct sur mon lit, de
telle sorte que voulant se retenir, ce fut directement au
manche du moussoir qu'elle s'accrocha.

Me trouvant bien du hasard de la chute, je la maintins dans
cette attitude. -- Ah! mon Dieu, que cela est dur! dit-elle, en
s'accoutumant  le considrer, et le touchant avec
complaisance;  quoi cela peut-il servir? -- A faire ton
bonheur et le mien. -- Cela serait drle, et comment cela? -- En
le plaant dans l'ouverture de la chocolatire. -- Elle est
chez madame, au coin du feu, je vais vous la chercher. -- Ne te
donne pas tant de peines, tu portes toujours avec toi celle
qu'il me faut. Je lui fis sentir par l'attouchement d'un doigt
caressant quel tait le meuble qu'il me fallait. -- Comme vous
me chatouillez!... -- Comment? Quoi donc?... Ils sont faits
l'un pour l'autre, et c'est de leur union que natra pour nous
le plus grand des plaisirs. -- Ah! comme votre doigt seulement
m'en donne, ah! que cela est drle! Et vous dites que ce que
je tiens l m'en donnerait davantage. -- Je t'en rponds, cela
ne se ressemble pas. -- Que je le baise donc? Et la pauvre
ingnue se mit  me le couvrir de baisers pendant que mon
doigt, continuant son office obligeant, la conduisit  la
dernire priode de la volupt. -- Ah!... ah!... quelle
ivresse, s'criait-elle, en roulant les yeux et agitant les
reins. Je n'en puis plus... Je meurs, ah!... ah!... je suis
toute mouille. Je contemplais avec dlices les effets du
plaisir sur sa mine innocente et candide; j'allais essayer de
lui donner des plaisirs plus solides, quand du bruit que
j'entendis dans le corridor me fit lcher prise et remettre 
un autre temps la leon de cette charmante colire. -- A ce
soir, lui dis-je, quand tout le monde sera couch, j'irai
achever de t'instruire. Tu le veux bien? -- Si je le veux? Je
vous en prie. -- Ne dis rien  personne de ce que nous avons
fait, et laisse ta porte entr'ouverte. -- Je n'y manquerai pas.

A peine tait-elle sortie que Valbouillant entra. -- Comment,
pas encore debout, paresseux!... Voil ce que c'est que de
vous envoyer de si jeunes missaires, monsieur songe moins au
message qu' la messagre. -- Je dormais profondment, Babet a
eu de la peine  m'veiller. -- Elle vous tenait pourtant par
l'endroit sensible. -- Que dites-vous? -- Mais vous n'tiez pas
ingrat. -- Quoi! vous pourriez penser? -- J'ai vu, fripon, mais
je me suis retir pour ne pas tre un trouble-fte, et j'ai
fait ensuite assez de bruit en revenant pour que vous ne
fussiez pas surpris de ma venue. La petite Babet est
charmante, j'en raffole depuis mon retour, et je ne vous
laisserai pousser tranquillement votre pointe qu' condition
que quand vous l'aurez initie, elle sera associe  nos
plaisirs. -- Soit, repris-je, laissez-moi huit jours pour la
disposer et je vous la donne aprs pour l'effet de la socit
la plus aimable. -- Huit jours, ah! monsieur l'abb, du train
dont vous y allez, le terme est trop long, la nuit prochaine
passe, celle d'aprs, il vous plaira que tout soit commun
entre nous.

Il fallut bien y consentir. Pendant ce colloque, j'avais pass
des bas, un caleon et une robe de chambre, et il m'emmena
chez sa femme, o nous trouvmes le chocolat tout prpar, qui
nous fut vers par les mains de Babet, qui, sans savoir
pourquoi, rougissait en emplissant ma tasse. Valbouillant lui
donna quelque ordre qui la fit sortir pour un quart d'heure,
et profitant de son absence, il conta  sa femme ce qu'il
avait surpris de mes arrangements avec sa filleule. -- Comment,
libertin, dit-elle, dj une infidlit!... Mais je ne serai
pas si douce que mon mari, ou je drange vos projets, ou je
repatrai mes yeux de vos succs. -- Comment voulez-vous qu'une
premire fois cette jeune personne consente? -- Laissez-moi
faire, dit-elle, elle est parfaitement innocente, a pleine
confiance en moi, et si les exploits de cette nuit n'ont pas
mis l'abb hors de combat... -- Hors de combat, repris-je en
lui faisant voir que j'tais dans toute ma gloire. -- Ah! ma
foi, l'abb est un hros. Eh bien, j'entends que le pucelage
de Babet n'ait pas plus d'une heure  vivre et que nous
assistions  ses obsques; j'en fais mon affaire. -- Comment
prtendez-vous?... -- Ne vous embarrassez pas, laissez-moi
conduire la chose et je rponds de la russite.

Quelques moments aprs, Babet rentra. -- Qu'on dise l-bas que
nous sommes sortis et qu'on ne laisse monter personne, dit la
marquise d'un ton srieux mais sans duret; revenez aussitt,
Babet, j'ai des choses importantes  vous apprendre. La
filleule obit et rentra. -- Asseyez-vous, Babet, continua Mme
Valbouillant. L'innocente balanait. -- Obissez. Elle cda. --
Je suis votre marraine, et trop instruite dans ma religion
pour ignorer qu'en vous tenant sur les fonts, j'ai pris
l'engagement de vous clairer, de vous protger et de pourvoir
tant que je pourrai  vos besoins. -- Vous l'avez toujours
fait, madame, et ma reconnaissance... -- Je veux continuer,
l'ge en amne de nouveaux. Depuis un temps, j'ai cru
remarquer que votre sein s'arrondit. -- Madame, ce n'est pas ma
faute. -- Je ne vous en fais pas un reproche, mais il faut que
je voie en quel tat il est. La pauvrette rougit. -- L'abb,
continua Mme Valbouillant, dlacez son corset: comme vous
serez son directeur, il est bon que vous jugiez par vous-mme
des secours dont elle peut avoir besoin.

Je me mis en devoir d'obir; la petite, embarrasse,
interdite, ne savait s'il fallait rsister ou cder. -- Vous
n'tes plus une enfant, poursuivit la marraine, je vais 
prsent vous parler comme  une grande fille, et vous devez
vous conduire de mme; vous n'imaginez pas, je crois, que je
veuille faire, ni vous faire faire quelque chose qui ne soit
pas convenable. D'ailleurs la prsence de mon mari devrait
vous rassurer; mais pour dtruire votre timidit, je veux bien
vous montrer l'exemple. En disant cela, elle dtacha son fichu
elle-mme et dcouvrit cette gorge que nous avions tant fte
la nuit. Babet fit moins de rsistance et me laissa tirer de
son corset deux petits globes naissants, blancs et fermes
comme l'albtre; je fus bloui de leur clat. -- Bon, dit la
dame en les touchant lgrement, ceci annonce quelque chose,
voyez si le reste le confirme; vous tiez chauve, il y a
quelques annes, au-dessous de votre buste, l'tes-vous
encore? -- Madame... -- Eh bien? -- C'est que je n'ose. -- Dites,
dites, ne craignez rien... -- Depuis six mois... -- Aprs? -- Il
m'est venu... -- Voyons? -- Il est peut-tre malhonnte. -- Bon,
ce qui est naturel peut-il l'tre, regardez-y, l'abb.

Babet, au mouvement que je fis, parut bien plus confuse et
rsista machinalement. -- Quelle enfant, continua la matresse,
faut-il encore que je vous donne l'exemple? J'y consens. Et
elle leva ses jupes et nous fit voir la toison la plus brune,
la mieux frise qu'on pt voir. Alors, imitateur fidle,
j'exposai  la vue le duvet naissant qui ombrageait le
portique du plus joli temple que l'amour et jamais form; Mme
Valbouillant y porta le doigt, et son chatouillement y eut
bientt caus les douces oscillations qui conduisent  la
volupt. -- Le moment du besoin est arriv, et pour y pourvoir,
c'est, ma chre enfant, de l'abb que j'ai fait choix. Allons,
Hic et Hec, conduisez-la sur ma chaise longue et donnez-lui
tous les secours qui dpendront de vous.

Valbouillant et moi brlions de dsirs  la vue de tant de
charmes; la petite n'tait pas plus calme, mais la prsence de
sa marraine et de Valbouillant la couvrait de confusion. Mme
Valbouillant, pour tirer parti de la circonstance, prenant son
mari par ce qui se rvoltait en lui: -- Montrons  cette
enfant, dit-elle, comment il faut qu'elle fasse. Et, par cet
exemple, elle dtermina bientt l'innocente, que je plaai
dans l'attitude convenable au sacrifice. -- Ah! mon cher abb,
me dit-elle en se plaant comme je voulais sur la chaise
longue, qui m'et dit ce matin que, sans risquer d'tre
gronde, je pourrais vous abandonner ce que vous chatouillez
si joliment et toucher ce qui, dites-vous, doit me donner tant
de plaisirs! Ce que c'est que d'avoir une bonne marraine!

Pendant qu'elle disait tout cela, je m'tablissais, et la
pointe de mon dard s'efforait de pntrer dans le rduit
jusqu'alors insensible, dont la pudeur dfend l'accs  la
volupt. Le spectacle de Mme Valbouillant qui, dans ce moment,
se pmait sous les efforts de son mari, irritant ses dsirs,
l'empchait de s'opposer aux miens, quelque douleur que lui
causassent mes efforts. Je profitai de ce moment d'ivresse, et
passant mes mains autour de ses reins, j'appuyai si vertement
que, franchissant tous les obstacles, j'tablis la tte de ma
colonne dans le retranchement de l'ennemi, qui cda  mon
effort. -- Ah! je suis morte, dit-elle, cruel! Sont-ce l les
plaisirs que vous me promettiez? Je ne lchai pas prise. -- Le
plus fort en est fait, rpondis-je, encore un peu de patience,
ma chre Babet, et tu verras que je ne t'ai point trompe.

Elle pleurait, gmissait, et moi je gagnais toujours du
terrain; cependant Valbouillant et sa femme ayant fini leur
besogne vinrent  notre secours; l'officieuse marraine,
glissant sa main dans le champ de bataille, chatouilla cette
voluptueuse excroissance qui, par sa duret, annonce l'arrive
de la volupt, et les lvres de Valbouillant, serrant
amoureusement une des fraises de son sein, portrent son
ivresse au comble; elle oublia sa douleur que le frottement
affaiblissait. -- Ah! dieux! s'cria-t-elle, qu'est-ce que je
sens?... qu'est-ce que j'prouve?... ah!... ah! je me meurs...
serre-moi... j'expire... ah!... A ce mot elle ferma les yeux,
se raidit, et, par la plus copieuse jaculation, me prouva le
plaisir qu'elle prenait, je ne fus pas longtemps 
m'acquitter, et l'abondante injection que je fis en elle du
baume de la vie complta sa flicit. -- Ah! cher abb, divin
abb, quel dlice, quel nectar!... Et elle perdit de nouveau
la voix en mme temps que je perdais mes forces. Je me retirai
couronn de myrtes ensanglants. -- Eh bien, dit la marraine,
comment t'en trouves-tu, Babet?... -- Il m'a fait bien du mal;
mais bien du plaisir. -- Va, le mal est pass et le plaisir se
renouvelle souvent; la friponne! avec quelle abondance elle a
vers les larmes de la volupt! Et, sous prtexte de rparer
le dsordre de sa toilette, elle la dshabilla totalement et
nous fit voir un corps dont Hb aurait t jalouse. Aux
caresses que Mme Valbouillant prodiguait  chacun des charmes
de sa filleule,  mesure qu'elle les dcouvrait, je reconnus
aisment que, quelque got qu'elle et pour le solide, elle
pouvait, voluptueuse mule de Sapho, savourer avec une jolie
nymphe les agrables ddommagements dont la Lesbienne usait en
l'absence de Phaon. Je vis son front s'animer, sa gorge se
gonfler et ses yeux ptiller  mesure que ses mains
parcouraient les charmants contours de ce corps ptri par les
Grces. -- Qu'elle est jolie, quelle taille divine, quelle
fracheur! s'cria-t-elle en la serrant contre son sein; je
brle... Ah! ma mignonne, prte-moi ta main. Et l'entranant
sur la duchesse, elle ranima en elle tous les dsirs pendant
que Babet, d'une main peu exerce, fourrageait le bosquet de
Vnus. -- Suspendez ces transports, leur dis-je, vos vtements
sont un obstacle aux plaisirs que vous cherchez et  ceux de
nos yeux; dpouillez ces cruelles draperies qui contrarient
vos attouchements et nos regards.

Elle y consentit, et, avec mon aide, elle parut en deux
secondes comme Diane sortant du bain; et, se prcipitant de
nouveau sur sa jeune proie, elle passa une jambe entre les
siennes, de faon que les temples des deux athltes frottaient
voluptueusement sur la cuisse de leur adversaire, leurs bras
taient entrelacs, leurs seins se touchaient, leurs bouches
colles l'une sur l'autre s'entr'ouvraient pour laisser
passage  l'organe de la parole qui devenait celui de la
volupt, leurs reins s'agitaient, leurs cheveux flottaient 
et l sur leurs corps dont le mouvement animait le coloris;
des soupirs enflamms se faisaient entendre; on et dit Vnus
se consolant dans les bras d'Euphrosyne de l'absence de Mars.
Tout  coup elles s'arrtrent, et cinq ou six mouvements
convulsifs et prcipits nous annoncrent qu'elles touchaient
au but, et bientt nous vmes les perles du plaisir couler sur
le champ de bataille. -- Ah! ma chre marraine, ah! mon cher
abb, quel bonheur de ne plus tre enfant. Aprs cette
exclamation et quelques caresses que la fatigue rendait plus
modres, nos belles allaient reprendre leurs habits, quand
Valbouillant, que cette scne avait rendu plus brillant que
jamais: -- Quoi! dit-il, serais-je le seul qui n'aurait procur
aucun plaisir  cette charmante enfant; non pas, s'il vous
plat, et, la serrant dans ses bras, il la renversa de nouveau
sur le thtre qu'elle allait quitter. -- Je ne puis le blmer,
reprit sa femme, jamais objet ne fut plus sduisant, mais
nous, resterons-nous spectateurs oisifs? -- Non, ma reine, non,
permettez d'abord que ma bouche recueille le nectar que vous
venez de rpandre, pour faire place  celui que je veux y
verser.

Elle y consentit, et ma langue amoureuse, furetant les recoins
du parvis du temple, et savourant cette liqueur divine,
ralluma ses dsirs et les miens; alors, l'entranant sur moi 
l'instant qu'elle introduisait le vritable dans la route
ordinaire, j'insinuai mon doigt suffisamment mouill dans le
rduit voisin, et doublant ainsi ses sensations, nous
arrivmes ensemble au but dsir,  l'instant que Valbouillant
perdait ses forces  ct de nous sur le sein de la jeune
Babet. Nos soupirs se confondirent, nous restmes quelques
moments immobiles et considrant d'un oeil calme et satisfait
la beaut des corps qui nous touchaient; la dame rompit le
silence qui succda  la jouissance par ces mots: -- Ah!
Valbouillant, qu'est-ce que le mariage auprs des dlices que
nous gotons. -- Ah! ma chre, reprit-il en embrassant Babet,
elle, moi successivement, je ne puis trop remercier l'abb de
m'avoir fait cocu.

Nous aidmes nos belles  se rhabiller; la toilette fut plus
gaie que dcente, et nous nous sparmes aprs avoir bien
recommand le secret le plus profond  Babet sur tout ce qui
venait de se passer. La pauvre petite avait pris tant de
plaisir que sans cette recommandation et la menace de n'en
plus goter de pareil, elle aurait indubitablement t en
faire le rcit  ses jeunes compagnes, mais la crainte de la
privation contint sa langue. Quand j'eus donn ma leon  mon
lve, je le ramenai dner avec ses parents; il y avait
plusieurs trangers qui parurent surpris,  ma jeunesse, qu'on
m'et choisi pour instituteur. -- Il a reu une parfaite
ducation, dit Valbouillant, il est extrmement instruit et
nous nous trouvons trs bien, madame et moi, de la confiance
que nous avons mise en lui: sa jeunesse ne nous fait point de
peine. Cette rponse fit cesser les observations; j'eus
occasion de dployer un peu d'rudition et de dvelopper des
connaissances en littrature et, avant la fin du repas, les
convives, charms de mon got, de la modestie et du ton de
vertu qui rgnait dans tous mes propos, devinrent mes
partisans aussi zls qu'ils avaient d'abord t prvenus
contre moi.

Quand tout le monde se fut retir, nous fmes un tour de
promenade; nous soupmes, et, notre lve tant couch, nous
entrmes chez Mme Valbouillant avec la jeune Babet, qui,
depuis la scne du matin, devait se trouver dornavant de tous
nos plaisirs. Les travaux de la nuit et de la matine
prcdente nous avaient rendus un peu plus modrs sur
l'article des dsirs. Valbouillant me demanda comment, si
jeune, je pouvais avoir si bien approfondi les diverses
ressources de la volupt. Je lui rpondis par le rcit de ce
qui s'tait pass entre le pre Natophile et moi. -- Comment,
s'crirent  la fois mes trois auditeurs, des coups de verges
ont allum vos premiers dsirs? -- Oui, certes, et  tel point
que je ne pouvais plus rsister  leur vivacit. -- C'est un
phnomne. -- Phnomne qui ne manque jamais d'arriver, et dans
l'tat o nous sommes tous  prsent, il ne manquerait
srement pas son effet. -- Vous plaisantez, l'abb? -- Non,
madame. Vous voyez mon humiliation. -- Fi donc, Hic et Hec,
cachez cette misre. -- Eh bien, madame, le secours d'un balai
de bouleau, en moins de deux minutes, lui rendrait toute sa
gloire. -- Croyez-vous que cela fasse le mme effet sur mon
mari? -- J'en suis certain. -- Si nous en faisions l'preuve? --
Volontiers, dmes-nous ensemble Valbouillant et moi.

Et Babet en alla chercher un qu'on avait apport tout frais
dans la soire; je le partageai en plusieurs poignes; j'armai
de la plus menaante la main de Mme Valbouillant, et
dcouvrant mon post-face: -- Je me livre  vos coups, lui
dis-je; commencez  demi-force et frappez aussi fort que vous
voudrez, et vous verrez. Elle se mit  la besogne, mais la
crainte de me blesser amortissait ses coups, au point qu'
peine en sentais-je l'atteinte. -- Plus fort, m'criai-je, mais
elle n'osait.

L'espigle Babet lui tant le sceptre des mains: Laissez-moi
faire, dit-elle, il me dira bientt assez. Et d'un bras
vigoureux, m'appliquant plusieurs coups prcipits, les
esprits se portrent dans les pays-bas, et je parus bientt
dans l'tat le plus superbe. Mme Valbouillant sauta sur ma
gloire, la pressa entre ses lvres caressantes, et d'une
langue amoureuse, en chatouillant le contour, me causa un
plaisir si vif, que m'loignant de la correctrice qui
s'attacha alors  Valbouillant, je conduisis la dame sur la
chaise longue, et, mettant mes pieds sous sa tte et ma bouche
sur son temple, je pompai avec ma langue le nectar du plaisir,
pendant que sa bouche me sollicitait  la volupt. Nous
savourmes quelques minutes les dlices de cette attitude, qui
nous procura bientt une mission rciproque du baume
prcieux, sans lequel la Providence trahie cesserait de voir
les espces se reproduire; nous le bmes l'un et l'autre avec
une ivresse qu'on ne peut exprimer. Revenus de notre trouble,
nous vmes Valbouillant, sur qui la fustigation avait fait
l'effet dsir, soutenant sur ses mains les jumelles de la
jeune Babet, qui, les bras autour de son cou, les jambes
croises sur ses reins, perfore par sa vigoureuse allumelle,
touchait au moment du bonheur dont nous sortions. Valbouillant
sentant le moment o il allait perdre ses forces, la porta
dans la mme attitude sur le pied du lit, l'y renversa, et
presque aussitt nous jugemes par leurs soupirs de la fin de
leur sacrifice. Je m'approchai de Babet et lui demandai
comment elle se trouvait des lumires que nous lui avions
procures. -- Je vgtais, j'existe, me rpondit-elle. Adieu
tous autres soins, tous autres plaisirs; je voudrais pouvoir
doubler chaque jour la dure du temps et employer chaque
minute aux leons que j'ai reues. -- Parle-nous franc, lui dit
sa marraine, n'avais-tu jamais rien souponn qui en
approcht? -- J'avais, depuis un an, senti quelques
dmangeaisons l; je le dis  ma tante, pour savoir si me
gratter, comme j'avais fait, ne me ferait pas de mal. -- C'est,
me rpondit-elle,  ton me que cela en ferait; si tu
continues, tu te damnes sans ressource. Et comme nous
approchions de Nol, elle en avertit le pre Catonet, qui me
confessait. Quand j'allai lui dire ma rtele, il m'ordonna
d'attendre, qu'il me confesserait la dernire, et que ce
serait dans une petite chapelle, derrire la sacristie, dont
il avait la clef. En effet, il m'y conduisit, quand il fut
quitte de ses autres pnitentes. Je commenai par les misres,
comme cela se pratique; puis, comme il voyait que j'hsitais,
il me questionna sur le sixime commandement. C'est  cet
examen que je dois le peu de lumires que j'avais au moment o
vous m'avez instruite. Quand je lui eus avou l'article des
dmangeaisons et du grattement: -- A quel endroit est-ce
prcisment? demanda-t-il avec des yeux qui semblaient vouloir
me dvorer. -- Hlas! lui rpondis-je, c'est l, un peu plus
bas que mon buste. -- C'est srement, dit-il, un tour de
l'esprit malin; mais je vais lui en jouer un autre. J'ai de
l'eau lustrale dans ce bnitier; il y mouilla son doigt, et,
me faisant asseoir sur son genou, sous prtexte de me
purifier, il me chatouilla pendant que, par son ordre, je
rcitais mon chapelet. Je n'tais pas au milieu de la seconde
dizaine que la voix me manqua; je pris le plaisir que je
ressentis pour une bndiction attache  l'eau bnite: il me
dit de me mettre  genoux et d'achever ma confession.
J'aperus sous sa robe quelque chose qui poussait, et auquel
il donnait avec sa main de frquentes secousses; et l'instant
d'aprs, retirant cette main pour me donner l'absolution, je
la vis couverte d'une cume blanche et visqueuse dont une
goutte tomba sur ma main. Je n'osai lui demander ce que
c'tait. Il me dfendit de jamais mettre ma main l, m'ordonna
de me donner tous les jours, pendant la neuvaine, la
discipline avec un meuble de ce nom, en corde noue, qu'il me
remit, de rciter pendant que je me fesserais cinq _Pater_ et
cinq _Ave_, et de revenir  confesse au bout de ce temps, qu'il
commencerait l'exorcisme. Vous savez  quel point va le zle
de la religion quand on est jeune; je doublai la pnitence
qu'il m'avait impose et je me fouettai aussi fort que je
pouvais le supporter; la douleur,  mesure que je m'y
accoutumais, se changeait en plaisir, et je sentais mes feux
souterrains augmenter  chaque coup de discipline, mais je
n'osais plus y porter le doigt. La neuvaine finie, je
retournai chez mon cafard qui, aprs ma confession entendue,
toujours dans la chapelle solitaire, me dit: -- Le dmon est
plus tenace que je n'aurais cru; ce n'est pas assez du doigt
pour le chasser, je vois qu'il faut le goupillon; et, me
faisant mettre  genoux en baisant la terre, et m'ordonnant de
rciter le psaume _Miserere_, sans changer de position, il
voulut y introduire son norme goupillon; mais la douleur fut
si vive, que, poussant un cri aigu, je me jetai de ct, et
mon cafard, ayant perdu son point d'appui, alla mesurer le
pav avec son nez. Entendant du bruit dans la sacristie, il se
releva, me disant que puisque je ne pouvais souffrir un petit
mal pour l'amour de Dieu, il perdait l'esprance de me
soustraire au dmon, que je revinsse cependant dans l'octave
et qu'il me confesserait dans sa cellule.

Ma tante, surprise de mes frquentes confessions, me
questionna; je lui confessai navement tout ce qui s'tait
pass; elle me dfendit de retourner chez mon carme, et mon
ignorance durerait encore sans les soins que vous avez pris de
mon instruction.

Le rcit de Babet nous fournit des rflexions sur la
papelardise des moines et des directeurs. -- Comment se peut-il,
dit sa marraine, que la discipline ne te blesst point; il
me semble que cela doit faire un mal affreux. -- Oui, madame,
les premiers coups, mais en les donnant doucement d'abord,
rien ne cause un feu plus vif, et les derniers, quelque forts
qu'ils puissent tre, causent un plaisir si grand qu'il m'est
arriv quelquefois de rpandre en me flagellant des larmes
aussi abondantes par l, que madame vient de m'en faire
verser. -- As-tu la discipline? -- Elle est dans ma chambre,
vous allez la voir tout de suite.

Elle sortit, et pendant son absence nous ne tarmes pas sur
son loge; jamais personne n'avait montr de plus heureuses
dispositions pour tout genre de volupt. Elle rentra tenant en
main le dvot instrument. -- Comment fait-on? dit la marraine.
La petite,  ces mots, se dshabille entirement et se met 
se discipliner d'importance; ses fesses rougies excitrent la
piti de la dame qui la priait de cesser, quand Babet lui dit:
-- Touchez, madame, o vous savez; vous verrez si je souffre.
Elle le fit, et  l'instant une copieuse libation se rpandit
sur sa main. -- Ah! dit-elle, quel dluge, si jeune!... Je veux
essayer de ta recette. Elle se dpouilla aussitt, et prenant
la discipline, les premiers coups, quoique lgers, lui
faisaient faire la grimace. -- Laissez-moi faire, dit Babet;
quand, avec les verges, j'aurai doucement chauff ce beau
derrire, vous verrez que tout de suite vous ne souffrirez
plus. Elle y consentit, et bientt elle disait elle-mme  sa
filleule de frapper plus fort, et un instant aprs: -- Je n'en
puis plus, s'cria-t-elle, je brle; ah! quel dlire... frappe
toujours, frappe...

Ce spectacle nous avait rendu notre vigueur  Valbouillant et
 moi; il y avait dans la chambre deux lits jumeaux, spars
par un espace d'environ trois pieds. Mme Valbouillant, le
ventre et la poitrine couchs sur un des lits, prsentait la
croupe  la fustigation de Babet; le mari, prenant la place de
la correctrice sans faire changer de position  la pnitente,
enfonce son aiguillon le plus avant qu'il peut dans le sentier
physique, et j'en fis autant  la jeune enfant, l'ayant place
sur l'autre lit dans la mme position, de sorte que nos
postrieurs,  chaque secousse, se rencontraient, et par ce
choc tant repousss plus vigoureusement, allaient porter la
volupt plus profondment dans les sanctuaires de nos belles.
Mme Valbouillant, dont la fustigation avait rassembl tous les
esprits dans la partie sensible, arriva trois fois au but
pendant que son athlte fournissait une seule carrire; pour
moi, je perdis mes forces en mme temps que la chre Babet,
dont avec un doigt curieux je sondais cependant la voie
troite. Elle me parut avoir le degr de sensibilit dsirable
pour les plaisirs que j'en attendais dans un autre moment. La
pauvre petite, surprise  cette double intromission,
s'criait: -- Bon Dieu! qu'est-ce donc que cela? que cela est
drle! Aye, aye, cela ne me rpond pas du tout; je n'y puis
plus tenir, je me meurs... Ce fut son dernier cri en finissant
le sacrifice. Nous nous tions si bien trouvs de cette
rjouissance en quadrille, que nous rsolmes bien d'en faire
usage. Mme Valbouillant ne cessait de faire l'loge des verges
et jurait n'avoir jamais trouv son mari si voluptueux. Pour
Babet et pour moi, qui avions de longue main contract cette
habitude, nous tions charms de les y voir prendre got; le
rsultat de cette apologie fut de nous armer tous d'une bonne
poigne de bouleau et de nous flageller rciproquement, de
telle force que le post-face de nos belles avait pris la
couleur de la cerise, et les ntres, profondment sillonns,
laissaient chapper le sang par quelques endroits; mais nous
tions dans un tat de fureur rotique qui nous ddommageait
pleinement de cette petite souffrance. -- Tchons, leur dis-je,
de profiter de cet tat heureux et d'en prolonger la dure;
lorsque nous nous sentirons sur le point de terminer le
sacrifice, suspendons et retirons-nous tout doucement, nous
rentrerons bientt en lice quand les esprits seront un peu
plus calmes.

Nos belles s'assirent l'une  ct de l'autre sur le bord d'un
des lits, et nous, restant debout, nous nous tablmes entre
elles; leurs jambes se croisrent sur nos reins; dans cette
heureuse attitude, nous dominions leurs charmes, nos mains
pouvaient, sans se gner, parcourir le sein de l'une et de
l'autre, et mme nos bouches y pouvaient prodiguer des
baisers, en sucer les trsors, sans que les parties
essentielles fussent dplaces. Je m'arrtais lorsque je
sentais le moment approcher, j'en faisais autant 
Valbouillant, que je tenais immobile, quand la frquence de
ses soupirs m'annonait qu'il touchait au terme. Aprs avoir
ainsi pelot avec le plaisir pendant un gros quart d'heure: --
Troquons, lui dis-je. Et il passa des bras de Babet dans ceux
de sa femme, que je quittai pour le remplacer dans ceux de sa
filleule.

Nos belles, cependant, moins conomes ou plus en fonds que
nous, versaient frquemment des larmes de volupt; enfin,
comme il faut que tout se termine, j'insinuai le gros doigt de
ma main gauche dans le post-face de Valbouillant, qui de sa
droite me rendit le mme office; ce surcrot de chatouillement
nous conduisit bientt au but dsir, mais comme elle avait
t suspendue, jamais jaculation ne fut plus abondante; 
peine nous restait-il assez de force pour nous traner chacun
dans notre lit, o nous allmes chercher le repos dont nous
avions grand besoin.

Le lendemain, les restaurants, les cordiaux ne nous furent pas
pargns; cependant le soir, au grand regret de nos belles,
accabls de sommeil, nous allmes chercher le repos que nous
dsirions, aprs n'avoir mis en jeu que de froids baisers et
quelques mouvements de doigts officieux qui leur paraissaient
de bien faibles ddommagements des services plus solides
auxquels nous les avions accoutumes.

Le troisime jour, deux courriers arrivant de Rome  nos
belles semblaient devoir prolonger le temps de notre repos;
mais Mme Valbouillant, que nous avions initie aux plaisirs
d'arrire-main, nous observa qu' dfaut de la porte cochre
on pouvait entrer par le guichet; nous instruismes Babet dans
le mme art et nous la formmes  ce prcieux genre de
volupt; mais la tante de Babet la voyant plus alerte, plus
spirituelle, moins embarrasse, n'en recevant plus de
confidences comme celle des dmangeaisons, souponna en partie
la vrit, et comme elle avait l'entre libre dans la maison,
elle se cacha prs du lieu de nos orgies. L, ses yeux et ses
oreilles ne lui laissrent aucun doute. Elle tait ne
Italienne, partant superstitieuse, poltronne et vindicative.
Elle n'osait clater contre Valbouillant, dont elle
connaissait les richesses et craignait le crdit; elle crut
qu'elle parviendrait  se venger en s'appuyant du prlat de la
ville, auquel elle demanda une audience particulire et
qu'elle instruisit de la communaut de nos plaisirs, s'offrant
de le rendre tmoin oculaire de notre dbauche. Son rcit mit
en rut le papelard et piqua sa curiosit; elle l'introduisit
dans un cabinet prs de la chambre de Valbouillant, dont une
porte vitre laissait libre passage  ses regards avides.

C'tait peu de jours aprs le rtablissement de la sant de
nos belles. Pour mieux clbrer la fte, nous nous tions
dpouills de tous ornements superflus; il faisait chaud, nous
tions dans l'tat de nos premiers pres dans l'Eden: nos
serpents orgueilleux levaient une tte altire, et l'aspect
des pommes que nous prsentaient nos Eves nous faisait frmir
de dsir; nous essaymes mille attitudes diverses, et
suspendant le dernier terme de la jouissance, nous fixions les
dsirs: Babet, renverse sur un lit les jambes croises sur
mes reins, se pmait voluptueusement en serrant dans son antre
brlant le joyeux bourdon que je poussais et retirais avec une
agilit qui htait pour elle le moment dcisif, tandis que
Valbouillant faisait avec sa femme, couche sur le mme lit,
une preuve antiphysique dont il redoublait les dlices par le
chatouillement d'un doigt obligeant  l'orifice du vritable
sanctuaire.

Le prlat crevait dans ses panneaux et la jalouse tante de
Babet, le tirant par la manche, lui dit: -- Monseigneur, que
d'horreurs! -- Que de volupt! rpondit-il. Nous entendmes ces
exclamations, et la circonstance nous inspirant, nous prmes
de concert, sans nous tre consults, le sage parti de rendre
nos tmoins nos complices; nos belles saisirent la vieille
tante, la renversrent sur le lit de repos; je me jetai sur
elle; aussi brave que Curtius je me prcipitai dans ce gouffre
pour le salut de la patrie. Le prlat tait italien: mon
attitude, les deux globes que j'offrais  sa vue, ne lui
permirent pas d'hsiter; il se crut Jupiter et je fus
Ganymde; et Valbouillant, pour complter le tableau, lui
rendit ce qu'il me prtait; cependant Babet, voyant sa tante
assujettie par le poids de trois corps, de manire  ne
pouvoir se refuser  la bonne fortune imprvue qui lui
arrivait, se saisit d'une des poignes de verges dont nous
tions toujours pourvus, et en chatouilla le post-face de
Valbouillant, pendant que sa femme, renverse sur la partie
vide du lit, nous dcouvrant les trsors de sa gorge d'albtre
et l'ivoire de ses cuisses, se prtait  l'intromission d'un
doigt caressant que je glissai  travers l'bne de son
taillis, sans cependant que je quittasse la brche de
l'antique citadelle o j'tais log. La vieille qui, tout
d'abord, voulait me mordre, me dvisager, prit enfin son mal
en patience. -- Bont divine! s'cria-t-elle en remuant la
charnire, ah! chien... mon doux Jsus... quel dommage que ce
soit un pch... -- Dis plutt quel bonheur! criait le prlat,
me rendant les mouvements de Valbouillant; va, rien ne vaut le
fruit dfendu... -- Je me damne! reprit la vieille toujours
tordant le croupion.-- Va toujours, j'ai les cas rservs.

Sur la parole du saint prlat, la vieille se rsigne, me
serre, s'agite et m'arrache une libation, qu'elle me rend avec
usure. L'vque et Valbouillant arrivent au mme instant au
comble du plaisir. Mme Valbouillant, qui nous avait prcds,
se lve alors, et va avec la jeune Babet fliciter la vieille
tante de la bonne fortune inattendue qu'elle venait d'avoir;
il y avait trop de tmoins du plaisir qu'elle venait de
prendre pour qu'elle en pt disconvenir. Elle se prta donc au
baiser que lui donna sa nice, et borna ses remontrances  lui
dire: -- Tche du moins que personne ne s'en doute. -- Ne
craignez rien, rpartis-je, vous voyez comme nous traitons les
curieux. -- Je ne crois pas, dit le prlat, la mthode sre
pour les corriger.

Ds ce moment la confiance s'tant tablie entre nous, la
contrainte fut bannie; le prlat fut l'me de nos orgies: le
long sjour qu'il avait fait en Italie lui avait donn une
profonde thorie de tous les genres de volupt, et joignant la
pratique  ses rares lumires, il nous fit essayer avec succs
trente attitudes dignes d'exciter le pinceau des Clinchet et
modernes. Valbouillant tait dans l'ivresse et sa femme
proposa au saint homme de le rconcilier avec les plaisirs
naturels. La politesse l'empcha de refuser; pour le
rcompenser de sa complaisance, je le socratisai pendant sa
besogne, et Babet, couche sur Valbouillant qui s'tait jet 
la renverse sur le lit  sa porte, offrait  son oeil lubrique
deux jumelles dont Ganymde aurait t jaloux. La tante, pour
ne pas rester oisive, d'une main chatouillait les tmoins de
Monseigneur, et de l'autre s'escrimait  coups prcipits
d'une poigne de verges, qui sillonnant le bas de mes reins
redoublaient ma vigueur. -- Eh bien, dit Valbouillant, 
l'instant qu'il touchait  la dernire priode de la volupt,
que dites-vous de ma femme? -- Que dans le Paradis elle
enlverait  Madeleine toutes ses pratiques.

La soire s'avanait, le prlat se rhabilla et nous ayant
combls de caresses, il retourna  son palais, remerciant la
tante de Babet des plaisirs que lui avaient procurs son
inquitude et ses scrupules, et avant de nous quitter, il lui
fit prsent d'un supplant qu'une abbesse qu'il protgeait lui
avait envoy pour modle, le priant d'en faire faire une
douzaine pour le service de sa communaut. La bonne tante,
aprs quelques crmonies, l'accepta et nous lmes dans ses
yeux qu'elle en ferait plus d'usage que de son chapelet. Nous
fmes un lger repas et nous allmes nous coucher aprs avoir
bien ri de la fortune de la vieille.

Le lendemain,  peine tais-je veill, qu'on me remit une
lettre du prlat. La voici:

"Sur le compte avantageux qui nous a t rendu, monsieur, de
l'application que vous avez montre pendant vos tudes, des
progrs que vous avez faits dans la philosophie, la physique
et la morale, des dispositions que vous avez  devenir profond
dans la thologie, nous croyons qu'il est de notre devoir
pastoral de retirer de dessous le boisseau une lumire
naissante telle que vous, et de la placer sur le chandelier.
Pour vous mettre  mme de dvelopper et d'accrotre vos
talents, je vous offre auprs de moi la place de lecteur; je
me charge de votre sort jusqu' ce que quelque bnfice
honnte venant  vaquer soit votre rcompense. L'ducation du
fils de M. Valbouillant peut tre confie  d'autres mains, et
ce serait un larcin fait  l'Eglise que de lui drober un
sujet qui doit faire sa gloire, je ne vous renfermerai pas
dans le seul emploi de lecteur; j'ai fort  coeur un ouvrage
auquel je me livre avec un zle ardent; vous serez mon
collaborateur. Je crois l'offre trop avantageuse pour que vous
la refusiez; vous pourrez toujours continuer vos bons offices
 M. et Mme Valbouillant: ce sont des gens estimables dont je
chris les moeurs, et je vous seconderai de tous mes efforts."

L'offre, en effet, m'tait avantageuse; mais je regrettais de
quitter la bonne Valbouillant, la petite Babet, le pre de
famille mme; ils m'aimaient tant, ils m'avaient procur des
plaisirs si vifs, si varis... J'allai donc leur montrer la
lettre, m'en remettant  leur dcision pour accepter ou
refuser le parti; ils furent aussi affligs que moi; mais
refuser  l'vque dans un pays o les prtres peuvent tout,
tait trop dangereux; il fut donc arrt que je me rendrais
auprs de Sa Grandeur et que je ferais mes efforts pour
m'chapper souvent et jouir avec eux des plaisirs que je leur
avais fait connatre. Je ne rpondis donc point  la lettre du
prlat; je m'habillai avec soin, et les yeux baisss, le front
modeste, je me rendis chez le saint homme. Ds qu'il me vit,
d'un air grave il me dit de passer dans son cabinet intrieur;
et se htant de se dbarrasser du promoteur et de l'official
qui l'entretenaient de quelques affaires de diocse, il vint
me rejoindre, ayant dfendu qu'on l'interrompt avant qu'il
sonnt. Ds que nous fmes seuls, son visage perdit toute sa
gravit piscopale, il m'embrassa avec transport: -- Eh bien,
mon ami! mon cher Hic et Hec, me dit-il, nous vivrons donc
ensemble, n'y consentez-vous pas? -- Les dsirs de Monseigneur
sont des ordres pour moi. -- Bon, entrez donc en exercice de
vos fonctions de lecteur.

Il me remet la satire de Ptrone, ouverte  l'endroit qui a
fourni la jolie scne des amours d't, me fait prosterner sur
une pile de carreaux, et pendant que je lis, ralise avec moi
la scne dont il entend le rcit; il la pousse jusqu'au
dnouement, et prenant ensuite le livre, il se met  ma place
et je lui dis que je sais aussi bien attaquer que soutenir
l'assaut; nous nous rajustons et nous approchant d'un bureau,
sur lequel taient amoncels plusieurs casuistes, il me fait
asseoir, sonne, et dit au valet de chambre qui arrive, qu'il
peut laisser entrer, et pendant que plusieurs personnes,
grands vicaires et autres, sont introduites: -- Je suis
content, me dit-il, comme en continuant une conversation. Vos
principes sont les vrais, vous avez approfondi la matire et
quelques annes de travail encore vous vaudrez Sanchez.
Messieurs, poursuivit-il, en s'adressant aux arrivants, voil
un jeune homme qui me donne de grandes esprances, depuis une
heure que je l'examine pour m'assurer de ses talents, je ne
l'ai pas trouv un instant en dfaut! il pousse un argument
avec force, le soutient avec fermet, et je crois qu'il fera
un grand honneur  l'Eglise. Je l'ai pris pour mon lecteur,
et, aprs notre dner, je lui donnerai les quatre mineurs;
quand on trouve des sujets il ne faut pas les faire languir.

Tout le monde me combla d'loges pour plaire  mon patron; je
me couvris du manteau de cette modestie hypocrite qu'on aime 
trouver dans un jeune homme, mais dont les gens instruits sont
rarement les dupes. En sortant de table, l'vque me tint
parole, je me trouvai sous-diacre, sans avoir fait d'autre
sminaire que sur les coussins de Monseigneur et dans le
boudoir de Mme Valbouillant.

Le prlat me permit d'aller lui faire part de mon avancement,
et me rappelant, il me dit tout bas: -- J'irai chez eux quand
je serai dbarrass de nos importuns, prvenez-les pour que
nous puissions n'tre qu'entre nous. Je m'inclinai avec
respect et je sortis.

Je fus reu avec transport par mes amis; Valbouillant et sa
femme m'accablaient de questions; j'y rpondis de mon mieux et
je leur dis par quelle voie j'tais entr dans les ordres,
ajoutant que l'vque viendrait leur dire, ds qu'il serait
libre, ce qu'il avait fait pour leur protg. Babet qui
survint me couvrit de baisers et si je m'en tais cru, je
n'aurais pas diffr  leur marquer ma reconnaissance de la
part qu'ils prenaient  mon avancement; mais l'incertitude du
moment de l'arrive du prlat, le dsir de lui faire faire une
orgie complte, nous firent suspendre nos plaisirs. Il ne se
fit pas attendre; alors la porte fut ferme pour tout le
monde; on lui fit des remerciements et des reproches (ce qu'il
faisait pour moi ne ddommageait pas de ce qu'on perdait  mon
absence). Le saint homme promit que je pourrais les voir
souvent et qu'il joindrait ses efforts aux miens pour gayer
leurs moments.

Aprs ces premiers propos, on fit venir Babet, qui d'abord
s'tait retire par respect, et, profitant de la chaleur du
climat, sur l'avis du prlat, nous quittmes les pompes du
luxe, et nous nous mmes dans l'tat o taient nos premiers
parents dans l'Eden avant que la pomme fatale leur et appris
qu'ils taient sans vtements. On et dit, en regardant Mme
Valbouillant, que c'tait la Volupt sous la livre de la
Fracheur; ce qui manquait  la lgret de sa taille tait
bien compens par la finesse de sa peau, la fermet des
chairs, l'apptissant des formes arrondies et le temprament
que ses yeux ptillants et l'humidit de ses lvres vermeilles
annonaient; pour Babet, l'Albane ou le Boucher l'auraient
prise pour la plus jeune des Grces, sa taille svelte et
dlie n'avait pas encore la perfection des formes, mais on
voyait que deux ans encore leur donneraient cette rondeur
qu'on ne trouve point dans l'extrme jeunesse; des cheveux
d'un noir de jais, et tombant par grosses boucles au-dessus de
ses mollets, formaient autour d'elle un voile transparent qui
rendait encore plus touchants les charmes dont ils couvraient
une partie. Le prlat ne put tenir contre ce charmant objet;
elle fut la premire  recevoir son hommage. -- Tchons, dit
alors l'vque, de remplir par quelque rcit amusant
l'intervalle que la nature exige entre le plaisir et la
renaissance des dsirs; je vais vous raconter une aventure qui
m'est arrive quand j'tais au sminaire. -- Ecoutons. Et l'on
s'assit autour du prlat.

J'avais, dit-il, seize ans; j'tais assez joli, et ma tante,
chez qui je passais communment les vacances  sa terre,
s'amusait souvent  m'habiller en fille, et faisait prendre
mes habits  Faustine, sa fille; elle tait de mon ge, avait
la taille lance, et, pour la tournure et les grces,
ressemblait beaucoup  la gentille Babet. Ces travestissements
avaient tabli entre nous une libert dont nous ne manqumes
pas de profiter. Faustine avait du temprament comme Babet;
j'tais ardent comme Hic et Hec. Ma tante n'tait pas
ombrageuse; son directeur la consolait de l'ennui de son
veuvage, et quand il venait passer quelques jours au chteau,
nous tions encore plus libres, ma tante dsirant jouir dans
la retraite des pieuses exhortations du saint homme. Nous
allions souvent nous promener en cabriolet, ma cousine et moi,
dans les maisons du voisinage: il nous tait mme permis de
dcoucher quelquefois, le voisinage tant habit par des amis
de ma tante. Un jour que le pre en Dieu tait  la maison, il
nous prit fantaisie d'aller nous promener, ma soeur et moi
(c'est ainsi que je nommais Faustine); la fontaine de Vaucluse
tait l'objet de notre curiosit, et nous dmes  ma tante que
nous reviendrions coucher  moiti chemin, chez une vieille
parente qu'elle aimait beaucoup. Nous nous arrtmes dans un
cabaret,  deux lieues de la route, pour djeuner. Pendant
qu'on le prparait, l'ide me prit de troquer d'habits avec
Faustine, qui m'avait paru la veille charmante en abb. --
Volontiers, si cela t'amuse, mon frre, me dit-elle; mais je
n'ai point ici ma femme de chambre, comment ferons-nous? -- Bel
embarras, je t'en servirai. -- Oui, mais la dcence! -- Qui
est-ce qui le saura? tu ne te mfies pas de moi? -- Non, sans
doute; mais cependant je ne voudrais pas que tu visses tout 
fait... -- Comme tu es faite, n'est-ce pas? va, je m'en doute.
-- Je le crois bien; mais... -- Tu te doutes bien comme je suis.
-- J'en ai quelques ides, mais point de certitude. -- Et qui
nous empche de satisfaire notre curiosit? -- Mais maman... --
Crois-tu qu'elle se gne avec le rvrend pre Cazzoni! -- Oh!
je ne veux pas pntrer ses secrets. -- Nous ne l'instruirons
pas non plus des ntres; allons, quitte tes jupes et ton
corset. -- Au moins tu seras sage. -- Oui, mais je veux tout
voir. -- Soit, mais tu satisferas aussi ma curiosit? -- De
toute mon me; mais tu n'en diras rien? -- Non, jamais, ni toi
non plus. -- Je te le jure!

Et nous voil  nous dshabiller avec empressement; mon habit
tait  bas, son fichu et son corset taient enlevs, nous
commenmes par comparer nos seins. -- Ah! Faustine, les deux
charmants hmisphres, que ces boutons qui reprsentent les
ples sont frais et vermeils, que ces veines bleues relvent
l'clat de cet albtre sur lequel elles sont traces, et je
serrais ces charmantes fraises entre mes lvres caressantes. --
Finis donc, mon frre; tu me jettes dans un trouble... je ne
pourrais pas finir de me dshabiller. J'obis en la dvorant
des yeux. -- Mais travaille donc aussi, dit-elle, d'un ton
impatient: tu ne fais que me regarder, et je serai dj toute
nue que tu auras encore ta culotte.

Je fis ce qu'elle ordonnait, et j'avais t mon caleon qu'
l'instant ayant enlev ses jupes, elle se dpouillait de sa
chemise; nos yeux se portrent simultanment vers le point
central. -- Ah! que c'est joli, m'criai-je en portant une main
avide sur la mousse naissante qui commenait  couvrir le
portique du plus joli temple de l'amour! -- Ah! que c'est beau,
dit-elle en serrant dans sa main l'image brillante du serpent
qui tenta notre premire mre; comme cela est dur! cela se
dcouvre, et ce qui est au-dessous,  quoi cela sert-il?

Ses attouchements me mettaient dans un tat qui ne me
permettait pas de lui rpondre. Et de mon ct j'examinai
l'objet intressant qu'elle offrait  ma vue; j'avais commenc
par fermer la porte au verrou et je la dcidai sans peine  se
placer sur le lit pour que nous puissions rciproquement
continuer notre examen. -- Cela, lui dis-je, est destin par la
nature  s'ajuster dans la partie o je tiens mon doigt. -- Ah!
comme ce doigt me chatouille! regarde. -- En effet, veux-tu que
j'essaie?... -- Dam... je le voudrais bien, mais si maman le
savait!

-- Et qui le lui dira? ce ne sera pas moi, srement. -- Eh bien!
eh bien! essayons. -- Soit, essayons!

Alors, avec toute la gaucherie de l'ignorance et toute
l'ardeur de l'amour, nous cherchons  nous mettre en besogne;
la crainte de blesser Faustine arrtait mes efforts ds
qu'elle tmoignait de la douleur; elle me rappelait, mais
toujours la mme difficult se prsentait. Enfin, je me
souvins qu'au collge mon rgent de seconde, voulant badiner
avec moi, s'tait mis en frais de satire et m'avait appris ce
proverbe: _Col patenzia et la supa si chiavarebbe una mosca_. Je
pris un morceau de beurre frais qu'on nous avait apport avec
des radis, et grce  ce secours, je renouvelai mes efforts.
Faustine s'arme de courage, rsiste sans fuir; la tte de ma
colonne force la barrire; je redouble, le blier pntre, la
muraille s'entr'ouvre, les dsirs escaladent la brche et s'y
logent en arborant le drapeau des plaisirs. Nous trouvions ce
jeu si doux que nous avions de la peine  le quitter; mais la
crainte que la fille de l'auberge ne nous surprt en apportant
ce qu'on nous prparait pour djeuner, nous fora de nous
rhabiller.

Je pris la chemise de Faustine, qui s'affubla de la mienne;
elle se chargea de ma coiffure, moi de la sienne, et quand on
vint nous servir, elle offrait aux yeux un petit abb, et je
paraissais une assez jolie fille. Faustine, pour se conformer
 son nouveau costume, prit l'air d'un jeune tourdi, et y
russit mieux que moi quand je voulus prendre l'air de rserve
convenable  mon habit. La servante qui porta notre djeuner
avait la gorge ferme, la jambe fine, le bas bien tir et la
jupe courte, comme l'ont d'ordinaire nos jolies Venaissines.
Faustine la lutina; Javotte paya d'une tape l'agilit de ses
mains. Le nouvel abb ne se rebuta pas, et levant sa jupe
par-derrire, toucha l'endroit sensible. -- Qu'est-ce donc? petit
fripon, sans le respect que j'ai pour mademoiselle votre soeur,
je vous corrigerais de la bonne faon; voyez un peu le beau
morveux! -- Ah! ne vous gnez pas, repris-je en riant, c'est un
petit libertin, je ne prendrai pas sa dfense. Alors Javotte
vous l'empoigne d'un bras vigoureux, et en un clin d'oeil
dboutonne sa culotte, l'abat et lui donne deux bonnes
claques, et cherchant ce qui le rendait si insolent, elle
jette un cri de surprise en ne trouvant qu'une jolie grotte o
elle croyait trouver un rocher sourcilleux. -- Ah! pardon,
mademoiselle, si j'avais su ce que vous tiez, je n'aurais pas
fait la bgueule, et si cela vous amuse, vous tes la
matresse. Faustine, pour ne pas la dsobliger, consentit 
recevoir de bon gr ce qu'elle avait d'abord voulu ravir, et
d'un doigt obligeant lui rendit le mme bon office qu'elle en
recevait.

Pendant qu'elles s'occupaient, je pris la parole et je dis 
Javotte que nous tions soeurs et que nous allions voir une de
nos parentes dans l'intention de la divertir par ce
travestissement, et je lui donnai un cu pour nous garder le
secret. -- Ah! de bon coeur, dit-elle; mais vous tes trop jolie
pour n'tre que spectatrice, et elle voulait passer sa main
sous ma jupe. -- Non, Javotte, je vous remercie, il y a des
empchements. -- Des nouvelles de Rome peut-tre? --
Prcisment. -- Qu'importe, j'ai l de l'eau, les mains sont
bientt laves. -- Oh! non, jamais dans cet tat... -- Vous ne
me ressemblez gure, c'est le temps o je suis la plus
ardente.

Voyant qu'il n'y avait rien  faire avec moi, elle nous
servit. Nous mangemes  la hte et nous partmes. Nous rmes
fort dans la voiture du succs de la tmrit et de l'embarras
o m'avaient jet les offres de Javotte; nous interrompions
nos rires par le tendre souvenir des caresses que nous nous
tions prodigues, et des lumires que nous avions acquises.
Ces ides m'occupaient trop pour songer au chemin, et une
malheureuse ornire o la roue tomba pendant que j'embrassais
Faustine, donna une telle secousse qu'une de nos soupentes se
rompit. Force nous fut de nous arrter, un baiser ne pouvait
pas rtablir la fracture. Nous ne savions  quel saint nous
vouer, et le plus petit sellier du village nous aurait t
plus utile que l'intercession de tous les bienheureux des
litanies. Nous grommelions entre nos dents, quand nous vmes
se promener, sur la gauche, un chtelain du canton, en
perruque ronde, chapeau et souliers gris, une grande canne 
la main, surmonte d'un chenilloir; sa mine annonait prs de
cinquante ans. Sa moiti, la tte enfouie dans une norme
calche garnie de ruban coquelicot, s'avanait majestueusement
soutenue sur un bambou. Cette dame, majeure depuis dix ans,
s'efforait depuis trois lustres de donner un hritier 
l'illustre famille Cornucio, dont son poux tait le chef.
Mais la Providence se refusant  leurs dsirs, n'avait point
touff dans son me l'espoir de russir en s'attachant un
collaborateur, quand l'occasion s'en prsenterait.

Ce digne couple ayant aperu notre accident, s'avana pour
nous offrir les secours qui dpendaient de lui: nous nous
trouvmes heureux de leur zle obligeant; leur domestique
conduisit au chteau notre cabriolet dlabr, et nous, nous
nous joignmes au couple Cornucio dans leur promenade: la dame
s'empara du bras du feint abb et le mari saisit le mien; 
mesure que nous approchions du chteau, leurs yeux
s'animaient, leurs coudes pressaient nos bras sur leurs coeurs;
leurs voix devenaient agites et leurs discours flatteurs.
Arrivs au castel on s'occupa de nous loger; ils n'avaient que
deux petites chambres  nous donner, l'une attenant  la
chambre de madame, l'autre  celle de monsieur; il paraissait
tout naturel de loger l'abb prs de celle du mari et la
prtendue demoiselle prs de la dame, mais d'un commun accord
ils en dcidrent autrement, comptant chacun tirer parti du
voisinage. J'aurais pu, en changeant le soir de chambre avec
Faustine, contenter tout le monde et cacher le mystre de mon
travestissement; mais l'ide qu'elle serait dans les bras de
ce vieux satyre me rvoltait trop; j'aimai mieux attendre
l'vnement et prendre conseil des circonstances. Cornucio et
sa femme nous accablrent de prvenances toute la soire, et
aprs le souper qui fut arros de trs bon vin, ils nous
menrent dans nos chambres. -- Soyez bien sage, mon cher petit
abb, dit la dame en embrassant Faustine, il n'y a qu'une
mince cloison entre votre lit et le mien, j'entendrai tout; et
puis, lui dit-elle  l'oreille, la porte qui nous spare ne
ferme pas. Le mari me fit les mmes confidences, et m'ajouta
qu'il tait somnambule, en me serrant fortement la main, puis
il se retira. Je ris de sa mprise et je me couchai. Faustine
en fit autant dans sa chambre avec laquelle j'tais bien fch
de n'avoir pas communication, car nos chambres taient aux
deux bouts de la maison, il fallait traverser un corridor le
long de

l'appartement, de la salle  manger et de celui du matre.

A peine avais-je ferm l'oeil que j'entendis marcher dans ma
chambre, et s'avancer prs de mon lit; je sentis que j'allais
avoir  combattre; je saisis le pot de chambre, dont j'avais
fait usage en me couchant, et quand Cornucio voulut ouvrir mon
lit pour s'y placer, j'avanai le bras et le coiffai du vase,
et, traversant  toutes jambes le corridor, j'arrivai  la
porte de Faustine, que j'enfonai d'un coup de genou; je la
trouvai se dbattant comme le chaste Joseph avec la femme de
Putiphar; elle tait si bien enveloppe dans ses couvertures
que notre lascive htesse n'avait pas dcouvert son sexe. La
dame,  mon abord, parut mduse; je me plaignis amrement de
la violence que son mari avait voulu me faire prouver, et je
grondai mon soi-disant frre de l'impudeur avec laquelle il
osait abuser des bonts de notre respectable htesse. -- Moi,
ma soeur, s'cria le faux abb, le ciel m'est tmoin que c'est
madame qui voulait. -- J'ai cru vous entendre gmir; craignant
que vous ne fussiez incommod, je suis vite accourue pour vous
donner les secours qui dpendaient de moi. -- Votre mari,
madame, ne vous le cde pas en charit; mais je ne dsempare
pas de la chambre de mon frre, lui seul peut me protger
contre l'impudicit de votre mari. -- Couche-toi, ma soeur, me
dit Faustine, je me mettrai dans un fauteuil prs de ton lit
pour te dfendre; j'espre que madame y voudra bien consentir,
et souffrir que nous reposions jusqu'au point du jour. Alors
nous quitterons une maison o l'innocence est si peu
respecte.

La dame, aprs quelques excuses maladroites, sortit et ayant
barricad nos portes, nous nous jetmes dans les bras l'un de
l'autre, et nous savourmes  loisir l'ivresse des plaisirs
dont nous avions pris un chantillon dans l'auberge. Le
lendemain,  la pointe du jour, ayant repris les habits de
notre sexe, nous partmes sans prendre cong de nos htes
libidineux, et notre soupente raccommode nous ramena chez ma
tante, o j'achevai de passer voluptueusement la fin des
vacances, aprs avoir assist aux noces de mon aimable
cousine, dont le mari, nerveusement conform, ne s'aperut
point que j'avais fray le sentier qu'il parcourut encore avec
peine.

Nous avions repris nos forces pendant l'histoire du prlat, et
tour  tour pendant la soire nous nous enivrmes de tous les
plaisirs qu'offrent la nature et la dbauche  des gens qui,
pleins de vigueur et vides de prjugs, loin de rien refuser 
leurs dsirs, les irritent par la recherche de toutes les
possibilits voluptueuses.

A quelques jours de l, mon prlat, prs duquel je remplissais
avec zle les fonctions dont il m'avait charg, m'avertit que
j'avais  me prparer  le suivre  Bdarrides, sa maison de
plaisance,  trois lieues d'Avignon, o il allait se reposer
pendant une quinzaine des travaux de l'piscopat; que j'y
trouverais sa soeur, femme de qualit de Bnvent, et sa fille,
chanoinesse des plus hautaines, mais ayant toutes les grces
de son tat. Il me confia que sa soeur, femme de trente-cinq
ans, encore belle et frache, suivant toutes les apparences,
me trouverait  son gr, et qu'il esprait que je l'aiderais 
lui faire les honneurs de sa maison; que pour la fille, elle
avait la fracheur de ses dix-sept ans, le sourcil noir, l'oeil
vif, les lvres humides et les plus heureuses dispositions
pour marcher sur les traces de sa mre, mais que la fiert de
ses soixante-quatre quartiers l'avait jusqu'alors empche de
cder, parce qu'elle avait toujours trouv quelque lacune dans
l'arbre gnalogique de ses soupirants; quoique l'tat de
chanoinesse qu'elle avait embrass, vu son peu de fortune,
l'et fait renoncer au mariage, et que le manuel des
solitaires, ou les simulaires usits dans les couvents dussent
tre son unique consolation. Je la plaignis d'un prjug si
contraire au voeu de la nature,  l'humilit chrtienne. -- Je
compte sur vous, mon cher Hic et Hec, pour l'en gurir, me
dit-il; votre tournure, votre mine sduisante, vos profondes
connaissances dans l'art de la volupt, peuvent seules ramener
au bercail cette brebis gare. -- Et comment y pourrai-je
parvenir? moi, sans nom, sans titres, sans aeux, le mpris
sera le premier sentiment qu'elle prouvera pour moi. -- J'en
fais mon affaire, j'ai mon roman tout prt: c'est un jsuite,
missionnaire dans l'Inde, qui, revenant du royaume de Pgu,
vous aura ramen de ce pays par l'ordre d'un prince dont vous
tes le fils naturel, pour tre lev dans la religion
chrtienne, que son loquence lui a fait embrasser. -- Si cette
mystification amuse Monseigneur, je ne saurais qu'obir. -- On
t'en devra de reste pour ta complaisance: Laure est faite au
tour et n'a contre elle que l'excs de l'orgueil; je te mets 
mme de l'initier, mais c'est  la mme condition que
Valbouillant a mise  l'ducation de Babet et que tout sera
commun entre nous quand tu l'auras gurie de ses prjugs.

Cela me parut plaisant, et je promis au prlat tout ce qu'il
voulut. -- Il me vient une ide originale, dit mon vque; si
pour tayer notre ruse, je glissais dans la conversation que
tous les princes de sang de Pgu ont sur le corps un signe qui
prouve leur origine. -- Un signe, et lequel, s'il vous plat,
Monseigneur? -- Parbleu! une tte d'lphant blanc sur le
bas-ventre, au-dessous du nombril; le peintre qui vient de faire
mon portrait t'en dessinerait bien une l. -- Quelle folie! --
Je lui ferai natre le dsir de voir ce phnomne, et je ne
doute pas que la trompe menaante de l'animal, faisant
remarquer sa force et son lasticit, ne parvienne 
l'intresser.

Ainsi dit, ainsi fait. Le peintre, ds le lendemain, se mit 
l'ouvrage, et deux jours aprs, mon ventre offrit la plus
belle tte d'lphant qu'on pt voir, et monseigneur examinant
le chef-d'oeuvre du peintre et badinant avec la trompe de
l'animal, elle prit sous ses doigts sacrs une consistance qui
le ravit. Nous fmes le soir une visite  Mme Valbouillant; on
admira la nouvelle peinture; heureusement elle tait 
l'huile, sans cela,  l'usage rpt que je fis de la trompe,
le tableau aurait disparu. La petite Babet, qui n'avait jamais
vu de pareils animaux, ne se lassait pas de l'examiner, et
trouvait qu'on en pouvait tirer aussi bon parti que du manche
du moussoir. La pauvre enfant, peu verse dans les arts,
ramenait tout  la nature. Le couple voluptueux, que le prlat
instruisit du motif de cette peinture et de la mystification
projete, promit de la seconder et de nous suivre  cet effet
 la maison de campagne de Sa Grandeur, qui, depuis son
admission  nos orgies, ne pouvait se passer des plaisirs que
le libertinage de notre imagination variait sans cesse. Il fut
aussi dcid que la gentille Babet serait du voyage; chaque
jour dveloppait en elle de nouveaux charmes, ses formes
s'arrondissaient, sa gorge se remplissait, et l'usage de la
volupt avait donn de la finesse et de l'nergie  ses
regards, d'abord incertains et timides. Ses mains, qu'on
n'employait plus aux travaux grossiers de sa premire
jeunesse, avaient gagn de la blancheur; et la finesse de sa
peau, l'agilit de ses doigts dlicats, lui donnaient plus de
grce  manier le sceptre de l'amour que n'en montrait Hb 
toucher la massue d'Hercule.

Le lendemain, nous partmes, le saint prlat et moi: sa soeur
et sa nice taient arrives deux heures avant nous, nous les
trouvmes dans le salon; la mre couche sur une ottomane,
lisait d'une main un petit in-16 qu'en nous apercevant elle
mit dans sa poche, et l'autre main reparut. La jeune
chanoinesse, courbe sur un mtier, brodait sur un sac 
ouvrage le blason de ses armes, avec toutes les alliances
carteles. L'vque, les ayant embrasses, me prsenta comme
un prince pguan, que le roi, mon pre, nouveau converti,
faisait passer en Europe, pour s'instruire dans la foi et dans
les arts, qui font la gloire de notre heureuse patrie.

Ce titre de prince du bout du monde et cousin de l'lphant
blanc, prvint en ma faveur l'auguste chanoinesse; mes yeux
vifs et ptillants, mes cheveux bruns et fournis firent aussi
leur effet sur la mre; l'une me demanda des lumires sur les
armoiries de Siam et du Pgu, l'autre sur le costume des
Bayadres et sur la forme des chaises longues de l'Inde. J'y
satisfis de mon mieux, d'aprs ce que j'avais lu dans les
_Voyageurs_.

Aprs le repas, pendant lequel on admira tout ce que je
disais, s'tonnant qu'un jeune homme n aux Indes pt
s'exprimer avec bon sens et facilit, on put se promener dans
un bosquet dlicieux prs du salon; la commission Magdalani me
choisit pour cuyer, et l'vque prit le bras de la
chanoinesse, et lui parla de manire  la prvenir en ma
faveur.

La mre, cependant, me questionna sur les moeurs de Pgu, sur
la tournure des belles, sur les procds qu'on y suivait en
amour; je l'assurai que les femmes grosses y taient le plus
recherches (elle l'tait); que les hommes ne se permettaient
aucune avance vis--vis d'elles, de crainte d'tre importuns;
mais qu'ils rpondaient avec transport  celles que les belles
leur faisaient. -- Comment, si j'tais pguane, si vous me
trouviez aimable, vous ne me le diriez pas? -- J'aurais trop
peur de vous offenser. -- Comment donc faut-il que la femme se
conduise pour enhardir l'homme pour lequel elle se sent du
got? -- Elle le regarde en baisant le bout du doigt de sa main
gauche, et le cavalier s'approche avec timidit. -- Et la dame
alors? -- Elle porte la main droite sur son coeur. -- Comme cela?
-- Prcisment. -- Je fais donc bien? -- A ravir. -- Et le
cavalier? -- S'il est seul avec la belle, il se jette  ses
genoux, obit  ses ordres sans oser les prvenir; mais s'il
est devant tmoins, il feint de ne rien entendre, et gmit les
yeux baisss. -- Vous les avez  prsent? -- Exactement de mme.
-- Fort bien. Mon frre, dit-elle  l'vque qui nous suivait
avec sa fille, que je ne vous empche pas de vous promener, je
me sens un peu fatigue, je vais me reposer sur ce gazon; le
prince Hic et Hec achvera de m'instruire des coutumes de
l'Inde, vous nous retrouverez ici ou au salon. -- Soit, dit
l'homme de Dieu s'loignant, en souriant, avec sa nice. --
Reprenons notre leon indienne, dit la signora. N'est-ce pas
comme cela? dit-elle en baisant son doigt gauche. -- Oui, si
j'ai le bonheur de vous plaire. -- Ne faut-il pas mettre la
main sur mon coeur? -- Oui, si vous voulez que j'ose beaucoup. --
Voyons. Et elle fait le signe encourageant, en se couchant sur
le gazon: je m'y prcipite avec elle, mes mains actives
loignent tous les obstacles, et bientt nous ne faisons
qu'un. -- Vive la mthode indienne, comme elle abrge les
formalits! Et me serrant, me pinant, me mordant, elle arrive
 la priode dsire, et se pme en bnissant Brahm, Vishnou
et tous les dieux de l'Inde; bientt revenue  elle: -- L'abb,
me dit-elle en me serrant contre son sein, cher abb! comment
les femmes dans l'Inde prouvent-elles qu'elles sont
satisfaites? -- En recevant avec transport un nouvel hommage. --
Presque sans se reposer!... Ah! je retourne avec vous au Pgu,
dit-elle en s'arrangeant pour me tmoigner sa reconnaissance.

Elle se trouvait bien des moeurs de l'Inde, et je lui parus
mieux valoir que le livre qui l'occupait lors de notre
arrive; puis se relevant et rajustant le dsordre de sa
toilette, elle s'appuya sur mon bras pour retourner au salon.
Elle avait t trop occupe des choses solides pour s'tre
distraite au point d'observer la peinture lphantine. Elle
m'entretint d'un ton plus calme des diverses religions de
l'Asie. Je lui parlai de la secte des multiplicantes et de la
communaut des plaisirs qu'on voit tablie dans les familles
de cette caste. -- Comment, dit-elle, la mre dans les bras du
fils, la fille dans ceux du pre!... -- Eh! madame, rappelez-vous
d'avoir lu quelque part: "Qui doit goter des fruits d'un
arbre, si ce n'est celui qui l'a plant?" -- Il est vrai; mais
le prjug! -- Tient-il contre la loi du crateur? -- En est-il
qui permette  un pre,  une fille,  un frre,  une
soeur?... Fi donc; cela rpugne.-- A qui donc a-t-il dit:
"Croisez et multipliez?" N'est-ce pas  Adam,  Eve,  ses
fils,  ses filles? il ne regardait donc pas l'inceste comme
un crime, puisqu'alors il le commandait. -- Comment? mais en
effet. -- La volont du ciel peut-elle tre versatile? Ce qui
fut un prcepte dans un temps, peut-il tre forfait dans un
autre? Disons plutt, puisque la nature nous a donn du
penchant pour les tres d'un autre sexe, sans gard  la
parent, que c'est la politique seule, qui, pour faire
communiquer entre eux les hommes disposs par la nature 
prendre les plaisirs qu'ils avaient sous la main, et qu'ils
trouvaient au sein de leur famille, a interdit ces unions
rapproches, pour runir par le besoin du plaisir des tres
qui sans ce besoin ne se seraient jamais rapprochs; que les
lgislateurs ont prohib, par des vues humaines, des unions
qui tenaient les familles isoles les unes des autres et que
l'intrt des gouvernants, et non le voeu du crateur et de la
nature, ont transform en crimes des penchants naturels et par
consquent innocents. Observez encore que suivant la loi du
peuple juif, il tait ordonn au frre d'pouser la veuve de
son frre, et qu'ainsi la mme femme devait passer de frre en
frre, tant qu'elle survivrait  son poux, et vous osez faire
un crime  prsent  un cousin d'amuser sa cousine, si le
vicaire du Rdempteur ne lui accorde la dispense  prix
d'argent; mais ce Rdempteur n'a-t-il pas dit selon les livres
saints: "Je ne suis point venu pour changer la loi, mais pour
l'accomplir."

J'tais lanc; et dans l'habitude de disputer sur les bancs,
j'aurais pass d'arguments en arguments, si le prlat n'tait
rentr avec sa nice, vis--vis de laquelle il avait je crois
soutenu la mme thse, si j'en juge par le feu de leurs yeux
et la rougeur de leur teint plus anim que de coutume. La
signora Magdalani s'en aperut, et n'en osa rien tmoigner, la
richesse et le crdit de son frre, les secours qu'elle en
recevait, la rendaient rserve, et elle savait que l'exemple
qu'elle donnait  sa progniture ne l'autorisait pas  marquer
beaucoup de svrit. -- Eh bien! dit le prlat, comment vous
trouvez-vous, ma soeur, de l'entretien du prince Hic et Hec?
Etes-vous bien instruite des coutumes et des moeurs de l'Inde?
-- Je suis trs satisfaite de ses lumires, il est lucide,
prcis et d'une philosophie... -- C'est un puits d'rudition,
et sa morale? -- Bizarre, fonde en principes: savez-vous bien
qu'il m'affranchit de bien des prjugs. -- C'est son fort;
mais, voyons lesquels? -- Je ne puis, devant ma fille... -- Quel
enfantillage! elle est d'ge  tout savoir, et je dis plus, il
peut tre dangereux de ne pas l'clairer; que de fautes
l'ignorance ne fait-elle pas commettre? Une jeune fille  qui
on ne cache rien est plus en tat de repousser la sduction,
et, si elle y cde, du moins elle vite le scandale, qui, je
le dis entre nous, est le plus grand mal moral. Qu'importe 
la socit que je satisfasse mes besoins physiques ou que je
m'en prive, pourvu que je ne nuise pas au bonheur d'autrui,
que je ne lui enlve pas sa proprit, que je n'altre pas ses
jouissances et que je ne lui cause ni chagrin ni douleur? --
Mon frre, dit-elle en souriant, diriez-vous cela dans vos
homlies? -- Oui, quand je parlerais  des gens que je voudrais
clairer; mais en chaire, non, le peuple en masse veut tre
tromp, l'ignorance aime les prodiges; une religion sans
miracles trouverait peu de sanctuaires, et les mystres qui
rpugnent  la raison entranent la crdulit du grand nombre;
je continuerai  jeter de la poudre aux yeux du peuple; mais
je serai loyal et sans scrupule avec mes amis. Laure a dix-sept
ans et n'ignore pas srement la diffrence de son sexe et
du ntre; mais les dtails lui sont peut-tre inconnus, nous
nous gnons pour elle, nous affligeons sa curiosit, et
peut-tre en nous quittant fera-t-elle des questions  sa femme de
chambre, qui, moins discrte et moins claire, en lui faisant
le tableau des plaisirs, ne lui en dpeindra pas les dangers.
-- Ah! dit Laure, que mon oncle est aimable! -- Quand elle voit
que nous ne lui cachons rien, elle sera sans dissimulation,
nous lirons dans son me et nous pourrons carter d'elle les
dangers sans en loigner les plaisirs. Votre dsir, je le
sais, n'est pas de la marier, elle se soumet  vos vues; mais
quand elle renonce  l'hymen, soyez sre qu'elle ne renonce
pas aux ddommagements que se procurent tant de jolies
prbendires. Plus de gne devant elle, tant que nous n'aurons
pas d'trangers; quand il en viendra de suspects, remettons
vite le masque de la rserve.

La signora Magdalani, regardant sa fille d'un oeil caressant: --
Allons, je me rends, puisque mon frre le veut; mais, mon
coeur, dit-elle en la baisant au front, ne perds pas l'usage de
rougir. Rien ne fait plus d'honneur aux filles et surtout aux
mres. -- Allons, ma soeur, c'est convenu; mais voyons sur quoi
roulait la conversation avec Hic et Hec. La signora lui rpta
ce que je lui avais dit sur la secte des multiplicantes et sur
l'inceste. -- Eh bien! ma soeur, n'est-ce pas prcisment ce que
je vous disais quand vous tiez si fche pour quelques
espigleries, qui pourtant vous avaient fait grand plaisir. --
Oh! mon frre, devriez-vous dire cela devant ma fille encore.
-- Ah! maman, je m'en doutais, quoique sans oser vous en
parler.

Je ne pus me retenir  cette navet, et saisissant sa main,
je la baisai avec transport. La petite rougit. La maman me
jeta un regard svre, qui ne m'en imposa pas. L'vque, d'un
ton tranchant, termina la dispute en disant:-- Fi donc, ma
soeur, allez-vous y mettre de l'humeur, il est temps que la
petite gote sa part de nos plaisirs; l'abb est approchant de
son ge. -- Mais, mon frre... Songez-vous? -- Je sais qu'il
prendra toutes les prcautions ncessaires pour prvenir
l'arrive des petits indiscrets. -- Mais, mon oncle... -- Vas-tu
me montrer quelques doutes sur l'anciennet de sa
gnalogie?... Rassure-toi, tes soixante-quatre quartiers
doivent se trouver honors de se joindre au cousin de
l'lphant blanc. -- Si du moins je voyais son blason. -- Rien
n'est plus facile; les princes de la maison royale de Pgu le
portent toujours sur eux. -- Ah! voyons-le donc. -- Allons, Hic
et Hec, faites vos preuves.

Le baiser que j'avais coll sur la jolie main de la
chanoinesse m'avait mis en tat de paratre avec gloire. Au
mouvement que ma main fit pour mettre en libert la trompe
d'lphant: -- Quelle indcence! s'cria la mre. -- Regardez
son cachet, rpondit l'vque, c'est une tte d'lphant.
J'exhibais cependant mes armoiries. -- Comment, dit la signora,
je ne m'en tais pas aperue. -- Ah! ma soeur, vous avez dj
fourrag dans ce canton? Elle rougit en marmottant: -- Que je
suis tourdie. -- Eh bien! considrez plus  votre aise, et
vous, ma nice, vtes-vous jamais de plus belles armoiries? La
mre, surprise, convint que cela tait merveilleux, et la
jeune Laure interdite et d'une voix syncope par le dsir: --
Cela est beau... le superbe cusson... -- Allons, prince,
initiez cette vierge; pendant que vous lui ferez chanter son
premier hymne  l'amour, nous battrons la mesure sa mre et
moi.

Je renversai ma chanoinesse sur le sofa; l'vque dnoua les
cordons de son corset et dcouvrit  mes yeux blouis deux
hmisphres d'albtre o des veines azures traaient le cours
de mille rivires serpentantes; ma bouche en suivit les
contours, et en peu de temps parcourut bien du pays.
Cependant, de peur de faire fausse route, je mouillai l'ancre
dans une mer de dlices; et le saint prlat ayant jet sa soeur
sur l'ottomane voisine, s'aperut de la double libation que
j'avais faite. -- Ah! ah! dit-il, ce temple a t souill par
quelque profane; mais avec ce goupillon, je vais le purifier;
et rentrant dans le parvis aprs quelques alles et venues
dans la nef, il pntra dans le sanctuaire, qu'il purifia par
une ample aspersion de son eau lustrale. La petite, en ce
moment, tourna la prunelle et se raidissant, s'cria: -- Ah!
roi de Pgu, que tu as bien fait de te convertir!

Quel que ft le dlire que me causa son ivresse, la prudence
l'emporta sur mes transports, et, docile aux prceptes du
vnrable prlat, je rpandis ma libation sur l'architrave du
portique du temple. La mre et l'oncle me flicitrent de ma
sage retraite; mais Laure m'en paraissant moins satisfaite, je
me htai de la consoler en me replongeant de nouveau dans
l'antre brlant, qui ne m'avait vu sortir qu' regret, et je
lui procurai une nouvelle mission sans dpense de ma part.
L'vque et sa soeur s'taient cependant rapprochs de nous, et
la dame, baisant le front de sa fille, approchait de mes
lvres une fraise de son sein, que je m'empressai de sucer,
pendant que le prlat, d'une main caressante, pressait mon
post-face, qu'il socratisait du doigt majeur.

Nous nous remmes aprs en tat dcent, et les ablutions
ncessaires finies et les toilettes rpares, nous attendmes
l'arrive de Valbouillant, de sa femme et de Babet, qui ne se
firent pas longtemps dsirer; les premiers moments de
l'entrevue se passrent en compliments. -- Prince, me dit la
gentille Laure, pourquoi mon oncle a-t-il invit ces gens-l?
Cela va nous forcer  une gne que je savais supporter avant
l'intimit de notre liaison, mais dont la connaissance des
plaisirs va me rendre incapable. -- Rassurez-vous, repris-je,
loin de contraindre notre lan vers la volupt, leur prsence
en variera les formes. -- Mais un homme mari!... la prsence
du mari doit bien en imposer  la femme. -- Bon, la prsence
d'une mre doit bien gner une jeune chanoinesse; cependant...
-- Ah! toutes les mres ne sont pas bonnes comme la mienne. --
Oh! tous les maris ne sont pas bons comme Valbouillant.

On s'tait assis, on s'observait; tous avaient envie de voir
la confiance et la libert s'tablir, mais personne n'osait
rompre la glace. L'vque sourit de l'embarras gnral, et,
prenant Laure par la main, la mena  Mme Valbouillant. --
Souffrez, dit-il, que je vous offre une jeune initie; elle a
d'heureuses dispositions, et, docile  vos conseils, elle
saura respecter les prjugs en public et s'en dpouiller en
particulier. Je demande votre amiti pour elle; bannissant
entre nous tout respect humain, soyons dans ma retraite comme
nous tions dans votre retraite d'Avignon. -- Vous ne pouvez,
rpondit Mme Valbouillant, me faire un plus grand plaisir:
vous n'attendez personne, je crois?

-- Non, et jamais aucun domestique n'entre dans ce corps de
logis, si je ne lui en donne l'ordre exprs. -- Bon, en ce cas,
et pour cimenter notre union et rendre notre connaissance plus
intime et plus prompte, que ne prenons-nous tout de suite
l'habit de la vrit? il sera trs avantageux  madame et 
cette belle enfant.

La signora Magdalani feignit un instant d'hsiter; l'vque la
dcida en enlevant lui-mme son fichu et dnouant son corset;
Mme Valbouillant en fit autant  la chanoinesse, dont elle
couvrit de baisers la gorge et les bras qu'elle avait d'une
rondeur et d'une forme ravissantes, et Monseigneur ouvrant une
petite armoire cache dans le lambris, en tira quatre
peignoirs d'une gaze trs claire, agrablement ajusts, dont
il couvrit nos nymphes, sans drober leurs charmes  nos
regards avides. La signora Magdalani tait grande, avait les
formes superbes, et semblait entoure des Grces; on et pris
l'vque pour l'Apollon du Vatican: Valbouillant ressemblait
au dieu des jardins, et nos belles trouvrent que j'avais
assez l'encolure de Ganymde.

Le prlat ne put voir sa charmante nice sans dsirer de
s'garer dans le sentier que je venais de frayer; elle baissa
les yeux, regarda timidement sa mre dont le sourire la dcida
 se rsigner, et qui la suivit sur le canap voisin, o elle
l'encouragea par son exemple, en se livrant aux transports de
Valbouillant qui, passant les jambes de la belle sur ses
paules, s'introduisit trs avant dans ses bonnes grces. Je
m'insinuai dans celles de Mme Valbouillant qui, caressant d'un
doigt officieux le centre des volupts de Babet, jouissait du
double plaisir qu'elle nous procurait. Six glaces
avantageusement places  la hauteur des ottomanes, rptaient
les trois groupes voluptueux qu'elles multipliaient 
l'infini, et les sens irrits par ce spectacle enivrant
redoublaient l'ardeur de chaque combattant, qui aurait rougi
d'tre vaincu dans cette rotique. Magdalani, par l'agilit de
ses reins, prouvait  Valbouillant que ses trente-cinq ans
n'avaient rien diminu de son ardeur, et que sa fille, malgr
sa jeunesse, ne la surpassait pas pour la prestesse et le
moelleux des mouvements.

Le saint homme applaudissait au zle de la chanoinesse 
suivre l'exemple de sa mre. Mme Valbouillant, Babet et moi
n'avions pas besoin d'tre encourags, mais ce spectacle
nouveau nous rendait encore plus acharns  fter le dieu de
Lampsaque. Les trois groupes ayant consomm leur sacrifice,
nous nous runmes en rapprochant les trois sofas; on voyait
sur tous les sofas la gat succder  la jouissance; point
d'air d'puisement ni d'ennui; le fin sourire et le regard
malin promettaient le prochain retour des dsirs. On flicita
la jeune Laure sur le courage qu'elle avait montr dans les
premiers combats; sa mre reut nos loges pour la philosophie
avec laquelle, s'levant au-dessus des prjugs, elle avait
acclr par son exemple la flicit de sa fille. La petite se
jeta dans les bras de sa mre qui la couvrit de baisers, et
d'un doigt curieux tcha de reconnatre les dgts que mes
efforts et ceux de l'vque avaient faits. Cet attouchement
rveilla les sens de la chanoinesse qui versa presque aussitt
des larmes de volupt sur la main de la signora qui reut
d'elle le mme service.

Mme Valbouillant, pour nous faire attendre sans impatience le
retour des plaisirs, nous proposa de nous lire une anecdote
qu'elle avait reue de Paris; tout le monde y consentit, et
elle nous la lut.

On applaudit fort  cette anecdote, et l'vque proposa du
sirop, du punch pour dsaltrer la lectrice et rafrachir ses
auditeurs. -- Volontiers, dit la signora Magdalani; mais ne
vaudrait-il pas mieux prendre auparavant le rafrachissement
du bain, mon frre en a de charmants, la chaleur est si vive
que l'eau doit tre assez chauffe par le soleil; nous
n'avons point de toilette  faire, nos peignoirs ne tiennent
qu' un ruban. -- L'ide est charmante, dit Mme Valbouillant;
mais personne ne pourrait-il nous voir? -- Non, dit l'vque,
le bassin touche  ce boudoir et personne n'y peut pntrer;
j'en ai la clef, et nous porterons sur le bord le punch que
nous prendrons en nous baignant.

Tout le monde fut d'accord, et nous passmes dans ce dlicieux
bassin revtu de stuc; il tait ombrag par un grand platane,
deux sycomores et deux grands saules pleureurs; le jasmin et
le chvrefeuille s'levaient autour de leurs tiges, et,
s'tendant d'un arbre  l'autre, formaient des festons
parfums;  quelques pas de l, des touffes de seringa
sortaient d'une haie de rosiers de diverses espces auxquelles
se mlaient l'aubpine, l'acacia rose et l'pinevinette; la
violette, la pense, l'anmone et l'odorante jonquille
couvraient le gazon qui sparait la haie du canal; et les pois
de senteur se ramaient autour de la tige leve de la
tubreuse; plus loin, des bancs de mousse  travers laquelle
percent la pquerette et l'armoise, offrent un sige doux et
frais  la nymphe qui, sortant de l'onde, veut se scher et
s'essuyer avant de reprendre ses habits. C'est l que nous
allmes chercher  nous dlasser de nos agrables fatigues;
l'Albane et Boucher se seraient trouvs contents, s'ils
avaient t admis; quel travail pour leur ingnieux pinceau!
chacune de nos belles leur aurait fourni vingt acadmies; ils
auraient cru voir Thtis au milieu de ses naades recevant
Phoebus, tandis que les heures dtellent son char. Valbouillant
avait l'air de Comus charg de prparer le festin, pendant
qu'en foltrant prs des belles nageuses, je ressemblais au
dieu dont les ailes aux talons annoncent l'emploi sur les pas
du prlat. Nous nous htmes de nous plonger dans l'onde
limpide, qui ne faisait que rafrachir les charmes de nos
nymphes sans les voiler; les peignoirs qu'elles avaient
quitts taient remplacs par les boucles parses de leurs
cheveux qui formaient un vtement transparent aux contours
arrondis de leurs tailles lgantes; l'eau ne s'levait qu'
la hauteur de leur sein; elles se baissaient parfois pour en
avoir jusqu'au menton, et quand elles se relevaient,
l'humidit qui restait sur l'ivoire de leur gorge apptissante
ressemblait  ce frais duvet qu'on aperoit sur la prune dans
la maturit et qu'on appelle la fleur. Avec quel empressement
nos lvres enflammes couraient la recueillir; que de bonds,
que de folies nous fmes dans ce dlicieux bassin.

Nos quatre naades taient belles, mais toutes d'un genre de
beaut diffrent; la signora Magdalani, d'une taille au-dessus
de la moyenne, avait approchant les formes que nous fait
admirer Raucourt dans le rle de Didon, et ses longs cheveux
chtains relevaient l'clat d'une peau d'un blanc de lait,
sillonne de veines d'azur; son embonpoint lui rendait la
fracheur que le grand usage des plaisirs lui aurait fait
perdre si elle avait conserv la taille svelte qu'elle avait 
vingt ans. Laure, plus petite, mais agrablement coupe,
voyait flotter sur sa gorge naissante une fort de cheveux
blond cendr: ses yeux taient bleus, ses longues paupires et
ses sourcils bien arqus taient de la couleur de l'bne; et
d'ailleurs elle mritait, mieux que jadis l'Athrenin, le beau
nom d'as de pique. Je ne rpterai point ici le tableau de Mme
Valbouillant, ni de la gentille Babet; la premire, on le
sait, a des jumelles qu'on ne peut pincer, des dents de perles
et le regard humide de la volupt prte  toucher le but, et
Babet, avec ses yeux noirs, ses cheveux chtains, avait l'air
d'Hb rveillant le dieu de la force.

Aprs mille agaceries rciproques, Mme Valbouillant,
poursuivant la jeune Laure en foltrant comme Sapho le faisait
d'ordinaire avec ses compagnes, la renversa sur une touffe de
roseaux, et nous fit apercevoir le carmin et la rose au milieu
de son spadille. Pendant ce temps Valbouillant accourt, et
tournant la chanoinesse de ct, se coulant sur le dos,
s'insinue dans le losange vermeil, dont sa femme continuait de
chatouiller le sommet; l'vque,  son tour, tend Babet 
ct des combattants, de manire que l'officieuse main de
Babet rendait  sa matresse tout ce que celle-ci prtait 
Laure; et pour complter le groupe, la signora Magdalani, se
courbant sur les reins de son frre, m'offrit une double route
aux plaisirs. Je commenai le sacrifice dans l'arrire-temple,
et j'achevai ma libation dans le vrai sanctuaire. La fracheur
de l'eau, l'ardeur de nos dsirs, par leur contraste heureux,
aiguisrent la volupt, et nous convnmes, d'une voix unanime
que jamais on ne pouvait prouver d'ivresse plus dlicieuse.

Nous sortmes du bain aussi frais qu'en y entrant; nous
vidmes sur le rivage le bol de punch qui s'y trouvait
prpar. Je fus l'chanson et l'on trouva que j'avais autant
de grce  remplir mes fonctions que le prince phrygien qui
servait le nectar  Jupiter.

Nos belles reprirent leurs peignoirs et nous de lgres robes
de taffetas. Rentrs au salon, nous changemes les plus
douces caresses. La signora Magdalani observa que la socit,
toute charmante qu'elle ft, pchait en ce qu'il y avait plus
de consommatrices que d'objets de consommation, et que d'aprs
toutes les proportions physico-mathmatiques, tout serait plus
dans l'ordre s'il se trouvait six hommes et quatre femmes, et
qu'il fallait, pour le bien de la paix, doubler le nombre des
collaborateurs.

L'vque, tout en reconnaissant l'vidence du principe, opposa
la difficult de faire cette opration sans compromettre sa
rputation, qui tait la base de l'aisance de sa famille. La
signora, confuse, ne savait que rpondre, quand Laure levant
la voix rappela  son oncle les bijoux qu'il avait eu la
complaisance de lui faire passer de la part de sa tante la
Visitandine. Le bon prlat sourit, la socit le pressa, et il
dit  sa nice de produire ces bijoux si elle les avait
encore. -- Si je les ai! ils ont t ma consolation depuis que
vous me les avez donns. Et elle tire de sa poche les deux
plus beaux simulacres que l'art ait produits pour suppler 
la faiblesse humaine. Des tubes d'tain, rivaux de la nature,
recouverts d'un velours incarnat, garnis d'un piston pour
lancer  volont du lait chaud. La pieuse abbesse des
Visitandines, empresse de fournir  leurs besoins, avait pri
le prlat, son cousin, de lui en procurer de diffrents
calibres pour les postulantes, les novices et les professes,
et pour tre assure que sa communaut ne chmerait point,
elle en avait mis un nombre en rserve, qui, le fanatisme
religieux se ralentissant, et chaque nonne en tant fournie,
lui restait en magasin. Le prlat, voyant les besoins de sa
nice chrie, en avait demand deux, et la bonne religieuse,
pleine de zle pour le salut de sa parente, avait garni les
ceintures auxquelles ils taient attachs, d'_agnus dei_, de
bois bnit et de bois pourri, qu'elle avait honor du nom de
bois de la vraie croix, pour lever vers Dieu ses ides quand
elle ferait usage de ce consolateur des recluses.

La lubrique assemble admira le gnie de l'inventeur et le
talent suprieur de l'ouvrier dans l'excution. L'espigle
Babet voulait  l'instant entourer ses reins de la sacre
ceinture; mais sur la reprsentation de la chanoinesse, elle
en diffra l'usage jusqu' ce que le lait ncessaire ft
prpar et parvenu  la chaleur convenable.

Pour attendre patiemment que tout ft prt, on proposa que nos
belles fissent le rcit fidle de leurs aventures. La
proposition fut gnralement accepte, et la signora
Magdalani, comme la doyenne, commena en ces termes:

"Ma mre perdit la vie en me donnant le jour; mon pre
m'envoya prs de ma tante, dans son petit castel aux environs
de Nice. Ma tante, n'ayant rien de mieux  faire, s'tait
jete dans la dvotion et passait la journe  l'office ou 
mdire avec ses voisines. On m'avait appris les litanies de la
Vierge, et je prononais avec toute l'emphase convenable:
'Tour d'ivoire, priez pour nous; rose mystique, priez pour
nous.' Mais, de bonne foi, je n'attachais aucune ide  ces
vocatifs dcousus. Ma tante cependant s'applaudissait de ses
talents pour enseigner, et de mes dispositions  m'instruire,
parce qu' douze ans je savais par coeur les sept psaumes en
latin, le _Salve Regina_ et l'_Angelus_. Quand ma tante tait
sortie, ds que j'avais fini l'ourlet qu'elle m'avait donn 
faire, -- car j'apprenais aussi la couture, -- je courais dans
le jardin pour m'amuser avec les enfants du jardinier. Marcel,
l'an, tait un petit polisson d'environ quinze ans, au teint
anim, aux yeux vifs, aux reins souples et  l'paule large.
La gouvernante du cur, veuve du sonneur, femme entre quarante
et cinquante ans, avait pris soin de l'instruire et s'tait
fait payer ses leons. Mais je parus, et mes appas naissants
piqurent sa curiosit plus que les charmes suranns de son
institutrice; il cherchait impatiemment l'occasion de me faire
part des connaissances qu'il avait acquises et je volais
au-devant de l'instruction. Un soir que je me promenais dans le
jardin o il plantait une planche d'escarole, je l'observais
fourrant dans les trous qu'il avait faits avec le plantoir les
racines des lgumes qu'il venait d'arracher. Je lui fis
quelques questions, il y satisfit avec la simplicit de son
ge et de son ducation; puis me regardant avec feu, quoique
les yeux  demi baisss: -- J'ai, dit-il, un autre plantoir,
qui vaut bien mieux. -- Eh bien, voyons, comment t'en sers-tu?
-- Oh! ce n'est pas en pleine terre, c'est dans les serres
chaudes qu'on en fait usage. -- Eh bien! nous sommes tout
auprs, voyons. -- Volontiers, dit-il, suivez-moi. L'ardeur de
m'instruire m'y fit consentir. Y tant entre: -- Voyons ton
plantoir? -- Soit. Il me renversa sur une couche, et d'une main
dcouvrant le terrain qu'il voulait cultiver, de l'autre il
dcouvrit ce merveilleux plantoir. Surprise, j'y portai la
main: -- Qu'il est ferme, lui dis-je, il doit entrer bien
avant. Mais o est le plant? -- Tout, dit-il, est renferm dans
ce plantoir, il perce, il plante, il arrose. -- Eh bien! voyons
comment tu t'y prends.

"Je croyais qu'il allait l'enfoncer dans le terreau de la
couche; mais le fripon, profitant de ma position, se prcipite
dans mes bras, passe mes pieds sous les siens, m'attire  lui,
et, rassemblant tous ses efforts, pntre, en renversant les
obstacles, dans le rduit o dormait encore la volupt; il la
rveille, prcde par la douleur. Je fais des efforts pour
m'chapper, mais ses bras nerveux les rendent vains. Je reste
cloue sur la couche, me rsignant  souffrir quoique
impatiemment; mais bientt la douleur s'affaiblit et disparut
par degrs. Cet hte qui m'avait paru si terrible ds l'abord,
devint  mes yeux un commensal dans la socit duquel on
pouvait se plaire, et je dsirais moins sa retraite. Petit 
petit, je pris mon mal en patience et je craignis qu'il ne
quittt le brlant sjour dont il faisait alors mes plus
chres dlices; mon ivresse s'accrut et ne se calma que par la
voluptueuse mission d'un baume qui, soulageant mes blessures,
me fit aussi rpandre intrieurement les larmes les plus
douces. Sa fureur tant calme, le plantoir sortit dans un
tat moins menaant; je fus surprise de la souplesse qu'il
avait acquise, je le touchai avec tonnement et je vis avec
effroi qu'il tait teint de mon sang; mais je lui pardonnai sa
barbarie, et j'tais afflige de l'tat d'abattement dans
lequel il se trouvait.

"Marcel examina le ravage qu'il avait caus chez moi; cet
examen et la chaleur de ma main qui n'avait pas quitt prise,
ranimrent son orgueil, et je l'aurais abattu de nouveau sans
du bruit que nous entendmes auprs de la serre. C'tait ma
tante qui rentrait du salut, et qui tait passe par la petite
porte du jardin: ma jupe fripe et salie par le terreau de la
couche, ma rougeur et mon embarras lui donnrent des soupons.
Une vieille dvote qui l'accompagnait les aggrava par ses
pieuses remarques: on visita mon linge, et le rsultat de
cette enqute fut un prompt dpart pour un couvent, o je
demeurai jusqu' quinze ans, poque o je fus marie et prise
pour vierge par mon poux."

-- Comment, maman, il ne s'aperut pas... -- Non, mon coeur. Le
petit Marcel, quoiqu'il m'et blesse, tait trop jeune pour
tre bien terrible, et ton pre crut qu'tant reste trois ans
au couvent, j'avais us des ressources d'usage dans les
clotres; et je confirmai son opinion par un adroit aveu, pour
dtourner les ides plus dsavantageuses qu'il aurait pu se
former.

La belle Italienne achevait  peine son rcit, quand Babet
nous annona que le lait avait acquis la chaleur convenable,
et, apportant la cafetire, remplit les deux supplments, se
mit la ceinture du plus gros, et proposa  la belle Laure d'en
subir l'preuve. La chanoinesse le dsirait, mais l'ide que
la gentille Babet tait simple et roturire la faisait
hsiter. -- Belle dlicatesse, dit le prlat; si Babet n'est
pas d'une naissance illustre, elle est anoblie par ses
alliances, elle peut embellir son blason de mes armoiries, de
celles du prince Hic et Hec, et de Valbouillant. Laure se
rsigna. Me collant sur le dos de Babet, je lui rendis le mme
office naturellement; ma bouche faisait un suon sur l'paule
de Babet, pendant que ma main gauche prenait les reins de la
belle Laure, et que ma main droite, glisse entre les deux
nymphes, en palpait voluptueusement les contours lastiques.
Cependant la signora s'insinua le second supplment pendant
que Valbouillant s'avanait dans ses bonnes grces par la
route dtourne; pour l'vque, d'une langue caressante, il
cherchait le nectar de la volupt dans la grotte troite et
complaisante de Mme Valbouillant, qui de son ct couvrait de
baisers le bton augural du pontife.

Les belles firent tour  tour l'preuve des bienfaisants
simulacres, et l'immense cafetire tait presque puise,
quand notre ingnieux prlat voulut faire un nouvel essai; il
prit le plus gros des supplments et s'en ceignit  rebours,
de sorte qu'il avait l'air de sortir du bas des reins, comme
la queue d'un cheval, coupe  l'anglaise, puis il se plaa
debout entre deux lits d'une hauteur suffisante, spars par
une ruelle troite, et plaant sa nice sur l'un et sa soeur
sur l'autre, et de manire que leurs jambes portaient sur un
lit et leur corps sur l'autre, il tablit le naturel dans le
temple de sa nice et l'artificiel dans celui de sa soeur, et
par ses mouvements rapides il occupait utilement l'une et
l'autre, et lchant le piston mcanique en mme temps qu'il
faisait physiquement sa libation, toutes les deux jouirent
simultanment d'un dluge de volupts.

Cet essai fut le dernier de la soire; quelques fruits
dlicieux et d'agrables liqueurs les rafrachirent et les
restaurrent, et l'on alla se coucher sparment, pour qu'on
pt se livrer sans trouble au repos que la rptition des
plaisirs nous rendait si ncessaire. D'ailleurs, le prlat
tait un homme d'ordre dans ses plaisirs; il avait des statuts
qu'on observait religieusement dans ses orgies. La communaut
des jouissances tait tablie entre tous les membres de la
socit, on n'en pouvait drober aucune aux regards lascifs
des autres, et c'tait une faute digne d'exclusion d'en
frustrer la voluptueuse curiosit; il tait galement dfendu
aux femmes de faire des pensionnaires en leur particulier,
parce que c'tait priver d'autant la communaut des plaisirs
qui devaient tre partags; mais tout tait permis, en
prvenant la socit de ce qu'on allait faire, pour que les
membres en fussent les tmoins, s'ils en taient tents.

Le lendemain matin, aprs neuf heures d'un sommeil tranquille,
nos belles quittrent le lit.


Alors belles sans art, dans le simple appareil

De beauts que l'on vient d'arracher au sommeil.

(Racine, _Britannicus_.)


Elles courent de chambre en chambre; Laure, leve la premire,
tait dj dans la chambre de sa mre, qu'elle serrait dans
ses bras, pour lui peindre sa joie de la libert qu'elle lui
avait accorde la veille, et lui drobant quelques caresses: --
Ah! maman, que tu es belle, ce n'est que d'hier que je connais
tes charmes; le respect, jusqu' prsent, m'inspirait plus de
crainte que d'amour; depuis que tu m'as associe  tes
plaisirs, mon me nage dans l'ivresse, et je sens qu'il me
serait plus doux de t'en procurer que d'en recevoir, mme de
l'homme le plus sduisant; tiens, regarde l'effet du baiser
que je viens de prendre sur ton beau sein. -- J'en prouve un
pareil, ma chre enfant, mais... -- Quoi, mais?... qui nous
empche de profiter de nos dsirs mutuels? -- Et nos
rglements? Elle instruisit Laure de la ncessit de ne
drober aucun plaisir  la vue de la socit... -- Eh bien!
maman, descendons, nous leur dirons ce que nous allons faire,
qu'ils soient les tmoins s'ils veulent; mais je jure que je
ne recevrai de caresses et n'en ferai  personne avant de
t'avoir fait partager mes transports.

Valbouillant et l'vque arrivrent alors. Laure leur dclara
ses intentions, et comme je survenais avec Mme Valbouillant et
Babet, je me htai de presser la maman de cder aux transports
de sa fille, pour se rendre ensuite aux voeux de la socit. --
Eh bien! maman, que tardons-nous? Viens sur ce sofa. Comme
elle hsitait: -- Retirons-nous, dit Valbouillant, ce sont des
affaires de famille, ne les troublons point; allons au salon,
nos belles amies nous rejoindront quand elles voudront de
nous. -- Y consentez-vous? nous dit alors l'vque. --
Assurment, dmes-nous  l'unisson; mais comme c'est une
assemble de parents, Monseigneur en devrait tre. -- Non, dit
Laure vivement, nous vous rejoindrons tout de suite. -- A votre
aise, reprit l'vque en souriant, nous avons de quoi nous
occuper sans vous, et allons faire prparer le djeuner.

Nous descendmes, la mre et la fille restrent dans leur
appartement, et l'ardente Laure menant la maman sur le lit
qu'elle venait de quitter, s'y prcipita dans ses bras. Rien,
ni jupes ni corset, ne s'opposa  leur fureur rotique. --
Quelles superbes formes, s'criait la chanoinesse, en couvrant
sa mre de baisers enflamms. -- Quelle fracheur, quelle
fermet, disait la maman caressant les charmes les plus
secrets de Laure; et leurs jambes de s'enlacer, leurs seins de
se presser, leurs lvres de s'entr'ouvrir et leurs langues de
s'unir; leurs yeux se ferment, leurs mains s'garent, leurs
sens s'allument, leurs lvres humides exhalent de tendres
soupirs, leurs reins s'agitent convulsivement, leurs cons
agits sont inonds de volupt. -- Ah! ma Vnus, ah! mon Hb,
s'crirent-elles ensemble, en se serrant amoureusement. Ah!
dieux!...

Et la parole leur manque... O Sapho!  Raucourt! prouvtes-vous
des transports aussi vifs? Les sentiments de mre et de
fille semblaient ajouter au dlire de leurs sens que la plus
abondante effusion du nectar du plaisir ne pouvait calmer.
L'vque, qui tait mont sur la pointe du pied avec
Valbouillant et moi, aprs avoir joui de leur ivresse en
silence, le rompit en chantant ce fragment de _Lucile_:


O peut-on tre mieux qu'au sein de sa famille?


-- Eh bien! dit la mre sans se dconcerter, vous voyez,
mortels prsomptueux, qu'on peut se passer de vous, et que ma
Laure et moi savons nous suffire  nous-mmes. -- D'accord,
belle dame, lui dis-je, mais puisque la source du vrai bonheur
est en vous, convenez que vous seriez barbares, si vous nous
refusiez de nous y dsaltrer. -- Nous ne refusons rien, dit
Laure, pourvu que vous ne nous forciez pas  nous dsunir.

Alors elles se serrrent de nouveau, couches de ct sur le
lit; l'vque et Valbouillant, lestes comme des lvriers,
s'lancent sur la couche et,  l'instar de ces animaux, se
mettent  fter nos belles. Je fus un instant spectateur; mais
bientt, lass de ce rle, je pris mon vque  revers, ses
mouvements m'apprirent qu'il m'excusait de le prendre en
tratre, et bientt les soupirs entrecoups, les doux
gmissements prolongs de la mre et de la fille, et de
lgres convulsions nous annoncrent qu'elles continuaient de
rpandre des larmes de volupt. Nous redoublmes d'ardeur et
les retnmes dans leur ivresse jusqu' ce que nous eussions
nous-mmes consomm le sacrifice.

Mme Valbouillant et Babet, qui taient survenues pendant le
combat, pour ne pas rester oisives, s'taient armes des
supplments, dont elles s'obligeaient rciproquement, en se
rglant sur les mouvements du groupe principal.

Le sacrifice termin, on se relve, on se flicite, et l'on
redescend dans la salle  manger; de bons consomms,
d'excellentes truffes  l'huile vierge, et des canaps
d'anchois rtablirent les forces de nos belles et aimables
athltes; les vins les plus doux et les plus fins y furent
joints; quelques chansons folles gayrent le djeuner; et
l'vque proposa d'aller foltrer dans quelques bosquets de
l'Averne, son jardin dlicieux: tout le monde applaudit, et
tous, d'un pied lger et d'un front riant, suivirent le saint
prlat et sa superbe soeur.

Rien n'gale le got et la varit de ces jardins enchanteurs;
l'acacia rose, le mlze fleuri unissent leurs rameaux au
cdre du Liban; plus loin le catalpa, le platane dpouill de
son corce, ombragent de leur cime leve le limpide ruisseau
qui serpente  travers le gazon fleuri, tandis que le saule
pleureur courbe vers l'onde fugitive ses rameaux minces et
pendants; la violette, la rose, l'oeillet, le thym, l'iris
maillant la prairie, fournissent un riche butin  l'abeille
laborieuse qui vient cueillir le baume vivifiant dont elle
compose son miel; les arbustes odorants, le jasmin parfum, le
rampant chvrefeuille, s'levant le long de la tige du
citronnier, et se liant aux branches de l'oranger, charment la
vue par leurs guirlandes naturelles et l'odorat par leur douce
saveur. Un sentier serpentant  travers un fort de noisetiers
et de mriers sauvages, conduit  la plus charmante des
grottes; les rocailles les plus artistement poses, les
coraux, les madrpores, l'clatant burgau, la nacre brillante
en tapissent les parois; l'onde frache et limpide, filtrant 
travers le rocher, se rassemble dans des conques superbes,
d'o elle tombe par cascades dans des bassins de granit, qu'on
croirait creuss par les mains de la nature; l'art partout est
cach, et n'en a que plus de succs; sur l'entre on lit: ICI
L'ON S'EGARE. Au fond de la grotte, claire par une ouverture
pratique pittoresquement dans la vote, une mousse paisse et
fleurie offre des lits commodes au promeneur fatigu; au-dessus
on lit: ICI L'ON SE RETROUVE.

La signora Magdalani s'y couchant, dit en souriant: -- Qui veut
se retrouver avec moi? Je me prsentai le premier. -- J'admire
son zle pour la famille, il vient de rendre service  mon
frre, il veut m'obliger et je parie qu'avant de rentrer au
chteau il voudra se rendre utile  ma fille: le charmant
enfant! Mais je ne veux pas qu'il s'puise; jouons avec la
volupt, mais rendons-nous-en matres, et sachons reculer
l'instant de la conclusion. Mme Valbouillant et Babet n'ont
point got de plaisirs solides aujourd'hui, que mon frre et
Valbouillant les occupent; ma fille et moi, nous nous
contenterons de Hic et Hec; il a de l'esprit jusqu'au bout des
doigts, j'en veux faire plus d'usage que de la trompe de son
lphant. Viens, ma Laure, mets-toi  mes cts, ouvre ton
peignoir comme j'ai fait du mien; que ses mains caressent nos
deux portiques, que sa bouche se colle alternativement sur les
ntres, se promne sur ton sein et sur le mien, et soyons
conomes du baume prcieux qu'il voudrait nous prodiguer.

Je consentis au joujou qu'elle proposait, et quand la volupt
se faisait sentir trop vivement, elle me faisait suspendre,
pour reprendre, aprs une courte trve. Laure fit une si jolie
mine, en arrivant au but dsir, que je ne pus rsister au
dsir de porter la bouche sur la fontaine dont mon doigt
venait de faire jaillir les eaux enflammes; le mouvement que
je fis ayant dcouvert la trompe dans l'tat le plus brillant,
la signora la saisit entre ses lvres ardentes, et par la
succion la plus voluptueuse, me fit faire une libation plus
abondante que celle que je recevais de sa fille, et ma main
gauche, qui n'avait pas quitt son poste, reut des preuves
liquides de l'attendrissement de la mre.

Cependant Mme Valbouillant et Babet s'tant adosses l'une 
l'autre recevaient debout l'vque, et Valbouillant, dont les
coups repousss par l'athlte oppos, causait une raction
vive et singulire. L'acte fini, aprs quelques moments de
repos et quelques verres de punch, on demanda quelque anecdote
 Valbouillant. -- Je n'en sais point, dit-il, si ce n'est le
dsespoir de la vieille Sara. -- Je ne la connais point, dit
l'vque. -- Oh! que si, Monseigneur, elle a la pratique de
presque tout votre chapitre, c'est la grosse marchande de
plaisir! -- Elle vend du croquet? -- Non, mais c'est la plus
adroite pourvoyeuse du Comtat; peu de femmes ont une famille
aussi tendue, elle a toujours deux ou trois nices qui
l'accompagnent aux promenades, au spectacle, et quand elles
sont un peu trop connues, elles se retirent vers Orange ou
Carpentras, o elles portent l'instruction qu'elles ont reue
chez Sara, qui les remplace par de nouvelles parentes, qui lui
viennent des villages d'alentour, et qu'elle forme avec le
mme soin. -- Oh! oui, je me rappelle, dit l'vque, elle est
grosse, courte, elle a le front troit, l'oeil en dessous, le
crin roux et le nez un peu bourgeonn. -- Prcisment, et
srement vous avez t plus d'une fois son neveu. -- Je n'en
disconviens pas; que lui est-il donc arriv? -- Hier, se
promenant sur le rempart avec Justine, la nice du moment, un
ngociant de Ble est venu l'accoster: on a li conversation,
elle a d'abord t galante, puis elle s'est anime et le bon
Blois a propos de lui donner  souper. Sara, toujours prte
quand il s'agit d'un repas, s'accorde  tout, et l'on convient
que le ngociant partagerait ensuite le lit de Justine en
dposant dix louis sur la table de nuit, dont il aurait droit
d'en reprendre un  chaque politesse qu'il ferait  la
gentille nice. Sara, qui n'avait gure vcu qu'avec
d'lgants Franais ou de bons citadins, croyait que les
Suisses ne pouvaient l'emporter en civilit sur ses
compatriotes, et se hta d'accepter le march. On a soup
gament, le bourgogne et le montrachet n'ont pas t mnags,
la vieille s'est bien repue, bien gaye, puis a prsid au
coucher; on a vu poser l'or sur la table de nuit et le Suisse
a prtendu qu'elle lui devait deux louis. Justine, interroge
sur le fait des articles, a confirm par son aveu les
prtentions du Blois; Sara a redoubl ses cris, et
l'Helvtien, pour l'apaiser, l'a renverse sur le lit et lui a
fait cadeau du treizime; elle a pris son mal en patience,
mais en jurant ses grands dieux qu'elle ne ferait plus de
pareil march qu'avec des Franais. -- La nice, observa
l'vque, avait moins d'humeur que la tante. Mme Valbouillant
remarqua que le bon Blois s'tait sans doute ainsi comport
pour honorer les saints aptres, et avait rserv le Judas
pour Sara. -- Quoi qu'il en soit, dis-je alors, je voudrais me
faire naturaliser suisse, si j'tais sr que le droit de
bourgeoisie chez eux me procurt d'aussi rares talents. -- Ce
n'est pas quand on vous ressemble, l'abb, qu'on doit former
de pareils voeux, et vous prouvez que l'tat thocratique
fournit les plus prcieux sujets pour la volupt.

Ce propos valait bien un remerciement, j'embrassai la belle
Valbouillant, sa main chercha si j'tais digne de l'loge
qu'elle venait de me prodiguer; l'tat o elle me trouva la
fit soupirer; les rflexions sur l'aventure de Sara termines,
on avisa aux amusements qu'on pourrait se procurer jusqu'
l'heure du dner. -- L'abb, dit Mme Valbouillant, devrait nous
indiquer quelques-uns des jeux qui l'occupaient au collge. Je
lui dis que les plus usits taient le cheval fondu, la main
chaude et le pet-en-gueule. -- J'ai, dit Laure, jou
quelquefois  la main chaude au couvent, j'tais quelquefois
un demi-quart d'heure sans dsemparer, cela m'ennuyait fort,
et j'en avais la main toute engourdie. -- N'y aurait-il pas,
dit l'vque, un moyen de rendre ce jeu plus piquant? -- En
dcidant que celle qui devinerait disposerait  son gr pour
ses plaisirs de la personne devine. Sans doute, dit la
signora Magdalani, mais cependant nous y gagnerons peu de
chose, nos volonts ne sont-elles pas la rgle des dsirs des
hommes de la socit? On disserta ensuite sur le cheval fondu,
et l'on trouva du danger pour les reins de celui qui portait
le principal fardeau, et on le rejeta; quand on dtailla le
pet-en-gueule, il trouva plus de partisans; mais il n'y avait
que trois hommes pour quatre femmes; c'tait un inconvnient,
mais la signora Magdalani, s'excusant avec grandeur d'me,
s'offrit  juger des coups. -- Soit, dit l'vque; vous
recevrez pour pices les caresses du couple qui aura le mieux
russi.

Les choses ainsi convenues, tous les peignoirs et lvites
furent quitts; le prlat prit la frache Valbouillant, dont
le mari choisit la jeune Laure, et j'eus en partage ma
gentille Babet, tantt sur mes mains, tantt sur mes pieds;
j'avais toujours les yeux fixs sur les contours arrondis de
ses jumelles apptissantes, et sur le joli bosquet qui
couvrait les bords de la fontaine de Jouvence; quelquefois, en
faisant la roue, j'y collais des baisers brlants; le prlat
tait aussi enchant des charmes antrieurs et postrieurs de
la frache Valbouillant, qui tour  tour sur les mains, sur
les pieds,  chaque repos, appuyait ses lvres caressantes sur
le _lubinis angularis_ du saint pasteur. Valbouillant et la
chanoinesse faisaient la double roue avec la mme ardeur; nous
fmes trois fois le tour de la grotte en dedans, et nous nous
arrtmes en trois couples aux pieds de la signora Magdalani,
soit dessus, soit dessous nos belles, et profitant de
l'attitude, nous rptions la scne voluptueuse du jeune
Saturnin avec madame d'Inville.

Ce fut Babet et moi que la belle Magdalani reut dans ses
bras, couche sur le ct, et Babet ceignant un supplment le
glissa  l'endroit que fait admirer Vnus Callipyga. Les
autres, se groupant autour de nous, cherchrent le plaisir
dans des attitudes varies au gr de leurs caprices; pour moi,
cueillant avec ma langue amoureuse le miel de la volupt entre
les dents entrouvertes de la belle Magdalani, de ma main
passe sur sa cuisse, j'atteignis le sommet du joli buisson de
l'espigle Babet au-dessous du simulacre qu'elle avait
introduit dans le sentier troit et dtourn de la desse que
nous servions, les caresses de mon doigt ranimrent son zle,
elle mit plus d'activit dans ses mouvements. -- Ah! Dieu,
s'cria la signora, quelle volupt, quelle ivresse... je
fonds! Et elle m'inonda; je ne ralentis pas mes efforts. --
Ciel! s'cria-t-elle, je brle, mon ardeur ne fait que
s'accrotre par la jouissance, ah! que ne puis-je aussi baiser
cette adorable Babet qui me donne tant de plaisirs. -- Si vous
voulez, nous allons troquer de poste, elle et moi? --
Volontiers, mon divin ami.

En un instant l'change fut fait, ce fut le supplment qui
remplit l'change fray, et je me plongeai dans le sentier.
Que son dos tait blanc, uni et potel, que la chute de ses
reins tait arrondie, quelle fermet, quelle fracheur, les
paules les plus fines, les bras de la plus belle forme, les
mains les mieux effiles; mes lvres brlantes parcouraient
ces charmants contours, pendant que mes mains pressaient
amoureusement son beau sein et se trouvaient presses par
l'ivoire de celui de Babet, qui recevait des attouchements
lascifs de la belle Magdalani une ivresse gale  celle
qu'elle procurait. Nos transports devinrent trop vifs pour
pouvoir les prolonger, notre bonheur fut au comble, nous
perdmes en mme temps nos forces et nous restmes quelques
instants sans mouvement  jouir de notre abandon voluptueux.
L'vque et Valbouillant nous versrent  chacun un verre de
vieux vin d'Alicante, qui rpara nos forces, et nous tant
rhabills, nous engagemes Valbouillant  nous raconter
quelqu'une de ses aventures, en attendant que l'heure du dner
nous rappelt au chteau.

"J'avais vingt ans, dit-il; j'tais capitaine de dragons, et
mon rgiment, cantonn dans la Lorraine, y gotait toutes les
douceurs dont ce charmant pays abonde; dans la petite ville o
ma troupe tait en quartier habitait la jeune pouse d'un
vieil officier gnral qui tait en tourne pour une
inspection dont le gouvernement l'avait charg; elle tait
musicienne, chantait bien, jouait agrablement la comdie,
dansait avec grce et lgret; cette conformit de talents la
disposait en ma faveur et me faisait dsirer de me lier avec
elle; je l'accompagnai avec mon violon dans une ariette
italienne, et mes applaudissements parurent la flatter; je
demandai et j'obtins la permission de lui faire ma cour chez
elle, mais la prsence d'une vieille belle-soeur, qui restait
toujours au salon, me gnait dans l'aveu que je voulais lui
faire de ma tendresse; elle s'en aperut, sourit
malicieusement, mais elle n'loignait pas le tmoin importun.
Je lui donnai des billets, des vers passionns, elle les
recevait, en paraissant satisfaite, mais elle n'y rpondait
jamais. Vous savez que je suis ardent, et mme impatient, et
j'avais peine  supporter cet tat; je m'ennuyais de rester
toujours au mme point. Pour en sortir et pouvoir m'expliquer
librement sans la compromettre, je supposai un voyage que je
devais faire  Nancy, o elle avait des parents; je m'offris
de me charger de ses dpches et je demandai qu'elle me permt
de venir le lendemain les prendre  son lever. -- Vous tes
bien obligeant, me dit-elle, mais je ne sais si j'y dois
consentir, je suis extrmement paresseuse et je fais ma
toilette tard, et vous me verriez trop  mon dsavantage. --
Ah! madame, quand on doit tout  la nature, c'est l'art seul
qui peut nuire, et je ne vous trouverai que trop charmante
dans l'heureux dsordre du matin. -- Vous croyez?... Moi j'en
doute et j'exige pour prix de ma complaisance que vous me
disiez, sans dguisement, si je perds beaucoup  me laisser
sans parure: venez sur les dix heures, mes lettres seront
prtes. Un coup d'oeil d'intelligence dont elle accompagna ce
propos remplit mon coeur de l'espoir le plus doux. Le
lendemain, ponctuel au rendez-vous, j'arrive, je m'adresse 
Marton, sa suivante, pour tre introduit. -- Madame, me
dit-elle, n'a pas dormi de la nuit, elle a eu une migraine
affreuse, elle est encore couche. -- Dieux! m'criai-je,
encore couche, une migraine, quel contretemps, je m'tais
flatt du bonheur de la voir. -- Elle s'en flattait aussi. -- Et
il faut que je me retire... -- Je ne dis pas cela; si vous
voulez monter, vous tes le matre, mais ne faites pas de
bruit, parlez bas de peur d'branler sa tte.

Alors elle sort, je la suis et je monte sur la pointe du pied;
elle ouvre la chambre de sa matresse, m'introduit, se retire
et emporte la clef. A la faible clart que laissaient pntrer
les persiennes aux trois quarts fermes, j'aperus la belle
Adle, mollement tendue sur un lit lgant; un corset
ngligemment nou par une chelle de rubans gris de lin
renfermait  demi la neige lastique de son sein, son mouchoir
transparent, drang par les mouvements de la nuit, laissait
voir une fraise vermeille; des cheveux s'chappant de dessous
un bonnet en dentelle tombaient en boucles flottantes sur son
cou d'ivoire, avec lequel leur couleur d'bne contrastait
merveilleusement; une lgre couverture de soie avec draps de
Frise, se collant sur son beau corps, en dessinait les
agrables contours. Je m'approchai d'elle avec tout
l'empressement de l'amour et de la timidit qu'inspire le
respect (j'tais novice encore). -- Ah! c'est vous, monsieur,
me dit-elle d'une voix qu'elle s'efforait de rendre faible;
convenez que j'ai bien peu de coquetterie de vous recevoir
dans l'tat d'abattement o je me trouve. -- Ah! madame, il
ajoute le plus vif intrt  l'ivresse que vos charmes sont
srs d'inspirer. -- Vous me flattez, voyez comme j'ai les yeux
battus. Je saisis sa main que je couvris de baisers, et fixant
ses yeux soi-disant battus: -- Ce n'est pas le cas, lui dis-je,
o les battus payent l'amende, mon coeur qu'ils ravissent en
est la preuve. Et je drobai un baiser. -- Finissez donc,
monsieur, n'abusez pas de la confiance que j'ai dans votre
sagesse. Et elle se dbattit avec une charmante maladresse qui
me dcouvrit de nouveaux charmes. -- Si quelqu'un entrait,
qu'est-ce qu'on penserait. Marton! Marton! Comment, elle n'est
pas l?... elle est redescendue! l'imprudente... mais si
quelque autre... elle a emport la clef. Ah! comme je la
gronderai!... quelle ide lui a pris! en vrit, elle me met
dans une position bien trange. -- Elle vous met  mme de me
rendre le plus heureux des hommes, si vous tes sensible 
l'amour le plus tendre. Et je voulus prendre quelques
liberts. -- Ah! monsieur, il serait atroce d'abuser de la
faiblesse o me jette ma migraine; je suis presque mourante,
et vous... laissez-moi donc, je sens bien votre main. -- Oh!
l'heureuse migraine! qu'elle vous sied bien! elle ajoute
encore  votre fracheur. -- Ah! quelle audace! je suis presque
toute dcouverte... Non, monsieur, arrtez... je ne suis pas
femme  souffrir... Je n'coutais plus rien et mes mains
actives parcouraient les plus rares trsors; j'avais dj un
genou dans le lit et j'allais m'lancer pour le partager avec
elle, quand me repoussant et se retournant vivement, elle
saisit le cordon de la sonnette; effray et craignant de
l'offenser, je fis un saut du lit  la chemine pour rparer
le dsordre de ma toilette, en cas que ses gens arrivassent et
je profrai selon l'usage, les mots: d'ingrate, de cruelle,
etc., quand, partant d'un clat de rire, elle dit: -- Bon, je
suis sauve, il ne sait pas que ma sonnette est rompue. Je ne
fis qu'un saut pour aller reprendre ma place dans le lit; elle
ne fit plus de rsistance que pour la forme, j'usai
d'autorit, elle se soumit  l'imprieuse ncessit, et
bientt nos soupirs confondus exprimrent la vivacit de nos
plaisirs.  peine eus-je atteint le but, que je fournis une
nouvelle carrire, et avant de nous sparer je la rendis six
fois heureuse et je l'avais t cinq. J'obtins le nom de son
aimable dragon, et elle me remit une clef de son appartement
dont je faisais usage toutes les nuits jusqu' ce que de
nouveaux ordres nous firent quitter ces dlicieuses contres.

Nous applaudmes au rcit de Valbouillant, et ils exaltrent
sa valeur; la signora Magdalani lui demanda quelles limites il
croyait qu'on devait fixer aux exploits amoureux. -- Je ne puis
les assigner avec prcision, et des traits comme les vtres
sont bien faits pour les reculer. -- Cela est bien honnte,
mais quel est le plus grand effort que vous ayez fait? -- C'est
 Bruxelles, dit-il, je revenais de l'arme, j'avais fait une
longue abstinence, et je m'adressai  un honnte domestique de
louage, qui m'avait servi de bonneau, lors de mon dernier
voyage; il me fit connatre une danseuse, nomme Aurore, qui
ne pouvait pas me recevoir chez elle, tant entretenue par un
vieil officier autrichien fort jaloux, mais qui vint souper
avec moi chez un traiteur. Nous n'avions pour meuble qu'un
grand fauteuil  crmaillre, comme il s'en trouve quelquefois
dans le corps de garde; je convins de deux louis pour la
soire: nous fmes un assez bon repas, on nous servit plat 
plat et nous faisions un entr'acte sur le fauteuil  chaque
mets qu'on nous enlevait, et en quatre heures et demie nous
avions mang neuf plats et aucun entr'acte n'avait manqu;
aussi la gnreuse fille voulait-elle me rendre mon argent.
L'vque s'cria: -- Voil le dsintressement le plus marqu,
ou le triomphe du temprament sur l'avarice; il contraste
merveilleusement avec le dsespoir de la vieille Sara. -- La
grosse marchande de plaisir? dit Valbouillant. -- Prcisment.

L'approche de sa main allait me rendre ma gloire, quand la
cloche du dner nous rappela dans la salle  manger. Le repas
fut gai, l'vque y tablit une table mcanique comme celle
que Louis XV, de lubrique mmoire, avait fait faire  Choisy,
pour loigner des yeux des domestiques le cynisme de ses
orgies; au dessert, sur l'avis de l'vque, renonant aux
pompes humaines, nous quittmes tous les ornements de luxe, et
nous achevmes le repas en peau, de la manire que Ravennes
nous dit qu'il s'en faisait chez le rgent.


Ici se trouve une lacune trs longue dans le manuscrit de
cette difiante et vridique histoire; si nous pouvons la
combler, nous nous hterons d'en faire part au public.











End of the Project Gutenberg EBook of Hic et Hec, by Comte de Mirabeau

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HIC ET HEC ***

***** This file should be named 26807-8.txt or 26807-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/2/6/8/0/26807/

Produced by Daniel Fromont

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.net/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.net

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.net),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.net

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
